l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 Le temps d'un voyage...

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mer 25 Fév - 12:17

Lin regardait avec attention le visage de Vamp, continuant de parler dans le vide, s'adressant à cette personne sans la regarder. Qui qu'elle soit, elle n'avait pas l'air d'apprécier qu'on la regarde trop alors le barbu avait baissé les yeux. Elle n'avait pas l'air bavarde non plus. Eh bien soit, le barbu continuait de meubler le silence avec ses paroles sans réelle continuité. Il ne l'avait pas vu ranger sa dague, mais qu'importait ? Elle n'était pas partie et sans comprendre pourquoi, le jeune homme en fut soulagé.

Une grimace s'étalant sur le visage de Vamp le fit taire. Enfin elle s'était décidée à réagir ! Réaction peu avenante, mais réaction tout de même. Après tout, c'était un cadavre non ?
Il sourit légèrement et la regarda ouvrir les yeux, penchant la tête sur le côté.
Elle clignait des paupières, le soleil les surplombant n'ayant pas l'air de la ravir le moins du monde. Il leva la main, obstruant les rayons lumineux sur le visage pâle. L'ombre de sa main se découpait sur le visage blanc qui émergeait doucement.
Alors que le jeune homme allait parler, Vamp le devança. Elle commença à parler d'Aristote et de lui botter le cul.
Elle ne croyait pas en Aristote aux dernières nouvelles ... Elle s'était convertie entre temps ? Et pourquoi voulait-elle lui botter les fesses ? Si elle était morte, il était normal qu'il soit avec elle, elle devrait plutôt remercier Aristote ...
Secouant la tête, Lin dégagea doucement sa jambe et passa sa main sous la nuque de la jeune femme pour la maintenir au dessus du sol. Elle n'eut pas l'air de s'en rendre compte et le flot de parole qui se déversait entre ses lèvres n'avait pas l'air près de s'arrêter. Elle continuait de déblatérer sur le Paradis, ayant apparemment autre chose en tête que regarder passer les anges.
Lin leva les yeux au ciel et essaya de reposer la tête brune contre le sol. Cependant, Chanda n'avait pas l'air décidé à leur laisser ne serait-ce qu'un instant de répit et c'est avec une attitude de jeune chiot qu'il déboula pour léchouiller Vamp.

Le jeune homme soupira et garda sa main en coupe derrière la nuque de la jeune femme, la maintenant comme il pouvait pour lui éviter de s'écorcher le crâne sur les racines affleurantes. Maintenant qu'elle était consciente et apparemment hors de danger, les images précédentes revinrent en mémoire au barbu.
L'arrivée d'abord des trois hommes. La surprise qui l'avait saisi. Vamp plaquée contre cet arbre. L'autre imbécile qui avait cru pouvoir lui apprendre la vie. Chanda fusant au ras de son champ de vision. Le choc sourd du corps qui tombe. L'adversaire aux yeux bleus devant le barbu.
Lin s'ébroua et baissa les yeux sur sa compagne. Bras tendus vers lui, elle attendait apparemment qu'il la porte. Il la regarda un instant sans la voir, les yeux vides de celui qui pense.
Ses bras blancs autour de ce cou. Cette main crasseuse sur son corps. Et puis cet indicible sentiment qui avait envahi le jeune homme. Faiblesse ? Force ? L'autre qui continuait de s'exciter et la jeune femme qui n'opposait aucune résistance. Pire même, qui était à la base de cette scène...
Ses idées et ses souvenirs enchevêtrés, il cligna des yeux et sembla alors prendre conscience de ce qui l'entourait. Il serra les dents et glissa ses mains sous les aisselles de Vamp, la relevant sans ménagement.


Voilà, t'es relevée, c'est ce que tu voulais non ? Le filet de sang est effacé de ta joue et la plaie est presque refermée, en peu de temps ça sera arrangé. J'imagine que tu dois avoir un mal de crâne pas possible ... Jolie percussion du sol, ta tête en a pris un coup ... Si elle ne l'avait pas déjà fait contre l'arbre auparavant ...

Il haussa les épaules et ramassa son sac, remballant ses bandelettes. Son esprit continuait de tourner et retourner ces images, les envoyant à ses yeux, comme imprimées sur la rétine. Il cherchait un mouvement de sa compagne qui aurait pu être interprété comme une résistance, une attitude de défense, un geste d'opposition. Il ne voyait rien d'autre que son doigt blanc glissant le long du torse du brigand, ses bras qui s'enroulent autour de son cou, sa cuisse relevée, son corps entre les mains de cet homme.
Lin grimaça, assailli sans coupure par ces images. Il n'avait qu'à lui demander si ça le brûlait tant. Il ne s'y résolvait pas. Pas pour l'instant. Elle avait plus besoin de repos que de reproches, il aurait le temps de lui faire part de son incompréhension douloureuse plus tard.
Affectant un air neutre, il se redressa, ajustant la sangle de son sac sur ses épaules. Ses yeux jetèrent leur regard autour d'eux et ses sourcils se froncèrent.
Il manquait la silhouette bleue.
Lin fit la moue et tourna sur lui-même, regardant dans toutes les directions. Son oreille fut attirée par un froissement de tissu et il fit volte-face. Ses yeux n'eurent que le temps d'accrocher le dernier pan bleu qui disparaissait sous les frondaisons.
Pourquoi cette étrange personne était-elle partie sans rien dire ? Elle aurait pu s'expliquer, ou alors prendre congé. Elle aurait pu les sermonner et partir sans rien ajouter que ses reproches. Mais partir sans un mot, comme ça, alors qu'elle était restée précédemment ...
Le barbu avait l'impression qu'un détail lui échappait. Il n'aurait su dire quoi.

Se retournant vers Vamp, il fit un geste circulaire autour d'eux.


Je crois qu'on en a fini avec ce champ de bataille. Je vais pousser les corps sur les bas côtés pour éviter à des voyageurs de tomber dessus. On partira après ça.


Il lui tourna le dos et marcha d'un pas sûr vers le corps de son défunt adversaire. Il s'accroupit et passa ses mains sous le ventre du mort, le faisant rouler vers le fossé. Cependant, il s'arrêta au bout de deux tours, pressant ses doigts sur son flanc meurtri.
C'était bien beau de faire bonne figure, mais sa peau le lançait et la douleur aiguë qui remontait à sa tête commençait à lui donner la migraine.
Il ferma les yeux et s'appuya contre le sol, tentant de faire refluer le mal lancinant qui lui perçait les côtes.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Ven 27 Fév - 14:35

Vamp observa le jeune homme, les bras tendus vers lui. Mais celui ci semblait ailleurs et son regard semblait lointain. Le front légèrement plissé, elle attendit que Lin émerge de sa pensée. Parfois, elle se demandait ce qu’il pouvait bien se passer dans sa tête, mais ne cherchait pas à le savoir, l’intimité d’un couple ayant ses limites. Elle attendit donc, patiente, et son sourire s’élargit quand elle le vit se baisser sur elle. Cependant, il la releva avec un peu trop d’empressement, et tout, autour de Vamp se remit à tourner. Légèrement courbée, elle prit sa tête entre ses mains, serrant les dents sous la douleur qui lançait sa tempe. Elle entendit Lin lui parler et se redressa légèrement.

- Oui c’est ce que je voulais, mais je…

Elle n’eut pas le temps de finir, surprise de la suite de sa phrase. Une légère moue sur le visage, elle resta silencieuse. La prenait-il donc pour une des ces femmes qui hurlent d’horreur à l’idée d’avoir une fine cicatrice barrer sa pommette ? C’était bien mal la connaître. La jeune femme resta cependant silencieuse.

Vamp, n’avait pas remarqué la disparition de la silhouette bleue. En fait, elle ne l’avait pas vraiment prise pour quelqu’un de réel, mais plus pour une sorte d’esprit spirituel accompagnant le mort dans l’au-delà. Elle ne s’inquiéta donc pas de l’absence de l’inconnu à cape. La jeune femme s’appuya contre le tronc de l’arbre sur lequel elle avait été plaquée plus tôt, et ferma un instant les yeux, tentant d’endiguer la douleur. Elle sentait les battements de son cœur se répercuter à ses tempes. Vamp rouvrit les yeux pour voir le soleil commencer à décliner. Lin s’était tourné vers elle. Elle ouvrit la bouche pour lui demander s’il avait besoin d’aide, mais celui ci lui tourna le dos avant qu’aucun son ne parvienne à franchir ses lèvres. Légèrement surprise, les sourcils levés, elle observa un instant le dos du jeune homme mais finit par hausser les épaules, ne se posant pas de questions.

Le regard de Vamp se posa sur le jeune loup à ses pieds, qui la regardait, les oreilles dressées vers elle. La jeune femme sourit et s’agenouilla, glissant ses doigts blancs dans le pelage du jeune loup.


- Alors mon gros, tu n’as rien ?

Elle examina soigneusement le corps de Chandalen, écartant délicatement les poils tachés de sang pour s’assurer que son compagnon à pattes n’avait rien. Rien ne semblait anormal, et elle flatta son flanc, avant d’enfouir son visage dans le poil de la bête. Tournant légèrement la tête pour garder sa joue au contact du poil de Chanda, elle regarda en direction de Lin. Quelque chose attira son regard. Vamp redressa la tête, les sourcils froncés et se releva, abandonnant le loup. S’approchant doucement, elle sentit son cœur rater un battement. La chemise de Lin était bien tachée de sang. Celui ci était accroupi, se soutenant sur le sol et elle finit par le rejoindre. La pâle jeune femme posa une main sur l’épaule du jeune barbu et s’agenouilla face à lui, une réelle anxiété sur les traits.

- Tu es blessé…

Son visage était au même niveau que le sien, et ses yeux noirs se posèrent sur ceux noisettes du jeune homme.

- Il faut soigner ça…

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Ven 27 Fév - 20:00

Les doigts écartés contre le sol, sa paume à plat sur la terre durcie par le sang séché, Lin essayait de contenir la douleur de son flanc entre ses côtes, s'interdisant de la laisser envahir son torse. Si la douleur physique venait se mêler à celle qui malmenait l'organe battant dans sa cage thoracique, il finirait pas imploser ... Ou exploser, ce qui ne serait pas la meilleure chose pour la jeune femme au teint pâle dont la tête avait heurté le sol plus tôt.
Il était donc appuyé sur sa main, tentant de reprendre un souffle normal. Il ne devait pas laisser paraître cette faiblesse, il ne fallait pas qu'elle le voit. Le sang chaud imbibait le tissu blanc de sa chemise, s'écoulant en un lent filet pourpre entre les doigts du jeune homme, pressés sur la plaie pour stopper l'hémorragie. Les phalanges poisseuses, il retira sa main et tourna la tête, son regard se posant un instant sur la tache rouge étalée suivant les mailles serrées de l'étoffe. Pas vraiment grande, pas réellement petite, elle avait pris la forme des doigts apposés sur le tissu, donnant un aspect étoilé au liquide sombre s'échappant de la blessure.

Le barbu soupira, fermant les yeux un instant. Le combat contre le plus âgé n'avait pas duré longtemps, à peine l'espace de quelques minutes ... Un coup donné à l'épaule ? Ou à la jambe ? Ou bien c'était au torse ? Il ne se souvenait plus. Ca s'était passé vite, il s'était jeté sur lui, oubliant sa garde, il voulait juste en finir. Peut-être que c'était bien à l'épaule finalement ... En tout cas, l'autre lui avait riposté dans les côtes, la preuve en était cet infâme fluide poisseux imprégnant sa chemise.
Il releva la tête, regardant le corps étendu à côté de lui. La plaie ouverte dans son dos était béante et s'était peu à peu vidée de son sang, ne laissant plus trace du coup que par la distance entre les deux lambeaux de chair. Ca avait été rapide ça aussi. De la force, de la précision et de la fureur. Ca l'avait tué finalement.
Les yeux du jeune homme était fixés sur cette empreinte de mort et sa gorge eut du mal à accueillir la salive de sa bouche. Comment en était-il arrivé à le tuer aussi proprement ? Il n'avait voulu que l'arrêter dans sa tentative de défense et Lin doutait qu'il en ait voulu à sa vie. La bourse donnée aurait suffi à les sortir d'affaire sans que rien de plus ne se passe.
Alors pourquoi ce corps était-il étendu là ? Pourquoi cet homme avait-il été tué ? Pourquoi ne marchait-il pas, loin d'ici, les mains dans ses poches pleines des écus volés au couple ?
Ce n'était pas qu'une simple histoire de défense. Ce n'était pas qu'une simple histoire d'honneur, de dignité et de force.
C'était la fureur humaine, l'écoeurement, le dégoût, l'incompréhension. C'était une multitude de choses qui s'étaient enchaînées.
De la surprise d'abord. De l'astuce ensuite. Un grand vide après. De la colère finalement. Une mort en définitive. Deux même.
Ces hommes s'étaient avancés et les avaient interceptés. Deux d'entre eux avaient encerclés Lin. Le troisième s'occupait de Vamp.
Si ce troisième homme avait pris la place d'un des deux autres, s'il avait été décidé qu'il soit celui de derrière le barbu, s'il s'était préoccupé du loup, si Lin avait retenu la jeune femme alors qu'elle s'avançait, si elle n'avait rien pressenti, s'ils étaient passés de l'autre côté, est-ce que tout ceci se serait passé ? Est-ce que la jeune femme se serait trouvée emprisonnée contre l'arbre ? Aurait-elle agi comme elle l'a fait ? Est-ce que son corps aurait fini dans les mains de ce brigand ? Est-ce que ça se serait passé ainsi ?

Lin sursauta.
La main de Vamp était entrée en contact avec son épaule et elle s'accroupit en face de lui. Il leva les yeux vers elle, le regard chargé de questions muettes qu'il ne savait formuler. Il aurait voulu lui demander pourquoi, il aurait voulu qu'elle lui dise tout le contraire de ce qu'il pouvait penser. Il ne dit cependant rien, l'observant un long moment avec le regard fixe qu'il avait quand il cherchait à fouiller quelqu'un. Il ne voulait pas trouver quoi que ce soit d'autre que les réponses à ses questions. Il voulait juste comprendre, il avait besoin de savoir.
Déglutissant, il cligna des yeux, rompant le contact visuel qu'il avait avec la jeune femme et secoua la tête, comme pour se réveiller d'un mauvais rêve.
Elle lui disait qu'il était blessé ... Il le savait déjà ça ... Ca coulait, recoulait, s'écoulait entre ses côtes, il ne fallait pas être devin pour le voir.
Soigner ? Elle voulait le soigner ... Et comment ? Il pourrait très bien faire ça tout seul.
Se relevant, les dents serrées, il se dégagea de sa main dans une attitude froide.


Quelle perspicacité ... Bien sûr que je suis blessé ! La tache rouge juste ici le montre bien non ? Quant à me soigner, je crois que je vais le faire tout seul, je redoute la lame chauffée à blanc ... Mes bandelettes et moi, on va se débrouiller ...

Il se détourna et s'arrêta net, dos à elle, se mordant la langue. C'était douloureux des côtes déchirées ...
Il inspira profondément et avala sa salive, le souffle court. La douleur calmée quelques instants plus tôt reprenait ses droits sur son flanc et le barbu commençait à saturer.
Il faudrait bien qu'il explose, tôt ou tard ...
Gardant obstinément le dos tourné, il ferma les yeux, tentant de se reprendre. Il ne devait pas fléchir, pas maintenant.
Il tenta un pas, vacilla et finit par s'équilibrer, le bras fermement plaqué contre sa blessure. Irrité par sa peau malmenée, le souvenir de la bataille encore bien présent à l'esprit, il lâcha comme pour se justifier.


Oui je vacille ... Oui j'ai mal ... Oui j'ai du mal à avancer ... Mais que veux-tu, pendant que certains s'amusent, d'autres sont responsables ...

Il se laissa tomber à genoux, faisant passer son sac devant lui et commença à dérouler les bandelettes.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 28 Fév - 10:54

Le jeune homme aurait put la gifler, cela lui aurait fait le même effet que le geste qu’il eu envers elle. Il venait de la repousser froidement. Les lèvres entrouvertes de surprise, elle garda ses yeux sur ceux détourné du jeune homme. Une étrange sensation lui enserra la poitrine, sensation qui lui fit comprendre qu’elle était bien amoureuse de l’homme qui lui faisait face. Silencieuse, elle écouta les paroles mordantes de Lin. Il n’y avait pas cette notion de jeu, de moqueries dans ces propos. Il était tout à fait sérieux. L’anecdote de la lame chauffée à blanc lui fit un coup, et honteuse, elle détourna les yeux. Qu’était elle devenue ? Voilà qu’elle se soumettait à un homme, qu’elle baissait lâchement les yeux. Vamp avait bien changé, et elle s’en rendit compte. Relevant timidement les yeux, elle chuchota du bout des lèvres.

- Je voulais juste…


Juste quoi ? Qu’auriez vous fait, si l’homme que vous aimiez venait d’hériter d’un coup de dague en tentant de vous protéger ? Adresser une prière à Aristote n’était pas la meilleure chose à faire dans ces conditions. Paniquée, Vamp avait fait ce qu’elle avait put. Pourquoi lui crachait-il cela au visage maintenant ?

