l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 Le temps d'un voyage...

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Vamp

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MessageSujet: Le temps d'un voyage...   Jeu 4 Déc - 6:32

Le temps était frais malgré un début d’après midi ensoleillé. Les arbres avaient revêtu leur manteau coloré, les feuilles se détachant à intervalles irréguliers pour se laisser tomber silencieusement sur le sol de terre. Vamp était assise sur le bord de sa couche, chaussant ses bottes, elle observait le paysage que laissait voir la porte ouverte de la cabane. Soupirant, elle se leva et observa l’intérieur. Tout était propre, tout était en ordre. La jeune femme rangea la table et lava sommairement les assiettes de terre cuite, seules témoins d’un modeste déjeuner avant le départ.

Elle se replongea dans son sac et recompta soigneusement ses chemises. Chaque départ avait son même rituel chez elle. Elle rajouta quelques pommes de plus et des bâtons de sucre enroulés dans une sacoche de cuir. La jeune femme se frotta le menton. Il manquait quelque chose. Se penchant sur la couche pour s’assurer que Lin était toujours dehors, elle mit le nez dans le sac du barbu. Prenant soin de ne rien déplier pour ne pas laisser de traces, elle s’appropria une de ses chemises et la rangea dans son sac. Satisfaite, un large sourire aux lèvres, elle referma les deux sacs. Passant une main sur son ventre, elle grimaça légèrement. Déboutonnant à demi sa chemise, elle jeta un coup d’œil au bandage blanc qui lui entourait le ventre. La plaie s’était rouverte il y avait de cela deux jours. La réaction de Lin l’avait touchée plus qu’elle ne l’avait laissé paraître. Elle ne voulait pas l’inquiéter plus qu’il n’en fallait, mais tout en restant honnête envers lui. Raahh les hommes… Et quelle idée de tomber amoureuse aussi. Quelques gouttelettes de sang tachaient le blanc du bandage. Vamp fit la moue et rajouta quelques rouleaux de bandage dans son sac, au cas où. La jeune femme recula, lorsque que sa botte écrasa quelque chose de mou. Son sang se figeant à l’idée qu’elle est put écraser la patte d’un de leurs compagnons à poils, elle releva aussitôt le pied, se répandant en excuses. Il s’agissait tout simplement d’une chaussette (sale), qui avait échappé au grand ménage de la nuit antérieure. La jeune femme fit la moue. Prise d’une grande feignantise, elle lui donna un coup de botte, et l’envoya rouler sous le lit. Après tout, elle serait la seule à savoir que cette chaussette se trouverait là.

Sa conscience rassurée, elle prit les deux sacs, agrippant au passage la vieille cape de voyage de son père et sortit dans l’air frais. La bise venant caresser son visage, elle sourit. Les routes lui manquaient. Elle regarda autour d’elle. Pas la moindre trace d’un barbu dans les environs. La jeune femme soupira. Elle n’avait pas très envie de vérifier toutes les cimes des arbres pour le retrouver. Surtout dans une forêt. Posant le sac de Lin à ses pieds et hissant le sien sur son épaule, elle ferma la porte de leur demeure, tournant la clé dans une serrure branlante et rouillée. Vêtue de braies et d’une simple chemise blanche entrouverte, Vamp observait son chez-elle. Cela ne faisait aucun doute, la cabane allait lui manquer. La tête inclinée sur le côté, la jeune femme sentit peu à peu le cafard s’emparer d’elle.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Lun 8 Déc - 18:22

La cime d'un arbre. Une petite brise. Une branche dépassant du feuillage. Et un barbu.
Assis là depuis que la nuit avait revêtu son manteau étoilé, Lin observait la forêt qui s'étendait devant lui. Sous lui serait plus juste.
Le feuillage vert, bruissant sous les assauts répétés d'un vent doux. L'herbe, plus bas, se couchant devant l'air rasant venu de l'est. L'arbre, fort, solide, qui étend son tronc sous les pieds du jeune homme. Le pivert qui s'entête à cogner son bec contre l'écorce rugueuse. L'écureuil qui saute de cette branche, juste là. Et plus loin, là-bas, les toits de chaumes qui pointent vers le ciel leur couleur gris-paille.
Lin se tourna sur sa branche, s'y asseyant à califourchon. Il recula, glissant sur la ramure, venant caler son dos contre le tronc.
Là, juste en face de lui. Une petite chaumière branlante, adossée à un feuillu comme une vieille dame s'appuierait sur sa canne.
Lin sourit à cette image. Vieille ... Cette cabane pouvait en donner l'air ... Pourtant ...
Le jeune homme plissa les yeux, surpris de voir une ombre sortir de la maisonnette. Il releva la tête, le visage tourné vers le soleil déjà bien avancé dans sa course.
Il était plus tard que ce qu'il aurait cru.
Un soupir lui échappa. Partir sur les chemins. Ca lui avait manqué, certes, mais il avait commencé à s'attacher à la petite ville de Murat. Il n'aurait pas su se l'expliquer. Peut être les gens, peut être les souvenirs, peut être l'éloignement d'avec la ville de cauchemars du Nord, peut être le climat chaud du sud, peut être juste qu'il s'y sentait bien.

Il haussa les épaules. Drôle de tableau, un barbu haussant les épaules à la cime d'un arbre.
Il tapota la branche qui le soutenait. C'était son arbre favori. Des branches fortes, mais fines. Aussi fines qu'elles pouvaient l'être pour le soutenir.
Un tronc rugueux, mais confortable.
Des feuilles s'éparpillant au sol, en de jolies couleurs.
Il esquissa un léger sourire et hésita un moment devant la chute qui l'attendait. Il voulait s'entraîner à tomber de dos, mais il n'était pas encore au point. Se casser le cou avant de partir ... Ce n'était peut être pas des plus recommandés pour un chemin en paix.
Il prit donc le parti de descendre de côté, comme à l'accoutumée.
Il se détacha du tronc, se calant à la force des cuisses sur cette ramure. Glisser sur le côté, s'enrouler dans les airs et attraper une branche plus basse, tourner autour, la lâcher et profiter de l'élan pour rouler jusqu'à la cabane.
Fait des centaines de fois. Une de plus ne poserait aucun problème.
Il se laissa glisser sur le côté, cette sensation de bascule le prenant. Détendant ses jambes, il lâcha la branche, amorçant une chute de quelques mètres.
Les yeux rivés sur la branche basse au dessous de lui, il était concentré comme à chaque fois. Il tendit les mains au dernier moment, attendant de voir l'écorce de près pour daigner s'y accrocher. L'élan l'envoya rouler autour du bras végétal, qu'il relâcha quelques secondes après, dans l'axe de la maisonnette.
L'épaule en avant, il roula sur lui même, se relevant légèrement étourdi à quelques mètres du dos de Vamp.

Il reprit son souffle, s'époussetant, le sourire figé aux coins des lèvres et le coeur reprenant un rythme normal. La chute s'était passée comme les autres, avec son lot de sensations, ce vent qui lui fouettait le visage, cette sensation de choc sourd et maîtrisé une fois au sol ...
Il secoua la tête, s'ébouriffant les cheveux et passa une main dans les poils qui lui mangeaient le menton.
Il était temps de partir, il recommencerait ses aventures nocturnes une autre fois.
Il s'avança vers la jeune femme jusqu'à ce que son torse vienne frôler son dos. S'inclinant légèrement, il lui chatouilla le cou de sa barbe, un léger sourire sur le visage et baissa les yeux vers les sacs à ses pieds.


Tout est là ?
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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Dim 14 Déc - 15:54

La tête inclinée sur le côté, Vamp était perdue dans des pensées nostalgiques. Il s’était passé tellement de choses dans cette cabane ; choses qu’elle aimerait ne jamais oublier. Des crises de rire, des bagarres, des aveux… Une moue sur le visage, Vamp soupira. Un bruit sourd retentit dans son dos, mais elle ne se retourna pas. Désormais habituée aux petites habitudes de Lin, elle ne s’inquiétait plus de ses acrobaties. Enfin, plus trop. Elle grimaça au souvenir de la peur qu’il lui avait faite, la première fois. Elle l’aurait bien étranglé de ses propres mains ce soir là. Ses pensées l’amenèrent lors de leurs premières rencontres. La séduction, le doute… Pensées qui s’évanouirent lorsque la jeune femme sentit le torse du barbu contre son dos. Ses épaules se redressèrent et ses omoplates se raidirent. Respirant profondément, elle s’interdit de se retourner. Elle gloussa et cacha son cou en ramenant son épaule contre sa joue, lorsque la barbe vint la chatouiller. La jeune femme se retourna et plongea ses yeux dans les siens, un sourire aux lèvres.

- Normalement oui, tout est là…

Elle lui tendit son sac, rajustant le sien sur son épaule. Chanda attendait mollement à ses pieds et la minette ronronnait , roulée en boule, au chaud dans la besace de la jeune femme. Vamp détacha son regard de Lin et observa une dernière fois la cabane, avant de soupirer.

- Bon, on y va ?

Elle se retourna vers lui et prit un air d’extrême réflexion, le détaillant de bas en haut, un sourcil levé et une moue appréciative sur le visage, comme pour l’évaluer.

- Mmmh… Eh bien, s’il me manque quelques provisions, je pourrais toujours venir grignoter un bout par là…

Elle lui sourit avec angélisme et enfonça son index dans son flanc droit. Vamp glissa sa langue le long de ses lèvres, avant de la coincer entre ses dents, comme si elle en salivait d’avance. Elle lui donna une tape sur les fesses et se mit en route.

Marchant en prenant soin d’éviter les souches et racines sournoises, la jeune femme observait la forêt de Murat avec une légère mélancolie. Cela lui faisait mal au cœur de l’abandonner ainsi. Ils mirent peu de temps à sortir de la forêt, connaissant le chemin dans ses moindres recoins, les raccourcis et…les détours. Ils se retrouvèrent sur la place de Murat, où le marché grouillait de villageois, commerçants, nobles, enfants… Vamp grogna et ramena sa capuche sur son front. Marchant aux côtés de Lin, la jeune femme slalomait entre les étales, évitant, de justesse parfois, les chariotes de légumes, et se faisait bousculer sans ménagement par des villageois enragés. Vamp pesta contre les hommes, mais ne fut pas assez rapide pour enjamber la poule qui passa devant elle, et shoota dedans. L’animal vola magnifiquement haut et loin, dans un nuage de plumes, avant de s’écraser plus loin et de se relever, plus ou moins en bon état. Vamp grimaça, et tenta de faire comme si de rien n’était, mais un paysan arrivé du fin fond d’on ne sait où, lui tomba dessus. L’injuriant comme une malpropre, un doigt menaçant levé vers elle, il lui ordonna de lui rembourser sa poule. La jeune femme leva un sourcil. Lui rembourser sa poule ? Mais elle allait très bien sa poule. Et puis, il n’avait qu’à pas la laisser traîner n’importe où sa poule. L’homme se mit à l’injurier, faisant de grands gestes excessifs dans les airs. Il commençait à lui taper dangereusement sur les nerfs. Encore aurait il été séduisant, mais là… Il leva la main pour la prendre par l’épaule. Il voulait la toucher. Poser la main sur elle. Vamp fit un pas rapide vers lui et se pencha vers son visage. Elle lui intima de reprendre sa poule boiteuse et de la laisser en paix, à moins qu’il ne préfère qu’elle ne le paye à sa manière. Elle lui expliqua avec beaucoup de douceur mielleuse qu’elle prenait un soin tout particulier à dépouiller les hommes de leur virilité, et qu’elle en avait déjà une bonne collection. Elle conclut donc, que s’il tenait à satisfaire correctement sa femme, il ferait mieux de disparaître de sa vue, avec ou sans sa poule. Que se fussent les menaces de Vamp ou son ton froid, il jeta un coup d’œil au barbu qui semblait accompagner la jeune femme. Il détailla l’homme, sans doute en se questionnant pour savoir s’il était oui ou non, en possession de toute son anatomie. Vamp lui fit un charmant sourire éloquent et elle ne le revit plus. Marmonnant, elle glissa ses doigts entre ceux de Lin et sortit du village. Sale bestiole répugnante…

Elle retrouva son calme avec le silence des routes. Ils ne croisèrent pas grand monde, quelques villageois et forains… Vamp appréciait le fait d’avoir repris les routes, et plus encore aux côtés de Lin. Ils marchèrent durant quelques heures, parlant de tout et de rien, se moquant l’un de l’autre, se chamaillant… Le soleil commençait à descendre lentement, et le froid de la nuit s’installait. Vamp se rapprocha du barbu et glissa un bras autour de sa taille, venant poser sa joue contre son épaule.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mer 17 Déc - 12:42

Attrapant le sac avec nonchalance, Lin jeta un coup d'oeil à la jeune femme qui le lui tendait.
Prête à partir ... Ou peut être pas ... Elle avait l'air dans ses pensées, les yeux légèrement dans le vague, à moitié tournée vers la cabane, comme si elle cherchait un souvenir un peu trop lointain. Le soupir qu'elle poussa acheva de convaincre Lin qu'elle s'était sans doute plus attachée à l'endroit qu'elle ne le disait.
Esquissant un sourire, le barbu glissa le sac sur ses épaules, ajustant les sangles à la taille voulue. Trop haut, trop bas, décalé à droite, décalé à gauche, poids mal réparti ... Autant de facteurs qui lui bousilleraient son voyage s'ils n'étaient pas correctement réglés.
Les yeux rivés sur la boucle de la bretelle, il n'écoutait qu'à moitié ce que racontait Vamp, feignant de s'y intéresser par des grognements faussement attentifs, ponctuant ses questions.
Aussi sursauta-t-il quand son doigt s'enfonça entre ses côtes. Il tenta d'écouter la dernière bribe de la phrase, sans grand succès. Il était question de grignoter ... Grignoter quoi au juste ? Son flanc ?
Lin haussa un sourcil, l'autre se fronçant, pas vraiment convaincu qu'elle pourrait combler sa faim de ce côté-là.
Il esquissa un sourire au tapotement de la main de la jeune femme, secouant la tête avant de pivoter vers le sentier. Faim ou pas, provisions ou non, le chemin les attendait et le barbu était prêt à démarrer. Les routes les attendaient, il n'allait pas se priver de fouler de nouveaux sols.

