l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 L'ombre de la peur et le souvenir de la perte

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Vamp

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MessageSujet: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Jeu 17 Nov - 17:59

Les rues disparaissaient sous des mètres de neige vierge et soyeuse qui avait retranché tous les habitants chez eux. Comme une pause dans le temps et l'histoire, les allées et ruelles étaient désertes, molletonnées et inondées par l'hiver. Rien ne bougeait ni ne respirait. Le froid avait gagné et trônait en maître dans toute la ville. L'eau de la fontaine avait gelé et des poussières de lumière y scintillaient à la surface sous la caresse du soleil.

Un silence paisible flottait dans la chambre. Le chiot somnolait au pied du fauteuil, allongé sur le flanc, ses longues pattes abandonnées sur le vieux tapis rêche. La chaleur de l'âtre remontait paresseusement à l'étage et enveloppait la pièce de tiédeur. Le craquement d'une bûche sortit la jeune femme de ses pensées.

Ses pupilles se resserrèrent puis balayèrent un instant la pièce du regard. Elle étira ses membres ankylosés avant de changer de position, son pied nu tâtonnant pour trouver la fourrure hirsute du chiot. Un léger sourire aux lèvres, elle le caressa du bout des orteils avant que ce geste machinal ne la plonge de nouveau dans ses pensées.

Elle portait un pull de Lin, l'un de ceux qui grattaient horriblement et qui étaient devenus plus ou moins informe au fil des années. Les mailles étaient imprégnées de son odeur. Le doigt blanc s'entortillait inlassablement dans quelque fil libéré du tressage, agrandissant peu à peu le trou sans la moindre gêne. Son nez se fronça et elle remonta le col de laine sous son nez, ses bras ramenés contre sa poitrine.

C'était un hiver rude. Une croûte de givre perlait le bord des carreaux de la fenêtre, chaque étoile de glace se détachait dans le bleu paisible du ciel. Vamp avait dû calfeutrer l'ouverture avec une couverture de patchwork pour empêcher le froid d'attaquer la chambre et la chaleur de s'enfuir.

Un froissement de tissu tourna son regard vers le lit. Lin s'éveillait.

Un sourire étira ses lèvres, sourire qu'elle prit soin de faire disparaître avant que le jeune homme n'ouvre complètement les yeux. Elle l'observa reprendre conscience avec la réalité d'un petit air indifférent et faussement patient. C'est qu'il était diablement séduisant à la sortie du lit. Avec sa mine chiffonnée par le sommeil. Et ses cheveux en bataille.

Parfaitement stoïque, Vamp attendit que le regard noisette croise le sien avant que son ton railleur ne s'élève entre eux.

- Pas trop tôt.

Le chiot releva la tête, les oreilles dressées. Le drap retombait paisiblement sur le corps du barbu, épousant la forme de ses longues jambes. Vamp déplia souplement les siennes et enfonçait déjà ses genoux dans l'épais matelas lorsqu'elle comprit qu'il allait se lever. Il était à demi redressé et rencontra son regard noir implacable qui lui barrait la route. Le sourcil sombre s'arqua délicatement.

- Je peux savoir ce que tu fais... ?

La paume de sa main s'enfonça dans l'oreiller du jeune homme, à quelques centimètres de son visage alors qu'elle se penchait vers lui, son buste le forçant à se rallonger. Toute penchée au-dessus de lui, son regard noir s'ancrait au sien, encadré par quelques mèches d'ébène qui tombaient vers lui. Elle avait tressé ses cheveux qui, bien trop fins, s'échappaient sereinement de leur entrave de cuir en suivant l'action soudaine de son corps. Vamp inclina la tête sur le côté.

Il était très bel homme. Le soleil tapait contre la vitre et sa lumière traversait la couverture de patchwork en tachetant de couleurs douces et variées la peau du barbu.

L'impulsion tapa dans le creux de sa poitrine et la grande brune avança brusquement ses lèvres pour l'embrasser. Sa langue trouva aussitôt la sienne. Quelques mèches noires se dérobèrent de nouveau. La paume blanche enveloppa la joue barbue pour mieux garder le jeune homme sous le bon vouloir de sa bouche. Les doigts se crispèrent contre le moelleux de l'oreiller. Tendre et impétueuse, Vamp s’enivrait.

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Lin
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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Jeu 1 Déc - 13:09

Tout était silencieux. Il gardait les yeux fermés volontairement, laissant à son corps le temps d'émerger, de revenir à lui et de lui rendre ses sensations. Il sentit d'abord la douleur à son épaule, moins intense mais plus profonde. Comme si la peau avait déjà fait son travail et que les couches internes prenaient le relai. Puis son dos se rappela à lui, jusqu'à sa nuque. Raide. Tout son buste se souvenait du moment passé à demi-pendu, inconscient. Pas lui. Il grogna intérieurement et étira ses jambes jusqu'à ses orteils, soulagé de sentir qu'elles ne le faisaient pas souffrir. Au moins une bonne chose dans tout ce fracas.

Un peu plus réveillé, il ouvrit les yeux pour observer la pièce où il se trouvait, l'air hagard des retours d'un long sommeil. Ses pupilles décryptèrent les couleurs qui baignaient la pièce, le fauteuil non loin et surtout, son occupante. Un mince sourire naquit à l'angle de la bouche du barbu, flottant irrésistiblement. C'était un tableau sympathique pour un retour d'obscurité.

Il s'aida de ses coudes pour se redresser, le ventre encore fatigué de ses sollicitations passées. Elle l'avait vu. Il ne put empêcher la commissure de ses lèvres de se relever un peu plus alors qu'elle déliait ses longues jambes pour le rejoindre. Il appréciait toujours de la voir se mouvoir vers lui, même quand elle était en colère. Il avait un certain attachement à ces moments où la distance qui les séparait se réduisait. Sans doute par contraste avec l'animosité qu'il avait pour ceux où elle grandissait.

Mais avant qu'il ait pu esquisser le moindre geste pour faire sa part du trajet, les genoux blancs encadraient ses hanches et son buste barrait la route au sien. Visiblement, elle n'avait pas dans l'idée de lui laisser le champ libre. Il répondit à son sourcil d'un mouvement similaire du sien, ses zygomatiques s'affaiblissant quelque peu. Il n'aimait pas beaucoup l'idée qu'elle le cloue au lit de la sorte. Jusqu'à ce qu'il la perçoive s'incliner un peu plus. Jusqu'à ce que ses mèches viennent lui effleurer les joues.

Ses lèvres s'ourlèrent d'un nouveau sourire, plus amoureux et il fut sous le joug des siennes avant même d'avoir prononcé le moindre mot. Si c'était à ce prix-là, il acceptait de rester au fond des draps.

Ce ne fut que lorsqu'elle se redressa qu'il comprit que ce n'était pas passager.


Comment ça, je suis blessé, je ne me lève pas ? C'est une blague ?

Son front avait perdu tout son lisse. Il était désormais strié de petits plis en accord avec ses sourcils froncés. Bougon. Depuis quand lui interdisait-elle quoi que ce soit ?

C'est une épaule. Pas une jambe. Je peux marcher. T'as vu la bande d'ivrognes manchots qui continuent à s'en envoyer plein le gosier ? Je peux faire pareil.

Il l'écarta d'un mouvement de bras, persuadé qu'elle ne s'opposait que pour la forme. Lorsque la main immaculée s'enfonça dans l'oreiller juste à côté de son cou, il prit conscience qu'elle ne plaisantait pas. Encadré, il n'avait pas de piste de fuite. Il releva un regard interloqué sur elle.

Ah mais c'est sérieux ?

Il plissa les yeux, tentant d'évaluer la force de sa détermination. Après tout, il n'avait qu'une épaule dans le mal. Il pouvait très bien se lever, elle devait le savoir. S'il était en si bon état, c'est qu'elle l'avait fait soigner ou que quelqu'un l'avait fait soigner. Cette personne avait dû préconiser le repos mais pas l'impotence. Elle devait le savoir.

