l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs

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Vamp

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Sam 29 Nov - 13:03

Vamp leva son regard pour croiser celui de l'homme. Le coin de ses yeux commençait à se plisser alors que la commissure de ses lèvres s'étirait lentement. Elle tenta de refouler ce qui grimpait le long de sa gorge mais la jeune femme était bien trop épuisée pour parvenir à se contrôler. Elle craqua finalement et un rire lui échappa. Ce ne fut ni méprisant ni moqueur. C'était un rire amusé, franc, comme seul Vamp pouvait en avoir. Son visage avait perdu toute rigidité et toute colère contenue. Elle riait. Larson avait réussi à la faire rire.

Deux minutes plus tôt, elle avait les traits d'une prédatrice assoiffée de sang et l'instant d'après, elle s'esclaffait. Il allait véritablement la prendre pour une dément.

Ce que venait de dire l'Anglais n'était pas particulièrement hilarant, mais le rire de Vamp n'était qu'un contre-coup à la fureur qu'elle venait de lâcher sur lui. Cette situation était ridicule. Elle demandait de l'aide à un homme qu'elle ne connaissait pas pour veiller sur ce qu'elle avait de plus précieux. En échange, il demandait à passer une nuit avec elle. Elle. Aussi plate qu'une mante et aussi froide qu'un morceau de glace. Elle qui devenait nauséeuse à la simple idée qu'un doigt inconnu puisse effleurer sa peau. Certaines femmes se seraient insurgées que l'on puisse les prendre pour des catins. Vamp, elle, s'en amusait. Elle nageait en pleine stupidité.

La jeune femme s'obligea à retrouver son sérieux. Un sourire flottait toujours sur ses lèvres lorsqu'elle reprit la parole. Paradoxalement, Vamp était beaucoup plus détendue.

- Pour ce qui est du barbu, la question ne se pose pas. Si vous avez quelque chose à lui demander, demandez-lui en personne, je ne suis pas son assistante. Quant à ma place...

Vamp n'hésita pas une seule seconde. Si ce qui c'était passé dans la réserve de la taverne posait le doute entre ce qu'ils se disaient être et ce qu'ils étaient vraiment, ils n'en avaient pas reparlé sérieusement. Lin et elle n'avaient pas eu de conversation claire depuis qu'il avait tendu son bras vers la sortie. Plus loin que cela, ils n'avaient pas reparlé de leur relation depuis qu'elle s'était retrouvée derrière les barreaux. Officiellement, elle n'était plus sa compagne. Pourtant, aucun doute ne flottait à travers les lignes de sa réponse.

- … je suis sa femme.

Pas un tressaillement d'hésitation mais une assurance qui suintait dans le ton de sa voix et dans son port droit. Vamp était la femme de Lin. Un petit sourire fier effleura le coin de ses lèvres.

- Vous comprenez donc que votre première proposition risque d'être un peu difficile à mettre en œuvre. Il est très doué. Vraiment, délicieusement, puissamment doué. Il a un mouvement de rein qui vous assujettit au moindre de ses désirs. Comprenez bien qu'il va m'être difficile d'avoir un frisson de convoitise pour votre... votre... pour vous. Il a mis la barre haut. Très haut. Et vous, ne m'inspirez pas la plus faible petite étincelle d'intérêt.

Vamp lui tourna le dos et s'éloigna de quelques pas pour récupérer sa besace qu'elle avait fait tomber dans le mouvement de son agression sur l'Anglais. Elle rajusta son manteau avec application avant de glisser ses mains dans ses poches, agissant avec une désinvolture qui aurait fait douter n'importe quel témoin de la scène antérieure que cette femme eut pu férocement empoigner les testicules de son interlocuteur. Une folle.

- Avez-vous une autre requête ? Car si vous tenez vos positions actuelles, je me verrai dans l'obligation de trouver de l'aide ailleurs.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Dim 30 Nov - 12:57

Une lueur de convoitise naquit dans les yeux du bâtard alors que la pâlotte disait être la femme de son acolyte. Il ne lui en connaissait pas. Pire, il lui avait dit ne pas en avoir. Le plus solitaire des barbus avait donc une femme. Et elle était devant lui. Un mince sourire ourla les lèvres de l'anglais. Elle devenait intéressante.

Il allait falloir qu'il se la garde sous le coude. Peu lui importait la manière, il fallait juste qu'elle reste à portée de demandes. Elle n'avait pas voulu lui donner la vie de cet empaffé de barbu mais elle avait déjà livré bien plus que ce qu'il aurait voulu qu'il en sache. Le sourire de l'homme s'accentua.


T'trouv'ras pas mieux ailleurs. J'peux t'laisser aller t'en rendre compte, m'enfin c's'rait une perte d'temps et p'tête de vie pour tes deux chéris. Autant qu'on s'fasse l'échange d'service direct, ça f'ra gagner d'temps à tout l'monde.

Il le savait, personne ne pouvait être mieux placé que lui pour faire disparaître des gens. Enfin, qu'eux. Son sourire se figea un instant. Sans le barbu, il était moins assuré de ses capacités et son spectre d'action était moins large. Mettre des gens à l'abri, il savait faire, si on couvrait convenablement ses arrières. Il n'agissait plus seul depuis un bon moment et ça n'était pas par hasard. Mais il l'avait fait, un jour. Il suffisait qu'il se dérouille et ça reviendrait.

Il se gratta la joue le temps d'une réflexion, ses pupilles braquées sur la sauterelle qu'il avait devant les yeux. Elle voulait qu'il mette deux personnes à l'abri. C'était dans ses cordes. Mais il ne l'aurait pas en retour. Pourtant, son intérêt pour cette chair blanche avait été largement décuplée par le lien qu'il y voyait avec son acolyte. Il ne s'intéressait jamais à rien. Ni à personne. Il était efficace dans son boulot mais jamais aucune envie ne passait la barrière de ses yeux. Même en terme de bouffe, il se montrait insensible à tout. Seul l'alcool le mettait en joie. Et encore, en joie, c'était beaucoup dire. Le faisait dresser l'oreille. Lever les yeux.

Ceux de Larson se plissèrent, accentuant la fixité avec laquelle il scrutait cette femme. Elle était sans doute son intérêt principal. On ne prend pas comme femme quelqu'un qui nous laisse indifférent comme face à une pelle. Elle présentait de l'intérêt pour l'autre tête de lard. Il n'aimait pas les formes ou quoi ? Ou les couleurs ? Une morne plaine en noir et blanc. C'est tout ce que l'assoiffé de chair qu'était l'anglais voyait face à lui. Et ça, ça intéressait le barbu. Un bref soupir décrocha son regard de la brune et il se redressa.


S'tu veux qu'j't'aide à faire disparaître les deux-là, tu m'trouves un cheval. Pas un canasson, j'te préviens. J'veux un vrai ch'val. Une bête noble. Un truc qu'tient l'allure et la distance.

Il avait énoncé sa demande avec un détachement si total qu'il était impossible de déceler qu'il était feint. Ses yeux étaient lavés de la convoitise qu'il avait pour elle et il était nonchalamment appuyé contre le poteau qui avait écrasé sa colonne vertébrale un peu plus tôt. Il aurait le temps de percer l'identité du barbu et de le faire convenablement, jusqu'aux tréfonds de cette brune. Pour le moment, il fallait qu'il s'assure qu'elle lui soit redevable et que l'empaffé reste là-bas assez longtemps pour faire écrouler leurs adversaires. Donc, en vie.

Ses mains s'enfoncèrent dans ses poches et il montra la sortie des écuries à son interlocutrice.


T'as plus qu'à m'trouver ça. Pendant c'temps, j'organise la planque. On s'retrouve dans deux jours et on échange.

La façade qu'il arborait était aussi lisse qu'impénétrable. Il avait clos le débat et il n'attendait pas qu'elle le rouvre. Bien au contraire. Le regard déterminé et froid qui était posé sur elle était univoque.


***

Il lui avait fallu une semaine pour se remettre entièrement. Il avait repris du muscle, s'était astreint à reprendre quelques entraînements et avait dormi tout son saoul pour être en forme. Il ne pouvait pas encore se battre avec l'acharnement dont il avait fait preuve dans la fosse mais il pouvait aisément gérer les ivrognes, les pots-de-colle et les importuns un peu trop sanguins. Aptitude qui se révélait indispensable pour le nouvel emploi qui était le sien.

Valentin l'avait reçu deux jours plus tôt pour lui annoncer qu'il travaillerait dans une maison close qu'il venait d'ouvrir, un peu en amont des bas-quartiers, destinée aux hommes aisés, en guise de protection des lieux et surtout, des filles. Il n'avait pas commenté ses combats. Seulement retenu son refus de se battre contre une femme avant de se faire mettre au sol par celle-ci. Lin ne savait pas s'il avait été sérieux quand il avait considéré cela comme un poids ayant fait penché la balance mais le fait était là. Il était garant de la sécurité de l'endroit.

L'élégant costume sombre qu'il portait partageait ses sentiments. Il s'amusait d'apparaître aussi distingué et guindé alors qu'il n'était en rien de ce monde mais il s'agaçait de se sentir aussi engoncé dans ce même monde. Par chance, il était autorisé à porter sa veste ouverte sur sa chemise immaculée et les épaules étaient assez largement taillées pour qu'il ne soit pas gêné aux entournures.

Posté un peu en retrait de l'entrée, pieds impeccablement chaussés sur un sol feutré, il scrutait chaque entrée avec attention et notait chaque détail pouvant lui servir, mains croisées dans son dos. De l'âge de l'homme qui venait se faire plaisir au comportement qui était le sien en passant par sa stature, Lin jaugeait les clients avec une impassibilité à faire pâlir un marbre.

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Vamp

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Lun 1 Déc - 17:42

Une nouvelle fois, la jeune brune était la dernière dans le trio solitaire qui parcourait les rues sombres. Il devait être plus de minuit et il faisait cruellement froid. L'hiver était en avance, glacé et humide, et Vamp renfonça douillettement une partie de son visage dans l'épaisse écharpe de laine noire qui protégeait son cou. La bande de tissu foncée occultait la moitié de ses traits, sa couleur faisant échos aux cheveux de la jeune femme et seuls les yeux et le front de Vamp étaient visibles.

Son regard sombre errait, attentif au moindre mouvement, à la moindre ombre suspecte. Elle était beaucoup plus concentrée et attentive que ces dernières semaines. Larson allait s'occuper de la sécurité de sa famille et son altercation avec l'Anglais avait quelque peu apaisé sa soif de violence. Elle était aussi assidue que vigilante. Rien ne lui échappait. Elle était d'un calme et d'un contrôle exemplaire. Isaac l'avait bien senti mais s'il avait noté le changement de sa compagne, il se garda bien de la questionner.

Une brise glacée cingla son visage, amenant un frisson involontaire le long de sa colonne. Nerveuse, elle resserra ses doigts gantés autour de la garde de ses dagues. L'organisation de Valentin commençait à se faire des ennemis, des petits cas isolés ayant peu d'importance mais qui pouvaient faire quelques dégâts non négligeables. Isaac avait essuyé un méchant coup de dague il y avait de cela une semaine et Vamp s'en était tenue pour responsable.

Son regard s'égara entre les omoplates de son acolyte qui la précédait. Elle était chargée de sa sécurité comme lui de la sienne. S'il ne lui en avait pas tenu rigueur, la jeune femme avait ressenti une pointe de culpabilité à la vue de son bras souillé de sang. La culpabilité, voilà bien une chose de nouveau dans sa vie.

L'homme qu'ils protégeaient s'arrêta face à une porte, frappa trois coups puis y pénétra, Isaac à sa suite. La jeune femme se détendit. La maison close de Valentin. Il n'y avait rien à craindre ici, personne n'allait leur tomber dessus. Si Vamp pouvait se montrer généreuse, être la cible de violences destinées à son patron ne l'enchantait pas. Pas du tout.

Cette maison close était l'une des plus belles réussites de Valentin. La jeune brune ne s'était pas réellement renseignée sur le passif de son patron, mais elle savait qu'il avait mis en place sa petite affaire en débutant dans les bas quartiers. Celle-ci florissante, ce bordel n'en était que le trophée. Un nid de chaleur et de luxure pour les hommes importants de la ville. Les filles étaient propres, soumises ou dominatrices, toutes superbes, et le vin de qualité. Tout se jouait entre un dosage précis et parfait de discrétion et de perversité.

Le talon de ses bottes s'étouffa dans le moelleux des tapis pourpres et dorés qui recouvraient l'intégralité du sol alors que Vamp passait la porte. La chaleur de l'endroit et les odeurs environnantes l'enveloppèrent aussitôt. Elle aurait pu s'émerveiller sur les lustres qui jetaient des étoiles de lumière au plafond ou sur les coûteuses tapisseries qui habillaient les murs. Elle aurait pu s'immobiliser de fascination devant ce luxe. Mais tout comme la première fois qu'elle avait franchi cette porte, Vamp resta parfaitement insensible. Ce n'était justement que du luxe. Ce qui l'immobilisa sur ce soyeux tapis était d'une tout autre nature.

Le regard de Lin fut la première chose qu'elle vit. Elle le croisa aussitôt, sans même avoir à le chercher. La jeune brune avait ramené sa large capuche sur son front plus tôt dans la soirée pour protéger ses oreilles du froid et son écharpe masquait la moitié de son visage, recouvrant jusqu'à l'arrête de son nez. Vamp n'était que contrastes. Pas de demi mesure, pas de gris. Juste le blanc de ses pommettes et de son front strictement tranchés par le tissu noir de sa capuche et de son écharpe qui accompagnait l'ébène de ses yeux. Des yeux qui se perdaient dans ceux du jeune homme.

Elle ne tressaillit pas, n'eut aucun mouvement de recul ou haussement de sourcils. Son visage ne l'aurait pas trahi s'il avait été visible. Elle ne se demanda pas ce qu'il pouvait bien faire là. Elle ne s'intéressa pas non plus à son accoutrement. Elle ne voyait que ses yeux qu'elle enveloppait de son regard depuis de longues secondes déjà. Elle se sentait retomber amoureuse. Pas comme un petit pincement au cœur qui pouvait lui rappeler combien elle pouvait aimer cet homme, mais d'une chute vertigineuse de son muscle cardiaque dans le labyrinthe de ses intestins.

Vamp cligna des yeux, redevenue une adolescente amoureuse l'espace de quelques secondes, et les baissa furtivement, par pudeur comme par coquetterie maladroite. Heureusement pour leur sécurité à tous deux, elle se tenait dans le dos de ses acolytes et personne n'avait pu surprendre son comportement qui était très loin de lui être caractéristique. Le plus dur restait à venir, s'adresser à Lin comme s'ils étaient de parfaits étrangers.

Vamp n'était pas une comédienne. Elle ne savait ni feindre ni fabuler. Un léger sentiment de panique l'étreignit l'espace de quelques secondes. Et elle ne pouvait pas rester impassible devant Lin. Le secours vint d'une source inattendue.

- Mad'm'selle Vamp !

L'interpellation s'éleva par-dessus son épaule et l'obligea à tourner le dos aux trois hommes.

- Oh. Bonjour Marie.

L'une des filles se précipitaient à son encontre. Elle était aussi joviale et souriante que Vamp austère et placide. Mais contre toute attente, la voix de cette dernière, si elle n'était pas particulièrement chaleureuse, était dénuée de froideur. La jeune brune semblait l'apprécier assez pour ne pas la faire fuir.

Marie l'accueillait toujours avec une chaleur que peu de gens s'osait devant elle. Le prédécesseur de Lin avait toujours fait un travail pitoyable, oubliant ses protégées dans un vin dont il était indigne. Un soir où ils étaient chargés de prélever la caisse hebdomadaire, Vamp avait dû intervenir d'elle-même dans une des chambres. La scène avait été assez violente pour que les cris de Marie la fassent réagir. Depuis, loin d'avoir peur d'elle, la jolie blonde agissait avec elle comme avec une amie.

- Je vais vous débarrasser ! Vous allez prendre froid si vous ressortez ainsi et aussi couverte.

Vamp acquiesça en silence et se laissa faire. La jeune prostituée tombait à pic. Elle lui laissait le temps de reprendre un contrôle parfait et de retrouver son sang froid. Il fallait absolument qu'elle reste impassible devant Lin, qu'elle joue la carte de l'indifférence. Après tout, ils ne se connaissaient pas. Lin était un collègue. Un simple collègue.

Alors que la jeune brune se sermonnait intérieurement, ses mains retiraient machinalement manteau, capuche et écharpe, pour les tendre avec reconnaissance aux bras impatients de Marie. À mesure que les couches de tissu soulageaient le corps de Vamp de leur opacité et révélaient plus précisément ce dernier, le contraste qu'il y avait entre les deux femmes ne fit que s'accentuer.

Vamp était aussi froide et sombre que Marie était rayonnante. Les courbes généreuses de cette dernière, mises en valeurs par un corset qui faisait remonter une poitrine que la brune n'aurait jamais, accentuait le corps longiligne de la jeune femme. Elle avait bien une tête de plus qu'elle, et si Marie se caractérisait par une activité pleine d'entrain et de chaleur, Vamp gardait une droiture qui aurait fait fondre la plus solide des stalagmites. Les épaules carrées, le menton droit, sa posture la trahissait assez pour que les quelques nobles mâles lui lancent des regards curieux. Qu'ils la reconnaissent comme l'une des leurs n'était pas même une préoccupation pour la jeune femme. À ses yeux, ils n'étaient que de la fiente parmi la fiente.

Elle était tournée d'une façon telle que Lin pouvait voir son profil, mais elle se fit violence pour ne pas tenter un regard dans sa direction. Il n'était rien, juste un homme parmi les autres. Très calme, elle prit des nouvelles de la dernière-née de Marie, polie et avec une pointe de distinction, mais sincère. Vamp détonnait dans ce décor luxuriant. Si son comportement restait élégant et tout à fait professionnel, sa tenue tranchait avec les robes et les couleurs affriolantes des consœurs de son interlocutrice. Son éternelle chemise blanche et large d'homme sur les épaules rentrée dans ses braies noires, sa silhouette s'allongeait de quelques centimètres par ses bottes de cuir sombre qui remontaient juste au-dessus de son genou. Pas une parcelle de peau de son corps n'était visible, pas même ses mains blanches protégées par des gants de cuir noir. Droite, élégante mais morbide. Et clairement dangereuse.

- … et nous avons un nouveau garde du corps, voyez-vous !

Vamp jeta un coup d'oeil au « nouveau » pour la forme mais s'y désintéressa presque aussitôt. La conversation ne dura pas plus d'une minute avant que son supérieur ne siffle. Il était temps de se mettre au travail. Elle salua la jeune prostituée, la gratifiant même d'un léger sourire avant de suivre Isaac dans l'un des nombreux couloirs.

À peine une minute plus tard, elle avait pris sa place et son poste. Isaac et leur abruti de supérieur dans le bureau de la femme chargée des filles, et Vamp dans le couloir, gardant la porte fermée dans son dos. Personne n'entre, personne ne sort. Insondable, d'une droiture de roche, ses mèches noires effleurant presque l'angle de sa clavicule blanche dénudée par le col trop large de sa chemise. Au bout de quelques minutes pourtant, des éclats de voix s'élevèrent dans son dos. Une dispute, qui raisonna bientôt dans tout le couloir mais qui la laissa impassible. Ce n'était pas ses affaires. Son rôle était simple : personne n'entre, personne ne sort.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mar 9 Déc - 13:44

C'était sans doute les froids qui paralysaient la ville qui étaient à l'origine d'une telle affluence dans les lieux qu'il gardait. Il n'y travaillait que depuis quelques jours mais il n'avait pas eu besoin de plus pour comprendre que la fréquentation allait croissant. Les riches hommes se succédaient à l'entrée avec une cadence plus élevée qu'à l'accoutumée. Cela demandait une attention soutenue à Lin pour ne laisser passer aucun détail.

Chacun des clients passait par une sorte de guichet où il donnait ses affaires pour être plus à l'aise une fois les filles atteintes. C'est sur ce court trajet entre la porte et le demi-comptoir que le barbu scrutait les prochains occupants des nombreuses chambres abritées sous le toit au-dessus de sa tête. De la démarche à la corpulence en passant par le regard, rien ne lui échappait. Il catégorisait ceux qu'il voyait avec minutie, leur attribuant silencieusement des scores de dangerosité. Si le petit chétif à l'air hagard écopait d'un deux, le mâle dominant à la carrure athlétique et aux manières de conquérant ramassait un sept. Au-delà, c'était pour les bonshommes armés. Il ne doutait pas que la dague qu'ils laissaient en penderie était secondée par un poignard à leur cheville. Cheville qu'ils ne prendraient pour la plupart même pas la peine de dénuder avant de ressortir. En témoignaient certains allers-retours … efficaces. Ceux-là, Lin les tenait sous surveillance de chacun de ses sens. Les filles les emmenaient toujours dans les chambres du bas, celles d'où le son s'échappait le mieux pour parvenir aux oreilles du garde en faction. Au moindre cri déplacé, il se retrouvait sur le dos du malpoli et s'assurait que la bienséance lui soit rappelée. Durablement.