Il leva les yeux du sentier pour observer les arbres qui les escortaient depuis à peine quelques minutes. Il les avait vus, revus et re-revus ces arbres ! De nuit, de jour, au crépuscule, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Il suivait le pas, mollement, les mains enfoncées dans ses poches, les oreilles ouvertes aux bruits de la nature et le nez alerte, repérant les différentes odeurs boisées. Ce voyage allait lui permettre d'affiner ses perceptions. Il sourit à cette idée et inspira profondément, son visage s'éclairant d'un sourire ébauché.
Il soupira d'aise et se passa une main sur la nuque, tournant la tête pour s'étirer lorsque son regard fut attiré derrière lui. Un mouvement. Infime.
Plissant les yeux, il tenta d'apercevoir l'animal qui en était à l'origine.
Un éclair roux déchirant l'espace clair derrière eux lui indiqua que l'intrus était un petit écureuil volant, au pelage flamboyant et aux griffes acérées.
Lin sourit et jeta un oeil aux arbres qu'ils venaient de dépasser, poussant son regard un peu plus loin, vers la droite. Un arbre au tronc sombre s'élançait entre les ramures plus claires des autres feuillus. Pas vraiment éloigné, pas vraiment proche. Ni en lisière, ni au plus profond.
Un grand sourire fendit le visage du jeune homme à la vue de cet arbre. C'était une nuit non ? Pas franchement chaude, pas vraiment froide. Il observa le tronc avec plus d'attention, malgré la distance. Un bout d'écorce manquant laissait une trace beige au milieu du tronc, à hauteur d'homme. Il aurait juré que c'était celui-là.
Il se retourna vers le chemin, son sourire s'élargissant en voyant les maisonnettes apparaître à quelques pas seulement.
Oui, c'était bien celui-là.
Il se passa une main dans la barbe, laissant défiler les souvenirs de cette soirée-là. Il aurait pensé que l'arbre était plus loin ... Comme quoi, son esprit avait du être quelque peu embué ce soir-là ... Certainement la pleine lune l'avait-elle détraqué.
Se remémorer lui avait fait perdre son allure et il dut presser le pas pour rattraper la jeune femme qui avait déjà atteint la ville.

Se glissant derrière elle non sans peine, il commença à contempler les visages qui les entouraient. Foule bigarée, visages divers, allures plus ou moins fière, expression différentes et marches aux rythmes hétérogènes. Une ville en action, un marché effervescent.
Il enfonça ses mains dans ses poches, prenant une bonne bouffée d'air.
Le marché grouillait de monde, les étals débordaient de marchandises et les cris fusaient pour haranguer la foule. Le marchand d'étoffes vendait le choix, le joaillier vantait la diversité tandis que le chausseur louait la qualité de son cuir. Des marchands se targuaient d'offres alléchantes comme d'autres interpellaient les passants avec le sourire affable de celui qui va vous débourser.
Les bruits et les odeurs n'étaient pas en reste. Le cliquetis des chaînes d'un animal enfermé, le bec acéré d'un rapace cognant contre sa cage, les roues des charrettes heurtant les pavés inégaux de la place, le claquement régulier du pas d'un cheval, le bruissement d'une étoffe soyeuse dans la main d'une personne, le tintement des pièces échangées, le raclement du couteau contre la planche à découper. Autant de sons qui parvenaient aux oreilles de Lin comme une mélodie familière.
L'odeur surette d'un homme transpirant à proximité de lui agita les narines du jeune homme. Celles-ci devinrent plus réceptives aux effluves qui enrobaient les badauds.
Odeur épicée du ragoût se préparant là-bas, cuir chauffé par le tanneur, laine lourde et poussiéreuse déchargée en quantité, poisson frais tout juste débarqué, légumes terreux s'étalant sous le soleil, bêtes effrayées, énervées. Il aurait pu continuer longtemps ainsi, détaillant l'environnement qui l'entourait, le plongeant dans un monde coloré de sensations.
Seulement, le grognement de la pâle jeune femme qui l'accompagnait le tira de son bain sensitif. Un caquètement étonné lui fit hausser les sourcils de surprise; surprise qui se transforma bien vite en amusement à la vue de la poule écrasée sur le sol, qui tentait péniblement de se redresser, chancelante. Un beau vol plané ... Eclair blanc fusant au travers des visages sombres des gens. Aussi efficace à faire réagir qu'une mauvaise blague lancée à un enterrement.
D'ailleurs, la réaction ne tarda pas.
Un gros bonhomme rougeaud et congestionné dans ses habits se dirigea vers la jeune femme au teint cadavérique, apparemment furieux. Suant ... Malodorant ... Débraillé ...
Magnifique commerçant que celui-ci ... Certainement un paysan qui ne connaissait pas l'existence des rivières ou des lacs. Ou bien qui n'osait s'y tremper.
Lin songea un instant à s'interposer entre cet homme et sa compagne, mais le mouvement rapide de cette dernière alors que le gros allait poser la main sur elle l'en dissuada. Elle allait certainement très bien se dépatouiller de la situation.
Le barbu rajusta sa sangle sur son épaule et, une main dans une poche, l'autre à la bretelle de son sac, il prit une position décontractée, prêt à écouter le spectacle.
Spectacle discret cette fois-ci. Quelques mots à peine audibles murmurés à l'homme et un regard explicite l'eurent vite calmé. Lin ne put s'empêcher de sourire en coin. Le visage décomposé du paysan l'amusa grandement, élargissant son sourire lorsqu'il releva les yeux vers lui. Ce pauvre homme avait certainement cru les dires de Vamp.
Que croyait-il ? Que Lin avait perdu sa virilité ?
Secouant la tête, un sourire sur les lèvres, Lin envoya un regard compatissant à l'homme.


Vous savez, les femmes comme elle ... Je vous conseillerais d'en rester éloigné ... Pas vraiment méchantes, juste sûres de ce qu'elles savent faire. Je comprends que vous ayez peur, ne vous en faites pas, elle ne mord pas ... Enfin pas comme un animal du moins ...

Il lui sourit, légèrement moqueur et se tourna vers Vamp, prenant un air faussement sévère.
Il ne retira cependant pas sa main lorsque celle de la jeune femme s'y glissa et un sourire fier envahit ses traits. Eh oui ... La cadavre aux allures de bête redoutable était sa compagne. Une certaine fierté masculine gonfla son torse et il emboîta le pas à la jeune femme, retrouvant les routes avec plaisir.
Il n'avait pas marcher depuis longtemps et ses jambes reprirent petit à petit l'habitude de la marche, ses muscles se dégourdissant avec le temps.
Allant de chamailleries en dérision en passant par les moqueries railleuses, ils marchèrent un bon moment sur un sentier terreux, l'herbe lui ayant préféré les bas-côtés. Lin ne prit conscience du temps passé là qu'à l'approche de la nuit. Il commençait à fouiller les sous-bois des yeux lorsqu'il sentit les mains de Vamp s'enrouler autour de sa taille, précédant sa joue qui trouva son épaule.
Il tourna la tête et déposa un baiser sur son front, son bras se glissant sur ses épaules, l'étreignant doucement.


Je crois qu'on va pouvoir s'arrêter bientôt. La nuit tombe et ce bosquet ne m'a pas l'air trop mal. Qu'est ce que t'en dis ?

Il tendit le bras vers des arbres proches, pointant un endroit plus clairsemé que les autres, la terre sèche ayant un aspect plus accueillant que la gadoue qui régnait de l'autre côté du chemin.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Dim 21 Déc - 16:39

Vamp sourit avec douceur en sentant les lèvres du barbu se poser sur son front. Elle ne s’y ferait jamais… Elle suivit du regard la direction que pointait son doigt et hocha la tête avant de le suivre. L’endroit était propre et sec, et l’on pouvait même voir le ciel malgré l’imposante présence des arbres qui les surplombaient. Posant son sac à ses pieds, la jeune femme leva les yeux vers le ciel qui s’assombrissait. C’était leur premier jour de route, mais ils avaient bien avancé. Le grognement qui s’éleva de son ventre la sortit de sa rêverie, et Vamp entreprit à aider Lin à installer leur camp.

Une petite demi-heure plus tard, la jeune femme était assise face au feu, adossée au tronc d’un vieux chêne et grignotait un biscuit sec. Les épaules douloureuses et la fatigue l’envahissant peu à peu, ses yeux noirs suivaient la danse des flammes de leur source de chaleur. Le repas, simple, s’était résumé à quelques miches de pain, des fruits secs, de la viande séchée et quelques noix et noisettes. Le ronronnement de leur conversation était ponctué par les craquements d’os sous les crocs de Chanda.

Vamp grogna sous une boutade de Lin à son attention et lui jeta un noyau d’abricot qui atteignit le jeune homme à la tempe. La guerre fut ouverte. La bataille sanguinaire, et sans pitié. Mettant toute fierté de côté, la jeune femme finit par capituler sous le regard interloqué de la chatte et du louveteau. Le front haut et le menton relevé de la dignité du perdant, Vamp s’éloigna un peu du camp. Trouvant une source d’eau, elle se débarbouilla, se débarrassant de la poussière des chemins et des traces de la journée éprouvante. Malgré ses douleurs et ses courbatures, elle était heureuse d’avoir retrouvé les routes. Elles lui offraient une certaine sensation de liberté, d’évasion. Elle ne cherchait pas à dompter les routes, mais plus à les accompagner, les caresser, comme un marin effleurant du bout des doigts la mer.

Les cheveux tressés, elle revint au camp d’une démarche hasardeuse, embuée par le sommeil. L’idée de passer la nuit si près de Lin sans pouvoir le toucher la morfondait. Elle aurait dut se taire cette soirée là, en taverne. Enroulée dans une couverture de laine, la jeune femme tourna son regard vers Lin, une grimace sur le visage, comme si elle venait de goûter quelque chose d’amer.


- Bon ben… Bonne nuit…

Lui lançant un regard éloquent, mélange de dédain et de défis, elle s’allongea dos au barbu et ferma les yeux. Vamp avait besoin de s’endormir contre quelqu’un, comme une petite fille que l’on doit border la nuit. Elle tenta donc d’ignorer la présence de Lin et se laissa aller, la fatigue des routes prenant peu à peu le dessus.

Elle se réveilla très tard dans la nuit, en sursaut, perdu, le front et la nuque moite. Ces images, ces paroles, ces cris. Recroquevillée sur elle-même, la jeune femme tenta de ralentir et de calmer les battements de son cœur. Le vent frais vint caresser son visage, la ramenant à la réalité et elle se releva, à demi appuyée sur son coude. Tout était noir et calme. Seules les braises qui se mourraient, craquaient et éclairaient partiellement les arbres, projetant des ombres menaçantes autour d’elle. Vamp se retourna. Lin était allongé, elle ne voyait que son dos. Dormait il ? Elle pinça les lèvres et se leva en silence. Soulevant la couverture qui reposait sur le jeune homme, elle s’y glissa dans un bruissement d’étoffe. Vamp s’allongea, posant sa joue contre le plaid qui recouvrait le sol et observa sa nuque. Timidement, elle s’avança, glissa une main sur son ventre, remontant sur son torse. Se blottissant contre le dos du jeune homme, elle sourit, aimant sentir les battements de son cœur sous ses doigts, et le gonflement de son torse. Vamp ferma les yeux.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Lun 22 Déc - 9:39

Installation du camp, feu paré pour la nuit, plaid au sol et couvertures sur les épaules. La nuit s'annonçait fraîche ... et franchement ennuyeuse.
Pas de Vamp pour ce soir-là, une soirée en taverne avait eu des répercussions quelques peu ... contraignantes.
Lin grogna et lança une brindille dans le feu, la regardant s'enflammer sous la chaleur émanant des braises. Faible petit bout de nature consumé par un élément plus fort. Comme partout, la loi du plus fort. L'oiseau, dévoré par le renard. Le lapin, déchiqueté par le loup. Le loup, tué par l'homme. Faible petit bout de nature, consumé par un autre plus fort ...
Le jeune homme soupira, s'embrouillant dans des souvenirs peu joyeux, l'esprit vagabondant dans des endroits mornes, conditionné par la nuit qu'il allait passer seul.

Il ne revint à la réalité que lorsque Vamp se coucha. Tournée dos à lui, elle était emmitouflée dans sa couverture. Elle était proche de lui, toute proche. Et il ne pouvait même pas l'enlacer ... Pfff pari stupide ...
Se levant, le barbu se dégourdit les jambes, pensant qu'il n'arriverait pas à rester si proche d'elle sans la toucher. Il prit sa veste et l'enfila à la va-vite, la rajustant sur ses épaules, s'avançant vers le feu pour l'éteindre. Il se ravisa pourtant. Le froid qui était tombé autour d'eux n'était tenu éloigné que grâce aux flammes rougeoyantes qui crépitaient entre les quelques pierres placées sommairement autour d'elles; s'ils les étouffaient, Vamp risquait d'avoir froid.
Il laissa donc le feu mourir de lui-même, couvant de ses quelques flammes les braises pourpres, dispensant un minimum de chaleur.
Il se dirigea vers les arbres et posa sa main sur un tronc proche. Un sourire lui vint et il leva les yeux vers les branches.
Une nuit à passer seul ... Ce n'était pas la première ... Il saurait trouver de quoi faire parmi les feuillus.
Il s'éloigna du campement, laissant Vamp à son sommeil.

Les arbres qui l'entouraient étaient plus bas et plus trapus que ceux qu'il avait pu trouver dans sa ville natale et ses abords mais cela ne les empêchait pas d'en imposer. Baignant dans la faible lueur de la lune, ils avaient des airs fantomatiques, leurs aiguilles sombres prenant des allures de multitudes de doigts noirs, hérissés tout le long de bras végétaux. L'atmosphère qui entourait le jeune homme aurait pu paraître oppressante pour tout voyageur en groupe, habitué à la compagnie de ses bêtes et semblables. Pour Lin, elle était juste magique. Il avait pris l'habitude de se balader de nuit comme de jour entre les troncs plus ou moins hauts de ces seigneurs de la nature. Que la lune soit présente ou non, que le vent souffle ou pas, la nature restait ce qui avait aidé le barbu pendant une longue période de sa vie.
Refuge au milieu d'une clairière, cabane construite à flanc de tronc, bras rassurants des arbres et douce mélopée portée par le vent.
Le jeune homme se prit à sourire au fur et à mesure qu'il s'enfonçait entre les feuillus et une sensation de douce familiarité l'emplit. Il était chez lui partout sauf dans les villes. Allez comprendre la logique de ce paysan ...