Il finit par esquisser un fin sourire mutin, digne du pire gamin. Il se hissa jusqu'à ce que son dos touche la tête de lit, bien assis dans les oreillers. Elle refusait qu'il se lève. Très bien. Il ne se lèverait pas. Pas encore. Il inclina légèrement la tête sur le côté en plissant le front comme un chiot malheureux et commença à couiner doucement.


J'ai faim, tu comprends...

Il accompagna sa grande scène du trois de quelques clignements d'yeux malheureux, véritable animal maltraité. Stoïque, Vamp le scrutait comme si elle cherchait à savoir s'il se moquait d'elle ou non.

T'irais pas me chercher un truc à manger, du coup ? Je peux pas me lever...

Il gémit encore un peu pour illustrer tant son état de malade que sa douleur feinte. Il vint même jusqu'à pousser la joue blanche d'un coup de museau pour parfaire le personnage.

Le chiot, lui, ne se posa pas de question. Un copain qui couine, c'est un copain qu'on aide. De quelques enjambées maladroites, il quitta les pieds du fauteuil pour débouler sur le lit, renversant à moitié Vamp en venant léchouiller le visage du mauvais acteur à grands coups de langue rosée, la queue fouettant l'air de joie de soutenir un pote en galère.
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Vamp

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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Ven 2 Déc - 14:43

Vamp plissa les yeux. Elle scrutait le jeune homme, à peine dérangée par les battements de queue du chiot qui tapaient contre son bras. Immobile, elle le sondait dans le plus pur des silences. Quelque chose, tracé entre les lignes du visage barbu, trahissait une arrière-pensée qui rendait Vamp méfiante. Elle n'était pas dupe... mais elle était aussi exténuée.

Ses nuits étaient longues et son sommeil se résumait à quelques minutes éparses. Une ombre le hantait et rien, ni la chaleur, ni la respiration endormie de Lin, ne parvenait à le purifier.

Il était bien plus simple et bien moins fatiguant de croire le jeune homme sur parole.


- Mmh d'accord.

Les doigts neigeux effleurèrent le dos de sa main en une caresse timide puis Vamp se leva. En fermant la porte de la chambre derrière elle pour garder intacte la chaleur de la pièce, le bruit de la clenche frappa la grande brune d'éclairs d'image, de rouge, d'odeur métallique et de sang. Elle ferma les yeux de lassitude, des plis marquèrent son front fatigué et la paume tiède de sa main le recouvra brièvement. Le moindre craquement du parquet, l'infime bruit suspect, la raidissait et la gardait alerte durant de longues minutes. La mort et la peur rôdaient.

Les événements antérieurs avaient laissé leur marque.

Un frisson d'angoisse secoua le corps longiligne. Vamp entrouvrit ses lèvres glacées et inspira profondément par la bouche pour retrouver son calme. Elle enfonça ses mains dans ses poches puis descendit pensivement les escaliers rongés par l'âge.

L'esprit occupé, elle alimenta distraitement le foyer pour les prochaines heures en évitant quelques étincelles nées des braises qui protestaient. Doucement, lentement, au rythme des flammes lascives, la chaleur chassa les préoccupations sombres et morbides qui pesaient sur la nuque de la jeune femme. La poitrine de Vamp s'allégea.

Leurs placards n'étaient pas riches. La grande brune en fit vite le tour. Une miche de pain, quelques lamelles de viande séchée, une pomme et un gros morceau de fromage. Elle ramena le tout dans une assiette avec un désordre digne des plus grands esprits et reprit le chemin de la chambre après avoir empoigné le pichet de bière de sa main libre.

La porte poussée, une raideur agacée ceintura son dos d'un mouvement sec. L'image d'un petit garçon insolent qui n'obéit pas s'imposa dans son esprit. Mais Vamp n'avait rien d'une mère. Et Lin rien d'un enfant.

Et lorsque Vamp se donnait la peine de parler, d'articuler phrases et mots, on l'écoutait. Et Vamp ne répétait jamais.

Chiot et homme lui faisaient face, absorbés l'un par l'autre, leur profil se découpant sur les carreaux de couleurs accrochés à l'unique fenêtre de la pièce. Dans un tintement de vaisselle malmenée, la grande brune reposa brutalement l'assiette sur la commode branlante. Le bruit attira l'attention du chiot et Vamp accrocha le regard de Lin du sien.

Dans un mouvement de décontraction qui sonnait faux, elle remit tranquillement ses mains dans ses poches, son dos gardant la même raideur que le ton acerbe de sa voix.


- Tu sais... Il va vraiment falloir que tu perdes l'habitude de trouver des prétextes bidons pour m'envoyer loin de toi quand je suis dans tes pattes. Parce que ça va très clairement mal finir.

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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Lun 5 Déc - 9:59

La tête inclinée sur le côté, Lin était en train de travailler son meilleur couinement. Il s'était levé dès que la porte s'était fermée et avait embarqué le chiot à sa suite dans une mini course poursuite à travers la chambre, haletant avec force pour exciter la boule de poils. Celle-ci avait jappé, ravie de le retrouver au jeu et elle était en train de grogner amicalement, les fesses en l'air et les pattes avant écrasées bien bas pour l'inviter dans un roulé-boulé d'anthologie. Ce fut à ce moment-là que le barbu prit conscience que son épaule ne le lui permettrait pas. Il s'était alors laissé tomber assis en tailleur à même le sol et essayait de communiquer avec la bestiole à grands renforts de couinements plaintifs pour lui expliquer sa douleur et son incapacité à jouer avec turbulence, malgré toute son envie de le faire. Ils étaient en grande conversation gémissante quand l'assiette s'abattit avec fracas sur la commode.

D'un sursaut, Lin se hissa sur ses jambes, le corps raidi par l'habitude des combats d'ivrognes qui commençaient toujours par un bruit de vaisselle malmenée. Ses oreilles étaient entraînées à entendre la moindre annonce de bagarre et son corps prêt à réagir en conséquence. Pourtant, ses velléités de rixe s'évanouirent lorsqu'il croisa le regard noir qui se ficha dans le sien, à l'inverse de la tension dans ses épaules.

Vamp paraissait excessivement agacée. Il pouvait déceler la raideur de son dos sans même avoir besoin d'être prêt d'elle. Le noeud qui commençait à se former entre ses omoplates n'augurait rien de bon pour le jeune homme et il le savait. Elle était dans un état de colère froide qu'il ne lui avait que rarement connu mais qu'il avait bien retenu. Malgré lui, l'un de ses sourcils se fronça alors qu'il rajustait sa chemise sur ses épaules, tentant de comprendre ce qui avait pu l'agacer autant. Elle pouvait se montrer jalouse mais il doutait que son jeu avec le chiot soit la raison de cet accès de tension. Il frissonna imperceptiblement quand les mains blanches disparurent dans les poches de la grande brune. La fausse décontraction. C'était mauvais signe. Ses yeux ne cillèrent cependant pas et il soutint son regard calmement jusqu'à ce que ses mots parviennent à ses tympans.

Surpris, il écarquilla les yeux d'incrédulité et entrouvrit la bouche. Elle était simplement vexée qu'il l'ait dupée. Ce n'était donc que ça ? L'espace d'un instant, un sourire tendre ombragea ses lèvres et il les referma pour déglutir, mi-amusé, mi-soulagé. C'était attendrissant, en fin de compte.


Vamp...

Le ton de sa voix était calme, presque chuchoté. Cette femme était capable de faire naître l'intégralité des émotions en lui et parfois les opposées à quelques secondes d'intervalle. Une magicienne.

Sans prendre garde au message sous-jacent que contenaient ses mots, le barbu s'avança doucement vers elle, plus le moins du monde perturbé par sa rigidité glaciale. Il l'avait vue tant de fois auparavant se raidir ainsi qu'il ne s'en inquiétait que quand une vraie menace en émanait. Sourd à ce qu'elle sous-entendait, il n'en percevait aucune. Il ne comprit pas que l'heure n'était pas au jeu.


J'aime t'avoir près de moi. Précisément dans "mes pattes". Tu le sais.

Se disant, il ceignit sa taille de son bras valide, l'attirant contre lui comme pour illustrer ses propos.

