l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 Le temps d'un voyage...

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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 18 Avr - 9:43

La jeune femme s’était trompée. La présence de la jument l’avait rassurée dans son inconscient et les souvenirs liés à l’animal avaient prit possession de ses rêves. Mais ces rêves l’avaient peu à peu, de fil en aiguille menée à ses cauchemars d’enfant. Elle avait l’impression de sentir de nouveau la douleur dans son dos. De se retrouver de nouveau en forêt sous l’orage. De sentir de petites pattes remonter le long de son ventre. Vamp se réveilla en sursaut et ramena ses jambes contre sa poitrine, cherchant du regard ces bêtes immondes. Elle tremblait. Il faisait noir et Lin n’était pas là. Il lui fallut un moment pour recoller entièrement les morceaux de ces dernières heures et son regard noir se posa sur le feu qui se mourrait. Elle ne se rappelait pas avoir fait un feu. La jeune femme passa sa main sur son visage, essuyant son front et son menton moite. Elle se détacha de la jument et se releva. Le vent frais la fit frissonner, se glissant contre sa peau humide. Vamp regarda autour d’elle. Il n’y avait même pas Chanda. Ses yeux se posèrent sur la jument qui n’avait toujours pas de nom. Elle ne voulait pas rester là. Elle voulait retourner auprès de Lin et Chanda. Sentir les bras du Barbu se refermer sur elle et le poids de Chanda au creux de ses reins. La main de la jeune femme se referma sur son bras avec fermeté.

- Va tu cessez de trembler !

Elle détestait se retrouver dans cet état incontrôlable. Son corps lui échappait, échappait à son contrôle et à sa volonté. Elle était faible.

La jeune femme sortit du bosquet et traversa l’hécatombe. L’odeur l’agressa, lui retournant les entrailles. L’odeur de la décomposition. L’odeur de la mort. Une nausée l’a prit et elle dut cacher son visage avec la manche de sa chemise. Il ne faudrait pas s’attarder ici trop longtemps dans les jours à venir. Etre victime d’une quelconque épidémie, n’était pas dans les projets de la jeune femme. Elle traversa rapidement la scène macabre, peu désireuse de rendre le peu d’aliments qui se trouvaient encore dans son estomac. La jeune femme au teint blanc se rapprocha du camp et posa son regard noir sur le dos du Barbu assit en tailleur. Un profond soulagement s’empara de la jeune femme et un sourire naquit au coin de ses lèvres. Elle voulait aller contre lui et se faire câliner par le jeune homme. Elle s’avança dans son dos, sans cacher sa présence et se pencha sur sa nuque avant de s’arrêter. Peut être voulait-il être tranquille. Peut être n’était-il pas d’humeur à s’occuper d’elle. Et puis il devait être fatigué de la journée. La jeune femme était décidément devenue trop collante. Elle se redressa, décidée à ne pas satisfaire son égoïsme.


- Salut…

Vamp passa devant le jeune homme, lui adressant un léger sourire, avant d’aller s’asseoir face à lui, adossée contre le tronc d’un arbre. Elle ne savait pas exactement s’il avait sentit son souffle contre sa nuque, mais qu’importe… Elle tremblait toujours et s’enveloppa dans une couverture de laine épaisse pour cacher ses tremblements aux yeux du jeune homme. Le Cadavre se frotta le nez et jeta un coup d’œil à la femme allongée sur le sol avant de revenir sur Lin.

- Tu devrais aller te reposer… Je vais prendre le dernier tour de garde jusqu’à l’aube.

La pâle jeune femme n’avait pas sommeil. Enfin, plus sommeil pour être précis. Elle savait qu’elle ne s’endormirait plus cette nuit là, alors autant laisser Lin se reposer.

Chanda se leva et s’approcha de la jeune femme. Vamp l’observa trottiner jusqu’à elle, un léger sourire aux lèvres. Elle avait bien besoin d’un câlin… Le jeune loup se coucha à ses côtés et posa sa tête sur ses cuisses, la regardant fixement. Vamp leva les yeux au ciel et se pencha, lui chuchotant.

- Oh mais arrête un peu… Je te remplacerais jamais pour une jument… Tu sais bien que je t’aime non ?

Amusée, la jeune femme enlaça le jeune loup, enfouissant son visage affectueusement dans son pelage. Elle avait finit par avoir son câlin…

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mer 29 Avr - 15:53

Lin était perdu dans ses pensées. Il n'avait pas fait le compte des minutes qui s'étaient écoulées depuis qu'il s'était installé là, assis en tailleur, les coudes appuyés sur ses genoux pliés, les mains ballant sans vie entre ses jambes croisées. Ses doigts qui plus tôt avaient porté la bandelette autour de la cheville broyée de la jeune inconnue pendaient maintenant d'un air triste, ongles baissés vers le sol, inanimées. A demi avachi, son dos creusait une courbe le long de son ventre, remontant le long de son sternum, dessinant un profil incurvé qui le laissait sans vie sur l'ombre qui balayait faiblement la poussière du chemin. Il avait les yeux ouverts. Il ne regardait pas. Il ne voyait pas. Mais ses pupilles se perdaient dans le feu. Les flammes se reflétaient en dansant dans le noir de ses iris, animant d'une vie factice les deux globes oculaires du jeune homme. Son esprit était parti depuis longtemps, envolé ailleurs, là où lui seul allait, quand le temps qu'on lui laissait lui permettait de s'échapper dans ses souvenirs, bons comme mauvais.

A peine haut comme la table. Il avait attrapé un oiseau et l'avait enfermé dans le poulailler au grillage usé qu'il affectionnait tant. Les traits de l'habitation lui échappaient, mais il savait qu'il se trouvait dans cette vieille ferme qu'ils avaient si longtemps habitée ... Avant. L'oiseau voletait, se cognant contre les mailles de fer qui le retenaient prisonnier de cette cage improvisée. Lin le regardait, souriant. Assis en tailleur comme il l'était alors qu'il se perdait dans sa mémoire, il observait avec attention tous les battements d'aile du petit volatile, appréciant d'entendre ses pépiements. La lumière se reflétait sur les plumes noires de son ramage, nimbant ses ailes d'une lueur fantomatique. Fasciné, le petit garçon n'en perdait pas une miette.

Un sursaut. Il tourna la tête. La jeune femme qu'il voit dans son dos. Plissant les yeux, Lin tenta d'éclaircir le visage qui lui paraissait familier. Embué dans ses souvenirs, l'image de la jeune femme mit du temps à lui venir. Vamp. Elle ne dormait pas à l'opposé tout à l'heure ? Est-ce que ça voulait dire que plus de temps qu'il ne pensait s'était écoulé ? Et si oui, ne devait-il pas vérifier l'état de l'inconnue ?
Fronçant les sourcils, il finit par hausser les épaules et reporta son attention sur le feu, son regard, se perdant de nouveau dans les braises mourantes qui rougeoyaient faiblement.

Le bec se coince dans un trou moins large que les autres. Les ailes battent fébrilement et le petit corps s'agite. Le garçon fait la moue et se relève, s'approchant du poulailler. Alors qu'il allait rouvrir la cage de fortune et libérer le volatile, une idée lui vint. Pointant son doigt vers l'oiseau, il caressa son bec du bout des doigts, souriant à l'aspect légèrement rugueux de la petite pointe jaune, proéminence à l'avant de sa tête. Ca piquait plus qu'il n'aurait pensé. Retirant son doigt, il ouvrit la cage et referma les doigts avec la délicatesse que son âge lui permettait sur le duvet charbonneux du volatile, le libérant de l'étreinte oppressante du grillage. Il sortit de la grange et desserra les doigts, rendant son vol possible à l'oiseau.
Un sourire s'étala sur ses traits alors que le pépiement du volatile ponctuait sa remontée vers le ciel.

Le barbu s'ébroua et se passa une main sur le visage. Pourquoi alors qu'il était assis là, de dos à ce charnier, un souvenir aussi joyeux lui était revenu ? Etait-ce en rapport avec le calme qui l'avait envahi alors qu'il avait reposé la cheville sur la terre ? Ou bien son esprit le ramenait-il vers son premier attrait des soins ?
Incapable de trancher, il préféra balayer la question d'un geste de main et se redressa, inspirant profondément. Tout était noir autour de lui, mais il pouvait discerner le contour de sa compagne, installée de l'autre côté du feu, face à lui. Lin pencha légèrement la tête à ses paroles et lui sourit imperceptiblement.
Décroisant ses jambes, il prit appui au sol et se releva, dépliant ses jambes, tentant de les dégourdir, la mauvaise sensation des membres ankylosés les enserrant dans un étau désagréable. Il secoua ses jambes un moment, le temps de sentir les millions de fourmis sanguines se glisser le long de ses veines, saturant ses nerfs d'une sensation ni douloureuse, ni insupportable. Juste agaçante.

Un coup d'oeil à l'évanouie et Lin contourna le feu. Elle n'avait pas l'air d'avoir trop remué et le bandage tenait parfaitement. Il s'arrêta de l'autre côté et hésita quant au comportement à adopter envers sa compagne. Il était fatigué et sa proposition de sommeil l'enchantait plus qu'il n'avait pu le laisser percevoir. Seulement, il se serait bien installé avec elle pour dormir paisiblement, mais le loup logé dans ses bras l'en dissuada. Haussant les épaules pour lui-même, il se pencha vers elle et l'embrassa légèrement, effleurant à peine ses lèvres des siennes. Il lui donna un coup de nez sur le bout du sien avant de se décaler de quelques pas, s'asseyant au pied de l'arbre. Il appuya son dos contre l'écorce et laissa sa tête peser contre le géant feuillu, fermant les yeux.
Ses paupières occultèrent le ciel étoilé, morcelé par les feuillages des arbres, le plongeant dans un noir total. Croisant ses bras sur sa poitrine, les genoux relevés vers son torse, il se laissa lentement tomber dans un sommeil léger et sans rêves.
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Bella



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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Dim 3 Mai - 8:30

Dormir. Elle aurait juste voulu dormir. On pouvait pas la laisser tranquille ? Elle avait bien senti qu'on la tiraillait dans un sens, qu'on la soulevait dans l'autre. Elle savait bien qu'elle se faisait trimballer comme une chiffe molle depuis un bon bout de temps déjà. Quand est-ce qu'ils allaient enfin lui foutre la paix ? Yavait cette femme là. Une pâlotte. Elle avait un visage tout blanc. C'était pour quoi au juste ? Elle était malade ? Ou alors elle la répugnait tellement qu'elle en avait blanchi ? Au final c'était pareil, un bon coup de dague et elle avait reculé. Certes, après elle s'était sentie basculé de nouveau vers le monde marbré des ombres. Evanouie, à nouveau. Mais évanouie ne voulait pas dire en train de dormir ! Ca, les autres l'avaient pas compris. C'est pas parce qu'elle bougeait pas qu'elle sentait rien. L'état de demi-conscience ça fatigue, c'est bien connu. Elle aurait bien voulu grogner, pester, se débattre, mais son corps ne réagissait plus. Un simple soupir d'esprit lui était parvenu. Rien d'interprétable pour les deux guss, s'ils étaient bien deux, qui s'occupaient d'elle.

Elle avait donc dû subir tous leurs caprices. Le premier lui avait beaucoup déplu. Depuis quand on approche les inconnues sans rien demander ? C'est pas parce qu'elle avait les yeux clos qu'il fallait en profiter ! Enfin, un coup de lame et ça s'était résolu. Le deuxième avait été bien mieux accueilli. Elle avait senti l'énorme poids de la charrette se résorber jusqu'à ne plus exister que dans ces songes délirants. Ca, elle trouvait rien à y redire. Mis à part peut être la bave du louveteau dans son cou. Après en revanche, elle s'était retrouvée dans ses lamentations internes. Il s'étaient apparemment décidés à la bouger. Yavait eu des mains autour de sa cheville. Puis des bras dans son dos, d'autres autour de ses jambes et plus rien sous ses fesses. Plus de sol. Plus de cailloux. Elle devait être en l'air à ce moment-là. Et malheureusement bien trop faible pour protester. Puis elle savait pas trop comment, mais le sol était de nouveau dur sous son bassin. Mais yavait de l'herbe, elle l'aurait juré. Finalement ils s'étaient calmés et elle avait enfin prendre un peu de repos. Oui, mais pas dormir.

Qu'est-ce qu'elle aurait donné pour dormir ! Même juste affalée entre les sacs de provisions à l'arrière de leur vieille carriole branlante. Comme elle le faisait avant. Avant cette attaque. Quelle bande de malfrats ! Tous des brigands ...
Et maintenant, elle avait mal à la cheville, elle était serrée dans une espèce de bandage à la noix et sa tête reposait contre le sol terreux. Des images lui revenaient, parsemant ses paupières de fugitifs souvenirs de la bataille. Elle se souvenait bien des chevaux qui piaffaient à l'avant et de son mari derrière, qui essayait de lui faire comprendre de se cacher sans parler. Il aurait pas pu utiliser des mots non ? Pas compliqué quand même. Au lieu de gesticuler comme un pantin désarticulé. Il était devenu quoi d'ailleurs, après ? Elle ne se souvenait pas de l'avoir vu, ni mort, ni vivant. Elle s'était contenté de suivre à peu près correctement ce qu'on lui avait indiqué. La bonne idée ! Elle s'était retrouvée coincée sous la charrette !

Grognant, elle sentit peu à peu les vapes de l'inconscience se dissiper et ses sens reprirent bientôt les commandes de son corps. Une vive douleur dans le bout de la jambe envoya un éclair de douleur dans ses nerfs, lui arrachant un gémissement. La personne qui s'était occupée d'elle lui avait bloqué la cheville mais n'avait pas endigué la douleur. Elle remua le bout des doigts, pestant contre la faiblesse de ses membres. Comment allait-elle faire pour reprendre la route s'il était si faible ? Un soupir désespéré lui échappa et elle ouvrit les yeux, clignant des paupières à la lueur du feu. Qu'est ce que c'était que ça encore ? Des brigands qui font un feu. Sont-ils pas fous ? Elle tourna légèrement la tête et plissa les yeux, le nez froncé. Yavait des gens là-bas, elle distinguait pas bien leurs corps, mais elle avait conscience de leur présence.
Elle se décida alors à ouvrir la bouche. Après tout, brigand ou pas, elle allait pas rester avec cette gorge en feu sans rien faire. Fallait qu'elle boive, et vite.


Hey ! Vous là-bas là ! J'sais pas bien qui vous êtes, mais y me faut à boire. Un bon petit alcool me r'mettrait bien sur pieds j'pense. Vous d'vez avoir ça nan ? Et puis j'ai mal à la cheville, pouvez pas faire quelque chose ? C'est bien sympa d'l'immobiliser mais si ça fait encore mal, ça sert à rien ! Et didiou, j'ai soif ! Portez à boire !
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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mer 6 Mai - 14:29

L’odeur du loup imprégnait les narines de la jeune femme. Durant longtemps, cette seule odeur avait été sa compagne pendant les nuits d’hivers solitaires. Emmitouflée dans des fossés ou aux pieds des arbres, la pâle jeune femme avait passé ses nuits blottie contre le jeune loup. Les bras enroulés autour du cou de l’animal, sa joue posée contre son pelage, Vamp observait les faits et gestes du jeune barbu, prenant exemple sur lui. Son regard obscur suivit le cheminement de Lin et Vamp ne put s’empêcher de se redresser en le voyant s’approcher d’elle, détachant sa joue de Chanda. Il se pencha et elle sentit à peine ses lèvres se poser sur les siennes. La jeune femme sourit, heureuse de l’attention du jeune homme à son égard et de sa douceur. Silencieuse, elle le suivit du regard jusqu’à ce que ses yeux se ferment. Fronçant le nez, elle l’observa encore un petit moment avant de reporter son attention sur le feu. Ses doigts blancs s’enroulèrent dans le poil de Chanda, caressant distraitement le pelage de l’animal. Elle suivit un moment la danse des flammes avant de jeter un nouveau coup d’œil au Barbu. Une moue pensive sur le visage, elle l’observa un long moment, hésitante. Il était à quelques pas d’elle. Il n’y avait aucun mal à se rapprocher un peu, non ? Raah Vamp ! T’es une grande fille ! Aller ! La jeune femme secoua la tête, se reprenant et s’obstina à fixer le feu. Elle louchait pratiquement sur les flammes. Le ventre de Chanda faisait pression sur sa cuisse, lui apportant une douce chaleur. Malgré tout ses efforts, son regard se glissa de nouveau vers lui.

Vamp se contenta tout d’abord de s’asseoir à ses côtés. Les genoux repliés contre sa poitrine et enlacés par ses bras, elle regardait les buissons qui leur faisaient face, l’air de rien. Puis d’un léger mouvement de fesses qui se voulait plus ou moins hasardeux, elle se rapprocha de lui et sentit le bras de Lin contre le sien. La jeune femme regarda autour d’elle, s’assurant que personne n’était témoin de son petit manège et se rapprocha du Barbu. Elle glissa sa tête sous le bras du jeune paysan et alla se pelotonner contre son corps. La main de Lin retomba dans son dos alors qu’elle posait sagement sa joue contre le torse du jeune homme. Elle s’abstient de respirer un moment, ne voulant pas éveiller les soupçons de Lin et finit par se détendre, se reposant complètement sur lui. C’était tout chaud et drôlement confortable. Et cette odeur… Vamp ferma les yeux et se laissa enivrer. Elle était censé monter la garde, elle le savait. Mais la tentation avait finit par avoir raison de la sécurité.

Au bout de quelques minutes, elle reconnut la truffe froide et humide du jeune loup au creux de ses reins.

Après une vingtaine de minutes, alors que la jeune femme était bien calée dans les bras de son homme, une voix s’éleva dans son dos, la faisant sursauter. Elle tourna la tête et observa le corps allongé de la femme blessée. Cette voix ne pouvait être que d’elle. A regret, elle se redressa, se détachant doucement du corps accueillant de Lin, et se releva. La pâle jeune femme leva un sourcil et enfonça ses mains dans ses poches, observant la grande gueule qui lui aboyait des ordres et des grognements. Vamp sentait que cette femme allait devenir sa très grande amie… La jeune femme pencha la tête sur le côté et s’approcha lentement du corps, avant de se stopper, juste au dessus d’elle. Un sourcil levé, elle l’observa un long moment, sans un mot. Vamp ne faisait jamais aucun effort avec les inconnus… Inconnues enceintes ou non.


