l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs

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Vamp

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Lun 20 Avr - 10:00

Le regard perdu devant elle, Vamp semblait observer les trois gamins crasseux qui se bagarraient sur le pavé. Pourtant ses pupilles étaient bien trop lointaines pour être celles d'un observateur attentif. Sa longue silhouette sombre se découpait dans l'encadrement d'une porte miteuse du plus sinistre des quartiers. Il faisait très froid et Vamp avait assez d'expérience dans ce domaine pour humer la neige quelques heures avant la chute des premières étoiles glacées.


Défendant la porte de toute intrusion ou faux bond, les jambes rigidement ancrées dans le sol et deux marches timides à ses pieds, la jeune brune semblait inébranlable. Pourtant, trônant sur ces deux petites marches, elle était la plus stupide des amoureuses.


Son corps répondait aux caresses de Lin par de timides ondulations épuisées. Son souffle avait repris toute sa tranquillité mais ses longs membres peinaient à supporter leur propre poids. Elle n'avait qu'une envie, celle de se rendormir dans les bras de Lin, blottie dans le creux de son torse et protégée par sa chaleur. La respiration du jeune barbu dans son dos l'apaisait autant que ses caresses la charmaient. Elle se sentait protégée. Et ces mains, quelques minutes plus tôt si sévères, s'égaraient sur son corps et parvenaient encore à lui arracher quelques cambrures.


Vamp changea discrètement de position alors qu'une soif nouvelle commençait à brûler ses veines et qu'un sourire mutin étirait très légèrement le coin de ses lèvres. Elle n'avait qu'une envie, finir cette journée de travail au plus vite et se glisser nue sous les draps de Lin pour qu'il vienne s'approprier son corps et qu'il...

- J'vais t'crever, j'le jur' sur ma sœur, t'vas pas t'r'lever !

Ennuyé, le regard noir se posa un instant sur les trois gamins avant de reprendre le fil de ses pensées. Sans même se concentrer, elle pouvait encore ressentir les picotements de sa barbe dans le creux de son épaules et la chaleur de son torse qui recouvrait ses omoplates. Ce que Lin lui avait imposé ce matin la rendait encore plus gourmande. Le geste n'avait pas été qu'assouvissement, il avait été plaisir et Lin l'avait choyée avec beaucoup de délicatesse. Tout avait été excellemment sensuel et piquant.


La reprise avec le monde réel et leur responsabilité réciproque n'avait pas été chose aisée. Lin avait mis de longues minutes avant de réussir à se rhabiller. À chacun de ses mouvements en direction de ses braies ou de sa chemise, Vamp s'empressait de les subtiliser avec une rapidité de petite peste pour l'avoir nu sous ses yeux quelques secondes de plus. Et lorsque qu'un carré de tissu finissait par recouvrir la peau nue du jeune homme, elle s'empressait de venir l'embrasser langoureusement pour soulager sa frustration grandissante. Elle s'était délectée de sa bouche et de sa langue avec un délice pervers. Et puis il était vraiment trop...

- T'qu'un pouilleux, bouge encore et j't'tranche la gorge com'un porc !

Vamp grogna, irritée. Beaucoup trop de bruit pour rien. Elle s'arracha aux marches de pierre d'un mouvement souple. Les gamins se turent. Cette partie de la ville était aussi pauvre que malfamée. Les demeures étaient branlantes, insalubres et petites. Si petites que le montant de la porte que Vamp gardait effleurait de quelques pouces sa tête brune. De plus, se protégeant du froid mordant, elle était si emmitouflée dans ses tours de col et de laine noirs qu'elle ressemblait à ce peuple du désert qu'elle avait rencontré sur la route du retour des mois plus tôt. Sa haute taille et son accoutrement étaient assez inhabituels pour imposer la prudence aux trois gamins.

- Le premier qui parle, je le vends au bordel de M. Paul. Je suis persuadée que vous êtes parfaitement au courant de ce qu'on demande aux petits garçons là-bas, pas vrai ?

La réputation de M. Paul reposait sur des bases plutôt douteuses mais que ce soit vrai ou non, Vamp s'en contre-fichait. Elle n'était pas assez mauvaise pour aller au bout de sa menace mais ne se sentait pas non plus assez concernée – et patiente – pour que ce ne soit que des paroles en l'air.

- Dégagez d'ici, vous commencez à me ...

Un début de raclement de gorge l'interrompit. Si Vamp n'avait pas eu une éducation qui lui eut permis de comprendre ce son guttural, Fenrir s'était chargé de le lui enseigner il y avait bien longtemps. Vifs, ses doigts agrippèrent le visage du gamin. Sa main gantée de cuir noir se resserra sans ménagement sur la bouche collante avec une poigne qui déforma les joues sales. Elle eut la satisfaction de lire la surprise dans les yeux du gamin.

- Je te conseille d'avaler.

La voix était calme, bien plus menaçante que le plus agressif des avertissements. Un regard de défi lui répondit. Si Vamp fut franchement amusée intérieurement, elle resta implacable en apparence. Avec la plus sereine des tranquillités, ses doigts gantés pincèrent le nez sale alors que sa paume gardait sa poigne sur la bouche qui cherchait à lui cracher dessus. L'absence d'oxygène commença à distiller la panique dans les veines du gamin au bout de quelques secondes. Calme, Vamp le regarda combattre avec détachement pendant que les mains du moutard cherchaient à griffer son bras. Elle ne réitéra pas son ordre. Elle pouvait être d'une patience angélique.


Le gamin abandonna et avala. Pourtant, Vamp maintint sa prise durant de longues secondes encore. Une petite étincelle dans le regard, elle jouait comme un chat s'amuse avec une souris. Puis, sans le moindre remord, elle repoussa le gamin à quelques pas d'elle. Elle n'eut pas à se répéter, les gamins avaient déjà détaler avant qu'elle ne se soit redressée.

- Ta fibre maternelle est un vrai régal pour les yeux...

La voix était chaude, amicale et moqueuse. Vamp haussa les épaules et se retourna pour faire face à son collègue. Isaac descendit les quelques marches, un peu surpris. Il s'attendait plus à une réplique acerbe qu'à un simple mouvement d'épaule. Depuis le début de la journée, la jeune femme était particulièrement bizarre. Elle était beaucoup plus... agréable. Quelque chose avait changé.

- Ils faisaient trop de bruit. Je n'aime pas le bruit.

- Des gamins qui chahutent, les malheureux, à quoi pensent-ils, hein ?

Vamp sourit, amusée. Le jeune homme se redressa avec une pointe de fierté. Faire sourire sa collègue était une performance ardue et un concours quotidien. Mais la victoire était toujours agréable à regarder.

- Tu as l'air plus... enfin, un peu moins... hm. Quelque chose de nouveau ? Quelqu'un peut-être ?

Il s'attendait à un regard sombre d'avertissement dans les règles de l'art... mais n'eut droit qu'à un nouveau sourire énigmatique. Et c'était bien plus effrayant.


***


Vamp s'approchait de lui alors qu'il venait de s'engager dans la ruelle qui menait à la maison close. La nuit était tombée très rapidement et, comme la jeune femme l'avait pressenti, de légers flocons de neige se détachaient du ciel. La ruelle était déserte et sombre, d'un silence de tombe, les gens fuyaient le froid.


La jeune brune savait parfaitement qu'aller à la rencontre de Lin aussi près du territoire de Valentin n'était pas l'idée la plus brillante de la soirée. Mais la nuit et la matinée qu'ils avaient passé ensemble anesthésiaient toute prudence. Stupidement amoureuse, elle ne désirait qu'une chose : Lin.


Pourtant, si ses pensées dégoulinaient d'amour et de cochonneries, son visage restait lisse de tout sentiment extrême. Le barbu n'eut droit qu'à un regard un peu plus velouté que d'ordinaire. Elle ne le salua pas ni ne dit pas la moindre parole. Très droite, sa capuche dans le dos, quelques flocons s'étaient accrochés à ses mèches sombres. D'un mouvement timide, elle lui vola un minuscule bisou au coin des lèvres.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mer 22 Avr - 14:25

Il regardait nerveusement la porte d'entrée, impatient. La relève devait arriver sous peu pour le libérer de ses obligations. Il avait fait signe quelques instants plus tôt à la jeune femme derrière le comptoir des vestiaires de préparer sa veste. Il ne comptait pas s'éterniser. Dès que le seuil serait franchi dans un sens, il s'empresserait de le franchir dans l'autre.

La journée avait été beaucoup trop longue. Bien plus que ce qu'il avait imaginé quelques heures plus tôt alors que la brune reposait au creux de ses bras. Chaque entrée lui avait semblé interminable, chaque altercation à résoudre semblait prendre des heures et les passes des femmes cloitrées sous ce toit n'en finissaient pas. Il avait eu l'impression de vivre dans un monde au ralenti alors que son esprit traçait un parcours imaginaire à une allure folle.

Il fallait qu'il rejoigne Larson pour l'entretenir d'une offre qu'il avait déclinée à plusieurs reprises les années précédentes. Il n'y avait vu aucun intérêt alors qu'il était seul dans ce gouffre où l'avait envoyé le départ de Vamp. Ca ne l'aurait aidé en rien et il n'avait même pas envie d'essayer. Mais maintenant que la jeune femme était de retour, il lui semblait que ça pourrait lui servir. Il fallait donc qu'il en entretienne son compère. Rapidement s'il voulait que ça ait un quelconque intérêt.

Et rapidement aussi parce qu'il voulait retrouver Vamp. Depuis qu'ils s'étaient quittés au milieu de la matinée, Lin n'arrêtait pas de penser à elle. Il se noyait dans les réminiscences de la nuit et prenait un malin plaisir à flouer ses sens en les laissant l'envahir. Des images aux senteurs en passant par les sensations, tout revivait en lui avec une précision effrayante et une faim dévorante. Il se sentait enfin vivant. Et il n'avait pas envie de délayer ces délices trop longtemps.

La porte s'ouvrit enfin et il se rua jusqu'au comptoir pour récupérer sa veste. Celui qui venait le relever ne put entendre que quelques directives glissées à la va-vite et le bruissement étouffé d'un bras dans une manche. Le lourd battant de bois se referma sur le dos du jeune barbu et l'entrée retrouva son calme. Il ne s'était pas éternisé.


Il n'eut pas à marcher longtemps avant de distinguer la silhouette qui le troublait tant. Il aurait pu la reconnaître au milieu d'un défilé macabre ou d'un cortège d'enterrement. La démarche altière et le pas fier, il savait que cette personne n'était pas juste une personne. Il étouffa le sourire qui montait invariablement à ses lèvres lorsqu'il l'apercevait drapée dans sa dignité et se contenta de s'écarter légèrement du milieu du chemin pour ne pas être trop visible.

Le silence était accentué par la fine couche neigeuse qui commençait à recouvrir les alentours et il ne perçut la proximité de la jeune femme qu'au souffle qu'il sentait rouler sur la peau de son visage en de courtes volutes blanches. S'il s'était écouté, il se serait penché vers elle pour partager la chaleur de ses lèvres. Mais il était dangereux de s'adonner à ce genre de plaisir aussi près du repaire de leur patron. Pourtant, la jeune femme ne s'en priva qu'à peine et Lin ne put que sourire. Cette femme devait descendre du diable.

Il suivit docilement l'invitation muette que la tête inclinée de Vamp lui faisait, prenant soin de rester quelques pas en retrait dans son dos pour donner l'impression d'une simple coïncidence de parcours entre deux étrangers. Il en profita pour laisser ses yeux dériver sur la courbe du dos enveloppé de noir, le regard vif. Il appréciait à sa juste valeur le léger balancement des mèches courtes en son sommet et ce n'est qu'à regret qu'il la fit bifurquer dans le renfoncement du porche d'une maison inconnue pour lui annoncer qu'il devait aller voir l'anglais.

Encaissés dans un recoin plus sombre et protégés des badauds par un bout de mur opportun, on ne pouvait deviner leur présence que par leurs souffles. La voix basse, le jeune homme se rapprocha de Vamp pour qu'elle l'entende.


Ca s'est rafraichi, je pense qu…

Les lèvres de la brune avaient atteint sa carotide avant qu'il ne puisse expulser la fin de sa phrase qui mourut dans un léger soupir d'approbation involontaire. Il sentit ses mains se glisser sous les pans de l'épaisse veste qu'il n'avait pas refermée sur son torse en sortant du bordel et converger dans son dos en une lente caresse qui lui arracha un tressaillement incontrôlé. Il se força à déglutir pour ne pas se laisser envahir par ce qui naissait en lui à ces délicieux contacts.

… qu'on devrait passer la nuit tous les deux, pour se tenir chaud.

Il n'avait pas pu réfréner ses mots alors que la bouche de la jeune femme s'étaient appropriées le lobe de son oreille. Elle était beaucoup trop tentante. Il mena une main aux mèches de jais, y glissant ses doigts pour y prendre assise et éloigna doucement le visage immaculé de son amante pour essayer de garder la tête froide alors que son ventre s'éveillait sous ses attentions.

