l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 La Chute...

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Vamp

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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 20 Déc - 18:32

Elle s'était allongée sur le ventre, son long corps blanc et nu reposant sur le tapis rêche, observant Lin de ses grands yeux noirs brillants alors que son menton pâle s'appuyait d'un geste mutin sur son avant bras replié. Elle ne l'écoutait pas le moins du monde, trop occupée à laisser son regard dériver sur l'anatomie nue de son homme, sans une once de pudeur pour l'arrêter. Un vague sourire flottait sur les lèvres de la jeune femme. Toutes ces belles choses rien que pour elle, uniquement pour assouvir le moindre de ses désirs...

Son sourire s'accentua lorsque les fesses du barbu disparurent sous les braies brunes. Elle y avait laissé la marque de ses ongles. Et elle se ferait un délice de recommencer... et au plus vite.

Lin disparu dans les escaliers, elle s'étala paresseusement sur le dos, sa paume brûlante recouvrant distraitement la morsure qu'il avait laissée dans le creux de son cou. Il lui avait arraché un gémissement, ses dents attaquant la chair avec assez d'assurance pour que la douleur la fasse réagir. Elle adorait faire l'amour avec lui.

Un craquement de bois dans l'âtre la sortit de ses pensées. Vamp se leva et enfila la chemise du jeune homme sur ses épaules graciles. Le tissu était doux contre sa peau, léger et embaumé par l'odeur du barbu. Large pour son corps fin, le col tombait largement sur son buste et ne la tenait habillée que par miracle. D'un geste las, elle ramena ses mèches noires en arrière par un mouvement de main négligeant. Il était passé où exactement ? Elle était fatiguée, elle voulait dormir.

Vamp s'étira une nouvelle fois avant que son regard ne tombe sur le tapis. Les pluches étaient aplanies là où Lin l'avait prise, sévèrement agrippé à ses hanches, et où son corps s'était cambré de plaisir. Un nouveau sourire chatouilla ses lèvres. Elle était fatiguée mais pas assez pour ne pas l'attirer une seconde fois entre ses bras...

Quelques paroles étouffées lui parvinrent faiblement au-dessus de sa tête. Vamp plissa le front et leva les yeux au plafond, sceptique. Lin n'avait pas pour habitude de parler seul, contrairement à Fenrir qui marmonnait sans cesse, même lorsqu'il dormait.

Quelles étaient les paroles du barbu déjà ? Une histoire de mâle et de remparts... ?

Pas vraiment honteuse de n'écouter qu'à moitié l'homme qu'elle aimait, mais profondément curieuse de découvrir le sens et le destinataire de ses paroles, elle s'approcha de l'escalier, ses pieds nus effleurant silencieusement le sol. Le craquement des marches et le bruit des griffes sur le bois suspendirent son impulsion.

Vamp entrouvrit les lèvres, le regard rivé sur la petite forme allongée à cheval entre le sol et la marche. Son regard était désert. Il n'y avait plus de malice, de taquinerie ni de curiosité. Les bras le long du corps, elle était d'une immobilité parfaite, seuls les pans de la chemise trop grande ondulant paisiblement contre ses hanches. Ce fut instantané. Un coup de foudre, une bouffée d'amour et de tendresse qui nouèrent un nœud douloureux dans le creux de sa poitrine. C'était hirsute, broussailleux, joueur et innocent.

Vamp cilla en se redressant, relevant le menton avec fierté sans parvenir à détacher le chiot du regard. Aussi sûrement qu'elle aurait arraché la gorge du premier homme qui aurait osé poser ses doigts sur elle, elle voulait prendre cet être ébouriffé et le blottir tout contre sa poitrine pour le protéger et le câliner irraisonnablement.

Elle déglutit, soumise à une lutte intérieure avant de se pincer les lèvres, redressant ses épaules de quelques nouveaux millimètres encore.

Lin descendit. Les deux regards se croisèrent avant de s'accrocher. Vamp ne le quitta pas des yeux jusqu'à ce qu'il s'appuie contre l'escalier, avec sa nonchalance de gamin des rues, les bras croisés sur son torse.

Silencieuse, elle reporta son attention sur le chiot, très calme en apparence mais certainement pas détachée. Un léger tressaillement étira le coin de ses lèvres avant de s'évanouir. Elle s'avança de quelques pas avant de s'accroupir à hauteur du museau humide, à une distance raisonnable mais assez près pour plonger son regard noir dans les yeux interrogateurs de la petite bestiole hirsute. Ils s’entre-regardèrent une longue minute dans le plus parfait des silences avant que Vamp ne se redresse avec le même calme apparent, les yeux toujours baissés.

Elle osa le quitter de son entière attention quelques secondes pour jeter un œil bref à Lin.


- Il est pour moi ?

Un simple hochement de tête lui répondit. Vamp sentit une vague d'un sentiment doux et chaud envelopper sa poitrine, un sentiment assez fort pour roser ses joues d'embaumée. Le noir de ses yeux se voila d'une pellicule humide, l'espace d'une demi seconde avant qu'un cillement ou deux ne la fasse disparaître. Elle ne reporta pas son attention sur le chiot. Elle regardait Lin. Uniquement Lin. Ce grand barbu insolent qui venait de lui offrir tranquillement un petit être pataud et maladroit.  Elle l'enveloppa d'un regard sombre et soyeux avant de faire disparaître les quelques mètres qui les séparaient.

Ses doigts fins et longs emprisonnèrent le menton barbu alors qu'elle inclinait la tête sur le côté pour embrasser ses lèvres. C'était doux et chaud. D'une légère pression, sa langue toucha la peau veloutée  de sa bouche avant de venir caresser celle du jeune homme. Ce n'était pas un simple baiser de remerciement. C'était une longue et profonde déclaration d'amour. Sa main glissa de son menton à la nuque du barbu, l'inclinant plus vers son visage à mesure que sa langue s'imprégnait de ce goût et de cette sensation si familiers. Son corps se serra tendrement contre le torse nu et chaud, comme pour mieux imprimer les émotions qui tapaient dans le creux de sa poitrine, alors que ses lèvres finissaient par libérer celles de Lin. Son nez câlina un instant le sien avant qu'elle ne s'arrache définitivement à son contact.

Lin se trouvait entre le chiot et elle. Vamp ne se précipita pas. Une réserve timide et instinctive l'en empêcha. La même petite étincelle de méfiance brillait dans les yeux du chiot et dans les siens. Prudente, elle resta à la gauche de Lin, tout comme le cabot broussailleux gardait ses positions à la droite du barbu.  La grande brune s'accroupit une seconde fois, les coudes appuyés sur ses genoux pliés.

Ce n'était pas nouveau, Vamp ne savait pas se faire des amis. Lin lui-même en avait fait la remarque quelques jours plus tôt.

Toute timide, elle tendit ses doigts effilés à mi-chemin entre elle et le chiot, paume vers le ciel, ses phalanges à quelques centimètres à peine du parquet rêche.


- Mmh... Salut... ?

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Lin
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MessageSujet: Re: La Chute...   Mer 30 Déc - 18:45

Le sourire qui s'affichait sur le visage du barbu était loin du narquois qu'il arborait d'habitude. S'il avait perçu l'intensité révélatrice de son état dans le baiser de sa compagne, Lin avait surtout décelé le voile humide qu'elle avait vite relégué au rang d'absent. Elle était émue devant cette bestiole mal dégrossie et certainement d'autant plus touchée qu'elle provenait de lui. Tout du moins, de son initiative. Et il était loin d'être insensible à cette manifestation presque exubérante dans son référentiel de son émotion.

Une longue inspiration gonfla ses poumons d'air alors qu'il suivait du regard l'évolution de Vamp. Elle d'habitude si hautaine avait perdu toutes les composantes de son mépris pour s'agenouiller à hauteur de la bête à poils qui trônait à moitié sur les marches. Elle s'apparentait plus à une petite fille curieuse qu'au bout de glace intransigeant qu'elle avait l'habitude d'être en société.


A les regarder tous deux de part et d'autre de lui-même, le barbu fut pris d'un sentiment inconnu qui lui vrilla le torse. Il déglutit pour essayer d'en atténuer l'intensité, sans y parvenir. Incontrôlablement étouffé par une onde d'émotion, il prit le parti de s'asseoir à même la marche pour ne pas se laisser submerger. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas expérimenté si forte impression et il avait presque la sensation qu'un pan veineux venait de se rouvrir avec fracas quelque part entre ses côtes. Aussi incontrôlé que ce qui le rendait presque confus, son sourire gagna jusqu'à l'angle de ses yeux. Quelque chose de prégnant était en train de s'installer au fond de ses tripes.

A peine assis, le museau du chiot vint renifler la cuisse du barbu et léchouiller le bras nu juste au-dessus. Ca, c'était son copain. Il avait cru qu'ils allaient se balader mais apparemment, c'était plutôt repos. Repos et nouveauté. Il n'avait pas fui en voyant la toute blanche qui tendait désormais une main vers lui. C'était qu'il devait pouvoir lui faire confiance. Mais à quel point ? Les yeux vifs de l'animal se posèrent de nouveau sur Vamp avant de s'en détourner encore une fois. Regard au barbu et coup de museau sur le flanc. Des indications quoi. Parce que là, c'était difficile d'évaluer tout seul. La queue toujours battant calmement, la bestiole essayait de jauger les rapports entre les deux humains.

Machinalement, Lin leva le bras pour laisser passer la tête du chiot et se tortilla sous le coup de truffe. C'était humide et frais. Contact surprenant. Il ne put s'empêcher de porter son regard sur la tête ébouriffée qui semblait le scruter et il passa sa large paume sur le crâne déjà bien large du petit poilu. Il s'y était attaché, finalement. Il n'avait songé qu'à le donner à Vamp mais il n'avait pas imaginé qu'il aurait tissé des liens avec. Sa main s'égara le long du dos dru jusqu'à tapoter l'un des flancs de l'animal, presque rassurante.

Bah alors mon vieux. Tu jouais moins les peureux avec ma chaise hein...

Il attrapa une babine du chiot pour la tripatouiller dans tous les sens. Il savait qu'il réagirait avec ça et qu'il oublierait vite ses réticences. A cet âge-là, le jeu prenait le pas sur pas mal de choses. Et ce chiot-là ne faisait pas exception à la règle. D'un jappement joyeux, il s'écarta légèrement du flanc du barbu pour l'inviter à jouer, la tête baissée et la queue toute agitée. Lin sourit.

Je pense que là, ça va être le bon moment pour le saluer.

Il s'adressait à Vamp, le regard porté sur l'animal tout fou, prêt à partir comme une fusée sur quiconque accepterait de jouer avec lui. D'un mouvement de menton, il désigna le Cadavre et se mit à taper dans ses mains pour encourager la bestiole à sauter sur la jeune femme. Excité par l'attitude du barbu, le chiot se tortilla un moment sur place en retenant un grognement enthousiaste, la gueule entrouverte, déjà à moitié en train de jouer. L'instant d'après, il lançait ses pattes trois fois trop grosses pour son corps sur l'avant-bras de la brune et laissait son corps pataud se heurter au sien, couinant gaiement pour l'inviter à jouer avec lui.

Lin ne put retenir un éclat de rire en voyant l'arrière-train mal équilibré du chiot basculer pesamment jusqu'au sol alors qu'il se tortillait, à moitié sur le dos, pour parvenir à lécher le menton de Vamp. Il observa la scène avec une joie enfantine, oubliant presque ce pourquoi il avait décidé d'offrir cet animal à sa compagne. Le terme s'ancra dans son esprit à mesure qu'il regardait la bestiole conquérir la brune et son sourire se figea à l'unisson. Il lui fallut alors déglutir à nouveau. La même émotion s'invitait à nouveau dans son torse.
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Vamp

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MessageSujet: Re: La Chute...   Ven 22 Jan - 7:44

Le regard sombre s'alluma d'une étincelle chaude et tendre. Une sensation douce s'enroula en boule dans le creux de sa poitrine. Le moindre de ses sens était anormalement sensible à ce précieux instant. C'était comme si son âme s'ouvrait à cette scène si simple, ses pétales délicatement tendues vers ce grand barbu et cette boule de poils broussailleuse. Ce jappement de chiot et ce rire d'homme...  C'était magnifique. C'était le plus beau des cadeaux.

Un irrépressible sourire étira les lèvres de la grande brune. Un sourire comme il était rare de le lui voir accorder au monde.

Une heure plus tard, assise à même le sol et adossée au torse du jeune barbu, Vamp reprenait doucement son souffle malmené à force de rires et de jeux. Sa nuque s'appuyait contre l'épaule de Lin avec un abandon heureux, et si elle sentait la pression de son bras possessif enlacé à sa taille, elle devinait aussi son sourire caché dans le creux de son cou pâle. Détendu, son corps élancé se laissait aller à la chaleur que dégageait celui du barbu, leurs longues jambes étendus devant eux sur le sol. Seul le genou droit plié du jeune homme brisait leur symétrie et Vamp s'y accouda, la tempe s'appuyant contre la paume de sa main alors qu'un irrépressible sourire flottait sur ses lèvres depuis le commencement de cette précieuse surprise.

Le cœur de Lin tapait contre l'une de ses omoplates, fredonnant un bonheur qui répondait au sien. La nuit, l'angoisse et Valentin avait disparu, le monde extérieur s'était évanoui pour ne laisser qu'eux, ce chiot, ce cœur de l'homme qu'elle aimait et qui raisonnait le long de sa propre colonne vertébrale.

C'était inestimable.

Sans quitter la boule hirsute du regard, Vamp inclina très légèrement la tête en une invitation muette jusqu'à frissonner de plaisir en sentant les lèvres du jeune homme y répondre. La pression de ces lèvres tièdes dans le creux de son cou l'obligea à fermer les yeux un bref instant mais Vamp les rouvrit vite. Elle ne voulait pas perdre le chiot du regard.

Ils avaient joué comme des gamins fébriles et innocents, attisés par l'agitation de l'autre et par l'excitation du chiot dans une partie de course-poursuite inexplicable et déraisonnée. Ils avaient fini  sur le sol, Lin les cheveux parfaitement emmêlés et la grande brune sa chemise trop large tombant d'une épaule.

Vamp ne s'était pas encore risquée à le toucher. Elle l'avait taquiné du bout des doigts et excité par le jeu mais n'avait pas osé le prendre tout contre elle. Elle avait peur, irraisonnablement peur, que le chiot refuse son amour et ne s'éloigne d'elle. C'était un risque qu'elle ne se décidait pas à prendre. Elle préférait rester dans la sécurité des bras de Lin et observer de loin que d'être repoussée par cette boule de poils.

Les yeux du chiot observaient le couple immobile et enlacé, gorgés d'incompréhension. Vamp sourit de nouveau. C'était le second coup de foudre de sa vie.

Lin lui chuchota quelques paroles, apportant un début de moue bougon aux lèvres pâles. Elle ne voulait pas bouger. Elle voulait rester là, tout contre lui, à observer sa famille sans plus s'occuper de rien.

Mais il avait raison. À cette heure, on avait déjà dû remarquer et l'absence d'Isaac et l'absence de Lin. Ces deux disparitions étaient bien trop suspectes pour que le couple se risque à rester plus longtemps sous le toit du barbu. Il fallait bouger et vite. Il fallait protéger sa famille. Elle finit par hocher la tête. Ses côtes protestèrent d'une douleur aiguë lorsqu'elle se releva et Vamp grimaça. Le jeu était fini.

Impeccablement vêtue, elle se tenait droite dans la chambre du jeune homme, rangeant quelques affaires dans sa besace pour les jours à venir. Lin lui tournait le dos. Le linge noir répondait au lin blanc dans le fond de son sac aux côtés d'un pot de miel entier et de quelques brioches, douceurs qu'elle venait de découvrir et dont elle s'empiffrait volontiers. Un nouveau réflexe l'obligea à se gratter l'angle du cou. Vamp frissonna de dégoût. Il allait falloir plus qu'une nuit d'amour pour la purifier de la langue d'Isaac. Elle gratta plus fort.

Elle s'empara de la veste noire et courte portée lors de son escorte rapprochée aux côtés de Valentin. La grande brune l'observa pensivement. Le tissu noir occultait les traces de sang mais elle sentait parfaitement la tâche sèche et rêche sous ses doigts. Son sang. La ligne de ses sourcils se durcit.

Sa mâchoire commençait déjà à se contracter lorsqu'un reniflement curieux attira son attention et doucha la soif de violence qui commençait à noyer sa poitrine. Une démarche pataude et une queue trop longue qui tapait dans les meubles et dans les mollets lui arrachèrent un énième sourire. Toujours prudente et timide, Vamp s'accroupit à hauteur de museau pour regarder la bestiole dans les yeux. Elle mourrait d'envie de le prendre contre elle. Toute aussi empotée que le chiot, la grande brune lui proposa ses doigts effilés à renifler, le blanc de sa carnation jurant sur les poils noirs de leur nouveau compagnon. Moins méfiant, ce dernier les baptisèrent de quelques coups de langue. Vamp fondit. Elle lui chuchota quelques mots tendres dans son dialecte natal avant de s'asseoir à même le sol, s'aventurant à le grattouiller derrière les oreilles. Il promettait les mêmes grandes jambes qu'elle. Vamp inclina la tête sur le côté, pensive. Hm. En revanche, il avait le poil ébouriffé de Lin. Un léger rire un brin moqueur pour le barbu s'éleva de ses lèvres, récoltant un coup de langue sous le menton.

Le regard noisette de son homme lui jeta un coup d'oeil interrogateur mais elle se contenta de lui répondre par un grand sourire de sale gamine effrontée.

Le froid mordant les attaquèrent dés leur sortie. Frileuse -et possessive-, Vamp se rapprocha de Lin jusqu'à glisser sa main dans la sienne. Son souffle formait des panaches de brume blanche dans le silence de la nuit. Les rues et ruelles étaient désertes. Elle n'avait absolument aucune idée de l'endroit où le jeune homme comptait l'amener. Son corps commençait à s'alourdir, blessé et fatigué, et elle s'appuya un peu plus pesamment contre Lin. Quelques flocons s'envolèrent pour se glisser dans le col de son manteau, glaçant la peau de son cou et le creux de ses clavicules. Si les chutes de neige reprenaient, il serait plus difficile de suivre leurs traces dans la neige et leur silhouette se perdrait dans l'opacité du rideau blanc. Vamp sourit. À croire qu'on leur facilitait enfin la tâche.

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Lin
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MessageSujet: Re: La Chute...   Ven 5 Fév - 15:04

Il la sentait peser sur lui depuis que le froid les avait engloutis. Plongés dans l'obscurité de la nuit, dérobés à tous regards par les coulées de neige qui tombaient du ciel, ils formaient un simple bloc, unique silhouette aux quatre jambes.

Vamp avait glissé sa main dans la sienne alors qu'ils étaient à peine sortis et plus le temps passait, plus elle avait enveloppé son bras de sa chaleur, jusqu'à ce que son buste entier repose contre lui, sa joue lovée contre son épaule. Il n'avait pas bronché. Il aimait qu'elle glisse ses longs doigts fins entre les siens avec cette possessivité silencieuse qu'il lui connaissait. Elle ne piquait pas de crise, ne cassait pas de vase, ni ne lui jetait quoi que ce soit à la figure lorsqu'elle était jalouse. Elle se contentait d'une remarque d'apparence anodine qui aurait berné tout auditoire excepté Lin. Surtout, elle ne venait pas se lover contre lui comme elle avait l'habitude de le faire une fois à l'abri des regards. Quand il venait à manquer de son contact, il comprenait que quelque chose clochait.

Elle se comportait rarement en docile petite femme amoureuse mais il ne doutait pas un seul instant de ses sentiments pour autant. Son affection passait par une multitude d'attentions et de gestes aussi discrets qu'efficaces. Et le poids qu'il ressentait contre son flanc n'en était qu'une preuve de plus.

Un mince sourire éclaira le visage barbu avant que ses doigts ne resserrent leur étreinte sur les phalanges immaculées de Vamp. Cette femme avait le don de le troubler, même à moitié endormie.

C'est cependant alerte qu'il arriva au pied du rempart ouest, les yeux vifs, perçant les ténèbres de ses pupilles pour s'assurer qu'aucune âme ne les verrait grimper là-haut. Le chiot n'avait pas eu droit de poser ses pattes dans la neige depuis qu'ils étaient sortis afin d'éviter toutes traces inhabituelles et il se vit resserrer contre les côtes de Lin, le bras ferme. Ce n'était pas le moment qu'il gigote pour s'échapper.

D'un mouvement leste, il détacha la brune de son flanc pour lui faire prendre les marches creusées à même la roche. Sa voix s'accordait au moelleux duvet blanc qui recouvrait désormais la ville.


Monte et dis-leur que je t'accompagne. "Le grand barbu", ça devrait leur suffire.

Il esquissa un sourire à demi-amusé avant de poursuivre.