Il porta son attention sur le groupe entrant comme il l'aurait fait sur n'importe quel autre homme solitaire. Un regard tranchant, vif et inquisiteur, qui prévenait celui qui passait la porte que s'il entrait dans un lieu de plaisir, il n'en restait pas moins soumis à quelques règles et par conséquent, aux gardiens de ces règles. Ses yeux parcoururent la ligne formée par les profils dans un court balayage visuel. Écourté notamment par l'accroc qu'il sentit poindre alors que sa pupille déchiffrait la présence sous tout ce tissu noir.

Un juron passa la barre de son esprit pour venir s'écraser sur la fermeture hermétique de ses lèvres. Ce blanc-là était caractéristique et cette attitude de renard en retrait signature. Il n'y avait que Vamp pour se cacher là-dessous. Les yeux noirs qui captèrent les siens le projetèrent dans une certitude indiscutable et il manqua une déglutition, saisi. Cette femme n'était pas humaine. Il ne savait pas exactement ce qu'elle était mais il avait croisé beaucoup trop de congénères humanoïdes pour savoir qu'elle ne faisait pas partie de la même espèce. Tous ceux qu'il avait croisés l'avaient laissé indifférent. Dans un degré plus ou moins marqué mais aucun ne parvenait à remonter le long de sa colonne vertébrale pour s'inviter sur sa nuque et y créer un flot continu de frissons incontrôlables. Aucun n'était parvenu à créer une brèche entre sa peau et sa chair pour s'y loger avec autant de naturel qu'une couche corporelle innée. Personne ne le pétrifiait comme ce regard sans fond le faisait.

Il savait que sa fixité était dangereuse. Les gens qui entouraient Vamp finiraient par tourner la tête pour voir ce qu'il regardait avec tant d'attention. Ils établiraient le lien sans réfléchir plus de trois secondes. Et trois secondes, ça n'était pas suffisant pour qu'il se détache de ces yeux. Pas suffisant du tout. Il voulait y rester accroché et les sonder pendant encore des heures, jusqu'à réussir à y faire naître autre chose qu'une opacité prégnante. Il voulait qu'on lui laisse ce regard et le corps auquel il appartenait pour le moduler de ses mains, pour le faire évoluer sous ses paumes, pour l'aviver de ses doigts. Le voir s'éveiller et l'engloutir. S'y noyer.

L'enclenchement de ses mâchoires passa inaperçu alors qu'il fut arraché à ces deux foyers nocturnes, étouffant in extremis un grognement. La prostituée qui venait de percer le tableau qu'il avait sous les yeux réussit l'exploit de lui faire ressentir tant l'amertume que la reconnaissance. Il suivit la scène entre les deux femmes avec une rigidité qu'il fit passer pour du professionnalisme. En réalité, il bataillait contre l'envie d'aller pousser la jeune femme tout en chair pour s'occuper personnellement de retirer toutes ses couches de tissus à sa femme.

L'idée le percuta aussi soudainement que de l'air ré-intègre les poumons d'un noyé et son trouble disparut aussi soudainement. Son corps ne trahit plus aucun sentiment et ses yeux redevinrent aussi neutres qu'auparavant, simplement incisifs. Il scruta le reste du groupe en laissant la jeune agitée emporter les affaires de Vamp avant de reporter son attention sur la porte, les occultant définitivement.

Il ne pouvait pas songer à Vamp comme à sa femme. Il n'en avait pas la possibilité. Pas ici, pas entre ces murs. Pas aux yeux de tous ceux qui voulaient sa mort. Et qui voudraient certainement la sienne une fois qu'ils auraient découvert qu'elle était liée à lui. Il fallait qu'il se fasse discret et solitaire. Il ne connaissait personne dans ce milieu, ni les acolytes de ce vieux patron inquiétant, ni cette jeune femme à la peau aussi laiteuse que la lune. Et tous le rendaient indifférent. Sans exception. S'il l'avait pu, il aurait soupiré. Feindre que Vamp le laissait indifférent allait être aussi simple que de faire croire à Valentin qu'il était un homme de confiance.

Il suivit machinalement des yeux un nouvel entrant, son cerveau fonctionnant automatiquement pour le classifier. Heureusement, il ne s'agissait que d'un trois. Pas de grande alerte en vue, sa légère déconcentration ne serait pas à l'origine d'une faute professionnelle qui l'enverrait définitivement au fond de la fosse aux cadavres de la ville. Il attendit que le hall soit de nouveau calme pour s'ébrouer et se remettre les idées en place. Pas de gaffe, du contrôle. Juste du contrôle.


Il en fit preuve pendant de longues minutes, même après que les éclats de voix furent trop importants pour être ignorés. La jeune brune et son groupe de collaborateurs étaient partis dans un couloir annexe sans même se présenter au comptoir mais Lin avait reçu des ordres clairs et il savait qu'ils en avaient le droit. En revanche, il ne devait pas laisser quelques éclats que ce soit troubler l'apparente sérénité de l'endroit. Il fallait que le lieu soit maintenu aussi feutré que le velours qui le tapissait. Pas un mot plus haut que l'autre. Seuls les gémissements étaient autorisés à froisser le silence, pour parfaire la toile. Les chamailleries qui s'élevaient actuellement dans le couloir n'étaient pas dans la bonne tonalité et il devait les faire taire.

Une déglutition un peu plus rude traversa sa gorge. S'il allait faire calmer les acolytes de Vamp, il devrait forcément passer dans ce couloir. Et donc se retrouver face à elle, tôt ou tard. Elle serait dans cette salle. Peut-être même en train de se faire remonter les bretelles. Il inspira profondément, ses côtes se gonflant à peine, laissant toute illusion qu'il se maîtrisait froidement. Et il ne devrait rien faire. Juste lui dire de la fermer, à elle et à quiconque serait en train de gueuler. Il carra les épaules en imposant des remparts de glace à ses émotions. Confinées, il n'en laisserait filtrer aucune. Absolument aucune.

Le torse droit et le pas déterminé, il prit la direction du couloir importun après avoir prévenu le guichetier d'un signe de tête. Ses pas résonnaient étouffés sur l'épais tapis de velours qui couvrait le sol et il approcha de la pièce à calmer avec une assurance qui suintait par tous les pores de sa peau. Il s'était reprogrammé pour n'être qu'une façade lisse. Façade lisse qui, à sa grande surprise, ne flancha pas quand il découvrit que Vamp n'était pas à l'intérieur mais sur le pas de la porte, en train de garder l'endroit bruyant. Il posa sur elle un regard neutre et sa voix s'éleva entre eux avec un professionnalisme à faire douter son propriétaire qu'il connaissait en réalité la femme à qui il s'adressait.


Vos camarades sont trop bruyants. Le silence doit régner ici. Je vais le rétablir.

Se disant, il n'attendit pas la moindre autorisation pour tendre la main vers la poignée de la porte. Aussi détaché qu'était son ton, son bras s'éleva avec assurance. Il lui paraissait évident qu'il était dans son droit et qu'il allait faire taire les importuns. Même son regard quitta le visage lunaire pour s'appuyer sur la porte, anticipant ce qu'il allait y trouver.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Sam 13 Déc - 14:09

Vamp avait chaud. Trop chaud. La maison close était une bulle de chaleur qui invitait à se débarrasser du plus de vêtements possible. Agacée, elle tira sur le col de sa chemise pour dégager sa nuque et son cou. Si la jeune femme était frileuse, elle détestait avoir trop chaud.

Les éclats de voix dans son dos ne l'alarmaient pas outre-mesure. Ce n'était pas les premiers qu'elle entendait et ce n'était sûrement pas les derniers. Il y avait toujours quelques écus manquants et de faux innocents. Mortellement ennuyeux et désespérément prévisible. La routine pour Vamp.

Si la jeune brune était rigidement campée sur ses deux jambes, son esprit s'égarait loin de ce couloir. Le regard voilé par ses pensées fixait le vide d'un mur ocre. Sans chercher à démêler ses sentiments les uns des autres, elle récapitula mentalement sa situation. Larson devait s'occuper de la sécurité d'Ania. Vamp ne lui faisait pas confiance, mais une petite voix lui assurait qu'on pouvait professionnellement se fier à cet homme. Après tout, il allait être payé. Nouveau problème : le cheval. Il fallait qu'elle se débrouille pour lui trouver (voler?) un foutu canasson. Vamp fronça les sourcils. Jamais, de sa vie, la jeune femme n'avait volé. Tuer, menacer, racketter, oui. Mais voler, jamais. C'était un interdit profondément ancré dans la moelle de la jeune femme. Un délit qui avait été sévèrement sanctionné par l'autorité paternelle.

Vamp avait toujours aveuglément aimé son père. Dés qu'elle apprit à marcher, elle ne le quitta plus, le suivant partout, trottinant avec une insouciance qu'elle avait maintenant perdue depuis bien longtemps. Fidèle aux principes maternelles, le père de la jeune femme n'avait eu aucun droit sur l'éducation de son unique fille. Cependant, l'un des rares principes qu'il avait pu lui inculquer condamnait le vol et elle entendait encore sa voix grave et chaude lui expliquer qu'un tel acte était indigne d'elle et du nom qu'elle portait. Il était absolument hors de question de souiller la mémoire de son père. Et elle ne s'abaisserait pas à ça pour cet enfoiré d'Anglais.

Mais Ania et son oncle seraient bientôt en sécurité, ce qui réduisait la liste de ses soucis. Avec sa famille en lieu sûr, Vamp pourrait se concentrer sur Valentin sans se soucier de leur sûreté. Lin n'était pas un problème, elle était persuadée que son patron n'avait aucune idée des liens qui pouvaient l'unir avec le barbu. Il ne se servirait donc pas de lui pour l'atteindre. Elle n'était toutefois pas persuadée qu'éloigner Ania et Nikolaï soit une excellente idée. Valentin était imprévisible, elle était incapable d'anticiper sa réaction quand il découvrirait qu'elle avait mis sa famille à l'abri. Elle aurait dû s'en ouvrir à Lin. Elle devait s'en ouvrir à lui.

Lin. Lin qui s'avançait dans le couloir pour venir à son encontre. Lin, grand, assuré et droit. Avec une délicatesse de jeune fille, Vamp sentit ses pommettes se colorer. Il était impeccablement vêtu. Jamais elle ne l'avait vu aussi élégant et ce fait était loin de la laisser indifférente. Une soif qu'elle connaissait parfaitement assécha sa gorge. Une soif que seul le jeune barbu était capable d'assouvir.

En le voyant s'approcher ainsi, Vamp était persuadée qu'il allait la prendre par la taille et l'embrasser langoureusement. C'était un geste obligé. Aucun d'eux n'arriverait à résister à l'autre dans un couloir désert. Pas après la peur qu'avait eu Vamp de le perdre le soir du combat. Pas après des jours et des jours sans la moindre nouvelle de l'autre. Il allait forcément la toucher et la couver du regard. Forcément.

Visiblement, elle s'illusionnait. S'il lui jeta un oeil, ce n'était qu'avec la neutralité avec laquelle il parcourait les tavernes du regard. Les yeux de Vamp s'écarquillèrent de surprise alors que ses lèvres s'entrouvraient d'horreur. Elle aurait préféré tout à l'indifférence de Lin. La moquerie ou la colère, n'importe quelle émotion aurait été mieux que ce détachement. Elle en regrettait presque la fureur qu'elle avait vu dans ses yeux lorsqu'elle lui avait ordonné de cesser tout contact avec Valentin. Au moins avait-elle fait naître en lui un semblant d'émotion.

Lin n'allait pas la toucher. Il n'allait pas poser sa main chaude et protectrice sur elle. Vamp réagit in extremis et repoussa la main qui s'avançait vers la poignée de la porte. En une seconde, elle avait repris le dessus sur le coup que venait de lui porter Lin et elle ne lui présenta qu'un visage lisse et impénétrable. Elle était froide, grande et prête à défendre son territoire.

- Je ne pense pas, non. Personne n'entre. Si vous voulez passer... il va falloir m'évincer.

Vamp le toisait. Son regard brillait d'une pointe de sarcasme et son sourcil sombre légèrement arqué témoignait d'une provocation très claire. Elle se demanda un instant si taper sur Lin allait soulager sa rancœur. Elle se demanda aussi qui des deux pourrait gagner dans un combat. Lin était fort et félin. Mais elle était plus fine que lui et elle...

Sa réflexion s'évanouit en un instant alors que ses yeux rencontraient ceux du jeune homme. Non, vraiment, il avait des yeux magnifiques. Ceux de Vamp longèrent l'arête du nez avant de s'égarer sur les lèvres, les siennes s'entrouvrant de nouveau. Cela faisait très longtemps qu'elle ne l'avait pas embrassé. Trop longtemps. La physionomie de la jeune femme changea. Le sarcasme laissa place à une tendresse qui adoucit ses traits blancs alors qu'un regard velouté enveloppa le jeune homme d'une douceur d'amoureuse. Il n'avait rien dit et elle fondait toute seule. Aucune crédibilité.

- Tu es... très séduisant ainsi.

Vamp avait chuchoté du bout des lèvres, sans convoitise ni désir. Ce n'était que pure vérité. Mais la porte dans son dos s'ouvrit, chassant le sourire timide qui commençait à effleurer ses lèvres.

- Vamp ?

Isaac embrassa la scène du regard en l'espace d'une seconde. Il avait perçu des voix à travers la porte et ce n'était pas normal. Vamp ne discutait jamais avec les curieux. Elle se contentait d'un simple regard pour les moins téméraires et en venait aux mains pour les autres. Il fronça les sourcils, plus ou moins conscient de l'état émotionnel de son acolyte ces dernières semaines et préféra s'avancer d'un pas avant que les choses ne dérapent.

- Il y a un problème ?

Son regard bleu se planta dans les yeux de l'homme qui lui faisait face. Sa main large se leva pour se poser sur l'épaule de Vamp. Cela ne devait être qu'un simple geste d'appui, mais la jeune femme était plus proche qu'il ne le pensait et la paume de sa main recouvrit l'angle de son cou dénudé par le col trop large de sa chemise d'homme. Ses doigts se nichèrent dans le creux de la clavicule blanche alors que la pulpe de son pouce touchait la peau lisse et fine de la nuque de Vamp.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mer 17 Déc - 13:16

Il ne put vraiment déterminer ce qui le cloua sur place le plus assurément entre les paroles de la jeune femme ou l'apparition subite de ce brun qu'il n'appréciait que très moyennement. Que ce fut l'un ou l'autre, le résultat était le même. Il avait été coupé net dans son élan d'indifférence. Déstabilisé, il se força à garder contenance en scrutant ses deux interlocuteurs avec l'air d'un professionnel calculateur. Ses yeux vifs passèrent du visage blanc à celui de l'inconnu, précis. Il sentit pourtant ses pupilles dériver malgré lui vers les traits qu'il affectionnait. Cet homme ne présentait aucun intérêt. La pâleur de Vamp, en revanche, minaudait sous la chape d'images qui l'accompagnait. Des images dans lesquelles il voulait encore se plonger. Sans qu'elles ne soient entachées par le regard de cet inconnu malvenu. Les iris de Lin revinrent sur la jeune femme avec une satisfaction évidente, dangereuse.

Mais si le regard du collègue de Vamp ne parvint pas à souiller ce qui parvenait à ses rétines, ses doigts le firent avec une cruauté bien plus insoutenable. Il n'avait pu s'empêcher de laisser son attention dévier vers les lèvres de la brune, l'angle de sa mâchoire et bientôt, la naissance de sa gorge. Il se voyait déjà en goûter chaque parcelle du bout des lèvres, caresser son épiderme pour en apprécier la douceur et sans plus tarder glisser au creux de son cou pour la dévorer. C'est sans doute ce qu'il aurait fait, si ces doigts insolents n'occupaient pas déjà la place qu'il estimait réservée aux siens. Un rictus agita le coin de ses lèvres alors que ses yeux se dardaient sur les importuns. S'il n'avait pas fait l'effort d'être aussi détaché quelques instants plus tôt, il se serait jeté sur l'homme pour lui sectionner un doigt ou deux. En guise d'avertissement.

L'effort avait pourtant été effectué et c'est sans doute ce qui sauva quelques phalanges à l'inconnu. La sourde émotion qui vrilla le torse de Lin à la vue de ces doigts sur l'épiderme de Vamp fut largement atténuée par la maîtrise imposée à ses membres. Mais sa puissance n'en fut pas totalement annihilée pour autant. Un résidu échappé lança le bras du barbu directement à l'épaule du brun, lui assénant une bourrade un peu trop ferme pour être amicale. Son poing refermé percuta l'articulation de l'homme, laissant soin à la force ainsi transmise d'éjecter la main du creux où elle s'était logée sans autorisation. Les yeux de Lin s'étaient fichés dans ceux de son nouvel opposant et il émit un vague grognement en guise de menace.


On touche pas les filles ici. Aucun contact hors chambre.

Il savait pertinemment que c'était un argument irrecevable. Vamp n'était pas une prostituée employée ici et le brun n'avait pas posé la main sur elle comme les clients le faisaient sur les filles d'ici. Mais il se devait de justifier son geste un peu trop rude pour un simple garde et il n'éprouva aucune honte à faire preuve de la pire mauvaise foi. Il n'aimait pas qu'on touche la jeune femme. Ca avait toujours été le cas, d'aussi loin qu'il se souvienne. Mais l'idée lui était d'autant plus intolérable dans les circonstances actuelles et il n'hésiterait pas à mentir comme un arracheur de dents si ça pouvait contribuer à tenir tout contact à distance de la brune.

Il fallait qu'il amorce un semblant de justification à sa présence ici. Le silence interloqué du bousculé commençait à devenir pesant et Lin ne voulait pas se faire remarquer dès ses premiers jours. Pourquoi était-il venu dans ce couloir, au juste ? L'idée que Vamp soit soumise à un contact aussi étroit avec un inconnu avait complètement pris le pas sur sa raison et il ne parvenait pas à remettre ses idées au clair. L'autre était encore bien trop proche du corps laiteux. Il le voyait bien. Ses mâchoires se contractèrent malgré lui alors qu'un signal d'alarme se déclenchait quelque part au fond de sa boîte crânienne. S'il restait aussi immobile, il allait faire voler en éclats l'ignorance de la relation qui l'unissait à Vamp. Il fallait qu'il bouge.

Il força ses yeux à quitter la bien trop courte distance repérée entre la jeune femme et le brun pour les poser sur ce dernier. Reprenant l'aplomb qui lui manquait quelques secondes auparavant, il étendit sa colonne vertébrale jusqu'à ses derniers centimètres avant de s'exprimer sur un ton neutre, les yeux redevenus insondables.


Ca gueule trop là-dedans. On veut pas de bruit ici, exigence du patron. Si vous faites pas baisser ça, je vais devoir m'en charger.

Il maintint son attention sur l'homme avec une fixité qui passait pour de l'insistance. Il ne parvenait simplement pas à gérer ce que la proximité de ce brun aux côtés de Vamp déclenchait en lui et il préférait l'ignorer pour ne pas déraper. Campé sur ses positions, il garda le menton haut jusqu'à l'obtention d'une réponse, intransigeant.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mer 17 Déc - 20:13

Un frisson de répulsion hérissa son grain de peau. Le dégoût se tortilla le long de son épiderme pour venir enfler dans le creux de son sternum, y nichant une boule acide et âcre. L’écœurement et l'exécration de chamaillaient pour avoir le monopole sur la gorge blanche de la jeune femme. Dans tous les cas, le message de son corps était clair : la révulsion.

Vamp ne supportait aucun contact physique. Ce n'était pas caprice de sa part ou excentricité de misanthrope. Si, lorsqu'elle était plus jeune, on s'était approprié son esprit, Vamp s'était promis que personne ne souillerait son corps du moindre effleurement. C'était un équilibre dont elle avait besoin, une nécessité qui l'assurait qu'elle n'était plus un objet que l'on manipule comme une arme, mais un humain. Le seul être à avoir le droit de s'emparer de son corps était Lin.

Lin pouvait la caresser, l'effleurer, la mordre, la dominer ou la griffer. Et Vamp le lui rendait bien. Elle était physiquement et viscéralement à lui. La sensualité qu'il y avait entre eux nourrissait leur couple d'un lien qui renforçait l'aversion de la jeune femme pour les contacts extérieurs. Lin pouvait poser ses mains là où personne n'avait le droit d'en humer le parfum. Or plus que tout, elle le savait, sa nuque était le territoire du jeune homme.