Mais pas tout de suite, faut que je…

S'il avait réussi à tenir sa bouche loin de sa peau, ses mains n'avaient pas les entraves nécessaires et loin d'abdiquer, elles redoublaient de présence contre son torse et son dos, allant jusqu'à écarter le tissu qui les recouvrait pour mieux électriser sa peau. Il porta son regard sur celui de la jeune femme, se voulant réprobateur alors que ses pupilles élargies par bien autre chose que l'obscurité trahissaient son état.

Vamp, s'il te plaît. Pas maintenant, pas là, je dois vraim…

Il en était désormais sûr, elle était démoniaque. Loin de se laisser convaincre, elle s'était détachée du mur contre lequel il l'avait poussée pour les mettre à l'abri et venait de se couler contre lui avec une sensualité féline qui lui mordit les sens. Elle s'était dégagée de son emprise avec agilité et sa bouche avait repris ses droits sur l'angle de ses clavicules. Elle voulait qu'il flanche. C'était doux, charmant et terriblement tentant.

L'espace d'un instant, il oublia ses velléités de départ. Après tout, rien ne l'empêchait de succomber au charme de son amante, de lui rendre la monnaie de sa pièce et de l'alanguir comme elle était en train de lui faire perdre toute résistance. Petit à petit, lentement mais assurément. Son visage s'inclina vers le sien à mesure que son esprit flanchait et il était à deux doigts de s'emparer de sa bouche quand sa raison se rappela à lui.

Il se redressa brusquement alors que son souffle quittait ses lèvres. D'un pas en arrière, il réussit à se soustraire à l'emprise charismatique de la brune et profita du répit gagné pour asseoir les choses.


Larson ! Faut que je voie Larson. Maintenant. C'est nécessaire. Il m'attend.

Il profita du léger trouble qu'il sentit flotter dans l'air à cette déclaration pour reboutonner entièrement sa veste et protéger son cou de l'épais col en laine qui coiffait le vêtement. S'il devait partir, il sentait qu'il devait le faire maintenant. Sans ça, il retomberait dans les attrayants filets de Vamp et n'en sortirait pas avant le lendemain matin. Et encore à grand-peine.

Il se pencha à peine pour embrasser son front et lui souffla qu'il la rejoindrait plus tard avant de tourner les talons, enfonçant ses mains dans ses poches. Il le savait, l'entrevue avec son compère allait être fortement écourtée.

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Vamp

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mer 22 Avr - 16:21

C'était un délice. La peau de Lin sous sa langue l'assoiffait plus qu'elle ne l'a satisfit. Le froid de la nuit n'avait pas encore chassé la chaleur que les membres du jeune homme avaient hérité du cocon qu'était le bordel. Son barbu était là, dans l'obscurité, tout tiède sous sa bouche et terriblement désirable. Son corps se moula instinctivement au sien. Dieu qu'elle aimait son odeur...

Si Vamp était parvenue à rester droite et impassible alors qu'il s'approchait lentement d'elle à sa sortie de la maison close, l'avoir ici sous le froid et dans l'ombre chatouillait son imagination. Les sensations de la matinée passée se frayèrent un chemin dans le creux de son ventre, ravivant des désirs nouveaux et endormant toute bienséance. Lieu plus ou moins fréquenté qu'importe, elle le voulait.

Ses dents taquinèrent le lobe de son oreille alors qu'elle tendait son corps de quelques centimètres pour réussir à atteindre la chair tendre. Si Vamp entendait les paroles de son amant, elle ne les écouta pas. D'abord, parce qu'il ne pouvait pas être sérieux. Il cherchait juste à gagner du temps pour reprendre le dessus et elle attendait impatiemment qu'il la repousse enfin contre le mur de cette maisonnée. Ensuite, parce qu'elle avait bien trop soif du plaisir qu'il avait fait naître en elle ce matin là pour abandonner l'affaire à la première protestation. Vamp ne voulait pas l'entendre, à moins qu'il ne s'agisse de sons inarticulés par le plaisir.

Luxurieuse, elle resserra ses hanches contre la taille du barbu. Il se pencha vers elle. Vamp sourit, la bête dans le creux de son ventre commençait déjà à ronronner. Puis plus rien.

Non seulement il venait de s'écarter d'elle comme si son corps portait les marques de la lèpre, mais il venait d'écrier un nom. Un nom qui n'était pas le sien, mais qui n'était pas non plus le nom d'une autre femme. Le visage de Vamp se figea, non pas de fureur mais d'un mélange douteux de surprise et d'incrédulité. Un pli sceptique se glissa entre ses sourcils noirs. Cinq phrases et ce stupide Anglais présent dans trois d'entre elles. Non, il n'y avait pas d'erreur.

Et pire encore, il se tirait comme ça, après un bisou à la va-vite, persuadé qu'elle allait accepter sa consigne sans sourciller... Il passait trop de temps avec les filles dont on paie présence et comportement.

Dangereusement calme, Vamp se redressa, l'orgueil piqué. Il la renvoyait de ses pensées pour Larson. Il lui refusait son corps. Il lui contestait son temps. Et il la traitait comme une brave petite femme aimante qui fait la popote en attendant sagement le retour de son homme. Or Vamp ne passait après personne. Surtout pas après un bâtard.

- Lin.

Le prénom s'était élevé entre eux, dans le froid de la nuit, juste avant que le barbu ne disparaisse. Il avait surgi des lèvres pâles sans agressivité, sans un fond de menace. Ce n'était pas un ordre mais ce n'était pas non plus une demande. Il n'y avait ni interrogation ni prière dans la tonalité de ce simple mot.

- Je crois que je n'ai pas très bien compris... Tu me laisses là pour aller rejoindre ce... cet... Hm. Ton ami ?

- Je te laisse là mais je te rejoins chez toi.

La colonne vertébrale de Vamp se tendit, raidissant les muscles de ses omoplates. Très lentement, un sourcil noir s'arqua. Ses bras élancés retombèrent le long de son corps qui sembla s'amincir plus encore.

- Oh. Je vois. Et tu es sincèrement persuadé que je vais t'attendre sagement à la maison ?

- Pas sagement, j'espère.

La tentative se brisa comme une flaque d'eau glacée sous le sabot ferré d'un étalon. Pas un sourire mutin, pas la moindre étincelle n'apparut dans les yeux sombres de la jeune femme. Elle n'était même plus sûre d'avoir envie de lui cette nuit. L'intrusion de l'Anglais venait de geler son désir.


- Vraiment ? Je te rappelle que ce type a marchandé mon corps contre la sécurité des miens. Et toi, tu cours à sa rencontre en attendant que MOI, j'attende ton retour... ?



- Je te rappelle que ce type a sauvé mon corps quand tu t'es barrée. T'es pas obligée d'attendre mon retour.

Le coup l'a fit ciller. Ce fut tellement brut que lorsqu'elle reprit le dessus sur elle-même, Lin n'était plus là. Les yeux voilés, elle s'adossa au mur froid, légèrement arc-boutée pour que ses paumes s'appuient contre ses cuisses. Une légère douleur à la poitrine rendait chaque battement de cœur pesant et lourd. Vamp resta immobile de longues minutes, assez inerte pour que les flocons commencent à recouvrir ses épaules. Puis, d'un geste machinal, elle s'arracha à la pierre en ramenant son épaisse capuche sur son front, s'enfonçant dans l'obscurité du tissu, et quitta l'endroit.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Jeu 23 Avr - 12:46

Ou pas du tout. L'agacement qu'il avait perçu dans le ton de Vamp à l'idée qu'il puisse faire passer Larson avant elle avait refroidi le barbu plus assurément que la neige qui se frayait un chemin entre ses mèches. Il n'aimait pas la façon qu'elle avait de le mépriser. Il n'aimait pas la façon qu'elle avait de considérer qu'il ne valait rien ou assurément moins qu'elle. Il n'aimait pas qu'elle remette en cause la puissance du lien qui les unissait après ces années d'enfer qu'il aurait dû traverser seul si cet anglais n'avait pas été présent. Ses mâchoires s'enclenchèrent, tendant les muscles sous la peau de ses joues. Non, il n'aimait pas ça.

Le pas rageur, il reprit son chemin entre les maisons biscornues sans se préoccuper de la neige qui mouillait petit à petit ses vêtements. Ses mains, enfoncées en fond de ses poches, se contractaient par intermittences alors qu'il serrait les poings dans des pensées erratiques. Elle n'avait pas le droit de mépriser celui qui l'avait maintenu en vie alors qu'il n'avait plus l'envie de rester. Elle n'avait aucune légitimité à demander à passer avant lui alors qu'elle était seule responsable de son entrée dans sa vie. Eh quoi ? Si elle n'était pas partie, il n'aurait jamais eu à le rencontrer. Il n'aurait jamais pris d'importance, elle n'aurait jamais eu à subir sa concurrence.

Il étouffa un juron alors que son pied heurtait une pancarte boisée d'un établissement de restauration. Il n'y avait pas lieu même qu'elle considère une quelconque concurrence. C'était Larson, pas une rousse au déhanché splendide. Elle n'avait pas à se plaindre de lui. Il s'enfonça dans un méandre un peu plus profond dans le bas-quartier de la ville, les muscles convulsifs sous les afflux nerveux qui les traversaient aléatoirement. De charmé à tendu, il ne lui avait fallu que quelques minutes. Un terrain aussi sensible que celui-ci n'était pas abordable aussi facilement et il était évident que Lin s'était fermé à tout dialogue sur la question.

Un peu plus en contrebas, il ouvrit une porte à la volée et s'engouffra dans la pièce bruyante. Il laissa le battant claquer dans son dos et se dirigea sans la moindre hésitation jusqu'au comptoir.


File-moi un truc qui me nettoie la cervelle.

Le garçon de service ne broncha pas et lui servit une rasade d'alcool de poire, comme il savait qu'il venait en consommer régulièrement ici, auparavant. Ca faisait un moment qu'il ne l'avait pas vu mais comme tous les badauds du coin, il connaissait son visage. Et ses habitudes alcooliques. Le verre vide claqua sur le comptoir avant qu'un regard réprobateur de l'homme ne lui fasse baisser les yeux. Il n'aimait pas qu'on le dévisage. Ca aussi, il le savait.

Un peu calmé par la brûlure du liquide le long de son oesophage, Lin prit le temps de s'accouder à la large planche de bois. Il courba l'échine, enfonçant ses doigts dans ses cheveux pour essayer de calmer le tourbillon qui se créait à nouveau sous son crâne. Il n'aimait pas ça. Il ne l'avait plus senti depuis quelques semaines. La présence de la brune le calmait paradoxalement et il n'avait plus été en proie à ces bourrasques mentales depuis un moment. L'idée d'y être à nouveau soumis l'agaça. Evidemment.

Il s'ébouriffa les cheveux avec force, comme pour essayer d'en extraire toutes ces pensées qui tournaient à n'en plus finir. Si l'irritation des paroles de Vamp se heurtait encore aux carreaux de sa conscience, d'autres songes lui faisaient concurrence. La lucidité propre à l'alcool débroussaillait quelques zones qu'il n'avait pas regardées et il dut froncer les sourcils alors qu'une phrase gonflait dans sa tête, s'élevait au-dessus des autres et vint s'abattre contre sa conscience. Ce type a marchandé mon corps. Lin grogna. Larson, marchander le corps de la brune ? Il secoua la tête. Il n'aurait pas osé faire ça. Ce type a marchandé mon corps. Il se frotta le crâne avec plus d'insistance. Quel enfoiré.

Il sauta à bas du haut tabouret qui le maintenait à hauteur du comptoir et sortit de l'établissement en trombe. Il accueillit la bourrasque d'air frais qui lui fouetta le visage avec soulagement. Elle arrivait à point nommé. Il inspira à pleins poumons, jusqu'à sentir l'effet combiné de l'alcool sur sa cervelle. Un pas de côté pour reprendre son équilibre et il se sentait plus lucide que jamais. Il s'ébroua pour ancrer cette sensation et acheva son trajet quelques rues plus loin, dans une masure à l'aspect presque net où quelques bougies éclairaient les présents.


Tout le monde dégage, le bâtard et moi avons deux trois choses à nous dire.

Il pointait la porte d'un doigt impérieux. Geste inutile s'il en était. Les hommes présents n'avaient pas besoin qu'on leur montre le chemin. En quelques secondes, ils avaient quitté les lieux pour retourner à leurs activités et Lin se retrouvait face à Larson, appuyé contre le mur opposé, une ficelle entre les mains. Le regard railleur de son acolyte glissa sur lui sans prise et le barbu croisa les bras, silencieux.

T'as les bourses qui t'démangent ?

C'était tout à la fois amical et moqueur. L'entrée tonitruante de son compère avait amusé le bâtard et il prenait ça comme une tentative d'autorité qui, si elle avait fonctionné sur les autres, n'avait pas le moindre effet sur lui. Le ton beaucoup plus froid de Lin l'assura qu'il n'était pas en position de se la jouer caïd.

Je me demande plutôt si les tiennes n'ont pas migré jusqu'à ton crâne.

Il s'avança jusqu'à lui pour empoigner le col de sa chemise sans douceur. Son regard s'était durci et bien que sa voix ne contenait pas de menace directe, elle était suffisamment ferme pour que l'anglais comprenne que le reproche était soutenu.