Si ça suffit pas, tu casses un nez. Ils devraient comprendre.

Il lui fit signe de se soustraire à la ville pendant qu'il s'appuyait nonchalamment contre le mur. Si le moindre observateur voyait deux personnes monter ces marches-là enlacées comme ils l'étaient, il aurait tôt fait de comprendre le traquenard. Là, il ne s'agissait que de délayer. Une minute d'écart suffirait. Le temps qu'on croie à deux rôdeurs pressés de se mettre à l' abri sans être vus en ville. Si tant était que quelqu'un les observait.

Lin tourna les talons à peine une demi-minute plus tard. Avec ce rideau de neige, il y avait peu de chance que quiconque se soit risqué à l'extérieur et si c'était le cas, que sa vue soit assez bonne pour détailler leurs traits. Il s'élança donc sur les pas de la brune, le chiot solidement pressé contre lui.

Les gardes en faction n'avaient pas l'air amochés et Vamp l'attendait juste derrière eux, comme pour bien signifier qu'elle n'avait eu aucun mal à passer. Le coin des lèvres du barbu se releva. Elle était d'une fierté incomparable en toutes circonstances. Il passa le duo qui ne salua que d'un bref signe de tête, passa devant la jeune femme avec une quasi indifférence et ne l'invita à le suivre que d'une pression discrète à hauteur de sa hanche. Il n'avait pas spécialement de doute sur la loyauté de ces gars-là mais la plus infime mesure de sécurité n'était pas mauvaise à prendre. Aussi attendit-il que la porte dérobée dans l'une des tours de garde se soit refermée sur eux pour déposer le chien au sol et poser un baiser machinal dans les cheveux de la brune.


J'ai pris soin de réserver une chambre à la hauteur de Sa Majesté ma nobliotte.

Le ton était narquois, presque moqueur. En termes de chambre, ils se trouvaient dans un carré de tout au plus cinq mètres sur cinq, entourés de murs de pierre porteurs d'une torche chacun et où seule une meurtrière laissait entrevoir le ciel nocturne. Juste au-dessous trônait le large matelas de paille exigé par Lin la veille, remplaçant un étroit couchage à peine assez grand pour recevoir un homme en chien de fusil.

- Larson, tu te fous de ma gueule ? C'est pas un lit, ça...

- Et alors ? T'comptes t'taper ta morte pendant c'temps-là ? J'te rappelle qu'tu dois finir d'mettre en place not' plan. Pas baiser c'te cadavre.


Le lendemain soir, une paillasse double remplaçait le couchage sommaire, refoulé le long du mur en guise de banquette. Tout comme un bleu sous l'oeil de l'anglais avait remplacé ses cernes. Lin appréciait moyennement les libertés que prenait son compère pour évoquer sa compagne et il comptait corriger ce désagrément. D'une secousse de tête, le barbu revint à l'instant présent, s'ébouriffant les cheveux.

Cet imbécile n'avait pas cru bon de faire monter un sommier. La paillasse avait été posée à même le sol. Elle était tout de même recouverte de couvertures épaisses et deux oreillers étaient plantés à une extrémité. Maigrelets mais présents. Un soupir échappa au jeune homme. Heureusement que ce n'était que pour trois jours.

Contre le mur face à la nouvelle banquette, un bureau de bois à peine assez grand pour laisser tenir un parchemin, un encrier et une plume côte à côte. Et éventuellement un bras, si on n'était pas trop gros. La chaise n'avait pas l'air plus confortable que le lit initial. Un regard circulaire acheva de rappeler à Lin l'utilisation première de cette pièce. Un lit, une banquette, un bureau, une porte, quatre murs. Chacun une torche, chacun un meuble. Simple poste de repos pour les gardes trop avinés. Nouveau soupir. Trois jours, quand même.

Je te laisse découvrir les lieux. Evite juste de te perdre.

Il déboutonnait sa veste en même temps qu'il raillait sur l'endroit. Au centre de la petite pièce se trouvait un renfoncement entouré de cailloux grossiers. Le front du barbu se plissa alors qu'il désignait l'endroit à la brune.

Et là, notre magnifique cheminée. Un confort hors du commun.

Il ne put s'empêcher de lever au ciel en posant le vêtement sur le dossier de la chaise. Ca allait être franchement inconfortable. Peut-être que ça l'aiderait à avoir envie d'aller se mettre en chasse de l'enfoiré sur ses terres. Il allait lui falloir une bonne dose de courage pour se couler dans ce bordel avec pour objectif d'éliminer le patron. Ils avaient beau être en bonne position, avoir beaucoup d'informations et connaître les lieux sur le bout des doigts, ça n'en restait pas moins une entreprise périlleuse. D'autant plus périlleuse qu'ils n'avaient pas droit à l'échec. S'ils rataient leur cible, même d'un cheveu, ils se feraient réduire à néant. Faire tomber le masque, c'était se mettre à nu. Un seul coup de poignard autorisé. Et après, désarmé, nu comme un ver, face à un adversaire à peine écorché et bien entouré. Non. Ils n'avaient pas droit à l'échec.

Engourdi par les pensées qui occupaient son esprit, Lin ne prit pas conscience tout de suite de la proximité de Vamp. Elle observait les lieux avec attention, presque avec méfiance et la distance au bras du barbu ne devait pas excéder les dix centimètres. Comme si elle jaugeait un lieu hostile en prenant soin de rester dans une zone qu'elle savait fiable. Le chiot se montrait plus téméraire, la truffe collée au sol et sa grande queue battant contre chaque montant de meubles.

Une ultime grimace ponctua les divagations internes du barbu avant qu'il ne revienne à la réalité.


Bon. Un feu et au lit.

Tapant dans ses mains, il s'activa pour entamer le programme.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Mer 10 Fév - 11:58

Les cils noirs frémirent doucement. La grande brune se réveilla lentement, toute enveloppée de chaleur et d'une douleur sourde qui lançait ses côtes. Il faisait encore nuit. Vamp se réveillait toujours avant son homme, beaucoup plus matinale que le grand barbu, elle était souvent debout avant le lever du soleil en hiver. Elle cligna des yeux avant de tourner la tête sur le côté, juste assez pour sentir le souffle de Lin effleurer sa pommette. Le poids rassurant de son bras pesait autour de sa taille. Elle n'eut pas la force de sourire.

La jeune femme ne se souvenait pas s'être endormie. Elle s'était allongée sur le lit après avoir observé méticuleusement toute la pièce, Lin l'avait obligée à retirer sa chemise pour soigner ses blessures et ce fut tout ce qui restait de ses souvenirs de la veille. Elle ne se rappelait que l'odeur d'herbes qui flottait pendant qu'il étalait consciencieusement les onguents sur sa peau noircie d'hématomes. Cette odeur fraîche de forêt. L'odeur de Lin.

Vamp chercha à se retourner pour l'observer dormir mais ses membres protestèrent aigrement à la première contraction. Un éclair aigu de douleur lui arracha un gémissement. Dans son dos, Lin bougea, la rapprochant contre lui, assez pour que sa barbe vienne piquer l'angle de son cou. Elle était nue. Il lui avait retiré tous ses vêtements pour la blottir tout contre son propre corps dénudé. Sa peau délicieusement chaude au contact de la sienne était étrangement rassurant et Vamp se rendormie, rassurée et vidée de ses forces. Son corps réclamait trop de repos pour résister une seconde de plus.

Le corps était allongé de tout son long sur une paillasse miteuse à même le sol. Quelques rats grignotaient dans un coin, pas le moins du monde effarouchés par sa présence ni par la lanterne qu'elle tenait à bout de bras. La pièce sentait le moisi, la mort et la maladie. Ainsi que le pus et les membres qui s'infectent. Elle déglutit et respira doucement par la bouche. L'air était glacé, elle le sentait s'attaquer à ses lèvres et les gercer jusqu'à les craqueler au sang. La lumière de la flamme vacillait dans un tempo irrégulier, dévoilant des coins de la pièce avant de les faire disparaître aussitôt, entourant la jeune femme d'un décor mouvant et erratique. Seul le corps allongé ne bougeait pas. Une sueur de terreur ondula le long de sa colonne vertébrale, glaçant sa peau. Elle connaissait cette nuque. Elle connaissait la rondeur de cette épaule. C'était tout simplement impossible. Il n'avait rien à faire là. Elle l'avait laissé, elle l'avait abandonné. Il ne pouvait être ici. La panique plantait ses griffes dans son cœur et serrait jusqu'à l'étouffer. Ses tempes étaient trempées. Elle ne voulait ni voir ni toucher. Elle voulait se laisser tomber dans un coin, poser son front contre ses genoux et hurler. Mais ses pas l'approchaient toujours, l'assurant dans ses soupçons, la confortant dans son instinct. Elle gémit de peur. La barbe était souillée mais là, recouvrant une mâchoire qu'elle chérissait, identifiant un homme qu'elle aimait plus que tout. Un râle s'éleva de la cage thoracique malade, déchirant le cœur de la jeune femme. Un râle d'agonie, de désespoir et d'abdication. Non. Ce n'était pas lui. Il n'abdiquait jamais. Vamp le toucha mais l'épaule s'effondra en poussière, ne laissant rien d'autre que le vide et l'absence. Pas de corps, pas de mort, pas de dépouille, rien. Et un bruit de pas dans son dos. Vamp fit volte face pendant que la porte claquait violemment. Elle avait reconnu son dos. La lanterne lui échappa et se brisa sur le sol. La grande brune se précipita. Elle était pieds nus, les éclats de verre pénétrèrent la plante de ses pieds, s'y enfonçant jusqu'à l'os. Ils la ralentissaient. Il fallait qu'elle le rattrape, il fallait qu'elle le retienne. Dehors, c'était la tempête, le froid et la mort. L'engourdissement, les lamentations du vent et les engelures qui dévoraient les extrémités. Il allait mourir. Elle allait le perdre comme elle avait perdu Chanda. Elle hurla son nom pour le retenir mais Lin avait franchi la porte pour s'enfoncer dans la tempête et déjà elle ne le voyait plus.

Les yeux noirs s'ouvrirent brusquement. Les battements de son cœur tapaient contre ses tempes et elle respirait par la bouche de grandes goulées d'air pour finir de se réveiller et échapper à l'horreur. Lin était là, lui tournant le dos, penché sur le bureau qui faisait face à leur couche. Vamp referma les yeux de soulagement, sa paume appuyant son front encore poisseux de peur. Il n'avait pas disparu.

Il était bien plus de midi. La grande brune ne se rappelait pas la dernière fois où elle avait autant dormi. Elle resta la joue dans l'oreiller, les yeux bien ouverts sur ce dos large qui travaillait alors qu'une irrésistible envie d'y planter ses ongles la prenait. Un autre jour, elle se serait déjà glissée sur ses genoux, nue et brûlante. Aujourd'hui, elle n'était pas sûre que ses jambes puissent supporter le poids de son corps jusqu'à lui.

Vamp fronça les sourcils. Fenrir avait eu raison. Lin avait eu raison. Jamais elle ne pourrait accompagner son homme pour faire la peau à ce pourri. Elle aurait été un poids et un danger pour Lin. La conclusion était cruelle : Vamp ne pouvait pas le protéger.

Elle se passa une main sur le visage avec une colère contenue. Sans oublier qu'elle aurait pu y laisser sa peau. Mourir était moins irritant si l'idée de laisser Lin aux bras d'une rousse plantureuse ne lui hérissait pas tant le poil.

Sa colère allait monter d'un degré supplémentaire lorsqu'une truffe inattendue et curieuse s'imposa dans son champ de vision. Son coup de chaud fondit comme un glaçon jeté dans la braise. Vamp sourit. Il était grand temps de jouer.

La journée se passa simplement et dans la plus douce des inconsciences. Lin, seul et unique adulte de la pièce, avait râlé une ou deux fois après leur chahut fou-fou de chiots surexcités. Vamp finit toutefois sur ses genoux pendant qu'il travaillait, toute blottie en silence contre la chaleur de son cou et câline comme la plus douce des amoureuses.

Les câlins ne durèrent pas. Sa peur et son impuissance pour Lin commençait à gagner du terrain à mesure que les heures s'égrenaient. La dispute éclata le deuxième jour.

Vamp allait beaucoup mieux. Ses crises de rire et de joie de la veille avaient eu un impact inattendu sur sa santé. Mais en chassant la douleur, elles avaient dissipé son voile et la jeune femme était bien plus alerte sur le danger de leur situation.

Elle avait été insupportable toute la journée. Le chiot dormait de longues heures durant et Lin ne s'occupait pas d'elle. Or entre ces quatre murs, Vamp était comme louve cage. Plus tendue, plus sèche et plus agressive, elle avait fait naître une tension aiguë entre le jeune homme et elle.

La grande brune avait peur. Et comme de nombreux animaux, lorsqu'elle avait peur, elle attaquait.

Elle ne voulait pas perdre Lin. Elle ne comprenait rien à tous ses papiers, réflexions et schémas et elle s'en foutait royalement. Jamais elle ne prendrait le risque de lui survivre.

Elle attaqua le barbu à la tombée de la nuit. La peur avait eu le temps de s'enraciner autour des artères de son cœur et au plus profond de ses tripes. Aussi froid que l'acier d'une dague, son regard noir observait le profil de son homme, toujours penché sur cette foutue paperasse. Elle le dévisageait depuis plus d'une vingtaine de minutes lorsqu'elle explosa.


- Je comprends pas. Pourquoi tu laisses juste pas tomber ? On n'a qu'à s'en aller, prendre nos sacs et aller s'installer dans une autre ville. Mon oncle et Ania viendront nous rejoindre. J'suis pas persuadée que vos petites magouilles et ce type en vaillent la peine. T'as qu'à le laisser se débrouiller avec Valentin.

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MessageSujet: Re: La Chute...   Ven 19 Fév - 17:42

La tête appuyée dans une main, les doigts enfoncés dans les cheveux, Lin avait le regard rivé sur les plans du premier étage du bordel. Des traits nets s'étalaient sous ses pupilles, porteurs d'informations essentielles pour le siège qu'ils avaient prévu le lendemain soir. Des informations vitales. Le moindre recoin avait son importance, le moindre tapis pourrait jouer en leur défaveur. Il fallait qu'il se glisse dans cet endroit comme dans une seconde peau. Qu'il le respire, qu'il le rêve, qu'il le vive. Il fallait que ce lieu coule dans ses veines et qu'il ne recèle plus la moindre part d'ombre. Sans ça, il aurait tôt fait de bifurquer au mauvais endroit, d'ouvrir la mauvaise porte, de se faire exécuter contre le mauvais mur. Il devait s'imprégner de ces plans.

Mais c'était sans compter la présence de la brune dans les quelques mètres carrés qui leur apportaient une protection consistante quoi qu'éphémère. S'il avait dormi sereinement la nuit même de leur arrivée, il avait vite commencé à comprendre qu'ils étaient trop à l'étroit pour cohabiter sereinement. Elle tournait en rond quasiment depuis le début. Ses éclats de rire n'étaient que de labiles moments de divertissement dans un ennui qui allait bientôt la plonger dans l'agacement. Lin le savait, Vamp n'était pas une partisane de la réclusion. Et il n'eut pas à attendre bien longtemps ce soir-là pour en sentir l'ampleur.

Son regard sombre pesait sur lui depuis de trop nombreuses minutes, scrutateur et impatient. Il avait réussi à l'ignorer suffisamment longtemps pour connaître par coeur une nouvelle pièce et le couloir qui la desservait. Mais la chambre voisine avaient des airs de cabane en construction à mesure que le temps avançait. Il n'arrivait pas à se concentrer. Il la sentait le fixer avec trop d'insistance. Il sentait l'air épaissi depuis le début de l'après-midi qui tournait clairement à l'orage. Et comme les oiseaux se taisent avant la tempête, le barbu essayait de se faire oublier en usant le papier de son regard tendu. Au moindre signe de déconcentration, elle s'engouffrerait dans la brèche. Surtout, ne pas lui laisser cet infime temps de distraction.

Ses trapèzes étaient sensiblement rigidifiés par le combat qu'il menait pour ne pas lever les yeux des plans, ses épaules arborant un triangulaire suspect. Il n'avait pas bougé du moindre centimètre sur l'assise de sa chaise, les pieds bien à plat au sol et le dos légèrement courbé. Seuls ses doigts s'étaient resserrés sur les mèches de ses cheveux, blanchissant imperceptiblement au niveau des phalanges. Si ce silence persistait, il n'était pas sûr de savoir garder son calme.

Il avait  sciemment choisi de les cacher ici, dans l'espoir que Vamp s'approprierait totalement la confiance du chiot et que l'établissement de ce lien l'occuperait suffisamment pendant qu'il se gorgeait de l'attaque à venir. S'il avait fait preuve d'une patience à toute épreuve jusque-là, il sentait nettement ses réserves s'épuiser et son tempérament changer. L'inquiétude et l'appréhension de l'inconnu commençait à grignoter ses capacités. L'esprit tendu à une tâche dangereusement hasardeuse, il épuisait ses ressources vers un unique but, incapable de maintenir un équilibre correct. Et la tension qui pulsait dans ses veines ce soir-là n'était que prémices à ce qui pourrait se déclencher si le feu prenait véritablement.

Il allait se résoudre à alléger la rigidité de son corps lorsqu'elle ouvrit la bouche. Le souffle qui s'expulsa des lèvres du barbu bifurqua du soulagement à l'agacement. Une demi-seconde d'écart qui changeait la donne. Ses mâchoires s'enclenchèrent sèchement alors que sa main s'abattait sur la table juste un peu trop fermement. Il tourna un regard peu amène sur celle qui tournait en rond depuis trop longtemps entre ses quatre murs, les nerfs échauffés. Sa voix trahit ce qu'il ne savait pas modeler, grondant d'une tonalité encore jamais utilisée jusqu'ici.


Tu te moques de moi ?

Il était tourné de trois quarts vers elle, son buste fébrilement crispé et le regard acéré. Il macérait dans une angoisse sourde qu'il ne s'avouait même pas à lui-même depuis plus d'une semaine et son ombre assombrissait tout son être, le consument à petit feu. Il était irritable et manquait de la patience dont il faisait preuve habituellement.


Ton oncle et Ania, hein ? On n'a qu'à faire ça. J'abandonne, je laisse Larson à Valentin et tu laisses Fenrir derrière toi. Marché conclu ?

Le regard qu'il portait sur elle était aussi proche de l'aménité que Lin était imberbe. Il ne réfléchissait pas franchement, son attitude dictée par l'émotion tapie qui traquait la moindre ébauche de compassion en son sein.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 21 Fév - 20:17

Vamp avait de grands yeux. Le jour de sa naissance, son père avait été frappé par le regard de son unique fille. Ce n'était pas leur couleur, caractéristique banale de la famille, mais leur taille qui avait fait hausser ses sourcils roux. Leur taille et, plus tard, cette lueur de défi qui gigotait dans les ténèbres de ses pupilles. Il avait tiqué ; elle allait leur en faire baver cette petite.

Vamp avait de grands yeux. Des yeux qui, ce soir-là, n'étaient rendus qu'à l'état de fente. C'était l'un de ses signes, l'un de ses prémices qui annonçaient l'explosion d'une colère froide, une attaque glacée de givre et de glace acérée.

Première erreur, taper sur la table.

Il la prenait pour qui ? Un petit chiot qu'on rabroue d'une tape sur le museau ? Une enfant qu'on fait taire par un petit coup sec d'autorité paternelle ? C'était humiliant. C'était très mal la connaître.

La grande brune se leva avec une lenteur dangereuse, ses jambes s'étirant jusqu'à dominer Lin de la taille et du regard. Sa respiration, bien trop tranquille et profonde, fut l'unique mouvement de son corps pendant la longue minute qui suivit la question du jeune homme. Le silence s'épaississait entre eux.

Il voulait jouer à ça, vraiment ? Bien.

Elle baissa les yeux pour le regarder. Ses yeux s'allumèrent d'une lueur acerbe pendant que le coin de sa bouche se pliait d'un sourire froid et acide. Ses longs doigts effilés finirent par se lever, venant grattouiller la barbe sous son menton du bout des ongles.


- Allons allons, gentil... pas mordre, hein ?

La réaction du jeune homme fut immédiate. Vamp le sentit se refermer alors que son regard noisette noyé d'incrédulité se levait vers elle. Après quelques secondes de silence, Lin se dégagea d'un geste qui noua les épaules de la jeune femme d'une tension supplémentaire. Elle attendait l'éclat, le moment où elle pourrait se mettre à hurler et soulager le sentiment qu'elle n'arrivait pas à nommer et qui empêchait ses poumons de respirer normalement. L'éclat ne vint pas.