Il marcha un long moment, respirant les odeurs musquées des arbres, effleurant les ramures de la paume de la main et observant la nature en action, sans un bruit. Il passa d'arbres en arbres, dénicha des plantes connues pour leur vertus médicinales ou nutritives, se retrouva face à une chouette, non sans sursauter.
Quand il se sentit bien, l'esprit clair et le corps détendu, il prit la direction du campement, le nez dans les étoiles, évitant les racines par réflexe.

Il retira sa veste, la pliant soigneusement avant de la poser sur une branche haute, la voulant fraîche le lendemain. Il envoya bouler ses bottes d'un coup de talon et tira sur le col de sa chemise, l'enlevant sans même prendre la peine de la déboutonner.
Se glissant silencieusement aux côtés de la jeune femme, il s'allongea sur le flanc, tourné sur le côté, dos à elle. Les yeux ouverts sur la forêt, il respira calmement, comme respirent les gens endormis.

Il ne sut combien de temps s'était écoulé quand Vamp s'éveilla en sursaut. Certainement peu, le feu avait à peine décrut. Il voulut se tourner vers elle, lui demander si tout allait bien. Il n'en fit pourtant rien. Il n'entendait plus aucun bruit et songea qu'elle s'était rendormie.
Seul le bruissement de la couverture lui indiqua le contraire. La main de la jeune femme remonta jusqu'à son torse. Le jeune homme sourit. Il hésita à réagir ... Dormait-elle déjà ?
Il finit par bouger, se tournant lentement de l'autre côté. Face à elle, il scruta son visage éclairé par les braises mourantes. Elle avait les yeux fermés. Il savait pourtant que cela ne voulait rien dire sur son état. Il était simple de ferme les yeux sans bouger, feintant le sommeil ...
Il approcha deux doigts de son cou, en glissant un, frais, au creux de la peau blanche, la chatouillant doucement, tandis que ses dents attaquaient le bout de son nez.
Elle allait bien finir par réagir non ? Et puis, si elle dormait ... Il trouverait bien un moyen de se faire pardonner.
Fort de cette conviction, il se releva sur un coude et inclina la tête sur le côté, allant poser ses lèvres à la place de ses doigts, sa barbe effleurant sa gorge. Il émit un léger grognement, imitant un animal sauvage.


Grrrr ... Un Lin barbu attaque un cadavre endormi ...

Il sortit les dents et mordilla le creux de son cou, affectant un air d'animal affamé.

Groar ! Il est affamé ! Il ne restera rien de la Vamp après son repas !

Riant intérieurement de ses bêtises, il glissa un bras autour de la taille de la jeune femme et l'enserra fermement, lui interdisant toute fuite.

Animal vicieux, il piège ses proies !
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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mar 23 Déc - 16:17

La jeune femme était détendue. La présence de Lin arrivait à la calmer. Elle se laissa porter par les bruits nocturnes de la forêt qui chantaient à son oreille. Un hululement. Un craquement de branche. Un grognement. Le bruit d’une patte marchant sur un tapis de feuilles colorées. Mais c’était les odeurs qui la berçaient. Toujours plus sensible olfactivement, Vamp appréciait l’odeur de la forêt. L’odeur des arbres, odeur d’écorce et de résine. Le parfum de la terre sous son nez, adoucit par celui de l’herbe. L’odeur de Chanda, roulé en boule contre la minette, dont le museau disparaissait sous sa patte. Puis l’odeur de Lin, tout contre elle. Odeur si délicieuse et si tentante.

Vamp avait perdu beaucoup de sa maîtrise des sens. Sa perception des odeurs avait été la seule maîtrise naturelle de ses sens. Sa mère l’avait obligé à développer les autres, mais son nez blanc avait toujours surplombé les autres sens en qualité. Les pensées nostalgiques de Vamp l’amenèrent dans le passé. Passé qu’elle aurait aimé oublier. Mais pourtant… Cela faisait partie de son enfance et…


Un après midi d’hiver. Valachis. La grande salle d’entraînement. Son maître d’armes lui fait face. Sorte de sauterelle sans muscles aux cheveux blancs. C’est son troisième maître depuis qu’elle a commencé. C’est à dire depuis moins de six mois. Il l’agace royalement. Elle se met en place et il lui postillonne de se redresser. Plus droite ! Epaules carrées ! De la prestance ! De la prestance ! Non mais… tu sais où tu peux te la mettre ta prestance ? Du haut de son mètre vingt trois, elle se redresse, carre les épaules et attaque. Trop bas. Trop lent. Il esquive et la frappe à la joue de plat de l’épée. Elle écarquille les yeux sous la brûlure de sa joue et le regarde avec des yeux noirs. Elle faisait peur à certains serviteurs en faisant les gros yeux et s’en amusait bien. En réponse à sa gifle, elle s’avance et frappe son tibia d’un coup de botte. Elle voit le rouge couvrir ses joues de fureur et sourit, satisfaite. Il pose ses yeux marrons sur elle, tente de moduler le ton de sa voix.

- Bien… On recommence… En place !


Elle lui lance un regard hautain, supérieur, et se retourne pour reprendre sa place. Une odeur lui parvient. Douce. Alléchante. Elle mord ses petites lèvres. Elle se retourne, écarquillant les yeux en fixant un point derrière le maître d’armes et pousse un cri.

- Maître ! Attention ! Derrière vous ! Là !

Elle s’affole, terrifiée.

- Derrière les tentures ! Les tentures !

Il se retourne et se précipite, arme au poing. Elle le regarde se dépatouiller dans les hautes tentures pourpres et sourit largement. Va falloir faire vite. Elle se détourne et part en courant, ne se retourne pas, suivant l’odeur. Les cuisines. Elle dévale les escaliers, sautant les trois dernières marches, heurte le vieux monsieur à la pipe. S’excuse. Ramasse sa pipe et lui tend. Reprend sa course et déboule dans les cuisines. Il fait chaud. Il y a du monde. Les odeurs qui flottent… Le sucré, le salé… les fruits, la viande… les épices, l’odeur du bois brûlé… Elle est fascinée, la bouche grande ouverte. Elle finit par trouver la source de l’odeur qui l’a attirée en cuisine. Elle ne voit plus qu’elle. La tarte, posée sur la table. Elle ne connaît pas les fruits qui l’accompagnent, mais ils sont tout lisses, tout dorés. Elle s’approche. Personne ne fait attention à elle. La tablée de bois lui arrive tout juste sous le nez. Elle tend le doigt pour prendre un fruit. Une main jaillit de nul part et tape sèchement la sienne. Elle retire sa main par reflex et se retourne. La vieille cuisinière la regarde. Vieille ? Ben oui vieille, elle est grosse. Elle a un tablier tout sale et lui jette un regard acéré. Vamp relève le menton et lui fait les gros méchants yeux noirs. Mais euh… Ca n’a pas l’air de marcher. Elle baisse la tête, penaude et se fait toute petite. La cuisinière sourit et la soulève, l’asseyant sur la tablée. Elle sent bon la pâtisserie et les gâteaux. Vamp lui sourit quand elle lui tend une part de tarte et la prend avec toute la délicatesse possible. Elle y colle le bout de son nez , s’imprégnant de la délicieuse odeur. C’est tout chaud. La porte s’ouvre à la volée. Elle sursaute, le bout du nez luisant de sucre, la part de tarte entre les mains. Le maître d’armes est là. Il fulmine. Il l’aperçoit et plisse les yeux. Elle écarquille les yeux et déglutit. Il approche, mais la cuisinière s’interpose. Ça hurle des insultes, on la montre de doigt. La cuisinière s’avance, son imposante poitrine en avant, chassant l’intrus de son territoire. Elle observe la poitrine de la cuisinière. Elle doit en avoir des bébés… Elle regarde son buste tout plat. Aurait elle un jour de pareille attributs ? Plongée dans une profonde réflexion sur son corps à venir, elle ne vit pas le maître d’armes se faire jeter dehors. Elle mord dans la tarte. C’est sucré. Doux. Chaud et bon. Le silence se fait soudain dans les cuisines. Elle lève les yeux. Sa mère est dans l’encadrement de la porte. Le maître d’armes est derrière elle. Il jubile, sourit. Elle a peur. Sa mère s’approche dans un bruissement d’étoffe, l’agrippe par la nuque. Le reste de la tarte tombe à terre. La main se lève.


Vamp sentit le corps du jeune homme se tourner. Il ne dormait donc pas. Elle ne bougea pas et garda les yeux clos. Elle sentait son regard scruter son visage, mais resta impassible. Un doigt froid se glissa le long de son cou. Vamp pouffa de rire et ouvrit les yeux. Son doigt laissa place à ses lèvres et la jeune femme inclina la tête sur le côté, sa main se glissant sur la nuque du barbu. Un grognement s’éleva, suivit de quelques morsures. Vamp éclata de rire mais prit un ton boudeur.

- Lineuh… Je suis fatiguée…

Souriant des bêtises de son homme, elle se laissa cependant faire. Il l’emprisonna contre lui et elle fit la moue.

- Tu ne crois quand même pas, qu’une Vamp est une proie passive ?

Elle entremêla ses jambes à celles de Lin, tentant de l’immobiliser. Elle essaya de la faire basculer sur le dos, à la recherche d’une position plus dominatrice.

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Lun 29 Déc - 7:20

Alors qu'il pensait avoir un avantage considérable, la jeune femme étant emprisonnée entre ses bras, il se rendit vite compte qu'elle n'allait pas se laisser faire, et que cet avantage n'en était pas réellement un. Les bras pris pour la maintenir lui empêchaient tout mouvement et elle commençait déjà à se débattre. Il sentit ses jambes s'enrouler autour des siennes et la force de ses mains pour le pousser en arrière.
Cependant, il n'était pas décidé à lâcher prise.
Raffermissant son étreinte sur elle, il profita que ses jambes soient entravées par les siennes pour la renverser, conscient que ses jambes ne la retenaient pas. Il posa ses mains de chaque côté d'elle et fit un sourire vainqueur.


Aha ! Les Lin Barbus sont des espèces en voie de disparition, certes. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut négliger leur fourberie, cher Cadavre !

Se disant, il fit glisser deux doigts le long du ventre de la jeune femme, s'immisçant sous le tissu de sa chemise, remontant sur ses côtes. Il commença alors à la chatouiller, ses phalanges fourmillant sur les zones qu'il savait sensibles aux chatouillis.
Il n'attendit cependant pas la réaction de la jeune femme pour amener son visage à son ventre, collant son nez contre la peau, s'amusant à souffler bruyamment dessus, un grand sourire sur le visage.


Mouahaha .... Le Lin est vil, il attaque la Vamp aux endroits de ses faiblesses.

Il allait continuer ses bêtises, ses doigts continuant de s'agiter à ses côtes, lorsqu'il se redressa brusquement, tendant l'oreille, soudain figé.
Il avait une attitude de chien alerte, museau levé, oeil aiguisé, ouïe sollicitée. Il avait entendu un bruit, une sorte de raclement contre un arbre proche.
Le barbu se redressa, abandonnant les côtes de la jeune femme, se tournant vers la source du bruit. Ca frottait, raclait, poussait, soufflait ...
Il se releva lentement, amenant une main à sa taille, ses doigts s'enroulant sur le manche de son poignard. Quoi que ce fut, ça s'approchait. Il plissa les yeux, tentant de percer du regard les frondaisons, ne distinguant rien de précis, seulement une masse postée derrière l'arbre.
Il déglutit calmement, faisant glisser la lame hors de son fourreau dans un chuintement. Le corps tendu, les omoplates raides, il s'avança vers la source d'un pas silencieux.

Ca lui rappelait les traques avec sa soeur ... Encore des gosses, armes en main, bois alentours. De grosses frayeurs en sentant la lame de la frangine sur sa gorge ... Qu'est-ce qu'elle avait pu lui faire peur ... Il lui avait bien rendu quand même. Parfois un peu de sang coulait ... Mais qui s'en occupait ? Certainement pas eux !
Il avait appris à contourner pour mieux frapper. Véritable professionnelle que sa soeur ... Facile de chaparder ensuite ...

Un léger sourire étira ses lèvres et il se coula à côté du tronc, sans le moindre bruit. Posant son oreille contre l'écorce, il écoutait les bruits émis par cet énergumène. Pourquoi ça raclait tant ? Il se passait quoi au juste ?
N'y tenant plus, il fusa derrière l'arbre, pointant sa lame à ce qui devait être le bas du ventre d'un homme. Si tant est que ce fut un homme ...
Ecarquillant les yeux, saisi par la surprise, Lin ne bougea plus, ahuri de ce qu'il venait de menacer.
Un sanglier ... Un sanglier un peu trop gros qui fouinait, nez au sol, pattes grattant la terre, cherchant certainement de quoi se faire un repas digne de ce nom.
La pointe de son poignard visait le haut du crâne de l'animal, pas le moins du monde perturbé par son agresseur potentiel. Il ne l'avait apparemment pas remarqué, continuant de farfouiller et retourner la terre.
Soulagé de se trouver en face d'un animal, le barbu laissa retomber sa garde et éclata de rire. L'animal releva vivement la tête avant de détaler dans les buissons.
Le rire du jeune homme n'en fut qu'accru et il se laissa reposer contre l'arbre, ses bras croisés sur son ventre, riant de sa bêtise.

Combien de fois s'était-il trompé à propos de ce qu'il menaçait ? Combien de fois avait-il été rendu face à une biche, un sanglier ou un loup ?
Il ne les comptait plus. Sa soeur se moquait de lui, et il riait de bon coeur. Le chasseur à l'oreille animale ...
Les souvenirs de ce temps-là lui revinrent et son rire se calma, sa trace ne persistant qu'en un léger amusement étalé sur ses traits.

Il finit par se détacher de l'arbre et le contourna, faisant face à Vamp. Il avait cet air de mélancolie douce qui le prenait le soir, lorsqu'il s'élançait dans les cimes des arbres, repensant à la complicité qui l'unissait à sa soeur.
Il se passa une main sur la nuque et releva les yeux sur la jeune femme, prenant un air coupable, prêt à se moquer de lui-même.