Aussi ressentit-elle les doigts d'Isaac comme une violation. Elle allait réagir mais Lin l'en empêcha. Les réflexes du jeune homme venaient de dépasser les siens. Vamp en écarquilla les yeux. Il y avait quelque chose d'extrêmement désirable dans le comportement de Lin. Il venait de prouver qu'il la connaissait à la perfection mais aussi qu'il ne supportait pas qu'on touche ce que lui avait le droit d'embrasser. Mais c'était aussi stupidement dangereux. Le froid de la peur glaça les poumons de la jeune femme. Elle pria pour qu'Isaac ne voit que le mouvement d'humeur d'un employé irrité de sa surveillance journalière. Mais elle savait que son acolyte était un observateur pointilleux.

Isaac était un homme protecteur et patient. S'il ne se définissait pas spécialement comme un pacifiste, il cherchait la plupart du temps à calmer les sangs échauffés et à refroidir les situations par quelques paroles bien placées. Tout l'inverse de sa compagne qui préférait frapper sans se donner la peine d'ouvrir la bouche. Les labyrinthes syntaxiques et grammaticaux ennuyaient profondément Vamp.

Mais l'agressivité de ce garde du corps barbu était injustifiée et sa violence n'était pas seulement verbale, elle était aussi physique. Et à trop vouloir raisonner les gens, on oublie parfois de se raisonner soi-même. Comme une impulsion électrique, le corps du grand brun s'avança, dépassant Vamp pour se heurter dans un bruit sourd au torse du barbu.

Le choc fut violent, assez pour faire ciller les paupières de la jeune femme. Les poings d'Isaac s'étaient refermés sur la veste sombre de son homme, blanchissant ses phalanges d'une force brute. Vamp pâlit. Elle voyait parfaitement le regard de Lin et savait ce qu'il annonçait. Les muscles du barbu étaient déjà contractés et elle ne voulait pas savoir comment allait se terminer ces quelques secondes entre les deux hommes.

La jeune femme gronda et s'avança d'un pas. Elle était en colère. D'une fureur froide, ses yeux glacés d'un givre assassin, sa main pâle se referma sur l'épaule de son acolyte et elle lui arracha Lin des mains. Vamp n'agissait pas par instinct. En quelques secondes, elle avait parfaitement calculé ses gestes et la situation. Si elle s'était contenté d'éloigner Lin de la colère d'Isaac, ce dernier aurait compris que quelque chose clochait. Il aurait été plus logique à ses yeux que la jeune femme ait le réflexe de le protéger lui, pas cet inconnu poilu.

Aussi, tout en repoussant Isaac dans son dos vers la porte du bureau avec une force que la fureur aidait, Vamp s'avança pour frapper Lin au visage de son poing. Les os de ses jointures tapèrent dans un bruit sourd et mat contre l'angle de sa mâchoire barbu. Vamp ne cilla pas. Elle resta droite entre les deux hommes, sans que la moindre émotion ne trahisse ses traits blancs. La routine. Son regard acéré passa de l'un à l'autre alors que sa voix s'élevait, la fureur l'obligeant à articuler distinctement pour échapper aux tremblements.

- Je tiens à vous préciser, au cas où vous ne l'auriez pas deviné par vous même, que j'ai un instinct maternelle plutôt... modéré. J'ai autre chose à faire que de séparer deux gamins qui se disputent un bout de territoire. Le premier qui avance, je l'abats.

Le sang de sa main droite pulsait entre ses os douloureux. Elle avait frappé Lin assez fort pour que ses doigts protestent, mais pas assez pour lui casser quelque chose : contrairement à ses habitudes, elle avait visé la mâchoire, pas le nez. La jeune brune se retourna pour planter son regard dans les yeux bleus de son acolyte.

- Toi, tu retournes là d'dans. Tout ce qui se passe derrière cette porte ME regarde. Depuis quand te permets-tu d'empiéter sur mon travail ? Je n'ai pas besoin d'une mère pour me materner. Occupe-toi de ce qui se passe de l'autre côté de la porte encore une fois et je risquerai de devenir désagréable. Maintenant tire-toi, que j'explique à notre nouveau collègue quelques règles de courtoisie. Tout de suite.

Un regard bleu brillant de haine lui répondit mais la flamme s'éteignit vite. Il n'avait pas spécialement peur de Vamp, mais il se méfiait des capacités de la jeune femme. Elle était dangereuse. Et elle était en colère.

La main blanche se referma sur le bras de Lin, l'obligeant à faire quelques pas dans le couloir pour l'éloigner de la porte. Elle le relâcha lorsque celle-ci claqua dans son dos. Aussitôt la porte close, toute la physionomie de Vamp se transforma. Un pli se dessina entre ses sourcils inquiets alors que ses doigts effleuraient le menton du jeune homme pour l'obliger à tourner la tête en douceur.

- Montre-moi, je ne t'ai pas fait mal ? Je n'ai pas eu le choix, il allait forcément se douter de quelque chose...

Elle se dressa de quelques centimètres sur la pointe des pieds pour toucher la mâchoire blessée du bout des lèvres en un bisou magique futile mais tendre.

-... tu es stupide aussi, tellement stupide...

Un second baiser plus appuyé s'égara sur la pommette du jeune homme. Les lèvres de Vamp s'égaraient. C'était une drogue. Lorsque que sa bouche touchait la peau du barbu, elle ne s'arrêtait pas tant qu'elle ne s'était pas rassasiée de sa chair. La paume de sa main remontait déjà contre la joue du jeune homme.

-... vraiment... tellement...

Vamp l'embrassa une fois d'une caresse brève sur les lèvres, avant que ses bras ne s'enroulent autour de son cou et qu'elle ne l'étreint à pleine bouche. Celle de Lin était délicieuse, sensuelle et pleine de promesses. Ses doigts blancs s'enfoncèrent dans les mèches claires, obligeant sa tête à s'incliner plus vers elle.

Vamp le désirait. Elle le voulait, d'un besoin instinctif et primaire. Elle voulait qu'il l'agrippe par les hanches et qu'il se glisse en elle. Elle voulait lui faire l'amour en le dominant pour le punir de son imprudence. Puis qu'il la renverse pour la dominer à son tour. Elle voulait être à lui.

Il n'y avait plus rien de la jeune femme furieuse et glaciale. Il n'y avait qu'une amante qui désirait ardemment son homme. Elle reprochait à Lin par ses paroles ce que son corps était en train de réclamer. Ses doigts se crispaient sur son torse. Elle allait le déshabiller, là, dans ce couloir, et sans la moindre pudeur.

La gorge sèche, essoufflée, Vamp libéra la bouche du jeune homme. Les pupilles qu'elle offrit à Lin exprimaient assez son désir et les choses qu'elles imaginaient lui faire. Un semblant de raison bataillait encore derrière ses yeux brûlants et elle s'obligea à articuler.

- Lin, retourne à ton poste...

C'était plus une supplication qu'un ordre. S'il restait dans les parages, jamais elle ne parviendrait à chasser le désir qui brûlait le creux de ses reins. Pas avant de l'assouvir. Elle le savait.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Jeu 18 Déc - 13:33

Il savait que sans ce coup porté à sa mâchoire, leur couverture se serait effondrée. Aussi simplement et rapidement qu'il avait frappé l'épaule de cet homme. Son excuse avait peut-être fait illusion derrière les yeux bleus, à peine renforcée par l'ignorance du brun. Après tout, il ne connaissait rien de Lin et il était probable qu'il le prenne pour une brute sans beaucoup de jugeote. Une telle impulsivité n'en serait qu'une preuve de plus. Mais le barbu doutait que l'arnaque tienne la route longtemps. S'il réfléchissait un tant soit peu, il saurait que le patron n'aurait pas mis un crétin fini dans un lieu comme celui-ci, où la finesse est nécessaire pour savoir remettre un client à sa place sans lui passer l'envie de revenir. Il devait se douter qu'il était plus subtil que ça. Le personnage bourru ne pouvait pas tenir. Le poing de Vamp avait donc été la sauce nécessaire pour faire passer le morceau. C'était un gros morceau, mais bien accompagné. Il était sans doute passé. Il ne repasserait pas une seconde fois.

Il était en train de ressasser le moment en foudroyant le brun du regard, éloigné de force par la main implacable de la pâlotte. Les yeux bleus disparurent en même temps que la porte claquait et le barbu reporta immédiatement son attention sur la jeune femme. Le coup de poing était nécessaire. Sans doute. Mais tout de même. Il voulait protester. Arguer de ce que même pour de la sécurité, lui, ne l'aurait pas frappée. Il n'eut pas le temps de réfléchir suffisamment pour s'apercevoir qu'il l'aurait sans doute fait. Les doigts de Vamp s'étaient déjà appropriés ses mèches et sa bouche recouvrait la sienne avec une avidité qu'il lui avait découvert l'autre soir, entre deux pots d'épices et un fût de bière. Une avidité qui dépassait sa simple raison, totalement anéantie par la bourrasque émotionnelle qu'elle avait déclenchée.

Aucune médiation de son esprit ne put venir s'interposer entre sa volonté et ses mains. Celles-ci trouvèrent les hanches de la brune avec une simplicité inquiétante et s'immiscèrent sous le tissu blanc en moins de temps qu'il n'en fallut à son souffle pour disparaître entre les lèvres de la jeune femme. Saisi par l'ardeur de Vamp, Lin ne chercha pas à résister. Ses rétines repassaient les images récentes qui l'avaient exaspéré et son corps agissait en conséquence. Sa bouche quitta les lèvres pourtant délicieuses de la brune pour s'apposer à l'angle de sa mâchoire dans un chapelet de légers baisers gourmands. Il avait en tête ce qu'il n'avait pas eu l'occasion de faire un peu plus tôt et s'en donnait désormais à coeur joie. La tranche de son cou ne fut pas épargnée par ses attentions. Il suivit un chemin imaginaire le long de sa gorge pour parvenir enfin au creux de son cou, coeur de sa convoitise.

D'un mouvement agile, il recouvrit l'épiderme de sa langue alors qu'une de ses paumes venait s'apposer contre la nuque blanche pour lui faire incliner la tête. Cette vallée-là n'avait qu'un propriétaire. Qui ne tolérait aucune intrusion sur son territoire. Possessif, son visage vint recouvrir la peau de son épaule alors que ses lèvres lavaient l'affront de l'importun. Il se repaissait d'elle autant qu'il la marquait et il sentit poindre en lui l'envie de mordre cette chair si tendre. La faire réagir. Lui arracher un frisson. Sentir ses doigts qui se crispaient sur sa nuque. Et notifier au monde que ce cou n'appartenait qu'à lui. Il retroussa les lèvres un court instant avant de s'immobiliser, seul son souffle brûlant roulant jusqu'aux clavicules immaculées.

Il ne pouvait pas se le permettre. Pas après son manque de contrôle passé. En sortant de cette pièce, cet enfoiré ne manquerait pas de jeter un oeil attentif à sa collègue de travail, pour vérifier si elle avait réellement expédié l'intrus manu militari. Les yeux de Lin se plissèrent. Le chien. Un long soupir frustré lui échappa alors qu'il se redressait, ses mains se faisant moins crispées contre la peau de la jeune femme, plus caressantes alors qu'il posait ses yeux sur les siens.


Ce n'était pas …

Sa phrase mourut dans un déglutissement inachevé. Il venait de se plonger dans le regard de Vamp. Regard qui trahissait bien plus qu'une simple attraction et qui faisait méchamment écho à ce qui lui dévorait les intestins. Désarmé, il se contenta de la regarder un long moment, happé par ces deux foyers sombres qui l'avaient ferré des années auparavant. Il sentit poindre sur son visage un irrépressible sourire qu'il ne chercha pas à retenir. Il aimait cette femme. Comme il n'en avait jamais aimé aucune. Déstabilisé par la force de son constat, il dut détourner le regard pour ne pas laisser paraître son trouble d'imbécile heureux. Pour se donner une certaine contenance, il passa la pulpe de son pouce au creux du cou qu'il avait dévoré, l'asséchant d'un mouvement fébrile. Ainsi, il ne laissait aucune trace de son passage. Ou une double, au contraire. Son sourire s'affirma.

Je doute de l'être plus que toi.

Son regard venait de retrouver l'aplomb qu'il avait perdu et il le reposa sur celui de Vamp dans un mélange d'assurance et de mutinerie. Elle qui le connaissait si bien n'aurait aucun mal à déceler qu'il avait quelque chose derrière la tête. Il glissa ses doigts le long de sa joue, l'effleurant à peine, les égarant sur ces traits qui le bouleversaient tant.

Et si j'ai payé pour, j'ai bien peur que tu doives t'y soumettre aussi.

Se disant, il recourba son index au niveau de sa pommette et l'écorcha d'un coup d'ongle sec, traçant une marque visible quoi que légère juste sous la ligne de son oeil. Il étira un sourire au coin de ses lèvres et vint lui pincer les joues pour leur faire prendre quelques couleurs. Sa voix trahissait un mélange d'amusement et de vengeance, teintée d'une frustration mal contenue. S'il avait pu, il l'aurait marquée autrement.


Avec ça, tu seras plus crédible.

Il se força à reculer de quelques pas pour se soustraire à l'attraction qu'elle exerçait sur lui et brisa volontairement l'intimité du moment. Il était le plus raisonnable. Et Vamp se reposait sur lui pour en faire preuve pour deux. Il l'avait décelé sous l'incommensurable brasier qui consumait ses iris. Et même si son ventre réclamait la jeune femme avec autant d'ardeur qu'elle, sa raison l'obligea à tenir sa ligne cette fois-ci. Il n'était pas là par hasard. Il se promit cependant de rejoindre Vamp sous ses draps dans cette minuscule chambre qui était la sienne et dont il avait désormais la clé dès qu'ils auraient une nuit concordante.

Il rajusta sa veste sur ses épaules, lissa le bas de sa chemise et s'assura que ses manches étaient à la bonne longueur. Il avait repris contenance et son allure générale était redevenue celle d'un garde discret mais efficace. Seule une petite lueur trahissait son attention soutenue à Vamp quand il lui adressa un dernier regard. Il tourna alors les talons et disparut le long du couloir dans un bruit de pas étouffé sur les épais tapis de velours de l'établissement pour retourner à son poste, comme elle l'avait demandé. Docile, ou presque.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Lun 22 Déc - 18:23

Il pleuvait. D'un petit crachin têtu et glacé qui gonflait d'eau ses mèches sombres. Elle était assise sous le haut-vent d'une boutique quelconque, sur les marches, le talon de ses bottes enfoncé dans la boue qui recouvrait la ruelle. Le dos légèrement courbé, ses coudes prenaient appui sur ses genoux. Elle était immobile depuis de longues minutes. Sa marche dans le froid et l'humidité avait rougi ses pommettes d'une teinte délicate et gorgé d'eau son épais manteau. Rien n'aurait pu la faire bouger de son point d'observation. Comme un prédateur, ses yeux sombres étaient fixés sur un point bien précis, sans ciller, patient et observateur.

La nuit avait été sombre et pénible. Vamp avait besoin de Lin.

Cela faisait deux jours qu'elle avait quitté le jeune homme, dans la sensualité de ce couloir satiné. Deux jours d'enfer. Elle était épuisée, plus pâle encore que d'ordinaire, ses ongles s'acharnant à mutiler la peau de ses avant-bras. Vamp n'était pas rentrée chez elle. Ses deux nuits, elle les avait passées aux côtés de sa petite nièce. Il fallait qu'elle parle au jeune homme. À son homme.

Prudente, elle s'était installée dans le coin le plus sombre de la ruelle. Si les espions de Valentin étaient bien le dernier de ses soucis, il était hors de question de mettre Lin en danger par manque de précaution. Cela faisait plus d'une heure qu'elle observait l'incessant ballet des clients qui entraient ou sortaient du bordel. D'une patience de morte, Vamp ne bougeait pas d'un cil. Elle voulait qu'il soit là. Elle avait viscéralement besoin de Lin. Elle attendrait la nuit entière s'il le fallait.

Elle savait tout l'imprudence qui découlait de son attente. Il était anormal que la jeune femme se trouva là. Et elle n'aurait aucune réponse satisfaisante à donner en cas de question indiscrète. Son poing peut être... mais ce n'était pas réellement une solution à long terme. Isaac n'avait fait aucune remarque ni allusion sur leur petit incident du couloir. Vamp ne savait pas si elle devait s'en trouver soulagée ou non. Mais après tout, elle avait un début de confiance en lui et la sympathie qu'ils avaient l'un pour l'autre n'était pas seulement professionnelle. Peut être pourrait-elle lui avouer toute la vérité sur Lin et elle ?

La porte s'ouvrit de nouveau, mais cette fois-ci, Vamp se redressa, l'arrachant à ses réflexions et hypothèses. Malgré l'obscurité de la nuit, elle pouvait aisément reconnaître la silhouette qui se découpait dans l'encadrement de la porte. Elle lui laissa une dizaine de pas d'avance avant de s'arracher à ses marches et de se lever.

Elle suivit Lin à bonne distance durant les premières minutes. En temps ordinaire, Vamp l'aurait dévoré des yeux. Elle se serait généreusement approprié les fesses du jeune homme ou aurait fixé sa nuque du regard en pensant à des choses indécentes. Mais ce soir, elle était bien loin de ce genre de pensées.

Oui, ces deux nuits avaient été un enfer. Elle les avait passées auprès d'Ania, dans la chaleur moite de sa chambre de malade. Malade, elle l'était plus que jamais, à la grande révulsion de Vamp. La jeune femme sentait planer la mort. Elle l'entendait approcher dans la respiration grêle de la petite. C'était un supplice pour elle, d'être spectatrice de la lente morte de sa protégée. Elle était impuissante. Cruellement impuissante. Elle avait besoin de Lin.

Son plan stipulait bien de suivre Lin au moins pendant dix bonnes minutes avant de l'aborder, par sécurité. Vamp patienta à peine trois minutes. L'urgence et la peur la rendaient imprudente. Elle franchit toute la distance qu'elle avait volontairement laissé s'installer entre elle et le barbu en l'espace de quelques secondes. Silencieuse et un peu brusque, sa main gantée s'avança pour toucher le coude du jeune homme. Vamp se raccrocha à son bras comme on se raccroche désespérément à un radeau en pleine tempête.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mar 23 Déc - 8:36

Ce qu'il avait lu dans les pupilles de la jeune femme alors qu'elle tentait de reculer l'avait remué bien plus sûrement que n'importe quelle croupe d'une fille du bordel. Il savait que s'il n'était pas revenu à sa place à ce moment-là, elle aurait touché le mur plus rapidement qu'elle ne l'avait frappé. C'était instinctif. Quand elle le regardait comme ça, une unique envie se logeait dans son torse. Un soupir lui échappa alors qu'il rajustait sa veste sur ses épaules d'un mouvement de bras. Il allait encore falloir attendre quelques heures avant de pouvoir s'immiscer chez elle. Le service devait d'abord être assuré. Le réconfort arriverait ensuite.

Il n'arriva pas. Après avoir remis la sécurité de l'établissement entre les mains de sa relève, il avait récupéré l'épaisse veste qui l'emmitouflait par ces temps froids et s'était rué vers la sortie après avoir cordialement décliné l'habituelle offre de la rouquine du second. Il se doutait que ce n'était pas par hasard que cette même prostituée venait chaque soir à l'heure de la relève pour lui proposer ses services. Gratuitement. En guise de détente. Comme réconfort, en somme. Il était persuadé que c'était un moyen substantiel utilisé par Valentin pour tenir ses subordonnés tranquilles. Un gain en nature non négligeable qui leur assurait un confort suffisant pour vouloir rester à sa botte. En y repensant, la tête du jeune homme s'agita de droite à gauche. Aucune chance qu'il ne morde.

L'air glacial de la rue lui rendit pleinement sa lucidité et il acheva de relever son col sur son visage en amorçant son chemin vers la mansarde de la jeune brune. L'impatience accélérait son pas déjà décidé et un mince sourire naquit à l'angle de ses lèvres. L'idée de venir se glisser dans ce cocon boisé le réjouissait. La poutre autour de laquelle ils allaient pouvoir jouer à chat, ce lit immense qui prenait toute la place sur lequel ils allaient pouvoir se chamailler et ce toit incliné sous lequel ils allaient pouvoir se détendre véritablement le poussaient en avant. Il voulait retrouver Vamp. Même si ce n'était que le temps d'une nuit. Les jours passés s'étaient avérés bien plus compliqués qu'il ne l'aurait cru et la présence de sa brune lui manquait, parfois même en plein milieu de la journée, dans un pincement au coeur soutenu.