Restée agenouillée, elle se releva lentement, le regard posé sur la nuque du jeune homme. Elle ne comprenait pas et était réellement perdue. Le jeune barbu fit un pas et vacilla. Vamp eu le reflex d’amorcer un mouvement pour le soutenir, mais son ton mordant la stoppa net dans son élan. Son regard noir rivé sur le dos du jeune homme, ses paroles raisonnèrent dans sa tête. « Certains s’amusent, d’autres sont responsables ». C’était donc ça. Ce que voulait Lin c’était une femme, pas une gamine immature et moqueuse. Elle aurait dut s’y attendre, s’en douter. Il ne s’était pourtant jamais plaint de son côté gamin. Elle avait toujours eu ce fond joueur, ce manque cruel d’amusement dans son enfance. C’était une des raisons pour laquelle elle se jetait sur tout ce qui était sucré. Ce manque de légèreté, de douceur. Et Lin venait de lui reprocher sa gaminerie. Mais c’était sa nature, c’était elle. Alors s’il ne voulait pas de sa gaminerie, il ne voulait plus d’elle. Il paraît qu’une femme change pour son homme. Eh bien soit, Vamp changerait. Elle avait changé de comportement avec Dan, mais le résultat avait été catastrophique. Serait-il de même avec Lin ? Peut être, mais elle ne pouvait pas ne pas essayer et abandonner ainsi. Si il voulait une femme, elle essayerait d’en devenir une ou disparaîtrait. Elle avait pourtant essayer de « grandir », d’être plus adulte, mais elle n’avait jamais été heureuse en jouant ce rôle de femme. Lin avait dut finir par se lasser d’avoir une gamine sur les bras. Qui pouvait le blâmer ? Et puis c’était de sa faute. Elle avait été trop effusive, trop… amoureuse.

Puissant au fond d’elle même, la jeune femme se redressa, et pour la première fois depuis longtemps en présence de Lin, elle remit son masque indéchiffrable. Ce geste lui arracha le cœur, elle avait l’impression de mentir au jeune homme. Elle contourna Lin, inexpressive et s’agenouilla face à lui. La pâle jeune femme lui prit doucement les bandelettes des mains, prenant bien soin de ne pas toucher ses doigts.


- Tu n’auras qu’à me dire quoi faire…

Elle déroula les bandelettes, le regard rivé sur ses doigts, incapable de croiser son regard qu’elle imaginait froid. Sa voix était anormalement douce, d’une douceur trop féminine. Elle avait l’impression de jouer un rôle théâtrale.

- Tu… devrais t’asseoir Lin…

Sans expression, elle ne ressembla non pas à une petite poupée de porcelaine, mais à un véritable cadavre. Une femme vide et sans vie.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 28 Fév - 15:29

Lin tenait les bandelettes dans ses mains, tentant de respirer calmement, grimaçant au sentir de sa peau tirailler ses flancs. Ca n'était pas une blessure très compliquée à soigner. Il fallait juste stopper l'hémorragie, retirer la chemise, nettoyer la plaie et appliquer un bandage qui ferait office de garrot tout en maintenant les côtes. Une blessure standard en soi, quoi que douloureuse.
Il songeait à comment effectuer ces actions seul, sans fléchir. Il lui faudrait utiliser l'eau de sa gourde pour nettoyer et il devrait serrer les dents. Se tourner pour laver sa peau meurtrie tirerait dessus et la douleur s'élancerait jusqu'à ses tempes.
Il ne perçut que très légèrement le mouvement de Vamp qui vint s'accroupir en face de lui, ne prenant pas garde à sa présence.
Seulement, alors qu'il amorçait un mouvement pour dérouler les bandes, les mains blanches de la jeune femme les lui prirent et le firent à sa place. Il releva légèrement les yeux, observant ses mouvements avec attention. Etait-ce volontaire que ses doigts n'entrent pas en contact avec les siens ? Il ne sut répondre et continua de la regarder en silence. Les yeux baissés, elle fixait les gazes et ne semblait pas vouloir croiser son regard. Que craignait-elle donc ? Qu'il la morde ? La voix de Vamp s'éleva dans le silence installé autour d'eux. Lin ne la reconnut pas. Trop doucereuse. Trop calme. Ce n'était pas sa voix ça.

Le barbu plissa les yeux, l'attitude de la jeune femme l'irritant. Peut-être le fait d'être blessé ne l'aidait-il pas à être indulgent, peut-être ce qui s'était passé précédemment l'avait prédisposé à l'énervement. Quoi qu'il en soit, le comportement de sa compagne ne lui plaisait pas. Que faisait-elle encore ? A quoi jouait-elle ?
Il grogna et se leva, plus par provocation que par réel besoin. Il savait pertinemment qu'elle avait raison et que s'asseoir aurait été une bonne chose. Il n'en fit pourtant rien. Chancelant, il écarta les pieds, s'équilibrant comme il put. Il baissa les yeux et chercha le regard de la jeune femme, fronçant le nez devant le rideau de cheveux noirs qui s'intercalait dans son champ de vision. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle se comportait ainsi. Il ne saisissait pas pourquoi elle avait cette attitude fuyante, basse, effacée. N'aurait-elle pas pu s'expliquer ? Ca lui paraissait donc si naturel de se faire plaquer par un autre homme contre le tronc d'un arbre ?
Il releva la tête et un soupir d'agacement lui échappa. Il serra les dents, commençant à perdre patience.


Non mais qu'est-ce que tu fais au juste ? C'est quoi ce comportement ? Tu joues à la jeune femme farouche ? Timide, réservée, docile ... C'est fou comme ça ne te va pas ! Mais qu'est ce qui te prend bon sang !

S'échauffant, il fit un brusque geste de bras, ravivant la douleur lancinante de ses côtes. Il retint un couinement rauque et se tordit en deux, les bras appuyés sur la plaie. Il fallait absolument qu'il se soigne, il ne pouvait pas continuer ainsi. Grimaçant, il finit par s'asseoir et entreprit de défaire les boutons de sa chemise tachée de sang, le buste incliné sur le côté pour calmer la vive douleur de son flanc.
Tout était calme autour d'eux, silencieux. D'un silence lourd que l'on ne trouve qu'après une bataille, pesant. Oppressant. Le silence de la mort. La cape avait disparu depuis pas mal de temps déjà et Lin regrettait sa présence, il n'aurait su dire pourquoi.
Le jeune loup n'avait pas l'air de véritablement se préoccuper des corps et son pelage collé de sang ne semblait pas le gêner le moins du monde.
Vamp continuait de dérouler les bandelettes, les posant sur le revers du sac avec application, le regard rivé sur ce qu'elle faisait.
Lin soupira de désolation et arriva au bas de son vêtement, écartant d'un coup sec les deux pans de la chemise. Il dégagea son épaule gauche sans difficulté et prit soin de faire glisser lentement le tissu de son épaule droite, l'éloignant de la plaie. Un coup d'oeil lui suffit pour voir le mauvais état de sa peau. On voyait nettement le contour de la lame, du sang séché aux alentours, alors qu'un gouffre pourpre s'offrait à la vue dans le profond sillon marqué par l'arme. Il resta impassible et attrapa sa gourde, déversant une partie du contenu sur le liquide poisseux maculant son épiderme.
Nettoyant la plaie, il s'adressa à la jeune femme sans la regarder.


Quand tu auras terminé de jouer la jeune femme gauche et timide, tu me passeras les bandelettes, on sait jamais, ça pourrait peut-être m'aider.

Relevant les yeux, il l'observa un instant, le regard douloureux, le ton acerbe, quoi que recouvert d'un léger voile triste.

T'étais beaucoup moins farouche tout à l'heure ... A croire que tu regrettes ce bourreau ...
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Dim 1 Mar - 10:11

A peine c’était-elle agenouillée à ses côtés qu’il se releva. La jeune femme ferma les yeux. Etait elle donc si repoussante ? Une douleur sourde lui enserra la poitrine. Si il ne voulait plus d’elle, il aurait put lui faire comprendre sans être si méprisant. Elle leva les yeux vers lui et croisa son regard. La jeune femme eu tout juste le temps de le voir froncer le nez. Elle prit cela comme un geste de dégoût envers elle et détourna aussitôt les yeux. Que lui avait-elle fait pour lui apporter pareil dégoût ? La jeune femme observa Chandalen qui léchait ses pattes couvertes de sang, les bandelettes entre les mains. Elle était parfaitement immobile, attendant que Lin s’assoit. Il finirait bien de toute façon par s’asseoir ou bien par s’écrouler. Un silence pesant s’installa entre le couple et Vamp resta silencieuse, ne faisant pas le moindre geste. Un soupire d’agacement brisa le silence. Elle serra les dents pour rester impassible. Elle le dégoûtait, l’ennuyait, l’agaçait… Il brisa enfin le silence, mais elle aurait préféré qu’il n’en fasse rien.

« C’est fou comme ça ne te ressemble pas ». Ca ne me ressemble pas ? Mais je le sais bien. Ce n’est pas ce que tu veux ? Qu’est ce que tu veux Lin ? Ou cherches-tu simplement un prétexte pour me voir partir ?

Vamp resta silencieuse, soutenant le regard du jeune barbu.

Qu’est ce qui me prend ? Mais rien. Je veux juste te plaire, te garder à mes côtés. J’aurais sans doute mieux fait d’ignorer ton regard en taverne cet été. Je l’aurais fait si j’avais su le mal que fait un amour qui se brise. Et toi ? Qu’est ce qui te prend ? Explique toi, au lieu de me cracher à la figure comme tu le fais.

Ses yeux noirs ne quittèrent pas le jeune barbu, sans même ciller. Ses lèvres restèrent closes, n’apportant à Lin aucune réponses. Qu’il ne croit pas qu’elle allait partir ainsi, en le laissant blessé sur le bord de la route. Il s’assit enfin et commença à déboutonner sa chemise. Impassible, Vamp le laissa faire, toujours en possession des bandelettes. Elle finit de les dérouler quand un nouveau soupire s’éleva. Il commençait à l’irriter avec son petit jeu. Le regard noir de la jeune femme se durcit, mais clignant plusieurs fois des yeux, elle se reprit. Elle releva pour voir Lin s’emparer de la gourde et nettoyer sa plaie, renversant de l’eau partout. Il lui demande les bandages sans même la regarder.

Suis je donc revenue à l’état de chienne ?

Vamp ne fit pas un geste pour lui donner la bandelette déroulée, mais lui prit la gourde des mains, toujours sans le toucher. Elle savait qu’il l’observait, mais se refusa à lever les yeux vers lui. Ses paroles pourtant, lui firent lever la tête et elle planta son regard noir dans ses yeux noisettes. Sa voix s’éleva, calme.

- Je regrette ce bourreau ? Eh bien… Je ne sais pas lequel des deux me fait le plus souffrir à cet instant. Mais je suppose que ce brigand m’aurait bien moins fait de mal, que le bourreau qui me fait désormais face et dont je ne soupçonnais même pas l’existence.

Elle se pencha ensuite après avoir imbibé une bandelette d’eau, et entreprit à nettoyer la plaie. Elle était très près de son torse mais n’avait pas cette envie d’y poser ses lèvres comme d’accoutumé. Elle ignora le corps, la peau nue du jeune homme. Etrangement, s’occuper de cette blessure atténua sa propre souffrance. Laissant tomber la bandelette tachée de sang, elle déroula un nouveau rouleau et se rapprocha du jeune homme. Glissant ses bracs blancs autour de sa taille, elle y fit passer la bandelette. Elle était très proche de lui, si proche qu’elle pouvait sentir son odeur et sentir son souffle caresser son cou. Faisant fi de cette proximité, elle garda les yeux rivés sur son travail. Après avoir terminé le dernier tour, elle releva les yeux vers lui, calmée, et lui sourit. Un vrai sourire, bien à elle.

- Et voilà !

Vamp se redressa et déposa un léger baiser sonore sur son front, par reflex. Elle n’avait pas réfléchit à son geste. Son sourire s’effaça d’un coup en prenant conscience de ce qu’elle venait de faire et son sourire laissa place à une gêne extrême. Elle détourna les yeux.

- Pardon, je ne voulais pas…

Elle se leva et se détourna, s’éloignant de lui avant que les paroles acerbes ne ressurgissent des lèvres qu’elle avait tant aimé goûter. Le dos tourné au jeune homme, elle entreprit de nettoyer ses mains tachées de sang avec le reste de la bandelette.

Tu es soumise à cet homme. N’as tu pas honte Vamp ?

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Lun 2 Mar - 17:44

Lin ne sentit pas les bandelettes dans sa main. Peut-être parce qu'elles n'y vinrent pas ...
Il releva les yeux vers la jeune femme, fronçant un sourcil. Pourquoi ne les lui donnait-elle pas ? Il en avait besoin là ... Ne serait-ce que pour éviter de se vider entièrement de son sang. Il était d'accord pour dire que sa blessure ne méritait pas d'urgence, qu'il n'allait pas mourir tout de suite, mais elle pourrait au moins avoir la décence de vouloir abréger sa souffrance. Elle n'en avait pas assez avec ce qu'elle lui avait fait voir tout à l'heure ? Il lui en fallait plus ?
Il laissa retomber sa main au sol, grattant la terre du bout des doigts par réflexe. La poussière brune du chemin commença à colorer sa main, mais il n'y prit pas garder, ses yeux étant rivés sur la jeune femme.
Elle lui avait pris la gourde des mains, ne lui laissant pas le choix. Avant qu'il ne puisse protester, elle leva la tête, plantant son regard dans le sien. Alors seulement, elle parla. Il attendait qu'elle parle depuis quelques instants déjà, il aurait du se ravir qu'elle se décide enfin à ouvrir la bouche. Pourtant, aucun sentiment positif ne l'envahit alors qu'elle desserrait les lèvres.
Il entrouvrit la bouche, voulant lui répondre. Ses paroles l'avaient percuté de plein fouet, le laissant déstabilisé. C'était comme une gifle assénée sur la joue d'un enfant inconscient de la paume qui menace sa peau. Comme une bourrasque arrachant les branches d'un arbre. Le tronc survivait mais toutes ses ramures tombaient, sectionnées à la racine. Lin était là, incapable de bouger. Les bras légèrement relevés, il suivait des yeux la jeune femme qui le bandait, n'ayant pas vraiment conscience de ses mouvements. Comme un mort observerait son corps dans la tombe, il regardait la jeune femme depuis ses orbites, son buste complètement déconnecté, tout comme le reste de son corps.
Un arbre mort après une tempête.

Cependant, alors qu'elle finissait son bandage, ses yeux croisèrent ceux de Lin et un véritable sourire envahit ses traits. Le jeune homme ne détacha pas son regard d'elle, mélange de surprise, de douleur, d'incompréhension et de tristesse.
Il n'y comprenait vraiment plus rien. Elle se transformait en jeune femme prude et silencieuse après s'être amusée avec un brigand tandis qu'un sourire qui lui ressemblait déjà plus lui venait quand elle eut fini avec lui. Qu'est ce qui pouvait bien se passer en elle pour que de tels revirements de comportement lui viennent ? C'était complètement illogique.
Une fois, elle se donne à un inconnu.
Une autre, elle se mue en petite fille sage.
Une autre encore, elle redevient elle.
Qu'allait-elle encore faire après ça ? Le renverser et se mettre à rire ?
Il ferma les yeux, tentant d'ordonner les événements, sans grand succès. D'abord, il n'avait aucune réponse à ses questions. Ensuite, elle agissait étrangement. Finalement, il n'y comprenait rien. C'était trop pour lui, trop d'informations, trop de choses à la fois, trop d'émotions, trop.
Alors qu'il allait rouvrir les yeux, il sentit les lèvres de la jeune femme entrer en contact avec son front. L'avait-il rêvé ? Il en aurait bien été capable avec tout ça ...
Il rouvrit les yeux, perdu, et la regarda. La gêne apparente qu'il découvrit sur son visage le convainquit qu'il n'avait pas rêvé son geste. Il ne comprit cependant pas pourquoi elle était si gênée. Ce geste avait eu pour effet de calmer instantanément le jeune barbu. Etait-ce les souvenirs qu'il tirait de ce simple geste ? Ou bien le contact de la jeune femme arrivait-il à faire redescendre la tension de son corps ?
Il ne put répondre mais, alors qu'elle s'excusait, il se releva, oubliant un instant sa blessure.

Les yeux rivés sur son dos, il pensait. Ce n'était pas vraiment réfléchir, ce n'était pas non plus divaguer. Ses pensées passaient dans son esprit, sans fil rouge, toutes comme elles lui venaient, de manière anarchique, sans but précis, sans idée de fond. Mais une pensée avait-elle vraiment besoin d'être fondée solidement pour exister ? Si oui, pourquoi tant de personne se fiaient à leur instinct et à leurs impressions ?
Lin ne tenta pas d'ordonner ce qui lui passait par la tête à ce moment là. Tout ce qui lui importait, c'était de comprendre. Il voulait comprendre la jeune femme, il voulait comprendre son attitude, ses sautes d'humeur, puisqu'il les avait perçu comme tel. Comprendre pourquoi. Comprendre comment. Comprendre.
Inspirant profondément, il prit une voix neutre, se contentant de débiter d'un ton plat ce qui le tourmentait depuis peu.


Et là, pourquoi tu t'excuses ? Pour m'avoir approché ? Tu devrais plutôt penser à ce que tu as fait plus tôt. Penser à ce qu'il t'est passé par la tête pour t'être ainsi laissée faire par ce brigand, pire, pour t'être donnée à lui. Je te comprends pas. Il s'est passé quoi dans ta tête ? T'en avais marre de me voir, tu voulais que je parte ? T'avais mille autres manières de me le faire comprendre. Pourquoi comme ça ? Je comprends pas ta froideur, ni ta gêne. C'est quoi le problème ? Je te fais peur ?