- A boire ? Vraiment ?

Un étrange sourire aux lèvres, la jeune femme lui tourna le dos et revint avec une gourde à la main. Elle la garda en sa possession et baissa les yeux sur la femme, sans lui préciser que la gourde ne contenait que de l’eau.

- J’ai un peu de ceci… Mais il va falloir me parler sur un autre ton si vous voulez l’avoir chère Dame…

Un charmant sourire s’afficha sur le visage de Vamp. Il était hors de question de se laisser marcher sur les pieds par une femme en cloque.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Ven 8 Mai - 11:53

Lin dormait paisiblement. Ses bras enroulés autour de ses jambes les maintenaient à hauteur de son torse et sa tête reposait contre le tronc avec la lourdeur du sommeil. Son esprit s'échappait dans des rêves aussi flous qu'étonnants. Le barbu se savait installé au beau milieu de la nature mais l'odeur de la jeune femme le transporta jusque chez eux, l'immergeant dans un amalgame de murs de pierre branlants et de pots de miel vidés jonchant une table en bois rustique. Son inconscient le transportait dans des situations loufoques, tandis que son corps réagissait sans la moindre étincelle de vie à celui de sa compagne. Son bras retomba mollement dans le dos de la jeune femme, son buste sentant son poids sur lui. Un sourire faible étira ses lèvres avant que sa tête ne retombe sur son cou, le replongeant dans un monde onirique à part.

Alors qu'il se redressait légèrement, son dos frottant contre l'écorce, le voile brumeux qui enserrait et anesthésiait son esprit se dissipa, laissant apparaître la morne lueur des flammes mourantes aux yeux embués du barbu. Il se passa un poing fermé sur les paupières, baillant à s'en décrocher la mâchoire. Il avait bien dormi et son corps se trouvait reposé, lui laissant tout le loisir de s'occuper des personnes qu'il estimait avoir à sa charge. Il appuya ses mains au sol et se leva, étirant ses jambes avant de tendre les bras au-dessus de sa tête, les croisant derrière sa nuque. Son regard traversa le feu, tombant sur le visage de la blessée et remonta lentement sur le dos qui occultait le corps de l'évanouie, apparemment éveillée. Fronçant un sourcil, il détailla la silhouette, reconnaissant Vamp. Qu'est-ce qu'elle faisait penchée au-dessus l'inconnue ?
Haussant les épaules à son questionnement intérieur, il contourna les braises et s'approcha des deux jeunes femmes. L'une était étendue au sol, grommelant contre il ne savait quoi tandis que l'autre tenait dans sa main une gourde, un air triomphant sur le visage. Elles étaient en pleine discussion. Le barbu en saisit le sens au vol, souriant légèrement. La blessée avait soif et Vamp se faisait un plaisir de marchander la ressource vitale à la femme enceinte, visiblement ravie de sa position de supériorité.

Le jeune homme ne s'attarda pas bien longtemps sur leur querelle, se contentant de lancer un regard mi-désolé, mi-amusé à l'assoiffée, haussant les épaules d'un air fataliste. Il alla s'accroupir à ses pieds, prenant délicatement sa cheville entre ses mains. Ses doigts s'affairèrent sur le bandage, le défaisant rapidement avant de le laisser choir au sol. Un sourcil froncé, Lin observa l'articulation, le visage impassible, les yeux concentrés. La cheville n'avait pas gonflé plus que prévu, mais les rougeurs sur celle-ci ne le rassurèrent pas. Etait-ce dû à une maladie infectieuse qui aurait pu s'infiltrer sous les bandelette ? Ou bien n'était-ce que la bande qui avait été trop serrée ? Il grogna, incapable de répondre et s'assit en tailleur, calant le pied de la jeune femme entre ses jambes. Il allait falloir s'occuper de ça pour éviter que ça ne dégénère si jamais il s'agissait bien de la première solution. Posant lentement ses doigts sur les bosses et creux de la jointure du pied au tibia, il observa les différentes réactions de la blessée. C'est qu'elle grognait celle-là ... Elle aurait pu se contenter de répondre, mais non, il fallait qu'elle en rajoute, critiquant tout et n'importe quoi. Prenant sur lui, Lin continua de palper consciencieusement, s'attardant sur les zones rouges, notant les changements de température entre la peau tannée par le soleil et celle rougie par il ne savait quoi.

Au bout d'un moment, il la relâcha et reposa le pied au sol, sur la bandelette déroulée. Il allait lui falloir de l'eau et celle de la gourde ne suffirait pas. Il faudrait donc aller en chercher. Oui mais où ? Se dégourdissant les jambes après le long examen qu'il avait fait subir à la jeune paysanne, il siffla Chanda. Il allait l'aider. Après tout, un animal sait bien trouver de l'eau quand il est sauvage ? Pourquoi pas le louveteau ? Même élevé par Vamp, il avait dû garder ses instincts et la recherche de l'eau était vitale. Il ne pouvait pas avoir oublié ça. S'accroupissant en face de l'animal, il lui tapota le poitrail avant de lui prendre le museau entre ses doigts.


Allez mon vieux, tu vas me faire le plaisir d'aller me trouver de l'eau, d'accord ? Tu vas aller barboter dans les environs. Tu me trouves soit une rivière, soit un lac. Cours d'eau ou non, ça ira bien. Mais de l'eau que tu pourrais boire d'accord ?

Regardant dans les yeux du louveteau, Lin s'assura qu'il avait compris. Il ne pouvait dire si oui ou non Chanda allait véritablement comprendre le sens de ses paroles, mais il savait qu'il pouvait lui faire confiance pour pas mal de choses. Alors pourquoi pas celle-là ?
Se relevant, il flatta sa tête avant de lui donner une tape sur la croupe, l'envoyant chercher ce dont il avait besoin. Il n'avait plus qu'à attendre son retour. Il se retourna vers les deux femmes et s'approcha de Vamp, se penchant à son oreille.


C'est pas bien de faire du chantage sur les matières vitales ... Sois gentille avec elle, elle est enceinte je te rappelle.

Se redressant, il lui envoya un regard entendu et se tourna vers la blessée. Maintenant, réussir à la faire taire. Ca risquait d'être plus dur ça ...
S'accroupissant au niveau de sa tête, il se pencha au-dessus d'elle et planta ses yeux dans les siens, un sourire en coin.


Bonsoir ... Je suis le bougre qui a soigné votre cheville. Vous avez mal ? C'est normal, il faut du temps pour que ça s'arrange, et ça demande beaucoup de force pour se faire. Alors vous feriez mieux de les économiser au lieu de les gaspiller en bavardages inutiles. S'il vous plaît et merci sont deux mots courts. Alors par exemple, la phrase: De l'eau s'il vous plaît, sera moins fatigante pour vous et plus agréable pour nous.

Il allait se redresser quand une idée lui vint. Prenant l'air le plus sérieux qu'il put, il se retourna vers elle.

Ah oui ! Et j'oubliais ! Vous avez des plaques rouges sur l'articulation. Je ne suis pas sûr que ce soit dû à une maladie, mais on ne sait jamais. Vous avez donc besoin de double repos. Juste pour vous prévenir.
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Bella



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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Ven 8 Mai - 12:24

Hmpffff ! Mais c'est qu'elle lui faisait du chantage l'autre pâlotte ! Comment pouvait-elle se permettre de lui faire ça alors qu'elle mourait de soif ? C'était franchement pas juste ça ! La paysanne soupira fortement et lança un regard courroucé à la jeune femme la surplombant. Et puis ce sourire parfaitement supérieur qu'elle affichait ... C'était mesquin ! Mais elle n'avait pas le choix, il allait falloir qu'elle se plie aux exigences de cette brunette arrogante. Sinon elle risquait de ne pas pouvoir boire du tout, ni d'eau, ni de quoi que ce fut d'autre. Elle eut un rictus agacé et ouvrit la bouche pour répondre quand un mouvement derrière la femme debout attira son attention. Un homme apparemment. Drôle d'attitude que la sienne. Les bras tendus au-dessus de sa tête, il se permettait de bailler. Ils étaient pourtant au milieu d'un champ de bataille ! Bon d'accord, ils s'étaient déplacés quelque peu, mais tout de même ! Si les brigands rôdaient encore, c'était pas bien malin de dormir, ça se fait pas ! Elle grogna de plus belle et se renfrogna en le voyant approcher. La lumière des flamme l'éclaira et elle perçut son visage. Un barbu. Oh pas une grosse barbe, juste une barbe de mal rasé. Des poils plutôt abondants qui se disputaient son menton. Pas brun lui en tout cas. Pas comme l'autre là ...

La paysanne allait pour l'interpeller quand elle se rendit compte du regard qu'il lui lançait. Elle faillit sourire en décelant l'air désolé qu'il affichait à moitié, mais la part de moquerie qui complétait son visage l'arrêta net. Mais qu'est ce qu'ils avaient tous à se liguer contre elle ? Elle voulait à boire, c'était tout ! Ni plus, ni moins. Pourquoi étaient-ils obligés d'être condescendants de la sorte ?
Elle croisa les bras sur sa poitrine et fit une grimace à la brunette. Après tout, elle attendrait d'aller mieux pour se lever et se servir elle-même. Elle allait pas s'abaisser non plus, non mais qu'est ce qu'elle croyait ?
Des mains sur sa cheville la tirèrent de sa provocation et elle baissa les yeux vers le bas de sa jambe, étonnée de voir le jeune homme s'affairer sur son articulation. Qu'est ce qu'il voulait encore lui ? Et pourquoi il lui enlevait son bandage ? C'était bien pratique, même si ça n'atténuait pas la douleur. Ca permettait au moins d'éviter les faux-mouvements traîtres et douloureux. Et puis ses doigts ! Il pouvait pas se les garder non ! Au lieu d'aller les appuyer partout où ça faisait mal ! Elle pesta et tenta de retirer sa jambe, sans grand succès.


Eh ! Mais stop ! Arrêtez ! Vous m'faites mal d'abord ! Gardez vos sales doigts ! Et r'mettez-moi c'bandage ! Nan mais on est où là ? Pouvez pas me foutre la paix nan ... J'demande à boire, c'tout ! Aïeuh ! Mais pourquoi vous appuyez partout où qu'ça fait mal ! Et pis d'abord vous m'lâchez ! Mais aïeuuuuh ! Vous comprenez pas qu'ça fait mal !

Elle sentait clairement les doigts qui se glissaient à chaque zone sensible, appuyant dessus. Il était sadique ou quoi ? Qu'est ce qu'il cherchait au juste ? A part la faire souffrir ... Elle commençait à en avoir marre de ces deux-là. Entre la pâlotte qui refusait de lui donner de quoi étancher sa soif et l'autre rustre qui lui faisait imploser la cheville de douleur, elle sentait qu'elle allait s'énerver. C'était une colère chaude, obstinée mais courte. De ces colères qui éclatent fort mais ne durent pas dans le temps.

Tidiou ! Z'allez m'lâcher avant qu'j'm'énerve pour de bon ! Reprenez vos sales doigts et foutez moi la paix ! Donnez d'l'eau et allez voir ailleurs si j'm'y trouve ! C'pas possible ça oui ! On peut même pu mourir en paix ! Et laissez r'venir çui qu'avait commencé à m'soigner, lui au moins y m'a fait un bandage digne de c'nom ! Et toi, l'autre bonne femme là ! T'arrêtes de t'la jouer grande Dame hein ! Parce que d'abord t'sais même pas c'que c'est d'avoir soif ! Donne moi l'eau et va voir plus loin s'tu peux pas t'trouver aut'chose !

Elle allait continuer quand le jeune homme s'accroupit en face d'elle. Il venait de dire quelque chose à la pâlotte qu'elle n'avait pu entendre. Tous les deux se parlaient comme si elle n'était pas là et le sourire moqueur qu'elle vit naître sur le visage du barbu eut le don de l'exaspérer. Non seulement elle s'énervait pour rien, ils n'écoutaient rien, mais en plus, il se permettait de se moquer d'elle ... Fulminant, elle tenta de se relever, étouffant un cri de douleur. C'était pas encore ça ... Elle se résolut à écouter ce que l'autre avait à lui dire.
Son visage changea de couleur en entendant qu'il était celui qui l'avait soignée et la réprimande qu'il lui asséna la rendit penaude. Elle venait de s'énerver contre ceux qui l'avaient aider. Mais pourquoi l'autre refusait-elle de lui donner ce qu'elle attendait alors ? Elle se tint coite, encaissant sans rien dire et acquiesçant aux paroles du barbu. Faut dire qu'il était le seul à pouvoir le soigner. L'autre bonne femme accepterait jamais après ce qu'elle lui avait dit. Elle se sentit soulagée quand il releva la tête mais l'affolement la gagna quand il se repencha sur elle. Des plaques rouges ? Il plaisantait là ?
Déglutissant difficilement, elle se fit toute petite et leva des yeux apeurés sur la jeune femme blanche. Pauvre petite paysanne terrorisée, elle avait les attitudes caractéristiques des gens lunatiques. Elle fit la moue et s'adressa à la détentrice de la boisson, tentant de moduler son ton.


Pouvez m'donner d'l'eau si'vou'plait ?
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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 9 Mai - 16:05

Debout aux côtés de la jeune femme, Vamp n’avait pas bougé d’un pouce. Elle tenait la gourde entre ses mains blanches, pas le moins du monde prise de compassion pour la femme allongée à ses pieds. Qu’elle soit une paysanne ou non ne changeait rien. Qu’elle soit enceinte ou non ne changeait rien non plus. Cette femme n’avait pas à lui parler ainsi. En taverne, les villageois prenaient grand soin de critiquer les nobles et leur train de vie luxueux. Mais Vamp avait remarqué que lorsque l’occasion se présentait, ces même villageois n’hésitaient pas à user abusivement de leur autorité sur des personnes plus faibles. Ils contrebalançaient leur dignité entachée sur des personnes qui leurs étaient inférieures. Quoi de plus écœurant ? Vamp ne se croyait ni supérieure ni inférieure à cette femme. Elle était juste elle-même à cet instant, et détestait qu’on lui manque de respect gratuitement. Or, quand Vamp recevait, elle donnait.

La pâle jeune femme perçut un mouvement dans son dos, mais ne broncha pas. Elle laissa Lin s’occuper de la femme sans rien dire, continuant de la fixer de son regard noir. Celle ci commença à se plaindre alors que le jeune homme s’occupait de sa cheville. C’est qu’elle commençait réellement à l’énerver celle là. Vamp plissa les yeux, tentant d’endiguer le sentiment qui commençait à monter dangereusement en elle, mais les paroles de la blessée brisèrent ses résistances. C’était d’elle qu’elle parlait ainsi ? La jeune femme leva un sourcil.


- « L’autre bonne femme » ? C’est de moi dont vous parlez peut être ?

Son ton commençait à devenir menaçant pour qui connaissait Vamp. Lin se pencha à son oreille. Un léger sourire étira les lèvres du Cadavre lorsqu’elle sentit le souffle du jeune homme caresser son cou. Sourire qui se transforma bien vite en grimace. Si lui aussi s’y mettait… Oui mais voilà. Vamp écoutait plus Lin qu’elle ne le montrait vraiment. Elle hocha donc la tête et laissa le jeune homme prendre les choses en main. Il fallait bien avouer que sa technique était pas mal du tout. Vamp observa son homme, un sourire d’idiote amoureuse aux lèvres. Hey ouai… C’était son homme… L’envie d’aller faire un tour dans les buissons avec lui lui vint. Mais la blessée la tira de sa rêverie et elle baissa les yeux sur elle. Son ton avait nettement changé. C’était déjà bien mieux mais la pâle jeune femme resta de marbre. Il était rare que Vamp change d’opinion sur la première impression que lui donnait les gens qu’elle rencontrait. Et là, c’était trop tard.

Vamp s’accroupie aux côtés de la femme, gardant la gourde dans sa main. Elle se pencha vers elle, avançant son visage vers le sien et lui parla d’un ton très détaché.


- Vous savez… On m’appelle le Cadavre… Plutôt macabre n’est ce pas ? Je vous laisse imaginer les raisons pour laquelle on me surnomme ainsi… Je vous conseille simplement d’éviter de me pousser à bout. En toute amitié bien sûr…

Elle lui adressa un sourire plus ou moins rassurant. Vamp jouait sur la peur et n’en éprouvait aucune culpabilité. La pâle jeune femme se redressa et lança la gourde sur la poitrine de la femme avec une parfaite froideur.

- Evitez de boire de travers… Ce serait tellement dommage de vous voir vous étouffer…

Vamp l’observa un moment avant de lui sourire, sourire qui se voulait faussement aimable. Elle se détourna de la femme et retourna s’asseoir près du feu. Elle louait le jour où ils seraient de nouveau que tout les deux sur les routes…

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 9 Mai - 17:04

Lin observa la scène sans grand intérêt. Il savait que sa compagne ne se laisserait pas marcher sur les pieds et même s'il doutait de la manière avec laquelle elle allait donner l'eau à la paysanne après que celle-ci lui eut parlé correctement, il n'envisageait pas d'autres possibilités que l'abdication du Cadavre, faute de ne pouvoir faire autrement. Lui-même s'était vu dans l'obligation de s'occuper de la cheville de la blessée alors qu'elle le rembarrait proprement, l'obligeant à prendre sur lui pour ne pas lui tordre le membre. Certes, elle pouvait souffrir. Certes, elle avait dû perdre pas mal de monde dans ce carnage. Mais de là à vous insulter et à vous parler comme à des chiens alors que vous êtes à l'origine de sa guérison, très moyennement acceptable, selon le barbu. Il se contenta de hausser les épaules alors que Vamp jetait la gourde sur la paysanne et se détourna de l'allongée. Après tout, il avait autre chose à penser que de concilier les deux femmes. Sa compagne avait raison dans une partie de son attitude et il ne pouvait pas la blâmer d'en vouloir à l'autre.