Mais il ne trouva que du vide après avoir tourné la clé dans la serrure. Le grand lit, la poutre, le toit. Tout était bien là. Seule Vamp manquait à l'appel. Et le cocon boisé n'avait pas lieu d'être si elle n'y était pas. Un lourd soupir roula dans l'air inanimé, précédant de peu le claquement rageur de la porte sous l'impulsion colérique du jeune homme. L'espoir déçu l'ébouillantait. Il descendit les marches quatre à quatre et disparut à nouveau dans la nuit, déterminé à trouver où elle se cachait.

Il dut user de détours complexes pour parvenir jusqu'à Larson sans qu'aucun des sbires de son nouveau patron ne l'ait à l'oeil. Il sentait leur regard partout, leur présence derrière chaque poteau et leur trahison à chaque coin de rue. Pourtant, il parvint à approcher le bâtard d'anglais sans qu'on ne l'ait suivi. Sa main s'abattit sur la nuque de l'homme alors que ses doigts s'enfonçaient dans la chair. Le message était clair. Lars ne rechigna d'ailleurs pas à se lever, feignant tout de même une bataille d'ivrognes face à la nobliotte qu'il avait ferré pour la nuit.

Lin le projeta dans le box attenant à l'auberge pour les dissimuler à la rue. Le foin étouffait leurs pas et le haut parapet de bois occultait leur vue.


Qu'est-ce que t'as encore foutu pendant que j'étais pas là, toi ?

L'anglais releva la tête, les traits peu avenants. Cet empaffé revenait de sa couverture plus irrité qu'il n'était parti. Son nouveau boss l'enchantait pas ? Il n'avait pas à venir le lui rendre aussi rudement. C'est lui qui avait choisi d'être l'infiltré. Comme quoi lui n'en serait pas capable, trop mauvais ou il ne savait plus trop quoi. Peuh. Un crachat atteignit le sol avant que le bâtard ne s'exprime.

T'vas t'calmer s'tu veux pas d'balafres. Ca s'passe mal là-bas ? Pas d'nouvelles d'puis une éternité !

Un soupir d'exaspération ricocha contre la trachée de Lin et il porta des yeux implacables sur l'anglais.

Qu'est-ce que t'as fait de la brune ?

Les yeux de l'anglais s'illuminèrent légèrement à l'évocation de cette pâle jeune femme. C'est qu'il y tenait. Il sourit légèrement et se gratta le front d'une phalange recourbée.

J'te dirais bien qu'j'ai rien fait m'enfin … elle est pas assez mauvaise pour qu'j'lui r'fuse un coup d'vanité !

Ce qu'il évoquait acheva de rogner la patience du jeune barbu. Son poing vola jusqu'à la face goguenarde de son acolyte, le renvoyant sèchement contre la palisse de bois. Il n'avait pas à tolérer ce genre de propos. Il doutait qu'il ait pu ne serait-ce que l'approcher de la sorte mais il n'avait pas le moindre doute quant au fait qu'il lui ait parlé. Cette fouine était trop curieuse pour ne pas avoir profité de son éloignement.

Arrête tes conneries, j'ai pas le temps.

Le frappé passa une main sur sa mâchoire endolorie en grommelant quelque chose à propos des conneries de la jalousie mais ne s'aventura pas à articuler. Il connaissait cette rigidité chez son compère et il n'avait pas envie d'y goûter à nouveau.

J'sais pas c'qu'elle fout. Elle est dingue t'façon. Elle est v'nue m'choper par c'que j'ai d'plus cher pour qu'j'm'occupe de c'qu'elle a de plus cher. Dingo, j'te jure. Et t'jours pas payé, c'te gueuse … S'tu la vois, t'me l'envoies, qu'j'lui r'monte le froc.

Les sourcils de Lin ne purent s'empêcher de venir plisser son front. Vamp avait demandé un service à Larson ? C'était improbable. Il plissa les yeux mais son acolyte lui parut sincère. Il éluda les propos de son compère d'un signe de main.


Tes affaires, tu les gères. Mais je te conseille de faire gaffe avec qui tu commerces. T'as que deux carotides.

Le fond de menace était teinté d'un mélange de fierté et de raillerie. Il savait que Vamp n'aurait fait qu'une bouchée de Larson si elle avait réussi à l'attraper par là où il pensait. Elle devait véritablement avoir besoin de lui. Il faudrait qu'il pense à lui demander pourquoi.

Tout roule jusqu'ici. Fais pas de vagues de ton côté et pense à venir au bordel un de ces quatre. En client.

Il le libéra sans plus de détails, tournant les talons pour sortir du box. Ce que Vamp avait demandé à Larson ne l'intéressait pas dans l'immédiat. Si elle était en affaire avec lui mais qu'il n'avait pas la moindre idée d'où elle était, il se pouvait qu'elle soit en danger. Cette idée-là était l'intérêt immédiat. Mais après avoir fouillé la ville de fond en comble jusqu'au lendemain matin, il dut se rendre à l'évidence. Ils s'étaient croisés sans se voir et la nuit dont il avait rêvé venait de s'écouler dans l'air gelé de la ville plutôt que dans la chaleur des bras de la brune. C'est donc maussade qu'il retourna à son poste, les traits tirés par une nuit blanche malvenue.

Il ne refit pas la même erreur le lendemain soir. Il alla se coucher sans demander son reste, dormant pour deux nuits. La journée qui s'ensuivit lui parut plus courte mais pas moins pénible. Il ne l'avait pas revue depuis deux jours et l'irritation commençait à gagner du terrain. S'il n'en avait pas conscience, son corps le laissait tout de même transparaître. Le manque de Vamp lui était préjudiciable.

Aussi était-il particulièrement réactif quand il s'engagea dans la rue détrempée. Les nerfs à vif et la conscience exacerbée, il se focalisait sur les moindres détails agaçants malgré lui. Les gouttes qui tombaient inlassablement lui vrillaient les tempes, les pas des badauds l'exaspéraient et plus que tout, la sensation d'être suivi faisait bouillonner la colère au fond de son ventre. Dès qu'il aurait l'occasion, il ferait volte-face pour coincer le rôdeur. Tous ses sens étaient en alerte. Les pas se rapprochaient dans son dos, la présence se matérialisait. Il allait passer à l'attaque.

Quand le gant toucha son coude, la main du barbu fusa. D'un geste vif, elle se plaqua sur le visage de l'assaillant pour le faire taire alors que son autre main l'agrippait par le col de sa chemise. Ses yeux furieux tombèrent sur le visage blanc alors qu'il plaquait sans ménagement la pâlotte contre le mur d'une maison bordant la rue, ses lèvres entrouvertes sous la surprise. Son premier réflexe fut de relâcher la pression exercée par sa main sur son visage pour la laisser respirer mais la dangerosité de la situation ne lui échappa pas. Ils étaient dans la rue qui menait au bordel. Autant dire dans le berceau de Valentin. S'il y avait bien un endroit où il se devait d'être professionnel et insensible, c'était ici.

Sa main se détendit pour la laisser respirer mais son attitude restait d'apparence agressive. Ses sourcils étaient froncés et ses muscles contractés pour berner les spectateurs. Vu de l'extérieur, il était prêt à en découdre. Pourtant, ses yeux transmettait la surprise à son interlocutrice et une pointe de soulagement. Il chuchota, les dents serrées, comme pour une menace alors que son ton n'en contenait aucune.


T'étais passée où ?
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Jeu 25 Déc - 13:00

Le choc fut violent, assez pour que ses yeux se ferment par réflexe. Vamp ne s'était pas réellement attendue à cette réaction mais savait qu'elle était légitime. La peur et la panique l'empêchaient de raisonner et elle s'était précipitée à la rencontre de Lin sans réfléchir aux conséquences. Elle perdait pied. Elle avait besoin de lui, de son sang-froid.

Instinctivement, sa main se referma sur le poignet qui emprisonnait son visage. Ses paupières clignèrent alors que ses pupilles retrouvaient tout leur aplomb. Aucune colère ne s'y lisait, juste une profonde détresse. Si Lin ne la tenait pas aussi fermement contre la pierre de la maisonnée, Vamp se serait aussitôt réfugiée contre son buste. Un comportement dangereux, elle le savait au fond d'elle, et l'attitude du barbu le lui rappelait. Mais sous les doigts du jeune homme, elle tremblait.

Jamais Vamp n'avait si peu contrôlé et son corps et ses émotions. Elle se fit pourtant violence. D'une impulsion sèche, elle se détacha du mur de pierre en empoignant les épaules du jeune homme. Son corps heurta le sien dans un bruit mat. Elle grimaça. Lin était plutôt costaud et, à ce petit jeu, ç'allait être elle qui allait se briser. Elle se serra contre lui dans un mouvement de lutte pour se dégager de son emprise alors que ses lèvres chuchotaient une adresse dans le creux de son oreille. D'un mouvement souple, elle parvint à se soustraire à sa poigne.

Vamp savait que c'était peu concluant pour tout spectateur potentiel qui la connaissait un minimum. Son langage corporel manquait de froideur et de rigidité. Ce n'était pas elle. Elle aurait dû frapper Lin comme elle l'avait fait au bordel ou, au moins, faire couler un peu de son sang, au coin de la lèvre par exemple. Mais elle ne s'y résolut pas. Elle se contenta de le défier du regard, imposant une rigidité à ses épaules que son cœur n'avait pas. Un coup d'oeil méprisant enveloppa le jeune homme avant qu'elle ne fasse demi-tour et s'éloigne d'un pas raide.

Tout c'était passé très vite. Si vite qu'elle doutait d'avoir eu le temps de commencer une inspiration et d'en finir une autre. Elle se priva d'un coup d'oeil par-dessus son épaule. Elle n'avait aucun moyen de savoir si Lin avait bien compris le lieu de rendez-vous qu'elle lui avait glissé dans un souffle. Or l'idée qu'elle puisse ne pas le retrouver ne faisait qu'accentuer son angoisse.

Pourtant, la pluie douce qui venait caresser son visage calma la détresse pulsant dans ses veines. Elle effaça délicatement les teintes rosées que la panique avait fait naître sur les joues pâles. Vamp commençait à se calmer. Lin allait venir. Il allait être là et tout rentrerait dans l'ordre, tout irait mieux.

C'était infantile. Elle le savait au fond d'elle. Mais Vamp ne pouvait se raccrocher qu'au jeune homme.

Retrouvant peu à peu sa démarche altière à mesure que chacun de ses pas la rapprochait du lieu de rendez-vous, la respiration de la jeune femme reprenait une profondeur plus calme. Elle releva le col de son manteau par réflexe avant de faire disparaître ses mains gantées dans la chaleur des larges poches. Après un léger calcul, elle estimait que Lin arriverait bien après elle, plus encore s'il décidait de brouiller les pistes en prenant des ruelles annexes. Elle avait donc le temps de reprendre un minimum de contrôle sur elle-même. Si Vamp était bien plus naturelle avec Lin qu'avec n'importe quelle autre personne, elle n'en gardait pas moins un semblant de fierté. Les fines gouttes de brume lui faisaient du bien et finirent de la calmer.

Le visage lisse de toute émotion, elle marchait droit devant elle et seuls ses yeux vagues témoignaient du cheminement erratique de ses pensées. Tout s'enchaînait sans se préciser. Valentin. Lin. Ania. Isaac. Lin. Encore Lin. Un tic agacé creusa un pli entre les sourcils noirs. Ce barbu était royalement exaspérant, à s'imposer sans arrêt dans ses pensées, il l'empêchait de se concentrer sur l'urgence de ces deux derniers jours. Ce barbu, avec ses larges mains puissantes, qui était capable de s'approprier ses hanches sous l'impulsion du désir et sans attendre aucune permission. Oui... Vraiment exaspérant...

Vamp cligna des yeux avant de se reconcentrer sur les embranchements de ruelles qui lui faisaient face. Soupirer après la virilité de Lin n'allait pas faire avancer les choses.

Après une petite dizaine de minutes de marche, elle poussa la porte des écuries. Il y faisait doux et calme. L'heure était bien trop tardive pour y rencontrer la moindre âme et l'endroit trop peu festif pour les jouisseurs de la vie nocturne. Vamp s'approcha d'un box pour flatter la croupe de Goliath mais n'eut pour toute récompense qu'un coup de queue caractérielle. Il boudait. La pâle jeune femme ne s'en formalisa pas. Il était vrai que l'étalon n'avait pas bougé de ses écuries depuis de longues semaines. Mais elle avait aussi l'habitude de ses bouderies de famille de riche et le laissa à sa mauvaise humeur.

Mais si la petite marche de Vamp était parvenue à la calmer, l'attente ralluma l'étincelle de l'anxiété. Elle commença par cheminer le long des box. Une première fois. Puis une seconde. Ce n'était pas un hasard si la jeune femme avait choisi ce lieu de rendez-vous. Petite, elle avait passé bien plus de nuits dans les écuries de la famille que dans son propre lit. En grandissant, ces portes s'étaient résolument fermées à elle à mesure que son entraînement et son entêtement l'avaient consignée à la cave. Vamp retrouvait en ces écuries un refuge qui la drapait d'une sécurité qui remontait à son enfance. Il ne manquait plus que Lin.

Lin qui n'était toujours pas là. La jeune brune commençait à s'agiter. Elle avait chaud. Trop chaud. Son manteau finit sa soirée en boule sur une botte de paille. Elle fit encore quelques pas avant de retrousser ses manches au dessus de son coude pâle. Ses bras la démangeaient atrocement et ses ongles s'y attaquèrent, arrachant les croûtes brunes qui avaient eu la chance de s'y former. Ses joues reprenaient lentement leur couleur rosée lorsque la porte s'ouvrit.

Vamp resta de longues secondes à le regarder dans les yeux, sans bouger. Plantée entre deux box, la lumière tamisée des quelques lanternes accrochées aux poutres l'enveloppait d'ocre et de dorée, luisant sur sa peau humide de bruine. Très droite dans son habituelle tenue de noir et de blanc, le camaïeu doré de la lumière ne faisait qu'accentuer la pâleur que son anxiété imposait à sa peau.

Puis, aussi soudainement qu'elle avait touché son coude un peu plus tôt, elle s'arracha de son poste pour venir se réfugier contre le jeune homme. Son front blanc s'appuya contre la mâchoire de Lin alors que son nez trouvait sa place au creux de son cou. La tension de ses épaules s'évanouit à l'instant où l'odeur du jeune homme l'enveloppa. Instinctivement, la jeune brune se resserra contre son torse. Elle ne chercha ni à l'embrasser langoureusement, ni à déclencher un quelconque désir. Son geste aurait pu passer pour une tendresse pleine de douceur si les tremblements nerveux de son corps n'agitaient pas ses longs membres effilés.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Ven 26 Déc - 14:48

Il trottinait dans les rues de la ville, anxieux. Celle qu'il avait vue quelques instants plus tôt n'était pas la femme qu'il connaissait. Il avait compris l'urgence de la situation dans les deux mots qu'elle lui avait soufflés et l'évocation d'une simple adresse alors qu'il venait de lui faire heurter un mur sans aucune douceur ne le rassurait pas. Il n'avait pas idée de ce qui l'agitait mais il se doutait que quelque chose clochait. Véritablement. Aussi prit-il soin de brouiller toute piste en empruntant un itinéraire aussi tortueux qu'improbable.

Il parvint au lieu de rendez-vous une petite heure plus tard, après avoir vérifié un nombre incalculable de fois qu'il n'avait pas été suivi. Les écuries n'étaient pas un endroit où il se sentait particulièrement à l'aise mais il savait que leur calme était propice à ce genre de rencontres dissimulées. Larson en avait fait les frais plus d'une fois.

Il s'engagea dans le couloir qui séparait les rangées de box avec une légère appréhension. La présence des animaux donnait pourtant à l'endroit une chaleur réconfortante et la terre battue à peine rehaussée de pavés étouffait le bruit de ses pas. Les lieux étaient faiblement éclairés par quelques lanternes dont émanait une luminosité jaune et seuls les bruits des chevaux faisaient vibrer l'air. Des sabots qui écrasent la paille, des dents qui broient le foin, des crins qui battent l'air. Un calme apaisant qui parvint à dénouer les tensions accumulées dans les épaules du jeune homme. Il poussa un léger soupir en roulant sa tête sur ses épaules, essayant de calmer les pulsions veineuses qui irradiaient dans ses membres.

Vamp se tenait droite entre deux box, recouverte d'une fine pellicule humide qui diffractait la lumière dans une myriade de couleurs. Le tranchant du noir et blanc était accentué par l'atmosphère ambiante et l'image saisit Lin. Il y avait quelque chose de particulier chez cette brune qui l'enveloppait quasi-systématiquement. Il se dégageait d'elle un magnétisme qu'il ne parvenait pas à s'expliquer mais qui avait un effet invariable sur lui. Dans ce genre de moment, il n'avait qu'une seule envie.

Il fut exaucé avant même d'avoir pris conscience de ce qu'il désirait. Le front de la jeune femme toucha l'angle de sa mâchoire et son nez se logea là où il se devait d'être. Un mince sourire étira les lèvres du barbu alors qu'il s'octroyait le luxe de fermer les yeux un court instant. Il le savait, la sensation de soulagement qu'il éprouvait ne pouvait être offerte que par ce contact dont il avait tant manqué ces derniers jours. Il ne réfléchit pas plus alors qu'un de ses bras s'appropriait sa taille, l'autre s'enroulant autour de ses épaules. Il l'enveloppait entièrement sans vraiment l'avoir décidé, son corps réagissant au sien naturellement. Il tourna le visage vers le sien avec une douceur qu'il n'avait pas eue depuis longtemps et posa simplement ses lèvres contre la tempe blanche, immobile.

Il ne sut pas exactement combien de temps il resta ainsi, Vamp possessivement serrée contre son torse, tous deux plantés au milieu du passage dans une rigidité parfaite. Certainement avait-il besoin de ce contact prolongé où la parole n'avait pas sa place. Ce contact qu'il devait éviter à tout prix alors qu'il en avait besoin plus que tout. Il finit par émettre un léger grognement contre son visage, l'inquiétude précédente reprenant ses droits dans son esprit alors qu'il revenait à la réalité. Ils n'étaient pas là pour se câliner tranquillement. L'attitude de la brune l'avait inquiété et il ne pouvait se résoudre à simplement effacer cette désagréable sensation.

Aussi recula-t-il d'un pas, ses bras se déliant pour libérer le corps laiteux. Il jaugea d'un regard le port de la jeune femme. Il n'eut pas besoin de plus pour grogner à nouveau, de mécontentement cette fois-ci. Elle avait mauvaise mine.


Tu m'expliques ?

Il n'avait pas besoin d'en dire plus. Il pouvait voir directement sur elle que quelque chose n'allait pas et il n'avait pas le moindre doute quant au fait qu'elle ne comptait pas le lui cacher. Elle ne lui aurait jamais donné rendez-vous de la sorte si elle ne comptait pas s'ouvrir à lui sur ce qui la rongeait ainsi. Ou alors elle se fourvoyait grandement sur l'attention qu'il lui portait. L'état dans lequel elle se présentait face à lui hurlait son mal-être et c'eut été mal le connaître que de croire qu'il ne s'en apercevrait pas. Son assurance fut renforcée alors que ses yeux tombaient sur ses avants-bras nus. Un nouveau grognement, presque menaçant, s'échappa d'entre ses lèvres. Les marques qu'il y voyait n'échappaient pas à sa demande.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Dim 28 Déc - 16:57

Les paupières closes, la jeune femme s'abandonna à la chaleur qui l'entourait. La tension qui, toute la soirée, avait serpenté le long de sa nuque s'envola et ses tremblements se calmèrent progressivement. Son nez percevait les pulsations qui battaient le cou de Lin. C'était apaisant. Elle se resserra câlinement contre lui. Cet homme était son homme. Rien qu'à elle.

Depuis qu'elle l'avait rencontré, Vamp s'était toujours inlassablement collée à Lin. Elle s'endormait blottie contre ses côtes, elle se débrouillait toujours pour l'attirer dans l'eau lorsqu'elle prenait un bain et ses doigts venaient sans cesse toucher les siens lorsqu'ils voyageaient ensemble. Elle qui n'acceptait aucun contact physique extérieur ne supportait pas que l'épiderme du jeune homme lui soit inaccessible. Sa peau exigeait le toucher de Lin.

Mais surtout, les bras du barbu lui faisaient passer un message très clair. Ils étaient fermement enroulés autour de son corps : Vamp était à lui et il la protégeait. Elle sourit dans la chaleur de son cou. Restait à savoir s'il agissait consciemment ou par instinct.