Majesté ... Vous avez tiré le gros lot ... Moi, LCA dLMdT, accessoirement votre pigeon, vient de menacer une chose d'un grand danger. Figurez-vous que j'ai pointé mon arme sur .... Un sanglier !

Secouant la tête, se désespérant de lui même, il alla s'asseoir en face de Vamp, lui souriant.

Je suis un pro de la défense ...
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Ven 2 Jan - 11:09

Vamp se renversa sur le dos et grogna de protestation. Il était hors de question de perdre ce combat, leur score était à égalité et elle comptait bien se moquer de lui le lendemain, après l’avoir fait capituler. Le sourire vainqueur du jeune homme l’agaça et elle l’écouta débiter ses bêtises avec une moue de mauvaise joueuse.

- Tu sais ce que te dit le Cadavre ? Espèce de…

Elle ouvrit grand les yeux et éclata de rire en sentent ses doigts s’attaquer à ses côtes. La jeune femme partit dans un fou rire qui lui prit beaucoup d’énergie, et elle ne se débattit que mollement. Laissant tomber sa tête en arrière, la jeune femme riait, les membres tendus sous les chatouilles du barbu. Elle l’entendait à peine parler, trop occupée à reprendre le souffle qui lui manquait. Les chatouilles s’arrêtèrent soudain, la laissant haletante sur l’herbe. Reprenant son souffle, la jeune femme se redresse sur ses coudes et observa le visage du barbu. Le front plissé, elle le regarda se retourner et se redresser.

- Lin ?

Elle glissa une main sur l’épaule du jeune homme, cherchant des réponses à son comportement. Elle le laissa se redresser, perplexe, une vague inquiétude la prenant. Elle n’avait rien entendu de suspect, mais savait aussi qu’elle ne pouvait pas se fier à son ouïe. Vamp se releva lorsqu’elle vit le jeune homme dégainer son poignard, et se redressa. Sa respiration était douce, mais ses membres étaient tendus. Ses yeux noirs fouillèrent les alentours en silence et elle avisa un mouvement lorsqu’elle vit le barbu s’engager derrière le tronc d’un énorme chêne. L’idée qu’il lui arrive quelque chose la fit frissonner et ses doigts s’enroulèrent autour du manche de sa dague. Il était hors de question de le laisser seul face au danger. Ils se battaient ensemble ou mourraient ensemble. Elle s’apprêtait à le rejoindre lorsque Chanda se posta à ses côtés, la tête dirigée vers le bas, un grognement sourd montant de sa gorge. Vamp baissa les yeux, surprise. Le comportement du louveteau, mais aussi sa corpulence, changeait. Un éclat de rire la fit sursauter et elle resserra inconsciemment sa garde avant de fermer les yeux de soulagement en reconnaissant le rire de Lin.

Sa lame pointée vers le sol, elle observa le jeune barbu revenir dans le bosquet. Il avait une étrange expression qui modelait ses traits. Expression qu’elle ne lui avait jamais vu. Perplexe, elle ravala la question qui lui brûlait les lèvres, et le regarda prendre un air coupable. Un sourcil levé, elle l’écouta patiemment avant de le frapper sans ménagement à l’épaule et de se rassoire.


- Ne me refais plus ça ! Non mais t’es pas tout seul Lin ! S’pèce d’égoïste !

Elle attendit qu’il se rassit face à elle pour le taper une seconde fois.

-Et puis tu aurais put le combattre à mains nues ! On aurait au moins put manger du sanglier.

Marmonnant pour lui cacher la peur qu’elle avait eu de le perdre, elle les enveloppa tout deux dans une couverture et se glissa dans les bras du barbu, le serrant contre elle plus fort qu’à l’accoutumé. Tout en se calmant, elle repensa à la mélancolie qui avait dessiné les traits de Lin. Elle ferma les yeux, enveloppée dans la chaleur du jeune homme et bercée par les battements de son cœur. Que c’était il passé dans la tête de son amant ? Dans une purée de questions et d’hypothèses, la jeune femme sombra dans le sommeil sans un mot.

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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Dim 11 Jan - 8:56

Bougonnant contre la jeune femme, Lin lui fit une grimace, reflet de ce qu'il pensait. Aller se battre avec un sanglier, à mains nues qui plus est, juste pour avoir de la viande ?
Pfff ... C'était ... c'était ... Bah c'était pas si bête comme idée ...
Il renifla bruyamment, vexé d'avoir été pris en faute.
Oui bon, il s'était mis en garde contre un animal ... ne l'avait même pas combattu ... Et il avait été incapable ne serait-ce que de songer à l'égorger pour se nourrir ... Beau fiasco que cette attaque-là !
Il haussa les épaules, finissant par sourire. Après tout, personne ne peut être au top en permanence ... Il pouvait se féliciter de l'avoir entendu, c'était déjà ça de gagné. Qui aurait pu dire si cette bête n'aurait pas attaquer ? Eh oui ! On ne pouvait pas savoir !
Le barbu sourit, moqueur à l'égard même de ses pensées. Il avait conscience que c'était injustifiable et sa mauvaise foi fit se relever ses lèvres.

Il soupira et baissa les yeux sur la jeune femme blottie contre lui. Elle paraissait endormie. Sa respiration calme soulevait sa poitrine à intervalles réguliers et ses paupières closes ne battaient qu'au ralenti, entraînant un léger mouvement de ses cils. Lin pouvait sentir la jeune femme peser contre lui, lui dispensant sa chaleur autant qu'elle était enveloppée de la sienne.
Il passa une main légère sur ses cheveux, effleurant le creux de son cou du bout des doigts avant de l'enlacer, enroulant ses bras autour d'elle. Il se laissa lentement tomber sur le dos, entraînant doucement la jeune femme avec lui. Il glissa un bras sous sa propre nuque, levant les yeux sur le sombre ciel étoilé qui les surplombait.
Vamp contre lui, les arbres les encerclant et la noirceur du ciel sur leurs têtes plongèrent Lin dans un état de quiétude et il ferma les yeux, sombrant dans un sommeil réparateur.

[...]

Lin se dégagea des bras de la jeune femme, se relevant sans un bruit. Il s'étira, tendant ses bras au-dessus de sa tête tandis que ses jambes se dépliaient, dégourdissant ses muscles. Un bâillement vint couronner son réveil alors qu'il se frottait les yeux. Une bonne nuit de sommeil lui avait rendu ses forces et il se sentait d'attaque pour la prochaine portion de route qu'ils allaient parcourir. Qu'allaient-ils rencontrer cette fois-ci ? Une belette ?
Il se gratta le menton, maugréant en sentant les poils piquants de sa barbe. Il fallait vraiment qu'il coupe tout ça, ça commençait à plus ressembler à un champ de ronces qu'à des poils de barbiche. Il y penserait au prochain arrêt, s'ils s'arrêtaient près d'un point d'eau suffisamment abondant.
Il s'approcha du cadavre du feu et poussa les cendres du bout du pied. Il n'avait pas du tenir la nuit, les cendres étaient déjà froides et les braises ne subsistaient qu'en des bouts de bois calcinés aux couleurs de la nuit précédente. Il les éparpilla aux alentours du foyer, vieux geste hérité de son père. "Les cendres sont les seuls témoins de la vie du feu. Honore cette vie passée en en faisant profiter la nature. Là où le feu est mort, la nature revit. Nourris la de cette mort flamboyante."
Combien de fois il s'était précipité sur les restes charbonneux du feu, se noircissant les mains, pour aller les jeter aux racines des arbres, parfaitement convaincu de la nature miraculeuse de cette vie par la mort ? Il sourit à ce souvenir et finit de semer les cendres avant de s'approcher de son sac. Il compta ses affaires, vérifiant que rien ne manquait et se tourna vers Vamp.
S'approchant d'elle, il se pencha à son cou et lui en chatouilla le creux de sa barbe piquante, souriant à la réaction de la jeune femme. Il se redressa et rabattit la couette sur ses hanches, dénudant ses épaules.


Allez, debout Majesté, les routes nous attendent et le soleil est déjà bien avancé dans sa course. Si on veut rester dans les temps, vaudrait mieux partir au plus tôt.

Se disant, il leva le nez vers le ciel. Bleu clair et parfaitement dégagé, le temps s'annonçait clément. Lin avait un peu exagéré l'avancement du soleil, astre qui se levait à peine, éclairant la forêt alentour d'une douce chaleur.
Le barbu se releva et alla vérifier les affaires de Vamp. Après tout, il valait mieux que la vérification soit déjà faite à son lever. Il farfouilla un moment dans ses affaires, pas vraiment sûr d'y être autorisé et allait boucler le sac quand un morceau de tissu attira son attention. Il tira sur le coin blanc et haussa un sourcil, un sourire se dessinant sur ses lèvres. C'était à lui ça ... Vu la taille, ça devait au moins descendre aux cuisses de la jeune femme. Il tourna la tête vers elle, une moue moqueuse sur les traits et renfouit la chemise dans le sac. Il aurait l'occasion de lui ressortir ce petit détail.
Il attrapa sa veste et l'enfila, s'adossant à l'arbre, les yeux rivés sur Vamp.


Alors, quand partons-nous ? Et vers où ?
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 24 Jan - 12:21

Mmmh… C’était chaud et doux. Un sourire inconscient aux lèvres, la pâle jeune femme somnolait, enveloppée dans la douce chaleur que lui procurait le corps du barbu. Ses bras enroulés autour du torse du jeune homme, elle n’avait pas bougé de la nuit. C’était le matin, elle le savait. Le bruit de la forêt qui se réveille venait chanter à ses oreilles. Elle sentit Lin bouger contre elle et se relever, emportant avec lui sa précieuse chaleur. Grognant, Vamp se pelotonna dans sa couverture de laine, faisant tout pour garder la chaleur contre elle. Bougonne, elle roula sur le côté, ramenant ses genoux contre sa poitrine. Elle aurait dut partir seule sur les routes, au moins elle aurait pût faire la grasse matinée tranquille. Raahh les hommes… Réveillée, la jeune femme garda les yeux fermés. L’ombre des feuilles qui se projetait sur son visage se détachait sur ses paupières. Enfant, elle s’amusait à compter les petites tâches, mais perdait toujours le compte, à son grand agacement.

Une ombre chassa les plus petites avant qu’elle ne réussisse à toutes les compter. Elle y était presqueuh ! Vamp sentit le jeune homme se pencher sur elle mais ne bougea pas. Riant, elle se gratta le cou, voulant chasser le barbu.


- Lineuh…

Une moue sur le visage, elle ramena la couverture sur sa tête, mais le jeune homme fut plus rapide. La couverture entourant ses hanches, le froid se glissa sur son corps, effleurant ses épaules. Vamp grogna et cacha son visage entre ses mains. Dormir… Juste encore un peu… Elle fit une grimace à Lin et se redressa , s’asseyant. Les cheveux en bataille, le visage inexpressif, Vamp avait la tête de toutes les personnes qui ne sont pas du matin. Se frottant le visage, elle leva les yeux au ciel. Il était bleu et clair. Très bonne journée en perspective. Baillant à s’en décrocher la mâchoire, la jeune femme finit par se lever. Elle prit la gourde et but quelques gorgées d’eau pour se réveiller. Elle ne s’occupait pas de ce que pouvait faire Lin et commença à ranger le camp, toujours embrouillée dans son sommeil.

Ce n’est que le midi, que la jeune femme reprit la conversation et les boutades avec le barbu. Sourire aux lèvres, elle se moqua de lui et de son sanglier, avec bien sûr, un petit bisou de temps en temps pour éviter les bouderies. La journée était fraîche mais agréable. Chanda trottait à ses côtés et la minette avait disparut dans un fourré.

Grignotant un biscuit sec, la jeune femme pouffait de rire à une remarque de Lin lorsque quelque chose attira son attention. Vamp se tut soudain et posa une main sur le torse de son compagnon, l’empêchant d’avancer. Quelque chose la dérangeait sur ce chemin. Plantant Lin sur le sentier, la pâle jeune femme s’avança. Une dizaine de mètres la séparaient bientôt du jeune homme et elle s’arrêta enfin. Son regard noir fouilla la végétation qui les entourait, sur ses gardes. L’idée qu’elle tombe nez à nez avec un sanglier lui vint alors. Lin allait bien se moquer d’elle si cela arrivait. La jeune femme était parfaitement immobile. Non, si cela avait été un animal, il aurait fait du bruit ou lui aurait déjà sauté dessus. Elle perçut un mouvement furtif. Mouvement qui n’avait rien d’animal. C’est alors que Vamp comprit son erreur. Elle s’était trop éloignée du barbu. Comment avait elle put faire une erreur pareille ? Le biscuit qu’elle tenait en main tomba au sol et elle se retourna vers le jeune homme, amorçant un mouvement dans sa direction.


- LIN !

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 31 Jan - 15:06

Tout était calme. Voilà trois semaines qu’ils n’avaient pas croisés âmes perdues. Le froid de l’hiver faisait fuir les voyageurs, et les affaires chutaient vertigineusement. Le cadet traînait la patte derrière les deux autres. Le manque d’action de ces dernières semaines l’irritait. Passant une main sur son menton mal rasé, il leva les yeux vers son aîné.

Bon alors, qu’est c’qu’on fou ?

Le benjamin du groupe lui jeta un regard réprobateur. Son frère lui rendit un regard froid et provocateur.

Qu’est ce qu’il a le puceau ? Un problème ?

Ça suffit !


La voix grave et calme du plus âgé des hommes s’éleva. Ses yeux bleus se posèrent sur son frère et ce dernier n’osa rien ajouter. Son jeune frère l’irritait particulièrement et il n’avait qu’une envie, se débarrasser de lui. Il s’apprêtait à le menacer quand un rire s’éleva. Un rire de femme. Un sourire mauvais ourla les lèvres du cadet et il chuchota.

Ah… enfin de l’action !

Il s’agissait d’un couple. Un homme et une femme. L’aîné observa attentivement la situation. L’homme allait poser plus de problème, il faudrait s’y mettre à plusieurs. Le cadet observa la jeune femme. Mouai… On avait vu mieux. Un peu trop plate de partout à son goût. Mais elle fera quand même l’affaire pour ce qu’il avait besoin d’elle. Il se pencha sur son frère aîné.