Il se décida donc à rejoindre le Cadavre, s'installant dans son dos, comme il en avait l'habitude. Relevant ses genoux de part et d'autre de la jeune femme, il croisa ses bras autour de son buste, l'attirant contre lui. Son nez plongea dans son cou et il resserra son torse contre son dos, s'installant confortablement auprès d'elle. Tandis que l'autre mégère buvait à sa soif, le barbu perdit ses yeux dans les flammes, se laissant porter par leur danse. La chaleur de la jeune femme entre ses bras s'additionnait à celle du feu et une douce torpeur envahit le jeune homme. Alors qu'il commençait à s'assoupir, le choc de la gourde contre le sol le fit sursauter. Il tourna la tête pour voir ce qu'il était arrivé à l'inconnue quand il se rendit compte qu'elle s'était endormie. Enfin tranquilles ! Ils allaient pouvoir se reposer sans avoir se soucier des caprices de cette bonne femme. Souriant légèrement, Lin reporta son attention sur sa compagne et embrasse légèrement sa mâchoire, resserrant son étreinte sur elle.


Tu peux dormir si t'en as envie, je reste ici, je m'occuperai de garder le feu en vie, de m'assurer que l'autre dort toujours et je réceptionnerai Chanda avec l'eau que je lui avais demandé. Je monte la garde en somme.

Le barbu posa ses mains derrière lui, s'appuyant dessus et leva la tête vers les étoiles. Il ne savait pas exactement ce qui le fascinait le plus dans l'immensité piquetée de lumière, mais il était sûr que ça lui venait de son enfance. Souriant à l'évocation de son passé à la belle étoile, il laissa son regard vagabonder de constellations en constellations, tentant de se remémorer les noms de chacune, tirant la langue sous l'effort pour certaines. C'était la grande ou la petite ourse celle-là ? Elle s'étend sur pas mal de place, ça doit être la grande. Et la petite ... Il faut monter jusqu'au bout de l'angle et regarder un peu à droite. Ou à gauche ? Soupirant, il laissa tomber et ses yeux dérivèrent sur les cimes des arbres, seigneurs de la terre qui leur faisaient face de toute leur splendeur feuillue. Un sourire lui vint aux souvenirs qui assaillirent sa mémoire en voyant pointer les bouquets d'épines vers le ciel noir. Combien de fois s'était-il approprié un arbre ? Seul ou non d'ailleurs ...

Le museau du jeune loup le sortit de sa rêverie. Le froid humide qu'il sentit sur sa main fit réagir le barbu, le faisant cligner des yeux. La tête tournée vers l'animal, il l'observa avec attention. Tout dans son attitude laissait présager qu'il avait trouver la source voulue. Acquiesçant comme à un humain, il tapota le sommet du crâne de l'animal et se tourna vers la jeune femme appuyée contre lui. Il allait falloir le poser délicatement au sol, ne pas la sortir de sa rêverie ... Il posa ses mains sous ses épaules, ses paumes écartées sur ses omoplates et il se recula lentement, déposant le buste de la jeune femme au fur et à mesure de sa retraite. Une fois allongée au sol, il s'assura que sa tête ne heurtait aucun caillou et se leva, époussetant ses braies. Un geste réflexe complètement inutile: s'il fallait passer à travers des chemins boueux, il aurait vite fait de se salir.
Il se retourna vers le loup et le suivit au travers des arbres, laissant des marques sur les arbres, pas sûr de pouvoir se repérer autrement une fois le jour levé. Une fois arrivé à la source, il tenta de se faire une idée la plus précise possible de la clairière entourant le petit ruisseau qui s'écoulait en un léger chuintement s'élevant dans le paisible silence de la nature endormie.

[...]

Il avait tout vérifié et l'aube pointait déjà. Le ciel devenait blanc à l'est, éclaircissant les nuées. La lueur blafarde dispensée par ce ciel neigeux estompait tous les contours et le barbu ne cessait de se repasser le trajet de la veille dans la tête. Il n'arrivait plus à se souvenir de si oui ou non, il fallait passer à gauche. Le louveteau était passé à droite, mais Lin n'avait pu le suivre, il était donc passé à droite. Mais avait-il bifurqué à nouveau, ou bien le louveteau l'avait-il rejoint au milieu du chemin ? Incapable de trancher, il finit par hausser les épaules et s'approcha de sa compagne. S'accroupissant à sa hauteur, il glissa une main dans ses cheveux et se pencha sur son front, l'embrassant légèrement.


Allez Vamp, debout. Je vais m'occuper de l'eau, j'ai le regret de t'annoncer que tu vas t'occuper de la mégère le temps que je revienne.

Se relevant avant qu'elle ait pu protester, il se tourna vers les arbres et s'élança à travers eux. Chanda le devançant, il avait des chances de ne pas se perdre. Surtout si on considérait que les traces de la veille était encore fraîches, et les encoches toujours présentes. Peut être allait-il pouvoir remplir les gourdes sans y passer trois heures.
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Bella



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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Dim 10 Mai - 9:11

La paysanne avait foudroyé la pâlotte du regard alors que celle-ci lui lançait la gourde sans précautions. C'est vrai quoi ! On pouvait même plus être bien traitée ? Elle était pas si méchante, elle avait juste demandé de l'eau. Pourquoi il fallait toujours qu'ils s'offusquent tous ? C'était tout de même pas bien compliqué de comprendre qu'elle avait mal et qu'elle en pouvait plus de ne pas bouger ! Elle voulut protester, juste pour se faire entendre, mais l'attrait pour la bouteille lui coupa toute véhémence. Enfin elle allait pouvoir boire ! Et si on en croyait l'air intéressé de l'autre bonne femme quand elle lui avait montré la gourde, c'est que ça devait être un bon alcool. Avec un peu de chance, un alcool fort ! Souriant à cette idée, elle déboucha le petit réservoir et huma le goulot. Aucune odeur forte ne lui parvint aux narines. A vrai dire, aucune odeur tout court. Ca sentait peut être un peu le vieux cuir, mais ça c'était dû à la gourde en elle-même, pas à son contenu. Sceptique, la paysanne mena le rebord humide à ses lèvres et but une gorgée. Elle remua les lèvres, claqua de la langue contre le palais avant de pester. De l'eau ! Nan mais ça ne pouvait pas être réel ! Un cauchemar ! Seulement de l'eau ! La gourde qu'elle avait obtenue si difficilement, qu'elle s'était faite jetée dessus comme à une malpropre, c'était de l'eau ! Elle se retint à grand-peine de la balancer plus loin, la raison lui revenant. Elle devait boire, que ce soit de l'eau ou de l'alcool, sinon elle se déshydraterait et elle ne pourrait pas donner naissance à son enfant. Oui, penser à son enfant la rassurait et lui donnait des idées qu'elle n'aurait pas eues autrement. Elle se décida donc et commença à téter au goulot, se désaltérant largement. Au cas où ils ne voudraient plus lui donner d'eau ...

Une fois sa gorge rassasiée, elle s'essuya la bouche d'un revers de manche, émettant un bruit disgracieux, preuve de sa satisfaction. Un rot en somme. C'est que ça soulageait de pouvoir boire à sa soif ! Elle prit alors conscience de la quantité d'eau qu'elle venait d'ingurgiter et du temps qu'elle avait passé allongée là, sans bouger ... Une soudaine envie d'aller aux toilettes la prit alors. Nan mais c'est vrai ! Elle n'avait pas eu l'occasion d'aller se soulager depuis ... Hm ... Il valait mieux qu'elle évite de compter. Une lourde pression sur le bas de son ventre se fit sentir et elle grogna. C'était bien sa veine ! Aucun des deux là-bas n'accepterait de l'aider à y aller, certainement pas la bonne femme qui l'avait en horreur, et l'homme ne voudrait jamais s'occuper de ça. Surtout qu'elle-même ne le permettrait pas de voir ça ... Elle pressa la gourde entre ses mains, essayant de trouver une solution. Nan, elle pouvait pas faire ça là, c'était franchement inadapté. Il faudrait qu'elle attende le lendemain matin. Et qu'elle arrive à les convaincre de l'aider. Une autre paire de manches ça. Elle grimaça et finit par relâcher la gourde. Une bonne nuit de sommeil les ferait peut être changer d'avis à son sujet. Elle n'avait plus qu'à dormir, et attendre que ça passe. Elle ferma donc les yeux et gigota un instant, s'installant confortablement sur le sol dur.
La gourde tombant au sol ne la tira pas du sommeil dans lequel elle venait de plonger. La fatigue accumulée et la crainte du retour des brigands avaient eu raison d'elle. Son esprit s'était déconnecté, et elle était partie dans le monde des rêves.

[...]

Le jour était levé depuis un bon moment quand la paysanne daigna ouvrir les yeux. Ses poings fermés vinrent frotter ses yeux et elle bailla ostensiblement. Mauvaise nuit. Trop de caillasse dans son dos. Pas assez de chaleur autour d'elle. C'est sûr que ça changeait de son mari qui venait la coller pendant son sommeil. Au moins elle était au chaud, avec ou sans couette. Là, elle s'était retrouvée seule, loin du feu et sur un sol de terre caillassée. Sa tête commençait à la lancer et son immobilité à lui peser. Depuis quand n'avait-elle pas bougé les jambes ? Depuis quand ses pieds n'avaient pas toucher terre ?
Il allait vraiment falloir qu'elle se lève, vraiment. Elle tourna la tête vers le feu mort et fit une grimace. Ils n'étaient plus là. Ni lui, ni elle. Elle leva légèrement la tête et finit par apercevoir la silhouette de la pâlotte. Pas de chance, c'était elle qui était restée. Elle soupira et croisa les mains sur son ventre. Et cette envie d'aller faire un tour derrière un arbre ! Ca faisait presque mal tellement ça pressait sur sa vessie. Il fallait absolument qu'elle y aille, sinon ça risquait de venir empester le campement de fortune ! Elle se décida à s'adresser à la femme, pas vraiment convaincue qu'elle l'aiderait. Mais qui ne tente rien n'a rien.


Euh ... Eh ! Dites ! ... Faut que j'vous d'mande un service siouplait ... J'ai vraiment b'soin d'aller ... fin ... Vous m'comprenez nan ? Vous savez, aller derrière un arbre quoi ... Fin j'voudrais pas vous empester l'camp ...

Elle regarda le visage blanc qui s'était tourné vers elle et ne put s'empêcher de grimacer.

Ca m'emmerde autant qu'vous d'voir vous d'mander ça hein ... Faites pas c'te tête, on est dans la même galère là ...
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mar 12 Mai - 14:58

Assise, légèrement courbée sur elle même, Vamp laissait glisser ses doigts sur la terre et les brins d’herbes. Passant du sec et du rugueux des pierres et de la terre à l’étrange douceur des herbes qui survivaient encore au froid mortel de l’hiver. Vamp observait les flammes sans vraiment les voir, préférant de loin le toucher à la vue pour s’apaiser. Perdue dans le mouvement des flammes, elle chatouilla le bout de son index avec la pointe d’un brin d’herbe. Ce simple geste étira ses lèvres en un léger sourire. Elle aimait sentir le pelage de Chandalen sous ses doigts. La peau de Lin contre sa paume. La caresse du vent sur son visage. Toutes ces choses parvenaient à la détendre, à l’apaiser. De simples gestes.

Un craquement de branche l’a sortie de ses pensées. A peine avait-elle relevé la tête, que les bras de Lin étaient venus s’enrouler autour de sa taille. Elle attendit avec impatience de sentir le souffle du jeune contre son cou et sourit quand son impatience fut assouvie. La jeune femme avait ses petites habitudes et grognait si Lin les oubliait. Elle se laissa doucement aller contre lui, se reposant sur le torse du jeune barbu et posa ses mains sur les siennes. Ses mains blanches recouvraient celles de Lin alors que les mains de l’homme avaient pris possession de son corps. Cinquante cinquante. Moite moite. Tu me prends mais je te prends. C’était tout à fait inconscient. La jeune femme resta silencieuse, restant avec une simplicité naturelle dans les bras de Lin. Elle ne dit rien. Pourquoi briser le silence qui les enveloppait ? Dans un cocon de chaleur, un léger sourire dessina ses lèvres et Vamp ferma les yeux. Les lèvres du jeune homme la tirèrent un instant de la torpeur qui la gagnait. Elle se contenta d’hocher la tête. Le corps de Lin se resserra contre le sien, éveillant ses sens. Ah oui… Le bisou du soir, pas oublié… La jeune femme se contorsionna, sa main se glissant contre la nuque du jeune homme et elle attira son visage vers le sien. Sa bouche trouva la sienne, l’embrassant minutieusement, glissant un coup de langue ou une morsure par moment. Elle l’embrassa pendant un long moment. Ah beh le bisou du soir, c’était le bisou du soir. Finissant son câlin en allant frotter le bout de son nez blanc contre le début de barbe du jeune homme, elle se pelotonna contre lui et ferma les yeux. Doucement, le sommeil s’empara peu à peu de son esprit. La chaleur qui l’enveloppait n’arrangeait rien, de même que cette odeur qui flottait. L’odeur de l’herbe, du feu de bois, de Lin. Le craquement du bois qui explose sous la chaleur des flammes lui fit lever une paupière, mais la jeune femme finit par sombrer. Inconsciemment, elle se retourna dans les bras du jeune paysan, de façon à poser sa joue contre son torse.


[…]

Le corps chaleureux et accueillant du jeune homme avait été remplacé par le sol. La jeune femme renifla imperceptiblement et fronça le nez, un brin d’herbe venant chatouiller ses narines. Elle grattait d’un mouvement de main lorsque que les doigts de Lin se glissa dans ses mèches noires. Un sourire endormie apparu sur le visage de la jeune femme. C’est qu’elle serait bien restée là, à se faire dorloter. Mais les paroles du jeune homme brisa l’instant, le sourire de Vamp se transformant en grognement. Le temps d’ouvrir les yeux, de se relever, et d’émerger plus ou moins, le Barbu avait déjà disparu. Vamp écarquilla les yeux. Mais c’est qu’il la laissait seule là… Seule avec cette… cette… Hum… La jeune femme plissa les yeux.

- Ah tu veux jouer… Sale paysan…

Vamp soupira et roula sur le dos, tentant de se réveiller en observant le ciel blanc qui l’aveuglait partiellement. Un bras glissé sous sa nuque, ses yeux se perdaient dans l’immensité du royaume d’Aristote. Elle ne sait combien de temps exactement elle resta noyer dans les nuages. Seule la silhouette paisible d’un oiseau qu’elle n’identifia pas la sortie de son égarement. Elle se frotta le crâne, ébouriffant ses cheveux et se redressa. Elle regarda autour d’elle avec une placidité d’égarée avant de soupirer et de se relever. Debout, Vamp étouffa les braises mourantes d’un mouvement de pieds, étouffant la source de chaleur avec de la terre, plus par habitude que par réel nécessité. Un rapide coup d’œil à l’aut’ paysanne lui apprit que celle ci somnolait encore, aussi Vamp entreprit-elle à ranger le camp. Il n’était pas question de rester ici plus longtemps. De une, les corps commençaient à se décomposer sérieusement. De deux, ils n’allaient pas stagner ici jusqu’à ce que le pied de la femme soit entièrement rétabli. Il fallait donc trouver un moyen de déplacer la femme, pour à la fois l’amener en ville pour qu’elle puisse avoir plus de soins, mais surtout pour pouvoir s’en débarrasser. Réfléchissant sur les différents moyens qui s’offraient à elle, la pâle jeune femme rangeait au fur et à mesure le camp. Elle était en train de plier avec plus ou moins de soin une de leur couverture, quand une voix s’éleva derrière son dos. Mouarf… Elle avait au moins gagné un petit quart d’heure.

Vamp se tourna lentement vers la femme allongée, gardant la couverture de laine dans ses mains. Elle l’observa un instant, sans le moindre sourire.


- Moui je comprends… Malheureusement pour votre vessie, je dois finir de ranger le camp… Donc, je finis de ranger notre camp, et je m’occupe de vous… Il faut avoir le sens des priorités dans la vie, M’dame…

Elle lui adressa un sourire d’hypocrite et se redressa, lui tournant le dos. Vamp prit soin de bien plier la couverture, et de ranger le camp. Il était hors de question de laisser la femme dans sa propre urine, bien sûr, mais elle n’allait pas céder si facilement non plus. De plus, elle avait patienté toute la nuit, pourquoi pas quelques minutes de plus ? Vamp plissa le front. Il faudrait aller voir la jument, s’assurer que sa nuit s’était bien passée et surtout, lui apporter de quoi manger. Après quelques minutes, elle s’approcha de nouveau de la femme, se penchant vers elle.

- Aller debout… Appuyez vous sur mon épaule… Et je vous déconseille de vous servir de votre dague… Il n’est pas dit cette fois ci que je me contenterai seulement de vous frapper…

La jeune femme plissa le front et hissa la porteuse d’enfant sur ses jambes. Vamp chancela, manquant de tomber avec elle, emportée par le poids. Sa mâchoire se contracta, et ce n’est qu’avec peine qu’elle réussis à la porter dans un coin « tranquille ». Elle s’empressa de se détacher d’elle, répugnant le contact avec les personnes qu’elle ne connaissait pas. La femme n’avait qu’à s’appuyer contre le tronc de l’arbre. Puis elle ne voyait pas en quoi elle lui aurait été plus utile. Elle contourna l’arbre et s’adossa à son tronc, attendant patiemment que la femme est finit de vider sa vessie.

- Dites moi… Elle a un nom votre jument ?

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Bella



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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mer 13 Mai - 9:52

La jeune femme était étendue sur le sol, le visage levé vers l'autre bonne femme. Elle la regardait d'un drôle d'air d'ailleurs, cette bonne femme. Qu'est ce qu'elle avait ? Qu'elle la regarde pas comme ça, elle voulait juste aller se soulager ... Nan mais alors ces jeunes de nos jours, impossible à tenir ... Pourquoi elle venait pas ? Une histoire de campement ! Elle allait la laisser patienter, avec une vessie pleine et pressante, pour une couverture ? Pour une simple couverture ? Non, ça c'était trop fort ! Elle ne pouvait pas y croire. Un long soupir d'exaspération lui échappa et elle laissa retomber sa tête contre le sol. Mais alors ça ... Ranger un campement au lieu de s'occuper d'un être humain, c'est justement inhumain ! Elle avait jamais eu envie de pisser ou quoi ?
La paysanne grogna pendant encore quelques minutes. Pour la forme. Elle n'allait pas se laisser maltraiter par une pâlotte, juste parce qu'elle l'exaspérait. Nan mais oh !