Bien qu'avec une épaule dans cet état, ça va être plus compliqué.

Inconscient de la maladresse du contresens qu'il opérait, il lui fit une petite moue amusée qui ne coïncidait pas vraiment avec la froideur avérée de la brune.
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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Mer 7 Déc - 18:34

Lin se heurta à un mur de glace. Le corps longiligne de la jeune femme avait la rigidité d'une baguette de bois, sans ployer comme il en avait l'habitude lorsque le barbu l'enlaçait de son bras. Ses lèvres se pincèrent et elle en mordit l'extrémité.  

Elle aurait pu reculer pour se soustraire à sa possessivité. Mais Vamp s'était bien trop soumise au bon vouloir du barbu ces dernières semaines et les conséquences se trouvaient juste sous son nez. Hors de question de reculer.

- Non, je ne le sais pas. J'ai assez expérimenté tes belles paroles pour les dix années à venir. Garde-les pour tes soirées en compagnie de Larson et de vos poules.

Un long doigt ferme s'appuya contre le torse du barbu, à distance exacte de ses deux pectoraux. L'index l'obligea à reculer, à relâcher sa prise autour des hanches de la jeune femme et à rétrograder ses pas vers la couche. À mesure qu'elle éloignait Lin, la grande brune se redressait, ses épaules se carrant en un mur qui n'acceptait aucune tentative d'approche ou de bavardage. Elle était fermée, hermétique et implacable.

Sa main gauche avait elle aussi quitté la tiédeur de sa poche pour reposer le long de sa cuisse. Plus de fausse décontraction, plus de patience. Tout son corps embaumait l'assurance glacée de la femme convaincue. Son regard défendait à Lin le moindre frémissement de désobéissance.
 

- Retourne t'allonger ou je m'en charge. Et pas de la façon que tu espères, crois moi.

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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Lun 12 Déc - 15:44

Un clignement d'yeux idiot fut la seule réponse que le barbu exprima aux paroles de la jeune femme. Elle venait de le repousser avec une froideur qu'elle n'avait jamais eue qu'avec les autres.  Tous ces importuns qui se permettaient de réclamer son attention quand elle n'en avait que faire. Cette bande d'inconnus qui n'avaient pas le droit de l'approcher. Les gens qui n'étaient pas lui.

Instantanément douché par ce rejet, il s'immobilisa plus assurément que si elle l'avait planté d'un coup de dague droit au sternum. Ce doigt si fin avait plus de force que n'importe quelle lame. Elle parvint à congeler l'ensemble de son circuit veineux d'une seule pression de l'index. Comme quoi, il il n'avait pas tort. Une véritable magicienne.

Son bras retomba le long de son corps comme une branche morte, inerte. Ses paupières battirent un instant alors qu'il entrouvrait les lèvres pour esquisser un semblant de question. Il pensait qu'il voulait savoir pourquoi elle le renvoyait de la sorte. Il pensait qu'il voulait l'interroger sur cette soudaine froideur. Mais aucun son ne franchit le seuil de sa bouche.

Il la referma soigneusement alors qu'il déglutissait péniblement, se soustrayant à la douleur de son index d'un mouvement de recul quasi-instinctif, de ceux qu'ont les animaux blessés qui refusent qu'on examine leurs plaies. Elle venait de l'exclure bien plus durement qu'il aurait jamais pu l'imaginer possible. Il ressentait une vive douleur à cette idée, mêlée d'une panique quasi imperceptible. L'ombre de sa perte.

Sa cage thoracique s'affaissa brusquement une première fois, comme lors d'un sanglot que l'on s'empêche de laisser entendre. Il se détourna vivement, les dents serrées. Il se sentait comme un animal aux abois. Non seulement il s'était fourvoyé royalement sur les paroles de la brune mais ce qu'il ressentait de plus profond sous son attitude le terrorisait malgré lui. L'angoisse sourde qui s'insinuait en lui avait la force des peurs viscérales et il cherchait à s'en échapper, vainement. Ses côtes s'enfoncèrent à nouveau alors qu'il faisait demi-tour vers le lit, fuyant.

Comme par docilité, il rallia le matelas qu'il avait quitté à peine quelques minutes auparavant et se glissa de nouveau sous les draps sans demander son reste. Il aurait voulu pouvoir disparaître entre les lattes du plancher pour échapper à la raideur implacable qu'il pensait autrefois réservée aux étrangers.
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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Lun 12 Déc - 18:55

Dix jours passèrent avec lenteur et fadeur. Si la température de l'hiver avait augmenté de quelques degrés, les petits carrés lumineux de couleur chaude qui tapissaient la chambre de leur lumière ne parvenait plus à la réchauffer. La pièce ne vivait plus, elle comatait, stagnait dans les non-dits, dans la douleur physique et dans la solitude grisâtre d'un matin sans intérêt. Chaque journée se ressemblait et chaque minutes se ressemblait plus encore. Il n'y avait ni jeu, ni taquinerie, ni plaisir.

Le silence régnait entre eux. Il ne s'était pas installé, il s'était imposé comme un mur de brique qui les isolait loin de l'autre. Il avait perdu la spontanéité qu'il avait toujours eu dans leur couple, il avait perdu son côté réconfortant et complice qui avait éclos dés le début de leur relation. Il n'était plus douillet mais avait la résonance du caveau.

Les fondations dépérissaient.

Le regard noir passait la plus grande partie de sa journée à fixer le vide. Les pupilles étaient dilatées en des abîmes sans fond qui imaginaient sans voir. Parfois, prise dans le vertige de la fatigue, la conscience chutait, la tête basculait et Vamp se réveillait en sursaut avant même d'avoir eu le temps de fermer les paupières. Elle regardait autour d'elle avec incompréhension, perdue, puis changeait de position sur le fauteuil et retombait dans sa contemplation du vide.

Ni Lin ni le chiot ne s'approchait d'elle. Et elle ne s'approchait ni de l'un, ni de l'autre.

Elle ne touchait Lin que pour changer ses pansements. Le guérisseur lui avait montré comment faire, les gestes étaient devenus des automatismes et ses yeux s'efforçaient de ne pas transmettre à son esprit que cette chair déchirée sous ses doigts était bien celle du barbu. La nuit dernière avait été le seul souffle de complicité qui avait effleuré leur conscience.

Le corps de Lin se détendait dans l'eau chaude du bain. Accroupie, les manches de sa chemise remontées au-dessus de ses coudes blancs, Vamp passait l'éponge mousseuse contre la courbe de son épaule, la barbe venant piquer le dos de sa main. Le même silence épais flottait entre eux, rythmé par les gouttelettes d'eau qui retombaient sur la surface savonneuse. Elle devinait du coin de l'oeil ses paupières fermées et les muscles de sa nuque entièrement détendus.

L'éponge flottait sereinement sur l'eau.

Les doigts effilés, libres, se posèrent dans le creux entre les deux clavicules humides. Ses doigts glissèrent sur la peau d'un mouvement soyeux et doux. C'était plus fort qu'elle. C'était une force qui la dominait, qui la surpassait. Le manque de lui nouait son ventre et hantait ses nuits. Les lèvres de Lin étaient humides, humectées par la vapeur veloutée qui naissait de la chaleur de l'eau. Les toucher, les goûter, s'y soumettre. Puis il glisserait sa bouche dans son cou pour que sa barbe vienne picoter sa peau. Il faisait toujours ça. Toujours. Il...

Vamp entrouvrit les lèvres et releva les yeux pour rencontrer le regard de Lin posé sur elle. Il avait ouvert ses yeux. Des yeux qui hurlaient un appel. La détresse scintilla un instant dans les iris noires et elle se détourna. Ce fut la seule réponse que Lin eut.

C'était hier soir. Il lui manquait, son corps le réclamait. Il cherchait son contact, sa voix et son regard.

La grande brune referma la porte de la maisonnée derrière elle. Le froid attaqua aussitôt ses pommettes nues. Ils avaient besoin de nourriture, de quelques herbes et d'onguent. Cela faisait cinq jours qu'il n'avait pas neigé, c'était le moment idéal pour sortir.