Je prends la fille.

L’homme hocha la tête et lui fit signe de les contourner pour se retrouver face à eux. Le but était de les encercler, puis de les séparer. Ils n’avaient pas bien l’air redoutables et ne dureraient sans doute pas très longtemps entre leurs mains. L’aîné était là, à évaluer la situation, lorsque la femme s’arrêta soudainement. Avait-elle repéré leur présence ? La langue pincée entre ses lèvres, le jeune homme attendit en silence. Elle se détachait peu à peu de son frère ? Compagnon ? L’homme sourit. Elle leur facilitait la tâche la donzelle. Le second de la famille avait détourné le couple comme prévu et un sourire étira ses lèvres charnues quand il vit la jeune femme s’avancer seule dans sa direction. Ses yeux bleus-gris se posèrent sur la silhouette féminine. Elle se doutait de quelque chose, et alors qu’elle regardait dans sa direction, il amorça un mouvement. Qu’elle prévienne l’homme à barbe ne servait à rien, il était déjà trop tard. Le jeune brigand sortit des fourrés et empoigna fermement le bras de la femme qui lui tournait le dos.

Hop là… Où crois tu aller comme ça ?

Il l’attira de force contre un arbre et lui fit un sourire carnassier. Les deux autres frères étaient eux aussi entrés dans l’action. L’aîné se posta face au barbu, seul barrage entre lui et la femme. Arme au poing, son regard bleu croisa celui de l’homme.

Tout ce que nous voulons, ce sont vos bourses…

Toujours le même refrain, les mêmes paroles. Et toujours la même fin : des cadavres et les poches pleines. Le plus jeune surgit de derrière l’homme et le frappa au dessus du mollet, l’obligeant à s’agenouiller.

… avec ou sans votre consentement.
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Dim 8 Fév - 12:56

Une main posée sur son torse, la jeune femme s'était arrêtée brusquement, interdisant tout mouvement au barbu. L'oreille tendue, elle avait des airs d'animal en traque.
Lin fronça un sourcil en la voyant s'éloigner. Si elle partait trop loin, il aurait du mal à l'aider en cas de besoin. Il aurait préféré qu'elle ne se risque pas à dépasser cet arbre, au tronc plus épais. Il ne bougea cependant pas quand les pas de Vamp la menèrent quelques mètres après l'imposant feuillu. Il était coutume entre les deux d'une grande liberté. Elle avait des notions de combat suffisamment poussées pour se débrouiller si le besoin s'en faisait sentir ... non ?
Il l'espérait du moins.
Aussi croisa-t-il les bras, les yeux rivés sur la jeune femme, observant son attitude avec un léger sourire. Elle avait l'air concentrée sur ce qu'elle chassait, son silence renforçant sa ressemblance avec un animal. Le regard tourné vers les fourrés, elle observait quelque chose qui échappait aux yeux du barbu. Un sanglier ? Un renard ? Plus dangereux que ça ?
Le jeune homme suivait sans un mot la succession de mouvements de Vamp, penchant la tête sur le côté. Son comportement témoignait de son entraînement passé, elle n'était pas une débutante en la matière et cela ressortait à cet instant.
Lin finit par se redresser, s'étirant, se passant nonchalamment une main sur la nuque. Quoi qu'elle ait vu, ça mettait du temps à sortir de sa cache et apparemment le jeune homme n'était pas convié à la partie de chasse.

Il allait se remettre en route, préparant une remarque cinglante à l'encontre de la jeune femme lorsque son immobilité attira son attention.
Fronçant un sourcil, il se stoppa net. Il tourna la tête vers le bas-côté, tentant de distinguer quoi que ce fut de menaçant ou d'insolite. Rien ne lui parut.
De moins en moins rassuré par son attitude, il releva les yeux vers elle. Il fut alors surpris de la voir amorcer un mouvement vers lui, son nom s'échappant de sa gorge.
Avant qu'il n'ait eu le temps de sortir ses armes de leurs fourreaux, le jeune homme fut encerclé par deux hommes. Le jeune barbu fronça les sourcils, se décalant légèrement pour voir ce qu'il advenait de sa compagne par dessus l'épaule du jeune qui se dressait devant lui.
Vamp était maintenue de force contre un tronc d'arbre par un troisième homme sorti lui aussi des frondaisons. Lin serra les dents, la situation ne lui plaisant définitivement pas.
En position de faiblesse, il n'avait aucune possibilité d'action. Alors qu'il amorçait un mouvement vers les armes portées à sa taille, l'homme dans son dos lui asséna un violent coup à la jointure du mollet, le faisant s'écraser sur les genoux, le nerf lâchant sous la pression. Grognant, Lin s'appuya au sol, détaillant la position des attaquants.
Celui qui lui faisait face avait l'air d'être le plus âgé. Le bleu de son regard était glacé et il était fermement posté sur ses jambes. Un heurt aux rotules ne le ferait que fléchir, il lui suffirait d'un coup de dague au flanc du barbu pour reprendre l'avantage. Le jeune homme glissa son regard derrière lui, tournant légèrement la tête. Un jeunot dans son dos en apparence. Que valait-il ? Il ne voyait pas suffisamment pour déterminer sa capacité à se défendre.
Relevant le regard sur Vamp et son agresseur, il étudia l'attitude de son ravisseur. Clairement en position de force, il lui suffirait de trancher la jugulaire de la jeune femme pour avoir la paix.

Lin inspira profondément et se redressa, plaçant son buste droit au dessus de ses genoux fléchis contre le sol. Leurs bourses hein ? Eh bien soit, leurs bourses.


Un bonjour ne serait pas de trop ... C'est tout de même grâce à nous que vous vivez que je sache ... Un peu de respect pour vos fournisseurs ...
Enfin, passons sur cette impolitesse. Nos bourses donc ...

Menant sa main à sa taille, Lin frôla le manche de son poignard, feignant de détacher sa bourse. Ajustant ses doigts sur le manche, il commença à défaire le lien qui retenait la petite poche de cuir à ses braies.

Si c'est donc ça que vous cherchez, nous n'allons pas faire d'histoires, n'est-ce pas ?

Continuer de parler. Donner l'impression d'obéir sagement. Dissimuler son véritable mouvement par une action dans le sens de l'attaquant.
Préparer son coup sous couvert de soumission à l'ennemi.


Je vous laisse même le cuir de la bourse, voyez la générosité ! Ce sera sans doute plus pratique pour le transport ne croyez-vous pas ?

Le manche de sa dague bien ajustée dans sa paume, Lin laissa tomber sa bourse au sol, feintant une maladresse de jeune sot. Ses paroles sans intérêt continuaient de se déverser entre ses lèvres, flot ininterrompu couvrant le chuintement du poignard sortant du fourreau.

Oh ! Quel maladroit je fais ! Ohlala, je suis navré, je ramasse ça tout de suite !

Se penchant vers le sol, il finit de dégainer son arme, la cachant sous son buste courbé, sa main libre attrapant la bourse.
Sa lenteur allait finir par les exaspérer ... Qu'ils essaient de le relever plus rapidement.
Un sourire narquois dessina les lèvres du jeune homme, ses yeux ne quittant pas les pieds de ses adversaires, ne perdant rien de leurs mouvement.
Qu'ils essaient...
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mar 10 Fév - 16:52

Tout se passa très vite. Trop vite. Vamp eu l’impression de vivre la scène au ralentis, mais tout en étant trop lente pour faire le moindre geste. Un étau se referma sur son bras et la tira vers l’arrière. Furieuse, elle tenta de se dégager, telle une petite fille capricieuse qui veut s’échapper des mains de sa mère. Ce n’était pas par là qu’elle voulait aller. Elle voulait se précipiter vers Lin, l’aider, mais surtout, soulager l’anxiété qui lui nouait le ventre en allant à ses côtés. L’anxiété de le voir mourir sous ses yeux. La jeune femme n’avait pas le sang froid de son compagnon et c’est bouillonnante de colère qu’elle fit volte face pour frapper son agresseur. Mais ce dernier fut plus rapide et son dos heurta le tronc d’un arbre.

Rouvrant ses yeux qui s’étaient fermés sous le choc, la première chose qu’elle vit fut Lin à terre. Le peu de couleur présent sur le visage de Vamp disparu d’un coup et elle comprit ce que c’était que d’avoir réellement peur. Elle fit un pas vers l’avant, mais l’homme s’interposa, lui interdisant tout mouvements. La pâle jeune femme lui lança un regard haineux. Elle savait très bien ce qui l’attendait.

Réfléchir… Vite. Rester vivante pour garder un des trois hommes occupés avec elle, tout en aidant le Barbu. Réfléchis…

Vamp leva les yeux sur le jeune homme en face d’elle et lui fit un sourire timide, innocent et mignon. Elle joua à la perfection le rôle de la jeune femme prude mais brûlante de désir et d’aventure. Ses yeux noirs plongés dans ceux gris bleus de l’homme, elle glissa un doigt qui se voulait timide le long du torse du brigand. Il n’en fallait pas plus pour tout déclencher et elle se retrouva plaquée contre le tronc de l’arbre. Ses bras blancs s’enroulèrent autour du cou de l’homme et elle joua le jeu. Ecœurée, elle tenta de cacher son aversion par un désir brûlant. Après tout, ce n’était pas la première fois qu’elle jouait à ce « jeu ». Elle simula un désir parfait, allant même jusqu’à caresser le corps de l’homme, jouant de la maladresse et de la surprise. Pourquoi les hommes s’enflammaient-ils quand ils pensaient avoir affaire à une pucelle ?


La jeune femme regarda par dessus l’épaule de l’homme qui l’étouffait et l’écrasait contre l’arbre. C’est alors qu’elle vit Chanda, le museau penché vers le sol, dans sa direction. Il grognait. Il allait attaquer son agresseur, elle le sentait. Vamp n’hésita pas et cria, son bras faisant un geste brusque dans la direction de Lin.

- CHANDA !


Le loup n’hésita pas, se détourna et courut en direction des trois hommes. Il s’attaqua au plus jeune, celui qui venait de frapper le mâle de Vamp et lui sauta à la gorge. Le corps chuta alors que les crocs déchiraient le cou de l’adolescent. Vamp vit le sang se répandre sur la terre du chemin. Elle venait de briser sa « couverture » et sentait bien qu’elle allait le payer, mais Lin n’avait à présent plus qu’à se soucier d’un homme sur deux.

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mer 11 Fév - 12:32

L’homme à barbe l’agaçait. L’aîné se tenait droit, devant lui, les bras croisés. Son bavardage de même que sa lenteur l’irritait. Le tuer aurait été bien plus simple. Tentant d’intérioriser sa colère, il ne se donna pas la peine de répondre aux paroles inutiles de ce paysan mal froqué. Imbécile. Il plissa cependant le front. Imbécile… Pourtant… Pourtant quand il avait croisé son regard il y avait vu de l’intelligence. De la colère aussi, quand il comprit que sa compagne allait être besognée par son frère. Pourquoi ce manque d’agressivité alors ? Pourquoi n’avait il pas encore sauté sur l’un d’eux ? Le brigand l’étudia plus méticuleusement, étudiant chacun de ses gestes. Quelque chose n’allait pas. Il était beaucoup trop… docile ? Le regard froid de l’homme détaillait le jeune voyageur. Il comprit alors. Une erreur de débutant. Il ne l’avait pas fouillé. Empoignant le manche de son arme, il fit un pas vers l’homme.

Attendez…

C’est alors qu’un cri déchira le silence de la forêt.

CHANDA !

L’aîné eu tout juste le temps de se tourner pour voir un loup se jeter à la gorge de son plus jeune frère. Ses yeux s’agrandirent sous le choc. Son petit frère… Le corps tomba dans un bruit sourd sur le sol. Les membres du jeune garçon furent pris de tremblements convulsifs avant de s’immobiliser. Il n’avait même pas eu le temps de se défendre. Un vide se fit dans le cœur de l’aîné des trois frères. Vide qui fit bientôt place à la fureur et il se jeta sur l’homme.

Les yeux noirs de la jeune femme lui firent beaucoup d’effet. Elle le voulait, le désirait, il le voyait bien. Elle était timide dans ses gestes, hésitante. Une pucelle. L’homme sourit. C’était parfait. Oui, vraiment parfait. Il lui apprendrait bien vite comment faire. Il savait y faire avec les femmes. Mais faut dire qu’une pucelle c’était rare de nos jours. Il y en avait bien sûr, mais elles étaient bien trop jeunes et il leur manquait des courbes. L’homme à barbe ne devait être que son frère. Il posa fermement ses mains sur les hanches de la jeune femme et la plaqua contre le tronc de l’arbre. Il respirait fort, le désir lui faisant perdre ses moyens. Le jeune brigand glissa sa main sous la cuisse de la pucelle, la levant au niveau de sa hanche en lui écartant les cuisses. Il la sentait brûlante de désir sous ses mains. Il la ferait bientôt gémir. Elle passa langoureusement ses bras autour de son cou. Mais c’est qu’elle s’offrait à lui ma parole ! Il plongea ses lèvres charnues dans le cou blanc de la jeune femme, une de ses mains prenant possession d’un de ses seins. Alors qu’il la pressait avec envie contre le tronc, il l’entendit crier un nom. L’homme sourit. A peine l’avait il toucher qu’elle commençait à crier de plaisir. Il était un vrai Dieu.

Ah non ma poule, mon nom à moi c’est…

Un grognement animal s’éleva. Un cri étouffé puis le bruit de la chute d’un corps qui s’effondre sur le sol. Il tourna la tête, le temps de comprendre la scène et se retourna vers la femme. Le noir de ses yeux était redevenu froid, glaçant, haineux. Il la gifla et la projeta à terre.

Chienne !

Le brigand sortit sa dague et d’un mouvement vif, visa le visage de la « pucelle » au moment où elle se relevait. Mais cette dernière se recula de quelques centimètres à peine, et la dague ne lui effleura que la pommette, traçant une fine entaille sanglante sous l’œil. Il la prit par le col de sa chemise et la plaqua violemment contre le tronc de l’arbre.

Maintenant, c’est moi qui vais jouer.