La femme blanche se décida finalement à venir l'aider. Ouais, peut être, mais fallait voir comme ! Elle se contenta de la soulever du sol pour la mettre sur ses pieds. Et encore ! Comme si c'était la pire chose qu'elle ait jamais faite ! La grimace qu'elle fit alors qu'elle s'appuyait sur elle en disait suffisamment long pour que la paysanne fulmine intérieurement. Non mais pour qui elle se prenait celle-là ? Si elle était sur les routes, elle était vagabonde. Alors quoi ? Pourquoi elle était tant répugnée à l'idée d'aider une simple paysanne ? C'était pas possible tous ces paysans qui se prenaient pour mieux ... Et puis hein, pas très poli de pousser un soupir bref de contestation sous le poids. Ouais, elle était enceinte. Et alors ? Elle faisait bien ce qu'elle voulait et toute façon, elle avait pas demander à se retrouver là. Alors si elle était pas contente du poids, elle avait qu'à s'exprimer clairement et elles pourraient s'expliquer, en évitant peut être les mains. Non mais quelle mégère celle-là !

La paysanne fut soulagée de pouvoir enfin se tenir à un arbre, loin des bras blafards et rachitiques de l'autre bonne femme. En plus d'être désagréable, elle avait pas fait beaucoup d'effort pour l'emmener jusque là, voire même pour la soutenir. Comme si elle redoutait son contact pire que la peste. Non mais vraiment, à se sentir mal. La jeune femme s'appuya donc d'une main contre l'écorce de l'arbre et grimaça. Comment allait-elle pouvoir s'accroupir pour faire ça ? Il allait falloir qu'elle fasse debout ? Non mais ... C'était un cauchemar ou quoi !
Grommelant, elle s'appuya de tout son poids contre l'arbre et fut soulagée de voir que l'autre blanchâtre partait de l'autre côté. Elle allait enfin être un peu tranquille.
Bon, maintenant, fallait se débrouiller pour trouver une solution. Impossible de s'accroupir, cheville trop faible. Impossible de s'asseoir, ça en mettait partout sinon. Alors debout ? Mais franchement, elle allait en avoir plein les cuisses ... Elle se gratta la tête, ne trouvant aucun solution potable. Avisant une branche basse d'un arbuste voisin de son cousin l'imposant chêne auquel elle s'était appuyée, la paysanne soupira de contentement. Elle allait pouvoir s'en servir pour s'accroupir ! S'exécutant, elle s'installa le plus confortablement possible et fit ce qu'elle avait à faire.

Alors qu'elle se soulageait comme elle pouvait, la pâlotte lui parla. Qu'est ce qu'elle voulait encore celle-là ? Elle grogna à la question et se passa une main contre le nez, le gratouillant. La jument ? Quelle jument ? Celle que son mari lui avait assignée, soit-disant pour que le voyage soit moins pénible ?
Elle haussa les épaules pour elle-même et tourna la tête, voulant faciliter la conversation, malgré l'imposante masse feuillue de l'arbre.


Bah ... Vous savez, c'te jument à la toute base, j'en voulais pas moi ... C'mon mari qui m'l'avait prise quand y a vu qu'j'allais souffrir pendant l'voyage. Mais bon, j'en voulais pas. Alors ben j'l'ai pas nommée. Elle s'appelle comme qu'vous voulez l'appeller. J'sais bien qu'elle réagit à "pouliche" mais ç'doit être à cause d'sa race.

La paysanne se redressa tant bien que mal, se rhabillant du mieux qu'elle pouvait, rajustant les maigres vêtements qu'elle portait. Un long jupon lourd et une chemise aux mailles épaisses. Le châle qu'elle avait autour des épaules ne servait apparemment à rien. Ce n'était qu'un rappel de sa famille, fourni par la mère à sa fille arrivée à un certain âge. Elle le remit en place autour de son cou et releva la tête, appuyée contre le tronc.

Bon, v'm'aidez à r'venir au camp ? J'vais pas l'faire seule ça ... Et pis j'commence à avoir le bide qui grogne, s'pouviez faire quequ'chose pour pas qu'j'meurs d'faim, ç'serait sympa voyez ...

Elle se laissa aller contre le tronc, soulevant sa cheville, le genou plié. C'est que ça lui faisait un mal de chien cette cheville ... Elle ne savait pas exactement si l'homme qu'elle avait vu allait s'en occuper encore une fois, mais elle le souhaitait. La dernière fois, il lui avait le bandage, et même si elle s'était plainte, elle s'était rassurée par la présence d'une sorte de guérisseur près d'elle.
Elle releva vivement la tête et un éclair de crainte put se lire dans ses yeux. Mais ... Qu'est-ce qu'ils comptaient faire d'elle exactement ? Ils n'allaient pas la laisser là tout de même ? Il faudrait qu'ils s'en occupent encore un peu ... Elle allait accoucher, ils ne pouvaient pas la laisser !
Tentant de maîtriser la peur grandissante qui l'emplissait, elle se tourna de nouveau vers l'opposé de l'arbre.


Euh dites .. Qu'est-ce qu'vous comptez faire 'vec moi ? Fin j'veux dire ... Z'allez pas m'laisser seule ici hein ? J'vais avoir un enfant, pouvez pas m'abandonner ! J'veux savoir c'que vous voulez faire 'vec moi ! Sinon j'bouge pas d'là !

Elle appuya son dos contre l'écorce et croisa les bras, butée. S'ils voulaient l'abandonner, elle était mal. Il allait falloir qu'elle fasse profil bas pour éviter de les irriter. C'était eux qui avaient le choix, pas elle. Mi-affolée, mi-grommelante, elle baissa la tête, regardant le sol d'un oeil de mule. Ils partiraient pas sans elle. Elle ne se laisserait pas faire.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 16 Mai - 10:52

Négligemment appuyée sur le tronc de l’ancien, Vamp observait l’endroit où elle avait passé la nuit. Une brise lui apporta les différentes odeurs du camps, notamment celui du feu de bois. Depuis toute gamine, elle adorait cette odeur. Odeur bien particulière. A peine plus grande que le poitrail du molosse de son père, on l’avait retrouvée au creux de la cheminée, barbouillée de charbon, elle ressemblait aux Maures dont parlaient les livres. Elle s’en était prise, une bonne raclée, ce jour là. On l’avait envoyée se nettoyer dans sa chambre. Les draps jusque là blancs, s’étaient retrouvés gris. Et une nouvelle raclée. En ce jour ci, elle avait trouvé le monde bien injuste. De plus, son père avait hurlé de rire en la voyant sortir de la cheminée froide. Blessée dans son orgueil la petite. Un sourire figé aux lèvres, la Vamp d’aujourd’hui se laissait emplir par cette odeur de feu de bois. Son regard sombre s’éleva dans le ciel blanc. C’était un temps à neige. Un large sourire s’afficha sans prévenir sur le visage de la femme. Bonne nouvelle ça !

La voix de la paysanne s’éleva. Un pli se dessina entre les sourcils noirs de Vamp au fur et à mesure que le monologue de la femme se prolongeait. La pouliche… Une profonde antipathie pour la paysanne s’empara de Vamp. C’était idiot. Ce n’était qu’une jument, un animal. Mais la pâle jeune femme avait toujours trouvé un nom pour les animaux qu’elle avait eu petite. Ces mêmes animaux devaient peu s’en soucier mais elle s’en souciait. Un jour, elle avait à peine dépassé son septième anniversaire, qu’elle avait injurié son père, parce qu’il avait osé appelé son cheval « canasson ». Cette espèce de peau de vache, n’avait pas daigné à nommer la jument, simplement parce qu’elle n’en voulait pas. C’était un peu comme si…


- La pouliche ? Vous l’appelez la pouliche, parce que vous ne vouliez pas d’elle ? Donc, selon vous, à partir du moment où une personne ne veux pas de quelqu’un, on n’a pas à lui donner de nom ? Je vois… Hey bien… Moi, je veux pas d’vous… Et je pense, que « la pouliche » sera un nom tout à fait approprié à votre personne…

C’était plutôt insultant. Mais Vamp s’en fichait royalement. Cette campagnarde mal léchée commençait à mettre le peu de patience qu’elle avait à bout. Il était urgent pour elle que Lin revienne, et qu’il s’occupe d’elle. Vamp n’en avait plus la patience. C’était tout juste le matin et elle était déjà d’exécrable humeur. Elle ferma les yeux, tentant désespérément de puiser dans ses dernières réserves de patience. Il fallait éviter que cela craque. La voix s’éleva une seconde fois. Vamp ouvrit les yeux, un sourire fatigué sur les lèvres. Elle voulait qu’elle lui fasse à manger ? Elle ? La jeune femme ricana. Vamp contourna l’arbre et se retrouva face à la paysanne. Celle ci lui débita un troisième monologue, à propos de son sort à venir. C’était trop tentant. Trop pour Vamp. Elle lui fit un sourire malsain, froid, dépourvu d’amabilité.

- Balors la pouliche, on panique ? Ne vous inquiétez pas… On avait l’intention d’aller vous vendre au plus offrant au prochain village… Bah, on vous a sauvé la vie, faut bien compenser, non ? Aller, mettez y un peu du vôtre, je suis sûr que tout va très bien se passer.

Le sourcil noir de Vamp s’arqua. Elle observa froidement la femme qui boudait devant elle. Mauvais plan pour la faire flancher ça. Très mauvais. Elle s’attendait à quoi là ?

- Quoi que… Vous abandonnez là est une bonne idée… Je n’y avais pas pensé… Merci du conseil… On aura beaucoup moins d’ennuis ainsi… Oh ! Voilà justement mon compagnon qui arrive… Je vais lui annoncer la bonne nouvelle. Vous pouvez patientez ici quelques instants ? Si au bout de quelques minutes nous ne revenons pas, c’est qu’on est plus là !

Sans lui accorder plus d’attention, Vamp s’éloigna de l’arbre, laissant la femme dans sa solitude. Fulminant, elle s’approcha de Lin et d’un geste du menton, répondit à son questionnement silencieux, son geste négligé dirigé vers l’arbre. Elle ne s’attarda pas. Il fallait qu’elle se calme. Et elle ne connaissait qu’un moyen pour cela. Elle s’empara de quelque chose de long, enveloppée dans de la toile abîmée et se redressa, s’adressant à Lin.

- J’vais faire un tour…

La jeune femme posa sa main sur le bras de Lin, l’arrêtant un instant, et ajouta le plus naturellement du monde.

- Oh et si tu pouvais attendre un petit quart d’heure avant d’aller la voir ? Je crois qu’elle a besoin d’être un peu seule la pouliche… Quand t’as l’intention de partir, t’as qu’à m’envoyer Chanda…

La jeune femme se retourna et prit une direction quelconque, s’enfonçant dans la forêt, loin de cet enfer.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Lun 18 Mai - 12:30

Lin revenait au camp, satisfait, les gourdes qu'il tenait dans ses mains étant remplies. Chanda trottait derrière lui, la langue pendante, des gouttelettes d'eau perlant au coin de ses babines. La source était un peu plus loin, cachée entre des arbres. A peine un ruisseau, qui serpentait lentement, s'étirant mollement le long des racines affleurantes des géants de la nature. Le barbu y avait accédé sans trop de problème. Un petit détour un peu long, une pierre qui l'avait presque envoyée à terre et des branches lui fouettant les tibias. Une routine quoi. Il avait rempli les gourdes autant qu'il avait pu, se disant que la prochaine étape allait être de ramener la paysanne à bon port. L'eau était nécessaire pour laver sa cheville, étancher la soif du cheval contre lequel sa compagne avait dormi, achever d'éteindre le feu et désaltérer tout le monde. La quantité prévalait ici sur la qualité. Qu'elle soit potable était tout ce qu'il souhaitait. Il s'était donc accroupi, goûtant l'eau. Quelques minutes plus tard, les récipients étaient pleins et Lin de retour au campement.

Alors qu'il allait brandir les deux outres devant les yeux de Vamp, sa compagne lui fit un bref résumé de la matinée qu'elle avait passé avec la paysanne. Tellement bref qu'il ne put s'empêcher de sourire. Elle partait ... Certes, il avait conscience que le Cadavre n'était pas des plus patiente avec les gens, et qu'elle répugnait presque à les approcher. Du moins en ce qui concernait cette femme à la cheville blessée. Mais il ne se doutait pas à quel point elle pouvait avoir été exaspérée. Le fait qu'elle veuille faire un tour ne lui mit pas la puce à oreille outre mesure, se disant simplement qu'elle avait besoin d'air après une matinée passée à s'occuper de cette bonne femme. Il haussa donc les épaules à sa requête. Même si ça c'était mal passé entre les deux, il ne pouvait pas laisser la paysanne dans cet état et il devait finir de s'occuper de sa cheville. Il pourrait ainsi la laisser dans un couvent -ou tout autre établissement voulant bien d'elle- la conscience tranquille.

Il laissa donc le passage libre à la jeune femme au teint de cadavre et s'approcha de la blessée. Pas bien belle à voir ce matin ... Elle avait l'air inquiète et le regard qu'elle leva sur lui acheva d'affirmer sa pensée. Qu'est-ce que Vamp avait bien pu lui faire pour la mettre dans un état pareil ? Souriant légèrement à la pensée qu'elle l'ait rabaissée proprement, Lin leva des yeux amusés sur la paysanne lui faisant face. Il allait falloir qu'elle fasse profil bas ou qu'elle supporte les humeurs du Cadavre.
Il s'assit en tailleur et lui fit signe de s'asseoir en face de lui. Plus tôt il aurait terminé, plus tôt il pourrait la refourguer à un couvent. Après tout, Aristote aime tout le monde non ? Même les paysannes grognons, mal élevées, enceintes et terrorisées. Levant les yeux au ciel, Lin bougonna. Quelle connerie cette religion ! Comme si un être supérieur pouvait supporter à la fois les meurtriers et les victimes ... Et puis quoi encore ! Il attrapa sans ménagement la cheville de la femme et la cala contre lui, commençant à défaire le bandage.


Bon, alors, comme ça, ça s'est mal passé avec la jeune femme qui s'est occupée de vous ? Qu'est-ce que vous lui avez fait ? Saute d'humeur ? Boudage ? Vous savez, elle déteste les gens qui boudent ...

Lin commença à parler. Des paroles vides de sens, des inepties. Il avait juste besoin que cette satanée bonne femme arrête de bouger son pied. Depuis qu'il avait osé lui retirer son bandage la fois dernière, elle n'arrêtait pas de s'agiter dès qu'il posait la main sur son tibia. Peut être que parler la calmerait. Il avait cru comprendre que c'était une seconde nature chez cette pie. Continuant à déblatérer sur tout et n'importe quoi, il fixa des yeux attentifs sur l'articulation. Ses doigts finirent de défaire le bandage et entreprirent de nettoyer la chair à l'eau.

Et puis, faut savoir vous adaptez aux gens qui s'occupent de vous, vous allez pas passer votre vie à vouloir changer tout le monde pour les adapter à vous. Comment vous vous appelez d'abord ? Parce que c'est pas qu'on en sait rien, mais un peu. A vrai dire, c'est pas important, c'est juste pour que vous stoppiez ce mouvement désespérément exaspérant de votre jambe que je vous parle !

Haussant le ton, Lin appuya avec plus d'insistance ses doigts sur l'extrémité blessée. Peu lui importait le cri de protestation qu'elle émit. Il pouvait enfin travailler correctement. Les convulsions légères mais trop régulières qui agitaient la cheville de la femme s'arrêtèrent et il put reprendre à son aise, effaçant les plaques rouges en vitesse, voulant en finir. Ses lèvres s'étaient de nouveau scellées et il la soignait dans un silence morne. La paysanne continuait de parler, seule et sans but. Elle pensait sans doute qu'il allait lui répondre. C'était pourtant peine perdue.
A peine le bandage remis en place, il glissa un doigt sous le genou de la femme et l'obligea à plier la jambe, l'écartant de lui. Il se leva, épousseta ses braies et s'étira avant de se pencher vers elle.


Vous êtes en vie. Vous êtes soignée. Votre cheville va mieux, et vous n'avez rien. Alors s'il vous plaît, fermez-la.

Faisant fi de la mine déconfite qui s'affichait sur les traits de la paysanne, le barbu s'éloigna d'elle et observa le campement. Rangé. Vamp avait dû passer par là. Il hocha la tête, approuvant l'initiative du Cadavre et apporta de l'eau au cheval qu'il avait vu plus tôt. Il roula ses affaires et les fourra dans son sac avant de siffler le jeune loup, lui caressant la tête par réflexe, s'accroupissant en face de lui.

Allez mon vieux, va me chercher Vamp, on repart. J'en peux plus de cette immobilité forcée.
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Bella



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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Lun 18 Mai - 13:02

Pouliche ! Elle voulait l'appeler Pouliche ! Non mais ! Où est-ce qu'elle était encore tombée ? Depuis quand on appelle les gens pouliches ? Ca n'avait rien à voir avec cette histoire de saleté de canasson ! Ca la regardait si elle ne voulait pas donner de nom à son cheval ! C'est elle seule que ça regardait ! Pourquoi s'en mêlait-elle celle-là ? Et puis ça n'avait rien à voir ! Elle, c'était une femme ! Un être humain ! Elle méritait un nom ! Un cheval, depuis quand nommait-on les chevaux ? Et même si on le fait, c'est pas important si on le faisait pas, ça importait peu. Pouliche ... Elle allait l'appeler pouliche ... Offusquée, la paysanne grogna et bougonna. D'abord, elle s'appelait Bella. Pourquoi ne prenait-elle pas la peine de le demander ?

Elle s'appuya contre l'arbre, sa main bien à plat contre l'écorce. C'est que ça faisait un mal de chien cette cheville blessée ! Certes, ça s'arrangeait un peu, elle savait qu'elle n'aurait plus aussi mal que quand elle était coincée dessous. Mais pourquoi la guérison n'allait pas plus vite ? Si elle accouchait avec cette douleur, ça n'allait pas être possible ... Il allait falloir qu'elle se débarrasse rapidement de cette foutue articulation lancinante. Oui mais comment ? L'autre barbu qui s'était occupé d'elle n'était pas là et la blafarde continuait de la rabaisser. C'était vraiment pas un monde dans lequel vivre. Elle soupira et passa une main sur son ventre rebondi. Quelle vie allait-il avoir celui-là ? Sans père ... Et dans un monde ... Tidiou ...