Lin se leva pour lui faire face, se dépliant entièrement avant de se rapprocher d'elle. Il la dominait. Imperturbable et le menton délicatement relevé, Vamp lui lança un regard de défi. Ce n'était pas quelques centimètres de plus qui allaient lui clouer le bec. Elle attendait une remontrance, une réplique acerbe et acide. Elle attendait une colère furieuse et sanguine. Mais elle n'essuya rien de plus qu'un regard sombre. Silencieux, il empoigna ses plans avant de se détourner d'elle.

Dans une colère noire, Vamp se détourna à son tour avant de claquer la porte derrière elle.





La quiétude et le silence de la forêt enveloppaient Vamp d'un manteau de solitude. Ils auraient pu la calmer, apaiser sa colère et obliger sa raison à prendre le dessus.

Mais non. Elle se foutait du silence, de la neige, du froid. Elle se foutait de Larson ou Valentin. Elle voulait en découdre avec Lin et ses cinq centimètres de plus. Elle voulait se défouler, frapper un badaud, briser des nez et s'endormir dans un coin. Mais les quelques miettes de raison qui lui restaient lui avaient rappelé qu'il aurait été dangereusement stupide de paraître dans une taverne, même la plus miteuse. Elle était censée être morte.

La couche de neige craquait sous ses foulées, agonisante sous la fureur de la jeune femme. Vamp avait traversé la ville jusqu'à sa mansarde pour empoigner son arc et prendre la direction de la forêt. La claque sèche de la main de Lin tapant sur la table raisonnait encore à ses oreilles. Elle était hors d'elle.

Et cette sensation, ce poids écrasant qui étouffait sa cage thoracique... et qui l'empêchait de bien respirer. La grande brune dut s'arrêter. Ses nerfs faisaient trembler ses muscles et elle s'appuya contre le tronc d'un arbre, penchée vers l'avant. Ses longues mèches noires glissèrent paisiblement, indifférentes aux battements affolés de son cœur, pendant qu'elles cachaient son profil d'un rideau opaque. Une vague de panique déchira la chair de son sternum. Elle ne respirait pas normalement. Elle voulait Lin, elle avait besoin de lui. Quelque chose clochait. De plus en plus paniquée, la jeune femme crispa ses doigts sur l'écorce rugueuse, cherchant un appui sur lequel se soutenir et s'assurer qu'elle n'avait pas sombré dans l'inconscience ou pire. Son souffle chaud s'enroulait dans l'air glacé, formant des volutes blanchâtres irrégulières.

Puis son corps la trahit. Ses jambes refusèrent de supporter plus longtemps cette panique incompréhensible et lâchèrent prise. Vamp se laissa tomber dans la neige, s'appuyant contre l'énorme tronc de l'arbre qui la surplombait dans une tranquillité toute hivernale. Les yeux clos depuis une longue minute déjà, elle se refusait à respirer par la bouche un air qui peinait déjà à alimenter son corps. La neige perçait le tissu de ses braies pour attaquer ses cuisses, refroidissant immédiatement son corps de quelques degrés.

Elle respira mieux. Le froid lui faisait du bien. Une nouvelle minute s'égrena avant que la grande brune n'ouvre les yeux. Sa tête se renversa doucement pour s'appuyer contre le tronc de l'arbre pendant que son visage reprenait une expression lisse et impénétrable.

Pas b'soin de Lin.

Le hululement moqueur d'une chouette s'éleva dans la nuit. Vamp fronça le nez avant de s'obliger à se mettre sur ses jambes, les cuisses engourdies par le froid. Elle se sentait faible et vidée de ses forces. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'il venait de se passer. Mais au moins était-elle calmée...

Elle avait été majestueusement stupide, elle le savait. Vamp déglutit, une chape de tristesse remplaçant sa colère évanouie. Lin était seul, entre quatre murs, à la détester. Elle, était là, perdue dans la forêt un soir d'hiver, sous un arbre qui se contrefoutait royalement de sa présence. Sans prévenir, sa gorge se noua. Ses yeux sombres observèrent les environs sans les voir, voilés par un manque évident.

Elle voulait Lin.




Vamp avait passé deux longues heures à errer dans la forêt avant de comprendre. De comprendre sa cruauté envers le barbu, de comprendre sa crise passée et de comprendre le sentiment qui nouait sa poitrine. Elle avait eu du mal à l'admettre et à se l'avouer, mais c'était un fait. Il fallait maintenant l'avouer à Lin.

Elle avait poussé la porte très doucement sur une pièce à demi plongée dans le noir. Seules les braises mourantes éclairaient avec peine une infime partie des murs pourtant petits. Après avoir passé une bonne partie de la nuit dans l'obscurité de la forêt, Vamp n'eut aucune peine à distinguer la silhouette allongée sur la couche.

Avec une curiosité d'amoureuse, elle retira silencieusement ses bottes pour s'approcher. Elle voulait l'observer dormir avant de le réveiller. Les lèvres entrouvertes, elle se hissa légèrement sur le côté pour mieux voir les traits reposés de son homme, ses yeux noirs souriants de douceur.

Vamp réfléchit. Il était en colère après elle. Il était aussi à cran, son sommeil ne devait pas être des plus profonds. Il y avait de grands risques pour qu'elle se mange une châtaigne, accidentelle ou non.

Elle retira ses braies trempées de neige ainsi que son long manteau noir. Le plus doucement possible, elle grimpa sur le matelas qui ne s'enfonça qu'à peine, l'absence de sommier aidant. Consciencieusement à quatre pattes au-dessus de Lin, elle enroula un pan épais de son manteau autour du poignet droit du barbu, abandonné sur le drap, avant d'y entortiller sa propre cuisse et de serrer. Puis elle coinça consciencieusement les jambes puissantes dans les couvertures, enfonçant ses propres genoux dans la couche pour l’empêcher de se dégager de l'emprise des draps. Instantanément, elle sentit ses muscles se tendre à l'instant même où les yeux noisette s'ouvraient.

Vive, Vamp attrapa son poignet gauche pour le clouer au lit et l'empêcher de se redresser. L'instinct de Lin, conditionné par des années de vie instable, s'emporta aussitôt. Elle le sentit se débattre. Et malgré son esprit bien occupé, elle laissa le temps à une petite pointe de fierté de venir piquer son cœur. Son homme, il était drôlement fort.

- Sht ! Sht c'est moi ! Lin, c'est moi...

Si les mouvements se tarirent, le regard garda sa dureté. Être « moi », ce soir, ne changeait que très peu de choses visiblement. Prudente, Vamp resserra sa cuisse. Elle lisait parfaitement la désapprobation dans son regard et, dans un réflexe de panique, elle n'eut que le geste de plaquer sa main contre la bouche. Futile, puérile. Elle se pencha vers son visage, chuchotant du bout des lèvres.

- Non, attends. S'il te plaît. Laisse-moi parler.

Vamp réclamant le désir de s'exprimer, de faire l'effort d'accorder des mots avec une ponctuation était une chose bien trop rare pour ne pas le lui accorder. Ne serait-ce que par curiosité.

Le corps de Lin ne bougea plus. Elle pouvait toujours sentir la tension de ses cuisses sous les siennes, prêtes à l'expulser du lit sans ménagement s'il se lassait de son babillage. Mais Vamp ne savait pas babiller.

- Je... Hm.

Elle était tout près de son visage, assez pour que son souffle se mêle au sien. Ses mèches noires tombaient, touchant presque l'oreiller et les confinant dans une intimité sombre et soyeuse.

- Je te présente mes excuses. Je... je suis très amoureuse de toi. Vraiment très amoureuse de toi.

Vamp le regardait dans les yeux, ses paroles franchissant timidement ses lèvres.

- J'ai été stupide. Je... J-j'ai très peur. Je suis morte de peur à l'idée de te voir passer la porte de ce bordel et de ne jamais revenir.

Comme dans l'obscurité de la forêt, sa gorge se noua. La seule idée de le perdre amenuisait ses forces et l'emprise de sa cuisse se desserra lentement.

- Jamais... je ne m'en remettrai. Jamais. Si on t'arrache à moi... je ne peux pas. Je ne peux pas juste te regarder étudier tes plans sans rien faire. Je ne peux pas ne pas avoir peur. Je ne peux pas.

Vamp admettait sa peur sans ciller mais avec une voix claire qui s'enrouait à mesure que les mots s'élevait entre ses lèvres et celles de Lin. Sans consulter sa raison, sa paume quittait la bouche du barbu pour se glisser contre sa joue, son pouce effleurant tendrement cette pommette qu'elle chérissait tant.

- Je t'aime. Tu es ancré en moi. Et si je pouvais te traîner hors de cette ville de force, je le ferai. Pour avoir la certitude de t'avoir en vie, je le ferai.

Sa cuisse s'engourdissait, envoyant des signaux que Vamp ne captait pas. Elle chuchotait de plus en plus bas, plongée dans le regard du jeune homme.

- Alors... Tu as le droit de m'en vouloir. Absolument. Mais pas cette nuit. Tu me puniras demain si tu en as envie et pendant des semaines si tu le désires, je le mérite. Mais pas cette nuit. C'est peut être notre dernier soir ensemble. Alors on le passe ensemble. Parce que je ne te laisserai pas passer cette porte sans t'avoir eu à moi avant.

Elle ne prémédita pas son geste. Il s'était lentement imposé une place dans le creux de son sternum à mesure qu'elle se confiait.

Vamp embrassa la bouche du grand barbu. Pas d'un petit baiser timide rempli d'excuses, mais d'un baiser langoureux de femme amoureuse. Lin lui répondit par une morsure vindicative.

Elle ne s'arracha à son étreinte que pour retirer sa chemise en la passant par dessus sa tête, toujours assise sur lui. Il n'y eut pas de préliminaires ni de caresses. Il la renversa. Un bras ceignant sa taille, il s'empara d'elle avec une impatience mêlée de rancoeur. Elle gémit.

La tendresse s'installa entre eux après quelques ondulations impulsives et fermes. Ils prirent tout leur temps. Les doigts de Lin s'imprimèrent dans la chair de la cuisse blanche pendant qu'elle s'accrochait à sa nuque. C'était lent, langoureux et étouffant. L'un s'arrêtait juste avant que l'autre ne s'en aille trop loin, le ramenant à lui pour mieux jouir égoïstement de toute son attention. Ils s'immobilisaient pour mieux continuer ou recommencer. Parfois, des élans de colère ramenaient Lin à ses paroles insultantes quelques heures plus tôt. Il se faisait plus impétueux, plus ferme et plus rude. Et elle se soumettait, s'abandonnant à lui, langoureuse et épuisée.

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MessageSujet: Re: La Chute...   Jeu 3 Mar - 10:24

Un mince rai de lumière tranchait la pièce en deux parties inégales, jet blanchâtre s'invitant dans l'atmosphère par l'étroite ouverture de l'unique meurtrière au mur. Les braises entretenues rougeoyaient en conquérantes, bataillant pour réchauffer la pièce. Lin était assis en tailleur à même le sol à côté de la dépression rocailleuse, un tison dans une main, les yeux rivés sur les billes incandescentes, l'esprit ailleurs.

Il n'avait pas eu le temps de réfléchir. Ni à la réaction de la brune, ni à son retour. Il avait simplement subi les impulsions qui l'avaient agitée, tout comme il s'était laissé prendre par les siennes. Il sentait nettement que ce qui allait se jouer dans quelques heures ne pouvait pas être raisonnable. Il n'y avait pas d'explications rationnelles à donner ni de stratégie prémonitoire. Il avait fait ce qu'il pouvait pour se persuader que l'analyse complète de la situation allait lui être salvatrice mais la brune l'avait ramené à la réalité bien plus sûrement que n'importe quelle réflexion. La peur qu'il ressentait, qu'elle vivait, qui les enveloppait était bien réelle. Aucune préparation n'y changerait rien.

Son regard quitta le foyer brûlant pour rejoindre les draps sous lesquels le corps immaculé reposait. Il devinait la position qu'elle avait prise aux formes vallonnées du tissu, déformé ici par un membre, là par une hanche. Il inclina légèrement la tête pour apercevoir les mèches brunes étalées, un mince sourire s'invitant au coin de ses lèvres. Elle avait l'air bien plus calme.

Il se releva en s'aidant d'une main au sol, repoussant une dernière fois les braises pour leur tirer quelques derniers instants de chauffage avant d'épousseter ses braies. La nuit était encore épaisse et Vamp dormait encore profondément. Il aurait suffisamment à faire lorsque le soleil poindrait pour ne pas s'accorder ces quelques instants de répit. D'un mouvement leste, il se défit de ses vêtements pour venir se glisser en simple caleçon dans les draps déjà chauds, glissant sur la couche pour rejoindre le corps de la brune. Il la sentit se tortiller par réflexe et il n'eut plus qu'à refermer ses bras sur elle pour enfoncer son nez au creux de son cou, étroitement logé contre elle. Un dernier instant de réconfort avant l'effort.

[...]

Le tison abandonné au sol avait refroidi depuis longtemps et les braises étaient rendues à l'état de cendres. Même s'il était levé depuis plusieurs heures, Lin n'avait pas pris la peine de s'en occuper. Plongé dans ses plans, il essayait de retenir tout ce dont il faudrait qu'il entretienne Larson à son arrivée.

Il avait été convenu plusieurs jours auparavant que son acolyte le rejoindrait ici le matin du jour de l'attaque, pour qu'ils règlent les derniers détails et s'accordent sur la marche à suivre. Le barbu avait toujours été plus tactique que l'anglais mais ce dernier bien plus pragmatique. Il était capable de soulever des questions qui n'effleuraient jamais le jeune homme alors qu'elles étaient terriblement importantes. L'un sans l'autre, ils auraient finis égorgés derrière une taverne plus d'une fois. Mais à deux, ils s'en sortaient toujours. Ce qui avait le don d'irriter particulièrement leurs adversaires, souvent beaucoup plus costauds qu'eux.

Le sourire qui souleva les lèvres de Lin était aussi fugace que spontané. Il ne parvenait pas à orienter son esprit sur l'instant présent plus de deux minutes et il finissait toujours par vagabonder dans ses souvenirs, devant s'ébrouer pour s'en sortir. C'était tout à la fois rassérénant et inquiétant. Il savait qu'ils avaient déjà affronté des épreuves dignes de celle-ci, il savait qu'ils pouvaient s'en sortir. Mais seulement s'ils restaient aussi concentrés que les fois précédentes. Il n'y avait aucun doute pour Larson. Ce bâtard était d'un détachement à toute épreuve pour ce genre de choses. Mais pour Lin, la question était différente.

Il releva les yeux vers le plafond dans un soupir, s'adossant lourdement au dossier de sa chaise. Il n'allait pas pouvoir agir comme les fois précédentes. Les risques qu'il prenait sans même y penser ne revêtaient plus la même importance. Ils devenaient écrasants. Les yeux du barbu se tournèrent vers la jeune femme étendue sur la couche, à moitié recouverte par les couvertures. Elle était de retour. Celle qui lui avait retiré tout motif de se préserver était revenue. Et avec elle toutes les raisons de rester en vie. L'insolence crâne qu'il affichait en toute circonstance face à des adversaires capables de le disloquer d'un poing ne pouvait plus être arborée. Tout comme cette impudente inconscience qui plus d'une fois aurait pu lui coûter la vie. Il allait devoir faire attention à sa vie. Alors qu'il s'en tirait toujours en la mettant en jeu.

Un claquement sonore le tira de ses pensées dans un sursaut, la main déjà portée au manche de la dague qu'il avait attachée à sa ceinture. Le battant de bois venait de s'écraser contre le mur de pierre avec fracas, laissant la place à une silhouette trapue qui se découpait nettement dans l'entrebâillement de la porte.


Alors mon cochon, on a fini d'se planquer pour s'vider tranquille ?

Le ton narquois et l'insolence obscène des propos furent aussi reconnaissables que la personne elle-même. Le barbu grogna par habitude mais prit tout de même la peine de se lever pour aller donner une accolade à son compère.

Je t'ai dit de parler autrement quand il s'agit d'elle. Tu vas finir par ne plus rien avoir à vider si tu t'obstines...

La bourrade que l'anglais reçut sur l'épaule sembla l'amuser plus que l'inquiéter. Ce con de français parlait beaucoup mais il continuait de l'assurer aussi bien qu'avant le retour de sa chienne. Il lui faisait confiance.

Le regard du bâtard fouina dans l'exiguïté de la pièce jusqu'à apercevoir le blanc qui dépassait des draps. Une moue lui fit plisser le nez. Qu'est-ce que c'était laid, cette couleur. Il continua l'ascension de son regard le long de la jambe, scrutant ce membre longiligne avec un dégoût notable. Comment cet empaffé pouvait-il ne serait-ce que lorgner ce bout de chair malade ?


T'as un vrai 'blème avec les femmes, toi...

Il s'approchait de la couche à mesure qu'il parlait, comme s'il cherchait dans cette vision quoi que ce soit pour sauver l'ensemble.

Mais r'garde-moi ça ! C'est pas d'la... Hmpf!

Il venait de recevoir une taloche conséquente à l'arrière de la tête. Le barbu n'était visiblement pas tout à fait d'accord avec lui. Une main sévère empoigna la nuque anglaise et retourna son propriétaire avec force pour le mettre dos à la couche, intransigeante.

Tu veux qu'on reste copains, non ?

Le regard que lui jetait Lin n'était pas amène. Pas menaçant non plus. Simplement déterminé. Et visiblement, il n'attendait pas de réponse.

- Bah vu c'que t'tapes, j'dir...

- Ferme-la. T'es là pour t'occuper des plans, pas pour elle. Tu l'oublies et tu te concentres.


Les petits yeux de fouine du bâtard scrutèrent un long moment le visage barbu qui défendait un territoire qu'il ne comptait pourtant pas lui réclamer. C'était un grand malade, ce type-là. Il le savait un peu, pas de grande surprise vu ce qu'il avait pu en apercevoir. Mais cette mante religieuse cadavérique décuplait les symptômes. Il renifla avec dégoût et cracha dans les braises mortes, la voix plus basse.

T'as d'la chance qu'j'aie b'soin d'toi sur c'coup... J'vais t'r'mettre à d'la vraie chair 'près ça, t'verras...

Lin préféra évincer les mots de son acolyte. Il n'avait pas le temps de jouer à ça. Le jour était déjà pas mal avancé et il fallait qu'ils s'accordent pour dans quelques heures seulement. D'un mouvement de bras, il alla recouvrir le corps de la jeune femme avant de revenir à son bureau.

Assieds-toi et regarde ce que j'ai préparé. T'as des hommes capables pour ça ?

Un dernier regard du bâtard vers la couche avant qu'il ne se concentre pour de bon. Dommage qu'elle ne participe pas au coeur de la mêlée. Il aurait pu y perdre un coup. Par inadvertance. Il grogna de dépit et commença à observer les plans pour de bon, le grand barbu debout à côté de lui lui expliquant les détails.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Mar 8 Mar - 18:36

Aucun cauchemar ni mauvais rêve n'avait approché son sommeil cette nuit là. Corps et esprit apaisés, Vamp s'était lourdement endormie sur le côté pour ne plus bouger, pas même lorsque Lin se leva le lendemain matin. Ses longs membres détendus s'étalaient sans résistance, tièdes et reposés pendant que son bras droit couronnait les mèches sombres désordonnées, légèrement arqué au-dessus de sa tête. Les lèvres de la jeune femme s'étaient légèrement entrouvertes, caressées par un souffle tranquille et apaisé.

Elle ne s'était pas éveillée lorsque Lin avait quitté la couche. Lui faire l'amour quelques heures plus tôt, se laisser dévorer par le désir du jeune homme et dominer par sa rancœur avaient calmé ses impulsions, sa peur et son anxiété. Il l'avait enveloppée de son corps, avait enfoncé ses dents dans sa chair et griffé sa peau. Vamp avait été à lui. Et elle le lui avait bien rendu.

C'était inhabituel. Elle se réveillait toujours avant le grand barbu et l'absence de celui-ci sous les draps finissait toujours par la réveiller. Mais son corps était trop épuisé, la fatigue prenant le dessus sur l'instinct, et elle était toute enveloppée dans un creux du matelas imprégné par la chaleur et  l'odeur de son homme.

Très lointaines, des voix raisonnèrent à son oreille mais celle Lin dominait, il n'y avait aucune raison valable de s'éveiller totalement. Il faisait chaud, doux, et ça sentait bon. Une mince sourire étira lentement ses lèvres.



Vamp se réveilla une trentaine de minutes après l'arrivée de l'Anglais. Le premier son qui lui parvint fut le froissement de papiers qu'elle devinait être les plans du bordel. La cruelle réalité l'arracha brutalement à la torpeur douceâtre des draps. On était le matin de la date prévue de l'attaque. Lin passerait à l'acte dans quelques heures. Elle allait potentiellement le perdre dans quelques heures.

Le froid de la veille l'agrippa à la nuque et serra. Vamp ouvrit des yeux noirs ternis par la peur ce matin-là.