Car malgré ce qu'elle tentait de se persuader, elle ne connaissait pas réellement le nouveau Lin. Il avait changé, elle le savait. L'homme dont elle était tombée amoureuse répugnait de céder à la violence et évitait de tuer lorsqu'il le pouvait. Et il avait la tête dans les arbres chaque nuit... Or celui qui la serrait si étroitement contre lui ce soir en était à des années lumières. Était-il là parce que c'était elle ou comme il veillait sur les filles du bordel et sur Larson, par instinct protecteur ?

Le mouvement de Lin chassa ses pensées alors qu'il la relâchait. Elle se retint de protester et se redressa, carrant les épaules pour reprendre sa droiture et lui faire face. Peut être que si elle se montrait très courageuse, elle aurait droit à un nouveau câlin ?

L'assurance que le jeune homme pouvait lire dans l'obscurité de ses yeux s'envola aussitôt lorsqu'il nota l'état de ses avants bras blancs. Penaude, Vamp baissa son regard sur ses chausses. Une moue ourla ses lèvres, comme à chaque fois que Lin la prenait en faute. D'une voix mal assurée, elle lui avoua tout.

Elle en dit beaucoup. Dans les moindres détails, précisant des choses qu'elle n'avait pas eu l'intention d'aborder. Vamp se confiait et parlait peu. Mais lorsqu'elle se lançait, rien ne l'arrêtait.

La pâle jeune femme remonta son récit un mois plus tôt, lorsqu'elle était sortie des geôles où Lin et elle s'étaient quittés. En manque urgent d'argent, elle avait trouvé en Valentin un employeur généreux qui lui avait permis de rembourser ses dettes au plus vite. Ses finances réglées, elle avait pris la décision de rester sous l'autorité du vieil homme encore quelques mois. En rentrant chez elle trois ans plus tôt, Vamp avait accepté l'entière responsabilité de veiller sur Ania. Elle donnait une grande partie du salaire qu'elle recevait chaque semaine à son oncle.

- Je ne devais travailler pour lui que trois mois, quatre mois au grand maximum, avant de reprendre les escortes. Je ne savais pas qu'il allait prendre autant d'importance dans la ville ni qu'il allait te faire concurrence. Honnêtement, je n'y ai jamais pensé.

Inconsciente de ses propres gestes, elle porta ses mains au torse du jeune homme. Ses doigts effleurèrent la couture du col de sa veste, caressant le tissu avec une douceur tendre et presque ingénue. Vamp sentait le regard du jeune homme peser sur son front et n'osait lever le sien pour croiser ses yeux noisette. Elle devait s'occuper les mains pour ne pas flancher et se donner une contenance qu'elle avait perdue depuis longtemps.

Après quelques secondes de silence, elle avoua tout du bout des lèvres. Comment Valentin l'avait enchaînée à lui. Comment elle avait fait d'Ania un otage. Comment ce vieil homme l'avait menacée de s'en prendre à sa petite nièce si Vamp n'entrait pas sagement dans les rangs. Chaque nouvel aveu la faisait s'avancer de quelques centimètres vers Lin. Elle avait honte, honte que le piège de Valentin se soit si facilement refermé sur elle.

- Il va la tuer. Si je fais le moindre faux pas, il n'hésitera pas. J'ai déjà pris un risque énorme en te ramenant chez toi le soir de ton recrutement.

Le regard toujours fuyant, elle laissait ses doigts toucher un à un les boutons de la veste du barbu. Ils les effleuraient pendant que son ongle en dessinait le tour.

- Je ne savais pas quoi faire. Je voulais t'en parler, mais tu avais l'air tellement furieux contre moi...

La jeune femme expliqua comment elle s'était alors tournée vers Larson. Elle raconta tout à Lin, dans les moindres détails de l'altercation physique à la joute verbale en passant par leur petit marchandage. À mesure que Vamp parlait, ses épaules se dénouaient et elle avait la sensation de respirer plus librement. Ce n'est que cette nuit là qu'elle comprit à quel point elle avait besoin de la présence de Lin dans sa vie, à quel point elle pouvait être perdue sans lui.

-... il me donnait le choix entre lui raconter tout ce que je savais sur toi ou passer la nuit dans son lit, pour finalement me demander un cheval en paiement. Ce type a un sérieux problème...

C'était dit sur un ton mi-timide mi-boudeur, dans un chuchotement à peine audible. Vamp n'acceptait que très difficilement la place qu'occupait Larson dans la vie de Lin. Mais la prudence lui soufflait de ne pas insister sur le sujet.

Ses doigts tripotaient maladroitement le dernier bouton de la veste chaude. Elle se faisait violence pour poursuivre ses explications. Lentement et avec douleur, les yeux rivés sur le fil qui retenait le fameux bouton de la veste de Lin, elle parla de la maladie d'Ania. Elle décrivit la toux sèche qui déchirait sa gorge pâle et la fièvre qui perlait sur son front lisse. Un pli anxieux barrant ses sourcils sombres, elle murmura enfin que la petite ne s'était pas réveillée depuis deux jours.

- Je ne sais pas quoi faire. Si jamais Valentin apprenait que j'ai déplacé ma famille à l'abri, il pourrait considérer cela comme une révolte. Il est imprévisible et je peux aggraver la situation d'Ania et de Nikolaï en agissant ainsi. Je ne peux pas non plus rester sans rien faire. Mais elle est très malade, j'ai peur que la déplacer par ce temps lui soit fatal. Dans tous les cas, il lui faut un guérisseur, mais un guérisseur discret ou bien quelqu'un dont on peut acheter le silence. Mais dans chacune des situations, je ne peux pas payer et le guérisseur et Larson... Je dois faire un choix.

Ses doigts timides avaient abandonné le fameux bouton pour venir tripoter la manche du jeune homme. Toute sa veste y était passée. Pas une fois ses yeux ne s'étaient levés pour affronter ceux du jeune homme. Elle était persuadée que sa lâcheté et ses cachotteries pousseraient Lin à ne plus l'aimer.

- Je... J'ai besoin de ton aide. Et de toi. Hm. J'ai besoin de toi.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Lun 29 Déc - 10:38

Le corps de Lin était immobile, presque rigide, campé sur ses deux jambes sans en avoir vraiment conscience. Les bruits alentours s'étaient estompés à mesure que le récit s'était égrené et seule subsistait la respiration profonde du barbu, résonnant dans les tréfonds de sa cage thoracique en maître absolu. Plongé dans un silence factice, il semblait que toutes ses forces ne soient dirigées que vers un seul but. Démêler ce qu'il venait d'entendre pour parvenir à faire la part des choses.

Il resta ainsi interdit un long moment après que Vamp eut refermé la bouche. Toutes les informations qu'elle lui avait donné tournaient dans sa tête et bourdonnaient à ses tympans, assourdissantes. Il y avait quelque chose de dérangeant dans tout ce magma mais il ne parvenait pas à mettre le doigt sur quoi exactement. Ses yeux posés sur la jeune femme ne la voyaient pas. Ils étaient ouverts sur une opacité rare, relief insondable de ce qui se tramait sous sa boîte crânienne. C'était beaucoup à emmagasiner d'un coup. Beaucoup trop.

Il finit par s'ébrouer, sa tête dodelinant de droite à gauche avant que le frisson ne vienne agiter tout son corps.


Quel bordel …

Il prit une longue inspiration pour tenter de clarifier ses pensées et passa machinalement ses mains le long des bras blancs, comme on le fait pour assurer quelqu'un qu'il n'est pas seul. Pourtant, ses yeux n'étaient plus sur la jeune femme. Ils parcouraient les lieux fébrilement, traversant chaque relief sans les voir vraiment. Il décolla ses pieds du sol et commença à s'agiter, incapable de tenir en place.

Ania était malade. Larson s'était lié contractuellement avec Vamp. Valentin chapeautait le tout. Lui-même avait infiltré la structure pour faire couler l'entreprise adverse. Mais s'il faisait couler Valentin, il faisait couler Vamp. Et Ania, par la force des choses. Il fallait qu'il trouve une solution. Lui. Parce qu'elle s'était fourrée là où elle n'aurait pas dû.

Il faisait les cents pas dans la longue allée entre les box, ses mains passées nerveusement dans ses cheveux comme il réfléchissait à l'inextricable. Il ne tenait pas en place et son agitation finit par lui tenir chaud. D'un mouvement de bras, il se débarrassa de sa veste trop chaude pour l'endroit et tira sur le col de sa chemise. La tête en vrac, les sourcils froncés et le pas nerveux, il paraissait évident qu'il se débattait dans des considérations épineuses.

Larson n'était pas bête et il avait dû mettre la famille de la jeune femme dans un abri suffisamment sûr pour ne pas poser problème. Mais cette fouine avait demandé beaucoup trop en échange. Il savait que ça n'était qu'une tentative mais s'il s'avérait que Lin avait véritablement besoin de lui, il ne doutait pas qu'il tenterait d'en tirer parti. Si seulement il n'avait pas su qui était Vamp pour lui. Si seulement elle était restée dans son esprit une simple planche sans importance.

Un coup de pied rageur retourna un seau vide et la pellette qui s'y trouvait. Le fracas des objets au sol fit à peine relever la tête à Lin, les traits tendus. Il passa ses mains sur ses avants-bras pour y remonter ses manches et poussa un long soupir.


Mais quel bordel …

Il finit par s'appuyer de ses deux mains contre la porte boisée d'un box, ses doigts grippés sur le rebord, la tête baissée entre ses bras tendus. Il n'y avait pas trente-six solutions. Le noeud du problème résidait dans la clé de force à laquelle Valentin avait soumis Vamp. Sortir Ania de cette emprise et libérer la pâlotte de tout chantage.

Les yeux de Lin reprirent la vivacité qu'ils avaient perdue dans le tournoiement de ses pensées décousues et son regard se fit tranchant alors qu'il le posait sur la jeune brune. Il était décidé. Il relâcha la porte du box pour revenir vers elle. Il s'approcha si près d'elle qu'il pouvait sentir son souffle tomber sur son menton. Alors que tout son corps dégageait une rigidité nerveuse, sa voix était posée et assurée, presque rassurante.


Tu as pris un risque en me ramenant chez moi. Je vais en prendre un pour ramener Ania chez toi.

Il se pencha vers elle d'un mouvement leste et épousa la forme de sa bouche d'une légère pression de lèvres. Il était impossible de déterminer si ce baiser avait pour but de rassurer la jeune femme ou de gonfler la détermination du jeune homme. Ses doigts vinrent effleurer sa joue dans un geste tendre inattendu alors qu'il se redressait. Ses yeux laissèrent entrevoir une chaleur sincère l'espace d'un instant et ses doigts finirent leur chemin au creux du cou laiteux. Il se détourna alors pour aller récupérer sa veste.

Paie Larson, tu n'as pas envie de t'exposer à sa hargne. C'est pire qu'un chien de taureau quand il a ferré une proie.

Il expliquait calmement les choses en ré-enfilant sa veste, prenant soin de superposer les couches de ses vêtements avec application. Un peu trop d'application, à y regarder de plus près.

Ramasse tes affaires et amène-moi voir ta nièce. Pas besoin de payer un charlatan quand je peux m'en occuper. On discutera du reste quand on sera sûr qu'elle passera la nuit.

Se disant, il commençait à reboutonner l'épais tissu de ses doigts redevenus calmes, l'agitation passée transformée en un calme inquiétant. Ce genre de calme qui précède les tempêtes. Intraitable, son regard exhorta la jeune femme à s'emmitoufler à son tour. Il ne souffrirait pas le moindre refus.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Jeu 1 Jan - 9:08

Prudente, Vamp resta silencieuse, observant le jeune homme à bonne distance, seuls ses yeux légèrement écarquillés témoignaient de sa surprise. Jamais elle ne se serait attendue à cela. Un peu sur ses gardes, elle ne le quitta pas du regard, attentive au moindre de ses mouvements. Une petite voix lui assurait que quelque chose clochait, qu'elle était en faute quelque part, que Lin allait trouver où et qu'il allait la gronder. Comme il l'avait fait dans les geôles un mois plus tôt.

Son regard tomba sur la veste chaude échouée à quelques pas de là. Vamp était persuadée qu'elle était délicieusement confortable. Moelleuse, molletonnée... avec l'odeur de Lin... Elle se sermonna strictement. S'il était vrai que la jeune femme avait toujours « emprunté » les vêtements de son homme, elle savait au fond d'elle que ces pensées présentes n'étaient qu'un prétexte pour endormir sa conscience et fuir la situation que protégeait le toit des écuries.

Son attention se tourna de nouveau sur le jeune barbu. La tension qu'il dégageait était palpable, assez pour que Vamp grimace et change d'appui sur ses longues jambes. Voir Lin intérioriser la violence de ses réflexions était assez inquiétant. Mais il y avait aussi un petit quelque chose bien plus piquant qui...

Le voyant s'approcher, elle se redressa, prête à encaisser son courroux. Si son corps altier avait repris sa rigidité habituelle, ses yeux sombres gardaient l'angoisse qui l'étreignait depuis deux nuits déjà. Des yeux qui se noyèrent vite d'incompréhension. Trop ahurie pour réagir ou répondre, elle se laissa embrasser et dicter des ordres sans le moindre tressaillement. Elle, si glacialement rigide quelques secondes plus tôt, fondait lentement sous la chaude stupéfaction que Lin avait fait naître. Il avait repris un contrôle parfait sur lui-même, il dégageait une maîtrise exquise de ses émotions et une détermination qui allumait son regard. Vamp détourna le sien.

Quelque chose de piquant, oui. Terriblement piquant.

Elle lui tourna prudemment le dos, sans la moindre parole, et s'avança vers la botte de paille qui avait accueilli son manteau pendant que ses mains redescendaient les manches blanches de sa chemise jusqu'à ses poignets fins. Elle faisait face au mur de bois de l'écurie, offrant résolument son dos au jeune barbu. Il fallait qu'elle reprenne le dessus sur elle-même.

Très lentement, avec des gestes parfaitement étudiés, Vamp revêtit son lourd manteau. Ses doigts blancs refermèrent soigneusement chaque bouton, un à un. Chacun de ses mouvement ramenait une parcelle de calme dans le creux de sa poitrine. Savoir Lin dans son dos l'apaisait tout en lui imposant une certaine ligne de conduite. Il venait de lui rappeler qui elle était.

Lorsqu'elle se retourna vers lui, elle avait retrouvé toute sa maîtrise et toute sa froideur. Droite, la mâchoire parfaitement lisse, ses yeux noirs avaient eux aussi retrouvé tout leur aplomb et répondaient à ceux du jeune homme. Elle s'était reconquise.

- Je ne pense pas que tu sois surveillé. Tu as fait tes preuves dans la fosse, si tu as agi normalement depuis la prise de ton poste au bordel, Valentin n'a aucune raison de te faire surveiller. Logiquement, du moins. En ce qui me concerne, c'est plus délicat. Je ne crois pas être suivie. Les espions de Valentin sont des experts, je me trompe peut être, mais je pense qu'il ne fait surveiller que les lieux stratégiques, comme le bordel, ma mansarde ou la maison de mon oncle. Ça lui coûterait bien trop d'écus que de payer un espion pour chaque déplacement de chacun de ses employés. On va faire le chemin ensemble. Mais je ne veux pas t'exposer. L'homme qui espionne la maison ne doit jamais te voir, ils ne doivent jamais faire le rapprochement entre toi et moi. Je ne peux pas non plus le faire disparaître, cela éveillerait les soupçons. Je vais essayer de te faire entrer par un moyen moins... voyant.

Un sourire délicat effleura ses lèvres. Elle rajusta le col de son manteau avant de se diriger vers la porte. La jeune brune s'arrêta toutefois devant Lin, comme si elle venait juste de se rappeler de quelque chose, et l'observa profondément un court instant avant de porter trois doigts à son visage. Le premier doigt se posa sur la courbe de son menton, relevant légèrement son visage, pendant que le second s'y nichait dans le creux. Le dernier, plus délicat, effleura la frontière de sa lèvre inférieure.

Pas d'impératif, une simple caresse. Et un regard noir tranchant.

- Une précision. Si nous avions eu plus de temps ce soir, sois sûr que je t'aurais fait l'amour dans le coin le plus sombre de cette écurie. Sans pudeur ni bienséance.

C'était dit sans la moindre once de romantisme, de langueur ou de taquinerie. Elle était parfaitement sérieuse et son regard assuré en témoignait assez pour écarter le moindre doute. Un peu à regret, ses doigts quittèrent le visage barbu et elle le précéda dans la ruelle.

***

Ils avaient marché pendant de longues minutes. Une brume épaisse avait remplacé le crachin de la soirée et les rues étaient désertes. Vamp avait ramené sa large capuche sur son front pour masquer au mieux ses traits, en cas de mauvaise rencontre il était nécessaire que personne n'associe le visage de Lin au sien. Elle marchait à ses côtés, rigide, se faisant violence pour ne pas glisser sa main contre la paume du jeune homme. Extrêmement fière d'être près de lui, un sourire discret flottait sur ses lèvres.

Vamp les guidait à travers le réseau complexe des petites ruelles, cherchant à tout prix à éviter les rues principales. Il était tard mais elle ne voulait pas prendre le risque de croiser la mauvaise personne. Son oncle s'était installé dans un des quartiers les plus calmes et les plus propres de la ville, autant que leur bourse le leur permettait. Il y avait peu de chance que Lin et elle ne rencontrent qui que ce soit.

Enfin, au coin d'une rue, la main gantée de cuir se referma sur le bras du jeune homme pour l'empêcher de continuer sa route.

- Tu vois cette ruelle, à droite ? La maison de mon oncle est la troisième en passant par cette ruelle. Toi, tu vas prendre la ruelle de gauche. Logiquement, si ma famille est surveillée, « on » doit m'attendre au niveau de la porte d'entrée. Il n'y a pas de seconde porte, mais notre maisonnée est étroite et toute en longueur, assez pour que nos fenêtres donnent sur la ruelle de gauche. C'est par là que je vais te faire entrer. On se sépare ici, je n'ai pas l'habitude d'emprunter la ruelle de gauche mais je pense que cela doit être la cinquième maison. C'est un quartier tranquille, personne ne se promène à cette heure-ci par ici. Si tu croise quelqu'un, frappe.

Le ton de sa voix était un peu formel. Elle avait repoussé ses émotions pour adopter un comportement pratique et efficace. Dans les écuries, elle avait longuement parlé et ça n'était pas réellement une de ses habitudes. Elle s'était ouverte à Lin en lui avouant sa peur et sa détresse. C'était beaucoup pour une seule nuit. Aussi, depuis qu'ils s'étaient engagés au-dehors, Vamp s'était contentée d'une concision presque militaire.

Pourtant, d'une impulsion toute instinctive, elle se dressa sur la pointe des pieds pour voler un baiser tout chaud et tout fondant sur les lèvres du jeune homme avant de s'engager dans la ruelle de droite.

Vamp traversa la ruelle, d'un pas rigide et empressé sans s'intéresser à ce qui l'entourait, tout juste accompagnée par le claquement de ses bottes sur le pavé. Si elle avait pu choisir, elle serait restée auprès de Lin, sans la moindre hésitation. Sa nuque frissonna lorsqu'elle posa sa main sur la poignée de la porte. Si elle se sentait observée, elle était assez maîtresse d'elle-même pour entrevoir l'hypothèse que seule son imagination pouvait lui faire ressentir cette impression. Impassible, elle poussa la porte.

C'était un autre monde. Si sa mansarde était son chez-elle, la maison de son oncle était son foyer. Il y faisait chaud et les odeurs l'enveloppaient d'une nostalgie et des réminiscences de son enfance. Résolue, elle ferma la porte derrière elle. Sans prendre le temps de retirer son manteau, Vamp traversa la cuisine longiligne, s'engageant dans le séjour, et ouvrit la large fenêtre, seule source de lumière dans la journée, d'un geste assuré.

Un sourcil légèrement arqué par la taquinerie, elle tendit sa main vers Lin pour l'aider à passer la fenêtre, courbée au-dessus de celle-ci. Un sourire faussement innocent y fit bien vite écho. Le parapet de la fenêtre était assez élevé et le barbu allait forcément avoir besoin de son aide pour grimper. Autant en profiter un peu.

- Si le messire veut bien se donner la peine...

Mais lorsque Lin se retrouva à ses côtés, toute trace de taquinerie avait disparu des yeux de la jeune femme. La présence du barbu ici, dans cette maison, ébranlait le creux de sa poitrine. Soudainement timide, Vamp baissa les yeux une demi seconde. Elle venait de faire entrer Lin dans son foyer, au sein de sa famille. Si la place du jeune homme avait toujours été évident pour elle, l'introduire aussi concrètement sous ce toit réchauffait ses pommettes. Vamp ressentit une bouffée de bonheur, forte et éphémère, vite refroidit par la véritable raison de leur présence ici.