La jeune femme blanchâtre continuait de déverser son venin sur elle, la mettant plus bas que terre à chaque phrase. Voilà maintenant qu'elle commençait à parler d'abandon. Elle ne pouvait pas la laisser là de toute façon ! C'était obligé qu'elle l'emmène ... non ? C'était pas humain de l'abandonner, elle était enceinte ! Elle allait pas donner la vie ici, dans cette foutue forêt. En plus les corps puaient à côté et elle commençait à avoir la nausée. Son gosse pouvait pas commencer sa vie là-dedans ! Un véritable charnier, ça donne une de ces images du monde pour débuter !
La paysanne avait de plus en plus peur. Au fur et à mesure des paroles acerbes qui s'échappaient des lèvres de la pâlotte, elle voyait le moment où ils allaient partir sans elle arriver. Il fallait qu'ils l'emmènent, absolument.

C'est avec un grand soulagement qu'elle vit partir la mégère qui venait de l'invectiver. Non mais quelle sale bonne femme celle-là ! Avec ses airs et ses mines ! Pff ... La paysanne soupira et se laissa glisser contre l'arbre, son épaule heurtant l'écorce. La panique s'insinua lentement le long de son sternum, remonta dans sa gorge, se matérialisant d'une boule horriblement douloureuse, prête à éclater dans les yeux. C'est à ce moment-là qu'arriva l'homme. Ah enfin ! C'était pas trop tôt ! Peut être qu'il allait l'aider lui ... Il paraissait plus enclin à la mener jusqu'au village. Et puis, il l'avait soignée quand même. Les yeux qu'elle leva vers lui étaient emplis d'inquiétude. Elle fut terrassée de voir qu'un simple sourire et une lueur amusée furent les seules réactions de cet homme à barbe. Quoi ! Lui aussi allait s'y mettre !
Complètement perdue, elle obéit à l'ordre muet du barbu sans rechigner. Elle s'assit silencieusement et fixa son guérisseur, tentant de percer son attitude nonchalante. Il fallait bien qu'il soit d'un côté ou de l'autre ! Alors duquel ?

Elle fut surprise de l'entendre commencer à parler. Sa cheville s'agitait entre ses mains, reflet de l'inquiétude grandissante qui naissait dans la poitrine de la jeune paysanne. Alors qu'elle tremblait légèrement, l'autre lui parlait. Peut être la première fois qu'elle l'entendait parler aussi longtemps, et encore, pour lui poser des questions, au lieu de l'abaisser. Une bouffée d'espoir s'empara d'elle et elle se prit à sourire, s'agitant de plus belle. Elle ne prit pas garde à la pointe ironique perçant au travers de ses paroles et répondit, le plus sérieusement du monde.


Ah nan ! Pas du tout ! C'juste qu'elle s'énerve pour rien c'te bonne femme ! Elle crie partout, tout l'temps et elle préfère m'voir chialer que d'bien vouloir m'aider ! C't'une sacré mégère celle-là, moi j'vous l'dis ! Pis d'abord, j'demandais juste qu'on m'abandonne pas ici moi ! Z'allez pas m'laisser hein ? Dites, hein ?

Se penchant en avant, elle retira à peine sa cheville, voulant capter le regard de l'homme. Celui-ci restait concentré sur sa cheville et elle n'obtint en retour que d'autres phrases. Ah ! Il voulait son nom ! Enfin quelqu'un qui se souciait d'elle ! Oubliant sa résolution de lui faire promettre qu'il l'emmènerait jusqu'à la ville, elle s'apprêta à répondre.

Ah ben moi c'est ...

Avant qu'elle ait pu finir, le ton du barbu monta d'un cran et elle sentit ses doigts s'enfoncer dans sa chair. Un cri de protestation lui échappa et elle s'immobilisa. Il ... Il n'en avait rien à faire ! Pas plus que l'autre bonne femme ! Tous les deux, ils étaient de mèche, c'était sûr maintenant ! Et elle était tombée entre leurs mains. Terrifiée, elle se laissa faire sans broncher et plia docilement sa jambe, la ramenant contre elle. Elle se sentait seule et se demandait comment elle allait faire pour s'en sortir. L'autre s'approcha d'elle et elle leva des yeux inquiets sur lui. Qu'allait-il encore lui dire ?
Se taire. La fermer. Baissant la tête d'un air penaud, elle ramena ses genoux contre sa poitrine et enfouit sa tête dans ses bras, comme elle le faisait étant gamine, voulant se couper du monde et des autres. Elle sentit la dangereuse boule d'angoisse lui serrer la gorge. Qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir faire maintenant ?
Attendant sagement son tour, elle sanglota, incapable de verser de vraies larmes. Après tout, ce n'était pas la fin du monde. Juste un mauvais moment à passer.
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mar 19 Mai - 15:01

Ses talons écrasaient sans pitié tout ce qui se trouvaient sur son chemin. La jeune femme s’enfonça dans cette nature luxuriante, sans prendre garde où elle allait, ni quel chemin elle empruntait. Elle ne faisait pas attention à un détail, quelque chose, qui aurait put l’orienter vers le camp pour le chemin du retour. Tout ce qui comptait, c’était de se retrouver le plus loin possible de cette clairière. Etendre le plus de distance possible entre elle et la future mère. Malgré sa colère, la jeune femme ne s’éloigna que de quelques mètres du camp. Elle n’était pas assez furieuse pour perdre toutes notions de danger. Ses pas s’arrêtèrent donc, dans un seconde clairière, plus petite que celle où ils avaient passé la nuit. La pâle jeune femme observa silencieusement autour d’elle, se retournant sur elle-même, ses yeux se glissant dans chaque recoins obscurs que possédaient le lieux. Ses doigts se resserrèrent sur le tissu qui enveloppait l’objet et la jeune femme s’accroupit dans l’herbe.

Ses doigts blancs écartèrent avec un soin qui ne la caractérisait pas le tissu qui recouvrait un arc usé par le temps. La jeune femme se pencha vers l’objet, observant minutieusement le bois. Les pointes de ses mèches effleuraient le sol de terre. Le regard de Vamp glissaient sur le bois usé, cherchant avec appréhension une entaille ou une malformation qui aurait put survenir avec le temps. Un sourire naissant aux lèvres confirma que l’arc n’avait rien. Ses coururent le long du bois poli. Des images nostalgiques se mouvaient au fond des rétines de la jeune femme. Elle se redressa et banda l’arc sans encocher de flèches, fixant son regard sur un point invisible.


Valachis. Premiers jour de printemps. Droite, elle tend son arc miniature, penchée vers l’avant. Plissant ses yeux avec concentration, elle tente de viser le centre de la cible grossière qui lui fait face quelques mètres plus loin. Elle s’apprête à tirer, ses muscles se bandant alors que son coude recule. Une tape sévère sur la nuque la fait sursauter.

- AIE ! Mais tu fais mal !

Elle se frotte le crâne en grognant, levant des yeux furieux vers le grand roux qui la surplombe. Son père lève un sourcil face au ton employé par sa fille. Un sourire innocent et manipulateur vient bien vite doucher l’homme.

- Tiens toi droite, tu es toute voûtée…

- M’en fou !

- Vamp…

- Vi ?

Nouveau sourire enjôleur. Il soupire et lui pince une oreille. Elle grogne et le frappe à la cuisse, coup qui ne déstabilise pas le moins du monde le géant. Il rit.

- Aller, recommence. Tiens toi droite. Rentre un peu tes fesses. Relève le menton. Oui voilà. Fixe la cible.

Elle renifle, prenant ses grands airs et se redresse, droite, suivant les indicatives de son géniteur. Ses yeux noirs fixent la cible. Ils se plissent. Elle lâche la corde, un « tchak » suivant le mouvement de la flèche qui disparaît dans l’herbe plus loin. Elle jure.

- Vamp… Ton langage …

- Mais c’est pas d’ma faute à moi ! C’est la flèche ! Tu m’as donné une mauvaise flèche de toute façon ! Voilà ! Pas d’ma faute !

- Non, c’est ta technique qui est nulle…

- Nulle ? Nulle ??? Mais pas du tout ! C’est la flèche je te dis !

Il soupire, exaspéré et pose son regard vert sur elle.

- Je te marierais jamais toi…

- M’en fou même ! Les hommes, se sont des faibles ! J’veux pas d’un faiblard ! Je serai grande ! Forte et super séduisante ! Et même que les hommes, ben je les écraserai ! Parce que j’ai pas besoin des hommes !

- Mais oui, bien sûr… Tu veux bien arrêter et te remettre en position ? J’ai autre chose à faire que de m’occuper de toi toute la matinée… En place fillette…

- Non mais… Tu parles à une femme là !

Il lève un sourcil et se penche sur elle, tapotant du plat de sa main son buste parfaitement plat.

- Mais oui bien sûr… Une femme, ça a dut coffre par là… Et pour l’instant, toi, t’as même pas des œufs de merles…

Elle ouvre grand la bouche et se renfrogne, vexée dans son orgueil et se remet en position.

- Bien… Vise la cible… Concentre toi…

La deuxième flèche s’était plantée à l’extrémité de la cible, juste au bord. Elle avait hurlé de joie et avait couru raconté ça à Fenrir, traversant la cour, semant la panique parmis les poules.


La jeune femme, toujours aussi plate, encocha une flèche et se concentra. Ressentir le bois sous ses doigts. Ressentir le bout de la flèche qui ne demande qu’à partir. Restée concentrée jusqu’à la fin, n’ayant pas le droit à l’erreur. Vamp ne voyait que le tronc de ce jeune chêne. Plus rien autour d’elle n’existait. Elle allait tiré, quand quelque chose buta contre son mollet. La jeune femme sursauta, et se détourna, baissant les yeux. Un loup gris l’observait de ses grands yeux. Un léger sourire étira les lèvres de Vamp. Elle s’était calmée, largement, et était prête à retourner auprès de Lin et de la femme. Elle adressa à Chanda un sourire, dont il répondit par un jappement. Il lui ouvrit le chemin et elle le suivit sans réfléchir, son esprit encore embué de nostalgie et de souvenirs. Au bout de quelques minutes, elle pénétra de nouveau dans la clairière. La pâle jeune femme pris soin de ranger son arc avant de se relever, adressant un léger sourire au jeune homme, ignorant parfaitement la Pouliche disparue elle ne savait où.

- Bon… On se tire ?

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Jeu 21 Mai - 9:54

Lin commençait à en avoir marre, pour être poli. La bonne femme geignait dans son coin, se morfondant sur son triste sort à venir. Ne pouvait-elle pas se taire, même une seconde ? Etait-ce si compliqué de prendre sur soi et d'apprécier la présence de deux personnes qui s'étaient occupé d'elle ? Le barbu leva les yeux au ciel et laissa la pleurnicharde à ses genoux. Après tout, si elle y trouvait un quelconque réconfort, c'était tant mieux pour elle. Lui au moins pourrait finir de tout préparer. Il s'approcha donc de son sac et farfouilla dans ses affaires. Des bandages, un poignard, une gourde d'eau et une d'un liquide un peu plus fort, des chemises de rechanges et une paire de braies, une ceinture en corde et une couverture. Ca faisait pas mal de chargement tout ça. Il leva les yeux vers le cheval attaché non loin de là et fit la moue. Est-ce qu'il pourrait monter les chargements sur le dos de cette bête ? Après tout, le cheval avait été domestiqué pour cet usage, entre autre. Alors pourquoi pas ? Surtout qu'il avait l'air plutôt résistant. Il avait dû faire partie de l'attelage de la carriole. Avec un ballot d'affaires sur chaque flanc, il serait suffisamment équilibré pour avancer , le poids bien réparti de chaque côté.

Un sanglot étouffé de l'autre paysanne sortit le jeune homme de ses pensées. Qu'allait-il penser ? Ce cheval allait surtout servir à porter la paysanne. Il aurait assez à faire avec elle sur le dos pour ne pas qu'on lui rajoute des poids supplémentaires. Grognant à l'idée de son sac à porter, Lin s'approcha de la blessée et lui tapota l'épaule, pas le moins du monde gêné par l'air réprobateur que lui offrit le visage de l'inconnue.


Me regardez pas comme ça, je suis là pour vous aider. Je vous rappelle que la cheville, c'était moi. Alors on se calme, on écoute et on obéit. Calmez-vous d'abord.

Il attendit patiemment que la femme s'essuie le visage, un revers de manche suffit pour le nez et elle releva des yeux plus attentifs sur lui. Il reprit donc.

Bien. Alors maintenant, on est dans la partie "écoute". Je vais vous charger sur le cheval que vous voyez là-bas. Il était certainement à vous, ça facilitera les choses, comme ça il vous reconnaîtra, c'est déjà ça. Il n'y a pas de selle, alors faudra vous accrocher à ses crins, sans l'esquinter, c'est clair ? Après, vous passerez le voyage là-haut et je vous défends de nous raconter votre vie, je me suis fait comprendre ? Vous pourrez évidemment demander à boire, manger, ou autre besoin naturel, mais ça s'arrête là. La charité, ça va deux minutes.

Il leva un sourcil interrogateur, comme il en avait l'habitude avec Vamp. Cependant, l'air éberlué de son interlocutrice le poussa à lui demander clairement si elle avait bien compris. Un signe de tête lui suffit et il siffla l'équidé. Les oreilles dressées, l'animal tourna la tête et battit des naseaux dans le vide, comme pour acquiescer. Souriant, Lin le fit venir à lui et releva la jeune femme.

Bon allez, il est temps d'obéir maintenant. Grimpez là-dessus et faites silence, on démarrera bientôt.

Le barbu mit ses mains en coupelle, comme pour faire la courte échelle. La paysanne y posa son pied valide et enjamba le dos de l'animal, s'installant à califourchon. Lin vérifia qu'elle était bien installée et se détourna. Maintenant, il ne restait plus qu'à attendre Vamp.

Celle-ci ne tarda pas à venir. Un air étrange pouvait se lire sur ses traits et le barbu se questionna sur le pourquoi. Qu'était-elle allée faire dans cette forêt qui aurait pu la mettre dans cet état ? Il finit par hausser les épaules devant l'absence de réponses qui lui venait à l'esprit et fit oui de la tête à la question de la jeune femme. Tout était en place, plus rien ne les retenait ici. Certainement pas l'odeur de cloaque émanant du charnier proche.

[...]

Les arbres sur les bordures, le sentier sous les pieds et le claquement des sabots sur le sol. Ils étaient en marche depuis quelques temps déjà, mais Lin appréciait toujours autant la nature sauvage qui l'entourait. Les pépiements d'oiseaux se disputaient le silence avec les froissements d'ailes et le raclement d'un sanglier au pied d'un arbre rivalisait d'ardeur avec le tac-tac caractéristique du pivert. Si tout autour d'eux poussait au voyage et donnait à penser aux grands étendues herbeuses des plaines plus au centre du pays, la petite ville en contrebas ne laissait présager aucun doute sur la proximité de la vie humaine. Les petits contreforts qui la ceignaient rendaient compte d'un village protégé et la route plus large sur laquelle ils venaient de s'engager affirmaient la présence de nombreux marchands sur leur sol. Ils arrivaient donc en vue d'une ville fréquentée et en apparence sûre. Qu'en était-il réellement importait peu au barbu. Les routes commençaient à lui manquer et l'immobilisation forcée dont ils avaient été victimes ne le laissait pas enclin à de nouvelles rencontres. Surtout que l'autre paysanne geignait de plus en plus, se plaignant de douleurs abdominales. Qu'est-ce qu'elles avaient toutes, ces bonnes femmes enceintes, à se plaindre de leur gosse à venir ? Elles étaient toutes fières d'exhiber leurs bides grossis par l'être convoité et pourtant geignarde à n'en plus finir. Il fallait assumer un peu !

Lin engagea l'animal entre les portes de la cité, un simple signe de tête aux gardes faisant office de salut. Il fallait qu'il trouve un couvent ou un hospice au plus vite. Histoire d'être enfin libérés de cette femme. Se plaindre, elle connaissait. Remercier, certainement pas. Lin ne put retenir un soupir au énième reproche que se permettait la paysanne et lui jeta un regard noir, en disant long sur ce qu'il pensait.
Ils tournèrent en ville pendant un temps. Le temps qu'il fallut à une petite vieille dame de venir les aider. Aimable comme tout. Un petit doigt fripé tendu vers une bâtisse de pierre beiges, elle leur expliqua que les soeurs accueillaient très bien les femmes enceintes. Ils la remercièrent et se dirigèrent vers le cloître, frappant d'un poing décidé aux grandes portes de bois. Une soeur vint leur ouvrir, écarquillant les yeux à la vue du ventre proéminent qui se détachait de la silhouette paysanne. Après s'être faite connaître, elle leur assura qu'elle prendrait soin de la femme portant la vie et leur referma la porte au nez, un sale regard jeté au barbu.
Celui-ci se tourna vers sa compagne.


Tu crois que c'est la barbe ?
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Jeu 21 Mai - 15:16

Les portes de la ville. Enfin. Vamp n’avait jamais été aussi heureuse de retrouver la civilisation. Bon, il est vrai qu’à peine avait- elle fait un pas parmis les hommes, qu’une petite fille pointait déjà son doigt tout rose dans sa direction en s’adressant à sa mère. La jeune femme grogna et ramena la capuche noire de sa cape sur ses traits, les occultant. Se débarrasser de cette grosse pouliche, était l’unique préoccupation de Vamp pour le moment. Le pire, aurait été de devoir assister à l’accouchement. Il fallait donc la refourguer au plus vite à un couvent, un hospice, une vieille ferme, n’importe quoi qui aurait put l’accueillir. Ils firent pratiquement le tour de la ville avant de trouver quelqu’un qui eu la bonté de les renseigner. La pâle jeune femme aurait volontiers embrasser elle-même les mains charnues de la petite vieille, si elle n’avait pas douté de sa réaction en voyant une espèce de pâlotte toute maigre se jeter sur elle. Un sourire éclaira le visage de Vamp. Les nonnes ! Ah les nonnes… Braves femmes qu’elles étaient. Une main blanche posée sur la croupe de la jument -et non sur celle de la pouliche- la jeune femme suivit le mouvement, toute guillerette à l’idée de se débarrasser de ce poids.