Elle tourna le visage vers la voix de son homme dans un élan romantique d'adolescente amoureuse et nostalgique quand sa rétine se heurta à un élément poisseux et putride qui l'arrêta tout net dans son mouvement. Erk. Ses narines se pincèrent dans un réflexe tout aristocratique. Ça n'avait rien à faire là. Ça ne faisait pas du tout partie du tableau.

C'était un exécrable début de journée. Larson au réveil, la matinée promettait d'être indigeste.

Raide, Vamp se redressa sur la couche. Ses cheveux lui tombaient sur les yeux, elle n'eut que le temps d'apercevoir Lin lui jeter un œil avant qu'il ne reporte son attention sur son acolyte. Un petit air pincé gagna ses pommettes. Qu'il se restreigne surtout hein, faudrait pas qu'il paraisse trop amoureux.

Une demie seconde de plus et elle allait moelleusement retourner dans la chaleur des couettes lorsque la petite boule de poils pataude (SA petite boule de poils pataude) accueillit son réveil d'un battement de queue absolument irrésistible. Vamp sourit.

Elle prit le soin de le grattouiller consciencieusement derrière les oreilles de longues minutes avant d'étirer ses membres altiers avec une paresse de chat ensommeillé. Puis elle sortit du lit.

Vamp n'avait pas une pudeur traditionnelle. En fait, Vamp n'avait pas de pudeur.

Les draps restèrent en boule sur la couche pendant que son corps nu frissonnait sous la fraîcheur matinale. Dos au reste de la pièce, elle s'étira une nouvelle fois avant de se lever. Très droite et toute élancée, la grande brune noua ses mèches désordonnées bien au-dessus de sa nuque avant d'attraper ses braies abandonnées sur le sol. Encore un peu embrumée par le sommeil, Vamp passa ses longues jambes nues dans les pans de tissu noir avec un petit déhanchement, sans précipitation, avant de boucler tranquillement sa ceinture. Elle tourna légèrement la tête, cherchant quelque chose du regard. Il s'agissait de trouver une chemise propre maintenant...

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MessageSujet: Re: La Chute...   Lun 14 Mar - 8:16

Arrêté sur le plan du premier étage où se concentrerait la majeure partie de leurs efforts, le barbu ne remarqua pas le lever de la brune. Il était en train de montrer l'emplacement supposé des gardes de Valentin à Larson, pointant quatre points stratégiquement répartis dans l'étroit couloir qui menait à la chambre où il avait ses habitudes lorsque l'envie de copulation perverse le prenait. Concentré pour n'oublier aucun détail, il ne prit pas garde à l'éclair blanc qui sortit des draps. Mais il n'échappa pas à Larson.

Attiré par un mouvement anormal sur son côté, le regard du bâtard bifurqua des feuilles entassées aux draps roulés en boule. Il y avait le cadavre là-dedans l'instant d'avant. Cette agitation ne pouvait provenir que d'elle. Ses yeux de fouine continuèrent leur trajet jusqu'à la silhouette immaculée, plus par habitude du contrôle de la situation que par réel voyeurisme. Ce que lui disait Lin ne parvenait pas entièrement à sa cervelle. Il entendait certes les mots mais ils ne prenaient aucun sens alors qu'ils étaient retransmis par ses neurones. Ceux-ci étaient beaucoup trop obnubilés par ce que ses rétines leur envoyaient.

Le corps longiligne se découpait sur le mur sombre, éclatant de blancheur dans un environnement que la lumière n'inondait pas. Les longs bras s'élevèrent au plafond dans un étirement matinal, attisant un peu plus la confusion des yeux anglais. Cette silhouette malade et mouvante jurait avec la pièce et son exiguïté. Les mâchoires de Larson se contractèrent. C'que ça pouvait être laid, une morte-vivante.

Il n'écoutait plus du tout ce que racontait son acolyte. Toute son attention était portée sur ce qu'il considérait comme une abomination, fasciné comme un enfant terrifié. Il sentait la répulsion qui suintait par chacun de ses pores sans parvenir à s'en dégager alors même qu'il était irrésistiblement attiré par cette découverte macabre. Ce corps répugnant exerçait sur lui la même force qu'un chant de sirène. L'attrait du danger velouté sous des traits de femme. Il plissa le nez. Femme, femme... Planche de bois ouais. Il s'agaçait de la voir encore femme alors qu'elle n'exhibait rien qui puisse la rendre désirable à ses yeux.

Les récits qui avaient bercé son enfant refluaient dans sa mémoire, tour à tour glaçant ses veines à l'évocation de créatures revenues d'entre les morts et les attisant d'une haine primitive à l'égard de ce qu'il faut éliminer. Il était en proie à des pulsions contradictoires, de la peur la plus simple qui lui hurlait de se débarrasser de cette anomalie à la rage la plus brûlante, attisant une envie incontrôlable de maîtriser cet objet du diable.

Mû par la force de ses tripes malmenées, il glissa subrepticement de son assise, genoux pliés comme un chasseur à l'affût, un regard haineux planté dans le dos nu qui s'exposait à lui. Ses pupilles imprimèrent chacun des mouvements du bassin blanc alors qu'il disparaissait sous le tissu de ses braies, comme un fauve relève tous les détails sur la proie qu'il guette. Lorsqu'elle releva ses cheveux de sa nuque, il sut que c'est là qu'il attaquerait. D'un mouvement net et précis, il empoignerait cette jonction si fragile et la serrerait de toute la force de son poing brut. Jusqu'à ce que ce qu'elle hurle. Voire, jusqu'à ce que...


AAH !

Une vive douleur lui arracha un cri irrépressible. Sa propre nuque le lançait violemment et il se sentit durement happé vers l'arrière, forcé à se détourner de sa chasse. Il n'eut pas le temps de se plaindre du coup, une colère fulminante s'imposa en lieu et place de la brûlure corporelle. Ses yeux sombres heurtèrent le visage du barbu avec une haine quasi-palpable.

'spèce d'enfoiré ! J'vais t'faire crever là-bas, j'te jure, j'vais t'planter si personne l'fait !

Seul un regard tranchant lui répondit. Lin avait l'habitude des altercations avec son compère, ils réglaient souvent leurs différends par quelques attaques bien senties. C'était un mode de communication comme un autre. Pourtant, à cet instant, s'il usait de tous les codes qu'il avait établi jusqu'ici, Larson se montrait bien plus hargneux qu'à l'accoutumée. C'était comme si une partie de sa raison avait fondu sous un accès de colère plus fort que lui. Les dents du barbu crissèrent.

T'en auras pas les couilles.

Et il l'espérait vraiment. Ce qu'il voyait dans le regard du bâtard avait fait planer l'ombre d'un doute sur les certitudes du jeune homme. Jamais il ne l'avait haï avec autant de conviction. Et s'il réfléchissait honnêtement, il était forcé de comprendre que c'était Vamp qui le mettait dans cet état. Tout du moins, ce qui était visible d'elle à ce moment-là.

Parfaitement stoïque, Lin n'avait pas lâché le regard de son acolyte, le visage fermé et le corps prêt à en découdre. La jeune femme posait à l'anglais un problème bien plus grand que ce qu'il avait pu lui en dire. Ca n'était pas bon signe. Il se força à déglutir pour penser à respirer. La tension était telle qu'il en avait retenu son souffle.

M'parle pas d'couilles vu dans quoi tu t'les vides...

Un crachat. Au sol. Les épaules de Lin se tendirent instantanément. Il ne savait que trop ce que cela signifiait chez le bâtard. Il empêcha in extremis à son poing de fuser dans la face hargneuse et l'écrasa violemment dans son épaule. La gauche. Il ne comptait pas se tirer une balle dans le pied.

Je t'ai déjà dit de l'oublier. C'est pas compliqué pourtant... Tu visses tes petits yeux de fouille-merde sur ces putains de plans et tu occupes ta cervelle de bâtard à les apprendre par coeur.

Il crocheta l'anglais si rudement qu'il n'eut aucun mouvement de rébellion à gérer. D'un coup de poignet sec, il le rassit sur sa chaise et le força à pencher sa tête vers ses plans. La voix basse, il resta un instant à sa hauteur.

Et je te jure que si tu la regardes à nouveau comme ça, c'est moi qui te plante.

Un mouvement d'émotion brute anima sa main qui acheva ce qu'elle avait commencé, écrasant le front de l'anglais contre le panneau de la table. Il ne pouvait pas s'occuper de tout. Il avait trop de charges sur les épaules pour un jour comme ce jour-là. La crispation de l'ensemble de son corps allait être un handicap mais il n'arriverait pas à s'en défaire. Les masséters roulant sous la peau tendue de ses joues, il jeta un oeil à la jeune femme. Son dos si polémique avait disparu sous une couche de tissu noir. Malgré le soulagement de la voir couverte, le corps de Lin resta tendu. Il allait tenter de se reconcentrer sur les plans lorsque Larson contre-attaqua.

Le coup qu'il reçut au bas du ventre lui coupa le souffle. La bouche entrouverte, il chercha à happer l'air sans grand succès. Le bâtard n'eut qu'à lui empoigner les cheveux pour lui frapper le visage sur la table comme il le lui avait imposé quelques secondes auparavant. Le corps du barbu s'écroula au sol, recroquevillé sur un côté, sonné. Le regard malveillant de l'anglais quitta son acolyte pour retrouver la silhouette blanche, sans la moindre aménité. Dans l'attitude de l'homme, on sentait clairement planer la menace. Il repoussa le corps du barbu du bout du pied avant de se replonger dans les plans. Ces deux enfoirés commençaient à lui courir sérieusement.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Jeu 17 Mar - 17:46

Vamp ne comprit rien à la scène. Elle avait finalement trouvé la chemise sombre qu'elle cherchait et passait souplement son bras blanc dans la manche, un peu ailleurs et concentré sur sa respiration. Il fallait qu'elle se détende, que le vide s'impose en elle pour apaiser la peur et la tension de ses membres. Les prochaines heures ne pardonneraient aucune erreur, la vie de Lin pouvait dépendre de son calme et entière maîtrise.

Vamp ne comprit rien à la scène, elle n'en vit que le résultat. C'était suffisant. Elle ne chercha pas à savoir, à interpréter ou extrapoler la raison de ce final. Il n'y avait rien à comprendre. On venait d'attaquer son mâle, on venait de s'en prendre à sa famille.

Deux boutons n'avaient eu que le temps d'être négligemment boutonnés et les pans de la chemise tombaient librement sur les hanches de la jeune femme lorsqu'elle se retourna. Une montée de sang brûla ses pommettes et une impulsion l'arracha de son point fixe.

La grande brune était d'une nature calme et froide. La mettre hors d'elle ou réussir à la déstabiliser était tout aussi rare que ses sourires. Pourtant, certains gestes et certaines paroles ne pardonnaient pas. S'en prendre à Lin juste sous son nez en faisait partie.

On ne s'attaquait pas à Lin. On ne touchait pas Lin, on ne faisait pas couler son sang, on ne marquait pas son corps. Le corps de Lin était à elle. Rien qu'à elle. Elle seule avait le droit de le marquer.

Le regard de Vamp était d'une opacité animale. Plus aucune fibre de raison ne s'y lisait, seulement une noirceur qui exigeait sang et violence.  Son corps raide et ensommeillé quelques secondes plus tôt avait désormais toute la raideur de l'acier. La tension qui coulait dans ses veines contractait les longs membres effilés et froids de colère. Le pas silencieux, elle s'avança vers le profil de l'attaquant, sans un regard pour Lin, les yeux fixés sur sa cible, la respiration calme et profonde, le masque de la chasse gelant ses traits. Le tissu noir ne resta que par miracle sur ses épaules frêles, les pans libres ondulant doucement lorsque les doigts blancs s'emparèrent de sa dague. Elle n'en serra pas nerveusement le manche, elle ne tremblait pas, n'hésita pas. Elle était d'un calme morbide.

On ne touchait pas à Lin. On ne touchait pas à son homme.

Le coup fut sec et ferme. Vamp frappa à l'endroit exact où il fallait frapper. Le choc ondula fermement le long de son bras sans qu'elle ne cilla.

Le bruit sourd du corps de Larson s'effondrant à demi sur la table était d'une satisfaction qui frôlait l'indécence. Un sourcil noir s'arqua de contentement alors qu'elle le toisait, le buste d'une droiture toute arrogante et les traits toujours imperturbables. L'assommer était pourtant loin d'être suffisant. Satisfaisant mais pas suffisant.

Vamp savait où enfoncer la lame. Juste ici, sur cette petite colline au niveau du cou, une entaille, une seule, et pfiou. Plus de Larson. Plus d'anglais infecte qui viendrait rôder entre Lin et elle.

Mais la grande brune n'était pas stupide. Même si c'était frustrant, il fallait garder cette ordure là en vie. Il n'allait pas être négligeable à l'intérieur de bordel, une sécurité de plus pour la vie du barbu. Elle fronça les sourcils. C'était sage et raisonnable... mais profondément décevant. Or ce n'était un secret pour personne : Vamp était une femme capricieuse.

Elle empoigna les cheveux de l'homme et frappa sa tête contre la table d'un geste sec. Non, toujours pas. Elle recommença plus fort, le front plissé de circonspection, en plein calcul. Toujours pas. Au troisième geste, un craquement raisonna. Son front blanc se lissait de satisfaction pendant que son menton se releva très légèrement de mépris. Voilà, là, c'était parfait.

Le sang ondula sereinement jusqu'à venir imbiber les parchemins étalés sur la table, tâchant de rouge les précieux plans. Vamp grimaça. Lin allait râler.

La grande brune s'accroupit au niveau de son homme, cherchant son regard qui, lorsqu'elle le croisa, adoucit son air hautain en un cillement. Elle ne résista pas. Un léger sourire effleura ses lèvres alors que ses doigts vinrent écarter les quelques mèches couleur paille de son front en un petit geste tendre et incontrôlable.

- Mmh bonjour...

Toute douce, Vamp se pencha et toucha ses lèvres des siennes. Ce fut bref, chaud et délicat. Elle ne le toucha pas plus ni ne l'aida à se relever. Elle ne s'inquiéta pas de ses blessures ni ne lui posa aucune question. A une dizaine de centimètres de son visage, la tête très légèrement inclinée sur le côté droit, elle l'observait.

- Si je ne sais vraiment pas m'faire d'amis, toi tu sais les choisir...

Le ton était simple, déclaratif, mais une lueur de sarcasme s'alluma dans le regard noir. Elle n'oubliait pas qu'il n'était pas venu lui faire son câlin de matin, Larson ou pas, tête amochée ou pas, ça ne changeait rien. Elle se releva simplement en suivant le mouvement du jeune homme, leur deux corps parfaitement parallèles.

Sans réfléchir, ses bras glissèrent autour de la taille de son homme pendant que son nez venait se caler juste sous le menton barbu. Elle ferma les yeux, savourant son câlin matinal avec un peu de retard.

- Mm't'a pas trop abîmé, ça va. Tu restes beau.

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MessageSujet: Re: La Chute...   Sam 19 Mar - 9:51

Sa tempe le lançait affreusement. Cet enfoiré d'anglais l'avait cogné contre la table avec une force rageuse et il était sûr qu'un hématome devait lui bleuir jusqu'au coin de l'oeil. Il grimaça, s'arrachant un grognement mécontent. Même plisser la joue devenait douloureux. Quel con.

Il glissa ses doigts sur sa tempe, la pulpe roulant sur la peau déformée par le sang coagulé. C'était chaud, bombé et lamentablement cuisant. Son ego couina autant que ses nerfs lorsqu'il appuya sur la zone sensible. Merde. Ca lui faisait un point faible exposé, ça. Il allait pester contre son acolyte lorsque le nez de Vamp s'invita le long de son cou.


Tu...

Il ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en l'entendant. Rester beau ? Ils devaient avoir une conception de la beauté bien différente. Avec un bleu gonflé sur la tempe, il ne se serait pas décrit comme beau. Machinalement, son regard se porta sur la jeune femme qui s'était appropriée sa taille sans fioritures. La ligne de ses mèches sombres encadraient le bas de son visage et invitaient à plonger plus avant sous le col lâche de sa chemise tout aussi noire. Le sourire du barbu s'étira lentement. Ca, c'était beau.

Il passa un bras assuré autour des hanches de Vamp, la pressant contre lui dans un retour d'étreinte improvisé. Ce corps-là était tout en contraste dichrome, sublimant les opposés. Lin en était le premier passionné. D'un mouvement léger, il vint glisser quelques doigts au creux du cou blanc, le caressant jusqu'à disparaître sous le tissu noir, déviant le long de ses clavicules jusqu'à la naissance de sa poitrine. Il était incapable de la tenir si étroitement contre lui sans céder à la tentation de la toucher. C'était plus fort que lui.

Pourtant, sa paume recouvrait à peine le galbe d'un sein lorsque son attention fut attirée par un bruit régulier qui agaçait son oreille. Ploc. Son pouce effleura le rond de la peau tendue, distrait. Ploc. Il releva les yeux, quittant la peau blanche de son regard pour le tourner vers la source du bruit. Ploc à nouveau. Ses sourcils se froncèrent. Il ne se souvenait pas avoir renversé quoi que ce soit dans sa chute. Ploc, ploc. D'un mouvement vif, le barbu tourna la tête vers le bureau, comme un chat essaie de surprendre une souris. Sa main était parfaitement immobile contre le buste de la jeune brune. Ploc.

Plus que la tête inerte de son compère étalé sur la table, ce fut la mare rouge qui retint son attention. Les cheveux drus de l'anglais contrastait avec le satiné du sang, recouvrant une partie des plans d'un rouge profond et uni, nappe lisse qui s'écoulait jusqu'au rebord de la planche de bois, se jetant dans le vide jusqu'au sol où elle formait déjà une flaque laquée. Ebahi par le tableau, Lin resta un instant coi, figé. Etrangement, une seule pensée lui vint. Ca aussi, c'était beau.

Il s'arracha d'une secousse à la contemplation morbide de l'oeuvre scintillante, s'ébrouant de bas en haut comme un chien sortant de l'eau.  C'était surtout sacrément emmerdant. Il relâcha la jeune femme aussi promptement qu'il l'avait enlacée et empoigna la tignasse du bâtard pour lui soulever la tête. Un flot de sang s'écoula jusqu'à imbiber la chemise de l'homme. Il était inconscient. Les yeux de Lin s'écarquillèrent de surprise avant de se tourner vers Vamp.


Tu...

Cette fois-ci, aucun sourire ne vint troubler ses traits. Il n'en revenait pas. L'anglais était un vrai pitbull quand il s'agissait de hargne et de combat. C'était un bloc inébranlable qui encaissait sacrément bien les coups. Comment avait-elle pu le mettre dans cet état en aussi peu de temps ? Les sourcils du barbu se froncèrent alors qu'il pinçait vivement l'arrête du nez coulant. Dans le genre point faible exposé... Il soupira.

Je veux pas les détails. Apporte-moi simplement une chemise propre.

Il ne voulait pas savoir ni comment ni pourquoi elle avait explosé la tête de son compère sur cette table. Il préférait lui laisser le bénéfice du doute. Il avait juste besoin que Larson soit encore en état de marche pour le combat du soir. Une fois la chemise entre les mains, il entreprit de soigner le nez probablement cassé et d'éponger le sang noirci. Il appliqua certaines techniques de soin qu'il avait apprises à l'anglais et l'étendit à même le sol, le reste de la chemise roulée en boule sous sa nuque et les jambes levées sur la chaise. Il n'y avait plus qu'à attendre qu'il s'éveille.

Le regard du jeune homme parcourut alors la jeune femme. Elle ne semblait pas navrée le moins du monde. Visiblement, elle trouvait que le sort du bâtard était parfaitement justifié. Maintenant qu'il était en état de se remettre, la curiosité commençait à piquer le barbu. Pourquoi avait-elle agi ainsi, bien sûr, mais surtout, comment ? Assommer cet enfoiré n'était pas si simple en temps normal. Une once de fierté brilla dans les yeux noisette alors qu'un irrépressible sourire pointait au coin de ses lèvres. Cette femme était redoutable. Et c'était la sienne.

Il détourna les yeux vers la table pour ne pas être pris dans cet accès d'orgueil mal placé. Son sourire s'évanouit quasiment aussitôt.


Rah mais merde, Vamp, les plans !

Ceux-ci étaient illisibles, les traits au mieux déformés par les flots de sang, au pire entièrement dilués dans la masse rougeoyante. Il n'aurait pas le temps de tous les redessiner. Il allait falloir composer sans. Il jeta un oeil à celui qui comatait à quelques pas de là. Est-ce qu'il aurait retenu la moindre information de ce qu'il avait pu en lire avant de finir dans cet état ? Un nouveau soupir franchit les lèvres de Lin. Rien n'était moins sûr.