La sortie lui prit une heure de son temps. La neige gagnait quelques mètres par endroit, sa besace la faisait ployer d'un côté et elle perdit plusieurs fois l'équilibre. Mais surtout, Vamp ne se pressait pas. C'était une belle journée. Claire, calme, dégagée et ensoleillée. Elle lissa le front soucieux de la jeune femme et chassa de sa lumière les traces de sommeil qui creusait ses traits. Demain, la grande brune attirerait Lin dehors, sous le ciel, peut-être même en forêt, pourquoi pas ? Ils s'étaient assez enfermés et torturés.

Elle allait rentrer quand un marchand attira son attention. Des marrons chauds. Une étincelle de gourmandise s'alluma dans le regard noir, une poussière dorée dans l'obscurité de ses iris, le premier signe de vie de ces dix derniers jours. Si Lin aimait cela, elle n'avait absolument pas la moindre idée mais, dans une logique innocente et enfantine, Vamp en acheta un sachet pour lui. Elle aimait ça, Lin aimait forcément aussi. Forcément.

Elle reprit le chemin du retour, le sachet tiède serré contre sa poitrine.

Le froid retomba lorsqu'elle franchit le seuil de la porte. Le couple discutait tranquillement, comme de vieux amis qui ne se sont pas vus depuis un moment, et tourna leur regard vers elle par réflexe. Les marrons tombèrent au sol en une cascade désordonnée, certains roulant sous la table branlante, d'autres s'arrêtant au bord du tapis élimé.

Fureur, adrénaline, instinct. Haine. Haine...

D'une souplesse rapide et ample, sa dague sortit de nulle part et sa paume s'y moula avec une aisance dangereuse. Cette petite merde étrangère. Il avait la trace de ses ongles dans la peau de ses joues, la marque de la table de nuit barrait son cou, la bouche tranchée... Sa fureur, son œuvre...

Il n'avait rien à faire là.

Elle dépassa Lin sans le voir mais le barbu la connaissait à la perfection. Il attrapa son poignet et l'attira vers lui. Instinctivement, Vamp força pour se libérer, le regard vide et entêté tourné seulement et uniquement vers Larson. Le muscle joua sous la chemise du barbu et sa voix calme s'éleva dans le silence du rez-de-chaussée.

- Vamp...

L'effet fut instantané. Le regard noir resta fixé sur sa proie, brillant de mépris, assoiffé de trancher la chair, mais le corps longiligne cessa de résister à la pression qui s'exerçait sur son poignet. Lin la tira vers lui une nouvelle fois. Se décalant, sa stature cacha l'Anglais au regard de Vamp. Elle tourna les yeux vers le jeune homme qui baissait les siens sur son visage, un sourcil levé.

Calmée mais vindicative et hargneuse, elle redressa le menton, la mâchoire contractée et les doigts crispés sur son arme, prête à en découdre.

Et puis la présence de Lin la frappa. Ses doigts enroulés autour de son poignet qui la maîtrisaient sans trop avoir à forcé. La sensation de sa peau au contact de la sienne. Sa barbe, légèrement plus longue que d'ordinaire, qu'il n'avait pu tailler ces derniers jours. Son odeur, délicieuse, qui troublait les sens de la jeune femme. Une irrésistible envie de fondre sa bouche contre la sienne lui noua la gorge, un désir insoumis de l'avoir nu contre elle brûla son ventre.

Vamp cilla, beaucoup plus douce, domptée et soumise au regard noisette. Bien moins concentrée sur l'intrus, elle chuchota sur un ton égaré.


- Je ne veux pas de lui sous ce toit. Il reste, je le tue.

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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Ven 16 Déc - 17:56

-... pas possible. Je peux à peine utiliser ma main, même pas le coude. Alors l'épaule...

- Just'ment ! L'baroudeur qu's'fait attaquer c'parfait, t'sais qu'ça marche bien.

- Ta bouche suffira pour jouer à ça, pas besoin de moi.


Les mots avaient été dits avec un complicité évidente quoiqu'un peu ternie par les événements. Le bâtard se renfrogna légèrement. Ce con-là avait le don de l'exaspérer comme jamais, toujours au moment où il se montrait le plus proche de lui. Ce paradoxe agaçait l'anglais mais la proximité que ce genre de remarque révélait entre eux l'empêcha de lui cogner l'épaule en représailles. C'était un sacré con mais il y était attaché, au fond.

- Ferm'la p'tit con. S'ta morte était restée 'vec l'diable, j'en s'rais pas là, tu l'sais.

Le barbu allait répliquer lorsque la porte s'ouvrit sur la morte en question.

- Quand on parle du loup...

- D'la louve, ouais...


Deux murmures qui se perdirent dans le roulement des marrons au sol. Si l'intonation de Lin laissait percer une tendresse incontrôlée à la vision de la jeune femme, celle de l'anglais révélait une terreur sous-jacente que son stoïcisme feint ne parvenait pas à cacher, hurlée par ses iris resserrés.

Depuis qu'elle l'avait défiguré, le bâtard tremblait chaque fois qu'il apercevait des cheveux noirs. Il réussissait à se raisonner la plupart du temps, son expérience des coups l'aidant grandement. Même lorsqu'il se réveillait en sueur d'un cauchemar bichromatique, sa volonté de malmené le sortait de son angoisse sans trop de problème. Et il avait fini par se convaincre qu'il était assez fort pour affronter à nouveau ce diable vivant.

C'était pour cette raison qu'il s'était décidé à rejoindre le barbu dans son nid de mort. Évidemment, il fallait qu'ils discutent de la nouvelle organisation maintenant que Valentin était déchu et leur territoire étendu. Évidemment, il fallait qu'ils s'attribuent les rôles et s'accordent sur le réseau. Évidemment. Mais il avait surtout besoin de se mesurer à son démon pour se convaincre qu'il n'en avait plus si peur.

La gorge sèche, Larson tenta de déglutir alors qu'il sentait ses jambes refuser de lui obéir. Ne pas bouger. S'affirmer. S'ourler de mépris et tenir sa position. Prouver que l'on est plus fort que le souvenir. Malgré lui, son pied partit vers l'arrière. Sa salive se bloqua dans sa gorge. Affirmer que l'on est guéri. Ses poings se serrèrent. Résister.

Loin des douleurs internes de son compère, Lin avait saisi le poignet blanc sans réfléchir. Son instinct avait prédit son geste, son corps avait agi pour lui. Il ne pouvait pas la laisser menacer Larson. Et il ne pouvait pas ne pas la toucher.

Lorsqu'elle avait passé cette porte, une bouffée de tendresse s'était emparé de lui et il sentait un irrésistible besoin de mettre un terme à cet éloignement entre eux. Il avait besoin d'elle et aucune peur d'être rejeté ne devait le dissuader d'au moins essayer de ne pas la perdre.

Le trouble qu'il avait ressenti en sentant sa peau fine sous ses doigts s'était étendu à son torse. Elle était si proche de lui. Il n'avait qu'à forcer un peu plus pour l'attirer contre lui. Une simple pression et elle retrouvait le creux de ses bras.

Pourtant, il n'en fit rien. Les yeux attentifs, il observait ce visage hargneux qu'il aimait tant. Elle était implacable. Ce n'était pas l'une de ces nobles qui se laissaient abuser et manipuler plus aisément qu'un chien. Ce n'était pas un corps que l'on courbait à son bon vouloir quand il était décidé à toute autre chose. Elle méritait mieux qu'une injonction. Il voulait lui donner plus qu'une inflexion.

Depuis qu'ils étaient distants, il avait pris soin de ne pas s'approcher d'elle. De faire profil bas. D'éviter tout contact qu'elle aurait pu répudier. Parce qu'il ne voulait pas se sentir un inconnu pour elle, à nouveau. Parce qu'il avait peur de ne pas être accueilli comme toujours jusque-là.