Depuis quand tu te permets ces familiarités avec les gens dont je t'ordonne de te tenir à distance ?

Il l'épingla sèchement contre le mur, le tissu de sa chemise étiré par sa poigne.

Si j'apprends que tu recommences, je te les couds en bandoulière.

Il le relâcha aussi promptement qu'il l'avait attrapé et tourna les talons pour aller se servir un verre dans le meuble à côté de la porte d'entrée. Dans son dos, la voix de son acolyte était renfrognée.

Fait chier celle-là… La petite pucelle, j'te jure… Peut pas s'démerder seule ? L'a forcément b'soin qu'tu la gères ? M'a bien chopé par là, c'te gueuse. Elle sait c'que c'est…

Un mince sourire se dessina à l'angle de la bouche du jeune homme malgré lui, invisible à son compère. Cet imbécile avait visiblement tâté l'intransigeance de Vamp quant aux contacts qui atteignaient sa personne. Et l'idée qu'elle l'ait empoigné par là lui plaisait bien. Il avait eu son compte ainsi, il n'aurait pas besoin d'y revenir. Il prit soin d'effacer toute trace de sourire sur son visage avant de se retourner, son verre entre les mains.

Fais simple. Ne l'approche pas. Tu vas bien devoir te faire pardonner de tes conneries et j'ai déjà la solution. Ma bonté me perdra.

Il lui balança un sourire narquois en prenant une gorgée du breuvage brun qui tournait au fond de son verre.

Tu te souviens de ces bestioles énormes dont tu me parlais, au coeur de ton pays ? Celles qu'ils faisaient venir d'Irlande.

Le bâtard haussa les sourcils, surpris. Il avait dû lui proposer au moins cent fois de lui en refiler une. Pour sa sécurité et l'affection qu'il ne recevait de nulle part. Qu'il refusait de recevoir. Il s'était dit qu'un animal, ça serait parfait. Et l'autre imbécile refusait systématiquement. Et là, il en faisait la demande. Suspicieux, les yeux de l'anglais se plissèrent.

- Qu'est-c'tu veux en faire ? J'fais plus d'import d'puis un moment.

- Eh bien tu vas recommencer. Pour une. Prends un mâle. Ca se dresse bien, non ?

- Mouais. M'enfin, ça t'f'ra pas un molosse.

- C'est pas le but. Ramène-moi en un, c'est tout.

Un haussement d'épaules lui répondit. Il n'était pas dupe. Cet abruti s'était entiché de cette asperge blanche, il n'avait pas besoin de l'affection d'une bête. C'était sans doute une lubie de l'autre pucelle. Pour quand ce grand con travaillait trop tard et qu'elle se sentait seule, peut-être.

J'te f'rai ça. Profite d'être là pour m'raconter comment ça avance. C'fait un moment qu'tu m'as pas fait le topo…

Un grognement de désapprobation s'éleva de la poitrine de Lin. Il ne voulait pas rester là. Il voulait rejoindre la jeune femme. Mais son acolyte avait raison, il avait évincé plusieurs entrevues qu'ils auraient dû avoir auparavant. Dans un soupir agacé, il consentit à le mettre à la page. Ce n'est qu'une heure plus tard qu'il sortit de la petite masure, enfonçant ses mains dans ses poches pour refaire le trajet dans l'autre sens.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Ven 24 Avr - 12:16

Les flocons blancs s'écartaient sur son passage. Elle chamboulait leur chute, certains s'agrippant au tissu épais de son manteau, d'autres s'envolant plus loin encore. Personne ne l'approcha. Personne ne s'approche jamais des longues silhouettes encapuchonnées. Elle s'accrocha à cette ombre, s'y emmitoufla et s'y blottit, rassurée par la barrière qu'offrait le tissu entre le monde et elle. Elle était seule.

Ses mains gantées étaient enfoncées dans la chaleur de ses poches. Le talon des bottes noires tapait contre le sol froid, régulier et lent, répondant aux battements de son cœur toujours douloureux. Une douleur qui la rendait nauséeuse. Pourtant sa démarche, bien que lente, était assurée, d'une assurance qui n'était qu'un automatisme et qui n'avait rien à voir avec une quelconque détermination.

Le froid avait chassé les habitants des rues, elle ne croisa que le veilleur qui se garda bien de lui poser la moindre question. Elle passa de ruelle en ruelle sans un regard pour ce qui pouvait l'entourer. Son corps anesthésié ne réagissait pas à l'atmosphère glacée qui endormait la ville. Ses pas l'amenèrent à l'écurie sans même consulter sa raison. Pas auprès de son oncle et de sa nièce où elle aurait logiquement dû trouver chaleur et amour. Ni auprès de Fenrir qui était arrivé il y avait quelques jours de cela. La destination était claire, la jeune femme ne voulait croiser aucun regard humain ni ne voulait entendre la moindre parole. Elle en avait assez entendu pour cette nuit.

La porte des écuries grinça, une demi seconde avant que l'odeur caractéristique des chevaux ne l'enveloppe. Elle n'y trouva aucun réconfort. Une lampe solitaire brûlait, à bonne hauteur du foin et des animaux, tapissant les murs d'ombre mais aussi de chaleur. Quelques têtes curieuses se tournèrent dans sa direction alors qu'elle s'engagea entre les box avant de se glisser dans celle de Goliath. L'étalon la salua d'un mouvement d'oreille. Autant dire une magnifique déclaration d'amour.

Vamp déboutonna son manteau, l'accrochant à l'une des poutres, avant de remonter les manches de sa chemise au-dessus de ses coudes blafards. Elle en défit les premiers boutons pour libérer son cou pendant que des flocons égarés dans ses mèches sombres se fanaient. Puis elle étrilla l'imposante bête.

Le geste fut le même pendant une longue demi-heure. Mouvement identique, posture identique. Vamp était droite, macabre dans le halo du lumière. Le noir de ses bottes et de ses braies tranchait avec une chemise blanche à demi entrouverte sur un buste plus blanc encore. Les manches bouffantes remontées ne dévoilaient que des bras tout aussi maladifs et fins. Parfaitement perpendiculaire au sol, elle se soulevait très légèrement sur la pointe des pieds pour parvenir à la croupe large de sa monture. La jeune brune se concentrait tour à tour sur le bruit du frottement de la brosse sur la robe sombre et sur la douleur qui commençait à lancer son bras. Mais se focaliser sur ses sens ne suffisait pas à chasser la scène de son esprit.

Larson avait pris sa place. Trois ans en arrière, jamais Lin ne lui aurait parlé aussi brusquement. Et le seul et unique coupable, c'était elle.

Elle l'avait abandonné. Vamp ne se l'était jamais pardonné et le sujet restait sensible, encore aujourd'hui. Elle se sentait impuissante, jamais elle ne parviendrait à réparer cette rupture entre eux. Les paroles du barbu l'avait blessée tout autant que ce qu'elles sous-entendaient. Elle avait perdu sa place dans la vie de Lin, pensait l'avoir retrouvée mais se trompait. Non seulement elle n'avait rien retrouvé mais elle avait été rétrogradée. Elle se demanda un instant quel serait le choix de Lin s'il devait sauver le bâtard ou elle-même des griffes de Valentin. Mais Vamp se doutait déjà de la réponse. On hésite à aider une personne qui vous a trahi une fois, pas celle qui vous a sauvé.

Les faits étaient là. Lin devait sa vie à Larson. Vamp devait la vie de Lin à Larson. Le jeune homme n'avait pas besoin d'elle pour veiller sur lui, l'Anglais s'en chargeait très bien. Bien mieux qu'elle. La douleur sourde qui battait dans sa poitrine se resserra autour de son sternum. Elle ne méritait pas Lin.

Un coup de queue impatient cingla sa joue. Goliath n'était pas dupe. Et il était fatigué.





Vamp montait l'escalier de bois qui menait à sa mansarde. Elle avait décidé d'y passer la nuit, non pas parce qu'elle attendait encore la visite du jeune homme mais parce qu'elle avait besoin de se retrouver dans le creux réconfortant d'un matelas. Elle étira précautionneusement son épaule endolorie d'un geste machinal, comme toutes les autres actions qu'elle avait pu faire cette nuit. La porte s'ouvrir sur sa chambre vierge de toute source lumineuse, obscurité qui lui arracha un frisson humide. Elle ne referma la porte qu'une fois la chandelle allumée.

L'absence de Lin gangrenait sa poitrine et y distillait une pointe d'amertume. Au moins lui était-elle encore utile sous les draps.

Bottes, manteau et braies finirent au pied du lit, à même le sol en une boule noire alors que ses jambes hâves se glissaient sous l'épaisseur de la couette. Vamp s'allongea sur le côté, inconsciemment recroquevillée sur elle-même, comme elle l'était toujours à l'heure du couché. Elle était physiquement et nerveusement épuisée. Si son esprit se torturait encore en se répétant inlassablement l'intonation de la voix du barbu, son corps se détendit dans la douceur des draps. Une longue demi-heure plus tard, sa respiration rythmait son sommeil.

***

Il y avait quelqu'un dans la chambre. Vamp rouvrit les yeux. Obscurité totale. La chandelle venait tout juste de mourir, la fine fumée qui ondulait vers le plafond en témoignait. La jeune brune cligna des paupières le temps de s'habituer à l'absence de lumière. Il y avait quelqu'un dans la chambre. Quelqu'un près d'elle.

- Ma toute petite... Tu ne pensais tout de même pas que je n'allais jamais te retrouver... ?

L'effet fut instantané. Le froid de la peur enfonça ses ongles dans la nuque blanche de Vamp. Elle empêtra ses longues jambes dans les draps dans la précipitation et faillit tomber à terre. La silhouette s'approcha d'elle.

- Le royaume de France, vraiment ? Tu n'as pas trouvé mieux pour me fuir et te cacher ?

Un amusement qu'elle reconnaîtrait entre tous. La jeune brune se redressa pour faire face, ses cuisses déjà agitées de tremblement nerveux. La silhouette était plus petite qu'elle d'une tête. La gorge de Vamp était d'une sécheresse de sable. Ses yeux n'avaient jamais été aussi écarquillés par l'incompréhension et la peur.

- Je ne suis pas une femme qui fuit.

- Vraiment ? Ton beau barbu peut en témoigner ? J'ai la sensation qu'il serait plus de mon avis... Après tout, tu l'as abandonné, non ? Je suis d'avis qu'on va s'entendre à la perfection lui et moi.

Lin ? Comment est-ce que... ? Vamp tourna la tête en direction du lit. La forme du corps de son homme était parfaitement devinable à son côté et les draps étaient encore chauds. Elle pâlit, une demi-seconde avant que la panique ne l'électrise.

- Si jamais vous... Je...

- Tu quoi ? Me tues ? Tu as déjà essayé et tu n'as pas réussi. Un échec de plus. L'homme à barbe n'a pas besoin de toi. Sauf peut-être pour être sa putain. Mais là encore, j'ai des doutes sur tes capacités.

- Qu'est ce que... où est-il ? Où est Lin ?

Vamp regarda autour d'elle sans poser son regard sur quelque chose de précis. Des larmes de peur commençaient à brouiller sa vue. Tout était flou, seule cette voix était d'une netteté bien réelle. Il fallait qu'elle retrouve Lin, il fallait qu'elle le protège.

- Je suis venue te chercher Vamp. Il est temps de rentrer à la maison.

- Je ne rentre p... je ne... JE NE VAIS NULLE PART SANS LIN ! Je veux savoir où il est !

Ce n'était ni ordre ni menace. Elle criait de panique et l'intonation de sa voix révélait plus de la supplication que de l'intimidation. La voix soupira.

- Et voilà, tu n'as pas changé. Tu n'écoutes jamais rien. Tends l'oreille, tu sauras.

Vamp se tut. Il y avait bien un son. Une respiration saccadée, haletante. Puis un murmure qui venait de la rue.

Elle ne se retourna pas. Ses pieds nus dévalèrent les escaliers et elle se retrouva en plein milieu de la rue, sous la nuit noire. Tout était silencieux, beaucoup trop silencieux. Il n'y avait pas un son, pas un aboiement, pas un craquement. Tout était désert, pas le moindre oiseau nocturne dans le ciel ou chat noctambule chassant dans les rues. La jeune femme regarda autour d'elle. Les rues. Elle n'en reconnaissait aucune.

Un cri de douleur raisonna dans l'ébène de la nuit. La voix de Lin. La douleur de Lin.

Vamp couru. À l'aveuglette, s'orientant aux hurlements qui déchiraient ses propres entrailles. On le torturait. Ces rues étaient un véritable labyrinthe. À mesure qu'elle se rapprochait, son souffle se faisait plus court, ses forces s'amoindrissaient et les ruelles semblaient s'étrécir sur son passage. Pire, plus elle avançait, plus la voix du jeune homme lui semblait à bout de force.

Elle se sentit impuissante. Elle n'aurait jamais dû revenir, elle l'avait mis en danger et était à présent incapable de le sauver. Elle avait tué Lin.

Ses longs cheveux lui tombaient devant les yeux, l'aveuglant et se collant à son front blême et moite de sueur. Son bras heurta violemment un pan de mur acéré qui lui arracha un lambeau de peau. Elle ne s'arrêta pas. Ses jambes étaient lourdes et elle se sentait ralentir malgré tout ses efforts. C'est au coin d'une énième rue qu'elle vit le corps, pendu à l'enseigne d'une échoppe.