Presque résigné, il porta son attention sur la brune à l'attitude bien plus calme que la sienne. Ses pupilles la scrutèrent un long moment en silence, l'esprit vagabondant au gré de ses pensées. Elle avait ruiné les seules informations tactiques qu'ils pouvaient étudier. Elle avait défoncé le nez de Larson, lui laissant un handicap notable. Elle n'en était pas désolée. Voire même, elle arborait un air quasi-satisfait. Elle avait réussi à exploser la face du bâtard. Elle pouvait se montrer dangereuse. Elle était terriblement fière. Et parfaitement désirable.

Toujours immobile, Lin se racla la gorge. Il se maudit de ne pas savoir maintenir un semblant d'autorité face à la violence dont elle avait fait preuve. Mais c'était la faute de ses vêtements, aussi. Ils la couvraient sans le faire vraiment. Ils laissaient voir sa peau par endroit, la dissimulant subtilement à d'autres. C'était affreusement attrayant. Et cette queue de cheval qui le narguait en dégageant sa nuque. C'était déloyal. Et parfaitement splendide.

D'une impulsion incontrôlée, il s'arracha à sa fixité, s'approchant de Vamp dans un silence bien plus évocateur qu'une diatribe. Le regard qu'il lui lançait n'avait rien de réprobateur. Il était simplement déterminé. Il avait inexplicablement envie d'elle.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Jeu 31 Mar - 19:19

Beh ? Il allait où comme ça... ?


Circonspecte, Vamp observa le jeune homme délaisser son corps pour aller s'inquiéter de son acolyte, ses yeux fixes le suivant du regard alors que son corps restait piqué au sol sans le moindre mouvement.

Beh ?

Un pli sceptique barra son front neigeux.

C'est qu'il avait pas fini là... C'avait pourtant si bien commencé !

Elle jeta un regard indifférent au corps de Larson, immobile, affalé là, sur la table. Ce n'était absolument pas sa faute, il avait commencé, pas elle.

Indifférente, elle jeta un œil terne sur la scène. L'ennui remplaçait cruellement ce début de matinée pourtant très intéressant. Ses mains trouvèrent ses poches, attendant le verdict de Lin avec une tranquillité de mauvais élève. Non pas qu'elle avait l'habitude de se faire houspiller par le barbu, mais éclater la tête de ce petit enfoiré hargneux lui apportait une paix et une satisfaction que même la colère de Lin ne pouvait pas ternir. Qu'il râle, elle était bougrement fière de son œuvre.

Pis c'était pas sa faute. Pouvait bien être pas content, à la r'garder comme ça, ce n'était pas sa faute. Voilà.

D'un mouvement encore endormi, Vamp étira doucement ses bras, jetant un œil à l'unique fenêtre ensoleillée. C'est que ça allait être une belle journée. Une très belle journée. Un petit air satisfait au coin des lèvres, la grande brune se figea pourtant lorsque la voix de Lin cingla l'air. Une chemise ? Pour qui ?

Son regard noir se tourna vers le couple, se posant une fraction de seconde sur le corps lamentablement avachi sur la table. Pour lui ? Nan mais elle allait pas bouger pour ce...

Un petit coup d'oeil au visage de Lin lui fit ravaler son goût pour la rébellion. C'est qu'il avait pas l'air trop-trop content son homme... Mieux valait la jouer prudente.

Docile donc, Vamp s'arracha à son point fixe pour aller trouver une chemise la moins convenable et la plus crasseuse possible avec une mauvaise volonté aussi évidente que son indifférence, elle prit un temps considérable et inutile avant de trouver l'heureuse élue et de l'apporter à Lin. Elle l'observa éponger le sang du nez cassé avec une distance et une attention de chat, la tête légèrement inclinée sur le côté. Elle étudiait et enregistrait le moindre de ses gestes, une étincelle de curiosité dans le regard. Les jambes levées l'interpellèrent tout particulièrement et elle se redressa pour mieux voir par dessus l'épaule de Lin. Mais pourquoi donc il... ?

Il se redressa et Vamp regarda vivement ailleurs, un air de parfaite indifférente soigneusement étalée sur son visage.

Non mais vraiment, délaisser ses petits seins pour aller rafistoler cette gueule cassée et lui relever les jambes vers le ciel... Les hommes étaient des êtres incompréhensibles.

Elle ne l'écoutait plus et se fit la réflexion qu'elle aurait bien pris un bain – après tout, l'autre était toujours dans les vapes, elle aurait largement eu le temps de pouvoir se prélasser dans une eau bien chaude et savonneuse – quand un mouvement soudain ramena son entière attention au présent.

Elle croisa le regard noisette, un regard assez déstabilisant pour faire ciller ses yeux sombres et raidir sa nuque d'un fourmillement caractéristique. Ses lèvres s'entrouvrirent, la douce sensation remontant derrière son oreille. D'une impulsion instinctive, Vamp finit le mouvement, s'approchant d'un pas à la rencontre du jeune homme pour venir fondre ses lèvres sur les siennes, sans un mot, dans le silence le plus pur. Les yeux de Lin n’admettraient aucune résistance, aucun refus. La main blanche glissa contre sa nuque, enfonçant ses doigts dans les mèches couleur paille avant de les empoigner impatiemment. Vamp le voulait et son corps commençait déjà à réclamer le sien.

Son bras blanc s'enroula autour du cou de Lin pendant que sa cuisse longeait la sienne, cherchant un appui. Sans trop d'effort, les mains du jeune homme la soulevèrent, assez pour que Vamp glisse ses jambes autour de sa taille. Elle le dépassait d'une tête. Sa poigne se resserra sur les mèches du barbu, tirant fermement sa tête en arrière pour garder ses lèvres à portée des siennes. Un grognement effleura son oreille et n'eut pour réponse que le sourire de la jeune femme. Et une morsure sur la lèvre.

Son buste était nu bien avant que son dos ne repose sur la couche de fortune. La chemise noire glissa sur sa peau dans un froissement d'abandon délicieusement tentant. L'impatience dictait.

Lin l'allongea sur les couvertures, reprenant son ascendance. Elle chercha à reprendre le dessus mais l'autorité du jeune homme la cloua sèchement au matelas. Aucune résistance de tolérer.

Ils échangèrent un regard, le temps d'une fraction de seconde. C'était peut être leur dernière union. Mais ni l'un ni l'autre n'était assez romantique pour en faire la remarque à voix haute. Ou pour s'y attarder.

Lin la posséda. Il vint en elle, l'impatience trahie dans la brusquerie des premières ondulations. Il se fondit dans sa chair, conquérant son corps sans la moindre résistance. La jeune femme l'accueillit par un gémissement, un son de plaisir, de surprise et de soulagement. C'était délicieux et bon. Elle voulait s'en rassasier.

Il la recouvrit de son corps. Il était tout à elle, son attention n'épargnait aucune vallée, aucun creux. La gorge sèche, Vamp se cambra. C'était bien trop bon, bien trop fort. Elle s'abandonna, se soumit. Sa jambe blanche glissa autour de la taille du jeune homme, l'attirant plus en elle. Ses cheveux attachés facilitaient chaque morsure dans le creux de son cou. Des mains empoignaient la rondeur d'une fesse, encourageant l'autre à continuer.

Il avait emprisonné un de ses bras au-dessus de sa tête, elle pouvait amplement imaginer l'hématome qui s'étalait lentement sous sa peau alors qu'il la clouait plus fermement sur la couche. Il la mordit plus fort. La douleur se mêla au plaisir. C'était un délice qui déchirait sa chair.

Ses lèvres vinrent murmurer quelques paroles dans le creux de son oreille. Vamp s'éloignait.

Il la dominait, la faisait haleter et serrait son corps avec une fermeté et une possessivité d'animal attentionné. Un frisson convulsif secoua son corps de plaisir. Dieu qu'elle l'aimait...

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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 3 Avr - 8:32

La peau de Vamp et son goût noyaient les papilles du barbu. L'étreinte d'une paume sur sa fesse répondait à la crispation de ses doigts sur le poignet blanc. Et ses mots qui faisaient vibrer son tympan...

Lin renoua ses braies sans y faire attention, ses mains s'activant indépendamment de son esprit qui vagabondait bien ailleurs. Son dos exposé au reste de la pièce laissait voir quelques marques ci et là, expressions muettes et permanentes de la brune. Le frottement des liens en cuir ne parvint pas à sortir le barbu de sa fixité.

Le corps diaphane se tendait sous le sien dans une insoutenable cambrure. Ses lèvres n'avaient pas hésité un seul instant, parties recouvrir ce sein qui les narguait. La moite chaleur qui lui emprisonnait les tempes ne l'avait pas plus aidé à rester lucide. Sa langue avait tracé des chemins sur chaque courbe immaculée. Et ses dents avaient répondu aux ongles sans faiblir.

D'un mouvement brusque, il crispa les doigts sur la chemise qu'il avait récupérée sans y faire attention. Ses paumes avaient été emplies d'un corps dont il ne semblait pas pouvoir se rassasier. Il s'ébouriffa nerveusement les cheveux pour essayer de reprendre pied dans l'instant, l'attention mitée par ses sens encore exacerbés. Cette peau le rendait fou. Sa couleur, son odeur, son goût. Instinctivement, ses yeux se détachèrent de l'encoche murale où ils étaient restés bloqués pour chercher Vamp. S'il venait de la posséder avec ardeur, il n'en était pas pour autant repu.

Un mince sourire s'invita sur ses lèvres alors que ses iris s'emplissaient de blanc. Tout allait bien. Elle n'était pas bien loin. Tout juste quelques pas les séparaient et elle semblait plus éclatante que jamais. Déglutissant, le barbu tenta de se reprendre. Le soulagement qu'il avait éprouvé en la retrouvant dans son champ de vision faisait naître en lui un certain malaise. Etait-ce bien humain d'être aussi dépendant ? Il se racla la gorge pour couper court à ce qui s'annonçait dans son crâne et réduisit à néant l'espace qui le séparait de la jeune femme. Sans attendre aucune permission, il enroula un bras autour de sa taille pour l'attirer contre lui.


Je te dois un bisou magique pour ça.

Se disant, il pointait l'une des marques dentelée qu'il avait laissée à l'angle de son cou. Un sourire de pseudo-excuse sur les lèvres, il vint presser sa bouche contre la sienne.

Oh, et pour celle-là, aussi.

Autre marque, autre pression. Il ne cessa de se trouver des excuses qu'à la cinquième fois, lorsque le goût de Vamp prit le pas sur sa raison. Il n'était nul besoin de justifier ce que son corps dictait. Il ne lui fallut pas moins d'une minute pour la relâcher enfin, son irrépressible besoin de la toucher quelque peu apaisé.

Il enfila sa chemise de quelques brefs mouvements, la déroulant jusqu'à ses hanches. Il n'eut pas le temps de lisser convenablement le tissu que les doigts blancs s'étaient déjà emparés des liens. Avec ce mouvement qu'il lui connaissait si bien, elle renoua l'ensemble sur son torse, concentrée. Il ne put s'empêcher de sourire et poussa à peine le visage pour venir embrasser son front. Il ne lui en dirait jamais rien mais ce geste le gonflait systématiquement d'une tendresse inexpliquée.

Pourtant, à la tendresse succéda bien vite l'incrédulité. Il était en train de se demander comment récupérer les informations tachées de sang lorsque son attention fut attirée par le silence qui régnait dans la pièce. Ils s'étaient rhabillés depuis un moment déjà et Lin était en train de gratouiller machinalement le chiot, les yeux rivés sur les plans imbibés. En temps normal, Vamp aurait été emmitouflée sous les couettes ou en train de se goinfrer de sucre. Et comme il n'y avait pas de sucre ici et que le lit n'était pas une option, elle aurait dû être en train de réclamer la bestiole, arguant de toutes les raisons imaginables, même les moins plausibles, pour que le barbu lui laisse l'exclusivité du chien.

Mais seul le silence se faisait entendre. Un sourcil froncé, Lin tourna la tête vers le lit. Comme il le songeait, les couettes défaites ne contenaient pas de corps blanc. Sur le trajet pour revenir à son bureau, ses yeux accrochèrent sur l'éclat de la nuque de la jeune femme, anormalement penchée. S'aidant d'une main sur la table, le barbu se hissa légèrement au-dessus de sa chaise pour voir ce qu'il en était.

Ses yeux s'écarquillèrent d'incrédulité et il ne put s'empêcher de réagir instantanément.


Vaaaaamp....

L'intonation était celle d'un père de famille qui prévient son enfant qu'il est en train de faire une bêtise. Les deux sourcils froncés, Lin mettait en garde la brune.

Eloigne-toi de lui. Allez... Recule...

Il avait nettement vu la plante du pied recouvrir la main de son acolyte étendu au sol. Elle n'avait visiblement pas eu le temps d'appuyer mais l'intention était claire. Si elle pesait de tout son poids sur les phalanges, elle les rendrait sans doute inutilisables. Et le barbu avait besoin que son compère soit opérationnel.

Le regard que Vamp lui lança à ce moment-là était sans équivoque. On aurait dit un enfant à qui on aurait refusé le meilleur jouet du moment. Sur ses traits, il distinguait un mélange de frustration, de mauvaise foi et de bouderie, facticement emballés dans une façade innocente. Elle redressa le menton avec le même dédain qu'un enfant de quatre ans qui feint n'avoir rien à faire qu'on lui retire son doudou et elle s'éloigna juste ce qu'il fallait pour que Lin la laisse tranquille. Mais il sentait bien qu'à la moindre relâche d'attention, elle se précipiterait en silence sur la main pour l'écrabouiller quand même.

Il dut retenir un sourire en imaginant la scène et se leva pour de bon. S'il voulait être sûr que la brune ne fasse rien, il suffisait de retirer la tentation. Il s'accroupit à côté de son compère et le gifla brusquement.


Debout p'tit bâtard. Allez, réveil.

Une seconde gifle vint sceller l'aller-retour de sa paume et les yeux encore embrumés de douleur de l'anglais s'ouvrirent.

Hein... Mais... Raaaah, dégage, toi !

Il tenta de repousser Lin d'un brutal mouvement de main mais il manquait d'énergie, trop de sang perdu. Vexé, il porta sa main à son visage, grognant de douleur en se touchant le nez. La garce... Il était sûr qu'elle était responsable de ça.

C'te p'tite putain mérit'rait qu'j'lui...

Une simple pichnette du barbu sur le nez du bâtard fit mourir la fin de sa phrase dans un couinement douloureux.

... parle beaucoup mieux que ça, t'as bien raison. Change de registre.

Il empoigna son compère sous l'épaule sans ménagement et le mit sur ses jambes, le soutenant alors que la terre tanguait sous ses pieds.


Il nous reste plus beaucoup de temps et t'as salopé les plans. Je vais devoir t'expliquer les différente stratégies oralement alors sois attentif.

Larson grommela, peu dupe. Si ce con prenait la défense de la blafarde, c'est qu'elle avait encore réussi à le retourner comme une crêpe. Il allait vraiment falloir qu'il s'en débarrasse. Il y songerait plus tard, d'abord, s'occuper de l'attaque du soir.

C'va, c'bon. Mont' moi ça qu'on en finisse...

Lin retourna asseoir l'anglais sur la chaise où il s'était fait éclater le nez et reprit sa place d'explications. Un simple regard lui apprit que Vamp était sur le départ. Il plissa le front et attendit que Larson retrace le premier étage pour s'approcher de la brune. Son ton était bas, tentant de créer un semblant d'intimité dans l'exiguïté de la pièce.

Tu vas où comme ça ?
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MessageSujet: Re: La Chute...   Sam 16 Avr - 18:22

Son pied glissa dans la chaleur de la botte en peau, accueilli par la douceur de la fourrure qui en molletonnait l'intérieur. Vamp ne sous estimait jamais la menace du froid. Si ces hivers étaient plus doux que ceux qu'elle avait pu vivre, elle ne s'illusionnait jamais sur leur dangerosité. La grande brune faisait toujours preuve d'une vigilance acérée en hiver et même l'angoisse des événements à venir ne parvenait pas à l'étouffer.

Une angoisse qui s'était adoucie, embrumée qu'elle était encore dans le plaisir que le corps de Lin lui avait fait subir. Si ça ne tenait qu'à elle, elle se serait remmitouflée sous les couettes avec lui après s'être débarrassé du corps inopportun de l'autre abruti. Mais ça ne tenait pas qu'à elle...

Un peu boudeuse, elle prit sa veste noire abandonnée au pied de la couche. Elle n'aimait pas que Lin la reprenne à l'ordre, surtout lorsqu'elle tombait sur un jeu très amusant. Mais elle était aussi bien trop amoureuse pour s'entêter.

Elle adorait le corps de Lin. Elle adorait lui faire l'amour et adorait être à lui. Un étrange sourire effleura ses lèvres brûlantes. Et la sensation de sa barbe contre sa peau...

Vamp se redressa aussitôt, le cherchant des yeux dans l'impatience de glisser son nez contre cette même barbe, contre cette rugosité qui apaisait toujours la tension de ses épaules et faisait naître une autre brûlure dans le creux de ses reins. Son regard le trouva occupé avec Larson et ses plans imbibés de rouge. Elle fronça le nez. Le temps n'était plus aux câlins.

La jeune femme s'étira avec paresse une dernière fois avant de boutonner soigneusement la veste chaude et sombre qu'elle portait. Elle en remonta le col sur la courbe de sa nuque avant d'enfiler des gants de la même teinte noire d'un geste machinal, trop occupé à titiller le chiot d'un clin d'oeil. Dieu qu'elle l'aimait aussi celui-là...

Elle se retourna vers la pièce pour se mettre en route lorsqu'elle se heurta presque à Lin. Un irrépressible sourire s'invita sur ses lèvres. Il était vraiment pas mal son homme...

- Je n'ai pas touché un arc depuis trop longtemps. J'ai besoin aller tirer quelques flèches en forêt.

Une pointe d'inquiétude et de déception.

Vamp franchit les quelques pas qui les séparaient avant de passer ses bras autour de sa taille, un petit sourire doux sur le visage.

- Mmh tu viens avec moi ?

Ce n'est que lorsqu'elle passa presque le pas de la porte, laissant Lin enfiler sa veste, qu'elle se rappela l'existence de Larson. Elle s'immobilisa un instant pour lui jeter un coup d'oeil et le congratuler d'un sourire éclatant.

Le nez brisé, du sang séché collé à la peau... Elle était diablement fière de son œuvre.

- A plus tard gueule d'amour...

Vamp lui envoya un clin d'oeil provocateur mais le barbu la surprit et elle préféra franchir le pas de la porte au plus vite avec une nonchalance purement et profondément insolente.



Ils s'enfonçaient tout les deux dans le silence de la forêt, côte à côte, sans parler. Le crissement de leurs pas dans la neige les accompagnait, se répondant sans se faire écho. Lin était plus grand, ils n'avaient pas les mêmes foulées. Elle pouvait sentir sa tranquillité et son calme. Sans le regarder, elle pouvait imaginer son regard tourné vers la cime des arbres, vers le ciel et les nuages, tout en restant attentif à ce qui se trouvait devant eux.

Ils étaient tellement différents. Lin avait une démarche tranquille, son regard se posait sur tout ce qui les entourait, les surplombait ou les suivait avec une légèreté qui n'était qu'une impression factice. Vamp savait qu'il était tout aussi alerte qu'elle sur ce qui pouvait survenir devant eux. La grande brune avait une attitude bien plus tranchée, plus fixe, son regard ne dérivait jamais. Elle regardait toujours droit devant elle.

Une chose pouvait l'arracher à cette fixité, une seule. Voir son chiot débouler comme un fou dans la neige, les dépasser, revenir vers eux, japper puis repartir.

Vamp observa son petit manège avec une petite étincelle bien particulière dans le regard avant de se rapprocher de Lin, assez pour que le bras du jeune homme se glisse autour de ses épaules.

La grande brune arrêta son choix sur une clairière blanche endormie sous la neige. Elle allait sortir son arc lorsqu'un détail l'arrêta.

- Lin ! Tes mains... Tu m'écoutes jamais !

Précautionneusement, Vamp prit les mains du jeune homme entre les siennes, agacée. Il ne portait jamais de gants. Les extrémités étaient les premières à souffrir du froids et les premières à geler. Le sang cessait d'alimenter ce qui était inutile à la survie du corps pour se concentrer sur les organes ayant besoin de chaleur. Alors la peau noircissait, les doigts pourrissaient avant de mourir.

Elle râla une longue minute, abandonnant arc et besace dans l'épaisseur de la neige avant de l'obliger à s'asseoir sur le cadavre d'un tronc allongé au sol et abandonné par la vie. Elle retira ses propres gants, s'asseyant à son tour à califourchon sur l'écorce rugueuse.

Après un infime bisou magique sur les deux paumes du jeune barbu, Vamp les glissa contre la chaleur de sa peau nue, les recouvrant de ses propres mains, un brin soucieuse. Son ventre se hérissa aussitôt d'une chair de poule glacée. Elle grogna.