Il s'arrêta un instant, déglutissant. Alors qu'il laissait filer sa pensée, il se rendit compte que partir ne lui était et ne lui serait jamais venu à l'esprit. Elle voulait vraiment cet homme ? Il ne serait pas parti comme ça, sans rien faire. Elle ne voulait plus de lui ? Il ne serait pas non plus parti comme ça, sans rien dire.
Il reprit, voulant finir d'exprimer ce qui tournait dans sa tête depuis la mort des trois hommes.


Tu me vois comme un bourreau. Vraiment ? Pourquoi ? Parce que je suis refroidi après t'avoir vue entre les mains de ce crasseux ? Je ne me voyais pas réagir autrement. J'espère que tu n'attendais pas de moi que je te saute dans les bras après ça. J'ai eu devant moi la vision de la femme que j'aime s'offrant à un autre. Je veux bien ne pas être jaloux, te laisser aussi libre que tu en as besoin, mais j'ai des limites, comme tout le monde. Et là, pour moi, elles étaient dépassées.

Il détourna le regard et serra les dents, n'étant plus sûr que délivrer ses ressentis de la sorte ait été une bonne chose. Il resta immobile, ses yeux baissés vers ses pieds, les bras ballants. Il ne pouvait pas partir. Il ne voulait pas partir. Il voulait des réponses. Il les attendrait, les écouterait. Il verrait ce qu'il adviendrait de faire ensuite ...
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mar 3 Mar - 15:29

Le sang de Lin s’était incrusté sous les ongles de la jeune femme. Se concentrant sur ses doigts, elle tenta d’ignorer la gêne qui avait prit possession de sa conscience. Elle l’avait embrassé tout naturellement sur le front, heureuse de l’avoir soigné aussi bien. Il avait toujours prit soin d’elle et elle avait enfin put prendre soin de lui à son tour. Elle était tout simplement fière de l’avoir pansé. La jeune femme resta dos à Lin, concentrée sur ses doigts tachés de sang, frottant la peau blanche avec la bandelette humide. Qu’allait –il se passer maintenant ? Allait-il partir et la laisser seule sur les routes ? La voix du barbu s’éleva dans son dos, mettant fin au questionnement de la pâle jeune femme. Elle se redressa légèrement, l’écoutant alors que l’antre de ses yeux observait fixement un des centenaires enracinés face à elle. Elle l’écouta parler sans l’interrompre, sans se retourner, écarquillant les yeux par instant, son cœur s’accélérant par moment. Tout passa dans ce corps frêle. L’incompréhension, l’amertume, le soulagement, la tristesse, la douleur, la déception, la surprise. Si sa mâchoire aurait put se décrocher, elle serait déjà à ses pieds. Comment pouvait –il avoir un raisonnement aussi erroné ?

La jeune femme au teint de mort se retourna et posa son regard sur le Barbu qui lui faisait face. Elle n’eut même pas l’idée de cacher ses sentiments et son visage évoquait une douleur qui froissait ses traits. Il avait le regard détourné, mais il était hors de question de parler à un mur. Elle s’avança donc vers lui, jusqu’à ce qu’un pas à peine les sépare. Vamp aurait voulu se jeter dans ses bras, le serrer contre elle et l’embrasser en lui assurant qu’elle l’aimait et ne désirait que lui. Mais elle n’avait pas été élevée à réagir ainsi et malgré la situation, gardait sa fierté. Son regard glissa sur les traits du jeune barbu. Sa mâchoire était contractée. Elle n’aimait pas quand il faisait cela. Timidement, la jeune femme leva la main vers son visage. Elle voulait caresser sa joue, la décontracter, mais le courage lui manqua et son bras retomba le long de son corps.

Vamp releva le menton, voulant se donner du courage et planta son regard dans celui du jeune homme.


- Tout d’abord, de toute ma vie, je n’ai eu peur que d’une personne, et je m’en suis débarrassée. Je n’ai plus peur de personne, encore moins de toi.

Ce fut à son tour de contracter sa mâchoire et elle carra les épaules.

- Quand au fait de vouloir que tu partes… Je pense que si j’en avais eu assez de toi, c’est moi qui serai partie, tu ne crois pas ? C’est mal me connaître, que de croire que j’aurai attendu sagement ton départ si tu m’insupportais.

Vamp respira plus profondément. La suite allait être plus délicate. Elle allait devoir soigneusement choisir ses mots, mais surtout, ne pas flancher.

- Quand au fait de m’être donnée à cet homme comme tu dis… Et bien oui, je l’ai attiré vers moi. Pourquoi ? Il y avait trois hommes, et nous étions deux. Je…

La jeune femme déglutit, sa gorge se serrant, mais son regard resta planté dans celui de Lin par défis.

- Je voulais te donner une chance de t’en sortir en occupant le troisième homme. Tu en avais déjà deux sur le dos, un troisième aurait put t’être fatal. Je me suis dis que plus longtemps il serait avec moi, plus longtemps je l’occuperai, et donc qu’il ne rejoigne ses frères que tardivement, te laissant ainsi le temps d’en éliminer au moins un. Et comme je n’étais pas sûre de gagner un combat contre lui, j’ai opté pour la solution qui prendrait le plus de temps. C’est… « ce qui m’est passé par la tête »…

Sa gorge était anormalement sèche. Le fait que Lin puisse penser qu’elle s’était réellement donnée à cet homme la décevait, lui faisait mal. N’était-il pas au courant qu’elle l’aimait ? Avec une légère pause, Vamp reprit les mots du jeune homme.

- J’ai eu devant moi la vision de l’homme que j’aime dans la poussière, entouré de deux tueurs. Alors si me faire violer par un homme contre un arbre peut lui sauver la vie, oui, je n’hésiterai pas à le refaire.

Vamp resta silencieuse un long moment, immobile. Ce n’était pas sa nature de se justifier. Les mots étaient sortis de ses lèvres tout naturellement. Ce n’était pas des paroles vides de sens, creuses.

Cette fois, la jeune femme détourna les yeux, incapable de lui faire face. Cela faisait trop mal, souffrance visible sur son visage.


- Quand au fait de m’excuser après t’avoir embrassé le front… Je préfère ramper à tes pieds que de te voir à nouveau me repousser comme tu l’as fait. Je ne le supporterai pas une nouvelle fois.

Sa voix s’était brisée mais pas une larme n’était visible. Elle était bien trop fière pour pleurer devant lui. Estimant qu’elle n’avait plus rien à lui dire, elle lui tourna le dos. Ramassant son sac, elle le hissa sur son épaule après avoir évité une des mares de sang. Redevenue impassible, elle se tourna vers le jeune homme.

- On ferait mieux d’évacuer les lieux, avant que l’on ne croise du monde, ou que les cadavres attirent des charognards. De plus, il va bientôt faire nuit…

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mar 3 Mar - 18:40

Le jeune homme se tenait droit, les bras pendant de chaque côté de son corps, comme désarticulés. Sa tête, baissée vers le sol, donnait l'impression qu'il tentait de se cacher d'une réalité qu'il voulait fuir. Le regard rivé sur ses pieds, il ne les voyait pas. Les yeux ouverts donnaient sur des pupilles ternies par les ressentis. Le visage restait implacablement immobile, immuable dans son air absent. Lin attendait. Neutre, presque ailleurs, il attendait des réponses qui ne venaient pas.

Son champ de vision se restreignait à un périmètre défini par les bords de ses chausses usées par la marche pour les côtés, ses arcades sourcilières pour le haut, ses joues pour le bas. De la poussière, des cailloux, du sang. Le sien ? Celui épanché du corps inerte hors de sa vue ? Il ne le savait pas, ça ne l'importait pas, il n'y prêtait pas attention.
De la terre, des touffes d'herbes éparses et ses pieds. Il ne savait plus s'il distinguait le cuir sombre de ses chausses de la couleur terreuse du chemin. A vrai dire, il s'en moquait. Ses yeux vides regardaient sans voir.
Ce petit périmètre, il le fixait, insensible à l'extérieur. Il était comme un autiste. Un carré. Peut-être un rectangle. C'était finalement large un champ de vision. S'il tournait ses globes oculaires, il parvenait à voir jusqu'au fossé. De l'autre côté, la terre, la poussière.
Il revint à ses pieds. Ses chausses étaient usées au bout. Râpeuses. Il n'allait pas en changer, elles étaient trop confortables pour qu'il veuille les échanger et elles commençaient à avoir une certaine valeur sentimentale. Il refusait qu'elle finisse dans les établis d'un tanneur.

Alors qu'il allait porter son regard éteint sur un bouquet d'herbe, des bottes pointèrent leur extrémités devant celles de Lin. Deux bouts noirs entrant dans le périmètre. Le rectangle percé s'enrichissait. Est-ce qu'on pouvait vraiment gagner en s'ouvrant ?
Cette portion de vision, ce petit site visuel s'était ouvert sur le haut, juste sous les arcades du barbu et deux pointes de cuir s'étaient immiscées et fondues dans cet espace clos. Il avait donc gagné, il s'était enrichi de bouts de bottes.
Est-ce qu'il en allait de même pour humain ? Est-ce qu'une fois ce petit espace de vie ouvert, les choses qui y entrent l'enrichissent ? Ou bien le détruisent-elles ?
Il releva les yeux vers la jeune femme. Face à lui, son bras venait de retomber le long de son corps. Son regard se planta dans celui du jeune homme. Il eut l'impression qu'il était finalement peut être bénéfique de s'ouvrir. Il se pouvait que le flux sorti de ce petit espace de vie aille percuter l'autre et que le rebond revenant en place et lieu du premier flux, rende ce qu'il avait perdu à celui-ci.

Seule son ouïe était sollicitée. Ses oreilles réceptives à toutes clameurs de quelle nature que ce soit écoutaient avec attention. Ses tympans décelaient le moindre son et le transmettait avec fidélité à son cerveau. Il enregistrait, transformait, traduisait chaque bruit. La respiration profonde de la jeune femme ne lui échappa pas. Elle continuait de parler, son souffle, ses pauses, ses intonations résonnaient comme autant d'indications aux oreilles de Lin. Il n'écoutait pas seulement ses paroles, il n'écoutait pas seulement ce qu'elle disait, il l'écoutait. Elle, son être. De ses paroles à ses poumons, sa respiration et ses hésitations. Il ne voulait rien perdre. Les réponses qu'il avait attendues lui parvenaient clairement, nettement. Il aurait pu les retranscrire tant il était attentif.
Ses mâchoires finirent cependant par reprendre leur tension initiale, perdue au fur et à mesure du monologue de Vamp. Elle parlait de cet homme. Elle parlait de ce qu'elle avait fait. Elle s'expliquait. Ses mots s'ancrèrent dans sa tête.
Une feinte. Ca n'avait été qu'une feinte. Une sorte de diversion. Elle avait juste voulu qu'il ait plus de temps, qu'il puisse se défendre décemment. Le brouillard qui lui engourdissait l'esprit se dissipa.

Ses yeux n'avaient pas bougés. Fixés sur ceux de la jeune femme, ils avaient suivi son monologue sans vraiment en avoir conscience. Ils reprenaient contact en même temps que Lin. Le jeune homme inspira lentement. Il avait l'impression qu'un étau se desserrait, juste sous son sternum. Le flot d'air qui envahit ses poumons lui fit l'effet d'un afflux de vie. Il se redressa imperceptiblement. Il aurait voulu dire quelque chose. Faire quelque chose. Agir. Vamp s'était arrêtée. Il se devait de bouger. Il devait parler. Il devait agir. Il n'en eut pas le temps. Elle reprit. Ses mâchoires se bloquèrent, mettant ses molaires sous tension. Il aurait préféré éviter cette phrase. Son regard se durcit, reflet de ce qui se passait en lui. Pour rien au monde il ne laisserait faire ça. Il ferait tout pour l'éviter. Il s'était senti impuissant et inutile pendant ce combat-là. Qu'elle accepte ce genre de traitement pour lui le révolta. Il serra les poings, se décidant à lui expliquer son point de vue.
Mais il ne parvint pas à ordonner son esprit. Ses cordes vocales refusèrent de laisser passer ses paroles. Son cerveau ne réagit pas à ses sollicitations. Avant qu'il n'ait pu ne serait-ce qu'esquisser un mouvement de lèvres, elle avait repris.

Les yeux de la jeune femme quittèrent les siens. Etait-ce un signe de affaiblissement ? Il déglutit, incapable d'autre chose. Elle n'avait pas fini, et il ne pouvait pas l'interrompre maintenant. Pas après avoir fait fausse route tout du long. Il se contenta de l'écouter, refoulant les différentes émotions qui commençaient à l'envahir. Il devait rester neutre jusqu'au bout, la laisser finir. Il avait l'impression que la couper maintenant serait la plus mauvaise chose à faire. Il resta donc coi, écoutant ses dernières paroles sans broncher. Mais alors que son être restait impassible, une fiche vint se planter dans son coeur. Ce n'était pas qu'un serrement, ce n'était pas qu'un picotement. C'était beaucoup plus.
Il l'avait repoussée parce qu'il avait cru tout l'opposé. Il l'avait repoussée parce qu'il avait inféré à partir de ce qu'il avait vu. Il avait extrapolé son attitude. Il ne pouvait qu'accepter les retours de son attitude. La voix de la jeune femme se brisa et ce fut comme un point final à une histoire douloureuse. Il faudrait tourner la page. On n'oublie pas, il n'oublierait pas. La fin d'une histoire, ce n'est que le commencement d'une autre. Un point final ne marque pas l'arrêt mais le début.

Complètement chamboulé, le coeur malmené entre ses sentiments contradictoires, en saturation, Lin attendit qu'elle se retourne pour s'ébrouer. Il se secoua comme un chien le fait une fois trempé. Partant de la tête et allant jusqu'aux pieds, il s'ébroua. Ses cheveux s'ébouriffèrent, ses bras se balancèrent un instant et ses jambes tremblèrent pendant un moment. Il pensait y voir plus clair. C'était expliqué. C'était net. Il savait. Il savait qu'il s'était trompé, il savait qu'il l'avait blessée, il savait qu'il avait vu à l'envers, il savait qu'il lui faudrait du temps. Mais il savait que sa place était là où il était. Il savait que c'était elle qu'il voulait.
Il se pencha et ramassa sa chemise, la renfilant sans brusquerie. Se redressant, il ferma chaque bouton, les uns après les autres, méthodiquement. Il entendit ce que lui dit la jeune femme et hocha la tête en guise de réponse. Ses doigts arrivés au bas du vêtement lissèrent le tissu un instant. Ils allaient repartir. Il fallait qu'il réagisse. Il prit son sac et le fit passer sur son dos, ajustant les sangles à son dos.
S'approchant de la jeune femme, il s'arrêta face à elle, déglutissant légèrement.


J'ai conscience de mes erreurs tu sais ... Je sais aussi que tu as des raisons de m'en vouloir. Pourtant je pense qu'il est possible de comprendre mon point de vue. J'espère juste que tu ne m'en voudras pas indéfiniment.

Il la regarda un instant, se mordillant la joue. Il n'avait rien à ajouter. Que pouvait-il dire de plus ? Un long discours ne valait rien. Il faudrait qu'il parvienne à lui faire comprendre combien il aime d'une autre façon que par les mots. Il s'en fit la promesse muette et se pencha vers elle.
Son visage proche du sien, il effleura ses lèvres des siennes, les frôlant à peine.
Gêne ? Réserve ? Peur ?
Il se redressa et se racla la gorge, se passant une main sur la nuque.


Je pense qu'on devrait monter un camp de fortune dans les environs. On a pas le temps d'aller très loin et en effet, la nuit ne va pas tarder à tomber. Il nous faut un feu.
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 7 Mar - 14:34

Vamp n’avait pas bougé. Impassible, son sac jeté sur son épaule, elle était tournée vers Lin, attendant qu’il fasse un geste. Elle ne savait pas exactement ce qui se passait au fond d’elle, n’ayant jamais ressentit ça avant. Elle ne savait comment réagir, que faire ou que penser, aussi resta t-elle impassible. Chanda à ses côtés, elle observa le jeune homme renfiler sa chemise. Elle ne quittait pas ses mouvements du regard, ses yeux glissant sur le torse nu qui disparaissait au fur et à mesure de l’ascension de ses doigts. Vamp prenait toujours un malin plaisir à déboutonner la chemise du barbu, avant de laisser ses mains s’approprier son corps. Allait-elle de nouveau pouvoir le faire ? La jeune femme se redressa légèrement en voyant Lin s’approcher d’elle. La peur qu’il lui annonce à l’instant même, que chacun prenait désormais une route séparée lui nouait l’estomac. Elle tenta de ne rien laissé paraître, mais ne fut pas sûre du résultat. Arrivée face à elle, il prit la parole. Un pli se forma entre les sourcils noirs de la jeune femme.

Lui en vouloir ? Elle ne lui en voulait pas. Enfin, c’est ce qu’elle pensait. Elle n’en avait jamais vraiment voulut à Lin, pas même la fois où, alors qu’ils se connaissaient à peine, il l’avait poussé dans la rivière alors qu’elle était entièrement vêtue. En fait, ça l’avait même plutôt fait rire. Alors même si elle voulait lui en vouloir, elle ne savait pas vraiment comme réagir et encore moins comment s’en rendre compte. Très brouillon tout ça. Trop pour Vamp.