- Si j’ai pas gagné ma place au paradis avec ça…

La jeune femme laissa Lin expliquer le tout à l’austère bonne sœur qui venait d’ouvrir la porte de bois. On pouvait bien dire ce qu’on voulait, les nonnes préféraient les hommes. Pour elles, les femmes étaient des tentatrices, plaisirs de la chair et autre érotisme et pêché charnel… C’était jamais les hommes les coupables. Et Vamp n’avait aucune envie de mettre en péril leur seul espoir de refourguer cette bonne femme. Un large sourire étira les lèvres de la froide jeune femme lorsqu’elle vit la femme disparaître derrière les portes de bois, suivit d’un léger regret pour la jument. Une moue remplaça bientôt le sourire. Elle s’était habituée à l’animal. Sa seule consolation, était qu’elle se doutait qu’avec les nonnes, l’équidé aurait une vie moins dangereuse qu’avec des commerçants. Vamp leva les yeux vers son compagnon et l’observa.

- A cause de la barbe ? Pourquoi crois tu que j’ai choisis un barbu pour compagnon ?

La jeune femme s’étira, libérée d’un poids. Une grande lassitude l’a prit. La soirée avait débutée alors qu’ils avaient franchis les portes de la ville, et elle voulait dormir dans un vrai lit ce soir. Il allait falloir convaincre le jeune barbu. Elle était tout à fait consciente qu’il avait la bougeotte, et qu’il n’avait qu’une envie, avancer. Mais tout son corps réclamait un lit, avec des couvertures propres et de l’eau chaude. Comment convaincre un homme ? Un sourire étira les lèvres de la jeune femme et elle fit un pas vers le Barbu, Un sourire enjôleur aux lèvres, elle le fit reculer contre la porte.

- Lin… Mon cœur…

Ses mains posées sans pudeur contre le torse du jeune homme, elle le caressa à travers le tissu, son corps allant se reposer contre le sien avec insistance. Elle se redressa sur ses pieds, avançant son visage vers celui de Lin.

- Tu sais… J’ai bien envie de passer la nuit à l’auberge… Tu sais comme j’aime les lits qui grincent…

Un sourire innocent se dessina sur le visage blafard de la femme alors que ses lèvres trouvèrent le menton barbu du jeune paysan. Sa bouche se referma sur la peau, la goûtant avec une gourmandise non feinte. Son corps recherchait le contact du sien.

- Puis on aura plus de temps… pour jouer…

Elle l’embrassa avec insistance, oubliant un instant le jeu, envieuse du goût de sa bouche. Le problème avec elle, c’est que lorsqu’elle commençait à titiller Lin, elle ne pouvait pas s’arrêter, et oubliait le plus souvent le but de sa machination. Mais cette fois là, elle avait trop envie d’un bon lit et de draps chauds. Elle détacha ses lèvres dans un bruit sonore et lui fit un large sourire, ravie, ne lui donnant pas le temps d’en placer une.

- C’est d’accord alors ? Merci !! Bon, je vais aller prendre une chambre à l’auberge qui est en face de la petite fontaine centrale du village. J’ai vu qu’ils y faisaient des crêpes !

Elle embrassa chastement sa bouche et se redressa.


- On se voit plus tard !!

Vamp s’empressa de rebrousser chemin, s’avançant vers le centre du village. Elle ne prit pas garde aux gens qui l’entouraient, la promesse d’un bon lit la poussant à accélérer le pas. Elle se doutait que Lin voulait faire un tour, comme toutes les nuits. Généralement, elle se couchait et s’endormait avant qu’il ne revienne, ou se réveillait sans lui à ses côtés. Arrivée face à la petite auberge, la jeune femme n’hésita pas à pousser la porte.

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Jeu 21 Mai - 15:45

Lin regarda sa compagne. La nonne lui avait proprement refermé la porte au nez, comme à un malpropre. Alors quoi ? Si ce n'était la barbe, qu'était-ce donc ? Le fait qu'il soit un homme ne pouvait que faire plaisir à cette soeur. Non ? Après tout, les hommes avaient toujours été considérés comme supérieurs, ils chassaient, combattaient et protégeaient la faible femme. Donc la soeur, très croyante en théorie à la doctrine d'Aristote aurait dû l'aduler. Au lieu de ça, la porte de bois s'était refermée au nez du barbu. Le besoin d'être rassuré l'avait alors envahi, comme un petit garçon qui veut qu'on lui assure qu'il deviendra un homme. Un vrai. Lin s'était tout naturellement tourné vers sa compagne.

Elle ne lui avait répondu que par une question. Mais ça avait suffit à Lin. Après tout, il valait mieux ça qu'un long discours mielleux et dégoulinant de sucreries.
Cependant, un regard un peu plus appuyé à la jeune femme lui fit prendre conscience de ce qui avait écourté son discours. Elle avait une idée derrière la tête, c'était évident. Sinon, pourquoi se déplacer vers lui comme ça ? Pourquoi jouer sur ses émotions ?
Le barbu déglutit en la voyant approcher, son sourire enjôleur aux lèvres et tenta de se blinder au plus vite contre ses attaques de charmeuse. Mais la jeune femme était rodée à l'exercice et il ne put que céder, se reculant jusqu'au lourd battant marron. Que voulait-elle au juste pour jouer ainsi ?
Le jeune homme essaya de se dégagea de l'emprise de sa compagne, sans succès. Il se vit contraint à s'adosser à la porte, la jeune femme se reposant de tout son poids contre lui. Il ne put que se racler la gorge, plus sensible au corps blafard qu'il ne voulait le laissait paraître. Et puis ses mains qui se baladaient sur son torse, c'était déloyal ! Incapable de faire abstraction du corps de Vamp se resserrant contre le sien, Lin hocha machinalement la tête de haut en bas, ne se faisant pas prier pour l'embrasser. Après tout, il n'avait aucune raison de résister ... si ?
Vaincu, il reposa sa tête contre le bois et soupira en la voyant repartir. Une auberge ... Il avait acquiescé à son idée d'auberge ...

Lin se détacha de la porte et se passa une main sur la nuque. Il allait falloir qu'il passe une nuit supplémentaire dans le coin. Lui qui avait envie de route, c'était vraiment pas la chose à faire. Oui mais ces lèvres tendues vers lui ... Et puis ce regard ! Soupirant, il secoua la tête. Trop faible, pas blindé. Elle le manipulait. Il sourit à cette idée et haussa les épaules. Après tout, c'était sa compagne. Si elle ne le faisait pas, personne n'y parviendrait. Le jeune homme se redressa et regarda autour de lui. Qu'allait-il bien pouvoir faire pendant ce temps ? Une reconnaissance de la ville ne ferait pas de mal, il pourrait ainsi savoir où aller boire si l'occasion se présentait. Fort de cette résolution, il s'enfonça dans la ville, les mains dans les poches.

Les rues pavées succédaient aux chemins terreux. Aucune ligne ne traçaient le damier de la ville et se repérer était une véritable épreuve de sens de l'observation, couplé à celui de l'orientation. Or Lin n'avait, c'était bien connu, que celui de l'observation. L'orientation lui faisait défaut. Il avait besoin du soleil ou des étoiles pour se repérer, et même alors, il arrivait à confondre le nord et le sud. Cependant, son observation lui permit de se retrouver dans le dédale de ruelles.
C'était un labyrinthe touffu, un enchevêtrement de rues, une sorte de mêlasse pavée, un amalgame inextricable de terre et de pierre. La placette principale s'étalait circulairement autour de la fontaine centrale. Petit coin d'eau, elle ne permettait que de se rafraîchir. Et encore, il fallait avoir deux ans et demi. Cependant, l'atmosphère douce de cet endroit plut à Lin. Il s'installa sur un banc et repensa à ce qu'il avait croisé jusque là. Comme il avait évité ce petit, qui courrait pour échapper à son grand frère, sautant par-dessus les petites barrières de bois. Comme il s'était arrêté, en admiration devant un étalage de marchandises hétéroclites. Comme il avait couru à l'orée des maisons, évitant les bornes délimitant les contreforts écroulés. Comme il avait suivi ce chien errant au travers des arcades ombrageuses et des bancs de pierre étirés sur les bords d'une sorte de parc. Comme il avait observé des chevaux, rangés en ordre dans leur box, un abreuvoir à hauteur de leurs naseaux. Une découverte riche et pourtant si courte. Combien de temps s'était écoulé depuis que Vamp l'avait laissé contre cette porte de couvent ? Il ne le savait pas, mais la nuit commençait à tomber et il savait qu'il aurait encore le temps d'explorer les alentours de ce village.
Souriant, il reprit la direction de l'auberge choisie par la jeune femme au teint cadavérique.
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Ven 22 Mai - 10:01

La jeune femme poussa la porte de bois et pénétra dans l’auberge, Chanda sur les talons. Une bonne odeur de crêpes flottait dans la pièce principale. Vamp sourit. Il y avait quelques personnes présentes, l’auberge faisant apparemment aussi office de restaurant. La jeune femme observa brièvement les personnes présentes, certaines s’étant tournées vers elle à son entrée, puis se dirigea vers le comptoir. La pièce principale était accueillante et chaleureuse. Le ronronnement des conversations des clients n’était pas désagréable. Cela ressemblait plus à une petite ferme familiale qu’à une auberge pour voyageurs de passage. Vamp fut accueillit par une femme joufflue, aux joues bien rouges et à l’aspect sympathique. La blanche jeune femme posa son sac à ses pieds et s’informa du prix d’une chambre pour la nuit. Le prix était bien plus élevé qu’elle ne le pensait. Une légère moue sur le visage, elle finit par hausser les épaules et signa le registre. Elle ferait payer Lin, lui assurant qu’elle n’avait pas été informée du prix. La jeune femme siffla Chanda qui zyeutait d’un air interrogateur le gros matou qui lui rendait sa curiosité, trônant sur le comptoir. Elle remercia la brave femme.

- Ah et… Si un homme, plutôt grand, à barbe, tirant sur le blond entre, il est pour moi, envoyez-le directement dans ma chambre…

L’aubergiste lui lança un regard étrange qu’elle ne comprit pas. Avait-elle dit quelque chose de mal ? Elle haussa les épaules, la promesse du bon lit qui l’attendait l’empêchant de s’attarder au rez de chaussé. La jeune femme prit la clé que lui tendait l’aubergiste en la remerciant, puis se dirigea vers l’escalier de bois. Mais l’odeur des crêpes restait bien plus tentante que celle de la douceur du lit. Soupirant et pestant contre sa gourmandise, elle alla commander quelques crêpes sucrées et fourrées, avant de les emporter dans sa chambre, souriant sous la bonne odeur qui s’échappait de l’assiette qu’elle tenait entre ses mains blanches. Sa chambre se trouvait au second étage. Arrivée à sa porte, il manquait déjà deux crêpes. Elle glissa la clé dans la serrure et pénétra dans la petite pièce. Un sourire étira ses lèvres et son sac tomba au sol dans un bruit mât. C’était une pièce plutôt agréable, et bien entretenue. Le lit était recouvert d’épaisses couvertures et d’oreillers moelleux. Elle se laissa tomber sur la couche et vit avec ravissement que le lit ne grinçait pas.

- Aah ! Magnifique…

Elle retira sa cape, la laissant choire sur le sol et s’adossa contre le mur, grignotant avec soin ses sucreries. La nuit tombait, obscurcissant la pièce. Le regard de Vamp tomba sur les trois dernières crêpes et elle posa l’assiette sur la table de chevet, bien en évidence pour Lin. Elle s’étira, tel un chat, et s’allongea confortablement sur la couche, satisfaite de son choix. Son regard errait des lattes de bois du plafond, au pichet d’eau posé plus loin, parcourant les murs, avant de se poser sur Chanda qui la regardait, la tête inclinée sur le côté. Vamp soupira.

- Bon d’accord… Mais juste le temps que Lin arrive…

Le loup se redressa aussitôt et sauta sur le lit en secouant la queue, ravi d’avoir sa place sur la couche. La jeune femme sourit et enfouit ses doigts dans le pelage gris alors que le jeune loup se roulait en boule contre son ventre. Elle le caressa un moment, avant de peu à peu, bercée par la respiration du loup et la douce chaleur qui l’enveloppait, s’endormir dans un sommeil léger.

[…]

Des cris de voix réveillèrent l’endormie. Elle ne savait exactement combien de temps elle avait passé, assoupie, mais la nuit était déjà bien avancée. Chanda n’était plus roulé contre son ventre, mais au pas de la porte, geignant et grattant le panneau de bois. La jeune femme plissa le front et se redressa sur sa couche, les cris lui parvenant plus nettement. Lin n’était pas rentré. Son regard se posa alors sur l’embrasure de la porte, où de la fumée frayait son chemin. Vamp se redressa aussitôt, rejetant les couvertures qui la retenaient sur la couche et s’empressa d’ouvrir la porte. A peine avait elle fait quelques pas dans le couloir, qu’elle fut percutée par homme affolé qui cherchait la sortie. Une épaisse fumée s’élevait de l’escalier. Vive, la jeune femme rentra de nouveau dans la chambre et s’empara de son sac, ayant tout juste le temps de renfiler ses bottes et ressortit de la pièce, Chanda sur les talons. Elle se dirigea vers l’escalier, mais les flammes léchaient déjà le bois. Un pli se dessina sur le front de Vamp. C’était mal partit. Très mal partit. Elle pouvait sentir la chaleur du brasier sur son visage. Elle se recula et repartie en sens inverse, se doutant qu’il n’y avait pas d’autre issues. Elle se trouvait au second étage. Le feu devait être visible de la place du village, et les villageois devaient sans doute s’être déjà organisés pour éteindre l’incendie. Se barricader dans une chambre et attendre l’aide des villageois ? Elle écarta bien vite cette possibilité et regarda autour d’elle. Le feu s’approchait d’elle à une vitesse qui ne l’enchanta pas le moins du monde. Elle couru le long des couloirs, avant de tomber sur deux personnes qu’elle faillit percuter. Il s’agissait d’un père et de sa petite fille. Un coup d’œil derrière l’épaule de l’homme lui apprit que d’autres personnes comme elle étaient bloquées. Ils étaient à peine huit, dont un jeune couple, un jeune adolescent accompagné d’un garçon plus jeune qui devait être son petit frère et un vieux monsieur. La jeune femme balaya ses compagnons d’infortune du regard un instant avant de poser son regard sur le père qui s’adressait à elle.

- L’escalier est hors service. Il va falloir trouver autre chose…

Un fracas de bois se fit entendre dans son dos, les informant que l’escalier en question venait de céder sous l’attaque du feu. La jeune femme ne perdit pas de temps et entra dans la première chambre, ouvrant la fenêtre, elle se pencha, observant les murs. Etouffant un juron, elle changea de chambre et se précipita à la fenêtre, répétant l’opération. Toutes les fenêtres donnaient à l’opposée de la place du village. La jeune femme revient dans le couloir, sous les yeux terrifiés des prisonniers.

- Hey bien quoi ? Vous comptez sagement vous laisser griller ici ? Ce n’est pas mon cas… Allez chacun dans une chambre, et voyez par la fenêtre, si une des gouttières du bâtiment s’y trouve. Aller !

Elle pénétra elle même dans une autre chambre, mais le résultat fut le même que dans les pièces précédentes. Le feu se rapprochait, de même que la fumée, qui commençait à irrité les yeux et la gorge de la jeune femme. Elle posa un instant son regard sur le jeune loup qui la regardait. Elle pensa un instant à Lin. Etait-il de l’autre côté du trottoir, à voir l’auberge se consumer sous la violence du feu, sans la voir sortir saine et sauve ? Vamp déglutit mais un cri la sortit de ses pensées macabres. Elle se précipita dans la chambre où s’élevait la voix, suivie par ses autres compagnons. Le jeune adolescent venait de trouver la gouttière du toit. Un profond soulagement s’empara de la jeune femme.

- Bien…

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 30 Mai - 12:38

Lin leva le nez vers le ciel. Plus que quelques minutes et la voûte céleste serait d'un noir d'encre. Assis sur un banc, il avait les jambes croisées devant lui, étendues de toute leur longueur, les talons appuyés contre les dalles pavant la petite placette. Ses mains posées à l'extrémité du banc, dans son dos, le maintenaient en équilibre sur le rectangle de pierre blanche. Il avait laissé Vamp un peu plus tôt, après s'être laissé entraîné pour une nuit dans une auberge. Il aurait préféré repartir de suite sur les routes et reprendre leur marche mais la jeune femme avait su lui faire changer d'avis, s'attirant son accord sans aucun problème. Ils étaient donc restés ici, Vamp à l'auberge, son air de gourmande sur les lèvres et Lin à l'assaut de la ville. C'est après en avoir fait le tour qu'il avait décidé de s'installer sur cette petit place, ombragée du soleil pendant la journée et offrant un glougloutement d'eau des plus agréables à l'oreille en temps de grosse chaleur. Il avait donc choisi de s'établir ici, le temps que la nuit tombe, reposant ses jambes.

Le sombre ciel nocturne avait remplacé le bleu de l'après-midi et Lin savait qu'il fallait rentrer. Il se leva donc et épousseta ses braies, souriant légèrement. Ses cuisses renvoyèrent le sang à ses mollets, les faisant fourmiller, de légères chatouilles glissant le long de ses muscles. Il secoua ses jambes et releva les yeux. Il commençait à se repérer correctement dans ce bourg et avait une vague idée d'où était l'auberge choisie par la jeune femme. Même si ce n'était pas exact, cela suffirait pour la retrouver. Il contourna donc la petit fontaine et prit le chemin des tavernes bordant la route principale coupant le village de part en part. Elles s'alignaient selon un ordre prédéfini par le dallage de la rue. Les murs de pierre succédaient aux habitations de bois et les toits coiffaient l'ensemble des bâtiments d'une chape grisâtre.
Lin fronça les sourcils. Grisâtre ? Il ne se souvenait pas d'une couleur aussi morne à leur arrivée. Il s'avança un peu plus, s'enfonça dans l'allée habitée. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre ce qui lui donnait cette impression d'opacité grise. De la fumée. Beaucoup de fumée. Tellement qu'elle glissait entre les maisons et les tavernes, s'immisçant dans chaque interstice, chaque fissure, les emplissant. Le barbu sentit l'inquiétude s'infiltrer lentement le long de ses membres, raidissant ses muscles, le mettant sous tension. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ici ?