Mais Vamp n'était pas une femme acquise. S'il la voulait vraiment, il ne pouvait pas se contenter de ce qu'il avait eu jusque-là, de faire le dos rond en attendant que ça passe. Il devait lui rappeler pourquoi elle lui accordait ça. Lui prouver qu'il en était digne. Et ce n'était pas en fuyant qu'il y parviendrait.

D'un mouvement de tête, il pria Larson de déguerpir. Il ne rencontra aucune résistance. Il ne saurait jamais que son autorité n'en avait été la cause qu'à moitié. Soulagé de cette digne porte de sortie, le bâtard s'éclipsa sans demander son reste.

Enfin seuls, le barbu écarta les peurs qu'il avait nourries depuis plusieurs jours et laissa éclore le fruit de ce qu'il nourrissait plus profondément pour la jeune femme. Le pas qui la rapprocha d'elle s'accompagna de doigts légers qui vinrent effleurer sa pommette avec une tendresse qu'il n'avait plus eue pour elle depuis bien longtemps. Franc, il planta son regard dans le sien, prêt à encaisser les conséquences de son acte. Il ne reculerait pas. Décidé, il inclina le visage vers le sien pour venir fondre sa bouche contre ses lèvres.
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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Jeu 5 Jan - 17:43

Vamp le repoussa. La paume de sa main couvrant son torse, elle l'obligea à reculer en le gardant sous l'autorité de son regard. Peu à peu, le corps s'éloigna d'elle avant de s'immobiliser, les jambes du jeune homme butant contre le bord du fauteuil. Du bout des doigts, la grande brune le poussa une ultime fois avec fermeté et l'obligea à s'y asseoir. Vamp baissa les yeux pour le regarder, droite, élancée et calme.

On n'imposait pas sa bouche sur la sienne sans conséquences.

Vindicative, elle se pencha et mordit la lèvre inférieure du barbu, assez fort pour qu'un tressaillement de douleur fasse frémir le grand corps puissant. Il lui avait menti. Et elle avait eu tellement peur... Vamp inclina la tête sur le côté et l'embrassa. Doucement et avec la tendresse d'une première fois, elle satina ses lèvres d'attention, assez pour que Lin soit tenté d'y avancer sa langue. Une langue que Vamp pinça de la pointe de sa canine. Il l'avait abandonnée et laissée seule.

Les heures ondulèrent entre douleur et plaisir.

Soudée à Lin, elle l'avait griffé, mordu et avait écorché sa peau du bout des ongles. Très vite nue sur lui, l'acculer contre le dossier du fauteuil n'avait plus suffit. Les genoux blancs enfoncés dans le coussin s'étaient dépliés et les jambes s'étaient enroulées autour de la taille alors que Lin passait un bras dans le creux de ses reins pour l'attirer plus étroitement encore à lui.

Elle ne quittait ses yeux que pour fermer les siens. L'union lui sembla durer des heures.

Elle avait faim de Lin, plus faim encore depuis qu'elle avait failli le perdre. Elle étancha sa peur, sa rancœur et son amertume dans chaque mouvement qui éveillait le plaisir en elle. Faire l'amour avec lui purgea la rancune qui coulait dans ses veines.

Leurs corps se nouèrent et se dénouèrent de tendresse dans des souffles impatients et rauques.

Leur complicité brûlait leur chair et renaissait lentement à chaque caresse. Pourtant Vamp ne s'en aveugla pas. Il l'avait abandonnée sur les remparts... Dés que Lin se contractait, elle le mordait sans l'ombre d'une hésitation ou d'un remord, refusant sévèrement qu'il s'échappe trop loin d'elle. Profondément égoïste, elle le ramenait à elle en le griffant ou en enfonçant ses canines dans la chair tendre de son épaule. Il était hors de question que le plaisir l'empêche de penser à elle une seule seconde. Elle le ramenait à elle par la douleur et le défiait de se révolter contre elle avec un calme et une détermination tranquille. Elle dominait et lui infligeait absolument ce qu'elle voulait. Après tout, elle l'avait sauvé, lui, couvert de sang, pendu et inconscient. Elle l'avait sauvé. Son corps était donc à elle. Elle en faisait ce que bon lui semblait, sans la moindre once de culpabilité et avec une soif de désir et de vengeance acérée.

Vamp abandonna lorsque le plaisir fut trop puissant pour l'endiguer.


***

Son regard noir l'observait dormir. Lin était l'un des hommes les plus séduisants qu'elle avait  rencontrés. Elle fondait sous son petit air insolent de gamin des rues et une vague de tendresse la noyait lorsqu'il lui souriait. Et elle adorait le regarder dormir...

Vamp l'avait épuisé et maltraité. Le corps du grand barbu portait encore les traces de ce qu'il avait enduré dans la maison close et elle avait entamé sa résistance physique durant les heures antérieures sans la moindre pitié. Les iris sombres s'attardèrent sur la bouche du jeune homme. Elle l'avait mordue trop fort, il garderait la trace rouge sang pour quelques heures encore.

La peur l'avait réveillée, l'insomnie avait repris son empire sur elle.

Elle ne s'était assoupie qu'une vingtaine de minutes puis avait quitté le creux chaud des bras de Lin pour s'asseoir au bord de la cheminée, nue dans l'obscurité de la nuit qui commençait à tomber. La chaleur de l'âtre caressa la chute de ses reins et un picotement désagréable étincela à la surface de sa peau. Y passant un index prudent, Vamp rencontra une longue griffure irrégulière. Lin avait laissé sa trace sur elle. Jetant un œil sur le reste de son corps, elle rencontra une morsure dans la chair moelleuse d'un sein. La soumission n'avait visiblement pas été totale.

Petit insolent...

Vamp ferma les yeux, animalement attentive au moindre bruit ou craquement de la maisonnée. Elle laissa le cœur de l'âtre l'envelopper de la chaleur qu'elle avait perdue en quittant Lin. La griffure la piqua d'une douleur plus aiguë.

Elle rouvrit les yeux et s'appuya contre la pierre, les jambes allongées devant elle. La lumière dorée enveloppa son profil gauche de chaleur et elle savoura le contact rugueux de la roche contre sa peau.

Le temps s'écoula sereinement et l'insomnie poursuivait son chemin.

La grande brune fut arrachée à sa contemplation des braises par une question qui s'éleva brusquement dans le silence de la nuit. Elle leva les yeux. Lin la regardait, bien éveillé, le regard interrogateur et calme. Il n'avait pas son petit air chiffonné des réveils, il devait l'observer à son insu depuis un moment.

Elle ne répondit pas.

Vamp parlait peu. Lorsqu'une personne lui posait une question, elle était capable de rester silencieuse de longues minutes avant de répondre. Uniquement quand elle était décidée à répondre...

Après un mutisme interminable, la réponse franchit ses lèvres avec un calme qu'accentuaient l'immobilité parfaite de son corps et la fixité de son regard.


- Tu m'as abandonnée sur les remparts. Tu es parti et tu m'as laissée seule là-haut.

Un silence obscur et sans fond s'installa entre eux. Elle n'avait pas fini de parler, son regard en avertissait l'homme qui lui faisait face.

- Tu m'as laissée Lin. Tu as menti et tu m'as laissée.

Son corps, ses longues jambes, ses bras, se déplièrent et elle se redressa pour lui faire face. Les braises ondulèrent contre la rondeur de ses cuisses neigeuses. Droite et nue, elle inclina la tête sur le côté sous le poids des souvenirs.

- Il y avait du sang partout sur toi. Et tu ne répondais pas quand je t'appelais, quand je disais ton nom. Tu réponds toujours quand je t'appelle. Et là, tu ne répondais pas. Tu n'as jamais répondu.

Pour la première fois depuis la chute de Valentin, Vamp dévoila sa peur et le traumatisme qui hantait ses nuits. Elle resta droite sous l'énormité de son effort, sa nudité accentuant tant sa force que sa vulnérabilité.

- Je t'ai supplié d'ouvrir les yeux, je t'ai supplié de me répondre.

Elle releva le menton, le défiant du moindre commentaire, de la moindre explication. Mais le pli creusé entre ses sourcils la trahissait. Un voile couvrit ses yeux.