Ce n'était pas le corps de Lin qui se balançait au rythme régulier des aléas d'une brise que Vamp ne sentait pas. C'était le corps de Chanda, retenu par une corde nouée autour du cou. Sa patte s'agitait encore de réflexes nerveux.

La jeune femme hurla.





Vamp hurla. On posait des mains sur elle, on l'appelait et on la secouait. Elle rouvrit les yeux alors que ses paumes sans force repoussaient le visage penché sur elle. La mansarde était éclairée par la chandelle qu'elle avait allumée plus tôt. Elle était trempée. Le matelas dans son dos était humide de sueur et la couette était tombée au sol pendant qu'elle s'était débattue dans son sommeil.

Elle réussit à se soustraire aux mains de l'homme qui tentait de la maîtriser et s'éloigna de quelques pas du lit, perdue. Elle était poisseuse, le tissu de sa chemise collant aussi bien son dos que son buste. Ses yeux reconnurent Lin mais le reconnaître ne changea rien. Le bras tendu vers lui pour le dissuader d'avancer, légèrement courbée, le thorax de Vamp était agité de hoquets violents. Elle retenait des sanglots qui n'avaient pas de larmes. Sa respiration ne passait qu'avec peine.

- Tu... Je ne veux pas... Tu as dit... Fallait pas t'attendre... Moi, j-je t'ai pas a-a-attendu... Tu d-dois pas... être là. L-Larson. Et p-p-puis...

Une quinte de toux sèche déchira son buste, calmant paradoxalement ses hoquets. Épuisée, son corps s'appuya de lui même contre la poutre centrale. Lentement, elle se laissa glisser au sol, appuyée contre le bois brut. Les genoux ramenés contre sa poitrine qu'elle enlaça de ses bras brûlants, elle y cacha son visage, sa peur et sa honte, les épaules encore secouées par quelques hoquets orphelins.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Mer 29 Avr - 15:32

La neige n'avait pas cessé de tomber pendant l'entretien des deux hommes. Un fin manteau blanc recouvrait les pavés sous les pieds de Lin, étouffant chacun de ses pas dans un crissement caractéristique. Son souffle était trahi par les volutes qu'il laissait remonter jusqu'au ciel d'encre et ses mains s'étaient tapies au fond de ses poches pour ne pas avoir à subir la morsure du froid environnant. La nuit était désormais bien là et le jeune homme remontait les rues en sens inverse pour retourner aux côtés de Vamp.

Il n'y avait plus la moindre trace d'amertume envers elle en travers de sa gorge. Avoir discuté avec Larson l'avait aidé à calmer ses accès sanguins et il se sentait plus lucide alors qu'il traversait la ville. Il avait accordé du temps à celui qui lui avait sauvé la mise les années précédentes, l'avait mis au courant de l'avancé de leur travail conjoint et il s'en sentait étrangement satisfait. La jeune brune était revenue mais les socles qui avaient été siens durant son absence n'en avaient pas été impactés. Il lui semblait possible de les concilier et il se trouvait allégé par un tel constat. Aussi grimpa-t-il les marches qui menaient à la mansarde de Vamp avec un calme presque guilleret.

Le bruit étouffé qui lui parvint à travers le battant de bois l'obligea pourtant à retrouver la tension qui ne le quittait plus depuis quelques années. De ce dont il se souvenait, il était le seul à avoir accès à cet endroit. Il n'y avait pas plus de clés que les deux qu'ils avaient l'un et l'autre. Et des paroles mêmes de la brune, elle ne comptait pas faire de cette mansarde un lieu de rassemblement. Encore moins au milieu de la nuit. Il fronça les sourcils, déstabilisé. Ce bruit n'était pas normal.

Il vérifia d'un mouvement que ses étoiles de jet étaient bien présentes au fond de ses poches avant d'entrouvrir à peine la porte. Si la jeune femme était aux prises avec un assaillant, il pourrait aisément prendre part à l'échauffourée, la pièce étant trop exiguë pour que quinconce en sorte sans qu'il ne l'intercepte. Le regard du barbu balaya la pièce avec professionnalisme. Il repéra la chandelle allumée, la masse sous les draps et l'absence de tierce personne. Le pli sur son front se creusa. Il n'y avait personne d'autre qu'elle.

Il s'avança dans la pièce sans plus de précautions et s'approcha du lit. Vamp était agitée et marmonnait une litanie de mots dans une langue inconnue, visiblement en proie à un sommeil agité. Lin déglutit, l'image lui rappelant quelques souvenirs. Elle faisait souvent des cauchemars, au début de leur relation. S'ils s'étaient atténués avec le temps, il se souvenait parfaitement avoir eu à gérer certaines crises qui avaient pris plus d'ampleur que ce qu'il aurait voulu. Et ce qui se déroulait sous ses yeux ne le rassurait pas sur la suite des évènements.

Sans plus hésiter, il s'assit sur le bord du lit, une jambe repliée pour se tourner vers la forme sous les draps.


Vamp… Là, réveille-toi, c'est rien.

Il venait de poser sa main sur son épaule mais le corps blanc ne réagit pas. Elle était brûlante et une fine pellicule de sueur commençait à agglomérer le tissu contre la peau immaculée. D'un mouvement un peu plus ferme, il la secoua à l'épaule.

Vamp. Réveille-toi.

Seule une plainte plus prononcée s'éleva dans l'air nocturne. Le cauchemar devenait plus intense et Lin sentait les jambes qui s'agitaient, empêtrées dans les draps. C'était mauvais signe. Il allait l'emprisonner pour ne pas qu'elle se blesse lorsqu'il reçut un coup de coude malencontreux alors qu'elle se retournait brusquement. Dans un grognement, il se redressa.

Et merde…

En quelques secondes, l'état de la jeune femme se dégrada. Elle parlait avec une force viscérale, se tournait et se retournait dans une agitation presque violente, se battant contre des démons imaginaires. Inquiet, Lin essuya machinalement la légère coupure à sa lèvre et se précipita de nouveau vers la jeune femme. Il fallait qu'il la réveille. Il connaissait ces symptômes-là, il ne voulait pas qu'elle subisse de tels assauts de son inconscient.

Paumes tendues au-devant, il agrippa les épaules bouillantes de la jeune femme et entreprit de la secouer avec force. Qu'elle ouvre les yeux. La douceur viendrait plus tard.

Vamp ! Ouvre les yeux ! Allez ! VAMP !

Il sentit frémir les paupières et les deux puits noirs qui le troublaient tant s'ouvrirent brusquement alors qu'il hurlait son nom. Pourtant, il n'était pas rassuré. Elle avait crié le sien bien avant. Il n'eut pas le temps d'émettre le moindre son qu'elle avait déjà filé hors de ses doigts. Tremblante comme un animal sauvage, elle s'était éloignée avec une vélocité angoissante. Elle n'était pas totalement revenue de son cauchemar. La peur se lisait clairement sur ses traits. Et s'entendait dans ses balbutiements.

C'est rien.

Il s'était immobilisé en la voyant tendre une main protectrice devant elle, appuyée là-bas contre la poutre centrale. Elle ne voulait pas qu'il approche. Il resta figé un long moment, seuls ses yeux vifs l'enveloppant pour être sûr qu'elle n'était pas en danger direct. Le ton de sa voix était mesuré, calme et presque bas.

Là, ne t'en fais pas, c'est fini. Y'a pas d'attente, tu vois ?

Il pivota lentement sur le matelas pour s'orienter face à elle. Le moindre de ses mouvements était retenu, précis. Ne pas l'affoler. Il glissa jusqu'au bord du lit, du côté où elle s'était échappée pour rejoindre la bois central, posant ses pieds au sol avec douceur.

Je suis revenu. Larson n'est pas là. Tu n'as pas attendu. Tu as dormi.

Il parlait pour ne rien dire. Simplement pour statuer sur les choses, briser le silence angoissant qui ne portait que les respirations saccadées de la jeune femme et envahir l'espace pour la ramener à la réalité. Déchirer le mauvais rêve.

Lentement, alors qu'il continuait de déblatérer dans le vide, il se laissa glisser à bas du lit pour s'asseoir directement au sol en face d'elle, le dos appuyé contre le bord du matelas. Il balayait le champ devant lui du regard sans s'attarder sur elle ni sans jamais oublier de lui adresser un regard bienveillant. Simplement être là. Sans l'étouffer.

… au fond de mes poches, pour pas avoir froid. C'est la neige, ça. C'est joli quand même. Et silencieux. T'aurais aimé, ce silence. Un vrai cocon. Presque chaud du coup. C'est la neige, ça. Elle fait bien les deux.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Ven 1 Mai - 13:14

La peau moite de son front collait son avant-bras brûlant pendant que les battements de son cœur tapaient violemment dans sa poitrine. Si les sanglots secs s'étaient taris, quelques hoquets nerveux passaient encore à travers le nœud de la gorge blanche. Le visage caché aux yeux de barbu, Vamp gardait les siens bien ouverts plantés entre les lattes de bois du parquet.

Chaque retour à la réalité après l'un de ces cauchemars se ressemblait. Si les rêves de la jeune femme se caractérisaient par un réalisme qui parvenait à faire naître la terreur en elle, le contrecoup était plus violent encore. Il exacerbait ses sens dans le moindre détail jusqu'à la nausée. Mais cette fois là fut pire que toutes les autres. Cette fois là, Lin était témoin.

La peur, la colère et la honte. Toutes se succédèrent et s'entrechoquèrent. Le barbu n'aurait jamais dû être là. Il lui avait bien dit de ne pas l'attendre, il avait suffisamment articulé et son regard avait été assez explicite lorsqu'il l'avait reléguée froidement à Larson. Il la voyait dans un état déplorable, comme un animal apeuré. Comment aurait-il encore envie d'être près d'elle après un tel spectacle ? Pas étonnant que Larson eut la primauté sur elle.

Elle déglutit, coutumière de la douleur contre sa gorge que lui avaient arrachée les hoquets furieux de panique. Diadia aurait prescrit deux grands verres de lait chaud miellés.

C'était pitoyablement humiliant. Elle avait complètement perdu tout contrôle, toute droiture, pour se transformer en une chose tremblante et fiévreuse. Une simple voix du passé avait le pouvoir de la mettre dans un état pareil.

Lin parlait. Lin avait toujours été plus bavard qu'elle, toujours.

Vamp plissa légèrement le front. Entendre la voix du jeune homme, se concentrer sur ce qu'il lui disait, l'écartait des images qui nouaient son ventre. Ce n'était pas le Lin qui l'avait éconduit pour retrouver Larson cette nuit. C'était le Lin de la cabane perdue dans les bois. Le Lin du fauteuil rembourré face à la cheminée qui venait lui chatouiller le cou avec sa barbe.

Les tremblements nerveux qui agitaient ses cuisses s'espacèrent avant de se calmer totalement. Ce n'était pas tant son histoire de neige que sa voix qui l'apaisait. Les images macabres se floutèrent dans son esprit avant de disparaître. Il n'y avait qu'eux dans cette pièce. Aucune intrusion, aucune personne étrangère, aucun Valentin, aucun Larson. Juste Lin et elle. Ses lèvres se fermèrent alors que ses inspirations se calmaient définitivement. Et Lin ne laisserait entrer personne dans cette pièce.

La sueur sur sa peau commençait déjà à sécher en enveloppant sa nuque d'un froid désagréable. La peau de son dos se hérissa d'une chair de poule frileuse. Pourtant, c'est ce froid qui finit de la calmer.

Très lentement, Vamp sortit la tête du creux de ses bras pour juste y appuyer sa joue. Elle regarda le jeune homme qui avait fini par se taire. Ses pommettes étaient encore légèrement pigmentées du sang de la peur mais son visage était calme. Une longue minute s'égrena sans que ni l'un ni l'autre n'ouvrit la bouche. Vamp se contentait de le contempler, courbée sur elle-même, les bras toujours enroulés autour de ses genoux. Son regard noir, insondable, enveloppa le jeune homme sans ciller. Enfin, ses lèvres devenues sèches finirent par se desserrer.


- Tu viens m'embrasser sur la bouche, dis ?

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Ven 8 Mai - 16:07

Il sentait le regard de Vamp parcourir ses traits et l'envelopper petit à petit. Ses quelques mots étaient parvenus à lui arracher un frémissement au coin des lèvres mais ils n'avaient pas réussi à surpasser la puissance de ses iris sombres. Il était incapable de raisonner son ventre qui se creusait sous un délice bien particulier tout autant que la peau de son dos qui se hérissait dans un frémissement inattendu. Quand elle faisait ça, il perdait toute résistance avant même d'avoir pu essayer de se rebeller. Il y avait quelque chose d'étrangement appréciable dans ce regard qu'elle posait sur lui, dans cette attention toute entière qu'elle lui accordait. Il se sentait stupidement fier.