Quand au fait de comprendre son point de vue, Vamp n’était pas aussi butée pour ignorer ce qu’avait put ressentir Lin en la voyant agir ainsi.

La jeune femme inspira profondément et reporta son attention sur Lin. Elle vit très nettement qu’il malmenait sa joue. Dans d’autres circonstances, elle se serait moquée de lui et de ses tocs, mais elle n’avait pas très envie de rire. Se sentant obligée de dire quelque chose pour briser le silence inconfortant qui venait de s’installer, elle desserra les lèvres. Mais avant qu’elle ne trouve quelque chose de plus ou moins intelligent à dire, Lin s’était penché sur elle. Vamp écarquilla les yeux de surprise, comme si c’était la première fois qu’il l’embrassait. Elle n’avait pas eu le temps de fermer les yeux et encore moins de lui rendre la pression de ses lèvres qu’il s’était déjà redressé. Vamp cligna des yeux, bafouillant lamentablement avant de redevenir silencieuse. Elle se contenta d’hocher la tête aux paroles du Barbu et se mit en route sans un mot.

Ils marchèrent une vingtaine de minute, s’éloignant de l’endroit funeste. Vamp ne desserra pas les lèvres, laissant son esprit vagabonder. Elle était sur le côté, Chanda la séparant de Lin. Sa voix s’éleva enfin, distante.


- Cet endroit m’a l’air adéquate. On est assez loin du lieu de l’embuscade et puis il commence à faire sombre, je ne suis pas d’humeur à me promener la nuit.

Elle lui désigna un petit bosquet à l’écart du chemin dont le sol était miraculeusement dépourvu de boue. Vamp laissa tomber son sac à terre et s’étira doucement, avant de laisser tomber sa tête en arrière et de fermer les yeux. Elle se laissa porter par la quiétude de la forêt, laissant Lin s’occuper du feu. Vamp rouvrit les yeux et se pencha sur son sac, prenant la première chemise qui lui tomba sous la main avant de se redresser.

-Je reviens dans quelques minutes…

Sans trop s’attarder sur la personne de Lin, elle se détourna et s’enfonça dans la forêt. A une dizaine de mètres du camp, elle trouva un point d’eau qui se frayait faiblement un chemin dans la roche. Vamp s’agenouilla et immergea ses mains blanches dans l’eau fraîche. Frottant ses paumes l’unes contre l’autre, elle suivit un instant des yeux le sang se faire emporter par le cours de l’eau. C’est en retirant sa chemise qu’elle vit la marque violacée qui bandait son bras quand le brigand l’avait empoignée. Maudissant l’homme, la jeune femme passa son doigt le long de son bras. C’était peu cher payé pour garder Lin en vie. La pâle jeune femme se lava succinctement, comme pour effacer les traces éprouvantes de la journée. Sa peau réagissait vivement sous la température de l’eau et ses yeux se posèrent sur la chemise pliée. Elle resta interdite avant d’émettre un léger grognement. Elle avait prit la chemise de Lin « empruntée » avant leur départ. C’était bien le moment. Enfin, la jeune femme n’avait pas vraiment le choix, elle se voyait mal retourner au camp complètement nue. Vamp regarda prudemment autour d’elle, comme pour s’assurer que personne ne l’espionnait, et porta la chemise à son visage. L’odeur de Lin y était délicieusement présente. Sa gorge se serra et elle finit par l’enfiler.

Après une bonne demi heure, elle était de retour au camp, vêtue de la chemise du barbu qui lui descendait mi cuisses, ses bottes et ses braies dans les bras. Pieds nus, elle laissa tomber ses affaires sur le sol dans un coin avec désinvolture, évitant le regard de Lin. Elle lui annonça qu’elle n’avait pas faim et contourna le feu, avant d’aller s’allonger dans un coin, une couverture sur les épaules.


- Bonne nuit Lin…

Elle aurait aimé aller contre lui, se blottir dans ses bras, surtout après la peur qu’elle avait eu de le voir mourir sous ses yeux dans la journée. La jeune femme aurait voulut qu’il l’enlace et qu’elle puisse passer une nouvelle nuit contre son corps. Mais la peur qu’il ne la repousse de nouveau était trop présente pour qu’elle aille vers lui. Elle se tourna donc sur le côté, dos au camp et observa les bois. Le sommeil se refusait à venir à elle.

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Dim 8 Mar - 15:18

Lin suivait la jeune femme sans mot dire. Elle avait l'air perdu dans ses pensées. Ils marchaient sans parler, le bruit de leur pas absorbé par la terre brune du chemin parvenait à leurs oreilles en bribes étouffées. Le barbu jeta un coup d'oeil au jeune loup qui trottait entre eux. Il avait l'air parfaitement inconscient de tout ce qui s'était passé précédemment, la queue haute, la langue pendante. Chanda était loin des soucis humains et ne devait certainement songer qu'à sa prochaine nourriture. Les yeux de Lin suivait le pas sautillant de l'animal, s'y absorbant comme dans un échappatoire, incapable de briser le silence pesant qui s'était installé. Il suivait sans vraiment réfléchir, ses pas se calquant sur ceux de la jeune femme, inconscients du chemin qu'ils empruntaient.

Au bout de ce qui parut une éternité au jeune homme, Vamp indiqua un endroit en contrebas du chemin, entouré d'arbres. Lin ne se posa pas de questions et descendit le léger dénivelé du sol, posant son sac au pied d'un arbre. Il écouta d'une oreille distraite ce que lui disait la jeune femme, se redressant cependant alors qu'elle finissait sa phrase.
Elle revenait dans quelques minutes ... Où comptait-elle aller ? Il fronça les sourcils et la suivit du regard, pas le moins du monde rassuré par le chemin qu'elle prenait. Alors qu'elle s'enfonçait entre les arbres, Lin émit un grognement de protestation. La voir s'éloigner ainsi l'inquiétait. Si elle faisait une mauvaise rencontre, il ne serait pas là pour la protéger. Il soupira et fit la moue, se laissant tomber au sol. Il n'avait plus qu'à attendre qu'elle revienne ...

Cependant, au bout de dix minutes, il se mit en tête de faire du feu. Après tout, où qu'elle aille, quand elle reviendrait, elle apprécierait certainement le chaleur d'un bon feu et la lumière rassurante des flammes. La nuit commençait à tomber et les alentours, quoi que secs, n'étaient pas des plus rassurants. Les arbres les entourant étaient petits et robustes, avec des troncs massifs et rappelaient au barbu les gardes en faction aux portes des villes.
Le jeune homme erra un instant autour du bosquet, ramassant de-ci de-là des branches mortes, profitant qu'elles soient sèches pour les agglomérer à l'endroit où ils avaient établi leur campement pour la nuit. Une fois les branches rassemblées, il les embrasa, calant les abords du feu entre des pierres bancales.
Il finit par s'asseoir à côté du feu, ramenant ses jambes vers lui, ses coudes trouvant ses genoux. Ses mains tombant entre ses jambes arrachaient des brins d'herbe et les lançaient vers le feu, les regardant se consumer dans la chaleur orangée.

Il ne sut trop ce qui le sortit de sa contemplation obsessionnelle de la danse des flammes. L'apparition de Vamp dans son champ de vision ou le bruit mat de ses affaires tombant au sol. Il lui proposa de se ravitailler avant de dormir mais elle déclina son offre, arguant son manque d'appétit. Pas vraiment convaincu, il haussa les épaules et se leva, époussetant ses braies. Lui avait faim et alla farfouilla dans son sac. Il sortit une miche de pain et la rompit, mordant dans une moitié, ses dents se refermant sur l'aliment, le mâchouillant. La mie se délita au contact de sa salive et ne resta bientôt plus que la croûte, croquant entre ses dents. Il déglutit et reposa l'autre moitié, se disant qu'elle servirait pour plus tard.

Il tourna le regard vers la jeune femme et l'observa un instant. Couchée sur le côté, elle était dos à lui. Trois faibles mots s'étaient échappés de ses lèvres. Trois petits mots.
Il soupira et prit sa couverture, s'enveloppant dedans. Le regard toujours rivé sur la jeune femme, il réfléchit. Son esprit se mit en branle. Elle s'était éloignée de lui, était partie faire sa toilette, pour ce qu'il avait pu en conclure en la voyant revenir à moitié dénudée, seulement vêtue d'une chemise trop grande pour elle, certainement à lui, seule. Elle avait pour ainsi dire passer la soirée loin de lui. Il hésitait sur la conduite à tenir. Son envie lui dictait d'aller s'étendre près d'elle et de la serrer contre lui. Sa logique lui disait de se tenir loin d'elle. Il n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait penser de lui, si oui ou non elle lui en voulait. Si oui, jusqu'à quel point ? Sinon, pouvait-il pour autant se permettre de dormir contre elle ?
Il s'ébroua et serra les dents. Il en avait assez de suivre sa logique. Il avait raisonné logiquement pour ce qui s'était passé tout à l'heure. Résultat, il était tombé à côté. Si sa logique l'avait trahi une fois, pourquoi pas deux ?

Décidant de suivre ses envies, il contourna le feu et s'approcha de la jeune femme. Il ne savait pas si elle dormait ou non. Il n'aurait pu le dire. Son souffle était suffisamment calme pour être celui de quelqu'un qui dort, mais si elle s'était bien lavée comme il le pensait, son corps avait pu se détendre. Se mordillant la joue, il s'accroupit derrière elle, ses yeux rivés sur elle. Il se passa une main sur la nuque et se questionna. Avait-il le droit de la prendre dans ses bras après avoir douté d'elle comme ça ? Pouvait-il se permettre de passer la nuit avec elle alors qu'il s'était inquiété pour rien tout à l'heure ?
Il chassa ses idées d'un geste de la main et envoya sa conscience au diable. Il voulait sentir la jeune femme contre lui. La journée avait été éprouvante.
Se glissant dans son dos, il s'allongea contre elle, passant son bras autour de sa taille. Son nez vint se loger dans son cou tandis que son torse se resserrait contre son dos.
Fermant les yeux, Lin espérait qu'elle ne le rejette pas.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 14 Mar - 11:18

Vamp n’avait pas conscience du temps qui s’écoulait. Elle aurait très bien put être allongée depuis quelques minutes ou quelques heures, qu’elle aurait bien été incapable de le dire. Ses yeux noirs étaient fixés sur les bois obscures sans les voir. Tout ce qu’elle voyait c’était ces flashs d’images, morcelant en petites coupures l’action de la journée. Les bruits, les odeurs, les regards et les paroles échangés… Tous, bataillaient dans la tête de la jeune femme allongée. Son propre comportement l’étonnait. Face à un homme qui aurait douté d’elle ainsi, elle se serait contentée de lui tourner le dos et de partir, sans même prendre la peine de se justifier. Mais voilà, Lin n’était pas les autres hommes. Qu’était-elle donc devenue ? Une de ces femmes en amourachées soumises à leur mâle dominant ? Le front de la jeune femme se fronça, inquiète du chemin que prenait le cours de ses réflexions.

La pâle jeune femme fut tirée de ses pensées, percevant une présence dans son dos. Elle ne s’en inquiéta pas, si cela avait été une présence ennemie, Chanda ou Lin aurait réagit et elle se douta que se fut ce dernier. Qu’attendait-il d’elle ? Qu’elle lève vers lui de grands yeux embués d’amour et qu’elle se lamente sur la situation en demandant pardon , tout en prenant à témoins les anges de je ne sais où sur la véracité de son amour ? C’était avoir bien mal choisit sa compagne. Aussi ne bougea t-elle pas. Elle se savait pourtant injuste et était tout à fait consciente que Lin s’en voulait. Elle l’imaginait parfaitement, accroupit dans son dos à se mâchouiller la joue avec gêne. Cette image aurait put la faire flancher, mais à celle là s’imposa celle de ces femmes accrochées aux bras de leurs maris avec adoration. Jamais elle ne deviendrait comme ça, quoi qu’il arrive.

Le bras du jeune homme s’enroula autour de sa taille, contre toute attente. Surprise, la jeune femme redressa légèrement la tête. Le nez de Lin vint trouver sa nuque et elle sentit son corps se resserrer contre elle. Son visage resta impassible et elle ne bougea pas pendant de longues minutes. Le souffle qui caressait son cou l’attirait. Vamp combattit comme elle put, mais finit par abandonner. Doucement, elle se redressa, appuyée sur son bras. Au dessus de lui, elle observa son visage. Les flammes du feu de camp dansaient sur les traits du jeune homme à barbe. Vamp se pencha sur son visage, lentement, les lèvres entrouvertes. Elle ne prit pas la direction de ses lèvres mais effleura la pommette du jeune homme. Elle n’y pressa pas ses lèvres, mais la caressa doucement, simplement. Elle voulait caresser ce visage, lui faire comprendre qu’elle l’aimait. Ses lèvres se glissèrent de sa pommette à sa tempe avant de glisser le long de sa mâchoire à son menton. Les quelques poils qui s’y trouvèrent lui chatouillèrent la lèvre supérieure et la jeune femme se redressa. Ses yeux noirs se posèrent sur ceux du jeune homme. Elle aurait dut s’arrêter là, mais son désir de lui faire comprendre l’emporta. Vamp vint s’allonger sur le corps de Lin, sans un mot. Dans un bruissement d’étoffe, le jeune homme se retrouva bientôt nu sous elle. Sa propre chemise ne resta pas longtemps sur ses épaules. Les lèvres de Vamp goûtèrent la peau de son cou, de son torse. Ses mains s’approprièrent le corps du jeune homme. Elle le voulait, le désirait. Il était à elle autant qu’elle était à lui. La soumission n’avait rien à voir là dedans. Le goût de sa peau sur ses lèvres l’éveilla, se redressant, elle l’embrassa enfin. La jeune femme s’unie à l’homme, non pas avec les anges comme témoins mais les étoiles. Elle s’accrocha à lui, à ses épaules, à sa nuque. Jamais on ne le lui enlèverait. Les mèches noires se mélangèrent à celles châtains du jeune homme. La symbolique du geste n’avait jamais paru si intense aux yeux de Vamp. Dans un mélange de sentiments, d’amour, de tendresse et de plaisir, elle se laissa glisser dans les bras de l’homme qu’elle aimait. Se reprenant peu à peu de ses émotions, elle se redressa légèrement et croisa le regard de Lin. Que dire ? Tout n’avait-il pas déjà été dit ? Elle tendit ses lèvres et embrassa chastement la bouche du jeune homme.


-Bonne nuit Lin…

Vamp se pelotonna dans les bras du jeune paysan, blottit contre son torse. Ses bras blancs autour de lui n’avaient pas bougés, gardant son corps en sa possession. Complètement enlacée au jeune homme, elle laissa le sommeil s’installer en elle et finit par sombrer. Elle savait désormais où était sa place.

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Jeu 19 Mar - 15:19

Lin était couché contre la jeune femme. Son bras enroulé autour de sa taille, il avait les yeux fermés, le torse contre son dos. Son nez enfoui au creux de son cou respirait l'odeur de la jeune femme, s'en imprégnant. Il avait toujours été réceptif aux odeurs, les effluves de la maisonnée du Nord étant pour lui synonyme de paix. Il savait que toutes les senteurs perçues autour de lui lui indiquaient la nature du lieu ou de la personne qu'il avait en face de lui. Il s'était fié plus d'une fois à son odorat quand ses yeux n'arrivaient pas à percer l'identité profonde d'un interlocuteur. Pour le moment, il ne s'était encore jamais trompé quant à la nature des intentions des gens dont l'odeur l'avaient révulsé. Etait-ce pour autant une preuve de la confiance qu'il pouvait placer dans ses sens ? Il n'aurait pu l'affirmer mais il continuait de croire que les deux étaient liés: si d'une personne émane une effluve désagréable, ses intentions ne peuvent pas être entièrement bonnes.

Ainsi resserré contre Vamp, le barbu pouvait sentir sa respiration tombant sur la peau nue de son avant-bras. Elle était calme; mais dormait-elle pour autant ? Rien n'était moins sûr. Il n'osa cependant pas remuer, de peur que son mouvement l'éveille d'un sommeil improbable. Après tout, il s'était décidé seul à s'approcher d'elle, il avait choisi de s'allonger contre elle, et elle ne devait en aucun cas être dérangée par cette intrusion.
Intrusion ? Comment pouvait-il songer à une intrusion alors qu'il était son compagnon légitime ?
Grimaçant, il pensa que son esprit divaguait trop loin.
S'imposant le besoin de sommeil comme barrière à une trop grande réflexion, il inspira profondément et laissa ses paupières recouvrir le paysage obscurci qui lui faisait face.

Mais, alors que l'engourdissement de son corps commençait à l'emporter dans un demi-sommeil, la jeune femme bougea.
Rêve ou réalité ? L'était de demi-conscience où il se trouvait ne lui permettait pas de trancher.
Cependant, alors qu'elle se penchait sur lui, le brouillard qui le maintenait prisonnier d'un songe fictif se dissipa et ses yeux s'ouvrirent sur le visage de la jeune femme, attentifs et éveillés.
Relevée sur un bras, elle le regardait de ses yeux noirs. Son regard enveloppa le jeune homme d'une douce chaleur jusqu'alors inconnue. Son visage s'approchait du sien et ses lèvres entrouvertes le firent réagir. Ne résistant pas à l'obscur charme émanant de sa compagne, il mena une main à ses cheveux, ses doigts se mêlant aux mèches noires de la jeune femme. Ses yeux se fermèrent alors que les lèvres de Vamp effleuraient sa joue, un profond frisson courant le long de son échine.