- Tu n'as jamais répondu. Tu étais mort dans mes bras. Tu ne sentais pas toi et tes lèvres n'avaient  que le goût du sang. J'étais seule sans toi, tu m'as laissée seule avec ton corps qui ne répondait pas dans mes bras.

Une étincelle humide osa briller dans les pupilles noires alors que la douleur de Vamp ondula sur ses traits, les froissant de souffrance et d'une tristesse intériorisée. Les étoiles argentées s'accrochèrent aux cils satinés sans rouler sur les pommettes blanches.

- Je ne te le pardonnerai pas Lin. Tu es mort dans mes bras et tu m'as laissée toute seule.

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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Sam 28 Jan - 14:21

Les genoux enfoncés dans le matelas, le torse nu et un simple caleçon sur les hanches, Lin observait la jeune femme dans un silence interrogateur. Il ne se souvenait pas d'une Vamp insomniaque. D'aussi loin qu'il pouvait se remémorer, elle n'avait pas montré de signes d'insomnie. Elle pouvait être agitée, cauchemarder ou mettre du temps à s'endormir mais pas se réveiller au milieu de la nuit et se lever pour ne rien faire. Il inclina légèrement la tête, perplexe. C'était inhabituel.

Et il ne pensait pas si bien songer. La silhouette blanche se déploya devant ses pupilles, lui faisant avaler difficilement sa salive. C'était incontrôlable. Dès que le corps blanc entrait dans son champ de vision, le jeune homme se déconcentrait, attiré par la chair immaculée. Ce n'était pas seulement l'envie charnelle qui le déstabilisait autant. C'était le pouvoir inné d'un corps sur le sien. Il avait beau tenter de s'en détourner, aucune de ses cellules n'acceptait d'obéir à sa volonté. C'était bien plus profond que sa conscience.

Pourtant, lorsque les lèvres de Vamp s'entrouvrir pour enfin répondre à l'interrogation qu'il avait formulée ce qui lui semblait être un siècle en arrière, ses rétines se détachèrent de la rondeur du sein où elles s'étaient perdues, sèchement fouettées par les mots qui s'élevèrent dans l'épais silence de la chambre.


Je...

Le regard noir l'empêcha de continuer. Si elle avait décidé de s'exprimer sur les reproches qu'elle avait à lui faire, il ne lui était pas demandé d'y répondre pour le moment. Et quand la jeune femme se décidait à parler, mieux valait la laisser terminer.

Il déglutit de nouveau de travers, cette fois sans aucun rapport avec la nudité de son interlocutrice. Les mots qu'elle employait se frayaient un chemin jusqu'à l'imaginaire du barbu, faisant éclore les images de ce qu'elle avait vécu, éclaboussant les murs de son inconscient de leur cruelle réalité. Elle exposait les faits comme elle les avait vécus. L'émotion qui vibrait à couvert de ses cordes vocales déstabilisa le jeune homme aussi sûrement que ses cuisses dénudées. Il en serra les dents, encaissant la concrétisation de ce qu'il avait entrevu en songeant à son plan d'attaque du bordel.

Il n'avait eu qu'une infime hésitation au moment d'exiger d'elle qu'elle reste sur les remparts. Il avait su dès l'instant où il avait pris sa décision qu'elle lui en voudrait. Il le savait, mais il préférait largement l'ire de la brune plutôt que sa mort. La perdre n'était pas envisageable. Et s'il devait être coupable pour pouvoir la garder en vie, il acceptait les chaînes.

Lorsque la douleur froissa les traits blancs, les tibias de Lin en firent de même avec les draps. Il ne pouvait pas la laisser seule face à cette souffrance. Il s'extirpa hors du lit, déposant ses pieds nus à même le sol avec calme. Il avait agi égoïstement et il lui avait fait du mal. Il avait beau savoir qu'il ne se serait jamais résolu à autre chose, il se sentait profondément inexcusable d'avoir fait naître de tels éclats dans les yeux sombres qu'il chérissait.

En quelques pas, il réduisit la distance qui les séparait, s'arrêtant juste en face d'elle alors qu'elle refermait les lèvres, les cils humides. Le tableau qu'il avait en face de lui meurtrissait son coeur bien plus que ce que sa voix ne laissa filtrer, ferme dans l'assomption de ce qu'il lui avait fait endurer.


Vamp. Je suis mort hors de tes bras et je suis revenu à la vie entre eux. Ils ont ce pouvoir que rien ni personne d'autre n'aura jamais. Je ne peux pas vivre sans eux.

Il prit le temps de se redresser, carrant les épaules comme pour accepter le poids qu'il avait à porter après l'avoir laissée intentionnellement hors de la bataille. L'une de ses mains s'éleva jusqu'au rond de l'épaule blanche, l'enveloppant doucement de sa paume qui glissa tout le long du membre immaculé.

Si pour te préserver, je dois t'envoyer loin du combat, je le ferais. Quand je t'ai demandé de rester là-haut, j'ai choisi de t'épargner parce que je préfère te savoir en sécurité plutôt qu'à risquer ta vie. Je...

Il inspira profondément pour garder son cap, ses doigts pressant son poignet malgré lui.

Je n'ai pas... je n'ai plus, les nerfs pour ne pas savoir ce qu'il advient de toi. Si tu avais été là-dedans, hors de ma vue, je me serais rompu une veine d'inquiétude. Ou quelqu'un l'aurait tranchée pour moi.

Il déglutit, cette fois-ci avec plus d'aplomb alors qu'il soutenait le regard noir en face du sien.

Tu n'es pas, tu n'es plus, seule. Je suis là. Et je compte l'être encore longtemps.

Il relâchait son poignet lorsqu'il prit conscience du tremblement qui agitait sa main libre. L'effort fourni pour lui faire ainsi face avec une sincérité difficile à assumer l'avait plus ébranlé qu'il ne l'aurait cru. Il serra nerveusement les poings pour essayer d'endiguer l'instabilité, déterminé à ne pas flancher, ses yeux fermement plantés dans les siens.
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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Sam 11 Fév - 17:35

- Non.

Le regard noir trancha l'espace qui les séparait. La négation n'avait pas la sécheresse de la colère ni le frémissement de l'hystérie ou de la rancoeur. C'était une négation factuelle modulée par la voix d'une femme touchée au plus profond de sa chair et de sa confiance.

- Les paroles sont faciles. Tout le monde parle. N'importe qui.

Son menton neigeux se releva de défi et son poing vint taper l'épaule saine de l'homme qui la dépassait.

- Mais tu n'es pas n'importe qui.

Elle le frappa une nouvelle fois, assez fort pour le faire chanceler, dans un bruit sourd. Les étoiles humides dans ses yeux conquirent plus de terrain et plus d'émotion.

- Arrête... de parler !

Vamp le repoussa sèchement en tremblant avec une détresse qui grandissait à chaque seconde. La peur revenait, gonflait son œsophage, l'empêchait de respirer, de voir clairement, de retrouver le contrôle qui lui était tellement naturel d'ordinaire. Si tendue que, dans l'obscurité, elle paraissait presque plus grande que Lin, elle le poussa une nouvelle fois, le malmenant avec des gestes maladroits qui trahissaient et hurlaient une panique incrustée dans sa moelle.

- Tu parles bien mais tu agis mal !  Tu m'as laissée !

Ses mouvements se voulaient impérieux mais n'avaient que l'impuissance d'une petite fille terrifiée. Sa voix s'enraya avant de se briser, ses éclats déchirant sa gorge nouée.

- Tu m'as laissée.

Une sueur froide trempait son dos. Son corps paniquait. Sa poitrine se soulevait péniblement, soumise à un tempo irrégulier. Puis enfin, Vamp abandonna.

Son dos se courba. Sa longue silhouette se cassa en deux et libéra enfin le cœur de sa détresse dans un sanglot enrayé par une souffrance animal. Vamp pleura, blottie contre le torse chaud du grand barbu, ravagée par la douleur et conquise par la peur. Elle n'avait pas la force de s'accrocher à lui. Lin était mort dans un endroit qui n'était pas chez eux. Il était mort loin d'elle. Ni dans ses bras, ni sous ses lèvres, ni contre son corps. Elle sanglotait, crachait les mots quand sa trachée se décontractait quelques secondes pour laisser passer un peu d'oxygène dans ses poumons.