Il remonta la file de villageois organisée pour puiser l'eau à la fontaine qu'il avait quittée quelques minutes plus tôt, regardant leur visage en passant, les scrutant un à un, inquiet. Et si c'était l'auberge que Vamp avait choisi qui brûlait ? Ou si elle avait été touchée par les flammes d'un incendie proche ? Il entendait le sang battre à ses tempes, ses mâchoires serrées lui faisant mal. Il passait en revue chaque villageois, leur tournant le visage vers lui, faisant fi des regards apeurés ou outrés des habitants. Il n'avait pas le temps de porter un seau d'eau ! Il fallait qu'il trouve Vamp. Une fois arrivé au bout de la file, il leva les yeux. Un brasier éclaira son visage d'une chaleur brûlante. Une auberge à colombages était en train de se consumer, les flammes léchant les fondations, remontant lentement le long des murs, s'accrochant aux lattes de bois et aux poutres. Lin regarda autour de lui. Cette auberge ... C'était celle de Vamp. Son coeur rata un battement et il resta bouche bée devant le spectacle qui s'offrait à lui. L'habitation flambait haut et clair dans la nuit sombre et les faibles quantités d'eau déversées par les villageois sur l'incendie ne ralentissait pas l'ascension des langues de feu. Un noeud d'inquiétude lui serrant le ventre, il remonta en courant à la base de la chaîne et regarda l'eau de la fontaine s'épuiser, ne se renouvelant pas assez vite pour couvrir les besoins du moment. Il intercepta deux seaux et s'élança aux portes de la porte, allant les remplir dans le cours d'eau coulant non loin de là. Les bras chargés, il revint au pas de course, balançant le contenu sur les fondations de l'auberge, étouffant les flammes naissantes.
Il répéta l'opération aussi vit qu'il le put, ses jambes le portant des portes à l'auberge et inversement. Les seaux se remplissaient rapidement et se vidaient tout aussi vite. Le barbu ne faisait pas attention aux flammes qui montaient le long des murs, préférant penser à celles qui s'éteignaient sous l'assaut répété de l'eau. Les villageois continuaient leur file indienne et l'incendie commençait à être endigué, lentement mais sûrement. L'auberge continuait de flamber, mais avec moins d'ardeur et la fumée s'estompait petit à petit. Lin ne faisait pas attention à ses jambes qui criaient à l'asphyxie, la fatigue empêchant les poumons du barbu d'approvisionner ses muscles en oxygène et continuait ses allers-retours, l'inquiétude l'étreignant. Et si jamais Vamp s'étouffait avec la fumée ? Si les flammes l'avait bloquée dans sa chambre et la brûlait ? Si jamais elle était tombée et elle était ensevelie sous les décombres ?

N'y tenant plus, Lin acheva de vider les derniers seaux d'eau et s'approcha du bâtiment malgré les avertissements nombreux et fournis des habitants. Qu'ils n'essaient pas de l'arrêter. Décidé, Lin se protégea le visage d'un bras et défonça la porte de bois d'un coup de pied. Les gonds rongés par le feu lâchèrent sans opposer de résistance et l'entrée exhala un râle de fumée, le fracas de la porte contre le sol résonnant aux oreilles de Lin. Insensible aux dangers auxquels il s'exposait, le barbu s'avança au travers de la fumée, pénétrant dans la fournaise qu'était devenue l'auberge en feu. Incendie ou non, il allait chercher sa compagne.
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Jeu 4 Juin - 15:15

La fumée s’engouffrait dans la pièce, lentement, sournoisement, comme la peste cherchant de nouvelles proies. Les flammes se reflétaient sur les murs du couloirs, leur souriant ironiquement, les cherchant, comme pour leur rappeler leur traque. Le bois craquait, gémissant de douleur sous les assauts sans pitié des flammes avides. Ils étaient tous présent dans la petite chambre. D’un pas vif, Vamp referma la porte sur eux, les enfermant dans la pièce. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’elle avait fait le bon choix. Elle ordonna à sa « troupe » de reculer jusqu’à la fenêtre. Son ton était autoritaire, et n’autorisait aucunes réprobations ou autres gémissements plaintifs. Elle n’était pas là pour les rassurer ni pour les sauver. La jeune femme s’empara du broc d’eau posée sur une table et le lança sur la porte. L’objet se fracassa sur le bois, l’humidifiant. Le plus important était de gagner du temps. Elle se tourna vers les deux hommes les plus âgés. Le pichet d’eau n’arrêterait pas longtemps l’ascension des flammes, et elle n’y arriverait pas seule.

- Aller dans la salle d’eau d’à côté, voyez si la baignoire est pleine et verser l’eau sur le sol près de la porte, ou au mieux, sur le panneau… Maintenant !

Quelle bande de mollusques ! Elle n’aurait pas put tomber sur pire. Ils allaient finir en viande grillée et ne se bougeaient pas plus leurs miches que cela. La jeune femme tourna le dos à ses compagnons d’infortune et ouvrit la fenêtre. L’air frais de l’hiver vint fouetter son visage, rougissant ses joues. La brise s’engouffra dans la pièce, à l’encontre de la chaleur des flammes. Chose à ne pas faire. Vamp l’apprit à ses dépends. Une explosion se fit entendre, faisant vibrer les murs de la chambre et son corps fut projeté au sol. Une chaleur étouffante se fraya un chemin, brûlant les membres blancs de la jeune femme, une fine fumée s’engouffrant dans ses poumons. Elle resta une fraction de seconde sur le sol de bois, allongée, avant de se relever, appuyée sur son coude, toussant et crachotant. Ses yeux noirs se posèrent sur la porte qui disparaissait sous les flammes. Elle se releva, une douleur à la hanche la faisant courber sur le côté. Son regard chercha Chanda avec anxiété, avant de se poser sur le loup qui se relevait, aussi sonné qu’elle. Elle jeta un nouveau coup d’œil aux villageois. Un corps était allongé sur le sol, en feu. Un corps qui ne bougeait plus, rongé par les flammes, entouré par la mort. La petite observait son père mourir sans comprendre, de ses grands yeux bleus.

La pâle jeune femme ne s’attarda pas. Elle s’empara des draps blancs et de sa dague, les déchira dans toute leur longueur, d’un coup sec. Son regard noir était rivé sur ce qu’elle faisait.

- Bien, on va sortir par les gouttières… Je ne suis pas persuadée qu’elles vont tenir le coup, mais on a pas le choix de toute façon…

Elle releva les yeux sur eux.

- Bien… Vous… Vous allez prendre le vieux monsieur avec vous… Vous êtes le plus fort de nous tous, et je doute qu’il est la santé et la force qu’il faut…

L’ancien se tourna vers la jeune femme, ouvrant la bouche, comme pour protester, un masque de lassitude sur les traits. Le masque de l’homme qui accepte sa mort. Vamp le coupa, sèchement, son regard se plantant dans son regard délavé.

- Aucunes objections possibles. Vous la fermez, vous m’écoutez et vous faites ce que j’dis. C’est pas compliqué je crois ? Vous monterez sur les épaules de ce jeune homme, un point c’est tout…

La jeune femme siffla son loup, celui ci trottinant vers elle. Il était nerveux, elle pouvait le sentir, comme tout animal se sentant traquer par le feu. Elle glissa ses doigts dans son poil, tâchant de le rassurer et noua un pan de drap à un autre, serrant avec fermeté.

- Toi, tu vas prendre la petite…

L’adolescent écarquilla les yeux et s’avança vers la jeune femme, protestant. Vive, Vamp se redressa vers lui et le poussa vers l’arrière, le faisant reculer vers les flammes. Elle continua de s’approcher de lui, le poussant toujours un peu plus vers les flammes. Elle n’osait imaginer ce que devait voir l’adolescent. Une femme blanche, au regard sombre, devenu froid et au visage blanc dont les flammes s’y reflétaient. Son sourcil était arqué, son visage froid.

- Quoi ? Une protestation peut être ? Quelque chose à dire ? Tu veux rester ici ? Non parce que vois tu, je n’ai aucune patience avec les petits merdeux dans ton genre, et si tu ne prends pas la petite avec toi, je me ferais une joie de te laisser ici…

Elle continuait de le pousser, jusqu’aux flammes, jusqu’à ce que l’extrémité de ses braies fument. Elle lui lança un regard mauvais avant de se détourner, retournant auprès du loup. La jeune femme passa le drap sous son ventre, l’enroulant plusieurs fois autour de son corps, avant de le passer entre ses pattes. Y avait plus qu’à espérer que tout tienne bon. La jeune femme se pencha à l’oreille du loup, les poils de l’animal venant lui chatouiller le nez.

- Tu m’fais confiance hein ?

Un coup de langue répondit à sa réponse et la jeune femme se releva. Le jeune homme avait déjà enjambé la fenêtre, le vieil homme sur les épaules. Il fallait faire vite. L’homme disparut de son champ de vision, et Vamp se tourna vers l’adolescent qui portait la petite dans ses bras.

- Laisse passer ton frangin avant… Et après tu passes… Il serait dommage de te voir griller seul, ici…

Elle lui fit un sourire carnassier, qui n’avait rien de rassurant. Le garçon s’éloigna d’elle, se rapprochant de la fenêtre. Vamp fut prise d’une quinte de toux. La fumée commençait à se faire plus dense, et la chaleur étouffante. Elle se rapprocha de la fenêtre, cherchant de l’oxygène. Les flammes se rapprochaient dangereusement. La pâle jeune femme se pencha à la fenêtre. Ils étaient tous arrivés sur le trottoir, plus ou moins en bon état. Elle se tourna vers son loup.

- Aller, à nous…

La jeune femme hissa les pans du draps autour de ses épaules, les nouant sur son ventre fermement. Le poids du loup l’attirait vers l’arrière, forçant sur ses épaules. Ca n’allait pas être facile, mais elle n’avait pas le choix. Elle lança son sac par dessus la fenêtre et enjamba la fenêtre, ses doigts tâtonnant dans le vide, avant de se poser sur la gouttière. Il n’y avait plus qu’à espérer que celle ci tienne. Prudemment et lentement, la jeune femme se glissa le long du mur, accrochée à la gouttière. Ses pieds glissaient contre le mur et ses doigts s’écorchaient contre la pierre. Le vent vint la fouetter, brûlant ses bras devenus sensibles. La descente dura une éternité, bien qu’ils n’étaient qu’au second étage. Ses bras la lançaient, il était temps qu’elle arrive. A quelques mètres du sol, la jeune femme releva les yeux vers le ciel obscurcit par la fumé. Les flammes sortaient de la fenêtre, léchant le mur de colombages. Son pied toucha enfin le sol, et elle se laissa tomber à terre. Le cœur battant, elle resta à demi allongée, Chanda se débattant dans son dos pour se relever. Se redressant, Vamp libéra le loup et recula de l’édifice en proie aux flammes. Ils y étaient arrivés… Elle avait de la peine à y croire. Son regard se perdit dans les flammes qui léchaient la pierre. Elle tenta de se redresser, ses membres endoloris, le froid de la nuit la frappant. Appuyée contre le mur d’une maisonnée, elle se reprit peu à peu, ne prenant que peu d’attention aux autres.

Une dizaine de minutes plus tard, elle se détacha enfin du mur et s’accroupit au niveau du loup.

- Tu bouges pas de là, tu surveilles le sac…

Elle se redressa et s’engagea dans les ruelles, s’appuyant contre les murs. Elle tenta de se repérer, de retrouver le centre du village. Seul Lin occupait ses pensées. S’il était revenu de sa promenade nocturne et était face à l’édifice en flammes, elle n’osait imaginer dans quel état il devait être, elle même ne sachant quelle serait sa réaction face à une situation identique. La gorge brûlante, elle parvint enfin sur la place du village. Elle s’enfonça dans la foule, bousculant les gens qui s’offusquaient à son égard, cherchant des yeux le visage du barbu. Titubante, elle tenait à peine sur ses pieds.

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Jeu 4 Juin - 16:29

C'est la fumée qui surprit Lin. Le brouillard épais de particules charbonnées stagnait dans les airs, le saturant d'une poudre âcre qui brûlait les yeux et irritait la gorge. Le barbu s'était lancé dans l'auberge sans vraiment réfléchir, guidé plus par ses instincts que par sa raison. Il s'était enfoncé dans la purée grisâtre sans aucun regrets, un bras en visière au-dessus de ses yeux. Il fallait qu'il trouve l'escalier parmi les décombres. Il savait que sa compagne avait choisi l'auberge pour un bon lit et se doutait que les chambres étaient à l'étage, comme dans toute auberge. Tâtonnant dans le vide, il ne pouvait se servir de ses yeux. Gonflés et rougis par la fumée brûlante, ils ne lui étaient d'aucune utilité. Seuls les sens du barbu lui permettaient de ne pas s'écorcher sur les débris décrochés des murs. Des pierres jonchaient le sol et le plafond, autrefois parquet d'une chambre, se délitaient lentement, des lattes consumées se détachant pour venir se fracasser de tous côtés, cernant le jeune homme de décombres fumants. Ses oreilles réagissaient au moindre bruit, tentant de discerner le brouhaha extérieur du fracas de l'auberge qui se consumait lentement. Il entendait les craquements déchirants des poutres lâchant sous la tension d'un poids devenu trop lourd et les plaintes montant des villageois. Qu'avaient-ils tous à se plaindre ? Ne pouvaient-ils pas aider au lieu de regarder ? Lin se fraya un chemin au travers des reliquats de ce qui avait dû être une table. Eventrée par les flammes, elle brûlait lentement, exhalant des odeurs de bois grillé, agressant les narines du jeune homme. Sa trachée commençait à le mettre en garde contre la douleur de la fumée, mais il y resta insensible. Il ne pouvait pas ressortir sans avoir trouvé Vamp.

Il s'appuya contre le mur, sa main à plat trouvant une pierre stable. En sueur, il s'essuya le front d'une manche, la sueur lui piquant la peau. La chaleur qui se répandait autour de lui s'alliait à la fumée et la petite salle de l'auberge ressemblait au seuil de l'enfer. Les flammes dansaient haut et fort, éclairant la scène macabre d'une lumière morbide. Les ombres des décombres se découpaient sur les murs détruits, flottant de pierre en pierre, tels des fantômes hantant le cercueil des clients retenus prisonniers à l'étage. Les poussières portées par la fumée s'insinuaient le long de la trachée du jeune homme, lui irritant la gorge, l'asphyxiant lentement. Ses muscles commençaient à crier au supplice et ses jambes ne le soutenaient que par la force de sa volonté. Entouré du brasier de l'incendie, Lin commençait à faiblir. Il se détacha du mur et reprit son ascension vers le fond de la taverne, là où l'escalier aurait dû se trouver. Mais alors qu'il s'approchait du renfoncement, un craquement sourd se fit entendre et une poutre se détacha du plafond, venant s'écraser à côté de Lin, retombant lourdement sur le flanc du barbu, sa vivacité émoussée par l'ardeur du feu. Il laissa échapper un cri de douleur au sentir de ses côtes malmenées par le poids du bois. Il trébucha, ébranlé par le choc et se laissa tomber sur les premières marches. Son torse heurta le rebord de l'une d'elle et il posa sa joue contre le bois encore solide. Reprenant son souffle, il grimaça, les dents serrées. La chaleur du sol remontait et lui chauffait les joues. Se relevant péniblement, il leva des yeux irrités sur le cadavre de l'escalier. Des trous. Il manquait des marches par petits blocs. S'il tentait de monter, il s'effondrerait à coup sûr. Indécis, Lin resta un instant devant ce qui avait été l'escalier, l'angoisse lui tenant la poitrine. Un éboulis de pierres le fit reculer, l'effondrement de l'escalier retentit alors à ses oreilles. Il n'avait plus aucune possibilité de monter.

Plein de rage, mélange d'impuissance et d'inquiétude, il se rua hors de la taverne, toussant à s'en arracher les poumons. Courbé en deux, les mains appuyées contre ses genoux, il était face à l'auberge qui avait englouti sa compagne. Son incapacité à faire quoi que ce soit le mit hors de lui, frustré devant l'édifice incendié. Bouillonnant, il se releva, le visage noirci de suie, les joues rougies par la chaleur. Il fallait qu'il trouve une solution ! Il ne pouvait pas rester comme ça sans rien faire ! Sa compagne allait brûler, et il était dehors, à regarder le bâtiment prendre feu. Une angoisse sourde lui comprima le torse, l'enserrant dans un violent étau, le courbant en deux. Pris au creux de l'estomac, il resta prostré sur lui-même, le désespoir s'insinuant lentement dans ses veines. S'il était là, s'il était là-bas, ça voulait dire qu'elle allait mourir loin de lui. Seule si personne n'était dans l'incendie avec elle. Sans même qu'il ait pu lui dire au revoir. Se retenant à grand-peine de hurler, il releva la tête, les yeux coulants de larmes de rage. Il ne savait plus si elles étaient dues à la rage de l'impuissance ou à l'irritation de la poussière, mais peu lui importait. Si elle venait à disparaître, il n'était pas sûr de vouloir continuer à penser, à vivre. Il se releva, respirant avec difficulté, l'inquiétude enserrant sa cage thoracique. Une peur irraisonnée accélérait son coeur et le sang battait à ses tempes, le laissant dans un piteux état. Noir de fumée, vidé de toutes forces, il se tenait debout face à ce qu'il pensait être le tombeau de la jeune femme. Pourrait-il au moins lui rendre hommage une dernière fois ? Pourrait-il retrouver son corps et lui donner la sépulture qu'elle méritait ?

Perdu dans ses pensées, il ne réagit pas tout de suite à l'altercation quelques mètres derrière lui. Une jeune femme au teint de cadavre s'était trouvée sans équilibre, bousculant une autre femme, forte paysanne. Rude, celle-ci l'avait repoussée sans ménagement, l'envoyant valser contre un autre corps. La jeune femme blanche était mal en point et avait un air quelque peu hagard. Ce n'est qu'à l'éclat de voix d'un homme que Lin se retourna. Le regard vidé de toute expression, il laissa tomber son regard sur la scène. Qu'avaient-ils tous à s'agiter ? Aucune raison, c'était fini. Il ne tenta pas de distinguer, ni les paroles de la paysanne, ni son visage. Peu lui importait. L'éclair blanc d'un bras se débattant attira cependant son oeil, faisant sursauter son coeur. Ce blanc laiteux était quelque peu altéré par une épaisse couche de poussière mais il était persuadé de ce qu'il avait vu. L'espoir renaissant dans son coeur, il se redressa, l'organe battant distillant les infimes particules d'espoir au travers de ses membres, gonflant ses veines. Il avança d'un pas d'abord hésitant vers le lieu de l'échauffement, prenant de l'assurance à mesure qu'il avançait. Après tout, qu'avait-il à perdre ? Il écarta les badauds sans ménagements, faisant fi de leurs exclamations outrées. Il se retrouva bientôt face à une jeune femme. L'oeil hagard, les traits tirés, le visage barbouillé de suie, elle se tenait droite, encore fière au milieu des villageois. Lin sentit un noeud se desserrer dans son ventre et un soupir de libération lui échappa. Il ne réfléchit pas plus longtemps et se précipita sur la jeune femme, l'enlaçant sans préavis. Ce blanc ne pouvait être autre que celui de sa compagne. L'odeur caractéristique du Cadavre affirma sa pensée et il glissa son nez dans ses cheveux, se repaissant de son parfum. Elle était en vie. Elle était sortie de ce four. Comment ? Il verrait ça plus tard. Il glissa ses mains au visage de la jeune femme et se pencha vers elle, pressant ses lèvres contre son front. La tension de ses membres se relâcha, laissant éclater une boule de soulagement dans son corps. Elle n'était donc pas morte. Soulagé comme jamais il ne l'avait été, il plongea ses yeux dans les siens, fouillant son regard du sien, franc.