Son propre regard dériva des étagères éclairées par la chandelle encore allumée pour se poser sur celui de la jeune femme sans aucune gêne. La bienséance qui voulait que l'on ne fixe pas quelqu'un n'avait aucune raison d'être entre eux. Et certainement pas dans un tel moment. Il devinait l'ombre de cernes sous les yeux sans fonds, révélateur de la nuit agitée qu'elle était en train de passer. Pourtant, les prunelles faisaient calmement face aux siennes, avec une simplicité qui atteignit le barbu. Il esquissa un léger sourire alors que son dos se détachait du bord du matelas.

Sans prendre la peine de se relever, il se rapprocha de Vamp en adoptant une démarche crabe digne des plus grands enfants. Ses mains relayaient ses cuisses et ses pieds et il ne lui fallut pas plus de deux mouvements pour s'arrêter en face d'elle. Là où il était, il pouvait entendre la respiration de la brune qui brisait le silence à intervalles réguliers. Il n'avait qu'à se pencher en avant pour répondre à sa demande. Mais il ne comptait pas se contenter du contact de ses lèvres.

Il écarta ses pieds pour les poser de chaque côté d'elle, ses genoux pliés l'encadrant presque à hauteur de ses épaules affaissées. Ses fesses butèrent contre les orteils de la jeune femme et il passa ses bras de part et d'autre d'elle pour l'enlacer, croisant ses mains au bas de son dos courbé. Outre ses oreilles, sa peau pouvait désormais percevoir son souffle qui roulait à la naissance de sa chemise. Incliné vers elle, son torse s'était rapproché de ses tibias et il l'enveloppait aussi entièrement que son regard l'avait fait quelques instants plus tôt.

Il resta un moment silencieux et sans bouger, s'habituant à la sensation de l'étreindre entièrement, dans un geste de protection qu'il n'avait plus eu depuis de longues années. Le souvenir de leur cabane se fraya un chemin sous son crâne et l'odeur boisée de la poutre toute proche acheva de le propulser plus de six ans en arrière, quand il avait assisté à l'un de ses premiers cauchemars. Si tout ce soir-là lui rappelait ce qui venait de se passer, il devait se rendre à l'évidence. A l'époque, elle ne criait pas son nom au milieu d'un magma de mots incompréhensibles. Les choses avaient changé.

Il passa son nez le long du front blanc finement perlé de sueur et le laissa dériver le long de sa tempe en une longue caresse muette. Même si la nature de ses rêves obscurs ne le rassurait pas, il ne comptait pas la laisser aux prises avec. D'une légère pression contre sa joue, il lui fit relever le visage alors qu'il inclinait le sien à sa rencontre. Sa bouche trouva la sienne sans difficulté. Ses lèvres se moulèrent aux siennes avec une surprenante facilité, leur transmettant de simples pressions l'assurance qu'il était bien présent face à elle. Et qu'il ne comptait certainement pas s'en défaire.

L'une de ses mains remonta le long de son dos jusqu'à sa nuque. Tiède, elle l'enveloppa de sa chaleur alors qu'il glissait sa langue le long de la fine chair irriguée pour aller rencontrer la sienne. Il ne pouvait pas se contenter de toucher ses lèvres. C'était un plaisir bien particulier qui s'immisçait entre ses côtés chaque fois qu'il soumettait ses papilles à son goût et il ne parvenait pas à réfréner sa gourmandise. Il ne cherchait pas à le faire. Ses doigts se mêlèrent à ses mèches brunes et il prit plus d'assise contre son visage, approfondissant un baiser qui signifiait bien plus que ce que ses mots auraient pu dire. Inconsciemment, il accaparait tous les sens de la jeune brune, tant pour son propre plaisir que pour la sortir définitivement d'un monde onirique où elle n'avait pas sa place.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Lun 11 Mai - 12:18

Plus de peur, plus de mal ni de torture. Juste Lin qui l'enveloppait de sa protection en lui offrant un asile de chaleur et de tendresse. Vamp s'y lova sans réfléchir. Elle s'y abandonna et se laissa draper par la sécurité qui émanait du corps du barbu. C'était comme si le vide qui avait gangrené ses intestins ces trois longues années venait soudainement de se combler. Lin était là. Elle comprit à quel degrés le jeune barbu avait pu lui manquer ces années perdues. Et elle comprit davantage encore qu'elle ne supporterait pas une seconde séparation.

Vamp laissa les lèvres la calmer. Elle se sentait minuscule, délicieusement câlinée et intégralement à lui. Et lui était indubitablement là, sous ses doigts et tout contre elle.

La jeune femme inclina la tête sur le côté, suivant le mouvement que Lin avait imposé. Sa langue était délicieuse et le souffle du jeune homme l'apaisait tout autant qu'une caresse. Le silence, la chaleur de ce corps protecteur, la langue humide de Lin, tout la poussait à s'abandonner. Il ne lui demandait rien, aucune explication. Sa présence s'affirmait autant par ses gestes que par les paroles qu'il aurait pu articuler. Le jeune homme la connaissait à la perfection, il savait que chez Vamp les gestes supplantaient les mots sans la moindre subordination. Pour une femme que tout contact physique révulsait, la plus infime des caresses valait la plus recherchée des paroles de réconfort. Et elle s'y abandonna.

Au calme psychologique que Lin avait fait naître suivit une sérénité physique. Elle était à lui, il la possédait sans la moindre incertitude ombreuse. Une chaleur très douce remonta le long de son dos courbé, rejoignant celle que la paume du jeune homme couvait contre sa nuque. Attirée, Vamp se redressa.

Ses mains lâchèrent ses genoux repliés pour remonter contre le torse de son homme. Le tissu qui recouvrait le corps de Lin se matérialisait comme un intrus entre elle et lui dans l'esprit de la jeune femme. Ce n'était pas un simple caprice de désir charnel mais quelque chose de bien plus ancré en elle. Son instinct réclamait la peau du barbu contre la sienne.

Ils ne se concertèrent pas vraiment. Chaque geste se fit avec un naturel inexplicable mais qui témoignait assez de la complicité qui les unissait tout les deux. Son union avec le jeune homme n'avait rien d'animale mais n'était que la suite logique de l'instinct qui avait poussé Lin à l'enlacer aussi étroitement à lui.

La chemise de Vamp tomba en boule contre le creux de ses reins, dévoilant un dos parfaitement droit qui se laissa recouvrir par les paumes tranquilles du jeune homme. Avec le même calme, les bras blancs s'enroulèrent autour du cou de Lin, rapprochant étroitement les deux corps. Elle ne quitta pas ses lèvres une seule seconde. Tendre et inlassable, sa langue s'imprégnait de la sienne pendant que ses jambes fines se dépliaient pour se glisser autour de la taille du jeune homme.

La peau de Lin sous ses doigts élancés était douce, tendue et chaude. Leurs gestes répondaient à la douceur par la douceur. Dépassant le barbu de quelques centimètres, Vamp se penchait docilement vers son visage pour mieux épouser ses lèvres. Ni jeu ni taquinerie. Ni morsure ni griffure pour assurer sa possessivité sur la personne du barbu. Il était déjà à elle.

Elle ne quitta ses lèvres qu'un bref instant, celui où elle passa sa chemise de lin par dessus sa tête, avant de revenir les goûter aussitôt. Ses mains longèrent le dos puissant, effleurant les griffures qu'elles y avaient laissées la nuit précédente en une caresse d'excuse. Les paumes viriles de Lin se creusèrent à la forme de ses fesses, la soulevant assez pour qu'il puisse s'insinuer en elle. Vamp finît le mouvement qu'il avait amorcé en resserrant ses jambes autour de la taille du barbu dans un frisson de délice.

Ils firent l'amour sans précipitation, Vamp ondulant contre lui pendant qu'il dirigeait ses hanches au fil du plaisir qui les unissait dans le plus pur des silences. Elle s'accrocha à lui. Un bras enroulé autour de son cou, sa seconde main se glissa contre la nuque jusqu'aux mèches du jeune homme. On ne le lui arracherait pas.

La jeune brune quitta enfin la bouche du barbu, ses poumons manquaient trop d'oxygène pour poursuivre et son front s'appuya contre la pommette moite de Lin alors que le plaisir lui arrachait une inspiration plus profonde et discrète. Ses lèvres embrassèrent timidement cette pommette brûlante, douces alors que sa main quittait l'épaule de Lin pour s'appuyer contre l'une de ses cuisses. Ses hanches ondoyaient calmement, ses doigts toujours accrochés à la nuque de son amant alors que sa lèvre inférieure effleurait tendrement le début de barbe qui mangeait ses joues.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Jeu 14 Mai - 7:32

Tout chez Vamp participait à l'émoi du barbu. Sa main qu'il sentait délicieusement crispée sur sa nuque, ses jambes qui enserraient sa taille et jusqu'à sa bouche qu'il sentait s'assécher à mesure de ses soupirs. Il n'y avait plus chez elle cette peur qu'il avait lue dans ses yeux un peu plus tôt et la moiteur de son épiderme n'était plus due à l'angoisse de ses cauchemars. Elle était complètement revenue et s'était glissée dans le cocon qu'il lui avait créé sans la moindre hésitation. Et la respiration qu'il entendait contre son oreille le transportait bien plus loin que n'importe quel mot qu'elle aurait pu former.

Son propre souffle roulait sur la peau blanche en d'incessants ressacs, au diapason des vagues bouillonnantes qui malmenaient son ventre. Il ne s'agissait plus de protection mais de plaisir. De plaisir et d'une union plus profonde que ce qu'ils auraient su se dire. D'un geste mesuré, il mena l'une de ses mains à la joue de la jeune femme, l'effleurant du bout des doigts et dérivant jusqu'aux mèches noires. Mêlés à elles, il redressa le visage immaculé pour saisir le regard sombre de la brune de ses yeux obscurcis par l'émotion. Il savait qu'il ne pourrait jamais formuler ce qu'il ressentait à cet instant. Ses pupilles s'en chargèrent, de même que le léger sourire qui étira ses lèvres un instant plus tard. Il ne comprenait pas ce qu'il vivait là mais peu lui importait. Il le partageait avec elle.

Il ne resta ainsi immobile que quelques secondes avant d'être de nouveau happé par une inertie plus puissante qui le poussait vers le corps nu qui ondoyait entre ses bras. Ses lèvres entrouvertes se posèrent à la naissance de la gorge blanche et son bras vint enserrer sa taille avec une possessivité mal dissimulée. Il ne la laisserait pas s'échapper. D'aucune façon. Son visage s'égara lentement sur son buste qu'il rehaussa vers lui d'une paume ferme appuyée au creux de ses reins pour la cambrer vers lui. Sa langue s'échappait par moment pour goûter le relief d'une clavicule ou l'arrondi d'un sein, les papilles gourmandes de cette peau qu'elles redécouvraient sans cesse avec délice.

Il n'était pas sauvagement avide de se repaître d'elle. Il ressentait l'envie de se fondre en elle, qu'elle l'envahisse autant qu'il se l'appropriait. C'était un échange d'égal à égal qui mouvait ses hanches sous les siennes. Il glissa sa barbe au creux de son cou alors qu'il l'attirait tout contre son torse, son avant-bras logé le long de sa colonne vertébrale. C'était incompréhensiblement puissant. Haletant, il pressa ses lèvres sèches contre la ligne de son épaule pour étouffer un souffle plus profond qui montait d'entre ses côtes. Enveloppé dans un frémissant silence, à peine modulé par le bruissement de leurs peaux accolées, Lin perdait pied, saisi dans ses chairs par quelque chose de plus puissant que lui.

Tout son corps tressaillait sous ce qui se profilait devant lui mais il ne chercha pas à résister. Elle était entre ses bras, en communion avec lui dans ce qui semblait une bulle hors du temps, tournée vers lui comme il l'était vers elle. Il resserra ses bras autour d'elle, contractés dans les prémices de ce qui s'annonçait et déglutit avec difficulté. Submergé, il se débattit un instant comme un noyé essaie de battre des jambes pour s'extraire de l'eau avant de s'abandonner complètement à l'insoutenable tension qui le pressait contre la jeune femme, seul le murmure porteur de son nom trahissant ce qui le terrassait.

Il resta insensible à ce qui l'entourait un long moment, empêtré dans une épaisse sensation d'engourdissement. Il leva des yeux presque incrédules sur Vamp, le corps parcourus de frissons incontrôlables. Il avait été dépassé par ses propres émotions. Il resta muet au milieu du silence ambiant mais un irrépressible sourire éclaira son visage d'une lumière nouvelle. Il entendait nettement leurs respirations saccadées qui peinaient à se rétablir, la chaleur de leurs deux corps qui irradiaient et les légers tremblements qui les agitaient. Ca avait été incompréhensiblement puissant.