- La chambre d'Ania est au premier, première porte à droite. As-tu... besoin de moi là-haut ? Je n'ai pas très envie de monter.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Sam 3 Jan - 16:33

Le visage de Lin prit une jolie teinte rosée alors qu'il fermait la fenêtre derrière lui. Il avait été introduit chez Vamp comme un indésirable mais il ne pouvait s'empêcher d'y trouver un écho à ses fuites d'adolescent, lorsqu'il escaladait les arbres pour rejoindre les fenêtres inaccessibles. Le fait d'être passé par une voie inhabituelle lui laissait un goût de romanesque qui lui plaisait étrangement et une bouffée d'une émotion peu discernable gonfla son torse alors qu'il était encore dos à la jeune brune. Evidemment, les couleurs sur ses joues pouvaient être camouflées par l'enrobante chaleur de la maisonnée, en contraste direct avec un extérieur glacial. Pourtant, il prit soin de les laisser disparaître avant de se retourner. Peut-être sa fierté lui dictait-elle qu'une telle teinte n'était le fruit que de ses émotions.

Il fit face à la brune avec une nervosité éphémère, qui ne tint pas bien longtemps, à l'instar de son regard sur le visage blanc. Déconcentré par l'environnement qu'il ne connaissait pas, il détourna bien vite les yeux pour se familiariser avec l'endroit. Ils se trouvaient visiblement dans le séjour ou ce qui approchait le plus d'un salon. Il nota les escaliers par réflexe et la porte qui donnait sur la cuisine. La chaleur provenait d'une immense cheminée. Le barbu se prit à penser qu'elle était à l'image de ce grand homme qu'il avait croisé dans la taverne le jour du retour de Vamp en ces terres. Démesurée.

Il n'eut cependant pas l'occasion de s'attarder sur les détails qui l'intriguaient pourtant fortement, la voix de Vamp s'élevant dans le silence crépitant de braises. Il n'était pas ici pour découvrir la vie de sa compagne. La vie de sa camarade. La vie de son amante. Il fronça les sourcils malgré lui, incapable de trouver un terme qui lui convienne alors qu'il songeait à elle. La vie de Vamp. Il n'était pas ici pour découvrir le vie de Vamp et elle venait de le lui rappeler. Il s'ébroua pour reprendre contenance et défit les boutons de sa veste avec habitude.


S'il n'y a qu'une porte à droite, en haut, je devrais m'en sortir sans toi.

Il esquissa ce qui ressemblait à un semblant de sourire. Une raillerie. Comme ils en échangeaient autrefois par paquet de cent. Cette maison lui donnait la sensation de se ramollir de l'intérieur, comme ses nerfs qui faiblissaient à mesure que la chaleur les enveloppait. C'était un gouffre d'apaisement qui le menaçait et il prit conscience d'à quel point il était tendu depuis sa sortie du bordel. Ses mains achevèrent de le défaire de sa veste. Il la posa sur le dossier d'un fauteuil et rajusta machinalement sa chemise sur ses épaules. Vraiment, il se sentait calme ici. Presque serein.

Sa main s'éleva malgré lui pour venir effleurer la joue blanche du dos de ses doigts dans un geste aussi simple que bref. Il était déjà en train de monter les escaliers quand il réalisa ce qu'il venait de faire. Ses sourcils se froncèrent d'incrédulité mais il maintint le cap de ses jambes vers les hauteurs de la maison, peu décidé à se pencher sur la question de leur duo maintenant. Ils n'étaient pas là pour ça.

Il se retrouva bientôt face à un nouvel escalier. Sur sa gauche, une porte. Sur sa droite, une autre porte. Chance pour lui, elle n'était secondée d'aucun autre battant de bois. Il poussa celui de la pièce désignée comme la chambre par Vamp et jeta un oeil à l'intérieur.

Ce furent les couleurs qui le surprirent le plus. Tout était coloré. Chaleureusement coloré. Les tons ocres se fondaient dans le plus chaud des rouges et les rideaux semblaient pouvoir arrêter le froid hivernal par la simple exposition de leur couleur. Le sol était généreusement recouvert de tapis moelleux qui invitaient à s'y rouler et même le lit paraissait rebondi de coton tant l'aspect appelait à la détente. L'ensemble était d'une vivacité surprenante tant tout respirait la chaleur. Rien n'était froid ou repoussant. Rien n'était pâle. Sauf ce petit visage surmontant la couette qui tenait son corps au chaud.

Lin en eut le souffle coupé. Il y avait quelque chose de dérangeant à voir cette minuscule réplique de Vamp affaiblie dans un décor si enjouant. Il retira ses bottes sans même y réfléchir et s'approcha à pas de loup du petit lit où se trouvait le corps inerte. Visiblement, la petite était inconsciente et il ne risquait pas de la réveiller mais la précaution était bien trop ancrée pour qu'il y coupe. La sueur qu'il voyait perler à son front lui indiqua les raisons de son alitement et de son aspect comateux. La fièvre avait pris ses droits sur la petite fille et l'assommait littéralement. Il était partagé. Si cette réaction de l'organisme prouvait qu'il se battait encore, sa durée prolongée posait souci. Il s'assit sur le bord du lit et entreprit alors d'ausculter l'enfant.

Il ne redescendit les marches qu'un bon quart d'heure plus tard, après avoir examiné tout ce qu'il pouvait sur un corps inconscient, un pli barrant son front. Il refusa de se prononcer devant le regard interrogateur que lui lançait la jeune femme et il se contenta de donner des directives d'une voix neutre, s'interdisant d'y laisser filtrer quoi que ce fut.


Prépare un peu d'eau froide, un linge propre. Sors-moi un récipient relativement grand et verse-y de l'eau chaude. Je vais préparer une infusion d'herbes médicinales.

Se disant, il passa le seuil pour entrer dans la cuisine et ouvrit les placards comme s'il connaissait les lieux. Il cherchait les herbes pour mélanger dans le bol d'eau chaude qu'il avait demandé à Vamp. Il tomba sur de la vaisselle, quelques couverts, une tonne de casseroles et de poêles mais les consommables semblaient introuvables. Il émit un grognement de frustration, commençant à s'agiter. L'état de l'enfant avait retendu les muscles qui s'étaient laissés aller sous la chaleur de l'endroit et son esprit était reparti au quart de tour. Il lui fallait absolument ces herbes.

Un coup de poing rageur sur un meuble de travail marqua la fin de sa patience et il repassa la tête dans l'embrasure de la porte, vers le séjour pour s'adresser à la jeune femme.


Tu pourras me sortir les herbes aussi ? Il semblerait qu'elles me fuient.

Si la tournure se voulait légère, le ton n'y était pas. Le barbu était inquiet.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mar 6 Jan - 17:39

Le regard sombre se perdait dans un coin de la pièce, vague et lointain. Elle était exactement là où Lin l'avait laissée. Plantée au pied de l'escalier, rigide comme une stalagmite et la respiration si lente que sa poitrine se soulevait à peine. Elle y resta durant les quinze minutes, sans un tressaillement ni le plus infime mouvement. Vamp avait peur. Toute la confiance qu'elle avait emmagasiné auprès du jeune barbu s'était envolée à l'instant même où il l'avait laissée au pied de l'escalier. Elle avait profondément peur, peur de le voir redescendre les escaliers, peur qu'il lui annonce qu'il n'y avait rien à faire pour Ania. Elle redoutait son retour.

Vamp ne pensait à rien. Elle n'était que matière, aucune pensée n'arrivait à se former entre ses tempes pâles. Un simple corps. L'unique tressaillement qui l'ébranla fut lorsqu'elle perçut les pas du jeune homme dans l'escalier.

Si ses mains étaient glacées et ses membres engourdis, la jeune brune dut prendre sur elle pour ne pas empoigner Lin par la chemise et l'obliger à parler. S'il n'avait pas été ce qu'il était, Vamp l'aurait déjà frappé. Elle se contenta donc de lui adresser un regard froid en le suivant du regard avant qu'il ne disparaisse dans la cuisine. Pour qui la prenait-il ? Pour une idiote incapable d'accuser le coup d'une fatale réalité ? Elle n'était ni aveugle, ni faible.

Docile pourtant, elle fouilla dans l'unique commode du séjour pour en sortir le linge demandé. Le visage fermé, son corps agissait par automatisme. Vamp ne cherchait pas à savoir pourquoi le barbu lui demandait telle ou telle chose. Plus justement, elle ne voulait pas le savoir. Elle avait toujours répugné tout ce qui touchait de près ou de loin à la médecine, aux blessures et, depuis peu, à la maladie.

Pourtant, tout aussi murée qu'elle l'était dans son sang-froid bancal, le bruit que faisait Lin dans la pièce d'à côté l'alerta. Vamp se redressa, les sourcils froncés d'interrogation, bien vite supplanté par l'inquiétude. C'était tout à fait anormal. Elle allait le rejoindre lorsqu'elle croisa son regard. Et elle resta silencieuse.

Pendant une longue minute, Vamp n'ouvrit pas la bouche. Elle connaissait Lin. Malgré ces trois années, même si le barbu avait changé, elle le connaissait à la perfection. Le ton de sa voix, le choix de ses mots, l'éclat dans ses yeux, tout lui hurlait l'inquiétude. Dans la logique de cette situation, face à l'agitation de son homme, Vamp aurait dû paniquer, perdre son sang froid, hurler ou lui ordonner d'être franc avec elle. Elle n'en fit rien. Aussi étrange que cela puisse paraître, l'angoisse de Lin la secoua, assez pour que sa colonne vertébrale s'étire avec rigidité.

Tout aussi silencieuse, elle franchit les quelques pas qui les séparaient pour venir appuyer son front blanc contre le cou du jeune homme. C'était un geste instinctif, presque protecteur. Un geste qui n'avait besoin ni d'explication ni de discours.

Un bruit pourtant l'arracha violemment au corps du jeune homme. On venait de frapper à la porte. Trois coups frappés qui glacèrent sa nuque. Personne ne frappait jamais à cette porte. Vamp comme Fenrir entrait toujours sans s'annoncer. La main qui venait de toquer était une intruse et un potentiel danger. Danger renforcé par la présence de Lin.

Elle l'obligea à reculer dans un coin de la cuisine d'un geste sec. Ils ne connaissaient pas leurs voisins et l'heure tardive ne rassurait pas Vamp. Il n'y avait absolument aucune raison pour que quelqu'un vienne les déranger. Mais une petite voix lui chuchotait aussi qu'un danger ne prend pas la peine de toquer à la porte pour s'annoncer.

Sans prendre la peine d'intimer le silence au jeune homme, Vamp ouvrit la porte. Elle n'eut pas besoin de jouer la surprise, cette dernière modela ses traits à la perfection.

- Qu'est ce que tu fais ici ?

La stupéfaction transpirait de ses paroles. Immobile, son regard noir ne quitta pas les yeux bleus d'Isaac. Étrangement, aucune animosité ne perçait dans la question de la jeune femme. Seule l'interrogation trônait.

- Je suis vraiment désolé de me présenter ainsi et à cette heure tardive. Mais ce matin, j'ai entendu dire que la petite blonde était gravement malade. Écoute Vamp, je te connais, je sais que je ne suis pas vraiment le bienvenu dans ta vie privée. Mais je sais ce que c'est, un proche malade que l'on voit lentement s'éloigner des vivants. Crois-moi, je le sais. Si jamais tu as besoin de quoi que ce soit...

Elle cilla, un peu ébranlée.

- Je... Tu... C'est vraiment très... Hm.

Vamp bafouillait. Une chose qui n'était jamais arrivée qu'avec Lin. Mais voilà, si le barbu la faisait toujours balbutier de trouble, Isaac, lui, n'avait fait que la surprendre. Si la surprise n'était pas totalement fictive, Vamp savait assez contrôler ses émotions pour en jouer. Bafouiller, c'était gagner du temps et réfléchir quelques secondes à la façon de se débarrasser d'Isaac sans éveiller ses soupçons. Son collègue était loin d'être le dernier des abrutis.

- Ta présence... Hm. Je ne sais pas quoi dire. Tu n'as rien à faire là... mais je te remercie. Sincèrement. J'allais justement sortir pour aller chercher de l'eau fraîche.

Sa main diaphane s'empara du seau qui trônait sur le plan de travail et elle referma la porte derrière elle, sans un regard pour autre chose que le seau et son visiteur nocturne.

Ils restèrent dehors dix longues minutes, enveloppés dans le brouillard du soir. La jeune femme adressa tout au plus trois phrases à son acolyte, aussi taciturne qu'elle l'était habituellement et quotidiennement avec lui. Le seau rempli d'eau gelée au puits, elle lui expliqua dans un souffle qu'elle s'attendait à ce que cette nuit fusse la dernière pour Ania et qu'elle voulait la passer seule. Ce n'était pas totalement un mensonge. L'inquiétude qu'elle avait lu sur le visage de Lin avait douché ses espoirs naissants.

Et c'est seule qu'elle franchit la porte de la cuisine pour la seconde fois de la soirée. Sous le froid, ses mains dénudées avait bleuie. Engourdies, elles laissèrent tomber maladroitement le seau sur la table de bois.

- Voilà l'eau froide. Tu trouveras les herbes dans le placard du haut. À droite, derrière le miel.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Lun 12 Jan - 11:00

Il n'eut pas le temps de poser sa paume réconfortante contre les cheveux bruns qu'il affectionnait particulièrement. Vamp le repoussa sèchement dans un coin de la cuisine alors que le son de phalanges cognant contre le battant interrompait un moment d'intimité que Lin aurait voulu pouvoir goûter entièrement. Relégué de l'autre côté de la cloison dans l'ombre du seul coin que la lumière de l'âtre géant n'atteignait pas, il retint in extremis l'expression de son mécontentement. Tout comme il se retint de revenir dans le salon pour faire manger son poing à celui dont la voix s'éleva juste après celle de la jeune femme. Isaac.

Cet homme avait le don d'exaspérer Lin depuis qu'il l'avait vu aux côtés de Vamp, bien trop près d'elle à son goût. Il savait qu'ils étaient collègues et que la jeune femme n'était pas le genre à s'enticher du premier bellâtre venu. Mais celui-ci avait visiblement sa sympathie. Et une proximité qu'il avait bien du mal à tolérer. Aussi fit-il un effort conséquent pour se contenter de serrer les poings à s'en écorcher les paumes plutôt que d'aller cogner ses phalanges sur la pommettes du brun. Effort qui faillit surmonter ses capacités lorsqu'il entendit sa compagne bafouiller après le monologue mélodramatique de son collègue.

Son diaphragme se souleva violemment pour laisser échapper un grondement menaçant mais sa gorge refusa de laisser passer le son. Il se contint miraculeusement, le corps entier contracté dans une boule de frustration. Ses pommettes se colorèrent et ses yeux s'assombrirent aussi brusquement que la tension s'était accrue dans son corps. Il fallait qu'Isaac s'en aille, et vite. Sans quoi Lin allait exploser et déchirer la couverture qui les protégeait.

Il fut cruellement exaucé. La porte se referma sur deux bruns au lieu d'un. Le poing rageur du jeune homme vint s'écraser sur le mur de la cuisine, écorchant ses phalanges blanchies. Le son contenu dans son torse s'éleva dans le silence de la propriété comme témoin d'une impuissance subie et il dut donner un violent coup de pied dans une chaise pour achever d'évacuer ce qui menaçait de monter à sa tête pour atteindre sa raison.

Vamp venait de sortir avec son prétendu collègue. Après avoir lamentablement bafouillé devant ses paroles pseudo-réconfortantes. Bafouillé. Vamp qui ne bafouillait jamais devant quiconque et certainement pas quand il s'agissait de ses fonctions. Lin grondait sourdement en arpentant la cuisine de long en large, se sentant imbécilement trahi. Il savait que les images que son esprit froissé lui montrait n'étaient que pures extrapolations et enjolivements d'une réalité bien moins obscène mais il ne parvenait pas à les calmer.

Il lui fallut les dix minutes d'absence de la jeune femme pour parvenir au calme qu'il avait perdu. Il l'avait atteint alors qu'elle entrait de nouveau, seule cette fois, le seau d'eau froide en main. Il releva des yeux calmes sur elle, quoi que teintés d'un sombre anormal. Sa voix était aussi posée mais l'inflexion de ses mots trahissait une tempête en préparation.


Transvase-en une partie dans un récipient plus petit. Adapté à ta nièce.

Il se tourna vers les placards pour chercher là où elle lui avait indiqué qu'il trouverait les herbes, les membres raidis par leur tension passée. Le silence de Vamp sur la venue de son collègue l'irritait, bien qu'il tentait de prendre sur lui pour ne pas le laisser transparaître.

Il voulait quoi, l'autre abruti ?

Dos à elle, il grimaça face aux placards. L'insulter n'était peut-être pas la meilleure façon de prouver son détachement factice. Il repoussa une pile de ce qui ressemblait à des gâteaux secs pour atteindre le pot de miel.

Je veux dire, ton collègue.

Et se reprendre était pire que tout. Preuve ultime s'il en était qu'il n'aurait pas dû user de l'insulte mais que pis encore, il en avait conscience. Ses doigts se refermèrent brusquement sur le pot de miel qu'il fit glisser bien trop lentement jusqu'à l'autre bout du placard pour découvrir les herbes. Ses tentatives de contention étaient des échecs. La sourde colère qu'il avait muselée s'était libérée avec l'absence d'informations sur la présence de ce bellâtre et il céda à ce que lui disait sa conscience. Il ne ferait aucune illusion.

D'un geste vif, il fit volte-face, portant des yeux acerbes sur la jeune femme. Son attitude rappelait celle d'un animal aux abois, à deux doigts d'attaquer par manque de possibilité de fuite.


Qu'est-ce qu'il foutait là ? Dans ce genre de boulot, on dîne pas avec ses collègues, on dort pas avec eux et on les câline pas quand ça va pas. Il avait aucune raison de venir ici. Et t'en avais encore moins de bafouiller devant lui ! C'était quoi, la réunion des mielleux anonymes ? Qu'il reste dans son trou à rat jusqu'au lendemain celui-ci, il va se faire bouffer à courir les rues à cette heure-là ...

Ses doigts avaient crocheté le rebord du plan de travail contre lequel il était appuyé et ses ongles s'enfonçaient dans le bois, quelques échardes se logeant contre ses nerfs. Les pointes douloureuses qui les agaçaient n'arrangeaient pas son état et la tension suintait de chacun de ses membres. Pourtant, il était difficile de distinguer qui de la colère ou de l'angoisse l'emportait sur la légitimité de son agressivité.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mar 13 Jan - 18:09

Vamp ne réalisa pas tout de suite que quelque chose clochait. Si elle était plutôt fière d'avoir réussi à se débarrasser aussi facilement d'Isaac, la gravité de l'état d'Ania était retombée sur ses épaules à l'instant où la porte de la cuisine s'était de nouveau refermée dans son dos. Aussi n'accorda-t-elle à Lin qu'une attention limitée. D'un geste inconscient, elle porta ses mains glacées à ses lèvres avant d'obéir aux directives du jeune homme. Ce ne fut pas chose aisée. Ses longs doigts effilés étaient particulièrement engourdis par le froid et elle renversa une bonne partie de l'eau sur le sol, inondant le bout de ses bottes. Un juron salé de son cru lui échappa et elle allait se pencher pour rattraper sa maladresse lorsque les questions de Lin alertèrent sa conscience.

Un pli sceptique creusa son front blanc. Ce n'était pas normal. Cette tonalité de voix n'était absolument pas normal. Pas venant de Lin. La jeune brune leva les yeux pour observer le dos de l'homme. Elle l'étudia en un coup d'oeil précis et concentré, comme elle le faisait des gens suspects qu'elle croisait en escorte. La courbure de son dos, la ligne des épaules et l'angle de sa nuque. Non, ce n'était pas « Lin ».

Prudente, elle se redressa, l'eau qui trempait ses chausses reléguée bien loin dans la liste des choses urgentes. Elle n'aurait jamais cru que Lin puisse être jaloux. Pas après qu'elle soit revenue le chercher après trois longues années d'absence. Pas après lui avoir dit l'aimer ni l'avoir entraîné dans cette réserve sombre. Si cela pouvait être un peu insultant pour Vamp, elle ne s'en formalisa pas vraiment. Inconsciemment, elle savait dans quel état pouvait être le cœur de Lin à cet instant. Elle ne l'avait que trop bien expérimenté lorsqu'elle l'avait vu en compagnie de cette blonde nobliarde en taverne.