Il commença à déboutonner ses braies.
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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Ven 13 Fév - 6:19

Lin se tenait plié en deux au-dessus du chemin terreux, son poignard calé contre sa paume. Ses pieds placés face à son adversaire direct, il était prêt à lui bondir dessus dès que celui-ci aurait le malheur de faire un geste. Ses jambes pliées étaient saturées de force contenue, prêtes à lancer le barbu au visage de celui qui avait l'air le plus âgé. Les yeux du jeune homme scrutaient avec attention le déplacement de ses adversaires, observant leur jeu de jambe avec précision.
Le grand devant lui était sûr de ses positions, agissait avec la sûreté de l'expérience. Le jeunot dans son dos paraissait moins assuré, mais tenace, ses pieds ancrés dans le sol prouvant sa grande détermination.
Lin releva légèrement la tête vers le troisième homme, occupé quelques mètres plus loin avec sa compagne. Compagne dont il ne voyait plus qu'une jambe au sol ...
Le jeune homme releva le regard, découvrant la scène avec un dépit mêlé de dégoût.
Vamp, les bras enroulés autour du cou de son agresseur, s'amusait à le charmer, jouant avec ses sensations. Un doigt glissant le long de son torse, un sourire niais sur le visage, elle échauffait l'homme. Celui-ci ne se faisait pas prier. Sa main glissée sous la cuisse de la jeune femme, il avait l'air très à l'aise et parfaitement prêt à lui expliquer la vie.
Le barbu resta un instant sans bouger, ahuri. Qu'était-ce donc que ce cirque ? Pourquoi Vamp s'offrait-elle à ce ... ce ... cette chose ?
La main de l'agresseur s'empara d'un sein de la jeune femme, le pétrissant sans douceur.
Un grand vide se fit dans le torse de Lin. Il se sentit chuter en lui-même, atterrissant dans un amalgame d'incompréhension, de désemparement et de colère furieuse. Envahi par une vague de rage, il resserra sa prise sur son poignard.
Incapable de trancher sur la véracité des actes de Vamp, il banda ses muscles. Qu'elle s'amuse avec un brigand lui paraissait inconcevable. Que le brigand veuille abuser d'elle était déjà plus plausible.
Mais elle se serait certainement défendue si ce malotru l'avait forcée à quoi que ce soit ...
Alors pourquoi se laissait-elle faire ? Pire, pourquoi se donnait-elle à lui de cette manière ?

Le plus âgé déplaça sa jambe vers lui. Lin allait partir. Un cri le retint.
Le nom du jeune loup fit frémir le silence pesant qui s'était installé après que Lin eut fini de déblatérer ses inepties, accompagnant la longue foulée animale.
Le barbu se ramassa sur lui-même, finissant d'insuffler la tension nécessaire à ses muscles. Il évita ainsi l'animal qui se jeta sur le plus jeune des brigands, lui déchirant la trachée sans fioritures. Les pieds de l'aîné s'étaient arrêtés, preuve d'un réflexe aiguisé, évitant le loup de justesse. Le plus jeune n'avait apparemment pas la même expérience ...
Le plus vieux resta un moment en arrêt. Le barbu en déduisit qu'il observait la gorge ouverte de son frère, se persuadant de sa mort. Son étonnement ne dura cependant pas longtemps. Sa surprise vite passée, le brigand se jeta sur Lin.
Le jeune homme détacha son regard de la scène se déroulant plus loin et bondit à corps perdu contre cet adversaire prêt à en découdre. Envoyant son poignard vers les côtes de l'homme, il pivota d'un quart, évitant de peu la lame du brigand qui faucha l'air à quelques centimètres de son ventre. Il se jeta sur les flancs de l'homme, le renversant au sol.
Cependant, cette position n'avait rien d'avantageux. Aplati sur le côté du malfrat, Lin tentait tant bien que mal de le garder au sol. Ses efforts lui faisant agiter ses membres en des directions différentes, il se retrouva vite sans garde, trop pris par le combat pour se protéger. Son torse sujet aux coups de lame était complètement découvert, ses bras tentant d'immobiliser son adversaire.

Mais après tout qu'importait ? Sa compagne prenait du bon temps avec un abruti de première, qu'il se fasse écorcher maintenant ne ferait que soulager le gouffre creusé dans sa poitrine.

Le fil de la lame glissant sur sa peau ramena Lin à la réalité. Il roula sur le dos et se releva avec agilité, faisant dos au duo de l'arbre. Tourné vers le plus âgé, poignard en main, il prépara son attaque, mettant à profit la lenteur du brigand à se relever.
Les yeux emplis de haine froide, il se précipita sur les quelques mètres le séparant de son adversaire, arme en avant. Alors que le bandit allait asséner sa dague entre les omoplates du barbu, ce dernier se déroba et traça un profond sillon de la hanche à l'aisselle de l'homme, enfonçant sa lame aussi profond qu'il le pouvait. Le blessé eut cependant un mouvement de parade un peu tardif, plantant son arme dans le flanc du barbu.
Lin vacilla sous l'impact, tentant de faire refluer la douleur aiguë qui lui parvenait de ses côtes meurtries. Prenant le dessus sur le feu envahissant son côté droit, il se coula dans le dos du brigand, et planta sa lame au niveau de sa nuque, juste en haut de la colonne vertébrale.
Il retira sa lame d'un coup sec, laissant jaillir le flot de sang pourpre de la blessure. Le jet éclaboussa sa chemise et Lin se recula de quelques pas, regardant son adversaire mourir, grimaçant de dégoût.
Tuer avait toujours répugné le jeune homme. Tant qu'il pouvait éviter, il ne tuait pas.

Mais aujourd'hui, sa compagne se laissait faire par un rustre violent. Il ne pouvait pas éviter de tuer, sa rage devait sortir. Si cet homme était le frère de cet autre, alors ils étaient de la même espèce et méritait donc de mourir.

La pensée de Lin n'alla pas plus loin, arrêtée par les images refluant de sa mémoire proche.
Des bras blancs se glissant autour d'un cou crasseux ...
Un doigt blanc caressant un torse inconnu ...
Une cuisse blanche prise par une main bourrue ...
Lin fulminait. Les dents serrées, il passa deux doigts sur ses côtes. Le sang les macula immédiatement, s'écoulant de la plaie ouverte. Blessure profonde. Il lui faudrait du temps pour cicatriser.
Toujours moins que son esprit ...
Il se retourna vivement vers le troisième homme, les sourcils froncés, le visage cassant, les traits peu avenants, l'expression mauvaise. Son flanc à vif irradia une onde brûlante, saturant son buste. Sa colère, sa haine, exarcerbées, le poussèrent à faire fi de cette infime douleur en comparaison de ce qui lui faisait face.
L'homme était dos à lui. Une dague bien plantée le stopperait en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
Déterminé à tuer, Lin rajusta sa lame au creux de sa main.
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 14 Fév - 13:02

Vamp s’effondra sur le sol. Elle respira la poussière de la terre et fut prise d’une quinte de toux. Ses yeux noirs cherchèrent Lin, voulant s’assurer qu’il aillait bien, mais elle ne vit que deux corps qui se battaient et ne parvenait pas à identifier Lin du troisième homme, la poussière lui brûlant les yeux. La jeune femme s’appuya sur son coude, tentant de se relever. Elle perçut un mouvement du coin de l’œil, ainsi que l’éclair blanc d’une lame. Elle n’eut que le reflex de se reculer, mais la lame lui entailla la pommette. Grimaçant sous la fine blessure, l’homme l’empoigna et la plaqua violemment contre l’écorce de l’arbre. Ce type commençait sérieusement à l’énerver. Elle en oublia son compagnon et se concentra sur son agresseur. Vamp n’osait imaginer le nombre de femmes qui s’étaient faites violées par ce porc. La magnifique et merveilleuse condition de la femme. Ecarte les jambes et ferme la. Mais Vamp n’avait pas l’intention d’écarter les cuisses et encore moins de se taire. Alors que l’homme baissait ses braies, la jeune femme baissa les yeux et observa ce qui faisait de lui un homme. La jeune femme leva un sourcil et éclata de rire. Rire qui sortait du cœur et qui résonna dans la forêt. Son regard noir amusé se posa sur le visage du brigand, et un sourire moqueur étira ses lèvres.

- Non… t’es pas sérieux ? Franchement, tu comptes faire quoi avec quelque chose d’aussi petit ? Non parce que je t’explique…

Elle vit avec satisfaction des plaques rouges s’étaler sur le visage de l’homme mais n’en profita pas longtemps. La main de l’homme la prit à la gorge, lui comprimant la trachée. Vamp se retrouva immobilisée contre l’arbre, la respiration bloquée. Ses doigts blancs s’enroulèrent autour de ceux de l’homme vainement, elle ne réussit qu’à se griffer le cou. C’est alors que quelque chose se réveilla en elle. Une situation similaire. C’était il y a si longtemps.

Valachis. Une grange. On la tient fermement par le bras, de chaque côté. Furieuse, elle regarde le garçon qui l’observe et qui lui fait face, avec ce sourire supérieur dont elle rêve de lui faire ravaler. Elle est seule, face à une dizaine de garçons. On la tient fermement.

- Alors la bourge ? Qu’est ce que tu fais sur notre territoire ?

- Je suis pas une bourge…


Ricanement général.

- Oh… Le petit cul poudré s’offusque ?

Elle lui saute à la gorge avec une telle rage, que les deux étaux qui la tenaient la relâchent de surprise. Furieuse, elle tombe avec le garçon en lui donnant des coups, avant que l’on arrive à la maîtriser. Ils la plaquent contre un des box et le second du « chef » l’attrape à la gorge. Il serre. Elle étouffe. Le manque d’air, sa vision qui se brouille. Puis le fracas d’une porte qui s’ouvre à la volée.

- VAMP !

Elle lève les yeux. Il est là. Il est venu rien que pour elle. Mais ils sont trop nombreux. Il ne parviendra jamais à la rejoindre.

- Vamp, tes jambes ! Sers toi de tes jambes !


Sers toi de tes jambes… Tout, autour de Vamp, commençait à tourner dangereusement. L’oxygène lui manquait. S’accrochant aux poignets de l’homme, elle le frappa violemment dans le bas du ventre avec ses genoux. Elle eu l’impression que ce simple geste lui avait déchiré les muscles de ses cuisses. L’étau se desserra et Vamp s’écrasa sur le sol, mais cette fois, elle ne bougea plus. Sa tempe venait d’heurter une pierre.

Allongée dans la terre du chemin, immobile, elle ne vit pas l’homme se redresser douloureusement, son arme à la main. Celui ci tourna son visage vers Lin, lui souriant et s’approcha de Vamp. Son compagnon était bien trop éloigné pour l’atteindre, même au lancé, et il aurait largement le temps de lui faire du mal.

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Raxe

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Dim 15 Fév - 17:44

Une silhouette, drapée dans une cape bleue, s'avance, solitaire, sur la route. Ses bottes en cuir souple ne font pas de bruit, pas plus que le tissu qui l'entoure, été comme hiver, devenu une seconde peau. Les yeux fixés sur la route, Raxe avance, savourant le silence environnant, silence à peine troublé par la vie animale. Ça fait plusieurs semaines que la silhouette bleue n'a pas croisé d'humains, évitant leurs regards et leurs chuchotements avec soin. Oubliée, cette pathétique envie de parler avec des gens, disparu l'absurde besoin de contact humain. Raxe n'a pas besoin d'eux, sauf pour les missions qu'on lui confie. De toutes façons, ils sont au mieux curieux, au pire hostiles, alors ce n'est pas une grande perte. Et non, ce n'est pas une absurde tentative d'auto persuasion.

Comme si une dague s'enfonçait dans son ventre, Raxe se souvient de son dernier passage dans un village, et l'humiliation lui brûle les joues. L'aubergiste, un homme gras et patibulaire, avait longuement observé la silhouette qui venait de lui demander une chambre, et il n'avait pas aimé, mais pas du tout, ce visage perfide qui ne permet pas de savoir à qui on s'adresse. Messire ? Gente Dame ? Que la chose aille chercher dans une autre ville un lit pour dormir, elle n'était pas la bienvenue, voilà ce qu'il lui avait dit. Et Raxe avait rassemblé dignité et courage pour s'en retourner sur les routes, se jurant de ne plus jamais mettre les pieds dans cette ville, et accessoirement, d'éviter au maximum les contacts.

Mais soudain, un éclat de rire fend le silence de la forêt, faisant fuir le passé pour imposer le présent. Un rire de femme, mais ce n'est pas un rire rempli de joie, c'est plutôt du mépris qui suinte. Raxe poursuit sa route, gardant à l'esprit sa résolution : ne pas se mêler aux gens. Ses pas vont en direction du rire, c'est une certitude, aussi la silhouette bleue décide de s'approcher discrètement, passant d'arbre en arbre, pour pouvoir dépasser les personnes présentes sans se faire remarquer. A moins que la jeune femme qui riait ne fut seule. Seule, même abandonnée par la raison.

Son regard est inexorablement attiré, et c'est avec stupéfaction que Raxe observe la scène : un homme, la gorgé déchirée, allongé au sol. Un barbu, visiblement blessé aux côtes, qui semble sur le point d'attaquer celui qui lui tourne le dos. Et plus proche de la silhouette bleue, une femme, qui semble inconsciente, et un homme qui se penche vers elle, sûrement pas animé de nobles intentions. Immobile, Raxe tente de faire taire le débat intérieur qui fait rage. Qu'ils se débrouillent, des attaques de brigands, il y en a tous les jours, et même s'ils meurent, ça changerait quoi ? Ca ne l'empêchera pas de dormir, c'est évident, alors pourquoi se mêler à ça ?