Il perçut une résistance lâcher au fond de son ventre et une chaleur prenante envahit le creux de son estomac. La journée passée l'avait fait douté d'elle. Comment avait-il pu ?
Les mains de la jeune femme s'immiscèrent sous les tissus le recouvrant, faisant voler en éclat ses doutes. Il n'avait aucune raison d'hésiter, sur aucun point.
Ses mains trouvèrent la peau de la jeune femme, glissant sur la blancheur de l'épiderme avec une sensation nouvelle. Il n'y avait plus à voir ici qu'un geste d'une force symbolique. Son corps se raidit, réaction immédiate au contact de la jeune femme. Rien ne lui parut plus important qu'elle. Ses mains, ses lèvres, son corps, n'étaient plus que des instruments battant le mesure cadencée de son coeur.
Se retrouver. S'aimer.
Son esprit s'éleva, laissant son corps s'imprégner de la chaleur de la jeune femme. Il la retrouva. Ses mains glissèrent sur sa peau, ses lèvres se pressèrent contre les siennes, son corps se resserra contre le sien. Un amalgame d'émotions coula dans ses veines, se dissolvant dans l'organe qui le faisait vivre, éclatant dans son être, le submergeant.
Ses bras se refermant sur la jeune femme, il l'aima.

[...]

Il ne sut exactement ce qui le sortit de sa torpeur. Ce ne pouvait être les rayons du soleil, celui-ci étant masqué par d'épais nuages grisonnants. Ils avaient la couleur des cheveux d'un ancêtre, poivre et sel. Les reflets blanchâtres distinguaient certains des autres, leur donnant un air plus majestueux.
Ce ne pouvait être non plus le pépiement des oiseaux, encore endormis. Ce n'était certainement pas le museau de Chanda, couché plus loin.
Le barbu releva la tête et regarda autour de lui d'un air hagard. Le camp ...
Il fronça les sourcils et laissa retomber sa tête au sol, baissant les yeux sur la jeune femme blottie contre lui. Un sourire étira ses lèvres et il déposa un baiser dans ses cheveux.
Bien sûr, le camp.
Il referma les yeux, raffermissant son étreinte sur sa compagne. Il était encore tôt et il était réveillé. Il ne savait pas à quoi était dû ce réveil matinal, mais ça lui importait peu. Le barbu se recroquevilla un peu plus, se courbant vers Vamp, et alla chatouiller son cou du bout du nez, ses lèvres embrassant délicatement son épaule.


Vamp ... Ma chère compagne ...

Il glissa ses lèvres le long de sa joue et embrassa son front, glissant un doigt sous son menton, lui relevant le visage. Il lui sourit doucement.

Bonjour toi.
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Ven 27 Mar - 14:39

Une douce chaleur enveloppait la jeune femme. Tous ses sens étaient imprégnés par la présence du jeune barbu à ses côtés : le contact de sa peau sous ses doigts, le bruit de sa respiration ou encore son odeur qui inexplicablement la rassurait. Vamp n’était ni tout à fait éveillée ni tout à fait endormie, mais quelque était son état, elle se sentait bien. Emmitouflée dans une couverture et blottit contre le jeune homme, elle devinait derrière ses paupières closes qu’il faisait jour. Un léger sourire étira ses lèvres lorsqu’elle comprit qu’elle était l’attention du barbu réveillé. La pâle jeune femme glissa ses bras blancs autour du torse de son compagnon et se resserra contre lui. Elle se laissa câliner, paisible, avant de sourire et d’ouvrir les yeux, croisant le regard du jeune homme.

- Bonjour…

Ses yeux scrutèrent un long moment les iris marrons. Des flashs d’images et de sensations de la nuit précédente lui revinrent, colorant peu à peu ses joues blanches. Prenant conscience de sa nudité, elle resserra la couverture contre son corps, prise de pudeur, avant de lever timidement les yeux vers lui.

- Tu as… bien dormis ?

Elle lui sourit avec réserve, avant de se redresser et de joindre brièvement ses lèvres aux siennes. Ce goût… Ce contact… Elle aurait put y rester des heures. Avait-elle déjà fait l’amour avec tant de passion ?Avait-elle déjà autant aimé ? Ses lèvres se resserrèrent contre les siennes. Elle voulait tant lui dire…

[…]


- BON DIEU LIN ! Mais c’est pas possible d’être aussi… PAR LES BURNES D’ARISTOTE !!

Vamp arracha la carte des mains du jeune barbu d’un coup sec et lui lança un regard noir. Cela faisait deux heures qu’ils tournaient en rond, et deux heures pour Vamp c’était long. Trop long.

- Tout bon voyageur sait qu’il ne faut jamais se fier à une carte ! Non mais où t’as appris à voyager ? Chez les nobles ?

Elle s’abstient de préciser que c’était elle qui lui avait demandé de vérifier leur position sur la carte, n’étant pas sûre d’elle. La jeune femme le toisa et étira la carte sous les yeux d’un petit geste supérieur et fronça le front.

- Et voilà ! T’as réussis à nous perdre ! Pour un pigeon, t’as aucun sens de l’orientation…

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 4 Avr - 17:54

Lin souriait. Qu'aurait-il pu faire d'autre ?
La jeune femme devant lui s'énervait, le traitant de tous les noms, arguant d'un manque cruel d'orientation, même pour un pigeon.
Et puis quoi ? Il ne s'était jamais dit pigeon voyageur, il avait toujours concouru au titre de simple pigeon d'escorte, et jusqu'ici, ils n'étaient pas encore morts ... Peut-être arrivait-il à jouer son rôle correctement.

Croisant les bras, il regardait Vamp s'énerver contre lui. Ses joues étaient plus colorées qu'à l'accoutumée. Elle avait l'air suffisamment en colère, ou tout du moins remontée, pour que ses pommettes prennent une jolie couleur rosée. Elle s'échauffait donc. Un sourire moqueur naquit sur le lèvres du barbu. Eh bien, quelle verve ! Et maintenant on jure sur les brunes d'Aristote. Après tout, il devait bien en avoir ce vieil Ari ... Secouant la tête, Lin prit un air contrit alors qu'elle le foudroyait du regard. Cependant, il ne parvint pas à effacer toute trace d'ironie dans sa voix.


Raaah c'est fou ça ! Je suis incapable de me repérer ! Mais quel empoté je fais, vraiment, c'est ridicule !

Le sourire qui étira ses lèvres à la suite de ses paroles le trahit. Il était parfaitement conscient de la mauvaise foi de la jeune femme et sa détermination à lui faire porter le chapeau l'amusait beaucoup. Si elle voulait se donner l'illusion qu'elle menait les choses, qu'elle fasse. La carte entre les mains, elle cherchait à la tourner de manière à mettre le Nord au bon endroit.
C'était un bon début, il fallait le reconnaître. Ceci dit, il faudrait ensuite qu'elle parvienne à dénicher leur route sur cette carte, pas des plus claires. Lin croisa les bras et attendit patiemment, lui laissant tout le loisir d'observer les différents fils de couleurs s'étalant sur le parchemin usé par le temps. Il laissa son regard vagabonder dans le ciel, en profitant pour remarquer la position du soleil, le renseignant sur leur orientation.
Se gardant de tout commentaire, il renifla et se racla la gorge, tentant d'attirer l'attention de la jeune femme sans la moindre remarque.
Alors qu'elle levait des yeux visiblement exaspérés, il lui sourit largement et lui montra la route dans son dos.


Vois-tu très chère, la route dans mon dos est celle dont nous venons. Ainsi, nous devons aller dans le sens qui est celui auquel je fais face, sinon nous revenons sur nos pas. Peut-être serait-il judicieux de continuer jusqu'au prochain carrefour et d'aviser à ce moment là quel chemin nous pouvons considérer prendre. Ainsi, nous éviterons les insolations inutiles et les bougonnages à répétition. C'est pourquoi je te propose de prendre le seul et unique chemin qui nous est offert pour l'instant. C'est à dire, devant toi.

N'ayant pu retenir le ton ironique qui perça à travers ses paroles, Lin engagea la marche, passant devant la jeune femme. Un grand sourire s'étalait sur son visage, visiblement de bonne humeur.
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Lun 6 Avr - 10:12

- Donc, le Nord, ça pousse sur le tronc des arbres…

- Non Vamp, la mousse pousse sur une partie du tronc d’un arbre, qui désigne où ce trouve le Nord.

- Ben c’est ce que j’dis !

- Non, tu as dit…

- Raaah mais cherche pas la p’tite bête le clébard… T’vas pas non plus jouer les aristos’ !

- En fait, si tu prends ton arbre généalogique, tu es plus aristocrate que moi, mon p’tit cul poudré… Et me fait pas ses yeux là…

- Alors me fait pas ce sourire là… Et laisse mes fesses tranquille.

- Est ce une obligation ? Non parce qu’elles…

- Grrr…

- Bon, bon… A propos de tes fesses, t’aurais pas prit du poids ?

- Raaah ! Fenrir !


Vamp avait le nez collé à la carte, relevant de temps à autre les yeux sur le tronc des arbres. Rien à faire, elle le voyait pas le Nord. Grognant, la carte entre les mains, elle fit un demi-tour sur elle-même, le front plissé. Elle ne releva pas les paroles de Lin, trop concentrée au décryptage de la carte. Pouvait pas être plus simple, non… Un raclement de gorge la fit cependant relever les yeux sur le jeune homme à ses côtés. Tout son monologue était brodé d’ironie mais elle n’y prit pas vraiment garde. Le sourire de Lin avait la sale manie de la désarmer complètement. Elle l’écouta parler, un sourire idiot aux lèvres. Il se moquait d’elle et elle souriait. Allez comprendre…

Lin passa devant elle, apparemment très fier de lui. Vamp leva les yeux au ciel et plia soigneusement la carte, la rangeant dans sa besace avant de lui emboîter le pas. Se calquant sur son rythme de marche, elle laissa ses yeux s’égarer sur le paysage qui les entourait. Les animaux et les oiseaux se faisaient de plus en plus rares à mesure que l’hiver se rapprochait. Il n’y avait donc rien de très intéressant à regarder. Vamp jeta un coup d’œil à son compagnon de route, avant de faire la moue. Il n’avait pas l’air de faire très attention à elle ou de vouloir engager la conversation. Le Cadavre avisa un instant sa main qui se balançait au rythme des pas du Barbu. Le bout de la langue coincée entre ses dents, elle tendit un doigt blanc et effleura la paume du jeune homme avant de retirer vivement sa main. Elle releva les yeux vers Lin, un sourire de petite fille éclairant son visage, fière qu’il n’est pas réussi à emprisonner son doigt. Elle renouvela l’opération, amusée par ce jeu de reflex, une expression enfantine modelant ses traits.


- Hé hé !!

Le petit jeu silencieux dura une bonne dizaine de minute, avant que le jeune homme fut plus rapide qu’elle et que son doigt se retrouve emprisonné par ceux du jeune Barbu. Elle écarquilla les yeux et releva la tête vers Lin.

- Hey !


La pâle jeune femme ouvrit la bouche, en mauvaise joueuse qu’elle était pour protester, lorsque quelque chose attira son attention. Elle se stoppa net. Ils étaient arrivés à un carrefour. Mais ce n’était pas cela qui avait alerté Vamp. Son regard était posé sur un des chemins qui était obstrué par une charrette renversée sur le côté. Les montures avaient disparu et trois corps étaient allongés sur le sol. Le front de Vamp se plissa et elle posa par reflex sa main sur le bras de Lin. Non par peur, mais il était hors de question de s’aventurer par là bas l’un sans l’autre. Elle ne referait pas deux fois ce genre de bêtises. La jeune femme détacha ses yeux de la scène pour les lever vers son compagnon, l’interrogeant silencieusement du regard.

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Lun 6 Avr - 12:58

Sa main se balançait le long de son corps, frottant son coude contre le tissu, devenu râpeux, de sa chemise. Le barbu regardait devant lui, l'air décidé, un léger sourire sur les traits. Il ne savait pas pourquoi, mais il s'était réveillé de bonne humeur ce matin là. S'avançant à grandes enjambées sur la poussière du chemin, il ne prenait pas vraiment garde à sa compagne, le suivant sans mot dire. Son esprit divaguait sans sens précis, des idées affluant tout aussi vite qu'elles repartaient, laissant une myriade d'images dans la tête du jeune homme. Ses jambes s'activaient seules, ses pieds foulaient la route à un rythme régulier, passant l'un devant l'autre avec une symétrie digne d'un miroir.
Une fois le droit, puis le gauche. Puis le droit, et le gauche. Mettre un pied devant l'autre et recommencer. Pas bien compliqué, et son corps l'avait bien intégré, lui laissant libre le champ du vagabondage de pensées. Enfermé dans son monde, il ne prêtait guère attention à ce qui l'entourait.

Aussi s'ébroua-t-il lorsqu'il sentit les doigts de la jeune femme toucher sa paume. Il tourna légèrement la tête, la regardant de biais. Elle souriait. Elle avait son air de gamine. Il ne put empêcher ses lèvres de s'étirer, éclairant son visage d'un sourire. Il aimait particulièrement la voir comme ça, taquine et complètement déconnectée d'une réalité responsable. A chaque fois c'était la même chose, ses lèvres se relevaient et une drôle de sensation perçait dans son torse. Incapable de lui donner un nom, il se contentait de l'accepter et souriait de plus belle. Après tout, c'était aussi pour ça qu'il aimait la jeune femme.

Il se laissa donc prendre au jeu, retournant sa tête vers l'horizon, feintant l'indifférence. Mais ses doigts claquèrent sur sa paume alors que le doigt de la jeune femme se retirait.
Raté ! Il n'avait pas été assez rapide et la jeune femme savait maintenant qu'il jouait. Elle continua d'aller chatouiller sa paume avec hardiesse, s'y attardant par moment, le provocant silencieusement. Plus d'une fois le barbu referma sa main sur le vide, le Cadavre étant trop rapide pour lui, son doigt s'éloignant toujours à temps.
Cependant, alors qu'une énième tentative échoua, il décida de fermer sa main légèrement en avance par rapport à son réflexe. Il sourit à son idée et attendit patiemment que la jeune femme le retente. Il ferma alors fermement ses doigts sur celui de la jeune femme, l'emprisonnant contre sa paume. Un grand sourire de vainqueur aux lèvres, il se retourna vers sa compagne, prenant un air triomphant alors qu'elle s'apprêtait à protester.

Haussant les sourcils, Lin pencha la tête sur le côté. La bouche entrouverte, la jeune femme n'émit pas un son, ses yeux se détachant du jeune homme pour aller se poser derrière lui, sur quelque chose qui échappait encore à la vision du barbu. Il ne mit pas bien longtemps avant de se retourner, son regard tombant sur la charrette renversée. Sa surprise lui fit écarter les doigts, relâchant la jeune femme. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer par ici ?
Sentant la main de sa compagne sur son bras, Lin reporta son attention sur elle et haussa les épaules à son regard interrogateur.


Que veux-tu que je te dise ... Je me demande bien ce qui s'est passé pour qu'il ne reste que ça, et dans un pareil état ...

Il fit la moue et rendit son regard à la jeune femme, les sourcils levés.

On a qu'à aller voir s'ils ont besoin d'aide ... Non ?
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mar 7 Avr - 8:36

Vamp hocha la tête, observant le visage du jeune homme. Elle n’était pas aussi indifférente au sort des gens pour passer devant cette charrette en faisant mine de ne pas la voir.

- Mmmh pourquoi pas ? Mais je reste près de toi. Je sais que tu adores les situations chevaleresques et venir sauver ton Cadavre, mais je préfère ne pas prendre de risques… On jouera plus tard…

Elle lui fit un charmant sourire, toute en sarcasme. Malgré ce qu’il y avait sous leurs yeux, la jeune femme ne pouvait s’empêcher de se moquer du Barbu. C’était ses mots tendres à elle.

Ses doigts blancs s’enroulèrent autour du manche de la dague qu’elle avait ressortie après l’épisode des trois brigands. Elle fit glisser l’arme hors de sa ceinture et la garda en main, contre sa cuisse. Aux côtés de Lin, elle s’avança vers la charrette. Ses yeux balayèrent la scène. Deux des corps étaient allongés sur le dos, le troisième sur le ventre, masquant ses traits. Il y avait peu de sang sur le sol de terre. Un étrange silence planait sur la scène. Vamp enjamba un des corps, prudemment. Celui ci avait une dague fichée entre les omoplates. La jeune femme plissa les yeux. Celui là devait être la victime. Sans doute un marchand revenant d’un village après avoir vendu toute sa marchandise. Excellente proie pour des brigands. Vamp s’agenouilla auprès de son corps et posa ses deux doigts contre son cou, sans trop vraiment y croire. La peau était encore tiède. Un malaise s’empara soudainement de la jeune femme et elle retira sa main. Quelque chose lui chuchotait à l’oreille, des paroles qu’elle n’appréciait pas vraiment. Un mouvement. Vamp releva les yeux en direction des fourrés. Ce n’était qu’un des deux chevaux qui devaient tirer la charrette. A moins que ce ne fut celui d’un des brigands. Les membres de la jeune femme se détendirent peu à peu et elle finit par se relever.