Ne refais jamais ça, c'est clair ?
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mer 10 Juin - 15:42

Les gens autour d'eux ne pouvaient s'empêcher de les regarder étrangement. Ils devaient sans aucun doute se demander qui ils étaient et ce qu'ils fabriquaient là. C'est vrai que ça devait être étonnant à voir, un cadavre plus pâle que blanc couvert de suie enlacé à un barbu aux poils hirsutes et piquetés de poussières noirâtres. Ils n'avaient rien de semblable à la population de la ville et leur attitude ne laissaient aucun doute sur l'attention qu'ils portaient à cette même population. Pas un regard. A vrai dire, ils n'avaient pas plus conscience de leur présence que de l'auberge qui continuait de brûler derrière eux. L'angoisse de Lin s'était volatilisée à la vue des membres blancs et il n'avait pas un seul instant pensé à ce qu'aurait pu penser les villageois en le voyant prendre la femme si repoussante pour eux dans ses bras. La seule chose qui l'importait, c'est qu'elle soit saine et sauve. Pour le reste, il verrait plus tard. Il se laissa donc entraîner par la jeune femme sans mot dire, soulagé de la voir vivante.

[...]

Allongé sur un banc, il était calé contre le dossier maintenu par des planches de bois. Lin s'était installé dos contre le dossier et avait passé un bras sous la nuque de sa compagne. Il avait le visage tourné vers elle et le nez collé à son cou, sa barbe picotant l'épaule blanche. Il n'aurait pu mettre de mot sur le soulagement qu'il avait ressenti plus tôt et le contrecoup de l'émotion le laissait abasourdi. Il avait besoin de ce contact avec la jeune femme, ne serait-ce que pour se persuader qu'elle était bien à ses côtés à cet instant-là. Ces flammes qui léchaient le bois quelques instants plus tôt, qui le mordaient aux mollets et qui l'avaient envoyé contre le sol n'étaient plus. Il était au frais, dehors. Ses bronches n'étaient plus obstruées et il pouvait sentir librement l'odeur de son cadavre favori flotter dans l'air. Alors qu'il voulait passer son bras autour de la taille de la jeune femme, une vive douleur traversa ses côtes, lui arrachant un gémissement étouffé. Foutue poutre ! Elle était mal tombée. Elle avait réveillé la vieille blessure qui le tenait aux côtes. Il allait falloir encore du repos. Il ne voulait pas de repos. Il ne dirait rien à Vamp et tout irait très bien. Fort de cette résolution, il fit abstraction de la douleur qui perçait et enserra la jeune femme, la serrant contre lui. Il ferma les yeux et soupira, se laissant emporter par le sommeil.

[...]

Un cri de foule le tira de son sommeil au milieu de la nuit. Hagard, il se redressa sur un coude, prenant soin de ne pas réveiller Vamp. Qu'était-ce donc que ce bruit si ... intense ? Il se dégagea de l'étreinte de la jeune femme et quitta le banc. Si ça venait de l'auberge, il devait y avoir un rapport avec l'incendie. Est-ce qu'elle s'était complètement affaissée et des gens en étaient morts ? Ou au contraire avaient-ils réussi à sauver les fondations ? Le barbu s'approcha silencieusement du bâtiment autrefois en feu et écarquilla les yeux. La deuxième solution était la bonne. L'auberge ne rendait à la nuit plus que fumée et les flammes n'étaient ici qu'un vaste souvenir d'une courte période ravages intenses. Mais au-delà du cri de joie qui s'échappait des poitrines rassemblées autour de l'édifice, c'était le nombre de villageois massés aux portes du bâtiments qui avait surpris le barbu. Comment autant de monde pouvait se déplacer en si peu de temps, en si grand nombre et au milieu de la nuit ? Il ne comprenait cet engouement des badauds pour une cause aussi banale qu'un incendie. Certes, il y aurait pu y avoir des morts, mais pourquoi donc se masser là alors que tous devraient être au lit ? Ils ne pouvaient pas repasser le lendemain, après avoir bien dormi ? Perplexe, Lin haussa les épaules et laissa les villageois à leur joie. Après tout, si cela leur suffisait pour se rassembler, il n'était pas contre, bien au contraire. Il s'éloigna donc et retourna auprès de sa compagne, s'asseyant en tailleur devant le banc où elle était allongée. Endormie, elle était emmitouflée dans une couverture et sa respiration était régulière. Lin passa une main légère le long de sa joue et se redressa, embrassant le bout de son nez.
Il passerait la nuit ici, sa balade nocturne attendrait la nuit prochaine.

[...]

Le soleil pointait ses premiers rayons et Lin était levé. Il avait passé la nuit calé contre Chanda, ses yeux se perdant dans la nuit étoilée les ayant recouverts pendant des heures. Même s'il ne l'avouerait jamais, l'animal lui plaisait bien et son poil chaud l'avait réchauffé au plus froid du crépuscule. Mais maintenant que l'astre du jour était levé, le barbu s'était détaché de lui et n'en dirait mot à personne. Pourquoi se faire charrier alors que sa nuit avait été paisible ?
Il se frotta le nez et rassembla leurs affaires avant de se pencher sur Vamp. Il fallait maintenant qu'ils reprennent la route, et il n'accepterait aucune idée de taverne ou d'auberge. Résolu, il s'accroupit et glissa son nez froid contre le cou blanc.
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Jeu 11 Juin - 11:11

Quelque chose de doux et de froid se logea contre son cou. Un léger sourire étira le coin de ses lèvres, ce contact la tirant peu à peu vers la conscience. Elle ramena la couverture sur ses épaules et cligna plusieurs fois des yeux, le front plissé, à demi éblouie par la lumière du matin. Un léger grognement s’éleva de sa gorge blanche et elle tourna son regard sur le jeune homme penchée sur elle. Elle tendit les bras vers lui, quémandant son câlin du matin. Peu lui importait qu’elle se trouva sur un banc au milieu d’un village, les habitudes, c’était les habitudes. Et puis les habitudes du couple lui plaisait amplement et il était hors de question d’oublier un jour ou de faire une exception. Un pli se dessina sur son front blanc et elle se détacha un instant de lui, interloquée.

- Tu sens bizarre Lin…

Ce n’était pas l’odeur du jeune homme. Ce n’était pas non plus son odeur. C’était une odeur… d’animal ? Vamp secoua la tête. Elle devait être trop embuée dans son réveil pour se rendre compte de quoi que ce soit et laissa tomber. Passé son câlin, la jeune femme étira doucement ses jambes enquilosées par sa position de la nuit précédente. Un grimace modela un instant ses traits en sentant ses muscles se plaindre mais elle finit par se relever, un peu chiffonnée par la nuit. Et dire que la veille elle était persuadée de se réveiller dans un bon lit bien confortable. Vamp se gratouilla pensivement la nuque, son ventre grognant. Mouarf, les crêpes s’était bon, mais ça remplissaient pas beaucoup le ventre. Elle gratouilla distraitement la tête de Chanda qui avait entreprit de lui laper les poignets et fouilla dans son sac. Une dizaine de minutes plus tard, la jeune femme était assise sur le banc, en chaussettes, une pomme à demi mangée dans la main. Le morceau de fruit qu’elle avait dans la bouche crissait sous ses dents, et elle releva les yeux sur le jeune homme à barbe.

- On part tout de suite alors ? Faudrait qu’on aille chercher un pot de miel avant quand même… deux ça va pas nous suffire pour la route, gourmand comme tu es…

Elle n’écouta pas ce qu’il lui répondu, regardant par dessus son épaule. La foule se formait sur la place centrale du village. Piquée de curiosité, elle se redressa sur le banc avant de se pencher sur le côté, cherchant à savoir la cause de cet attroupement. La jeune femme finit d’engloutir sa pomme et se releva, ses doigts s’enroulant autour du poignet du jeune homme, elle l’obligea à la suivre.

- Viens… j’veux voir ce que c’est… Aller ! Dépêche toi un peu !

Elle le tira avec plus d’insistance, voulant satisfaire sa curiosité. La foule s’amassait. Elle jeta un coup d’œil intrigué aux visages des villageois qui souriaient, et se glissa entre deux jeunes gens, gardant Lin dans son dos. Elle balaya la place du regard. Quelques enfants trépignaient d’impatience à ses pieds. Un large rideau rouge occultait la vue des spectateurs, le vent le faisant doucement ondulé. Intriguée, la jeune femme se tourna vers le Barbu.

- Dis… A ton avis, y a quoi derrière le rideau ?

Un cri s’éleva de la brochette d’enfants qui gesticulaient à ses pieds et elle tourna la tête. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise. C’était un spectacle de saltimbanques. Un spectacle tout simple, pour enfants. Dans un des coins de la « scène », un des hommes était assis en tailleur, marquant un tempo entraînant sur quelque chose qui ressemblait à une caisse de bois. Mais ce qui subjuguait Vamp, c’était cet homme, au milieu de la scène. Elle ne voyait pas les trous qui parsemaient sa cape de velours rouge. Elle ne voyait pas la tâche noirâtre qui s’étalait sur le côté des braies vertes de l’homme. Les lèvres entrouvertes, tout ce qu’elle voyait, c’était un homme qui faisait des tours de prestidigitation avec spectacle. Les yeux brillants, elle oublia où elle se trouvait et quel âge elle avait. L’homme l’hypnotisait. Elle ne ratait pas une miette de ses faits et gestes. Le tempo de l’homme lui tambourinait la tête, faisant monter en elle une excitation de petite fille. Toutes ces couleurs… Et cette ambiance… Le tempo s’accélérait, quelque chose allait se passer. La jeune femme se raidit au fur et à mesure, se tournant légèrement vers Lin par réflexe. Un chuchotement lui échappa malgré elle.

- Lin…

Une explosion se produisit. La jeune femme sursauta à l’unisson des jeunes enfants, heurtant à demi le jeune barbu. Les yeux écarquillés de ravissement, elle laissa échapper un léger cri de joie, ravie du spectacle. Un panache de fumée colorée s’élevait de la boîte que tenait le saltimbanque, une dizaine de petites mésanges s’envolant vers le ciel. La jeune femme les suivit des yeux, remontant la tête au fur et à mesure que les volatiles s’envolaient vers le ciel. Elle tourna son visage rayonnant d’une joie enfantine vers Lin.

- T’as vu ! C’est drôlement chouette !

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Dim 14 Juin - 9:00

Lin n'avait pas vraiment eu le choix. Il s'était pourtant résolu à lui dire non à toute fantaisie. L'auberge en feu restait ancrée dans sa mémoire et il refusait de devoir s'inquiéter de la sorte à nouveau. Pourquoi prendre des risques alors que les routes les attendaient ? Bougonnant, il suivait la jeune femme sans grand enthousiasme. La tenture dressée au milieu de la placette ne l'enchantait guère. Des gamins en grand nombre étaient assis à même le sol, la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés, en extase devant un saltimbanque. L'homme était au milieu de la scène, emmitouflé dans sa cape au multiples trous, prêt à débiter les phrases classiques d'un illusionniste rôdé à la foule de moins de dix ans. Des trous parsemaient son habit et on voyait nettement la poche cousue à ses braies. Ce n'était pas un professionnel habitué aux grandes places des villes les plus imposantes. Il avait sans aucun doute dû traverser pas mal de terre avant de trouver un village l'accueillant. Il était aujourd'hui debout sur cette scènette, à jouer des tours à des enfants. Certainement qu'il n'avait pas pu faire autrement.

Haussant les épaules, Lin croisa les bras et soupira. Il n'avait pas d'autre choix que de rester ici, à regarder ce petit spectacle. La jeune femme à ses côtés avait quant à elle l'air passionné par ce qu'il se passait. Les gesticulations incessantes du saltimbanque l'avait prise dans le tourbillon de l'illusion factice et ses yeux brillaient d'une excitation enfantine. Le barbu ne s'en aperçut pas, les yeux rivés sur l'homme. Il essayait de déjouer ses tours, tentant de percer à jour les trucs et astuces. Il était évident que rien de tout ça n'était magique et que les tours de passe-passe se cachaient par ici. Mais même si c'était le cas, les enfants amassés devant la scène ne remarquaient rien, envoûtés par les grands gestes de l'homme. Il n'était pas bon, mais on ne pouvait pas dire qu'il était mauvais. Il avait tout de même réussi à captiver pas moins d'une trentaine de gamins, et ce, rien que par l'attrait de la magie. Même le Cadavre s'y était laissé prendre. Le barbu dût reconnaître que malgré ses quelques erreurs, le magicien arrivait à un résultat plutôt satisfaisant. Il parvint même à faire évader des mésanges après un roulement de tambour solennel. Lin ne put s'empêcher de sourire en voyant la troupe de gamins sursauter et il se prit même à applaudir. Après tout, il méritait bien ça.


Chouette ... Je crois que tu peux le dire.

Il se tourna vers sa compagne, un sourire aux lèvres, prêt à lui expliquer comment il avait fait. Mais il se figea en voyant l'air réjoui de la jeune femme, extasiée devant ce simple tour. La joie enfantine qu'il put lire sur ses traits lui fit ravaler ses paroles et il se contenta d'acquiescer. Ses yeux scrutaient le visage blafard, un léger sourire flottant sur ses lèvres. Il ne savait pas exactement d'où lui venait cette sensation qui lui barrait le torse mais il avait conscience qu'elle était due à la jeune femme. Il se pencha vers elle et embrassa son front sans y prendre garde. Attendri. Il ne pouvait pas y avoir d'autre mot pour décrire son attitude à ce moment-là. Il avait toujours eu conscience du côté gamin de la jeune femme, mais il s'exacerbait ici, uni à celui des gosses massés devant eux.

Bon, on fait un deal. Je vais chercher le miel pendant que tu regardes le magicien. Je te rapporte une sucette, et on y va une fois que je suis revenu ... Ca te va ?

N'attendant pas de réponses, il contourna la jeune femme et s'engagea vers le marché de la ville. Le spectacle durerait suffisamment longtemps pour qu'il ait le temps de tout acheter et pas assez pour ne pas être fini quand il reviendrait. Même si la jeune femme affectionnait particulièrement ce genre de démonstrations, Lin préférait les routes et commençait à ne plus tenir en place. L'incendie ne l'aidait pas à rester calme et il voulait absolument repartir avant la nuit. Croisant les doigts pour que le saltimbanque ne soit pas suivi d'une troupe d'acrobates, il s'engagea dans la foule, jouant des coudes.

Arrivé devant un étalage de friandises, il fronça les sourcils. Des dizaines et des dizaines de sortes de sucettes s'étalaient sous son nez et il était incapable de se souvenir de quel parfum prenait toujours la jeune femme. C'était les roses là-bas ? Ou bien les vertes juste ici devant ? Ou alors les jaunes dans le fond ? Le barbu se mâchonnait la joue, l'air concentré. Il essayait de se remémorer les dernières fois où il l'avait vue avec une sucette à la main. Les mains blanches, le bâtonnet beigeasse, le sucre caramélisé à la base de la sucette et puis ... La couleur lui échappait. Ronde. Ca c'était sûr, c'était une forme ronde. Ca éliminait donc la jaune qui trônait dans le fond. Il lui restait tout de même les roses, les vertes et les rouges. Les oranges n'avaient pas la forme escomptées, elles étaient trop carrés pour ça. Il se pencha vers l'étalage, les yeux plissés, narines ouvertes. Quelle odeur allait lui rappeler la jeune femme ? Il renifla les sucettes une à une, faisant fi de l'air interloqué du vendeur. Ben quoi ? Il fallait bien qu'il retrouve la bonne couleur ! Il décida de fermer les yeux pour ne pas être déconcentré par les couleurs et renifla avec attention. Non, ce n'était pas cette effluve là. Celle-ci alors ? Trop piquante. Hm ... Celle-là commence à se rapprocher. Ah ! Celle-ci ! Il rouvrit les yeux sur une sucette rose bonbon toute ronde avec de légers filets blancs ancrés dans le rose. La couleur lui importait désormais peu, il était quasiment sûr de son nez. Il se redressa et tendit la sucette au vendeur en échange de quelques pièces.

Le miel fut beaucoup plus simple à trouver. Quelques étals plus loin, il tomba sur un petit monsieur tout maigre à la mine joyeuse et aux gestes secs et précis. Le barbu le salua poliment et lui pointa un pot de miel. La consistance gluante le fit sourire et l'aspect roux l'assura de la qualité de cette sucrerie. Il tendit une pièce à l'homme et prit le pot, le calant sous son bras. Il n'avait plus qu'à retourner auprès de la jeune femme et à partir.

Il se dirigea vers les cris étouffés des enfants. Il n'avait aucune possibilité de se perdre, les gens affluaient en ce sens et Lin commença à grimacer en voyant le nombre de villageois. S'ils étaient aussi nombreux, c'est qu'il devait se passer autre chose qu'un simple numéro de magie. Il ne put s'empêcher de pester. Il fallait qu'ils repartent, ils ne pouvaient pas s'éterniser ici, saltimbanques ou pas.
Jouant des coudes pour parvenir jusqu'au devant de la scène, il se retrouva dans le dos de la jeune femme. Les mains prises, il se pencha à son oreille, sa barbe venant picoter son cou.


Je suis de retour, va peut être falloir songer à y aller. Et ne me dis pas non, j'ai ta sucette.
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