- Tu... tu es mort sans moi. Tu es mort tout seul. T-tu es mort tout s-seul...

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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Dim 14 Mai - 16:39

Le soleil tapait dans la tignasse châtain et révélait des rayons roux entre les mèches emmêlées. La brise humide s'y engouffra, y ajoutant du désordre au-dessus des mirettes malicieuses. Il s'amusait comme un fou. Les lèvres goguenardes, le nez insolent, il se décala d'un pas leste, dans un mouvement circulaire, soupesant un adversaire qu'il connaissait par cœur.

Le grand froid avait passé son chemin sur la région et la pluie l'avait remplacé des jours durant. La neige avait fondu et de la boue sale avait remplacé le manteau blanc. Le printemps s'annonçait.

Dans quelques semaines, un mois tout au plus, le temps serait assez clément pour autoriser les voyageurs et négociants à reprendre les routes. Brigands, truands et autres joyeux compagnons de mauvais choix allaient sortir de leur tanière. Les affaires reprenaient.

Fenrir avait de la boue partout. Cela faisait plus de deux heures qu'ils s'entraînaient, l'un comme l'autre indifférents à l'heure matinale, lui attaquant, la sale donzelle blafarde esquivant. Esquiver, elle savait faire. La grande brune, paresseuse, se dérobait à chaque coup porté par son ami. Il n'avait réussi à la toucher qu'une petite dizaine de fois au cours de la matinée sans jamais parvenir à la déstabiliser malgré le sol spongieux. Elle n'attaquait jamais. Elle le laissait venir à elle, d'un calme tranquille, droite mais fermement campée sur ses jambes.

Il lui souriait pour la provoquer, elle répondait par un regard indifférent. Quelques pics lancés à son attention, juste sous son nez blanc, ne la faisaient pas plus réagir. Il s'était même attaqué à l'abruti barbu qui partageait sa couche mais elle s'était contentée d'un infime sourire amusé. Inébranlable.

Le jeune homme étira son cou puis ses épaules dans un parodique mouvement d'assouplissement. Il était en sueur. Vamp était impeccable. Front lisse, cheveux nattés. Seule de la boue, fidèle compagne ces derniers jours, avait éclaboussé ses braies jusqu'aux genoux, mais leurs traces se fondaient dans le noir du tissu. Fenrir en était couvert.

Il feinta, elle esquiva souplement. Elle n'avait pas même pris la peine de retirer sa veste alors que lui même sentait sa chemise coller dans son dos. Saleté de fille du diable...

L'oncle et la nièce s'étaient lassés de cet entraînement et la cour intérieure des écuries était presque déserte. Quelques écuyers passaient mais se désintéressaient de ce spectacle d'endurance.

Vamp était immobile, attentive aux mouvements de son adversaire. C'était un jeu. Ils ne faisaient que commencer. Contrairement aux apparences, elle devait lutter pour rester concentrée. Son esprit lâchait la situation à son instinct et vagabondait vers des problèmes qui lui semblaient bien plus dangereux que le bouffon arrogant face à elle.

Cela faisait presque un mois qu'elle avait cru perdre Lin dans le bordel de Valentin. Et la peur était toujours là, tapie au fond de son abdomen, endormie. Elle gangrenait la complicité qu'il y avait toujours eue entre le barbu et la grande brune. S'ils avaient réussi à se rapprocher l'un de l'autre, Vamp n'avait pas retrouvé sa spontanéité envers lui. Trop de choses n'avaient pas été dites, trop de douleur planait encore sur eux.

Lin cauchemardait. Chaque nuit, il était agité par la peur et chaque matin il évitait les questions de la femme qu'il aimait. Femme qui se noyait et s'enfonçait dans les insomnies.

Son pied glissa dans la boue et Vamp reprit son équilibre en forçant souplement sur ses cuisses.

Il ne lui parlait pas. Il plaisantait, éludait, la couvait de tendresse, mais ne lui parlait pas. Il souffrait et refusait de s'en ouvrir à elle. Il souffrait sous son nez et il l'écartait de cette partie de lui. Ce silence l'isolait de Lin et l’empêchait d'aller vers lui. Ce mutisme n'empêchait pas Vamp d'aller vers lui. C'était la confiance qui la retenait.

Lin l'avait trompée. Il l'avait écartée de lui, l'avait écartée du danger et lui avait clairement dit qu'il le ferait de nouveau si la situation l'exigeait. C'était ce geste qui empêchait la grande brune de s'abandonner sereinement dans les bras du barbu. Tous ses gestes, toutes les marques de tendresse qu'elle lui offrait étaient bridés par le doute et la peur qu'il ne recommence un jour. Parce que s'il recommençait, Vamp n'accepterait jamais de s'éloigner de nouveau. Deux options s'offriraient alors à elle : la confrontation avec Lin qui se promettait violente ou le mensonge. Or Lin, Vamp et le mensonge, c'était...

Fenrir la toucha au menton. Elle fronça les sourcils. Le jeu était fini.



La veste noire avait fini abandonnée sur l'une des barrières qui délimitaient la cour intérieure. Vamp respirait calmement mais le rouge de l'effort physique colorait ses pommettes. Les manches de sa chemise retroussées au-dessus des coudes, la peau de ses bras nus se laissait effleurer par la fraîcheur matinale. Elle avait le vent contre elle, la brise s'enroulait autour de ses bras, enlaçant son cou avant de chatouiller sa nuque brûlante. C'était une caresse douce et agréable.

Fenrir exigeait une concentration constante et aiguë. Elle était plus souple, plus rapide, mais Fenrir avait une force qui la surpassait amplement. S'il parvenait à l'attraper, il la maîtriserait sans peine et elle ne réussirait à se soustraire à sa poigne que s'il le désirait. Il avait une ossature et une résistance de paysan, Vamp avait les os friables de la noblesse.

Elle évitait autant que possible le corps à corps. Elle y manquait toujours de précision, c'était son plus grand danger, et même si Fenrir lui semblait un peu plus essoufflé ces dernières minutes, elle ne s'y fiait pas. Il était très bon acteur.

Son plus grand atout était ses jambes. Longues, fines, elles semblaient pesamment ancrées dans le sol puis, la seconde d'après, répondant à l'instinct du réflexe, s'envolaient légèrement à distance raisonnable du jeune homme.

Mais c'est son instinct qui brisa sa concentration. Sa conscience heurta une autre conscience. On les observait.

Vamp leva les yeux pour rencontrer un regard noisette. Une étincelle s'alluma dans les pupilles de la jeune femme.

Sagement appuyé contre la barrière de bois, témoin calme et bien attentif à la situation. Exactement la même expression que lorsqu'elle sortait du bain. Un début de sourire étira les lèvres de la jeune femme.

Ouuh qu'il était beau son h...

Fenrir la faucha, percutant ses côtes et étalant son corps longiligne au sol dans un bruit sourd. La boue froide traversa le tissu de sa chemise pour atteindre la peau blanche. C'était gluant et nauséabond. Un cri d'impatience s'arracha de sa gorge et elle lutta pour dégager le corps lourd de Fenrir qui s'appuyait sur le sien. Les quatre jambes s’emmêlèrent. Vamp peinait.  La boue grossière traça son chemin entre les mèches noires jusqu'au cuir chevelu, couvrant sa nuque d'une sensation visqueuse. La grande brune, à bout de souffle, trouva la force de frissonner de dégoût.

Ce combat l'irritait. D'abord, parce qu'elle perdait, c'était indéniable. Ensuite, parce qu'elle allait en ressortir sale. Mais surtout, il l'empêchait d'aller retrouver Lin. Et on ne la séparait pas de son barbu.