Elle s’éloigna de Lin, l’espace d’un instant. Un court instant. Sa dague en main, elle fit le tour de la charrette, laissant à Lin les deux autres hommes. Chandalen ne la quittait pas des chausses, trottinant à ses côtés, totalement indifférent à la situation. Le silence était tel, qu’elle pouvait entendre la respiration du jeune loup. Un quatrième corps apparu, allongé sur le sol de terre, sur le côté. La jeune femme s’agenouilla, mais aucun souffle de vie ne franchissait ses lèvres souillées de terre. Elle ne voyait plus Lin, donc Lin ne devait pas non plus la voir. Elle allait retourner auprès du Barbu lorsque Chanda grogna.

Vamp se figea. Le jeune loup avait le museau baissé vers le sol et un grognement sourd s’élevait de son poitrail. La jeune femme plissa le front et s’avança, dague en main. Ses bottes se posaient silencieusement sur le sol. Elle resserra sa poigne sur le manche de sa dague et enfouit ses doigts dans les poils du jeune loup. Vamp pivota légèrement, face à l’arrière de la charrette renversée et entrouvrit les lèvres de surprise.


- Lin… !


Sans attendre le jeune homme, Vamp enjamba le corps de la jeune femme. Il était obligé qu’elle soit vivante ou Chanda n’aurait pas grogné. Allongée sur le sol, elle semblait inconsciente, mais sa poitrine se soulevait régulièrement. Alors que le loup était parti accueillir Lin en jappant et en lui sautant dessus, Vamp se pencha sur le corps de la jeune femme. Son regard étudia sa position avant de s’arrêter sur une de ses jambes, coincée sous la charrette quand celle-ci avait dut basculer.

Vamp ne vit pas le coup venir. Elle était penchée sur ce corps, sa gorge bien en évidence. La pâle jeune femme réfléchissait au moyen de la sortir de là, quand le corps en question se redressa. Vamp releva les yeux, reculant ainsi légèrement son buste. La dague se contenta donc de « caresser » le haut de sa poitrine, ne s’y enfonçant que légèrement. Son reflex sous la surprise et la douleur, fut de porter sa paume sur le haut de son sein droit et de frapper la femme au visage avec le poing. La tête de celle-ci heurta le bois et sombra dans l’inconscience.

Vamp ferma les yeux et s’adossa contre le bois de la charrette. Le sang roulait entre ses doigts pressés contre son buste, allant tacher sa chemise de rouge. La jeune femme ne s’inquiéta pas, ce n’était qu’une simple blessure, mais elle commençait à en avoir plein le dos de se faire charcuter à chaque voyage…

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mar 7 Avr - 12:02

Le jeune homme leva les yeux au ciel. Sa compagne ne pouvait s'empêcher de l'accabler de sarcasmes. Tout était, ou presque, sujet à moquerie dans la bouche de la jeune femme. Loin de s'en plaindre, Lin laissait filer et rétorquait de temps à autre, quand la répartie qu'il avait acquise au fil du temps voulait faire acte de présence. Cependant, les joutes orales n'avaient pas le dessus sur les combats silencieux qu'ils se livraient des fois. Les regards s'échangeaient dans un silence opaque, ne manquant pas de faire sourire le barbu. Après tout, il fallait bien qu'il exploite les ressources de la jeune femme non ?

Se redressant, il suivit les pas de sa compagne sans mots dire, ses yeux découvrant le champ de bataille qui se déroulait devant lui. Champ de bataille mort ceci dit ... Une charrette avait été renversée, certainement sous l'action d'un violent combat livré sur cette portion de route. Les essieux brisés pendaient tristement des ridelles, les roues cassées accentuant la scène défaite qui s'offrait aux yeux du barbu. Des corps jonchaient le sol, inanimés et figés dans leur horreur. Lin eut un mouvement de dégoût en avisant cette scène, son nez se fronçant. Aider les gens ne le dérangeait pas. Mettre la main à la pâte pour ce faire, non plus. Retrousser ses manches et se salir les doigts encore moins. Mais le chaos résultant de violences humaines avait le don de lui soulever le coeur. Comment était-ce possible que des gens qu'on disait civilisés, se retrouvent à commettre de telles bassesses et ce sans le moindre scrupule ? L'écoeurer était une chose, le révolter une autre. Et pourtant, dans les résidus d'un combat, les deux s'alliaient à la perfection, envahissant le jeune homme d'un sentiment de colère froide envers ses congénères. Que n'aurait-il pas donné pour pouvoir donner une leçon de vie à ces brigands si nombreux ces derniers temps ... Lui-même était capable de se battre, et certainement de tuer. Il n'y prenait aucun plaisir et en ressortait toujours abasourdi. Mais même avec cette capacité à prendre part à des échauffourées, jamais il ne le faisait sans raison. Or, la plupart du temps, les brigands attaquaient par cupidité plus que par besoin. C'était surtout ça qui révoltait le jeune homme.

Reniflant, il secoua la tête, méprisant silencieusement les barbares capables de tant de hargne contre leurs semblables. Il s'avança prudemment parmi les décombres, poussant du pied les restes de la charrette, traînés jusqu'ici sans raison apparente. Ses jambes le portaient au travers de l'enchevêtrement de marchandises et de bois, le dirigeant vers les corps étendus de trois personnes. Deux étaient des hommes, il aurait pu le jurer. Etalés sur le dos, ils ne bougeaient plus, la mort se lisant dans leurs yeux. Une troisième personne était étendue non loin d'eux, mais seul son dos faisait face au barbu, l'empêchant de distinguer ses traits. Homme ou femme, elle était vraisemblablement aussi défunte que ses compagnons d'infortune. Lin poussa un soupir de désolation, se passant une main sur la nuque. Ils étaient décédés, ça ne faisait aucun doute. Lorsque sa compagne se releva après avoir tâté leur cou, la vérité ne fit que s'accentuer.
Le jeune homme s'accroupit entre les deux cadavres des hommes, étudiant leur position. Il ne savait pas exactement ce qu'il cherchait, si ce n'était un indice quelconque de ce qui leur était arrivé. Glissant prudemment ses doigts sous le bras d'un des hommes, il le souleva, constatant avec horreur que la chair était encore tiède. Grimaçant, il laissa retomber le membre inerte sur le torse de l'inconnu et posa ses doigts sur la terre qu'il recouvrait, tâtant la profondeur du sol. Impact sourd, le creux aurait été plus marqué. Chute lente, moins marqué. Alors que leur était-il arrivé ?
Incapable de trancher, il releva la tête, jetant un coup d'oeil aux alentours.
Il n'y avait rien à remarquer. Rien mis à part l'absence de sa compagne.

Grommelant, il se releva et épousseta ses braies, son regard circulant autour de lui. Elle avait disparu de son champ de vision. Evanouie.
Pestant contre son manque d'attention, il se dégagea des deux corps, enjambant le dernier. Où qu'elle fusse, il ne lui était rien arrivé, sinon elle aurait crié pour le prévenir ... n'est-ce pas ? A moins qu'on l'ait assommée ...
Grimaçant à cette idée, il s'apprêta à l'appeler quand sa conscience le rappela à l'ordre. Il se trouvait sur un champ de ruine. Ancien lieu de bataille, il était tout à faire possible que les brigands et auteurs de ce crime soient encore là. Surtout avec des corps tout chauds ...
Il se stoppa net, se passant une main dans la barbe, un air d'intense réflexion sur le visage. Comment réussir à lui faire comprendre où il était en évitant que les brigands le comprennent ? Il ferma les yeux, fronçant les sourcils et plissa le front, se creusant la tête.
C'est alors que la jeune femme prononça son nom. Quelle intonation perçait au travers de ce simple son, il aurait bien été incapable de le dire. Cependant, il savait maintenant où se diriger. Il rouvrit les yeux, à temps pour voir le jeune loup lui sauter dessus.
Levant les yeux au ciel, il repoussa Chanda et lui fit signe de le suivre pendant qu'il contournait la charrette, ses yeux tombant sur la jeune femme.

Son premier réflexe fut de se mettre en garde. Geste inutile si des brigands se tenaient réellement là, mais réflexe enfoui qu'il ne pouvait contrôler. Un rapide coup d'oeil lui apprit qu'ils étaient seuls, mis à part une femme étalée devant sa compagne. Cette dernière se tenait contre la charrette, une main au-dessous de sa gorge, endiguant le filet de sang perlant d'une blessure apparemment superficielle.
Cependant, Lin n'avait aucune idée de la gravité de la blessure et c'est inquiet qu'il s'approcha d'elle.


C'est sûr que c'est pas malin de m'appeler en plein milieu de ruines macabres ... En revanche je me demande qui a bien pu te faire ça étant donné l'état de solitude dans lequel nous nous trouvons ici ... Me dis pas que tu t'es fait ça toute seule, parce que sinon, je ne saurais absolument pas quoi faire d'autre que rire, sans vouloir te vexer ...

Tout en parlant, il avait retiré les mains de la jeune femme et avait regardé la plaie. Rien de bien grave, ça cicatriserait vite. Rassuré, il secoua la tête et s'apprêta à lui lancer une réplique cinglante lorsqu'il prit conscience du souffle dans son dos. Se retournant vivement, il tomba nez à nez avec la jeune femme étendue au sol, ses yeux s'écarquillant sous la surprise.
Vivante apparemment ... Il pouvait entendre son souffle dans le silence qui s'était installé autour d'eux. Mais visiblement inconsciente. Une dague à la main, elle reposait sur le côté, ne bougeant plus.
Le barbu reporta son attention sur Vamp, plissant les yeux.
Laquelle des deux avait attaqué ... Certainement l'étendue derrière, et Vamp avait dû riposté. Faisant la moue, il haussa les épaules et s'adossa à son tour contre la charrette, son regard tombant sur le corps inconscient.


Dis voir, elle a peut être besoin d'aide la dame là ... Tu voudrais pas aller l'ausculter voir ce qui lui arrive ? J'irais bien, mais si ceux qui les ont attaqué étaient des hommes, elle risquerait de vouloir m'entailler ... Et puis tout le monde sait qu'entre femme, le courant passe toujours mieux.
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mer 8 Avr - 8:37

Une main posée contre le haut de sa poitrine, la jeune femme pestait. C’était bien la peine de vouloir aider les gens tiens… Et c’était d’elle dont on se méfiait ? Ca tournait pas rond dans leur tête. Lin apparut dans son champs de vision. La jeune femme se redressa contre le panneau de bois alors que les yeux noisettes du jeune homme balayaient la scène avant de se poser sur elle. Il s’approcha, visiblement inquiet. Un léger sourire étira les lèvres de la jeune femme, sourire qui se modela bien vite en grimace sous les paroles de son compagnon.

- Oh je t’ai fais peur mon cœur ?

La jeune femme haussa les épaules.

- Bah, c’est un vrai cimetière… Ces hommes ce sont entretués apparemment, et même s’il y avait des survivants, je ne vois pas pourquoi ils traîneraient encore dans les parages…

Elle retira sa main, le laissant s’occuper de la légère blessure. Vamp ne rechignait jamais à être l’attention du jeune barbu, ne serait ce que quelques minutes. La jeune femme essuya sa main tachée de sang sur sa cuisse. Elle se laissa faire, docile, avant de lui adresser une grimace.

- Ouai, ma dague m’a échappée des mains…

Une seconde grimace à son attention rejoignit la première. Cette situation l’agaçait et elle était vexée de s’être laisser avoir aussi facilement. Lin se retourna, semblant prendre conscience que la femme étendue derrière lui était bien vivante. La jeune femme plissa les yeux… Non… Il pouvait pas oublier… Ce serait impensable… Lin se retourna de nouveau vers elle, plissant à son tour les yeux. Vamp leva un sourcil, pas le moins du monde affectée par son regard, elle prit un air détaché.

- Me r’garde pas comme ça ! C’est elle qui a commencé de toute façon

La pâle jeune femme haussa les épaules et observa son homme s’adosser tranquillement contre la charrette. Elle le regarda avec insistance, avant de froncer le nez. Ah non mais là… Là… Comment pouvait-il … ?

- Namé oh ! Et mon bisou magique ? Non, mais si tu commences à être négligeant, moi, j’te fais plus d’câlins du soir hein !

Grognon, elle croisa les bras et se renfrogna. Ah non mais c’est bon, elle avait bien compris hein. C’était bien la peine de se faire blesser. Pas d’bisou magique… Mais où qu’il avait la tête. Bougonne, elle marmonna des débuts et fins de phrases dans une salade incompréhensible. Vamp jeta un coup d’œil à la femme étalée devant eux. L’ausculter ?

- Bah pourquoi faire ? Je sais bien ce qu’elle a, je l’ai frappée… Pis apparemment elle a pas besoin de mon aide, vu l’accueil que j’ai reçu… Oh et pis me r’garde pas comme ça ! Il est hors de question que je bouge de là ! Hors de question que j’aille l’aider ! Non mais faut pas m’prendre pour une…

Dix minutes plus tard, la jeune femme était accroupie aux côtés de la blessée. Vamp avait une main posée sur son épaule pour garder son équilibre pendant qu’elle faisait un rapide « état des lieux ». La jeune femme n’avait toujours pas émergé depuis qu’elle l’avait frappée. Elle y avait peut être été un peu fort. Son regard glissa le long du corps de la femme. Un pli se dessina entre les sourcils noirs du Cadavre. Elle releva les yeux sur le Barbu.

- Elle est enceinte Lin…

La jeune femme se releva, faisant comme si ce détail ne l’affectait pas. Elle retira sa veste et remonta les manches de sa chemise, dévoilant peu à peu ses bras blancs maladifs. Elle posa son regard sur la jambe coincée de la jeune femme.

- Va falloir la sortir de là…

Vamp se tourna vers le jeune homme et lui tendit sa main blafarde pour l’aider à se relever.

- On va soulever la charrette à nous deux, pendant que Chanda la tirera plus loin. T’arriveras jamais à soulever ça à toi tout seul…

La pâlichonne leva les yeux vers le Barbu, enveloppant son visage de son regard noir alors que sa main se posait avec douceur contre ses côtes.

- Sauf si ta blessure t’en empêche… Là, ça risque de mettre plus de temps et c’est peut être mieux d’agir tant qu’elle est dans les choux… Elle sentira moins la douleur. Quoi que ça me dérangerait pas de la frapper une nouvelle fois…

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Jeu 9 Avr - 10:01

Lin regarda Vamp se mettre au travail, bougonnant contre il ne savait quoi, ses phrases se terminant en une bouillie indéchiffrable et inaudible. Un sourire étirait les lèvres du jeune homme. Marmonner ... C'était une spécialité de la jeune femme ça ... Toujours à se plaindre ... Mais Lin savait qu'au fond, elle ne se plaignait jamais pour de vrai, c'était plus des sautes d'humeur et elle pestait seulement pour la forme. C'est pourquoi il se permettait de se moquer d'elle, dans son ton ou ses expressions.

Penchant la tête sur le côté, il croisa les bras et prit un air décontracté, regardant attentivement comment sa compagne s'y prenait pour ausculter la jeune femme, retenant à grand-peine les mots qui lui vinrent aux lèvres. Vamp s'était contentée de jeter un rapide coup d'oeil à l'évanouie. Lin hésitait à lui en faire la remarque, pensant qu'elle était peut être plus experte que lui en matière de femme. Il s'apprêtait à se relever quand elle lui annonça l'état de l'inconnue.
Enceinte ? Comment pouvait-elle ... Oui non, ça il pouvait se douter de la manière de faire ... Mais depuis combien de temps l'était-elle ?
Il fronça les sourcils et porta un regard plus attentif au ventre de cette femme. Rebondi en effet. Il avait tout de même réussi à ne pas le voir ... Il se passa une main sur la nuque, soupirant. Si cette femme était enceinte, elle n'en était pas au début de sa grossesse. Le petit être qu'elle portait avait eu le temps de bien se développer et son corps poussait sur la peau, la tendant au-devant du corps inerte. Seulement, si le coup porté par sa compagne n'avait fait que l'assommer, rien n'était sûr en ce qui concernait les agissements des brigands. S'ils avaient usé de violence, l'enfant pourrait avoir des séquelles ...

Grognant, il releva les yeux sur sa compagne. Ses bras blancs se dégageaient de sa chemise relevée jusqu'aux coudes et elle lui tendait la main, attendant vraisemblablement qu'il se lève. Posant sa paume dans celle de la jeune femme, il se releva, rajustant sa chemise sur ses épaules par réflexe. Il écouta distraitement ce qu'elle lui disait, un léger sursaut le prenant en sentant sa main posée sur ses côtes. Il reporta son attention sur la jeune femme blafarde et hocha légèrement la tête.


Je vais t'aider à bouger ce tas de bois, tu vas pas faire ça seule, ça serait trop compliqué. Je suis bientôt remis de ma blessure, mon corps commence à s'habituer aux coups ... Avec toi à la maison, ça l'entraîne ...

Prenant un air innocent, il se tourna vers la charrette, y apposant ses deux mains, ses paumes bien à plat sur la carcasse renversée. Les doigts écartés couvraient un bon bout de la surface. Le barbu recula de quelques pas, gardant ses bras tendus contre la carriole et baissa la tête, cherchant le jeune loup des yeux.

Chanda ! Va falloir que tu te bouges mon vieux, prépare toi à tirer mon gros.