Une impulsion instinctive la fit avancer d'un pas. Soulager la pression qu'elle sentait nouer entre les omoplates du jeune homme. Assurer que la présence d'Isaac n'était pas un danger entre eux. Si Vamp n'était pas la femme la plus douée pour la psychologie de couple, son instinct le lui hurlait.

Elle allait à lui lorsque le regard de Lin la cloua sur place. La physionomie de Vamp s'altéra aussitôt. Ce qu'elle avait d'abord pris pour une petite bouderie de jalousie en était en fait une véritable crise. Une crise. Alors qu'Ania mourrait au-dessus de leur tête, Lin se permettait le luxe d'être jaloux. Mais pire que tout, il venait d'employer les mauvais termes...

Très lentement, le froid qui engourdissait ses doigts à peine une minute plus tôt remonta le long de ses veines pour glacer son regard. Ce même froid ondula le long de sa colonne, redressant son dos avec une rigidité qui n'annonçait rien de bon.

Elle laissa un long silence s'installer avant de prendre la parole. Sa voix s'éleva, anormalement et dangereusement douce alors que sa tête s'inclinait sur le côté d'un geste délicat.

- As-tu fini ta petite crise d'adolescent mal aimé ? Ou as-tu d'autres remarques aussi inutiles que les précédentes à m'imposer ?

Il venait de l'insinuer dans le sac des mielleux. Elle. Il évoquait une complicité entre elle et Isaac qu'elle n'avait jamais eu qu'avec lui. C'était insultant. Il s'emportait pour une chose qu'il lui avait lui-même reproché lorsqu'elle avait frappé cette nobliote. C'était outrageant. Il s'adressait à elle sur le même ton qui lui avait valu d'être chassée de chez lui. C'était profondément offensant.

- Adolescent mal aim... Non mais...

Un long moment de silence s'installa entre les deux amants. Froide et impassible, Vamp se laissa jauger par le regard noisette sans la moindre peur. Elle attendait l'éclat, la crise, une réponse cinglante. Elle était prête à tout encaisser.

Mais la jeune femme se surestimait. Ce ne fut pas le « Laisse-tomber » qui la vida de son assurance, mais le dos que lui tourna résolument le jeune homme. Il se refermait à elle, tout comme il l'avait fait lorsqu'elle lui avait intimé l'ordre de ne pas participer aux jeux de la fosse.

Vamp cligna des yeux, soudainement consciente d'avoir été dure. Nerveuse, elle ramena ses mèches noires en arrière. Sentir le nouveau fossé qui venait de se creuser entre Lin et elle lui était intolérable. Il fallait qu'elle réagisse, qu'elle rattrape sa bêtise. Qu'elle s'amende. Autant lui demander de commencer un travail de broderie...

Déstabilisée, elle savait qu'elle devait faire quelque chose, sans savoir encore quoi. En trois ans, Vamp avait perdu les quelques réflexes qu'elle avait appris aux côtés de Lin en ce qui concernait les relations entre les individus. Bien souvent, ses compagnons de route lui avaient fait remarquer sa froideur et son manque de tact. Elle n'avait pas changé, mais régressé.

Perdre Lin n'était pas une option.

Encore incertaine sur ce qu'elle allait dire ou faire, la jeune femme s'avança jusqu'au dos qui la séparait désormais de l'âme de son amant. Avec la sincérité de l'ignorance, ses quatre doigts glacés se posèrent dans le bas de la colonne vertébrale. La chaleur de la peau de Lin traversait le tissu et enveloppa l'épiderme pâle d'une caresse douce et encourageante. Vamp s'avança de nouveau d'un pas.

Ses lèvres s'entrouvrirent une longue minute sans savoir ce qu'elles devaient articuler avant que le premier son ne les franchisse. Dans un chuchotement maladroit et timide, elle murmura à la nuque du jeune homme qu'elle n'avait jamais été qu'à lui.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Sam 17 Jan - 16:37

Penché sur le petit baquet d'eau froide, Lin répétait le même geste sans s'en apercevoir. Le linge propre soigneusement plié en une bande de la largeur d'un front n'était plus seulement humide, il était dégoulinant d'eau. De doigts agiles mais complètement hors de la raison, le jeune homme retournait le tissu inlassablement. Une face, appui au centre pour voir l'eau le recouvrir, quelques clapotis pour l'imbiber, l'autre face. Appui au centre, voir l'eau le recouvrir, quelques clapotis, l'autre face. Ses dernières phalanges commençaient à rougir sous la morsure du froid mais il n'y prenait pas garde.

Dans sa tête, les paroles de la brune tournaient en tous sens sans lui laisser de répit. Adolescent mal-aimé. Non seulement elle ne le pensait pas digne d'être aimé de qui que ce soit mais elle ne le considérait pas non plus comme un homme. Un simple pré-adulte tout juste bon à ronchonner. Alors que ce furent justement ses tréfonds primitivement virils qui lui imposèrent une réaction aussi sèche. Il n'aurait jamais dû parler. Plus il y songeait, plus il se fustigeait. Il n'avait jamais fait preuve de la moindre jalousie et il savait dorénavant pourquoi il avait bien fait. Cette réaction était exactement ce qu'il ne voulait pas entendre.

Ses doigts se crispèrent avec plus de rigidité sur la bande blanche. Ses épaules étaient sous tension et sa nuque raidie par son anxiété. Il n'avait pas besoin qu'on le rabroue quand il exposait ses faiblesses. Surtout ses faiblesses de coeur. Un grognement lui échappa alors qu'il noyait le tissu au fond du baquet. Comme il aurait bien aimé coulé la scène passée pour ne plus avoir à l'assumer.

Ce ne fut qu'au contact des doigts de Vamp que le jeune homme sortit brusquement de ses pensées. Il relâcha la bandelette qui remonta mollement à la surface dans un gondolement caractéristique et ravala un sursaut malvenu qui accrut la tension de son cou. A quoi allait-il avoir droit maintenant ? Une remarque perfide sur la légitimité du brun à venir se fourrer dans des affaires qui n'étaient pas les siennes ?

Le silence qui suivit ce simple contact lui laissa le temps nécessaire pour ordonner ses émotions et parvenir à apprécier le toucher qu'il sentait au bas de son dos. Il était presque reconnaissant à la jeune femme d'avoir émoussé la rigidité de l'instant dans un geste aussi intime. En temps normal, elle l'aurait fait pour l'assurer silencieusement de son soutien ou de sa présence à ses côtés. Elle lui laissait par là même entrevoir son adhésion à ce qui l'avait agité. Ou tout du moins autre chose que son animosité exprimée.

Lorsque les mots s'élevèrent dans un chuchotis retenu, Lin s'aperçut qu'il avait bloqué sa respiration, comme par peur de ne pas entendre ce que le souffle de la brune allait exhaler. Il déglutit maladroitement en reprenant le sien et dut cligner plusieurs fois des yeux pour assimiler concrètement ce qu'elle venait de lui dire. Pas de perfidie ni de claque. Au contraire. Une vulnérabilité et une douceur qui lui retournèrent les tripes. Il mit de côté le bond que venait de faire son coeur quelque part entre ses côtes pour essayer d'articuler un semblant de réponse intelligible. Sans grand succès, les lèvres entrouvertes dans le vide.

Cette femme était démoniaque. Elle le battait par un flanc pour mieux l'embrasser sur l'autre. Un coup, un caresse. Ce n'était même pas une main de fer dans un gant de velours mais une main de fer et un gant de velours. Tour à tour. Jusqu'à ce que ses nerfs lâchent. Il prit une longue inspiration pour s'imprégner de ce qu'elle venait de dire, lourd de sens. Il prit le temps d'égoutter ses doigts au-dessus du baquet, de les essuyer dans le torchon juste à côté et de faire demi-tour avec un calme cérémonial. Il avait besoin de ce répit pour se laisser le temps d'accepter qu'il ne pouvait pas lui en vouloir. Elle l'avait épinglé férocement mais il prenait cruellement conscience que ce n'était pas assez pour étouffer son manque d'elle.

Face à elle, il plongea son regard dans le sien avec une détermination non feinte. Oui, cette femme était démoniaque. Mais c'était la sienne et il l'aimait aussi acerbe et violente fut-elle. Un mince sourire étira ses lèvres alors qu'il hochait la tête comme pour approuver à ses dires. Il ne fit qu'un pas vers elle, un unique pas qui l'amena au contact de son corps que ses bras s'approprièrent sans penser qu'elle pouvait les repousser. Il glissa son visage contre le sien jusqu'à ce que sa bouche soit à la hauteur de son oreille. Aussi faiblement qu'elle avait parlé, il murmura la seule réponse qui s'était imposée à lui.


Je veux juste que ça continue.

Il resserra machinalement son étreinte sur elle pour la presser contre son torse alors qu'il venait embrasser le creux de son cou. L'essence même de cette proximité ne lui était qu'obscure. Il illustrait ses propos sans en avoir conscience et imprimait à ce corps laiteux la trace du sien, aussi simplement qu'il s'était avancé d'un pas.

Pourtant, il finit par se redresser. Ses doigts gelés et leurs phalanges rougies lui avaient rappelé ce pour quoi il était redescendu et surtout ce pour quoi elle s'était éclipsée avec le brun. Il passa une main un peu gênée dans sa tignasse, l'ébouriffant encore un peu plus et évita soigneusement le regard de la jeune femme.


Les herbes ont dû finir d'infuser. Monte cette bande froide, je vais chercher le reste.

Il indiqua la bande détrempée comme si c'était nécessaire et tourna les talons pour rejoindre la cuisine où l'infusion d'herbes médicinales fumait, envahissant l'espace d'une bonne odeur. Il fuyait plus ou moins consciemment le regard de la brune dont il n'avait aucune idée de ce qu'il exprimerait. Il ne voulait pas se heurter au mur d'indifférence qu'il redoutait. Rien ne lui assurait qu'il y aurait droit mais il préférait ne pas tendre le bâton pour se faire battre.

Les mains chargées, il prit les devants en grimpant les premières marches. Un signe de tête invita Vamp à le suivre.


Première à droite, hein, te trompe pas.

Elle ne put pas voir le sourire qui naissait à l'angle de sa bouche alors qu'il sortait une telle énormité. Un tel humour vaseux dénoua quelques tensions dans son dos et il se redressa, un peu plus à l'aise. La jeune femme derrière lui et le poids de ce qu'il lui avait dit en moins, il respirait mieux.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mar 20 Jan - 4:50

Vamp ne lui rendit pas seulement son étreinte, elle s'accrocha à Lin. Avec une fermeté toute instinctive, son bras s'enroula autour du cou du barbu alors que la seconde main pâle agrippait son épaule. Elle se cramponnait au jeune homme tout en s'enveloppant de lui. Sa peau reconnut la caresse de son souffle. Son âme se pelotonnait douillettement contre l'odeur délicieuse de son cou. Elle lui abandonnait son corps tout en recherchant le sien.

Elle était tombée amoureuse de Lin dans l'heure qui avait suivi leur première rencontre. Sa grande taille avait attiré son attention et sa barbe intriguée. Puis ce fut son air à la fois désinvolte et railleur qui retint son intérêt. Mais Lin, ce n'était pas seulement la moquerie et la légèreté. Jamais Vamp ne s'était sentie aussi aimée et protégée que dans les bras du jeune homme. Et jamais, bien entendu, elle ne l'aurait avoué à qui que ce soit, pas même à Lin.

Vamp aurait pu resté des heures ainsi blottie contre son homme, aussi sûrement qu'elle le serrait contre son corps. Elle s'imprégnait de lui. Prise d'une langueur douce et satinée, elle lui laissa son cou, fermant les yeux en se reposant doucement contre le torse du jeune barbu. Il ne lui manquait que sa tranquillité d'esprit pour s'endormir complètement dans le creux de ses bras.

Elle ne vit pas le regard fuyant du jeune homme, tout simplement parce qu'elle-même évita soigneusement de croiser ses yeux noisettes. Lin et elle n'avaient eu, depuis qu'ils s'étaient retrouvés, que peu de moments d'une telle tendresse. Et la tendresse était quelque chose que Vamp allait devoir réapprendre.

Aussi embarrassée que le jeune homme, elle s'empressa de lui tourner le dos pour s'occuper de la bande en question. Laisser paraître ses sentiments était hurler son état d'amoureuse transie et avouer être amoureuse, pour Vamp, revenait à avoir un gravier coincé dans l’œsophage.

Elle sortit pourtant de sa gêne dés les premiers craquements des marches de bois. Une ombre plana sur son front, assombrissant ses tempes pâles. Elle ne voulait pas monter. Elle ne voulait pas être témoin de ce qui se passait dans la chambre du premier. La jeune brune dut faire un violent effort sur elle-même pour suivre Lin. Une voix timide tenta de la rassurer en lui faisant remarquer que justement, Lin était là. Mais Vamp avait assez d'expérience avec la maladie pour savoir que le rôle des hommes dans ce genre de situation n'était que minime. Si Ania ou elle-même était menacée par un ennemi de chair et d'os, elle aurait eu toute confiance en Lin. Mais voilà, ce soir, ils allaient se battre contre du vent.

Une marche après l'autre, à mesure qu'ils se rapprochaient tout deux de la chambre, les mains de la jeune femme se remirent à trembler par petits intervalles irréguliers. Plus elle montait et plus elle avait chaud. Pour la seconde fois de la soirée, elle retroussa ses manches au-dessus de son coude. Lâchement, elle ne voulait qu'une chose : retourner se réfugier dans le séjour.

Mais s'éloigner de Lin, elle le savait, était loin d'être une bonne idée. Son regard noir se leva pour s'accrocher à la nuque du jeune homme. Non, il fallait qu'elle reste près de lui ce soir.

Vamp franchit la porte comme si on l'accompagnait à sa propre exécution. Sa gorge s'assécha, ses mains se glacèrent alors que son front devint moite. Instinctivement, elle gonfla d'air frais sa cage thoracique. Il fallait absolument qu'elle se maîtrise. Même si Lin et elle se connaissaient à la perfection, elle ne voulait pas qu'il soit témoin de sa peur. Du moins ne voulait-elle pas l'admettre devant lui.

La jeune femme ne s'approcha pas du lit. C'était trop exiger d'elle. Son regard effleura tout juste la pièce, l'espace du demi-seconde, pas plus. Après tout, rien n'avait changé. Les couleurs chaudes qui cocoonaient la maladie et qui, paradoxalement, lui donnaient une étrange forme de vie. Elle percevait parfaitement le souffle irrégulier d'Ania de là où elle se trouvait. Et elle la verrait parfaitement mourir d'ici.

Vamp passa dans le dos de Lin pour s'approcher de la fenêtre, fermée. Les bras croisés sur sa poitrine, son long corps s'appuya contre le mur, rigide, alors que son regard noir s'égarait sans jamais se poser.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mar 20 Jan - 9:51

Il déposa le bol brûlant sur la table de chevet à côté du lit de l'enfant, prenant soin de ne pas le laisser trop au bord pour ne pas le renverser dans un faux mouvement. L'eau était bien trop chaude pour un épiderme et il ne voulait pas ébouillanter la petite alors qu'il venait pour la soigner. L'objet en sécurité, il s'accroupit à côté du matelas pour que son visage soit à la même hauteur que celui d'Ana. Elle avait les yeux fermés et le front moite mais il était évident pour Lin qu'elle n'était pas plongée dans le sommeil. Sa cage thoracique se soulevait trop erratiquement pour qu'elle soit dans l'assoupissement. Une grimace modela ses traits. Si elle ne dormait pas, c'est qu'elle souffrait.

Il se tourna vers Vamp pour lui demander de lui passer la bande froide mais la jeune femme n'était pas à son côté. Surpris, il balaya l'espace d'un regard et finit par se retourner, un pli barrant son front. Derrière lui, appuyée contre le montant de la fenêtre, elle fouillait l'extérieur avec fébrilité. La rigidité qu'il lisait dans ses membres l'alerta tout autant. S'il était habituel que la jeune femme ne soit pas des plus loquaces, il n'y avait rien de normal à son attitude actuelle. L'agitation de son regard était trop intense pour ne pas cacher quelque chose.

Alerté, il se releva et acheva de se tourner face à elle, s'éloignant quelque peu du lit. Il ne savait pas quoi faire. Depuis leur rencontre et après toutes ces années, c'était la première fois qu'il se sentait aussi impuissant. Il n'avait pas la moindre idée de ce qui agitait vraiment les pensées de la brune et il n'avait aucune notion de sa légitimité à interférer avec. Il sentait juste que quelque chose clochait. Il déglutit, mal à l'aise et s'avança d'un pas vers elle.

Après tout, quoi qu'elle ait en tête, ce ne pouvait être qu'une inquiétude. Et sans doute vis-à-vis d'Ania. Son comportement s'était radicalement transformé en l'espace de quelques marches. La corrélation était évidente. En revanche, savoir si elle s'inquiétait de son état ou de l'emprise de Valentin sur elle était beaucoup plus ardu. Mais dans tous les cas, il savait qu'il n'y aurait aucun mal à l'assurer de son soutien. Même en temps que simple ami si elle ruminait ce qu'ils étaient dans le magma qui la rendait si rigide. Sa main toucha son épaule comme pour la prévenir de ce qu'il approchait, enveloppante et il se pencha vers elle pour poser ses lèvres contre son front. Il resta ainsi une seconde à peine mais la nature de son geste était sans équivoque.

Il garda le silence jusqu'à retourner au chevet de l'enfant, tournant à nouveau le dos à Vamp. Il fallait qu'il soit attentif aux symptômes du petit corps étendu sous ses yeux et qu'il fasse abstraction de la jeune femme dans son dos. Après une longue et profonde respiration, il rouvrit les yeux sur le pâle visage miniature, concentré.


Je te rappelle qu'on est fiancé. Et ce serait dommage de pas te voir en robe de mariée. Alors on fait équipe et on botte les fesses de cette maladie.

Même si les yeux de l'enfant restaient clos, Lin savait qu'elle l'entendait. Elle était affaiblie et sans doute bien trop pour avoir la force d'ouvrir les paupières ou de se mouvoir. Mais pas d'entendre. Bien malgré elle, peut-être. Il trempa un doigt dans l'infusion qui commençait à refroidir doucement et hocha la tête, satisfait. Elle serait à bonne température quand il en aurait besoin.

Sa main tâtonna un peu plus loin pour se saisir de la bande de tissu humide et la déposer sur le petit front blanc. Il recouvrit l'épiderme de part en part et de la racine des cheveux à la naissance de ses sourcils. Une telle fraîcheur ferait baisser quelque peu la température et redonnerait un peu de vivacité à l'enfant. Le temps nécessaire pour lui faire avaler son breuvage.

Il continuait de déblatérer des inepties dans une longue litanie sans forcément de sens qui ne servait qu'à apaiser les angoisses. La sienne mais aussi celle de l'enfant. Seule au fond de son lit à combattre un ennemi invisible, son moral avait dû chuter. Et il tenait à ce qu'elle le garde. En lui changeant les idées par une rengaine différente, il essayait de l'alléger autant qu'il s'allégeait lui-même. Ses automatismes se dérouillaient à mesure qu'il s'occupait d'elle et il finit par oublier ce qu'il faisait. Tenir la tête, faire couler l'infusion entre les petites lèvres, éponger son front, recommencer, la laisser se reposer, ajuster les températures, tout devenait aussi simple qu'auparavant bien qu'il n'ait plus soigné depuis de longues années.

Le bol vidé et la bande de tissu devenue tiède, le jeune barbu se tut. Ania avait fini par s'endormir. Elle avait reçu les soins nécessaires pour ce soir-là et un peu de divertissement. Lin allait se redresser quand un détail accrocha son regard. La cage thoracique soulevée régulièrement semblait marquer quelques hésitations à l'inspiration. Il grogna. Il fallait la surveiller cette nuit. Elle avait ingurgité une quantité d'eau que son estomac ne devait plus avoir l'habitude de prendre en charge et le jeune homme avait peur qu'un rejet l'étouffe si elle n'avait pas la force de se tourner de côté.

Sans vraiment réfléchir, il se redressa et enjamba le lit pour venir s'installer à califourchon dans le dos de l'enfant dont il soutenait le buste dans un angle obtus, au-dessus de son oreiller. Il déposa la tête blonde au creux de son bras replié pour l'entourer et la maintint contre son torse dans une position assez confortable pour lui et qui permette à la petite de continuer à dormir sereinement. Il rajusta la couverture de sa main libre sur les épaules de l'enfant et s'adossa à la tête de lit. Ses yeux s'étaient posés sur le buste de la fillette et la concentration qui s'y lisait ne laissait place à aucun doute. Il allait passer la nuit ici pour s'assurer que rien ne viendrait troubler la quiétude du petit corps, serait-ce le petit corps lui-même.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Ven 23 Jan - 21:03

Cela faisait trois jours qu'Ania avait rouvert ses yeux sombres. La fièvre qui la hantait s'était évanouie dans les bras de Lin et la tension qui nouait les vertèbres de Vamp avec. Si le mal de la petite l'avait gardée quelque peu assommée le premier jour, sa tante et son oncle avaient dû user d'autorité pour la garder tranquille dés la seconde nuit. Vamp avait attendu le départ du barbu pour expliquer clairement la situation à Nikolaï et à sa nièce. Ania devait rester cloîtrée dans la maisonnée quelques jours encore, le temps pour la jeune femme de prendre une décision sur la marche à suivre.