Pantelant, il se laissa tomber contre la jeune femme, la basculant doucement vers le sol pour l'y allonger. Il n'y avait aucun mot pour traduire la sérénité qui avait remplacé la déferlante passée. Il se glissa contre le flanc de Vamp dans une ondulation apaisée et embrassa le rond de son épaule avec une douceur particulière. Il aimait cette femme. D'une pression contre son ventre, il la moula à sa forme en pressant son torse contre son dos, l'une de ses jambes s'invitant entre les siennes. Il n'était pas décidé à se passer de son contact cette nuit-là. Il gigota un instant contre son dos, s'installant confortablement et glissa son nez contre sa nuque. Une simple pression de lèvres en haut de sa colonne vertébrale ponctua son étreinte et il ferma les yeux, bercé par son souffle.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Dim 17 Mai - 10:47

[Une semaine plus tard]

Les flocons cinglaient cruellement le visage emmitouflé dans l'épais col noir. Les prémices de la tempête s'étaient fait sentir une heure plus tôt et la jeune brune savait qu'elle n'avait qu'une dizaine de minutes pour passer la porte branlante avant que l'enfer froid ne se déchaîne. Cette tempête l'enchantait. Grâce à elle, elle allait être coincée avec Lin pendant de longues heures. De très longues heures... Un sourire mutin effleura ses lèvres occultées alors qu'une douce chaleur s'entortillait dans le creux de son ventre. Elle avait envie de lui avant même de l'avoir à portée de main. C'était délicieusement indécent.

Emmitouflée dans son manteau, les mains frileusement enfoncées dans les larges poches, sa silhouette noire tranchait encore à travers le rideau blanc des flocons qui devenaient furieux. Le vent se levait en s'infiltrant sous les couches de tissu, s'enroulant soyeusement entre les mèches noires pour les faire ondoyer. Le froid commençait à glacer les os de la jeune brune. Frileux, son nez se plissa.

Retrouver Lin et la chaleur de sa demeure devenait urgent. Elle n'était pas persuadée qu'il soit friand de l'accueillir glacée entre ses bras tièdes mais qu'importe, elle saurait se faire pardonner.

La journée avait été pénible. Plus les petites affaires de Valentin prenaient de l'ampleur et plus les gens commençaient à s'agiter, à devenir nerveux ou menaçants. Les semaines s'égrenaient et Vamp s'imposait une vigilance et une concentration continues. Elle savait qu'elle pouvait s'en sortir contre la plupart des badauds qui pensaient que s'en prendre aux sous-fifres était s'en prendre à Valentin, elle n'avait pas besoin que Lin la protège physiquement. Mais la présence du barbu lui offrait un abri bien plus doux, un abri psychologique, un abri où elle pouvait venir se lover sans le moindre soupçon. Il la taquinait et se moquait d'elle. Elle râlait puis finissait nue entre ses bras. Rien n'était compliqué.

Un coup d'épaule la fit chanceler, l'arrachant à ses pensées. Elle grogna. Un égaré. La tempête de neige et la perception limitée qui en résultait n'étaient pas une raison suffisante pour venir se frotter à elle. Vamp se demanda un instant ce qu'elle pourrait bien faire de plus pour que le commun des mortels cesse de s'approcher de sa personne. Extermination nette de la race humaine ? Difficile à mettre en place, ils se reproduisaient à une telle vitesse... Qu'importe, elle finirait bien par trouver.

La jeune brune franchit la porte branlante quelques minutes plus tard. La chaleur commençait déjà à tiédir ses omoplates contractées par le froid lorsqu'elle retira l'énième col sombre qui la protégeait, finissant en simple chemise blanche. Son nez glacé se cala dans le creux de chaleur qu'offrait le cou de son homme, solution finale au petit nid chaud qu'elle adorait peaufiner dans leur intimité.

La soirée fut très tranquille, Lin lui semblait plus taciturne que d'ordinaire. Elle ne s'en formalisa pas ni ne tenta de lui soutirer des informations que visiblement il n'avait pas l'intention de lui faire partager. Et puis il la câlinait, certes distraitement, mais assez pour lui arracher quelques ronronnements de satisfaction. Elle s'endormit sans une ombre.





La tempête avait mugi toute la nuit, tapant contre les fenêtres et s'infiltrant sous la porte d'entrée. Vamp ne s'était pas éveillée une seule fois, seul son corps venait instinctivement se resserrer contre celui de Lin lorsqu'une bourrasque de vent plus violente faisait craquer la charpente du toit. pas un cauchemar n'avait hanté ses nuits depuis que le jeune homme l'avait surprise l'autre nuit.

Tout était silencieux lorsqu'elle se réveilla le matin et elle imaginait parfaitement l'épaisse couche de neige qui devait serpenter entre les rues pavées. Elle s'étira, féline et déjà ennuyée par sa journée à venir. Une petite étincelle de chasseuse s'alluma pourtant dans son regard lorsque celui-ci se posa sur le corps endormi de Lin à ses côtés. Un corps tout chaud, viril et qui était toujours très bien disposé à lui faire l'amour le matin. Avec u intérêt nouveau et la précaution d'un chat, elle se laissa couler contre les jambes du barbu, déjà nue, et entreprit de le réveiller par des caresses tendres mais loin d'être innocentes.

Un sourire de triomphe éclaira son visage lorsque -enfin- les yeux noisettes s'ouvrirent.





Le front moite appuyé contre le cou du jeune homme, encore toute frissonnante de plaisir, Vamp gardait ses doigts enfoncés dans la chair tendre du dos qui la dominait. Elle eut du mal à relâcher Lin, l'une de ses jambes possessivement enroulée autour de sa taille refusait de le libérer. Ils avaient joué de longues minutes avant de s'abandonner, avant que Lin ne la fasse basculer sur le dos et qu'une légère lutte ne se termine par une union impatiente.

Toute câline et brûlante, Vamp se rallongea sagement contre le corps de son barbu. Quelques secondes à peine. Elle avait faim. Elle roula doucement sur le ventre pour pouvoir regarder son homme alors qu'un faux sourire innocent étirait ses lèvres sans la moindre honte.

- Lin... si tu prépares le petit-déjeuner, on recommence.

Ce n'était pas totalement du chantage. Elle l'aurait poussé à recommencer avec ou sans petit-déjeuner.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Ven 5 Juin - 10:41

Un simple sourire s'invita sur les lèvres du barbu alors qu'il reposait étendu sur le dos, essoufflé. Il l'avait relâchée à peine quelques secondes plus tôt. Elle était particulièrement gourmande ce matin-là. Il tourna la tête vers elle sans mot dire, se contentant de la scruter un long moment, silencieux. A vrai dire, il n'était pas plus rassasié qu'elle. Il se redressa sur ses coudes et se pencha pour embrasser ses lèvres brièvement. Il se doutait que sans petit-déjeuner, il aurait réussi à obtenir la même chose d'elle. Mais il avait soif. Il pivota pour poser ses pieds au sol et se leva dans le même mouvement, enfilant le premier caleçon qui lui tomba sous la main. Ce serait largement suffisant. Les cheveux ébouriffés par leur bataille matinale, le torse nu et un simple bout de tissu sur les hanches, il tourna les talons pour aller préparer de quoi satisfaire d'autres besoins.

Il était en pleine réflexion face aux étagères de sa pseudo-cuisine quand Vamp arriva au bas des marches dans le craquement caractéristique du bois usé. Il se força à juguler l'envie de se retourner pour laisser à son esprit le soin de l'imaginer. Elle devait arborer un air mutin. A coup sûr, elle allait se moquer de lui pour avoir obéi si vite. Peut-être même allait-elle réclamer un pot de miel plus grand que celui qu'il avait posé là. Ou des beignets trop sucrés plutôt que le pain qui attendait son tour dans la bannette. Amusé, il prit le temps de choisir les ustensiles sur la planche du haut pour retarder encore un instant la découverte de la jeune femme dans son intérieur.

La présence féminine n'était pas ce qui avait pu caractériser son taudis depuis qu'il s'y était installé. Personne n'y venait jamais, même pas Larson à qui il en avait interdit l'accès. Ce repaire lugubre et vide n'était utile qu'à son calme. Il n'avait jamais songé qu'un deuxième être pourrait s'y trouver un matin et encore moins Vamp. Sa présence le perturbait autant qu'elle lui plaisait et il comptait profiter de ce trouble le plus longtemps possible. Il se retourna donc lentement, couverts dans une main, pour laisser le temps à ses yeux de s'accoutumer à la vision qu'ils n'auraient jamais pu avoir quelques années plus tôt.

Appuyée contre la table dans une position nonchalante, elle arborait un port altier alors qu'une chemise à lui, légèrement trop grande, dénudait l'une de ses épaules. Son cou n'était que partiellement masqué par le col lâche et ses jambes interminables ne souffrait l'affront d'aucun tissu. Blanches et nues, elles s'étendaient sous la ligne dissymétrique de sa chemise en une longueur indécente. La gorge du jeune homme accueillit tant bien que mal la salive qui refusait d'y couler et il grogna légèrement pour essayer de garder contenance dans une déglutition avortée. Les mèches noires indisciplinées auréolait l'ensemble d'une obscurité plus qu'attrayante et il dut détourner les yeux pour ne pas perdre le cap. Poser les couverts sur la table. Ne pas la dévorer du regard. Chaque chose en son temps.

Pourtant, cette organisation lui fut fatale. Pour pouvoir poser les couverts sur la table, il fallait qu'il s'en approche. Pour s'en approcher, il fallait qu'il passe à proximité de la jeune femme. Et passer à proximité de la jeune femme, c'était irrémédiablement succomber à son attrait.

Il fut incapable d'y résister. Son odeur lui parvint alors qu'il déposait les ustensiles sur le panneau de bois, perturbant sa concentration. Elle était chargée de réminiscences en tout genre, les plus récentes étant les plus perturbantes. Il serra les dents par réflexe mais son regard se porta sur la source de son trouble. Le léger sourire mutin qu'il décela sur ses lèvres fit vaciller les résistances qu'il essayait de s'imposer et elles finirent par voler en éclat quand ses prunelles se heurtèrent aux deux puits sombres qui le saisissaient à chaque fois. Il céda. Après tout, elle ne portait qu'une chemise à lui.

La table avait reculé de plusieurs centimètres sous l'impulsion du barbu et d'encore beaucoup d'autres sous leurs assauts peu maîtrisés. Les victuailles avaient été repoussées en bordure et quelques-unes avaient rejoint le sol aussi assurément que leurs pieds l'avaient quitté. Le souffle encore un peu court, Lin ramassait ce qui pouvait l'être et regarnissait la table sans lâcher la jeune femme des yeux, un vague sourire sur le visage.


Qu'on se nourrisse pour de bon, quand même…

Il était amusé autant que détendu. Outre la sérénité physique qui découlait de leurs jeux matinaux, il se sentait en confiance pour la première fois depuis longtemps. Il n'avait pas pleinement recouvré la confiance aveugle et l'assurance qu'il avait il y avait de ça plusieurs années mais il émergeait une complicité qui le mettait à l'aise. La journée avait très bien commencé et son humeur s'en voyait allégée.

Il invita la brune à venir s'installer sur ses genoux pendant qu'il badigeonnait le pain de miel. Ses bras autour de sa taille, les siens autour de son cou, il y avait une unité surprenante, sortie des profondeurs d'une époque révolue. L'atmosphère était propice aux badinages en tout genre et ils discutèrent longuement de tout et de rien. La ville et ses mauvais quartiers, le miel et l'excès de sucre, Valentin et le boulot.


J'en reviens pas de la bande d'imbéciles fidèles qui suivent ce type… Leur connerie m'afflige.

La jeune femme hocha la tête comme pour acquiescer et enchaîna sur ses propres griefs, déblatérant d'une structure insupportable et de collègues en-dessous de tout. S'il semblait d'accord avec elle sur la majeure partie de son discours, le visage de Lin se ferma pourtant brusquement alors qu'elle achevait une phrase.

… et le scepticisme d'Isaac en apprenant que t'étais mon amoureux.

Il s'immobilisa instantanément à l'annonce et son esprit se gela bien plus vite qu'il ne s'était détendu au cours de la matinée. Elle avait éclairé Isaac sur leur relation. Elle avait vendu leurs liens sans la moindre prudence. A Isaac. Un sous-fifre que Lin ne pouvait pas encadrer depuis le départ. Un sous-fifre très attaché à Valentin. Un sous-fifre particulièrement fouinasse selon le jeune homme. Et elle avait révélé leurs statuts l'un pour l'autre.

Le mouvement fut brutal. Il se dressa brusquement, la jeune femme renvoyée sur ses jambes en l'espace d'une demi-seconde. Tout son corps s'était mué en un bloc de granit, lisse de toute expression et aussi dur que la pierre. Sa voix était la seule témoin de ce qui grandissait derrière cette façade trop calme.


Tu as dit à Isaac qui j'étais ?

Il braqua un regard assassin sur elle, toute sérénité envolée. En agissant de la sorte, elle le mettait en danger direct. Elle se mettait en danger direct. Elle mettait Larson sur la sellette et leur plan à sac. Les mâchoires contractées et les poings blanchissant, Lin était en proie à une colère sourde qui rongeait son apparence petit à petit.

Tu joues double-jeu ? Si t'es si proche de lui, tu vas pouvoir retourner dans ses jupes. T'es en train de me la faire à l'envers…

Plus il y pensait, plus il imbriquait les actions et les conséquences. Elle était en train de saccager ce qu'il avait construit depuis quelques mois. Elle sabotait l'exécution de ses plans de l'intérieur. Et il se laissait endormir comme un bleu. Exaspéré, il envoya valser la chaise sur laquelle ils étaient assis d'un coup de pied rageur, proche de l'explosion.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Sam 6 Juin - 12:34

Toute blottie contre le torse du jeune homme, Vamp se laissait bercer par le raisonnement de sa voix qui fourmillait le long de son bras pâle. Le buste de Lin enveloppait ses membres d'une chaleur veloutée et elle s'y lova comme une chatte ronronnante. Il l'avait subtilement apprivoisée, jouant de sa force pour la faire frissonner et de sensualité pour la dompter. Et elle adorait que Lin la dompte...