Sans un bruit, Raxe s'approche de l'homme qui surplombe la jeune femme, se reprochant déjà de se mêler de leurs affaires. L'homme lui tourne le dos, mais comment ne pas voir l'arme qu'il tient en main, visiblement déterminé à s'en servir ? Raxe glisse sa main sous sa cape, et en sort une longue dague effilée. Qu'importe les deux hommes qui se battent, de toutes façons, Raxe est incapable de déterminer qui est l'agresseur et qui est l'innocente victime qui se défend avec un peu trop de zèle. Seule certitude, cette femme inconsciente qui va y laisser la vie. En un bond, la silhouette bleue est sur l'homme, et vient plaquer sa dague contre sa gorge, maintenant d'une poigne ferme les épaules qui s'agitent sous l'effet de la surprise. Prenant solidement appui sur ses jambes, son coeur bat la chamade, mais son visage ne laisse rien paraître de ses doutes, et d'un mouvement précis, Raxe appuie plus fermement sur la gorge de l'homme...
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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Mer 18 Fév - 7:37

Lin avait la gorge sèche. Ses oreilles bourdonnaient sous l'afflux de sang et il commençait à sentir l'odeur de sang émanant des deux corps.
Après un duel confus avec celui qui lui avait paru être le plus âgé des frères, le barbu s'était retrouvé debout, face au dernier restant, son poignard ajusté à sa main et une puanteur allant croissant. Chanda était dans son dos. Il l'entendait renifler, le museau collé au sol. Un grondement sourd s'élevait de son poitrail. L'animal voyait quelque chose qui échappait à Lin.
Le jeune homme était trop pris dans ses pensées pour prêter attention à l'attitude de jeune loup.
Son ventre se nouait et il sentit une sensation anxiogène s'insinuer peu à peu dans son corps, enveloppant son coeur, sa gorge et remontant même jusqu'à son esprit. Son souffle se fit plus saccadé et il déglutit avec peine.
Pourquoi cette sensation pesait-elle sur lui ainsi ?
Il aurait du se sentir libérer d'un poids en tuant son adversaire, plus encore en voyant que le dernier lui tournait le dos. Pourtant il ne lui restait que ce goût amer dans la bouche et cette sensation absurde sur le torse.
Il s'ébroua et inspira profondément, essayant de s'éclaircir les idées.
Ils les avaient attaqués, il était normal qu'ils se défendent non ? Et s'ils voulaient les voler au risque de les tuer, c'est bien que leur défense pouvait aller jusque là ! Si lui n'avait pas tué cet homme, il se serait retrouvé sous sa dague. Ca avait été de la pure défense, en aucun cas il ne pouvait avoir de remords. C'était cette issue ou alors il mourait.
Alors pourquoi, pourquoi diable se sentait-il si mal ?

Il serra les dents et releva le menton, se morigénant.
Arrête d'être faible, tu vas pas t'excuser de t'être défendu en plus, nigaud va !
Il soupira fortement et carra les épaules, regardant droit devant lui. Une silhouette encapuchonnée s'était approchée de l'arbre où s'était déroulé la scène qui l'avait tant gêné. Etait-ce pour cette nouvelle arrivée que le louveteau grognait ainsi ? Le barbu se raidit et plissa les yeux, tentant de distinguer une attitude en faveur de l'un ou de l'autre. Pourtant rien ne lui parut clairement.
Fronçant le nez, il jura. A force de réfléchir, il ne s'était pas avancé et ce nouvel arrivant pouvait bien être du mauvais côté.
Cependant, la dague sortie des replis du tissu bleu qui vint s'apposer sur la jugulaire du dernier des frères stoppa Lin dans son élan. Apparemment, qui que ce fut, cette personne n'était pas là pour assassiner Vamp ... Du moins pas tout de suite.
Lin amorça un mouvement vers eux, ses pas le dirigeant vers sa compagne étendue au sol.
Le regard fixé sur cet inconnu, il décrivait un léger arc de cercle pour rejoindre les racines où se trouvait étalée Vamp, restant sur ses gardes.
Dans une situation pareille, on ne pouvait se fier qu'à soi-même.

Arrivé à proximité du corps blanc, gisant aux pieds du feuillu, le jeune homme s'accroupit. Il tâtonna autour de lui, se refusant à baisser les yeux. Il ne pouvait pas savoir qui était cette personne et du temps qu'il n'en saurait rien, il ne la quitterait pas des yeux.
Impoli de fixer quelqu'un comme ça ? Impoli de débarquer au milieu de festivités aussi, alors la politesse ...
Sa main entra en contact avec le bras de la jeune femme. Elle n'eut pas l'air de réagir.
Rompant sa résolution, le barbu détourna le regard pour le poser sur sa compagne. Visiblement assommée, elle avait les yeux clos et les bras étendus autour d'elle. Lin serra les dents, relevant vivement la tête. Angoissé par ce qui aurait pu arriver à sa compagne, il s'adressa à l'homme, ne se préoccupant pas de savoir s'il était capable de l'entendre ou non.


Hey ! Vous ... Vous ... Vous avez vu dans quel état elle est ! Mais de quel sang vous êtes fait pour faire ça ! Comment vous avez pu ... Je vais vous faire passer le goût ...

S'étouffant dans sa rage, il se redressa brusquement et serra les poings, levant un regard acerbe sur la silhouette encapuchonnée.

Bon, vous le tuez ? Non parce que sinon je peux m'en charger sans problème ... Ca ira peut être plus vite ...
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Raxe

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Jeu 19 Fév - 10:57

Le barbu venait d'achever son adversaire, mais ça ne renseignait pas du tout Raxe. Attaquant ou attaqué ?
Sa main ne quittait pas sa prise, et la silhouette bleue pouvait entendre le souffle court de l'homme qui n'osait plus faire un geste de peur de se blesser sérieusement. Le barbu semblait indécis, il hésitait, sous le regard attentif de Raxe. Chaque mouvement pouvait receler un indice sur lui. Et s'il devait se révéler être un ennemi, alors la dague sur la gorge de son complice devrait le dissuader de tenter une folie.
Un léger sourire étira les lèvres de Raxe lorsque le barbu s'approcha avec précaution : visiblement, lui aussi ignorait à qui il avait affaire. Son visage restait impénétrable, ne laissant filtrer aucun sentiment, et son regard attentif était plongé dans celui du barbu alors qu'il se penchait pour tâtonner autour de la jeune femme. Ce fut la réaction qu'il eut lorsqu'il constata l'inconscience de sa compagne qui convainquit Raxe : l'inquiétude et la fureur qui se lisait dans son regard ne pouvait être celui d'un attaquant.
Il s'en pris violemment à l'homme que neutralisait Raxe, lui reprochant l'état de la jeune femme. La silhouette bleue demeurait impassible, immobile et silencieuse, se demandant encore pour quelle raison elle s'était retrouvée dans cette fichue situation.
Et le barbu se redressa soudain pour s'en prendre à Raxe, qui se mit immédiatement sur la défensive. De sa voix indéterminée, ni féminine, ni masculine, la silhouette bleue lui répondit sur un ton ironique :


- Achever un homme qui n'est plus une menace ? Ce n'est plus de la légitime défense, ça…


Pourtant son regard était amusé, et d'un geste précis, la dague trancha la gorge du dernier frère. Lâchant le corps qui s'écroula dans un bruit sourd, Raxe alla s'accroupir près de l'arbre, restant à bonne distance de l'homme, mais ne parvenant à se décider à partir.
Sa présence sur les lieux n'avait plus de raisons d'être, et l'homme pourrait parfaitement s'occuper de sa compagne. Et sa bonne résolution de ne plus se mêler aux gens, elle devenait quoi ? Pourtant, l'homme ne semblait pas hostile, il était furieux, mais Raxe supposa que quiconque, aimant sa compagne et la voyant inconsciente, serait furieux envers son agresseur. Car cette femme d'une pâleur maladive était bien plus qu'une compagne de route, ça semblait évident. Et puis, rester quelques minutes de plus ne pouvait pas faire de mal, si ? Au pire, au moindre signe de danger, Raxe disparaîtrait dans la forêt.
Essuyant soigneusement sa dague dans l'herbe, Raxe demanda :


- Comment va-t-elle ? Elle semble bien blanche…
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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Jeu 19 Fév - 19:19

Lin regarda la dague sectionner la jugulaire du dernier survivant, retranchant sa fureur derrière son aversion pour les meurtres. L'homme s'effondra, son corps heurtant le sol dans un bruit mat.
Le barbu ne le quitta des yeux qu'une fois sa tête retombée sur son épaule, la gorge ouverte, un filet pourpre s'échappant de la blessure mortelle infligée par cette silhouette bleue.
Qui était-elle d'ailleurs, cette personne si bien cachée ? Pourquoi ne se montrait-elle pas ? Il aurait eu pas mal de questions à lui poser. Cette personne restait totalement dissimulée sous sa cape, ne laissant apparaître que des mains agiles, maniant sa dague avec assurance. Elle les avait aidé, certes, mais pourquoi ? Qui était-elle pour venir aider deux voyageurs ? Quel était son intérêt là-dedans ?
L'esprit embué de questions, Lin abandonna le corps inerte du dernier des attaquants. Il était mort et le barbu n'allait pas s'attarder longtemps sur son sort. Il n'avait fait que payer ce qu'il avait voulu infligé.

S'accroupissant aux côtés de Vamp, Lin glissa deux doigts sur le cou blanc. Un pouls régulier se fit sentir sous la pulpe de son index. La jugulaire transmettait encore la vie aux organes vitaux du corps étendu aux racines de cet imposant arbre. Soupirant de soulagement au sentir de ce flux chaud, il se passa une main sur la nuque, levant les yeux sur leur alliée inconnue. Elle était là, en face de lui, mais elle avait gardé ses distances, comme si elle craignait quelque chose.
Dire quoi aurait été bien impossible au barbu.
Elle essuyait sa lame consciencieusement sur l'herbe, prêtant apparemment importance à la netteté de son arme. Une tueuse habituée ? Une mercenaire aguerrie ?
Si elle était là pour un contrat, elle aurait du tous les exterminer, ou tout du moins se faire oublier par les survivants. Alors pourquoi lui parlait elle ?
Sa phrase le ramena à la réalité.
Blanche ?
Il baissa les yeux sur Vamp, observant son teint. Elle n'était pas plus blanche que d'habitude, c'était normal qu'elle soit d'une pâleur cadavérique ... Il releva la tête et regarda la cape bleue qui lui faisait face. Forcément, elle ne pouvait pas savoir.
Il haussa les épaules et lui répondit plus calmement, commençant à retrouver son attitude habituelle, teintée cependant d'angoisse.


Ce n'est pas parce qu'elle est assommée qu'elle semble blanche, c'est la couleur de sa peau naturellement.

S'asseyant à côté de la jeune femme, il passa une main sous sa nuque, la déplaçant légèrement de manière à la déposer sur sa jambe étalée. Passant un doigt léger sur son visage, il effleura sa joue blessée et passa à ses lèvres, rassuré par le souffle faible mais présent qu'elle expulsait régulièrement.
Il soupira et regarda autour de lui, son regard s'accrochant une nouvelle fois à la silhouette encapuchonnée. Encore là ... Qui était-ce ? Pourquoi ...
Se décidant, il rompit le silence.


Je ne voudrais surtout pas vous importuner, mais qui êtes vous ? Pourquoi êtes vous ici ? Quelles sont vos intentions ? Enfin ... Pourquoi nous avoir aidés ? Pourquoi nous et pas les 3 autres ? Et pourquoi gardez vous cette capuche relevée sur votre visage ?

Il s'interrompit et secoua la tête, se mordant la joue.

Excusez-moi, je pose trop de questions. Seulement votre présence ici m'intrigue, et votre attitude plus encore. J'ai besoin de comprendre. Tenez, tant qu'à être là, pouvez vous me faire passer le sac là bas je vous prie ?
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Raxe

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Ven 20 Fév - 17:13

Raxe ne quittait pas du regard le barbu, qui contemplait le mort. Il semblait légèrement hébété, peut-être réalisait-il que cette mort n'était pas nécessaire. Pourtant, il y avait les autres cadavres derrière, ça prouvait que ces deux voyageurs n'étaient pas des gens ordinaires. Se défendre oui, mais faire un carnage, en tuant tous les attaquants, c'était assez inhabituel. Les regrets viendraient-ils ensuite, une fois que l'agitation se serait calmée et que le quotidien aurait pris ses droits ?

L'homme se déplaça jusqu'à sa compagne alors que la silhouette bleue essayait les dernières traces d'humidité de la dague dans les replis de sa cape. L'examen fut rapide, et sembla soulager le barbu : sa compagne était vivante. Bientôt, elle reprendrait conscience, et Raxe pourra assister à une écœurante effusion de tendresse. Ce sera alors le signe qu'il est grand temps de disparaître dans la forêt. Raxe tentait de garder une expression indifférente alors que l'homme dévisageait ses traits, essayant de ne pas montrer son malaise. Après les regards appuyés venait toujours la répulsion, c'était inévitable. Pourtant, seule une intense curiosité brûlait dans les iris de l'homme.

Apprendre que la jeune femme était toujours aussi blanche surprit Raxe, mais seul un battement de cils plus rapide que les autres pouvait le montrer. Elle était aussi blanche que ces femmes aux cheveux de feu, souvent considérées comme des sorcières. Mais ses cheveux avaient la couleur de l'ébène, et aucune tâche rousse ne tranchait dans la blancheur de ses joues.
Qu'importe, chaque humain est différent physiquement, mais aucun n'a le droit de s'arrêter à ses différences pour juger négativement l'autre. Enfin... aucun ne devrait avoir ce droit, mais trop nombreux sont ceux qui se l'accordent.

Le barbu s'occupait de sa compagne, et Raxe restait immobile, ne les quittant pas du regard. Rien ne pouvait expliquer ce comportement, si ce n'est le besoin de se reposer après une longue marche, et peut-être aussi l'envie de parler avec quelqu'un. Et qui sait, peut-être se rendre utile.

Un léger sourire fut tout d'abord la seule réponse à l'avalanche de questions que posa soudainement l'homme. Mais déjà, il se reprenait, justifiant ses questions légitimes, et lui demandant de lui passer un sac. La silhouette bleue s'exécuta de bonne grâce, gardant sa dague à la main, elle déposa le sac près de l'homme, et s'accroupit de l'autre côté du corps inerte. D'une voix neutre, basse comme si parler trop fort pourrait réveiller la jeune femme d'un paisible sommeil, Raxe dit :


Vous devriez la couvrir, pour qu'elle ne prenne pas froid. Et lui passer un peu d'eau sur...

Raxe s'interrompit soudain, réalisant que le barbu savait sans doute ce qu'il convenait de faire, et qu'il n'accepterait peut-être pas ses conseils. Restant immobile, sans dire un mot, Raxe observa la plaie de la jeune femme, puis se décida :

Je m'appelle Raxe. Je passais là par hasard quand j'ai entendu son rire. Elle a un joli rire...