La bonne santé de la petite libérait la poitrine de Vamp d'un poids certain mais le danger que représentait Valentin continuait de peser sur sa famille. Toutefois, la maladie écartée, la jeune brune avait l'esprit bien plus clair pour trouver un moyen d'évincer son employeur. Il fallait prendre une décision. Et en discuter avec Lin.

Lin qu'elle n'avait pas revu une seule fois durant ces trois jours. Il lui manquait. Elle sentait l'air qui passait dans le creux que son absence laissait contre sa poitrine. Elle s'était surprise plusieurs fois à le chercher du regard dans les rues ou dans la foule des tavernes. C'était tout instinctif. Elle en devenait presque distraite dans son travail. Lorsqu'il avait quitté la maison, Vamp l'avait suivi des yeux, son regard glissant le long de son dos large pour s'égarer généreusement sur la rondeur de ses fesses. Son désir d'érotisme et l'instinct protecteur qui veillait sur Ania s'affrontèrent un court instant alors qu'elle hésitait à le rattraper pour le perdre dans un coin sombre de la ruelle.

- Eh dites, à quoi vous pensez ?

Les narines de Vamp se pincèrent. Ça, c'était nouveau d'il y a trois jours. Ça, c'était un nouveau collègue qui avait mystérieusement remplacé Isaac. Et ça, c'était insupportablement babillard. Tout, absolument tout ce que la jeune femme détestait. De la dernière des évidences à la plus totale des stupidités, rien n'échappait à cet abruti, excepté la froide animosité que semblait lui porter sa collègue. Une animosité pourtant si évidente que certains passants s'écartaient prudemment de leur passage.

- Vous ne souriez jamais ? Ou c'est que vous êtes malade ? Parce que c'est qu'vous êtes drôlement bien blanche, voyez ? Et moi, j'dois comme qui dirait assurer votre protection ! On s'entre-protège, voyez ?

Un léger pli au coin de son œil droit fut sa seule réponse. Elle voyait surtout qu'il allait finir avec sa dague enfoncée jusqu'à la garde dans la tranche du cou. Elle allait le tuer. Elle allait vraiment et le plus sincèrement du monde le tuer. Il parlait tant que même lorsqu'il ne disait rien, Vamp avait l'impression de l'entendre encore, sa voix stupide raisonnant dans sa boîte crânienne.

On ne lui avait donné aucune explication quant à l'absence d'Isaac. L'homme chargé de la récolte des recettes qu'elle protégeait habituellement lui avait assuré que le grand brun serait bientôt de retour. Il serait exagéré, connaissant Vamp, d'assurer que la jeune femme s'inquiétait pour Isaac, mais cette soudaine absence l'intriguait. Elle ne l'avait pas revu depuis qu'il était venu frapper à sa porte l'autre nuit. Et elle avait eu le temps de le regretter plus d'une fois au cours de ces trois jours...

- J'ai déjà tué un homme vous savez... d'un coup, comme ça, hop ! Il a eu aucune chance...

Elle allait devenir folle. Si c'était une combine de Valentin pour la briser, c'était un pur coup de génie. Vamp resserra le tissu de son écharpe noir contre son visage, cherchant sans la moindre discrétion à créer un tampon entre la voix et ses tympans, sans grand succès. Cet énergumène ne pouvait être humain, c'était impossible.

La jeune brune franchit presque en courant les quelques pas qui les séparaient tout trois de la porte du bordel avant de l'ouvrir à la volée, elle-même emportée par son élan. Contrairement à son habitude, elle n'arrivait pas bonne dernière du trio mais les avait au contraire laissé tous deux derrière elle. Son entrée se fit dans un brusque courant d'air froid qui s'infiltra entre les jupons des femmes. Quelques têtes curieuses se tournèrent pour la regarder ; il était rare qu'une femme entre si précipitamment dans une maison close.

Vamp se redressa alors qu'elle croisait les yeux de Lin. Elle était énervée et le meurtre se lisait parfaitement dans l'obscurité de son regard. Un petit quelque chose au coin de ses lèvres trahissait l'exaspération froide qui abreuvait ses veines. Sa colonne vertébrale était aussi rigide que l'épaisse glace qui emprisonnait le ruisseau du village de son enfance en hiver. Le menton droit, ses pommettes froides étaient plus acérées que jamais. Pourtant, la couleur noisette parvint à lui faire gagner quelques degrés de chaleur et son regard perdit de son tranchant.

Détournant le regard comme si Lin n'était qu'un imbécile parmi tant d'autres, elle s'avança dans le hall jusqu'au comptoir d'accueil dans un silence de mort, ouvrant la marche aux deux hommes qui avaient fini par la rejoindre. Son supérieur s'engageait déjà dans le couloir habituel lorsque Vamp s'immobilisa. Restée en compagnie de cet énergumène dans un couloir aussi étroit allait lui faire perdre les pédales.

Elle fit volte face pour accrocher l'épaule de son collègue entre ses ongles. Elle le dépassait d'une tête. Il était temps d'improviser.

- Venez, approchez, que je vous présente à notre cher-cher collègue. Voyez-vous, vous allez l'assister le temps que je veille sur le bon déroulement de la transaction dans le bureau. Vous ne pouvez pas aller plus loin, comprenez, vous devez pas briser l'intimité des filles et de leur client en tant qu'homme, alors qu'en tant que femme, cela passe un peu mieux... voyez ?

Vamp l'entraîna presque à bras le corps avant de l'installer aux côtés de Lin comme elle refourguerait un mioche infecte au premier inconnu qui passe.

- Je suis sûre que vous allez vous entendre à la perfection...

Elle s'adressait directement à Lin et lui adressa un sourire sincère et éclatant. Elle en était presque belle. Puis la jeune femme disparut dans le couloir avant qu'on ne la retienne.

- Joli brin d'fille, hein ? C'est ma collègue. J'la protège. J'ai déjà tué un homme vous savez ? C'était y a quelques années, j'étais...



Vamp n'avait jamais autant savouré ce long couloir. Ni ce silence. Un sourire flottait même sur ses lèvres pâles. Elle venait de jouer un sale tour au jeune barbu. C'était mesquin. Extrêmement mesquin. Et elle n'avait absolument aucun remord...

Elle se délecta de ce silence, de ce couloir désert et de sa solitude. Plantée comme d'ordinaire devant la porte de la maîtresse de maison, ses pensées vagabondaient sans but, passant de Valentin à Ania et s'arrêtant sur la bouche de Lin. Une tranquillité bien éphémère puisqu'on l'appela bientôt de l'autre côté de la porte.

Elle grogna mais se reprit bien vite. C'était toujours mieux que de supporter la présence de l'autre abruti. Avec une impassibilité toute professionnelle, elle franchit la porte et se présenta à son supérieur.

On lui demandait d'aller chercher de la cire pour sceller elle ne savait quel énième contrat avec de nouvelles clauses obscures. L'un de ses sourcils s'arqua. Elle était garde du corps, pas secrétaire. Son regard s'assombrit et elle allait répliquer lorsqu'une profonde lassitude la prit. Après trois jours de babillages incessant, elle ne voulait qu'une chose : qu'on lui foute la paix en silence. Elle acquiesça donc sans un mot, au grand étonnement de l'homme qu'elle protégeait, et se détourna.

- Mademoiselle ! Nous stockons les bâtonnets de cire sur les étagères du dessus, je doute que vous soyez assez grande pour les atteindre. Il est préférable que vous preniez une chaise pour...

C'était la remarque de trop et un regard acéré étrangla cette fin de phrase avortée dans la gorge de la maquerelle. Une chaise ? Vamp était bien assez grande pour atteindre n'importe quel objet sur la plus haute des étagères. Vamp n'avait pas à monter sur n'importe quelle chaise. Vamp était grande. Bien assez grande. Les gens étaient particulièrement stupides ces derniers jours. Et puis cette femme avait peut être plus de rondeurs qu'elle, Vamp n'en restait pas moins la plus grande d'une bonne tête et demi.

Méprisante, elle sortit du bureau feutré pour longer le couloir et se rendre à la réserve indiquée. Son regard sombre longea les étagères avant de trouver ce pour quoi on l'avait fait mander. Abandonnant la porte laissée ouverte dans son dos, elle pénétra plus avant dans la pièce exiguë. Un pli creusa son front. Il était vrai que ces bâtonnets se trouvaient bien haut.

Son nez se plissa un court instant avant qu'elle ne tendit la main en hauteur pour attraper le petit fagot de cire. Surprise, elle constata que son bras était trop court. C'était bien une première. L'agacement titilla son orgueil. Hors de question de faire demi tour pour aller trouver une chaise...

Jurant entre ses lèvres, Vamp se hissa sur la pointe des pieds, le corps tendu vers le haut alors que le bout de ses doigts effleuraient tout juste l'objet convoité. C'était à la fois frustrant et profondément vexant...

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Lun 26 Jan - 15:22

La routine commençait à agacer le jeune homme. Trois jours qu'il répétait les mêmes gestes, dans les mêmes lieux. Trois jours qu'il empruntait les mêmes trajets, rasait les mêmes maisons. Il était presque sûr de croiser toujours les mêmes têtes et de s'occuper des mêmes cas.

Les clients semblaient avoir un ordre de passage assez immuable. La journée commençait toujours par le petit rougeaud du quartier voisin. Un boucher arrivé qui aimait prétendre que l'accomplissement d'une vie résidait dans le pouvoir de se payer autant de filles qu'on le voulait sans avoir à compter ses sous à la fin du mois. Pas loin derrière lui arrivait un troupeau de jeunes nobliots trop grassement nourris, qui venaient au bordel comme ils partent à la chasse. Au sein de la bande, l'ordre variait mais le tas de jeunesse ne changeait ni d'horaire, ni de filles. S'en suivait alors la longue cohorte des bourgeois grisés par leur réussite, des intellectuels rentiers qui ne concevaient pas ce genre de relations comme le commun des mortels et finalement les plus discrets et ceux que Lin préférait, les riches invisibles que l'éducation empêchait de parlementer des heures et qui s'éclipsaient plus vite qu'ils ne pénétraient dans ces chambres. Une machine bien huilée dont aucun écrou ne se dévissait jamais ni ne se grippait.

Pourtant, l'air glacial qui assaillit les pommettes du barbu lui assura que ce jour-là serait différent. Il grimaça, agressé par la différence de température trop importante et décroisa les mains de derrière son dos. Qui que soit le bougre qui s'annonçait ainsi, il aurait droit à une remontée de bretelles en règles. La quiétude du lieu était une des missions du jeune homme et il comptait bien la remplir. Son pied droit quitta légèrement le sol, dans un mouvement vers l'avant mais il retrouva la surface dure bien plus tôt que prévu.

Le bougre était une femme. Une femme à la peau d'une pâleur cadavérique. Intérieurement, il soupira. Evidemment. Il évita de justesse à ses lèvres de se redresser dans un sourire narquois quand il croisa le regard assassin de la jeune brune et se rétablit dans une fixité professionnelle, le regard évaluateur de la petite troupe entrante.

S'il s'attendait à voir le grand brun à qui il vouait une telle animosité, il fut plus surpris encore de ce qui l'avait remplacé. Ca n'était pas bien grand, ça semblait à peu près costaud mais ce qui éberlua Lin au plus haut point fut le bruit que ça faisait. Une espèce de moulin à paroles. L'homme, si l'on pouvait le qualifier ainsi, était clairement en train de raconter sa vie à Vamp. Un rictus agacé étouffa le sourire moqueur qui naissait sur le visage de Lin. Non seulement elle n'était plus accompagnée d'un homme qu'il n'aimait pas mais elle se coltinait un abruti à la langue plus haut pendue que ce qu'auraient été ses parties génitales entre les mains de la jeune femme. Ce devait être un calvaire. Et la situation semblait amuser le jeune barbu.

Jusqu'au moment où la source des paroles se trouva à son côté. S'entendre à la perfection ? Il esquissa un geste pour retenir l'épaule de noir vêtue mais sa main se referma sur le vide. S'entendre à la perfection. Vraiment. Une longue inspiration emplit les poumons du jeune homme alors qu'il se retournait vers le prétendu meurtrier. Sans réfléchir, il saisit l'importun au visage avec une force brute, sa paume brutalement plaquée contre sa bouche alors que ses doigts crispés comprimaient ses joues.


Ecoute-moi bien espèce d'abruti. Continue comme ça et je te prouve que je sais moi aussi tuer un homme. A mains nues.

Il plissa les yeux, menaçant, alors que son ton baissait encore d'un cran dans les graves, à la limite du grondement.

Et crois-moi, tu ne pourras plus aller le raconter à quiconque. Je suis clair ?

Sans attendre de réponse, il relâcha la pression exercée sur le visage inconnu et se tourna d'un quart de tour vers la porte d'entrée, muet, comme pour donner l'exemple. Une vague de compassion à l'égard de Vamp l'étreignit un instant. Un vrai calvaire.

Il resta un instant immobile, ses mains de nouveau croisées dans son dos. Celui qui devait l'épauler se taisait avec application, laissant le champ libre aux pensée du jeune homme pour divaguer. La jeune femme était à nouveau entre ces murs, quelque part dans ce couloir qu'il avait déjà emprunté. Il savait que le tapis étouffait le son des pas, que les portes ne laissaient filtrer que les éclats de voix et que l'ensemble, feutré, était un véritable nid à secrets. Vamp était dans ce cocon, quelque part devant une porte. Seule. A attendre que l'interminable termine. L'interminable. Donc le trop long. Le temps étiré, à ne rien faire. Valorisable.

Il déglutit aux images qui s'imposèrent à lui alors qu'il imaginait comment rentabiliser un tel temps perdu et se redressa inconsciemment pour se remettre à son aise. Elle n'était pas loin. Son protégé en discussion. Et son abruti de collègue bien trop présent à son côté. Il venait d'ouvrir la bouche, pour demander quand il pourrait parler à nouveau. Sans appel, la main de Lin fusa vers le ventre de son nouveau voisin. Sèche, elle percuta l'abdomen suffisamment fort pour lui couper le souffle un instant.


Tu seras prévenu. Maintenant, silence. Et concentre-toi sur ça.

Il pointait la porte d'entrée d'un doigt alors que ses pieds se décollaient du sol successivement pour l'amener face à ce collègue improvisé. En accord avec l'ambiance d'un calme avéré, la voix de Lin était basse et assurée. Ses yeux tenaient son interlocuteur concentré sur lui. Il s'adressa à l'homme comme on parle à un demeuré, une pointe de menace sous-jacente en plus.

Ta collègue n'a pas prouvé que vous pouviez entrer ici. Je vais m'assurer de vos identités. Pendant ce temps, tu restes ici et tu gardes cette porte. Chaque éclat, chaque dysfonctionnement sera répercuté sur toi comme si tu avais parlé. Concentre-toi bien et prouve-moi qu'on travaille pour le même patron.

Il lui ficha une bourrade sur l'épaule qui ressemblait plus à une taloche et tourna les talons sans attendre de réponse de la part du nouveau portier temporaire. S'il était vif, il songerait qu'il aurait pu prouver leur identité lui-même. Lin ne voulait pas lui en laisser l'occasion. Il avait tourné au coin du couloir alors que l'autre recommençait à parler seul, bougonnant contre ses collègues asociaux.


Il ne lui fallut que quelques minutes pour retrouver le long manteau noir. ll se distinguait à peine dans l'obscurité de la pièce où s'était avancée la jeune femme mais les extrémités blanches qui en dépassaient attestaient de la nature de sa propriétaire. Un léger sourire flotta sur les lèvres du jeune homme alors qu'il jetait un regard circulaire autour de lui. L'endroit était désert et le silence le plus total.

Sans le moindre bruit, il s'avança dans le cadre de la porte qu'il dépassa bientôt pour se rapprocher de ce corps qu'il connaissait si bien. Son ombre se découpa un instant dans le rai de lumière qui baignait le sol avant de le recouvrir quasi entièrement et de se fondre dans celle de la jeune femme.


Double infraction constatée, j'ai bien peur que ça ne vous coûte très cher.

Si sa voix n'était pas élevée, elle gardait le ton qui était habituellement le sien. Narquois, il acheva de réduire la distance qui séparait son corps du sien, attiré par la vue de la chair blanche par l'entrebâillement de son col trop large. L'une de ses mains s'invita contre la courbe de sa taille, glissa jusqu'à son ventre et d'une pression, encouragea son corps à se resserrer contre le sien alors que l'autre s'élevait à mesure qu'il étendait le bras pour dépasser celui de la jeune femme. Ses doigts emprisonnèrent ceux de Vamp contre la planche qui soutenait la cire convoitée et ses lèvres effleurèrent la ligne de son oreille.

Je peux t'aider, peut-être ?
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mar 27 Jan - 17:56

Le désir. Il s'insinua le long de sa colonne vertébrale pour se nicher en boule dans le creux de ses reins. Des reins immaculés à la courbe parfaite qui frissonnèrent avec la délicatesse d'un souffle. Vamp ferma les yeux alors que sa gorge, invisible aux yeux du jeune barbu, s'autorisa à déglutir. Il ne lui avait fallu que quelques mots, qu'un souffle et qu'un doigté pour lui donner l'envie de Lin. Tout s'unit pour lui faire oublier l'endroit et les bâtonnets de cire, du murmure de ses lèvres contre ses mèches sombres au ton narquois qu'il employa avec elle.

Cette malice, cette ironie totalement linesque, avait toujours déclenché le jeu en elle. Elle imaginait parfaitement les yeux de Lin briller de moquerie dans son dos. Or Vamp avait toujours savouré l'instant où elle parvenait à troubler ces yeux, l'instant où la moquerie vacillait avant d'abandonner tout raisonnement. Le moment où Lin perdait le contrôle et s'emparait d'elle.

C'était tentant. Délicieusement tentant. Et obsessionnel.

Vamp redressa son corps et son dos contre celui du jeune homme, son menton se relevant avec fierté. Elle aurait dû le repousser. Un client ou une fille pouvait s'engager dans le couloir à tout moment et les surprendre. Mais les lèvres de Lin si près de son oreille brouillaient la raison de la jeune femme. Et elle mourrait d'envie de savoir ce qu'il allait faire avec ses lèvres.

Les yeux de Vamp se rouvrirent. Ils fixèrent les étagères sans les voir, pupilles et iris toutes deux si sombres qu'il était impossible de distinguer l'une de l'autre. Réagir trop promptement aurait été flatter l'orgueil de Lin. Dévoiler son désir aurait accentué le sourire narquois qu'elle devinait au coin de ses lèvres.

Elle gonfla sa cage thoracique d'air pour noyer son trouble et s'assurer que sa voix ne tremblerait pas lorsqu'elle allait lui répondre. Lin connaissait peut-être ses faiblesses, mais elle n'ignorait pas les siennes. Hors de question de se laisser faire.

Vamp répliqua dans un souffle, d'une voix assurée et mesurée, à peine enveloppée d'un voile d'ironie.

- De l'aide, vraiment ? Tu oublies qu'une femme comme moi n'a besoin d'aucune aide...

Avec un naturel qui aurait pu tromper n'importe qui excepté les deux amants eux-mêmes, la jeune femme ramena l'une de ses mèches noires derrière son oreille. Un geste suffisamment anodin pour repousser les quelques cheveux qui masquaient la naissance de sa nuque. Elle le connaissait assez pour n'avoir pris le soin de dévoiler qu'une partie infime de sa peau pâle. Un creux, un angle, rien de plus. À quelques centimètres à peine des lèvres et du nez de Lin.

La main qu'elle venait de lever ne se contenta pas de repousser les quelques mèches sombres, mais s'arrêta aux côtés des doigts de Lin, contre son ventre. Comme s'ils effleuraient la plus fragile des porcelaines, ses doigts blancs touchèrent ceux du jeune homme. Relevant de quelques infimes millimètres le tissu de sa chemise, elle autorisa le bout de son index et de son majeur à toucher sa peau nue et chaude, interdisant le moindre mouvement aux autres doigts de sa main.

Vamp ne s'offrait pas. Elle ne laissait que mesquinement entrevoir à Lin ce qu'il pouvait avoir.

- … et puis que ferai-je de l'aide d'un pendard ?

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