- Tu me revaudras ça...

Elle s'installa pourtant confortablement contre lui, paresseuse et calme dans cet environnement froid mais familier. L'odeur de Lin l'enveloppait, son regard observait le chiot s'intéresser à quelques stalactites glacées qui ornaient des branches noires mais paisibles. L'arc reposait à ses pieds, enfoncé dans l'épaisseur de la neige.


C'est son cinquième ou sixième printemps. Les premiers bourgeons éclosent lentement, timidement et délicatement, d'un vert tendre et plein de vie. Le chant d'un moineau effleure son oreille avec une douceur qui la laisse insensible. Son regard est fixe, son abdomen brûle de fureur.

Un éternuement frémit à ses tympans mais elle ne se retourne pas. C'est le mois de la renaissance et ces abrutis sont toujours pris d'éternels éternuements en cette saison. Bande de faibles.

La colère noue sa gorge et oblige son poing à se fermer sur son genou. Les yeux noirs, acérés et mauvais, suivent une silhouette frivole. Un infime plissement de concentration creuse la peau lisse au coin des longs cils sombres.

- Je peux savoir ce que tu fais ?

Père. Sa voix chaude est perplexe et son ombre la recouvre aussitôt, toute entière, réconfortante et protectrice. Mais elle s'en fout. Elle s'en contrefout. Elle n'a pas besoin de protection.

Le silence lui répond. Il fronce les sourcils. Plus les jours passent et plus son insolence s'enracine. Il l'observe de ce même regard perçant qu'il lit dans les yeux de sa fille, ce regard héréditaire qui suit les générations. Ce n'est pas de l'insolence. Elle est concentrée sur quelque chose de précis, la tension de sa nuque, son immobilité...

- Vamp.

Elle tique mais ne bouge pas. Le ton était doux mais implacable.

- Quoi ?

- Je t'ai posé une question.

Père ne répète jamais. Jamais. Elle serre plus fort son poing.

- Elle m'a insultée.

Rien de plus. Il ravale un sourire. Sa fille ne venait jamais pleurnicher. Elle ne venait jamais se cacher dans ses jambes ou sangloter. Encore moins cafarder. Elle réglait ses problèmes elle-même. On l'avait déjà surprise à emprunter quelques couteaux en cuisine pour régler une affaire ou deux qui « ne peuvent vraiment pas attendre ». Une petite fille délicieuse.

- Je vois. Et donc tu as décidé de rester là, à bouder sur ta marche en pierre ?

Un tressaillement. Elle lève les yeux, outrée d'une telle conclusion. Il sourit. Délicieuse mais vraiment trop prévisible.

- Mais non ! Fenrir m'a expliqué que si je me concentre très fort sur une personne, longtemps et très sérieusement, je peux la tuer de l'intérieur avec la seule force de ma volonté.

Fenrir. Oui... Il allait vraiment falloir qu'il surveille d'un peu plus près les rares fréquentations de sa fille.

- L'os dans ta tête éclate comme une cruche de lait et tu pleures du sang par les yeux. Puis tu meurs.

Tout s'explique. Ce petit enfoiré l'avait eue par les détails. La petite gobe toujours tout quand on insère des détails.

- Intéressant. Et qu'a-dit ta cousine au juste... ?

Son menton hautain se redresse pendant que le défi s'allume dans son regard.

- Elle a dit que j'étais petite.

Pas un cillement ni tressaillement ne le trahit. Il n'est pas vraiment étonné. Certaines choses ne pardonnent pas.

- Viens.

Elle jette un oeil hésitant à sa victime avant de se lever avec une docilité surprenante. C'est qu'elle aime Père très fort...

Il tend la bride qu'il tient à son jeune frère. Tout jeune, Nikolaï couve sa nièce adorée du regard. Elle est sa préférée, elle le sait.

Lentement, sa colère tiédit à mesure qu'elle se sent entourée d'amour. Elle continue pourtant de suivre la silhouette rassurante, la curiosité noyant ses réticences.

Il l'amène dans la cour pavée, sans se retourner pour vérifier si elle lui a obéi ou non. C'est inutile. La petite va être grande, ses longs doigts fins en témoignent d'eux-mêmes. Elle dépasse déjà plus de la moitié des enfants de la région et la fierté qu'il en ressent lui arrache un sourire qu'il prend bien soin de lui cacher. Lui et ses frères ont déjà remarqué l'acuité et la précision de son regard ainsi que sa facilité à lancer tout objet à porté de main avec une facilité et une adresse que le hasard seul ne justifiait pas.

- Mets toi là. Parfait. Tiens-toi droite. Plus droite. Vamp, plus droite que ça.

- Mais...

Un regard suffit et elle se tait. Elle se redresse et regarde droit devant elle en tachant de gagner en rigidité.

- Tes pieds, perpendiculaires à ce poteau, en face. Non, reste droite. Voilà, parfait. Tiens ta position. Arrête de trembler comme ça.

- Mais ça fait mal !

- Mes excuses... La petite demoiselle désire sans doute retourner sur sa marche ?

Silence. Parfait.

Il la laisse dans cette posture de longues minutes, insensible devant la douleur de sa fille. Il vient relever un peu plus son petit menton blanc. Puis glisse l'arc entre ses doigts fins.

- Il est pour moi ?

- Non. Maintenant, reprends ta posture. Plus droit. Voilà. Grandis-toi, il te faut un maximum d'amplitude. Force. Allez, force. Plus que ça. Vamp !

- Mais ça fait mal !!

Un grondement sourd s'élève du torse robuste.

- Ca suffit. Je ne me rappelle pas avoir engendré une geignarde. Tu te tais et tu te redresses. Bien. Regarde devant toi. Calme toi et respire. Redresse toi encore un peu. Tire sur la corde. Plus fort. Essaie de faire toucher tes deux omoplates.

- Mais je vais me casser !

- Tais-toi. Tu parles trop.

Elle se tait. Songeur, il étudie la posture. Cela manque de rigidité.

- Lâche.

La corde cingle dans l'air doux. La petite crie de douleur, les doigts en feu. La flèche manque le poteau de cinq bons mètres. Pas si mal pour une première fois.

- J'ai fait erreur. Tu n'es pas à la hauteur. Oublie-ça.

- Et bien sûr, je n'ai pas oublié...

Elle sourit pensivement. Elle se souvenait encore de ses doigts brûlants et des croûtes qui les avaient bientôt recouverts.

- Des croûtes toutes marron, elles mollissaient dans l'eau et me faisaient faire des cauchemars la nuit. J'en avais une peur monstre mais chaque jour je revenais, je tirais, les déchirais et recommençais...

Vamp se resserra contre le buste chaud du jeune homme alors que sa nuque s'appuyait paresseusement sur la courbe de son épaule. Elle observait le ciel blanc et tranquille, les pieds bien enfoncés dans la neige. Les rares oiseaux d'hiver s'étaient habitués à leur présence et osaient quelques notes prudentes qui raisonnaient entre les arbres nus. Lin et elle n'étaient qu'à quelques heures de la séparation, une séparation qui pouvait être définitive, mais Vamp était apaisée.

Le nez du jeune homme caressait la peau de sa nuque avec légèreté et elle sentit ses bras se resserrer contre sa taille avec une possessivité toute protectrice. Il était là. Bien là, bien présent. Elle tourna la tête pour venir trouver sa tempe du bout des lèvres et s'oublia un instant dans cette caresse instinctive et tendre.


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MessageSujet: Re: La Chute...   Mar 26 Avr - 11:45

Le nez dans ses cheveux, Lin s'imprégnait de la présence de la jeune femme autant que de son récit. Il l'imaginait parfaitement enfant, avec une fierté démesurée qui la poussait à accomplir des choses que la volonté seule d'une petite fille de cet âge-là n'aurait pas suffi à rendre possibles. L'image d'une fillette au teint cadavérique et à l'allure rigide passa devant ses prunelles avant d'être remplacée par celle qui lui paraissait plus vraisemblable. Vamp enfant devait plutôt ressembler à un stalagmite auréolé d'assurance. Il voyait ce corps longiligne solidement planté dans le sol, avec une droiture qu'aucun roi de France n'aurait pu concurrencer, le regard tranchant l'air qui le séparait de la cible avec une concentration implacable. Il allait jusqu'à se représenter les petits bras tendus, les mains assurées sur l'arc, la flèche entièrement immobile dans l'axe qui allait être le sien. Un mince sourire étira les lèvres du jeune homme alors qu'il déposait calmement ses paumes sur les cuisses de la brune.

Montre-moi comment tu fais se toucher tes omoplates, du coup.

Il n'eut comme réponse qu'un simple mouvement de la jeune femme. Elle se redressa le long de son torse comme pour signifier qu'elle l'avait entendu mais elle n'émit pas le moindre son. Le silence qui s'ensuivit arracha un froncement de sourcils au barbu. Peut-être cherchait-elle comment se dérober à sa demande. Il allait lui proposer d'oublier sa requête si elle n'y tenait pas lorsque les longues jambes fuselées se déplièrent pour hisser le corps blanc en station debout. Visiblement, elle avait fini par se décider. Il ne pouvait pas voir les traits de son visage de là où il était assis mais la posture suffisait à l'assurer de sa décision. Et les mains qui se saisirent de l'arc achevèrent de lisser son front. Elle se mettait en place.

Il ramena ses deux pieds côte à côte dans la trace laissée par l'arc au sol et appuya ses coudes sur ses genoux. Il était prêt à la regarder faire. Et bien avant qu'elle ne hisse l'arme à l'horizontal, Lin ne perdit pas une miette de ses mouvements.

La façon dont elle maniait l'objet et la flèche le laissait pensif. Elle faisait preuve d'une agilité qu'il reconnaissait sans vraiment l'avoir décelée auparavant. Vamp s'était toujours montrée particulièrement douée pour chiper des beignets dans les sachets sans qu'aucun son ne s'en élève mais il n'aurait jamais cru pouvoir faire le lien entre cette aptitude somme toute assez pratique pour sa gourmandise et ses capacités guerrières. Un mince sourire gagna sa place au coin de ses lèvres. Cette femme arrivait encore à le surprendre.

Le silence du sous-bois gagna bientôt son esprit, accordant les intérieurs et les extérieurs. Les yeux fixés sur la silhouette noire, le barbu était concentré quasi-instinctivement sur les mouvements de la brune. Elle s'était figée, parfaitement droite, les bras en position et le coude plié pour tendre la corde jusqu'à en effleurer son oreille. Il nota sans vraiment en prendre conscience que ses omoplates devaient effectivement se toucher, dans cette posture.

Sans y penser, le souffle de Lin ralentit jusqu'à se taire. Il y avait quelque chose de presque irréel dans la vision de Vamp campée sur ses deux jambes, statue implacable dans ce paysage enneigé. Le noir de sa silhouette contrastait avec la blanche froideur des environs et le barbu fut troublé de la beauté de l'image. Même ses mèches de jais flottant silencieusement dans la légère brise, insolentes mouvantes dans l'immobilité adoptée, impactaient la rétine du jeune homme comme pour s'y graver. Elle était tout simplement superbe.

Parfaitement synchrone, le corps de Lin s'était immobilisé à son tour et il retenait son souffle dans la froideur de l'après-midi. La flèche n'oscillait pas sur son axe, toute tendue fut-elle, prête à être propulsée jusqu'à une cible que seule la jeune femme avait repérée. Les yeux du jeune homme ne la quittaient pas, tant et si bien qu'il aurait pu la clouer à l'arc lui-même si ses pupilles avaient eu la matière pour. Il ressentait même une légère anxiété, comme si le devenir de ce projectile allait déterminer bien plus qu'une simple réussite.


AH !

Le cri lui échappa au moment où la flèche s'enfonça dans le tronc d'arbre avec un bruit sec. Il y avait de la tension tout autant que de l'engouement dans ses cordes vocales, une sorte de jet irrépressible d'un soulagement joyeux. Elle avait fendu une feuille en plein coeur avant d'atteindre l'écorce. Le large sourire qui s'étala sur les traits de Lin révélait une joie presque enfantine, un ravissement total.

En plein milieu ! Et aucun mouvement parasite. T'as réussi à toucher pile entre deux mor...

Un second claquement sec vint troubler le discours du jeune homme, attirant son regard vers un deuxième arbre. La flèche y était empalée avec la même raideur. Il eut à peine le temps de reprendre son souffle qu'une troisième vint s'écraser sur une branche moins épaisse, suivie d'une quatrième qui cette fois-ci sectionna net une branche plus fine encore. Ebahi, Lin se tint coi, ses yeux retraçant les chemins des quatre flèches. Les tirs avaient été d'une précision et d'une rapidité qui le laissaient pantois.

Clignant des yeux, il porta son regard sur la jeune femme qui ne semblait pourtant pas avoir bougé. Les doigts blancs venaient de crocheter la corde à nouveau, le bras se tendait une nouvelle fois. Visiblement, elle n'était nullement perturbée par ses réussites précédentes. Concentrée, elle visait cette fois-ci beaucoup plus loin. Et avec la même assurance. La surprise du jeune homme se mua en une admiration muette et il prit soin de se tenir le plus tranquille possible pour ne pas faire ne serait-ce que vibrer l'air d'une respiration inopportune. Vamp semblait dans son élément et il se sentit soudain intimidé, comme un privilégié qui se tasse dans un coin pour observer une scène soigneusement tenue loin des regards.

La cinquième flèche percuta un arbre bien plus lointain que les précédents, à mi-hauteur du tronc, dans un angle impressionnant de symétrie pour cette distance-là. Le jeune homme dut prendre sur lui pour garder la bouche fermée, les lèvres scellées et les mâchoires en place. La brune se révélait vraiment douée pour le tir à l'arc.

Elle abaissa finalement l'arme, ses épaules se détendant, ses omoplates reprenant leurs places. Dans la ligne de son dos, aucune vanité ne se lisait, aucun signe de fierté exacerbée. Juste le relâchement d'un corps après l'effort. Impressionné, Lin resta assis sur le tronc jusqu'à ce qu'elle se retourne vers lui avec une simplicité désarmante.


Rien oublié, ça s'avère.

Le sourire qu'il lui lança était plein d'une fierté contenue, voilé d'un profond respect. Elle était capable de décocher des flèches avec une rapidité et une précision qu'il n'aurait pas tenté d'égaler. S'il était doué avec les armes de jet, il s'inclinait bassement devant les aptitudes de la brune avec un arc. Elle était impressionnante.

Il se releva d'une impulsion contre le tronc, s'ébouriffant les cheveux pour essayer de garder contenance. Si elle ne semblait pas affectée le moins du monde par ce qu'elle venait de démontrer, le barbu était lui troublé par ses capacités. Intimidé, il se contenta de rappeler le chiot pour emboîter le pas de la brune, à un pas d'elle. L'espace d'un instant, il sentit un pincement s'inviter au creux de son pectoral. Elle venait de démontrer une éducation de haute spécialité. Parfaitement aguerrie et maîtrisée. Parfaitement noble. Etait-il à la hauteur pour se permettre de briguer une telle femme ?

Il était en train de se perdre dans les méandres de ses raisonnements lorsqu'il sentit les doigts blancs effleurer le dos de sa main. Tiré hors de ses pensées, il tourna le regard vers la jeune femme. Les grands yeux noirs qui croisèrent les siens noyèrent le pincement en une fraction de seconde et baignèrent son coeur d'une chaleur enveloppante. Quelles questions allait-il se poser. Dans une profonde inspiration, il glissa ses doigts au creux de la paume féminine, se frayant un chemin jusqu'entre les siens pour presser sa main dans la sienne. Noble ou pas, elle restait sa femme.


[...]

Ca va Larson, lâche-la. Finis plutôt de mettre les nouveaux plans dans les sacs, ça sera plus utile.

Le regard haineux que l'anglais lança à la brune fut bien plus évocateur que toutes les remontrances qu'il avait commencé à lister sitôt la porte passée par le couple. Cette chienne cadavérique irait retrouver ses semblables au cimetière si elle continuait comme ça. Une fois les escaliers et maintenant la table ? Elle cherchait les ennuis. Il allait lui en donner si elle les voulait tant.

Tendu, le bâtard enfournait les plans dans les sacs d'armes blanches avec rage. Le froissement des parchemins lui importaient peu, ils apaisaient sa soif de violence. Si seulement il pouvait faire pareil avec les cheveux de cette... cette...

Une bourrade dans l'épaule le sortit de sa hargne, lui faisant relever les yeux vers le grand couillon qui prenait la défense de cette enflure.


Fais-y gaffe, va falloir qu'on les montre aux autres...

Cette façon qu'il avait de lui parler... Un grondement sourd s'éleva du poitrail du bâtard. Il allait lui exploser la tête à son tour s'il continuait lui aussi. Qu'est-ce qu'ils avaient tous à les lui briser aujourd'hui ? Ca allait finir en bouillie tout ça, il aurait pu le promettre. Grognant de plus belle, il continua à ranger les affaires nécessaires avec une mauvaise grâce évidente.

Perplexe devant la nervosité de son compère, Lin l'observa un instant avant de se retourner vers Vamp. Cet imbécile allait se claquer les veines à s'énerver comme ça. Il faudrait qu'il pense à le calmer avant d'entrer dans le bordel ou il allait faire des bêtises sous l'emprise de la fébrilité. Le barbu tendit une main vers la jeune femme, se saisissant de son poignet pour l'attirer jusqu'à lui alors qu'il s'adossait au mur opposé au dos de l'anglais, cherchant le peu d'intimité qu'ils pourraient trouver dans cette unique pièce.


On va aller rejoindre les autres gaillards qui nous accompagnent là-bas. Faut qu'on leur montre les plans et qu'on leur explique leurs rôles. La nuit commence à tomber, c'est le bon moment.

Il passa machinalement un bras autour des hanches de la brune, l'appuyant contre lui par habitude, sa seconde main remontant à sa nuque pour l'effleurer avec douceur. Il n'avait pas envie de la laisser mais l'idée de pouvoir mettre un terme à Valentin le poussait en avant. Il allait pouvoir venger ses actes.

Je doute pas que tu trouveras le point le plus pratique pour protéger nos arrières, les remparts seront tout à toi. Fais juste gaffe sur la façade ouest, un de créneaux a été dégradé cet hiver, tu risquerais d'être à découvert.

Il déblatérait pour gagner du temps. La chaleur que le corps de Vamp dispensait au sien le calmait et il n'était pas encore prêt à s'en défaire. La paume de sa main recouvrit la nuque qu'il aimait tant explorer et il poussa un bref soupir.

Va bien fall...

Le reste de sa phrase mourut sur les lèvres de la jeune femme. Elle s'était redressée avec une vivacité qui lui était propre et s'était emparée de sa bouche sans préavis, l'un de ses bras étroitement passé autour de son cou pour l'incliner vers elle, son autre main crochetant le col de sa chemise. Elle avait dû comprendre que le blabla qu'il lui servait était inutile et elle réagissait avec bien plus d'aplomb que lui.

Secoué par sa fougue, le barbu se redressa pour mieux l'emprisonner contre son torse et il lui rendit son baiser avec une ardeur partagée. Les deux corps longilignes étaient parfaitement accolés, chaque courbe répondant à un creux, chaque membre enlaçant un relief. Si aucun son n'était audible, l'étroitesse de leur étreinte ne laissait aucun doute quant à l'intensité de ce qu'ils échangeaient.

Le regard de fouine de l'anglais scruta le tableau un instant avec mauvaise humeur. Ils allaient pas s'envoyer en l'air là comme ça quand même ? Grognant de plus belle, il bouscula la chaise avec force. Ce con était sous l'emprise de cette diablesse et elle étalait sa domination juste sous ses yeux. Cet enfoiré n'avait aucune dignité. L'air mauvais, le bâtard renifla avec dédain. Ils étaient à vomir. Il allait shooter dans la table pour se défouler quand le chiot parvint dans ses jambes, remuant de la queue avec entrain. Les yeux vifs de Larson se tournèrent alors vers lui, se déconcentrant des deux idiots.


Toi aussi t'les trouve immondes ? Viens m'voir p'tit con...

Il s'accroupit pour s'occuper de la bestiole, se désintéressant des deux empaffés imbriqués. Il aurait tôt fait de les séparer pour de bon de toute façon.

A regret, Lin se détacha de la bouche de Vamp et reprit son souffle dans une inspiration profonde, la respiration un peu irrégulière. Il porta son regard sur le sien, vaguement souriant. Les iris noirs lui répondirent avec un mélange d'incrédulité et d'excuse, comme si elle n'était elle-même pas très sûre de ce qui venait de la pousser vers lui avec autant de fermeté. Le nez du barbu vint pousser celui de la jeune femme et il lui sourit pour de bon.


Garde des forces pour tout à l'heure.