C'était une matinée d'une banalité tout à fait rassurante. Ils venaient de faire l'amour et déjeunaient ensemble en discutant de choses quelconques ou de moindre importance. Comme un vrai couple. Comme avant. Ce n'était pas qu'une matinée anodine pour Vamp. Ils s'étaient parfaitement retrouvés, elle sentait, presque palpable, la même complicité qui était née entre eux quelques heures à peine après leur première rencontre.

Elle était bien, paisible et protégée. Et elle avait du miel.  

Ses membres somnolaient d'une langueur bien caractéristique, comme toujours lorsque Lin abusait de son corps et de son énergie. Si elle n'avait été affamée, Vamp se serait volontiers assoupie contre le buste bien chaud du barbu. Elle engloutit sa première tartine de miel sans prendre le temps de respirer avant d'attaquer la seconde avec le même entrain. Elle adorait le sucre. Il était rare qu'elle se bride lorsqu'elle commençait la moindre sucrerie et les maux de ventre ne se comptaient plus depuis longtemps. Elle compensait avec goinfrerie ce qu'on lui avait refusé dans son enfance.

La jeune brune discutait distraitement, peu habituée à faire la conversation. Elle était de nature si taciturne qu'elle était parfois persuadée d'avoir dit ce qu'elle s'était contentée de penser. Pourtant, bavarder avec Lin ce matin là avait un certain charme.  

Un charme qui s'envola bien vite. Brusquement repoussée sur ses jambes de girafon, Vamp cligna stupidement des yeux, regardant autour d'elle d'un air perdu en cherchant un quelconque danger qui avait dû surgir dans la pièce. Rien ne surprit son regard sombre. Interdite, elle se tourna vers le jeune homme, attendant explication, lorsque l'animosité qu'elle rencontra la renseigna sur le fait que, l'ennemi, visiblement, était elle-même. La sombre ligne de ses sourcils s'arqua.  

La surprise de Lin était légitime. Pas sa colère. Elle aurait pu calmement lui expliquer son point de vue, être compréhensive et patiente. Mais, une fois de plus, le barbu n'employait pas les bons termes et l'orgueil de Vamp sortit les griffes.
 

- Je n'ai pas pour habitude de me cacher sous les jupes de quelqu'un. Je sais que tu as parfois du mal à faire la différence, mais je ne suis pas Larson.



Avec une lenteur toute féline et à mesure que l'ironie franchissait ses lèvres, son dos se redressa, faisant écho au corps de Lin avec un parallélisme qui frôlait la perfection. Ses membres s'étaient raidis, prêts à encaisser la colère du jeune homme sans ployer. Pourtant, si son corps se tenait alerte et préparé au conflit, son visage pâle était vierge de toute froideur et lisse de toute provocation.

Vamp ne voulait pas se battre. Elle voulait retourner dans les bras de son homme et finir son petit déjeuner. Et le rejoindre dans son bain avant d'aller travailler. L'avoir nu entre ses cuisses et lui mordre l'épaule. Pas s'étriper sur ce qui, visiblement, n'était qu'un malentendu.

Plus douce et dénuée de sarcasme, sa voix s'éleva entre eux. Assurée et évidente, partant d'un point pour aller directement au cœur du problème, sans tourner autour du pot. Vamp.  


- J'ai dit à Isaac qui tu étais pour moi. Pas ce que tu faisais. Il ne sait même pas ton nom.  


La jeune brune se tut quelques instants. Elle faisait déjà un gros effort sur elle-même pour formuler en phrases complètes et précises l'appaisement dont elle voulait envelopper Lin, mais rester stoïque sous son regard assassin n'était pas une mince affaire. En temps normal, pour rassurer le barbu, elle se contentait de venir se blottir contre lui, douce et câline, mais la prudence lui chuchotait de lui accorder quelques explications verbales et construites avant d'oser s'avancer. Or Vamp ne savait pas s'exprimer.

Elle plissa le front, concentrée. Il fallait absolument qu'elle comprenne la raison d'une telle colère. Autrement dit, se plonger dans la tête de Lin et dans sa psychologie. Peine perdue. Si elle connaissait Lin à la perfection, les tréfonds du comportement humain restait un mystère brumeux et broussailleux pour elle. Or elle n'avait pas vraiment le temps de s'y attarder, la tension qui montait dans le regard du jeune homme n'allait pas tarder à exploser.  

Elle s'abandonna donc à l'explication la plus plausible. Lin était jaloux d'Isaac. Mais oui, c'était forcément ça. Un léger sourire de soulagement effleura les lèvres pâles. Ce n'était que ça...


- Je considère Isaac comme un ami. Or, on se confie à ses amis, enfin, je crois. Hm. Mais tu sais bien... 'fin... tu...


C'était plus fort qu'elle, son corps s'avança vers celui du jeune homme. Sa main effleura la paume large et virile en une caresse toute tendre alors que le nez blanc se glissait contre la barbe, câlin.
 

-… tu sais que c'est toi que je veux... 'faut pas être jaloux d'Isaac. Il a même pas de barbe.

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Ven 12 Juin - 13:11

Elle s'approchait de lui. Sa main entra au contact de la sienne, son nez au contact de sa barbe. Elle essayait de le perturber. De la jalousie ? Elle le prenait pour un bleu. Révéler les liens qui les unissaient aurait plutôt fait fuir Isaac. Il n'avait aucune raison d'être jaloux. Et certainement pas de cet abruti beaucoup trop brun et beaucoup trop imberbe. Comment pouvait-elle même croire à une telle absurdité ? Ce n'était pas possible. Elle n'y croyait pas. Ce n'était qu'une déviation de son attention, pour qu'il minimise les choses et qu'il se laisse endormir.

Ses mâchoires crissèrent alors qu'il les serrait encore un peu plus et ses poings se refermèrent. Elle n'était pas dans son camp. Donc elle était dans le mauvais. D'un mouvement de tête, il se dégagea du contact de son nez et repoussa sa main d'un geste sec. Elle n'avait pas à se sentir si libre de ses mouvements alors qu'elle restreignait les siens.

Arrête de me prendre pour un imbécile. Mon nom n'a aucune importance dans ce que tu lui as dit.

Il la foudroya du regard, amer. Elle l'exposait autant qu'elle s'exposait. Son collègue avait désormais un levier pour faire pression sur elle. Ou sur lui. Ses sourcils se froncèrent avec plus de colère encore. Evidemment, sur lui. Elle n'avait rien à craindre, elle était des leurs. Elle avait révélé une faille dans la façade lisse de tout accrocs qu'il donnait dans son jeu de taupe. Elle avait donné une brèche pour qu'on le démantèle.

T'es aussi pourrie qu'eux en fin de compte.

Il sentait la rage remonter le long de son dos et se propager à tout son être, écorchant son sternum alors qu'elle remontait le long de son oesophage. La bile acide lui brûlait la gorge. Il ne pouvait pas se taire. Il fallait qu'il évacue toute la frustration de la déception.

T'es pire. T'as abusé de ma confiance. "Oh mais il fallait bien que je trouve un emploi en arrivant ici…" Evidemment. Chez eux… Nos concurrents directs et tu le sais !

Il ne put empêcher le ton de monter d'un cran. L'idée qu'elle ait pu le trahir aussi simplement lui retournait l'estomac. Il ne faisait confiance à personne. D'autant moins depuis qu'elle était partie. Il avait eu envie de lui faire confiance à nouveau quand elle était revenue. Parce que se méfier d'elle n'était pas instinctif. Mais il aurait dû. Elle l'avait piégé. Il se sentait poignardé. Douloureusement poignardé.

Tous ses muscles s'étaient tendus sous l'accès de rage qui lui faisait bouillonner l'esprit et il commença à s'agiter, s'ébouriffant les cheveux alors qu'il se détournait d'elle.


Comment t'as pu jouer aussi bien ? Ca t'amuse ce genre de missions ? T'as foutu en l'air des mois de boulot… Mais qu'est-ce que t'en as à foutre, au fond… Rien ! T'en as rien à faire. Comme t'en avais déjà rien à faire quand t'es partie.

Il renversa la table sur laquelle se trouvait tout ce qu'ils étaient en train de partager quelques instants plus tôt. L'atmosphère avait changé du tout au tout en un rien de temps et le Lin détendu et amoureux avait laissé place à celui qu'il était devenu, façonné par les années passées. Nerveux et méfiant. Acculé par une attitude qu'il ne comprenait pas, il s'éloigna de ce qu'il considérait comme une source de souffrances, allant prendre appui contre la porte d'entrée pour essayer de se calmer alors qu'il tremblait de rage contenue.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Ven 12 Juin - 18:08

Jamais la physionomie de Vamp n'avait autant changé en si peu de temps. La noble indifférence qui, d'ordinaire, lissait ses traits face à la populace était étrangère entre Lin et elle. Elle lui avait toujours caché très peu de choses, si ce n'est le vol de quelques unes de ses chemises ou la joyeuse digestion d'un ou deux gâteaux destinés au jeune homme et qui n'avaient pas survécu à son absence. Non, Vamp n'avait pas l'habitude de cacher ses émotions à Lin, parce qu'elle se sentait en sécurité près de lui. Parce qu'elle l'estimait et le respectait trop pour le mépriser comme elle méprisait tout autre individu, connu ou inconnu. Parce que Lin était sa bulle de tendresse.

Tendresse qui venait de fracasser la table sur le sol. Vamp ne cilla pas. Elle ne bougea ni ne tressaillit. On l'avait habituée assez tôt à la violence pour qu'elle n'aie plus à sursauter devant son apparition subite. Même lorsqu'elle venait d'un homme qui la câlinait quelques minutes plus tôt.

Elle ne sursauta pas car, depuis un moment déjà, son corps avait toute la rigidité de la glace, une raideur de morte et une absence de vie digne des plus grandes figures de marbre blanc. Altiers, ses bras reposaient tranquillement le long de son corps longilignes, terminés par des doigts effilés qui ne tremblaient pas de rage ou ne se muaient pas en poing furieux. Seule sa respiration, beaucoup trop profonde, trahissait un semblant d'émotion.

Vamp n'était pas une femme colérique. Elle avait été une petite fille capricieuse mais pas colérique. Ce que son père lui refusait, Vamp s'en emparait par d'autres moyens. Mais le géant roux connaissait bien sa fille. Il lui avait conté l'histoire du chêne et du roseau. Incontestablement, plus de dix ans après, Vamp était un chêne. Elle n'avait jamais compris comment le roseau pouvait être le héros de l'histoire et ne le comprenait toujours pas. Aussi encaissa t-elle la fureur de Lin sans le moindre cillement, ses jambes profondément enracinées dans le sol, laissant la tempête s'écraser contre son buste. Elle se surestimait.

Lin n'était pas une tempête comme les autres. Plus ses paroles s'étaient échappées de ses lèvres, plus la bouche de la jeune femme était devenue sèche. Son menton s'était délicatement relevé pour faire face.

Sous le marbre, la colère couvait. Il n'aurait été Lin, elle l'aurait bouffé. Peut-être même littéralement, qui sait ?

Un long silence s'éternisa entre eux. Elle s'était visiblement fourvoyée, et en beauté, Lin n'était pas jaloux. Non. Non, il avait juste peur pour sa petite entreprise et son petit Larson chéri. Et il lui crachait dessus pour cela. Elle avait envie de lui arracher les yeux avec ses ongles. Il était magistralement à côté de la plaque, en souffrait, et elle se doutait que quoi qu'elle dirait, il ne l'écouterait pas. Or Vamp détestait les paroles inutiles.

Pourtant, celles-ci s'imposaient. Cet enfoiré venait de se planter devant la porte d'entrée, lui interdisant toute fuite. Hasard ou calcul ? Elle n'était pas sûre de vouloir connaître la réponse exacte.

Insultée, elle l'était plus que tout. Elle percevait la douleur sous les paroles de Lin, la souffrance de se sentir trahi. Elle aurait pu parler en douceur, l'assurer de son amour et lever délicatement le voile de la situation. Mais Vamp n'avait jamais été bonne diplomate. Et puis elle avait essayé la méthode douce et s'était retrouvée repoussée. Hors de question de s'approcher de lui de nouveau.

Toute chaleur avait déserté son épiderme. Elle était physiquement glacée. Bien que frileuse, la jeune brune avait d'ordinairement une température corporelle un peu plus élevée que la moyenne. Entre le barbu et elle, c'était son corps qui chauffait plus rapidement les draps du lit. Pourtant, la colère l'avait toujours glacée, du bout des doigts jusqu'à la peau veloutée de sa nuque.


- Devrais-je cesser de te prendre pour un imbécile lorsque tu sembles me prendre pour une putain ?

La voix était douce, factuelle... hautaine et méprisante.