Tournant la tête vers Vamp, Lin vérifia qu'elle avait elle aussi apposé ses mains sur la ridelle défoncée et lui sourit légèrement. Hochant la tête, il se concentra sur la masse à soulever et banda ses muscles, alliant la force de ses jambes à celle de ses bras, poussant le bois à l'opposé, tentant de dégager la jambe de l'inconsciente.
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mar 14 Avr - 9:33

La jeune femme écarquilla les yeux. Alors ça…

- Mes coups ? Ah vraiment ? Ben tu m’en vois surprise. Eh bien je resterai à une bonne dizaine de mètre de sécurité de ton corps alors.

Vamp se pencha vers le visage du jeune homme, appuyant ses propos.

- Nuit comme jour, bien sûr…

Elle le toisa un moment, le regardant de haut avec son sourcil levé, comme elle le faisait étant gamine, et lui tourna proprement le dos. Un sourire aux lèvres, la jeune femme siffla le loup alors qu’elle s’agenouillait aux côtés du corps inerte. Chanda apparu bientôt, la queue droite et la langue pendante. A son regard, Vamp comprit bien vite qu’il prenait tout ça pour un jeu. La jeune femme soupira et laissa le loup lui laper le visage à grand renfort de coups de langues baveuses. Alors qu’elle se faisait un petit soin du visage, Vamp enroula sa veste autour du bras de la jeune femme, serrant doucement le nœud. Ceci fait, elle se tourna vers le jeune loup.

- Chanda, tu… beuh…

La jeune femme essuya ses lèvres d’un revers de manche. Pouah… Elle aurait peut être dut repousser le loup avant de se tourner vers lui. Un drôle de goût dans la bouche, elle se tourna de nouveau vers Chandalen.

- Aller viens par là… Aller ! Nan ! Doucement ! Bon Dieu…


Vamp prit la tête de l’animal entre ses mains pour le calmer et planta son regard dans le sien.


- Ecoute… Nan ! Regarde moi ! Oui voilà… Tiens, prends ça. Tu vas tirer quand je te le dirais, vu ?

Un léger sourire étira les lèvres de la jeune femme et elle glissa ses doigts blancs dans le pelage du jeune loup. Assurée qu’il avait comprit quoi faire, elle se redressa et s’avança vers Lin qui était déjà en place. Son regard sombre glissa le long du corps du jeune homme, n’en perdant pas une miette, un léger sourire naissant peu à peu sur ses lèvres. Elle croisa son regard et fit un petit bruitage de lèvres. Elle aimait se rincer l’œil mais encore plus lorsqu’il en avait conscience. Amusée, elle se posta aux côtés du jeune homme et glissa ses mains sous le bois, arquée.

- Aller…

La jeune femme banda ses muscles et poussa sur ses jambes. Elle sentit les muscles de ses cuisses se raidirent puis se tendre, ses dents se serrant sous l’effort produit. Vamp avait peu de force physique. Elle n’avait jamais travaillé la terre ou fait quoi que ce soit qui demandait une force physique conséquente. L’entraînement qu’elle avait eu étant petite n’était basé que sur la technique et l’adversaire. Combattre en fonction de qui l’on a en face de soit. Sauf que y avait pas franchement de technique de combat face à une charrette. Cependant, la force de la jeune femme s’additionna à celle du jeune barbu, et la charrette se souleva de quelques centimètres. Sauf que le corps ne bougeait pas. Le front de Vamp se plissa. Elle releva les yeux. Chanda la regardait, assit, la tête inclinée sur le côté, les oreilles droites et la manche de sa veste dans la gueule. Vamp s’étouffa dans un chapelet de jurons.

- Attends… Re… Repose…

La jeune femme se courba vers l’avant, résistant à l’envie de tout lâcher d’un coup. Elle suivit le mouvement du jeune homme, reposant doucement la charrette au sol. Un grand soulagement s’empara des membres de la jeune femme. Elle ferma les yeux, savourant. Elle n’osait imaginer la douleur qu’avait dut ressentir la femme quand la charrette avait dut écraser sa jambe. Vamp posa son front contre le bois, grommelant.

- Groumpf… Donne moi une minute…

Elle se détacha de la charrette et s’avança vers le loup qui se redressait à son approche. S’agenouillant, elle prit le museau de l’animal dans sa main, fermement.

- Arrête de jouer… Sinon, je te dépèce à mains nues…

La mâchoire contractée, elle accentua la pression de ses doigts sur le museau du jeune loup avant de le relâcher. Imbécile… La jeune femme se redressa, et la tête haute, se repositionna aux côtés du Barbu, évitant son regard. Ils soulevèrent de nouveau la charrette. Appuyée sur ses deux jambes, Vamp peinait. Le bois lui écorchait les paumes et…et le corps ne bougeait toujours pas. La pâle jeune femme serra les dents. Le poids de la charrette pesait sur son dos et elle n’allait plus tenir très longtemps.

- CHANDA !

Le nom du jeune loup résonna en échos autour d’eux, s’élevant de partout avant d’être englouti par le silence qui reprenait ses droits. Le loup se mit enfin en action et tira. Les babines relevées, ses muscles se tendaient sous l’effort. Vamp ferma les yeux. Elle avait envie de tout lâcher maintenant. Ses bras étaient pris de fourmillement et la sueur qui perlait sur sa peau piquait et démangeait la fine entaille de sa poitrine. La voyageuse rouvrit les yeux. Plus que quelques centimètres. Chanda tira le corps vers l’avant, progressant petit à petit, et le pied de la femme fut enfin dégagé. La charrette retomba dans un bruit sourd sur le sol et Vamp s’y appuya. Elle essuya son cou d’un revers de manche avant de se tourner vers Lin. Sa main se glissa le long de son bras en une simple caresse. Elle lui adressa un léger sourire avant de se redresser.

Vamp était de nouveau accroupie aux côtés de l’inconsciente, pensive.


- Il va falloir dresser le camp sur le bas côté, on va éviter de trop la déplacer. Tu m’aides à la soulever ? Mieux vaudrait aussi aller attacher le cheval, on en aura peut être besoin…

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mer 15 Avr - 9:46

Il avait les mains appuyées contre la charrette, le corps de biais par rapport au sol, penché vers lui comme s'il allait s'y laisser tomber à plat ventre, ses bras tendus à l'horizontal de chaque côté de lui le retenant de la gravité qui pesait sur son dos. Il attendait patiemment que la jeune femme daigne venir se placer à ses côtés, comme elle le lui avait suggéré plus tôt. Lin gardait la tête baissée entre ses bras, légèrement rentrée dans ses épaules. Ainsi, il pouvait regarder ce qui se passait derrière lui, un simple coup d'oeil sous son aisselle lui suffisant amplement. Il n'avait donc aucun besoin de bouger et cette position lui allait parfaitement, son poids reposant au travers de ses mains sur la ridelle de bois, le libérant d'une masse.
Il avait posé ses yeux sur la jeune femme, observant son attitude envers le jeune loup. Un léger sourire moqueur avait pris place sur ses lèvres et il ne songeait pas un seul instant à l'en défaire. Le loup jouait plus qu'il n'obéissait et Vamp venait de se recevoir un coup de langue sur les babines. Elle devait certainement avoir un drôle de goût dans la bouche, sa grimace accompagnant sa tête tournée la trahissant. C'est fou comme un animal peut vous amuser avant de vous répugner ...

Inspirant profondément, le barbu se redressa, pliant une jambe devant lui, gardant l'autre tendue. Il n'allait pas non plus fatiguer ses triceps pour rien. Pigeon comme il était, il allait vite s'épuiser et il ne voyait aucun intérêt à rester en position de travail plutôt qu'en celle de repos. Après tout, le Cadavre n'avait en rien l'air prêt à se décider et le loup ne semblait pas vraiment comprendre ce qu'on attendait de lui. Un jeu comme un autre pour lui. Une vie à sauver pour eux. S'il pouvait allier son jeu à leur but, ça serait pas plus mal.
Lâchant le bois, Lin se retourna vers l'animal, détaillant son attitude. Les oreilles dressées, la queue relevée, il avait la position standard du jeunot prêt à jouer. Certes, on pouvait lui présenter la chose comme un jeu, mais il fallait tout de même qu'il comprenne l'importance de ce jeu, plutôt que de le voir à la légère comme une énième possibilité de faire enrager les humains.
Soupirant, le jeune homme haussa les épaules et s'appuya à nouveau contre la charrette. Après plusieurs tentatives infructueuses, rehaussées par la voix teintée de colère de sa compagne à l'encontre du jeune loup, ils purent enfin donner une impulsion à la charrette pour la soulever, pendant que le loup tirait l'étendue.

Bandant ses muscles en sentant la jeune femme se raidir, il pesa de tout son poids contre la carcasse de bois, poussant de ses bras le monceau d'une bonne taille qui entravait la cheville de l'inconsciente. Ses paumes à plat sur la ridelle s'écrasaient contre le matériau rugueux, écartant un peu plus ses doigts en étoile autour d'elles, tentant de répartir sa force sur une plus grand surface possible. Ses épaules impulsaient la tension nécessaire à ses muscles pour les faire entrer en action, le triceps s'arquant vivement contre le poids de la charrette qui se laissait tomber sur eux. Déglutissant, Lin ne regretta pas ses entraînements passés. N'étant qu'un simple paysan, il avait pris l'habitude de partir en forêt pour durcir sa résistance, s'obligeant à effectuer des besognes ardues pour s'endurcir. Sa volonté s'en était trouvée accrue et son souffle plus endurant. Il réussissait alors à transporter les bûches nécessaires à la chaleur de l'habitation, ou à déplacer la viande dans de lourds sacs de maille.
Il en voyait l'intérêt à présent. Il ne savait exactement ce qui le gênait le plus. La transpiration qui lui brûlait le cou ou la moiteur de ses bras, collant sa chemise contre la peau, la râpant à chaque impulsions contre la charrette. Prenant une grande inspiration, il tendit ses jambes, alliant leur stabilité à la force de ses bras, lui rendant la tâche plus confortable.

Cependant son endurance avait des limites et le monstre de bois qui bloquait l'évanouie pesait lourd. Un coup d'oeil derrière lui lui apprit que Chanda bataillait avec le corps étendu, s'arc-boutant sur ses pattes pour la tirer hors du piège qui s'était refermé sur la fine articulation au bas de sa jambe.
En sueur, le jeune homme sentait ses bras le brûler mais il continua à tenir l'imposante masse de bois. Son fardeau était allégé par la présence du Cadavre à ses côtés, mais il sentait ses résistances s'effriter au fil de l'attente. Le louveteau réussit enfin à dégager le corps inerte et Lin céda, relâchant la tension de ses muscles, ses bras venant retomber le long de son corps. Le jeune femme avait fait de même et se retrouvait à présent à côté de l'inconnue.

Se retournant, Lin se laissa tomber contre la charrette, massant ses doigts. La force qu'il avait mis à l'ouvrage avait pesé sur ses doigts et il les sentait engourdis.
Relevant la tête, il écouta Vamp lui donner des directives implicites. Soulever la jeune femme ? Hm ... Elle risquait de se réveiller et sa cheville la ferait souffrir. Mais s'ils ne la transportaient pas, ils auraient du mal à s'en occuper.
Il se détacha de la charrette et s'approcha des deux jeunes femmes, s'accroupissant aux pieds de l'inconnue. Il passa un bras sous ses genoux tandis que l'autre entourait délicatement les chevilles. Il allait devoir faire attention, sous peine d'aggraver le cas de la blessée.


Je m'occupe des jambes, prends le buste. On va la déposer plus loin, je m'occuperais du feu. Tu dois savoir comment t'occuper d'un cheval non ? Tu dois être plus apte à le faire que moi, je te laisse donc le soin de l'attacher.

Baissant la tête, il se concentra sur les jambes de l'évanouie. Inerte, elle reposait à même le sol, ses jambes comme désarticulées s'allongeait depuis son bassin, l'une légèrement repliée et l'autre étendue, blessée à la cheville.
Lin mit un genou à terre et rajusta ses prises sur ses jambes, se préparant à la soulever.
Une fois son pied bien ancré au sol, il raidit ses cuisses et se leva lentement, emportant les membres sans vie dans sa montée. Prenant soin de ne pas agiter la cheville blessée, il s'arrêta une fois debout et fit un signe de tête à sa compagne, lui montrant derrière elle.


J'ai vu qu'il y avait du bois mort par là, peut être pas suffisamment pour faire un feu considérable, mais c'est toujours mieux que la mare de sang derrière la charrette.

Il se dirigea alors vers le bas-côté derrière Vamp et lui donna des indications pour éviter qu'elle ne se prenne le relief dans les pattes.
Une fois l'endroit voulu atteint, ils déposèrent le corps au sol avec précaution, faisant attention à ne pas trop l'ébranler. Le barbu se releva et se passa une main sur la nuque. Cette femme était enceinte et avait une cheville broyée. Il allait devoir faire un feu et il s'était mis en tête de former une petite attelle pour maintenir la cheville de l'inconsciente. Cependant, maintenant qu'il était face au fait accompli, il allait devoir se mettre au travail. Le bois mort repéré plus tôt s'avérait être quelque peu humide et il ne trouvait pas d'écorce suffisamment robuste pour tenir la cheville en place.

Bougonnant, il shoota dans un caillou et regarda sa trajectoire. C'est alors que ses yeux tombèrent sur les sous bois environnants. Comment avait-il pu oublier ça ? Les branches basses des arbres, que ce soit un temps pluvieux, sec ou autre, étaient toujours sèches. Descendant le monticule de terre le séparant de la forêt, il s'approcha des troncs et commença à casser les branches basses les unes après les autres. Une fois un tas suffisamment important pour le faire flamber correctement, il revint auprès de la jeune blessée et empila le bois à ses pieds. Il y mit le feu non sans peine et souffla sur les braises, faisant monter des flammes plus importantes.
Un léger sourire naquit sur ses lèvres et il reporta son attention sur la jeune femme.

Sa cheville n'a pas dû être épargnée par le choc. Il va falloir que je la manie en douceur. Et si elle se réveille, je devrais faire attention à ce qu'elle ne m'attaque pas. Vu sa réaction avec Vamp, je doute qu'elle soit plus clémente avec moi ...
Réfléchissant, il laissa son regard porter autour de lui. Rien d'utilisable pour soigner l'inconsciente. Il se passa une main dans la barbe et tenta de trouver une alternative, pensant à tous les moyens utilisés pour immobiliser un membre. Des écorces sèches, certes. Mais absentes ici. Des bandages. Oui, mais il n'était pas sûr qu'il lui en reste suffisamment. Pour maintenir une cheville en place, il fallait faire plusieurs fois le tour, la longueur de la bandelette devait être au moins aussi longue qu'une bobine de laine déroulée un bon nombre de fois. Comment pouvait-il se procurer ça ?
Se frappant le front du place de la main, il soupira. Sa chemise était faite d'une grande quantité de tissu. Suffisait de la découper. Il en avait en rechange, celle-là était usée.
Il défit les quelques boutons à l'avant et sortit son poignard. Se défaisant de son vêtement, il l'étala devant lui. Il apposa son poignard en bas de sa chemise, à une bonne largeur du bout, commençant à la découper latéralement, comme s'il coupait une bande tout autour pour la raccourcir. Ainsi, il pourrait bander la cheville avec suffisamment de tissu et il pourrait même finir en boutonnant le bandage, laissant une grand possibilité d'usage.

Une fois la bande prête, il mit l'eau de sa gourde à chauffer au-dessus du feu et y trempa la bandelette improvisée, jusqu'à ce qu'elle s'imprègne, et du liquide, et de la chaleur. Il la ressortit de l'eau bouillante et cala la cheville de l'évanouie entre ses jambes, la bloquant avec ses genoux. Il posa alors le bout de la bande sur son pied, et commença à recouvrir sa cheville, s'absorbant dans son travail.
Il n'avait pas fait attention à ce que faisait sa compagne, trop pris par le devoir qu'il s'était imposé. S'activant sur l'articulation, il tentait de l'immobiliser au mieux, dans une position à la fois confortable et réparatrice.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Jeu 16 Avr - 11:18

La jeune femme hocha la tête. Ça ne l’enchantait pas vraiment de devoir soulever ce corps après la charrette, mais ils n’avaient pas le choix. Elle releva les yeux vers le jeune homme et un sourire apparut au coin de ses lèvres.

- Pas d’problème, je prends le cheval…

Elle préférait largement aller s’occuper du cheval que de la femme. Au moins, elle était sûre de ne pas se prendre un coup de dague. Et puis elle s’y connaissait mieux en équidés qu’en bipèdes.

Reportant son attention sur la jeune femme allongée, Vamp glissa ses mains sous ses épaules avec précaution et la souleva du sol , suivant le mouvement du jeune barbu. C’était moins lourd que la charrette, cela ne faisait aucun doute. Lin lui fit un signe de tête et elle opina à ses dires. La pâle jeune femme recula, suivant les indications du jeune homme. Arrivée au bas côté, elle reposa doucement le corps à terre. Satisfaite, la jeune femme se redressa et étira doucement ses bras. Elle se tourna vers Lin, lui réclamant un bisou, mais celui ci était déjà plongé dans le cas de la jeune femme. Une légère moue aux lèvres, Vamp se détourna et prit la direction de l’hécatombe.

Arrivée aux alentours de la charrette, elle y jeta un coup d’œil. Il lui faudrait un licol, une corde tout au plus. Une corde… Elle devait bien avoir ça dans un de leurs sacs. La jeune femme commença à fouiller dans sa besace, le front plissé. S’arrêtant dans ses recherches, elle leva les yeux vers Chandalen qui observait le moindre de ses gestes. Une moue pensive sur le visage, elle s’adressa au jeune loup.