Il se redressa avec un peu plus d'assurance et inversa leurs places pour l'adosser contre le mur, la dérobant à la vue du bâtard. Il savait que s'il l'avait entre les bras à l'instant, rien ne lui assurait qu'il reviendrait un jour l'y reprendre. Mais il essayait de ne pas trop y songer. L'idée même le fit frissonner et il ramena ses paumes aux joues de la jeune femme, ses pouces effleurant tendrement ses pommettes. Il n'avait aucune envie de lui faire de long discours pour tenter de la rassurer. L'émotion qui commençait à envahir son torse ne le lui aurait de toute façon pas permis. Il se contenta de plonger dans son regard pour y puiser ce dont il avait besoin et finit par sourire, la voix basse.

Je t'aime, tu sais...

Le claquement de la lourde main anglaise sur son épaule chassa le sourire de ses lèvres. Cet enfoiré devait débarquer maintenant. Evidemment. Il allait se dérober d'un coup d'épaule lorsque les doigts crochetèrent le tissu pour le maintenir plus fermement.

Z'êtes pas encore dans l'bordel, f'rez ça plus tard hein !

Il tira alors violemment le jeune homme vers l'arrière, l'arrachant à Vamp sans aucune douceur. Le petit sourire qui ornait le coin de ses lèvres était empreint d'une satisfaction malsaine.

On a d'pain sur la planche, t'rappelles ? M'l'a dit toi-même. Alors on s'casse.

Se disant, il fit pivoter Lin sur ses pieds et le poussa vers la sortie, intransigeant. Le chiot jappa joyeusement, sûr qu'il allait pouvoir sortir aussi et Larson emboîta le pas au grand barbu qu'il poussait déjà dehors sans ménagement. Ce n'est que sur le seuil qu'il tourna la tête par-dessus son épaule pour attraper le regard de la brune, l'air insupportablement satisfait.

Hé ! A plus tard, "gueule d'amour"...

Il envoya un ersatz de bisou sonore à Vamp avec une moquerie suintante et claqua la porte dans son dos, très fier de lui-même, revigoré. Il était temps d'aller se battre.
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Vamp

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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 22 Mai - 15:46

Le regard noir balaya la pièce vide, désemparé. Elle était seule. Un trou béant creusait sa poitrine. Lin n'était plus là.

La silhouette longiligne perdit quelques centimètres alors que le poids de la tristesse pesait sur ses vertèbres. Cette séparation était une très mauvaise idée, elle le sentait, son instinct le lui hurlait. Chaque fois qu'ils s'étaient trouvés séparés, les choses avaient empiré.

Désorientée, Vamp regarda autour d'elle. Non, Lin n'était pas là.

Une impulsion cherchait à l'arracher de cet endroit, à la pousser à la suite du barbu, à fuir l'inquiétude qui s'insinuait lentement dans ses veines. Mais voilà, elle avait fait une promesse à Lin.

La panique se mua en quelque chose de bien plus sourd. Elle prenait enfin conscience du calvaire qu'allaient être les prochaines heures. Elle prenait conscience de tout ce que cela impliquait, de rester là-haut, spectatrice. Elle comprenait qu'elle allait vivre l'enfer.

Son corps réagit avant elle. Sa main s'empara d'une bouteille abandonnée sur la table. Victime d'une fureur aveugle, le verre se fracassa contre le mur opposé. Les étincelles acérées retombèrent en une pluie transparente sur le sol mais n'étanchèrent pas la rage de la jeune femme.

Vamp saccagea la pièce.

La menace qui planait sur l'homme qu'elle aimait ne serait qu'immatérielle pour elle. Et lorsqu'elle se sentait en danger, Vamp attaquait.

Mais il n'y avait rien à attaquer. Personne sur qui passer sa colère, rien sur qui assouvir sa peur furieuse. Elle avait accepté de rester à l'écart, pour lui, pour l'avoir regardé dans les yeux. Et elle avait abdiqué. Elle s’écœurait. Elle avait été faible. Et maintenant, elle était là, seule avec sa peur.

Rien n'avait de poids entre ses mains, la rage décuplait ses forces et des éclats de bois tranchants s'éparpillèrent sur le sol lorsque la chaise éclata en morceaux irréguliers contre le mur de pierre. Le ravage dura de longues minutes, la colère de la grande brune ne semblait pas avoir de fond. Elle se transformait lentement en un animal que la peur et l'impuissance emprisonnaient dans une cage imaginaire aux barreaux invisibles. Dévorée par la peur elle se laissait happer par la violence, son inutilité face à la situation étouffant tout semblant de raison. Puis elle s'effondra.

Il n'y avait plus rien à casser, plus rien à détruire. Pourtant, la peur était toujours là, lovée dans sa moelle épinière, rythmant les battements rapides de son cœur et enfonçant ses dents dans sa respiration saccadée, une respiration rauque qui peinait à se trouver.

Elle s'effondra. Elle s'effondra et craqua. Son corps abdiqua et se laissa tomber lourdement au sol alors que ses mains diaphanes qui portaient encore l'odeur de son amant empoignèrent ses cheveux. Son hurlement de louve blessée se termina en un sanglot éraillé et enroué. Soumise sous le poids de la peur et de la solitude, Vamp se replia sur elle-même, en boule, cherchant à se protéger d'un mal qui n'avait pas de frontière. Elle voulait Lin.

Elle se cacha dans le pli de ses genoux, perdue et abandonnée.



Une lumière douce et ocre baignait la pièce d'un calme serein. Le soleil se couchait, satinant les murs de chaleur et éclairant les cadavres des meubles lacérés. Tout était de la plus parfaite des immobilités, seules quelques étoiles de poussière scintillaient paisiblement dans la lumière du crépuscule.

Le regard froid, Vamp boutonna soigneusement sa veste de cuir noire. Elle était presque prête. Chaque tissu qui recouvrait son corps moulait ses longs membres de noir, épousait et serrait la moindre courbe. Son éternelle chemise blanche avait été troquée pour un tissu tout aussi sombre que le reste de sa tenue. Rien ne dépassait, aucun pli n'ondulait sur son corps et aucune fioriture n'était visible. Uniquement le noir le plus lisse et le plus profond.

Un détail restait. Penchée sur un éclat de miroir brisé, la jeune femme releva d'une main les mèches rebelles qui lui tombaient sur les pommettes, quelques échappées de la lanière de cuir qui retenait ses cheveux, pour dégager son front et ses yeux. D'un geste précis, elle appliqua une pâte noire et épaisse à l'aide de ses deux doigts, traçant un contour net et tranché. L'ébène s'étala bientôt sur sa peau, recouvrant son visage en une vague noire sur l'arête de son nez. Son front et ses pommettes s'occultèrent bientôt.

Elle ne tremblait plus, n'haletait plus à la recherche de son oxygène. Elle était droite face à son reflet, sombre, morbide, le visage tranché de blanc et de noir. Le rose satiné de ses lèvres disparu sous l'épais tissu noir qu'elle enroula autour de la partie inférieure de son visage. Aucune parcelle de sa peau ne devait être visible, elle savait combien la lumière de la lune pouvait être traîtresse et il était hors de question de devenir un point cible sur les remparts à cause de la blancheur de son épiderme. La sécurité de Lin en dépendait.

Vamp était prête. Bien trop froide et bien trop calme.

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Lin
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MessageSujet: Re: La Chute...   Jeu 9 Juin - 18:41

L'effort lui apparut dans toute son ampleur alors que la porte du bordel se profilait dans l'obscurité de la rue. Ne pas se retourner pour regarder vers les remparts s'avérait bien plus compliqué qu'il ne l'avait cru. Il avait besoin de savoir que Vamp l'avait écouté, qu'elle était en sécurité là-haut entre les créneaux et qu'elle n'avait pas décidé au dernier moment de bifurquer de la sagesse vers l'inconscient. Il la connaissait. Bien. Vraiment bien. Et il savait combien son instinct pouvait la pousser à des actes qu'elle n'aurait pas dû entreprendre.

Les mâchoires barbues se serrèrent à l'idée qu'elle ait pu prendre un chemin autre que celui des pierres, à l'instar de son torse qu'il dut forcer à s'ouvrir pour laisser passer l'air. Ce n'était plus le moment d'y penser. Il devait occulter la jeune femme et sa sécurité. Il n'était plus temps de s'en préoccuper. Il allait exposer ses veines et s'il voulait en ressortir vivant pour s'assurer que Vamp avait bien tenu sa promesse, mieux valait qu'il ne le vérifie pas maintenant. Il finit par dépasser Larson d'une bonne tête lorsqu'il se morigéna dans une profonde inspiration. La main assurée, il poussa le battant qu'il avait surveillé autrefois et laissa la voie libre à son compère. Il était l'heure de mettre leur plan à exécution.


[A l'étage, une chambre au fond d'un couloir étroit]

Doucement... Prenez le temps. Lentement. Là.

Confortablement installé dans un fauteuil aux allures de trône, Valentin observait d'un oeil attentif la scène qui se jouait sous ses yeux. Ces si troublantes créatures qui s'exécutaient pour lui... Ce subtil mélange de séduisant et de répugnant... Cette façon de lui jeter un regard, par moment... Il en grogna de satisfaction et prit appui sur les accoudoirs épais pour se ré-installer, agité.

Mais oui mes beautés, continuez comme ça... Elle le mérite.

Sur la vaste couche qui déployait ses trésors de moelleux sous ses yeux, deux femmes tout en longueur entreprenaient de dompter une rousse à la crinière aussi flamboyante que ses formes étaient appétissantes. Les mouvements étaient lents, mesurés, à l'image de ceux de félins en chasse. Ils se saccadaient par moment, dans des secousses animales où des feulements naissaient, attisant encore un peu plus l'envie sournoise du voyeur.

Les mains moites, il ramena quelques mèches de ses cheveux en arrière, les plaquant ardemment contre son crâne en ébullition. Que de fantasmes qui tourbillonnaient dans cette boîte osseuse. Son front commençait à luire de ce qui suintait de ses pores, un désir mal établi qui le boursouflait dans ses vêtements si propres. La diablesse au centre de la couche était fascinante. Le charme de Lucifer. Les courbes des meilleures mères. Et la hardiesse des tigresses. Il gigota de nouveau sur son siège, cherchant une position confortable, à l'étroit dans ses nippes. Elle allait être attachée. Matée. Offerte. Il grogna d'impatience, reculant contre le dossier du large fauteuil. Et ces deux jumelles brunes. Parfaites. Elles exhalaient une aura presque fantomatique qui ajoutait au surnaturel de l'instant. Il était entouré de choses fantastiques. Et il avait le contrôle sur elles. Un rictus étira le coin de ses lèvres alors qu'il déglutissait, déjà à demi-levé.

C'est bien... C'est très bien. Ne vous arrêtez pas en si bon chemin...

Ses mains crispées s'enfoncèrent dans le matelas alors qu'il se coulait dans le tableau en un maître absolu, les trois femmes redoublant d'ardeur pour l'immerger dans l'atmosphère électrique qui semblait tant lui plaire.

[Au rez-de-chaussée]

Les bras étendus en croix, Larson fulminait. Il avait horreur qu'on le fouille. Horreur qu'on s'en prenne à ses poches, à ses doubles vestes et aux recoins qui lui permettaient d'embobiner n'importe qui.

J'vous jure qu'si vous term'nez pas vite, j'vous fracasse mon g'nou dans l'pif.

L'homme en costume sombre en était à sa ceinture, passant et repassant ses doigts tout le long de sa taille pour s'assurer qu'aucune arme n'y était dissimulée. Calme, il ne prit pas la peine de relever le regard sur le rageur.

Un coup ici, ça vaut au moins ça.

Se disant, il aborda les poches de l'anglais, les retroussant entièrement, quitte à en laisser tomber les quelques écus qu'elles contenaient.

P'tain! Z'êtes un vrai con ! Evid'ment qu'j'ai d'l'argent dans les poches ! Faut bien qu'j'paye ! Mais quel con...

Agacé, il se pencha pour ramasser ses pièces, rechignant à reprendre sa position d'épouvantail pour la suite de la fouille au corps. Les mains de l'autre commençaient à descendre le long des cuisses viriles, palpant le tissu et la chair avec professionnalisme. C'était un employé zélé. Rien n'était jamais rentré de dangereux depuis qu'il était en fonction. Et il comptait bien continuer comme ça. Les jambes tendues de celui qu'il avait sous les mains n'y couperaient pas.

Il fallut à Larson encore quelques instants de patience, les bras en croix et les jambes en X, avant que l'homme ne parvienne à ses chevilles, enfournant ses doigts sans l'ombre d'une hésitation dans ses bottes de cuir. Il faillit louper le coche quand l'autre s'immobilisa mais le regard qu'il releva sur lui lui fut fatal.

J't'avais prév'nu.

Enfin libéré de ses obligations, il empoigna la tête de l'homme sans la moindre douceur et lui imposa une rotation proprement inhumaine. Un vilain craquement flotta dans l'air avant que le son mat d'un corps inerte ne le remplace. Satisfait, l'anglais se permit un sourire.

On a dit "assommer". Pas "tuer".

La voix de Lin s'éleva dans le dos du petit râblé qui se contenta de hausser les épaules.

T'm'as collé à jouer les donzelles palpables, fallait bien qu'j'trouve une cont'partie, hein... T'façon, l'aimait trop m'coller ses doigts dans les jambes c'te tata. Méritait pas mieux qu'ça. C't'espère d'déglingué.

Dédaigneux, Larson enjamba le corps mort et montra du menton l'escalier à son acolyte. Désormais, le silence était de rigueur.

[A l'étage, dans l'étroit couloir]

Quatre silhouettes noires. Immobiles. Noires, longues, fines. Concentrées. En deux rangées de deux, elles apparaissaient presque sages, comme des écoliers avant d'entrer en classe. Les regards acérés qui scrutaient le couloir démentaient cette idée erronée. Chacune des places était en synergie avec les autres. Au moindre déplacement d'un membre, un autre répondait pour rétablir l'équilibre. Garder l'osmose du groupe. Maintenir l'homogénéité si redoutable du quatuor. Un silence de tombe les enveloppait, simplement troublé par les sons étouffés, filtrant sous la porte gardée comme celle de la chambre d'un roi. Le patron pouvait s'amuser en toute tranquillité, ses sentinelles veillaient.

Lin fit signe à Larson de s'arrêter alors qu'ils parvenaient en haut des escaliers. Le long couloir perçait le mur à quelques pas seulement et il savait pertinemment comme la présence de ces quatre tueurs le rendait dangereux. S'enfoncer là-dedans, c'était s'enfoncer dans un guêpier. Mieux valait le désengorger avant de s'en prendre au coeur du nid. D'un mouvement silencieux, il plongea sa main au fond de sa poche pour en sortir une étoile de jet aiguisée pour l'occasion. De l'autre, il fit signe à son acolyte de le suivre le long du mur.

En quelques enjambées, ils parvinrent à hauteur du mur à l'angle duquel s'ouvrait le couloir. L'assassinat du garde en bas n'était plus qu'un lointain souvenir, reléguer loin dans la mémoire du barbu pour laisser place nette à tout nouvel évènement. Et notamment celui-ci. Il s'était imaginé la scène un millier de fois, l'avait répétée encore et encore, il la connaissait par coeur. Ce qui n'empêchait pas ses tempes de vrombir du battement incessant de son palpitant, tendu par l'enjeu qui reposait dans ce simple bout de métal. Il s'obligea à fermer les yeux pour calmer ses nerfs et s'obligea à se repasser les séquences de ses entraînements en boucle. Quand il fut quasiment hypnotisé par ses réminiscences, il s'élança.

Aux gloussements, les sentinelles pouvaient estimer le temps du jeu. Ils avaient sans doute terminé avec la première phase. Ils abordaient à peine la seconde, quand le patron n'arrivait plus à tenir sa place. Il devait être en train de se faire couvrir d'un corps ou deux. Ca laissait encore au moins une bonne heure d'attention soutenue, une demi-heure particulièrement cruciale quand il serait en pleine performance. Les rangs se rigidifièrent uniformément, chacun parfaitement acquis à la cause de Valentin. Sa protection avant tout.

Ils furent à peine surpris lorsque les jets de sang éclaboussèrent leurs tenues noires. Les éclats scintillants qui s'étaient élevés dans les airs semblaient être sortis de nulle part, deux jets brillants parvenus de l'autre bout du couloir, dans un froissement d'étoffe et le flou d'un corps mouvant. Alors qu'ils scrutaient encore l'endroit où l'intrus était à peine passé, deux jugulaires explosèrent, tranchées nettes par les dents métalliques qui échouèrent au sol, tachées de sang pourpre. Les yeux écarquillés par l'incrédulité, le premier rang s'effondra dans quelques borborygmes de sang encore chaud qui s'écoule. Stoïques, le second rang enclencha la défense offensive, rôdé comme une véritable armée.

Plaqué contre le mur de l'autre côté du couloir, Lin venait de décocher ses deux étoiles. Il croisa le regard de Larson resté à sa place, tous deux encadrant l'ouverture de l'étroit corridor. Il savait ce qu'il avait à faire. Le sérieux qu'il lut sur son visage acheva de rassurer le barbu. Chaque attaque ne pouvait être qu'unique. Ces sentinelles étaient beaucoup trop bien entraînées pour se faire avoir deux fois. Ils n'étaient pas sûrs d'avoir réussi à éliminer le premier rang comme ils l'avaient prévu mais ils ne pouvaient pas vérifier. L'aveugle commençait ici. Et l'adrénaline envahit les deux acolytes avec la même force. Une flamme mauvaise embrasa les pupilles de Lin alors qu'il se replongeait dans les états qu'il avait connus les années passées, lui courbant l'échine dans un frisson dévastateur. Que le combat commence.

D'un signe de tête, il donna l'autorisation à l'anglais. Celui-ci avait bougé avant même le mouvement de son compère, bien plus préparé qu'il n'avait pu le lui dire. Il sauta dans le champ du dernier rang restant avant de s'en extraire aussi vite, pour les attirer au-dehors. Une dague se ficha dans le mur en face une demi-seconde après que la tête de Larson lui laissa la place. Ces tueurs-là étaient encore plus redoutables que ce qu'ils avaient pu imaginer. Loin d'en être déstabilisés, les deux hommes échangèrent un regard presque dément. Il était l'heure de s'amuser.

Lorsque la silhouette de l'un des tueurs émergea du couloir, le bâtard se jeta dessus. Il était à lui et Lin ne comptait pas lui retirer son festin. Il n'observa le roulé-boulé des corps que d'un oeil, son attention portée sur l'angle du couloir. Le deuxième ne venait pas. Personne n'apparaissait comme prévu. Ses mâchoires s'enclenchèrent. Ca merdait. Ils avaient prévu qu'ils sortent tous. Ne pas aller se fourrer dans ce traquenard. Ne pas se faire prendre entre trois murs. Le souffle écourté par l'excitation, il ne put cependant pas retenir l'envie déraisonnée qui lui mordait les tripes. D'une impulsion, il se jeta dans le couloir.

La sentinelle attendait patiemment, en position de combat, le regard tranchant et assuré. Inflexible. L'idiot qui s'avançait vers elle n'avait aucune chance. Elle évalua la situation avec minutie, décela les points forts et les points faibles de l'endroit et de son adversaire. Aucun sourire ne se vit sur son visage mais la satisfaction lissa ses traits. Il avait l'air compétitif. Pourtant, sa belle assurance tressaillit lorsqu'elle croisa son regard. Il n'était pas normal. Il était fou.


[Au rez-de-chaussée]

Il avait fallu à Larson plus de quinze minutes pour venir à bout de celui qu'il avait embarqué avec lui dans une cascade phénoménale jusqu'au bas de l'escalier. Les deux colonnes vertébrales avaient frappé les marches tour à tour, les vestibules s'étaient déréglés des deux côtés et ils s'étaient empoignés dans un équilibre précaire quoique déterminés.

L'anglais n'avait jamais été un fin stratège, malgré tous les efforts de Lin pour le former. Mais sa force brute et sa hargne lui avaient permis d'affaiblir son adversaire et de l'essouffler. L'autre avait poignardé un peu, avait tenté de le déstabiliser. L'un comme l'autre s'était épuisé dans la bataille et il n'en était fallu que de peu pour que le bâtard en réchappe.

Il venait de se faire envoyer valser contre la rampe de l'escalier quand l'autre avait décidé de l'achever. Rompu par les coups, l'anglais n'avait eu la force que de s'esquiver, au dernier moment, dans un dernier effort. L'autre s'était accidentellement coincé le bras entre les barreaux. La fraction de seconde qu'il lui avait fallu pour s'en extirper avait donné la victoire à Larson. Il lui avait cassé le coude d'un coup de pied et explosé l'arcade d'un coup de tête. Le reste n'avait été qu'une histoire de lame.


P'tain d'chien d'ta mère.