- Un royal imbécile, ça tu l'es. Ce que j'en ai à foutre ? Oh, rien. Je me contrefous royalement de vos histoires Lin. De vos petite histoires de territoire et de vos magouilles. De votre espèce de fierté de petits voyous stupides. On dirait des chiens qui se disputent des parcelles de territoire. Je me fous de votre politique, de votre argent, de votre rendement ou de vos victimes. Tu me connais, je me fous de tout ça.

Elle s'avança vers lui, non pas pour le rejoindre, mais pour poser sa main diaphane sur l'unique chaise qui avait survécu à la colère du barbu. Elle en serra le dossier, si fort que le peu de couleur qui teintait ses longs doigts s'évanouit.

- De toi, oui, j'en ai à foutre quelque chose. Crois-tu une seule seconde que, si j'avais été une espionne, je me serai aveuglément précipitée pour t'interdire de participer aux combats de la fosse ? Tu ne penses pas que je t'aurai vendu depuis longtemps à Valentin pour assurer la sécurité d'Ania si la tienne n'en avait pas la même valeur à mes yeux ? Tu ne t'es jamais dit que, peut-être, si je restais encore dans cette ville en mettant ma famille en danger au lieu de fuir avec eux, c'était pour rester près de toi, pour te garder en sécurité, pour te protéger du mieux que je pouvais de Valentin ? Arf, non, bien sûr... C'est bien trop simple, imaginer que je puisse être une balance qui a joué la comédie après deux ans de voyage pour te retrouver, pour le compte du dernier salopard que je rêve de voir crever, c'est BIEN PLUS SIMPLE BORDEL DE DIEU !

Le coup partit sans concerter sa raison. Son bras envoya valser la chaise à une dizaine de mètres du jeune homme pour s'écraser contre le mur. Mais elle n'en avait pas fini. Elle se pencha et s'empara d'une chope qui gisait sur le sol, vestige de leur petit déjeuner trop vite avorté. Le chêne craquait.

- Ca ne t'ait pas venu à l'esprit, pas une seule fois, pas UNE PUTAIN DE SEULE FOIS...

Rien chez Vamp, excepté son maintien peut-être, ne laissait entendre qu'elle put être d'une quelconque naissance poudrée, hormis son langage. Si elle pouvait se montrer brute et acerbe, elle n'utilisait presque jamais d'injures ni de grossièretés.

- … que j'ai avoué t'aimer à Isaac parce que j'en étais fière ?! NAN ???! C'est plus facile de m'imaginer à leur solde visiblement.

Elle était hors d'elle. Son discours passait de quelques décibels à un calme froid en l'espace de deux syllabes. Et inversement. Droite et inflexible, sa main lança la chope qu'elle tenait. Vamp était une excellente archère, particularité que ses proches avaient remarqué dés sa plus jeune année. Elle savait viser à la perfection et ne ratait jamais sa cible. La chaise n'avait pas raté sa cible. La chaise s'était écrasée aux côtés de Lin. La chope percuta le mur, à quelques pouces du coude du jeune homme.

Déjà, elle se penchait, ses doigts se refermant sur le pain qu'ils auraient dû engloutir avant d'aller travailler. Jamais elle n'aurait blessé Lin. Mais il lui fallait extérioriser sa colère. Et sa douleur.

- Et c'est aussi beaucoup plus facile dans ta PUTAIN DE CERVELLE de m'imaginer te faire l'amour simplement pour te balancer à Valentin, n'est ce pas ? C'est vrai que je suis réellement douée pour ça, j'adore m'offrir et me laisser toucher pour une PUTAIN DE COUVERTURE !

Le pain s'écrasa violemment contre le mur de pierre, à quelques centimètres de la cuisse du jeune homme. Elle s'avançait toujours vers lui. Il l'avait cruellement blessée.


- Tu me parles d'abandon et d'attention, mais dis-moi, qui vaut mieux que l'autre ? La femme qui t'a abandonné ou l'homme qui met volontairement sa vie en danger pour une histoire de territoire sans penser à l'anéantissement de la veuve qu'il laisse derrière lui ?

Elle était toute proche de lui, assez pour qu'il tende une main afin de la stopper. Mais Vamp ne voyait ni ne sentait rien. Sa main cingla l'air pour frapper la porte dans un mouvement parfaitement parallèle à la joue barbue. Le choc fut violent, la rage décuplant sa force, assez pour que l'onde vienne vriller les os de son bras. Le panneau de bois branlant protesta.

La chemise qu'elle portait tombait sur l'une de ses épaules, dévoilant l'autre. Elle était à Lin, trop grande pour le corps élancé de la jeune femme, et ses pans larges ondulait tranquillement dans l'air. Calme qui contrastait avec la fureur bandant les cuisses de la grande brune. Vamp était parfaitement droite, rageusement sublime, tenant tête à son homme sans ciller dans un mélange de violence froide et de regard brûlant d'avertissement. Elle le toisait, le défiait.

Sa tête s'inclina sur le côté, interrogatrice, calme. Son regard glissa sur les lèvres du jeune homme, presque malgré elle.


- Alors dis-moi, abruti de paysan sans cervelle. Je porte ta chemise sur le dos, je suis nue sur tes genoux, je partage ton pain, et tu me soupçonnes sans le moindre doute, sans attendre la moindre explication de la femme que tu dis aimer. Réponds-moi, qui est le plus pourri de nous deux ?

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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Sam 13 Juin - 7:09

Les objets volaient en tous sens, venant percuter les parois de part et d'autre du jeune homme. Les paroles de la brune faisaient vibrer l'air d'une tension palpable et l'atmosphère s'électrisait. Plus ça allait, plus l'ensemble ressemblait aux tornades en formation. Un épicentre qui grondait et les alentours qui se soulevaient pour enrober le tout. Ambiance à couper au couteau.

Mais Lin n'était pas influençable. Il n'était pas non plus particulièrement perturbable. Et depuis quelques années, la colère ne faisait qu'alimenter la sienne. Ses airs d'insolence se nourrissaient de la rage d'autrui et il avait fini par intégrer ce mode de fonctionnement. Qu'on le frappe, il rendrait double. Le mal par le mal. Et plus elle parlait, plus ses veines se gonflaient d'un mélange d'amertume et de rage sourde. Elle parlait trop. Ses justifications ne tenaient pas la route dans l'esprit sinueux du barbu. Elle charcutait ce qui était déjà en lambeaux. Elle réveillait la bête meurtrie qu'il pensait avoir pansée. Il n'en était rien.

D'un mouvement brusque, il se redressa face à elle, en parallèle de la main qui s'était abattue violemment contre le battant de bois. Il s'était déployé de toute sa hauteur et le regard fixe qu'il posa sur la brune était assassin. Elle n'aurait pas dû aller si loin. Les traits changés par la rage et la voix acide, il la percuta aux épaules de ses deux paumes de mains ouvertes pour l'éjecter loin de lui. Tous crocs dehors.


Mais FERME ta PUTAIN de grande GUEULE ! Tu veux vraiment jouer à ça ? Tu te crois légitime ?

Il ressentait le tourbillon qui l'aspirait vers les profondeurs lorsqu'il était sur les terres d'outre Manche, ce mal sournois qui s'entortillait autour de ses nerfs pour les étirer jusqu'à la section nette.

Ouvre bien tes petites oreilles de nobliotte capricieuse. Je suis le plus pourri de nous deux.

Sa voix était vibrante d'une rage sans pareille, lourde de reproches suppurés.

Par TA faute.

Son doigt accusateur heurta le sternum de la jeune femme sans la moindre douceur.

Tu crois que je me serais méfié de toi y'a quatre ans ? Tu crois que je t'aurais crue capable du pire ? Jamais. Et c'est pour ça que j'ai passé plus de deux ans à te chercher en rejetant l'idée que t'aies pu être assez cruelle pour te barrer sans rien dire.

Ses épaules tendues élargissaient sa stature et asseyaient la menace qui couvait dans ses yeux. Il n'en avait pas fini avec elle.

Et tu oses me parler d'anéantissement d'une veuve pour un combat ? Mais assume ta MERDE !

Ce n'était pas supportable. Qu'elle compare un fait aussi banal qu'une rixe à l'anéantissement qu'il avait vécu soulevait en lui des montagnes de frustration qui déferlaient en rage dans ses veines.

J'étais quoi, moi, à l'époque ? Un pauvre pigeon sans émotions ? Ta petite cervelle égoïste n'a fait qu'un tour sur elle-même avant de prendre une décision. Je me suis battu sous tes yeux, t'as su ce qui arrivait. Tu t'es barrée en douce, bien planquée pendant que je n'étais pas là. Rien pour m'avertir. CA, c'est de la pourriture.

Perclus d'un sentiment proche de la haine, il aurait pu frapper. Il aurait frappé si ça n'avait pas été Vamp. N'importe qui d'autre aurait vu le sol de très près et sa vie de très loin. Mais un mécanisme plus profond que le ressentiment qui l'habitait ligotait ses mains. Ses cordes vocales en revanche étaient parfaitement libres.

Pourquoi j'attendrais une explication de ta part ? C'est coutume chez toi de ne pas en donner. Tu m'as trahi une fois, y'a aucune raison que tu ne recommences pas. Ta famille est déjà passée avant moi, y'a aucune raison que ça ne recommence pas.

Il s'avançait vers elle avec un regard si profondément blessé qu'il en était obscurci. Ses yeux avaient viré à l'orage et il se plantait face à elle dans une attitude hostile affichée.

Les idées qui traversent ma putain de cervelle de paysan imbécile, tu ne les dois qu'à toi. Si t'avais été fiable, j'aurais demandé des explications. T'as été véreuse, je ne me fie plus à toi. Tu récoltes ce que t'as semé. Ne crois pas que je vais te laisser me pourrir encore. Je suis rongé jusqu'à l'os, t'auras pas la moelle.

Sa voix avait perdu la vibration de la rage instantanée pour se charger d'une lourdeur bien plus étouffante, ses mots pesant beaucoup plus que les insanités lancées à brûle pourpoint.

Alors tes airs de femme martyr, tu les remballes. J'en ai rien à foutre que tu te balades à moitié nue dans une chemise à moi. C'est pas ça qui va te rendre plus digne de confiance.
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MessageSujet: Re: Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs   Sam 13 Juin - 10:28

Les lèvres de porcelaine s'entrouvrirent doucement. Elles ne disaient rien depuis bien longtemps. La douleur qui pesait sur les épaules de Vamp lui faisait perdre quelques centimètres. Elle laissa Lin la dominer sans se battre.

À mesure que la colère du jeune homme tonnait dans l'air, la grande brune s'était peu à peu refermée sur elle-même. Son regard sombre s'était terni avant de se détourner avec un abandon sans vie. Elle était complètement déboussolée. Et elle souffrait. Lin pouvait penser et hurler ce qu'il voulait, personne ne pouvait jouer la douleur qui se lisait sans pudeur au coin de ses lèvres avec une telle perfection.

Vamp se sentait étrangère, indésirable et haïe. Profondément détestée par l'homme pour qui elle aurait donné sa vie sans la moindre hésitation. Sa gorge était sèche. Ses lèvres étaient sèches. Ses yeux l'étaient et son cœur se desséchait à leur suite.

La fine chemise qui reposait sur ses épaules pliait son dos d'un poids tout psychologique. Cette chemise n'était pas à elle. Cette chemise, Lin s'en foutait. Cette chemise aurait tout aussi bien pu être portée par une catin rousse, Lin s'en foutait.

La jeune brune déglutit la nausée qui remontait le long de sa gorge. Jamais elle n'avait eu honte de porter une chemise de Lin. Jamais elle ne s'en était sentie indigne. Jamais.

Mais pire. Comment pouvait-on partager la couche d'une femme que l'on ne croyait pas ? Comment Lin pouvait-il avoir envie d'elle si elle était si pourrie qu'il le laissait entendre ? Elle aurait pu lui répondre. Lui demander des explications ou lui demander pardon. Mais Vamp avait bien trop peur de ce qu'il pourrait encore lui répondre. Et puis n'avait-il pas raison ? Il était ce qu'elle avait fait de lui.

Silencieuse, elle grimpa l'escalier, sans se hâter ni ralentir. Elle n'avait rien à faire ici. Elle replia soigneusement la chemise qu'elle portait, la laissant sur l'unique commode de la pièce. Elle pensa même à lisser les draps désordonnés de son côté du lit, comme pour effacer toute trace de son passage dans l'univers du barbu. Elle passa son épais manteau sombre, le boutonnant soigneusement jusqu'au col qui effleurait une joue plus blanche que jamais.

Lorsqu'elle fut de nouveau au pied de l'escalier, son regard se leva pour rencontrer les yeux du jeune homme. Sa voix s'éleva, douce et sans timbre.


- Je crois que tu as raison. Je ne te mérite pas.

Elle se hissa de quelques centimètres sur la pointe des pieds pour atteindre la bouche de Lin. Ses lèvres embrassèrent tout délicatement et tout tendrement les siennes. L'espace d'une demi-seconde. Assez pour que son nez effleure le sien et qu'elle s'imprègne une dernière fois de son odeur avant de quitter la maison.

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Le grand presque-blond avec la jeune femme aux cheveux noirs
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