- Dis mon cœur, tu sais quoi ? Tu vas aller surveiller Lin. Aller !

Le loup la regarda avant d’éternuer en secouant la tête. Vamp sourit. Son regard noir suivit le loup, partant en direction du Barbu. Elle ne voulait pas de Chanda près d’elle, ignorant la réaction du cheval à la vue d’un loup. Généralement, ces animaux effrayaient les chevaux. Autant ne pas prendre de risques. Chanda trottina tranquillement et alla s’allonger près du jeune barbu. Le museau posé sur ses pattes avant et les oreilles droites, il ne perdait pas une miette de ce que faisait le jeune homme. Quelques minutes plus tard, Vamp s’approchait du bosquet, une corde à la main. Elle enjamba les touffes d’herbes grasses ainsi que les orties et s’arrêta à quelques mètres de l’animal.

- Hey, bonjour toi !

Le cheval tourna sa tête vers elle et l’observa, sa queue fouettant l’air. Vamp ne put s’empêcher de lui sourire. Elle s’avança vers lui, désormais persuadée qu’il était conscient de sa présence et qu’elle ne le surprendrait donc pas. La pâle jeune femme tendit la main à plat vers l’animal, voulant le mettre en confiance. Le cheval se pencha, curieux, et elle sentit ses lèvres laper la paume de sa main. Vamp sourit avec douceur et glissa ses doigts le long de son encolure, profitant de la sensation du poil. C’était une magnifique robe souris. Ces crins étaient noirs et son pelage gris. Elle glissa la corde autour de son encolure et la noua.

- Aller, tu vas venir avec moi…

Les oreilles de l’animal réagirent et sans même faire un mouvement de corde, il s’approcha d’elle avec une docilité surprenante. Surprise, Vamp haussa les sourcils avant de sourire. Incapable de résister, elle enlaça l’encolure de l’animal de ses bras et enfouit son visage contre son pelage. Cette odeur… Elle adorait l’odeur des chevaux, bien que ce fut une odeur bien particulière. La jeune femme ferma les yeux et s’imprégna de cette odeur. Odeur tout droit sortie de son enfance…

Valachis. Un soir d’hiver. Il la tire vers l’étable avec son sourire espiègle. Elle suit le mouvement, chutant parfois dans la neige avant de se relever en hâte. Un coup de vent froid lui fait froncer le nez. Il pousse la porte de l’étable et la fait entrer. Une odeur vient lui agresser les narines. La paille, le crottin, l’animal. Elle était bien loin des couloirs du château. Mais au moins, il faisait chaud. Les flammes vacillantes des lanternes dansaient. Le toit de la grange craquait sous les bourrasques de vent. Elle se rapprocha inconsciemment du jeune garçon. Il sourit, goguenard.

- Ben alors ? T’as peur ?

- Moi ? Peur ? T’oublie à qui tu parles le pouilleux !

Il rit

- Mmmh oui, bien sûr… Oh Vamp…

- Mmmh ?

- Tu as marché dans la…

Elle baisse les yeux et laisse échapper un cri de dégoût. Il rit et se moque. Elle s’approche d’une botte de paille et frotte sa botte, grognant.

- Bon alors ? Qu’est ce que tu voulais me montrer ?

Il sourit. Avec ce sourire énigmatique qu’il a à chaque fois qu’il veut lui montrer un truc drôlement chouette. Piquée de curiosité, elle le suit entre les différents boxes. Il s’arrête devant un étalon attaché à une poutre. Elle fait la moue, déçue.

- Quoi ? C’est ça ta surprise ? C’est le cheval de père, je le connais !

Il sourit un peu plus et lui tend la main.

- Je sais que tu sais ! Mais ce que tu sais pas, c’est que tu vas l’monter…

Elle écarquille les yeux. Monter Goliath ? Monter un cheval ? Elle recula un pas, regardant l’animal. C’est un frison. Un frison immense bien que docile. Elle recule encore. Il la regarde, sourit.

- Alors ? Cap ? Ou pas cap ?

- Ben c’est que…

- Pas cap ? J’le savais…

- Quoi ??? Mais pas du tout !

- Alors t’attends quoi ? Le p’tit cul poudré veut un marche pied peut être ?

- La ferme !

- Alors monte.

Elle plisse les yeux dans sa direction. Il sourit, amusé et détache la longe de l’étalon, le dirigeant vers les bottes de paille. Droite, le front haut et le menton relevé, elle s’avance et grimpe sur les bottes. Elle va lui montrer. Elle a peur de rien. Nan, peur de rien… Ahem… C’est drôlement haut… Elle pose ses mains à plat sur la croupe du géant, s’y appuie et s’y hisse avec souplesse. Elle a pas très bien compris comment elle était arrivé là… Mais elle y était ! Un large sourire aux lèvres, elle se tourna vers lui.

- Aha !

Fière et ravie, elle sourit. Ses doigts s’accrochent aux crins noirs et ondulés. Noir sur blanc. Il la rejoint, s’installant dans son dos et glisse ses bras autour de sa taille. Elle est de deux ans plus jeune que lui et pourtant…


Le cheval secoua son encolure sortant la jeune femme de ses souvenirs. C’était ainsi qu’elle avait appris à connaître un minimum de choses sur les chevaux. Elle avait aimé s’en occuper et dormir contre eux. Vamp se frotta le nez et sortie des fourrés, le cheval la suivant à sa suite. Son regard se dirigea vers le ciel qui commençait à s’assombrir. La nuit n’allait pas tarder à les envelopper. Elle se tourna par reflex vers l’endroit où se tenait Lin et haussa les sourcils. Elle ne voyait de lui qu’un dos nu. Nu… Etait il obligé de se déshabiller pour soigner une femme ? La jeune femme haussa les épaules. Après tout, il était assez grand pour savoir quoi faire. Vamp amena le cheval loin de l’endroit funeste et alla l’accrocher plus loin, sur le bas côté opposé à celui de Lin et de la blessée, dans un petit bosquet. Elle noua la corde à une branche basse et entreprit à s’assurer que le cheval n’avait aucune blessure.

- Aller, on va tout vérifier hein… Ah ! Déjà, je vois que tu es une madame… Parfait, les étalons sont beaucoup trop prétentieux…

Vamp se pencha, examinant minutieusement les genoux et les canons de l’animal. Elle était à la recherche d’une quelconque blessure, infime ou grave. Cet animal avait été « victime » d’une attaque, il était rare que les animaux s’en sortent intactes dans ce genre de mêlée. Cependant, rien ne lui sautait aux yeux, et elle ne s’y connaissait pas assez pour reconnaître un os déboîté ou autre. Elle vérifia tout de même si quelques tiques n’avaient pas élus domicile. Une légère moue sur le visage, elle posa ses poings sur ses hanches.

- Tout m’a l’air normal… Bon, t’bouges pas d’là, j’arrive…

Elle repartie en direction de la charrette et fouilla celle ci de nouveau. Elle était persuadée de l’avoir vu. Un large sourire se dessina sur son visage et elle s’empara de la brosse. Revenue aux côtés de la jument, elle entreprit à la débarrasser des couches de boue et de la poussière des chemins, tout en vérifiant toujours si elle n’était pas blessée. Vamp détestait que l’on maltraite les animaux. Un jour…

Valachis. Un matin de printemps. Elle est accoudée contre la barrière d’un enclos. Un petit veau y est allongé. Elle sourit. Il est tout neuf de deux jours ! Son menton posé contre la barrière de bois, elle l’observe depuis une demi heure. Ses bras nus sont croisés sous son menton. Elle finit par froncer le nez et rentre à l’étable. Le temps de quelques minutes. Quelques minutes à remplir un seau d’eau fraîche pour l’amener au p’tit veau. Quelques minutes et un garçon a prit sa place sur la barrière. Il est pas plus grand qu’elle. Sauf qu’il lance des pierres au petit veau, un sourire méchant aux lèvres. Elle plisse le front.

- Mais… Qu’est ce que tu fais ?

Il se retourne et lui sourit avant de hausser les épaules.

- Bah, regarde, c’est marrant… Tu lui jettes des pierres et il fait du bruit !

Elle le regarde. Puis tourne son regard vers le veau. En effet, il beugle. Il beugle de douleur. Mais c’est pas drôle. Le seau tombe à terre, répandant son contenu sur le sol. Elle s’est jetée sur lui. Une vraie furie. Elle s’arme d’une pierre et le frappe au visage avec. Elle hurle, furieuse. Elle le frappe. Une fois. Deux. Trois. Une quatrième avant qu’on parvienne à la contrôler. On la soulève du sol alors que ses jambes se débattent et que ses bras continuent à frapper l’air avec la pierre.

- Balors ? Tu Rigoles plus ?? Hein ???

Juste quelques minutes.


Une bonne demi heure plus tard, la jument était impeccable et la nuit était tombée. Vamp sourit, assise contre le ventre de l’animal qui était allongée derrière elle. Elle croquait une pomme, la mâchouillait puis la tendait à sa nouvelle copine qui mordait à son tour dedans. Elle ne voyait pas Lin d’ici, mais se doutait que celui ci était bien trop occupé avec sa patiente. La journée avait épuisée la jeune femme. Elle se blottit contre l’animal.

- Bon, tu prends le premier tour de garde…

La pâle jeune femme laissa son visage reposer contre l’épaule de la jument. Elle se laissa emporter par l’odeur. Cette odeur qui lui amenait tant de souvenirs. Tant de nostalgie. Une simple odeur pourtant. Cette nuit, elle savait qu’elle n’allait pas faire de cauchemars aussi s’enfonça t-elle dans le sommeil.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Ven 17 Avr - 16:35

Lin était resté concentré sur son travail. Ses mains passaient et repassaient la bande de tissu autour de la cheville blessée. Il avait conscience que le temps passait et que son feu mourait au fur et à mesure, mais il n'en tint pas compte. Pour lui, tout ce qui importait à ce moment était de soigner cette jeune femme.
Il ne la connaissait pas et il savait que beaucoup de ses pairs ne se seraient pas donné tout ce mal pour une inconnue. Après tout, pourquoi essayer d'aider une personne qu'on ne connaissait pas ? Qui, de plus, avait blessé votre compagne ? Il avait conscience que son geste n'avait rien d'anodin et que la plupart l'aurait regardé avec dépit ou avec un étonnement teinté de méprise. Mais pourquoi être si récalcitrant à aider ses congénères ? Lin ne voyait pas la jeune femme comme une simple inconnue. Pour lui, elle était juste une femme qui avait besoin d'aide. Ils l'avaient aidée à sortir son pied de sous la charrette, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Sa cheville une fois dégagée avait eu besoin d'être soignée.
C'est pourquoi Lin s'en chargeait. Il n'était entré dans aucune considération que ce soit et peu lui importait le dédain que certains auraient pu lui porter. L'important n'était pas ce qui aurait pu arriver, mais ce qui arrivait.

Ses doigts filaient autour de la bande, la serrant de plus en plus, veillant à ne pas pour autant entraver la marche de la jeune femme. Elle ne marcherait pas au début, ça lui ferait trop mal. Mais quand les tissus se seront refaits un peu, elle pourrait reprendre et apprécierait d'avoir un bandage suffisamment solide pour la maintenir tout en étant assez souple pour lui laisser une certaine liberté de mouvement. Le barbu s'activait autour de ce membre torturé et se demandait comment un tel carnage avait pu se produire. Il avait vraiment fallu une rage inconcevable pour ne pas faire attention à une jeune femme enceinte qui s'était faite écrasé le pied par la charrette renversée. Haussant les épaules à son propre raisonnement, il chercha le bouton qu'il avait gardé, dans l'espoir de pouvoir faire un bandage réutilisable. Il glissa ses doigts sous la bandelette, tâtonnant le tissu à la recherche de la bosse qui lui indiquerait la présence du bouton. La pulpe de son index fut bientôt écrasée et il sentit la dureté du petit objet. Souriant, il le fit ressortir et l'attacha grâce au trou percé dans l'autre partie de la chemise découpée.
Fier de son ouvrage, il le vérifia une dernière fois et acquiesça pour lui-même, satisfait. Ce bandage tiendrait parfaitement et remplirait son office comme voulu.

Lin releva la tête, ses mains reposant la cheville au sol avec une lenteur exaspérante, évitant tout choc entre la terre et le corps. Ses yeux tombèrent sur le jeune loup allongé à côté de lui. La tête posée sur ses pattes croisées, il regardait le barbu d'un oeil attentif. Le jeune homme ne put s'empêcher de sourire et gratouilla l'animal entre les deux oreilles. Il en fut apparemment content car sa langue vint léchouiller l'avant-bras du soigneur.
Souriant, Lin tapota le sommet de son crâne et fit demi-tour, faisant face à son feu qui commençait à mourir lentement. Les braises rougeoyantes maintenaient une certaine chaleur autour d'eux, mais les flammes avaient déserté et le bois calciné dégageait une forte odeur de cendres froides. Faisant la moue, le barbu frappa les bûches consumées et les regarda s'effriter, tombant dans les restes brûlants du feu. Conformément à son attente, aucune flamme ne jaillit. Le bois était complètement mort. Il faudrait qu'il en trouve d'autre.

Il se releva et épousseta ses braies, grognant. Ses jambes trop longtemps croisées étaient ankylosées et il fallut qu'il attende quelque temps avant que le sang ne revienne à ses veines. Cependant, cet afflux inhabituel lui donna une forte impression d'une colonie de fourmi élisant domicile dans ses cuisses et il ressentit une certaine douleur à faire ses premiers pas. Pestant contre ses jambes, il avança en titubant, lui donnant un air de soûlot, les bras écartés pour s'éviter de tomber. Il songea qu'il aurait mieux fait d'étendre une jambe, pour garder un équilibre succinct mais au moins présent. Alors que ses pieds commençaient à le tenir de nouveau, il réalisa l'absence de Vamp dans les parages. Où était-elle passée ?
Fronçant un sourcil, il tenta de se remémorer ce qu'il lui avait demandé.
Le cheval. Certes, il lui avait demandé de s'occuper du cheval. Mais elle n'avait tout de même pas mis autant de temps à s'occuper de lui qu'il n'en avait mis pour prendre soin de l'évanouie ... Quoi que ...
Haussant les épaules, il secoua ses jambes, finissant de leur rendre leur mobilité. Il se mit alors en marche, zigzagant entre les épaves et les corps. Du bois et des morts. Quelle joyeuse scène s'offrait à lui ...
Il fronça le nez et siffla Chanda, appréciant de sentir sa présence à ses côtés. Quoi qu'il en dise, il l'aimait bien, cet hippopotame. Se baissant légèrement, il lui tapota les flancs et jeta un oeil autour d'eux. Maintenant, trouver Vamp.

Il se dirigea vers la jeune inconsciente et fit le tour du sous-bois autour d'elle, se demandant si elle ne serait pas revenue avec le cheval, qu'elle avait attaché plus loin pour éviter qu'il ne sente le carnage. L'absence de bruit lui indiqua rapidement que cette piste n'était pas la bonne. Remontant le léger talus, il se posta aux pieds de l'évanouie et regarda autour de lui. Chanda était sagement assis à côté de lui et le suivait attentivement. Lin plissa les yeux et aperçut une forme de l'autre côté du champ de bataille déserté par la vie. Traversant ce cloaque immonde commençant à puer le cadavre et la sang, il redescendit de l'autre côté, se retrouvant face à la jeune femme, endormie contre le flanc du cheval. Cheval d'ailleurs éveillé qui fit preuve de réflexe, montrant les dents, ses larges lèvres se relevant tandis qu'il hennissait. Le barbu ne put s'empêcher de sourire et intima à Chanda de se mettre à l'écart du cheval, lui montrant l'opposé, laissant un espace suffisant pour faire un feu.

Lin se passa une main sur la nuque. Sa compagne se trouvait ici avec le cheval. L'inconsciente de l'autre côté, seule. Il ne pouvait pas la laisser seule, elle était blessée et évanouie. Il allait devoir retourner de l'autre côté et passer la nuit à monter la garde, pour éviter qu'elle ne se réveille seule et entourée de gens morts ou endormis, inconnus qui plus est.
Grognant, il jeta un oeil à sa compagne. Elle avait l'air paisible et rassurée par la présence de l'animal à crins. Elle n'aurait certainement pas peur de se réveiller seule ici et un bon feu éloignerait tout animal disposé à attaquer.
Hochant la tête de haut en bas pour lui-même, il alla chercher du bois, le ramenant entre le loup et le cheval, entassant les brindilles et ramenant une bûche. Une fois le tas embrasé, il s'approcha de la jeune femme et se pencha vers elle, embrassant légèrement son front avant de se redresser.
Il siffla Chanda et s'éloigna, retournant de l'autre côté de la route dévastée. Le champs de bataille commençait à suinter et l'air amorçait un lent processus de rediffusion de la fermentation des corps. Lin fronça le nez et pesta. Qu'est ce que ça puait !
Mettant un bras devant son nez, il redescendit le talus et rajouta une bûche dans les braises. Après avoir soufflé dessus, elles firent s'élancer des flammes qui vinrent lécher le bois tout frais.
Le barbu s'installa en tailleur, assis face au feu et dos à la route, s'évitant les odeurs nauséabondes et gardant les yeux sur la blessée. Chanda blotti contre sa cuisse, il prit son premier tour de garde. Un long tour de garde.
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