Vamp attrapa Fenrir par l'entrejambe. À pleine main, elle y referma son poing et serra comme si elle agrippait une poignée de noix. Le corps de Fenrir se tendit avant de s'immobiliser et, étrangement, se fit bien plus léger sur le sien. C'était un coup interdit et il allait lui faire payer. Elle le savait. Mais dans l'immédiat, Fenrir n'était plus bon à rien. La main droite toujours agrippée fermement à ce qu'elle tenait, la gauche tira sur le col de sa chemise pour le dégager loin d'elle et l'envoyer dans un coin avec le même geste qu'elle avait quotidiennement pour le linge sale.

Elle se redressa calmement, le dos et le ventre couverts de boue, et se leva d'un petit élan pataud. Un irrépressible sourire lui monta aux lèvres. Elle rejoignit Lin et passa ses bras nus et sales autour de sa taille.


- Salut.

Sa bouche trouva la sienne sans attendre. Ses mains possessives remontèrent le long du dos droit et le corps blanc se moula étroitement à celui du barbu, le maculant soigneusement de boue.

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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Mer 31 Mai - 11:00

Ses sourcils rejoignirent le coin dans ses lèvres vers le haut de son visage. Il sentait à la fois le froid humide de la boue qui commençait à imprégner ses vêtements et la fraîche pulpe de ses lèvres qui commençait à envahir les siennes. Le contraste était aussi surprenant qu'agréable.

D'un mouvement qui sentait le naturel, il enroula son bras autour de la taille fine, approchant la jeune femme encore un peu plus proche de lui. Il aimait sa proximité, il n'avait aucun mal à l'avouer. Mais la tenir si étroitement contre son corps alors que l'autre imbécile était juste à côté lui apportait une satisfaction encore plus grande, qu'il n'aurait révélée pour rien au monde. C'était un égoïsme pur et agaçant qu'il gardait bien au chaud dans un coin reculé de sa conscience, là où il pouvait en caresser le mauvais plaisir tout autant qu'en ignorer le ridicule.

Pourtant, sa bouche finit par se détacher de la sienne alors qu'il inclinait le visage, l'air railleur.


T'avais besoin d'une serviette taille humaine ?

Se disant, il retira une macule de boue qui entachait une pommette blanche d'un revers de pouce.

Je t'ai connue plus agile...

Son regard quitta un instant le visage blanc pour se poser sur Fenrir, quelques pas derrière. Cet énergumène avait le don de lui hérisser le poil. Chaque fois qu'il le voyait, une fureur sans commune mesure s'invitait entre ses côtes jusqu'à éclater dans sa tête. Il avait une soif de vengeance que rien ne pourrait étancher. Rien exceptée la mort après lente torture de cet être vil.

Le dessein qui naissait sous son crâne commençait à prendre forme dans ses pupilles, le rendant bien plus dur que quelques instants auparavant. Il dut prendre sur lui pour inspirer profondément et détourna son attention sur la jeune femme à nouveau. Il n'était pas venu pour achever celui qui ne méritait rien de mieux. Il était venu pour elle. Et il ne comptait pas s'en détourner.

Je t'offre un bain ?

Il lui fit signe d'un mouvement de tête, son bras déjà passé autour de ses épaules alors qu'il amorçait le trajet vers chez lui.

C'est pas encore le grand luxe mais j'ai un bac, c'est déjà ça. J'ai même récupéré un truc qui sent bon au marché, vendu par un type qui se vantait d'attraper toutes les nanas avec ça.

Il commença alors à raconter son escapade au marché et sa rencontre avec ce marchand. Il avait eu beau lui promettre que sa femme était différente du reste des vivants, le type avait insisté pour lui refiler un petit sachet de poudre colorée à verser dans l'eau du bain. Comme quoi ça donnerait du goût à la flotte et une bonne odeur aux vapeurs. Evidemment, il lui avait faire l'article et Lin l'avait décousu petit à petit. Et comme finalement l'autre était vexé, il avait fini par lui donner pour lui prouver sa bonne foi.

Techniquement, j'l'ai pas acheté. Mais ça retire rien à ce que ça doit faire normalement.

Un grand sourire satisfait sur le visage, il emportait la brune vers sa triste masure, bien décidé à la faire tremper dans le cocktail de senteurs qu'il avait glâné.

Depuis les évènements passés, il mettait un point d'honneur à s'occuper d'elle convenablement et à lui accorder un temps qu'il rabottait allègrement sur son entreprise avec Larson. Pourtant, il avait conscience qu'elle retenait certains griefs à son égard mais il n'était pas sûr d'être prêt à les affronter. Son coin de conscience bien recouvert d'un drap semi-opaque, il marchait à ses côtés vers le bain auquel il préférait penser.
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Vamp

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MessageSujet: Re: L'ombre de la peur et le souvenir de la perte   Sam 14 Oct - 17:46

L'eau était à la plus parfaite des températures. Elle ondulait tranquillement contre la peau blanche, accompagnant les larges mains du jeune homme qui s'appropriaient ses hanches. Les doigts blanchâtres se crispèrent contre le rebord du baquet de bois.

Elle avait acculé Lin sans la moindre pitié. Les non-dits qui planaient sur le couple rendaient la grande brune inconsciemment plus brusque, plus ferme et plus autoritaire. Elle l'écoutait à peine, la rancoeur continuait de chuchoter dans sa poitrine et la rendait sourde aux paroles du barbu. Vamp ne pensait qu'à elle. À elle et à la peur qu'elle avait ressentie, cette nuit-là, dans ce bordel.

Lin étendait son territoire jusqu'à ses fesses pour la soulever vers lui. Les longs doigts fins remontèrent contre la nuque humide pour se glisser entre les mèches paille du jeune homme. Le corps altier se redressa, souverain, et coinça la taille du barbu entre ses genoux.

Elle avait terriblement envie de lui. Leurs dernières unions n'avaient en rien ressemblé à leurs histoires précédentes. Vamp lui en voulait. Incapable de mettre des mots sur sa douleur, elle évacuait sa peur, sa colère et son trop plein d'amour dans des unions brèves et fermes.

Un mouvement malencontreux tapa contre l'épaule blessée. Il étouffa un « humpf » de douleur. Elle baissa les yeux et les plongea dans les siens, un sourcil d'ébène arqué. Il avait mal ? Vraiment... ? Elle s'était immobilisée au-dessus de lui, la tête inclinée sur le côté, le sondant du regard, le défiant d'articuler le moindre commentaire. Quelque chose couvait en Vamp, couvait entre eux. Une tension amère gonflait entre les deux corps. Elle pourrait lui faire mal, le faire souffrir physiquement jusqu'à ce que la douleur devienne intolérable et qu'il la repousse. Elle pourrait appuyer contre cette épaule.  Elle pourrait faire éclater tout ce silence qui gangrenait leur couple, déclencher le conflit, la violence et les hurlements de reproches.

Elle se pencha, mordit sa lèvre et le poussa au plaisir, évacuant tension et rancoeur dans un souffle haché par l'effort.



Lin se vengea plus tard au cours de la journée. Lové contre son dos, il la réveilla et la posséda. Elle se soumit sans la moindre résistance.





- … je te dis qu'il nous regarde bizarrement. Faut le sortir, sinon il va nous laisser un cadeau sur le tapis.

La nuit tombait tout juste. Ses longs membres tout engourdis par un excès de plaisir ceignaient le torse et la taille du jeune homme. Ils avaient fait l'amour toute la journée, au grand désarroi du chiot qui commençait à s'impatienter.

Pour mieux contredire ses paroles, Vamp se pelotonna au mieux contre lui et cacha son nez contre la barbe si familière de son homme, bien décidée à ne pas se lever. Elle sentait de délicieuses courbatures s'enrouler autour des muscles de ses cuisses. Contractées, elles avaient serrées trop fort la taille de Lin. La grande brune resta de longues minutes sans bouger. Puis, sans prévenir, ses bras élancés se dénouèrent, son coude s'enfonça dans le matelas et elle se redressa
.

- Lin... ?

Elle le regardait fixement, cillant à peine, légèrement penchée vers lui. Ses cheveux emmêlés dans un fouillis d'ébène branlaient d'un côté de son visage et quelques mèches venaient chatouiller l'une de ses pommettes.

- Quand penses-tu reprendre tes... « activités » ?

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