A nouveau, la silhouette bleue se tut, se maudissant de laisser ainsi filtrer le moindre sentiment. Son regard ne quittait pas la jeune femme, et Raxe restait immobile, sans vraiment en connaître la raison.
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Lin
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Ven 20 Fév - 18:11

Lin attrapa la anse du sac tendu et le fit glisser à côté de lui. Bien placé à la hauteur de sa hanche, le barbu n'aurait plus qu'à plonger la main sans réfléchir, trouvant l'ouverture sans problème. Ca lui laisserait les yeux libres pour ausculter sa compagne.
Il prit un rouleau de bande blanche, le déroulant soigneusement autour de sa main. La gaze se défilait d'un côté pour se rembobiner de l'autre, autour des doigts du jeune homme. Son regard était rivé sur le visage de Vamp et observait avec attention le moindre signe de vie. Un clignement de ses paupières, un tic nerveux agitant ses lèvres ou un simple froncement de sourcil. Il avait besoin de voir quelque chose apparaître pour s'assurer de son état. Respirer était une chose, vivre en était une autre. Lin faisait bien la différence entre vivre et survivre. Si aucun signe de vie n'apparaissait sur son visage, c'est qu'elle survivait ... Et survivre ne valait rien.

Il soupira légèrement, se mordillant l'intérieur de la joue. Pourquoi ne remuait-elle pas ? Assommée certes, mais pas morte ! Et son crâne n'avait dû heurté les racines qu'à ...
Le jeune homme se frappa le front du plat de la main et passa ses doigts à l'arrière de la tête aux cheveux ébènes. Si elle s'était effondrée, le choc sur son crâne avait pu laisser des séquelles, voire même des lésions. Comment avait-il pu ne pas commencer par là ?
Se maudissant, il tâtonna au travers des cheveux, cherchant un quelconque endroit d'impact. Il lui aurait suffit d'une bosse, d'un creux ou juste d'un léger espace entre les mèches pour le rassurer. Cependant, rien ne parut sous ses doigts.
Dubitatif, il releva la tête dans l'idée de perdre son regard sur l'horizon, n'ayant rien en travers de sa vue pour penser librement.
Cependant, son regard tomba sur cette silhouette.

Bleue ... Encore et toujours cette cape, avec cette capuche et ses replis couleur de ciel. Pourquoi donc s'obstinait-elle à rester ici ? Elle n'avait pas répondu. Il l'avait entendu lui donner des conseils. Des actions de bases, à effectuer sans se poser de questions. Et pourtant ... Il ne les avait toujours pas exécuté. Qu'attendait-il ? Que cette personne le fasse à sa place ? Il haussa les épaules à ses propres réflexions, se fichant bien de savoir ce que pouvait penser l'inconnue en face de lui. Plongeant sa main dans son sac, il en sortit un rectangle de tissu doublé qu'il étala sur le buste de sa compagne.
Ca serait suffisant pour lui éviter toute retombée de température et assez léger pour ne pas l'oppresser sans raison.
Continuant sans parler, il empoigna sa gourde, faisant sauter le bouchon du pouce.

Ses questions continuaient de suivre leur trajet dans son esprit, l'assaillant de tous côtés. Que regardait-elle là, maintenant ? Que faisait sa main toujours serrée sur sa dague ? Pourquoi ne baissait-elle pas sa garde ? Avait-elle peur ?

Il versa un peu d'eau sur une bande déchirée dans le long rouleau et passa le linge humide sur la fine plaie ouverte sur la joue de Vamp. Il en fit le contour, épongeant le sang maculant la peau blanche et essuya la blessure en elle-même, ses doigts passant légèrement sur les deux bords très peu espacés. Il avait des gestes sûrs et précis. Soigner, il savait faire, ça l'avait toujours attiré. Allez comprendre pourquoi ...

Et si elle avait peur, de quoi avait-elle peur ? L'esprit du jeune barbu poursuivait sa course folle, égrenant ses questions au fur et à mesure du temps qui passait.
Il n'allait rien lui faire. Que pouvait-il faire de toute façon ? Sa compagne sur une jambe, un rouleau enroulé autour de sa main, sa dague rangée à sa ceinture, il ne pouvait rien lui faire de mal. Alors pourquoi s'obstinait-elle à la distance et à cette défense muette ?

Alors qu'il allait essorer la bandelette, elle se décida à parler. Elle ne dit pas grand-chose. Un minimum même. Mais elle avait parlé. Cette silhouette mystérieuse avait parlé. Sa voix n'avait aucune intonations, ni masculine, ni féminine. Elle paraissait neutre.
Lin leva un sourcil, relevant la tête vers elle.
Un joli rire ?
Il sourit légèrement et inclina la tête, tentant de percer l'ombre rabattue par la capuche bleue sur le visage de la personne lui faisant face. Rien ne lui parut. Un contour de lèvres peut être ... Et encore, il n'était sûr de rien.
Préférant ne pas l'importuner plus longtemps, il baissa les yeux et reprit son affaire, sa voix s'élevant légèrement dans le silence environnant.


Raxe vous dites ... Je m'appelle Linclon, mais appelez moi Lin. Vous avez raison, son rire est clair, on peut distinguer rapidement quelle émotion se cache derrière. Enfin ... Pour l'instant, quelle qu'émotion qu'elle ressente, on n'en saura pas grand-chose ...

Ne sachant trop pourquoi, il continua à lui parler, les yeux rivés sur son travail.
Peut-être avait-il besoin de se vider l'esprit, peut-être ne voulait-il pas qu'elle parte, peut-être voulait-il la mettre en confiance.
Quoi qu'il en soit, un flot de paroles se déversait entre ses lèvres. Léger, sans grande importance, juste une suite de mots, de phrases.


Vous pouvez relâcher votre garde vous savez ... Je ne peux rien vous faire. A vrai dire je n'en ai pas l'intention. Mon père m'a toujours éduqué, du moins pour le peu qu'il l'a pu, dans le respect d'autrui ... Votre dague serait mieux à votre ceinture qu'en dites-vous ?
Je comprendrais cependant que vous vouliez la garder en main, on ne sait jamais par ici ... Vous avez vu ces trois bandits ? Infects ...
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Vamp

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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 21 Fév - 9:41

La mort. Vamp n’avait jamais vraiment pensé à sa propre mort. Elle n’avait de toute sa vie, jamais eu peur de mourir. Sans doute parce qu’elle ne donnait que peu d’importance à sa vie. On ne fait pas attention à ce que l’on méprise. La vie n’était rien pour Vamp. Elle se la représentait comme une corde avec quelques nœuds, qui se racornit, s’effiloche avec le temps et finit par céder. Cela avait été sa vision de la vie, mais depuis quelques années, deux, peut être trois, tout avait basculé, et elle comprit que certaines cordes étaient en fait des rubans, colorés et soyeux. Des rubans qu’elle avait envie de caresser du bout des doigts. Bon, par contre, certaines vies ne restaient que des cordes et elles ne les intéressaient pas le moins du monde. On ne se refait pas. Le monde, c’était des cordes et des rubans.

Allongée sur le sol de terre, Vamp n’avait de contact avec ce qui l’entourait que par ses sens. La terre humide sous sa joue, un murmure qui ne s’éleva que comme un soupire résonnant faiblement dans sa tête, l’odeur de la forêt. Mais tout ceci ne l’atteignait pas, bien que son inconscient l’enregistrait. Elle était dans un brouillard épais qui la coupait du monde.

Des cordes et des rubans. Elle s’était mise un ruban dans les cheveux un jour, étant gamine. Un ruban rouge magnifique. Elle l’avait glissé dans ses mèches noires et lorsqu’elle avait été voir le résultat dans un des grands miroirs du salon, elle s’était presque trouvée jolie. Jusqu’à ce que sa mère la découvre et lui donne une raclée dont elle se souvenait encore. Elle n’avait plus jamais osé porter de nouveaux rubans.

On la soulève, une main glissée sous sa nuque. Elle n’a pas peur, elle connaît ces mains, ce touché. Cette odeur qui chaque fois lui apporte une sensation de sécurité. Un murmure s’élève, mais il est trop faible, trop lointain pour qu’elle puisse en comprendre le sens et la tirer de sa purée. Une seconde voix ? Une seconde personne ? Peut être, mais tout était si brouillon…

Des cordes et des rubans. Et quand l’un et l’autre finissaient par céder, la rumeur disait qu’ils s’envolaient pour le paradis, ou bien sombraient en enfer. Et elle, où allait-elle se retrouver ? Vamp avait toujours plus cru en l’existence de l’enfer que du paradis, mais elle se doutait que si l’un existait, l’autre devait forcément exister aussi. Ah oui mais non… Au paradis, elle était persuadée de trouver ces charmantes bourgeoises qui enfantaient tout les deux ans –faut dire qu’elles n’avaient que cela à faire- ou bien des vierges, des prudes, des saintes, des nonnes… Le paradis se transformait en véritable enfer là. Valait peut être mieux aller en enfer après réflexion…

La jeune femme sentit quelque chose de froid et d’humide caresser sa joue. Elle grimaça intérieurement sous le picotement de la fine blessure qui réagissait au passage du tissu humide. Elle aimait beaucoup jouer à la douillette quand Lin s’occupait d’elle, il redoublait toujours de douceur dans ces gestes. C’est ce picotement qui sortit Vamp de cet étrange brouillard. Alors qu’elle reprenait contact avec le monde, les bruits environnant résonnèrent dans sa tête, tel l’échos d’un orgue dans une église et la douleur se fit plus présente, plus réelle. Grognant, la jeune femme porta ses doigts blancs à ses tempes, comme pour y arracher la douleur. Elle ouvrit les yeux mais fut éblouie par le soleil qui la surplombait et dut cligner des paupières. Ah merde, elle était tombée au paradis. Magnifique. Le front plissé, à demi aveuglée par le soleil, elle tomba nez à nez avec le visage de Lin, un sourcil levé, elle observa le jeune homme comme si elle ne le reconnaissait pas.


- Qu’est ce que tu fais ici ? J’étais censé être la seule des deux à mourir. Il est où Aristote ? Je vais aller lui botter l’cul, tu vas voir…

Elle tenta de se redresser, mais une douleur à la tempe la lança et un vertige la prit. Vamp ne vit pas la silhouette bleue à sa gauche, encore un peu trop embuée dans son évanouissement. Elle se laissa reposer contre la jambe de Lin. Une moue sur le visage, elle regarda le jeune barbu.

- Dis… Tu crois qu’on a le droit de faire des choses coquines au paradis ? Non parce que…

C’est alors que Chanda, la gueule et les poils tachés de sang, vint lui lamper la joue. Vamp grimaça et tenta faiblement de repousser le loup.


- Raaah Chanda ! Dégage, tu pues !

Elle ne voyait pas trop ce que pouvait faire le jeune loup au paradis. Reprenant peu à peu ses esprits, elle perçut enfin la silhouette à ses côtés. Tiens… Elle le connaissait pas celui là. Elle le détailla un moment, avant d’esquisser un sourire.

- B’jour !

Le front légèrement plissé, la douleur tambourinant sa tête, les morceaux se recollèrent peu à peu et elle leva les yeux sur son homme.

- J’suis pas au paradis hein ? Non parce que je pensais que… Chanda ! Raah ! Pousse toi aller ! Tu m’écrases ! S’pèce de batracé avec une taupe !

Elle cessa bien vite de grogner, sa voix résonnant douloureusement dans sa tête. Vamp soupira et posa ses yeux noirs sur l’homme à barbe, un sourire enjôleur aux lèvres.

- Dis, tu peux m’aider à me relever ?

Elle tendit ses bras vers lui, ravie de trouver une autre excuse pour qu’il s’occupe d’elle.

_________________
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MessageSujet: Re: Le temps d'un voyage...   Sam 21 Fév - 14:37

Raxe observait, encore et toujours, les gestes précis du barbu. Il palpa avec délicatesse la tête de la jeune femme, puis la soigna avec douceur. Et il se mit à parler. Légère inclinaison de la tête, en guise de salut, de la part de la silhouette en bleue lorsqu'il se présenta. Et alors qu'il continuait, un léger sourire étira ses lèvres : le barbu avait besoin d'une oreille attentive, sans doute pour se rassurer, et cette situation convenait parfaitement à Raxe. Une oreille attentive, pas un homme, pas une femme, juste une oreille. Le barbu restait concentré sur son travail, ignorant presque Raxe, et cette situation familière devint rassurante. De manière presque imperceptible, son corps se détendit. Lin monologuait, faisant les questions et les réponses, évitant ainsi à Raxe de parler. Soulagée, la silhouette bleue considéra un moment la dague dans sa main, et se décida à se séparer de ce contact rassurant. D'un geste rapide, dicté par l'habitude, la dague disparu dans les replis de tissu bleu.

Et soudain, les yeux de la jeune femme s'ouvrirent, clignèrent, et sa voix remplaça celle du barbu. Un plus large sourire éclaira le visage de Raxe, ses propos incohérent l'amusaient. Enfin, jusqu'à ce qu'elle parle de pécher au Paradis. La silhouette bleue se crispa à nouveau, restant figée, même lorsque le loup s'approcha. C'est un couple, un couple qui partage amour et tendresse, et même plaisirs charnels. Tout ce que Raxe ne connaitra jamais. Voilà pourquoi il faut rester loin d'eux, pour ne pas sentir ce cruel rappel. Pour ne pas que la moindre phrase ou le moindre le geste ne lui rappelle l'absurdité de sa propre vie.
Subissant sans un mot le regard scrutateur de la jeune femme, Raxe répondit à son salut par un simple "bonjour". La jeune femme râlait alors que le loup lui prodiguait ses attentions, et Raxe se dit en son for intérieur que c'était effectivement un couple atypique. Un tourbillon de sentiments s'était emparé de la silhouette bleue en assistant à la scène, mais le sentiment de solitude infini prédominait.

La jeune femme était consciente, et ne semblait pas gravement blessée. Elle pourrait alors s'occuper de son homme, même si, pour l'heure, qu'il la prenne dans ses bras semblait plus important pour elle. Et voilà, le moment de tendresse écœurante était arrivé...
Raxe se leva souplement et fit quelques pas à reculons, ne les quittant pas du regard. Alors, la silhouette bleue fit demi-tour, et s'écarta du chemin pour s'enfoncer dans la forêt.
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