Il avait ponctué cette victoire d'un crachat dans les cheveux du mort et avait vérifié que ses plaies n'étaient pas mortelles. Après quoi, il entreprit de faire le tour des chambres du rez-de-chaussée, comme c'était prévu par l'autre empaffé qui lui servait de collègue.

T'évacueras les filles et t'assommeras tous les mecs à la solde de Valentin. Je me fous que ce soit des amis des filles. Tous les mecs par terre, toutes les filles dehors. Et oublie pas de laisser les portes ouvertes, pour simplifier le travail des suivants.

Il s'engouffra dans le premier couloir en repensant aux mots du barbu. Assommer. Il le prenait vraiment pour une fillette. Il avait voulu buter le patron ? Très bien. Lui allait se faire plaisir avec les sous-fifres. D'un coup de pied, il entra dans la première chambre. L'un de leur gars avait déjà fait le ménage dans le couloir.

La gueuse, tu t'tires.

Il n'assomma pas l'homme. Il le tua. Et la deuxième porte défoncée ne laissait aucun doute. Il leur réserverait à tous le même sort.

[A l'étage, dans le couloir]

Etalé au sol, Lin essayait de reprendre ses repères, la tempe douloureuse. Le dernier rempart s'avérait bien plus ardu qu'il ne l'avait espéré. La silhouette noire était encore debout. Chancelante sous le dernier coup mais debout. Lui n'était pas parvenu à rester sur ses deux pieds. Le coup reçu l'avait violemment déséquilibré et il tentait en vain de recouvrer ses esprits. L'ambiance bourdonnait à ses oreilles et sa vision floutée n'aidait pas ses sens à retrouver le chemin de la station debout.

La sentinelle s'ébroua comme un chien qui sort de l'eau, remettant ses fonctionnalités en phase avec leurs instruments beaucoup trop rapidement pour le barbu étendu au sol. Elle dégaina son cimeterre avec emphase, un simple chuintement accompagnant le geste cérémonial. La mise à mort approchait.

L'éclat de la lame dans son champ de vision fouette le barbu. Il ne pouvait pas mourir. Pas comme ça. Pas maintenant. Mais il ne pouvait pas non plus se relever. Grognant, il rassembla ses forces pour s'emparer de sa dague, beaucoup trop lentement à son goût. Il allait se faire embrocher à ce rythme-là. La silhouette parvint au-dessus de lui alors qu'il refermait à peine ses doigts sur le manche de son arme.

Son regard embrumé croisa celui, vif, de son futur meurtrier. Il pouvait lire une satisfaction morbide dans les prunelles de son adversaire, cette satisfaction du sanguinaire à voir s'écouler les flots rutilants. Les bras du bourreau s'élevèrent pour donner de l'élan à la lame et Lin n'eut pour seul mouvement que l'absurde réflexe de lever les bras pour se protéger.

La lame s'enfonça de la moitié de sa longueur dans l'épaule du barbu, faisant craquer les cartilages et jaillir un flot de sang douloureux. Les yeux du jeune homme s'écarquillèrent sous l'intense douleur qui percuta ses synapses et il gronda jusqu'au cri, la chair déchirée par la souffrance.

Pourtant, ce furent ses mains qui se couvrirent de sang, ses bras et jusqu'à son torse, le liquide poisseux roulant jusqu'à l'angle de son cou, imbibant sa chemise dans un flot ininterrompu. Eberlué, Lin baissa les yeux sur ses doigts sans comprendre. Sa paume refermée sur le manche de sa dague venait de lui sauver la vie. Dans ce geste de survie, il avait soulevé sa courte lame avec l'énergie des fins de vie et la cuisse exposée de son adversaire à cheval au-dessus de lui s'était vue tranchée dans la parabole décrite par l'arme. L'artère fémorale sectionnée, la sentinelle s'était déséquilibrée et était en train de s'écrouler, vidée de son sang.

Il repoussa le corps secoué de spasmes agoniques avec répugnance, toute son ardeur démentielle douchée par la quantité de sang qui venait de le recouvrir. Il en était trempé. Sa chemise avait viré au rouge sombre et son cou était noyé dans les litres poisseux qui avaient déserté leur hôte. Vacillant, il s'appuya sur le mur pour se relever, le coeur au bord des lèvres. Si la perspective de tuer Valentin ne l'avait pas tenu éveillé, il se serait écroulé là, brisé et charcuté.

Ce furent les gloussements derrière le battant de bois qui le morigénèrent. Il n'avait pas baigné dans le sang par hasard. L'homme qui s'amusait tant avec ses poules derrière cette porte devait mourir. Il se prit à penser à Vamp alors qu'il approchait du panneau de bois, l'esprit soudainement parasité par des flash de réminiscences, les yeux sombres qui le regardaient, ses pommettes tirées par le rire, ses mèches brunes qui effleuraient à peine sa nuque et la blancheur de sa peau. Vamp. Présente. Dans son esprit.

Il secoua violemment la tête pour essayer de se concentrer. Ce n'était pas le moment. La douleur que lui arracha ce mouvement lui donna une piste d'explications. Il avait affreusement mal. Il délirait à moitié. Il fallait qu'il en finisse. Dans cet état, il ne tiendrait pas debout longtemps.

Il rassembla ce qui lui restait de hargne et de forces pour peser contre le battant de bois, prêt à jouer le maigre rôle qui lui restait.


- T'es sûre de toi ? Il va falloir que tu endormes sa méfiance. T'es pas son genre en plus.
- Je t'ai dit que je sais y faire. Tu me fais confiance, non ?
- Mhmouais. J'ai un doute quand même.
- Tu veux y aller à ma place ?


Il avait levé les yeux au ciel avant de sourire. Cette rousse, c'était sa seule chance. Si elle n'avait pas été à l'intérieur, il n'aurait rien pu tenter. Sans son soutien au-dedans, il était mort. Il n'arriverait jamais jusqu'à lui. Et elle avait réussi. Elle s'était infiltrée dans les désirs malsains du patron.

- C'est un malade ce type. Il me prend pour une sorcière, avec mes mèches rousses. Ca lui fait peur mais ça l'excite. Je suis sûre que ça peut marcher. En tout cas, ça se tente.
- Si t'as envie de te faire palucher, d'accord. Mais fais-le bien, que j'ai pas de mal à le tuer ensuite.
- Oh bah si la sorcière l'attache, ça devrait le faire bander suffisamment pour qu'il ne résiste pas. Il sera à ta merci.

Et c'est ce qui allait se passer. Elle avait réussi. Les gloussements en attestaient, il était en totale confiance. Il acheva d'ouvrir la porte dans un coup de pied rageur, prêt à tuer celui qui se tiendrait attaché sur le lit.

Ses yeux tombèrent sur la silhouette de Valentin, étendu en croix sur le lit, pieds et mains liés aux quatre coins du lit, entièrement exposé. Il était entièrement nu, dans l'exact tenue où il était venu au monde. Pourtant, pas de filles sur lui, ni même autour. Il était entièrement seul. Et parfaitement mort.

En l'espace de quelques secondes, l'assurance de Lin se mua en une inquiétude monstrueuse qui vint balayer ses velléités d'assassinat. Ses yeux quittèrent le corps mort pour trouver celle qui avait devancé ce que lui-même voulait faire, de ses propres mains. Avant la tignasse rousse, il tomba nez à nez avec deux copies identiques d'une même fille longiligne et brune. Un petit air de Vamp. Et une poigne au moins aussi ferme.

Avant qu'il n'ait pu comprendre quoi que ce soit, l'une enserrait une chemise roulée autour de son cou pour l'étrangler, l'autre lui frappait l'intérieur des genoux pour le faire tomber au sol. Déjà fourbu par le combat précédent, il s'écrasa sur les rotules dans un grognement suppliant, ses nerfs relayant une douleur intense à tout son être. Ca n'était pas du tout le plan.


Tu vois que ça a fonctionné. Tellement bien que j'ai même pu le tuer.

Le cou à demi-étranglé, le barbu ne put qu'à peine tourner la tête vers la rousse dont la voix s'élevait depuis le pseudo-trône où Valentin s'était échauffé quelques instants plus tôt.

Fais pas cette tête, t'étais pas le seul à le vouloir mort. Et t'as bien raison. C'est un plaisir de mettre à mort ceux qui menacent ce qui t'est cher. D'ailleurs...

Elle se leva, flamboyante dans l'atmosphère étrangement calme et s'approcha du barbu pour empoigner ses cheveux sans la moindre douceur, ses yeux ayant perdu tout le velouté dont ils faisaient preuve à l'accoutumée. Sa voix, doucereuse au départ, s'était muée en un fil métallique et déterminé.

...je ne peux pas te laisser vivre. Ni toi, ni ton acolyte. Qui me dit que vous alliez tuer Valentin sans reprendre sa place ? Hm ? Vous êtes tous de la même espèce.

Elle fit signe à l'une des jumelles de lui passer l'arme récupérée sur la sentinelle morte, encore ensanglantée et la lui apposa sur le cou, juste sous le menton.

Je ne prendrai pas le risque d'être vendue à nouveau.

Incrédule, Lin entendit les mots sans en prendre la mesure, comme suspendu au-dessus d'une scène qui n'est pas la sienne. Il vit l'arme scintiller sous son menton et sentit l'odeur du sang coagulé lui envahir les narines une seconde avant de s'écrouler.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 24 Juil - 18:54

Il ne lui avait pas fallu plus d’une vingtaine de minutes pour perdre son calme. Plantée là-haut, sur ces remparts déserts, le regard noir fixait la bâtisse, sans un cillement ni clignement. Un regard qui brûlait de colère mais aussi de quelque chose de bien plus profond. La peur de l’animal impuissant face au danger.

Elle entendait son propre « c’est d’accord » raisonner dans l’écho de sa tête, juste entre ses deux oreilles, un écho qui la narguait, un écho méprisant qui lui rappelait toute sa stupide faiblesse. Elle avait accepté de rester en retrait pour le bien de Lin, parce que cet imbécile le lui avait demandé, avec ses grands yeux marron plantés dans les siens. Et maintenant quoi ? Maintenant, Lin était là-dedans. Enfermé, pris au piège et loin d’elle.

Les pupilles noires se détachèrent d’un demi millimètre de la porte pour se porter inlassablement sur la première des fenêtres, mais rien n’avait changé. Chaque carreau de chaque fenêtre était occulté par d’épais rideaux de velours. Les pupilles acérées se reportèrent sur la porte. Des rideaux de velours pour confiner la chaleur étouffante des corps moites dans les chambres et pour garder l’odeur des muscs et parfums qui trouble toute perception.

Son arc reposait à ses pieds, enfoncé dans la neige, petit tas de bois mort sans utilité. Vamp était penchée vers l’avant, ses mains appuyées sur la pierre dure et froide des remparts, le dos légèrement arrondi. Elle avait retiré ses gants pour plonger ses longs doigts fuselés dans la neige, un dernier sursaut de raison lui intimant que, peut-être, le froid glacé des flocons pouvait calmer le sentiment brûlant qui gonflait en elle. Un bel échec.

Le chiot ne disait rien, il était sage et silencieux.

Brusquement, elle s’arracha au parapet. Elle allait le tuer. Si il ressortait de cette maison close en un seul morceau, amoché ou pas, elle le tuerait. Ses pas s’enfoncèrent dans la neige, traçant un chemin de quelques mètres, parfaitement parallèle aux pierres couvertes de blanc. Puis ils firent demi-tour, repassant sur leurs premières traces. La neige crissait sous ses semelles, agonisante avant de se soumettre. Un flash d’image s’imposa à elle, l’ombre d’un ancien cauchemar, une vermine de ses peurs nocturnes, où le corps de Lin ne respirait plus, où le barbu perdait la vie à mesure que le sang ondulait loin de son corps. Vamp ferma les yeux une demi seconde alors qu’un réflexe défensif écarta sa tête d’un mouvement de fuite, chassant l’image qui s’imposait et la torturait. Elle fit brusquement demi tour, ses pas repassant une énième fois sur la tranché qui commençait à s’enfoncer dans la neige pendant que son regard se reportait sur la porte qui la séparait de Lin.  

Mais ce n’était pas la porte qui les avait séparés. C’était Lin. Seulement Lin. Il les avait séparés. Encore une brillante idée du barbu. C’était bien la peine de passer des jours à étudier des plans et des horaires à la perfection. Car c’était une mauvaise décision, elle le savait. Et elle allait lui faire payer.

Vamp macérait, s’engluait dans un mélange de panique, de peur et de colère. Un sentiment mélangé qui émanait d’elle, assez pour que le chiot lève la tête et pousse un petit son d’interrogation inquiète vers elle. Mais la grande brune n’entendit rien. Elle était sourde, aveugle et indifférente à tout ce qui pouvait l’entourer.

Ses doigts avaient froid, ils s’engourdissaient lentement et seraient bientôt incapables de tenir correctement la moindre flèche. Vamp se passa une main dans les cheveux, désordonnant la queue de cheval qui les maintenait en place et libérant quelques mèches noires qui ondulèrent doucement dans le froid de la nuit.

D’un geste sec, elle remonta les manches de sa veste au-dessus de ses coudes blancs. Son corps tremblait peut-être de froid mais elle avait chaud. Beaucoup trop chaud. Vamp expira et un nuage blanc se forma aussitôt à l’entrée de ses lèvres avant de s’évanouir dans la nuit. Le mouvement évanescent attira le regard de la jeune femme qui tomba sur son poignet droit. Une marque bleue le recouvrait, là où Lin l’avait fermement clouée au lit alors qu’il s’appropriait son corps et la dominait du sien.

La jeune femme effleura la trace du pouce. Lin avait laissé une marque sur sa peau. Sa marque, la marque de sa possessivité sur son corps. Et elle revoyait parfaitement le dos nu du jeune homme lorsqu’il s’était rhabillé, quelques heures de cela, où ses ongles et ses dents avaient laissé l’emprunte de son désir et de son territoire. Lin était à elle. Elle avait marqué son corps du sien.

Sans réfléchir plus, Vamp fit volte face. Le bruit de ses pas étouffé par la neige épaisse, elle commença sa descente des remparts.

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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 21 Aoû - 16:50

Quatorze, quinze, seize. Les portes claquaient contre les murs où elles s'échouaient, violemment rouvertes par le pied anglais. Dix-sept, dix-huit, dix-neuf. L'une après l'autre, il ouvrait les chambres en grand après en avoir exécuté les occupants, sorti les filles, retourné les draps. Vingt, vingt-et-une. Les mâchoires serrées et le regard dur, il esquissa l'ombre d'un sourire. C'était net. Il n'y avait plus de piaillements, plus de cris ni de grondements. Il avait effectué sa tâche avec une minutie qui ne lui ressemblait pas.

La veille, il s'était fait explosé le nez contre une planche de bois par une demi-morte qui puait l'avarié. Ce grand con de barbu - depuis quand avait-il récupéré cette foutue barbe, d'ailleurs ? - s'était complètement fait retourner la cervelle par cette potiche fânée et il n'avait pas même levé un sourcil. Voire, il donnait priorité à cette gourdasse. Ce n'était pas tolérable. Et le bâtard comptait bien le lui faire comprendre. Les meurtres perpétrés ce soir n'avaient pas lieu d'être, il l'avait prévenu. Mais l'anglais y avait tenu. Histoire de lui montrer qu'il n'était pas à sa botte. Histoire de lui prouver qu'il était bien plus dangereux pour sa chienne décolorée qu'il n'avait l'air de le croire.

Le vingt-septième coup de pied désaxa le battant sur ses gonds, laissant une ligne irrégulière le long de l'encadrement qui s'ouvrait sur la dernière chambre saccagée. Satisfait, le bâtard prit le temps de croiser les bras pour admirer son énième oeuvre, la tête légèrement inclinée. Tout ce foutoir ne serait bientôt plus qu'un gros tas de cendres que le vent des jours prochains disséminerait aux alentours. Peut-être même que cette odeur de stupre s'évanouirait avec les murs qui la contenaient. Un rictus étira les lèvres anglaises. Ca promettait en tout cas un beau spectacle. Sans se formaliser du corps qu'il enjambait, Larson se dirigea vers la sortie avec sérénité. Il était dans les temps.


[A l'étage]

D'un mouvement souple, elle essuya la lame souillée dans le bas de sa chemise. La courbe de l'arme exerçait une fascination sur les deux jumelles qui n'échappa pas à la rousse.

Vous voulez y goûter aussi, peut-être ?

Ce n'était absolument pas une question. Ces deux filles avaient passé un accord avec elle. Elles devaient déguerpir dès que le barbu serait à terre. Il était étalé à leurs pieds depuis plus d'une minute et elles n'avaient toujours pas bougé, les yeux rivés sur la lame qui avait recueilli son sang. Et la rousse commençait à perdre patience.

Mais dégagez ! Vous voulez vous faire reprendre ? Assassiner ? Non ? Alors on bouge, allez !

Elle les poussa dehors du plat de la lame, se jugulant difficilement pour ne pas en utiliser le tranchant. Si ces deux filles-là avaient eu un intérêt primordial dans la mise à mort du patron, elles gardaient une aura morbide qui mettait la prostituée mal à l'aise. Elle avait beau faire semblant de n'être troublée par rien, ces deux-là lui filaient des frissons incontrôlables.

D'une profonde inspiration, elle refoula ses sueurs froides. Elle n'avait jamais tué auparavant. Elle avait toujours pensé que le geste était simple. Une incision rapide, brutale, franche. Un retrait aux mêmes modalités. Ne pas y penser, juste agir. Aucune raison d'en faire tout un foin. Pourtant, ses mains tremblaient encore quand elle rangea l'arme dans le fourreau récupéré sur la sentinelle morte. Elle n'était plus sûre de vouloir ajouter assassinat à la liste des choses qu'elle savait si bien faire.

[Au rez-de-chaussée]

La tignasse brune de l'anglais avait fait le tour des lieux. Tout était prêt pour les suivants. Il avait simplement ajouté quelques corps à ce qui était initialement prévu. Mais les gars qui allaient suivre se fichaient pas mal du contenu même de l'endroit. Seules comptaient les ouvertures et les possibilités. Larson sourit en voyant les tapis et les tentures. Ils allaient s'en donner à coeur joie. D'un pas leste, il rallia la sortie du bordel et laissa derrière lui la ribambelle de morts qui servirait d'exemple au barbu. Le dos appuyé contre le mur extérieur, il prit la liberté de croiser les bras dans une position décontractée. Après tout, il ne regrettait pas ce qu'il venait de faire. Pourquoi laisser penser à son idiot d'acolyte qu'il avait des raisons de l'engueuler ? Ourlant ses lèvres d'un rictus insolent, il attendit l'arrivée de son compère avec un brin d'impatience.

[A l'étage]

L'arme frottait contre sa cuisse à chacun de ses mouvements. C'était une sensation étrangement agréable. Le fourreau glissait sur le grain de sa peau avec douceur et le métal pesait à sa taille avec le poids rassurant d'une défense assurée. La longue jupe qui dissimulait le cimeterre n'était qu'une précaution, une dernière marque d'attention avant qu'elle puisse courir loin d'ici et se refaire une vie. Ce n'était en réalité pas nécessaire mais elle ne le savait pas encore, au moment où elle jetait un oeil prudent par-dessus la rambarde des escaliers.

Le rez-de-chaussée était vide. Outre le corps du garde, sans doute tué par les deux imbéciles qui la pensaient de leur côté, l'endroit semblait pareil aux jours précédents, presque serein. Les tapis moelleux qui accueillaient les clients n'avaient pas bougé, les décorations n'avaient pas été saccagées et les lumières continuaient de tamiser l'endroit, comme en attente des futurs consommateurs de bonne chair.

Elle se détendit légèrement en constatant que l'homme trapu qui doublait toujours le barbu n'était pas là. Elle s'était attendue à le voir rôder dans les couloirs, achevant quelque sombre besogne que l'autre lui aurait collée dans les pattes. Ou peut-être avait-il déjà fini ? Elle plissa les yeux. C'était beaucoup plus probable. Combien de temps avait-elle mis à se débarrasser de l'autre ? Plus longtemps que ce qu'elle aurait pensé. Elle ravala un soupir de frustration et s'engagea dans les escaliers. Plus vite elle en finirait avec cet endroit, mieux elle se porterait.

Ses pieds nus touchèrent l'épaisseur du tapis avec une satisfaction qu'elle n'aurait pas pensé éprouver à cet instant-là. C'était un contact simple, doux, presque chaleureux. Le contact d'un tapis dans une maison, l'accueil de son chez-soi. Ses dents se serrèrent. Si elle voulait pouvoir véritablement trouver ça un jour, il fallait qu'elle achève la mission qu'elle s'était attribuée. Elle remonta le hall avec attention, l'oreille tendue pour déceler le moindre bruit, la paume de la main calée sur le manche du cimeterre. La lame nettoyée scintillait sous la lumière jaune qui tombait des quelques flambeaux restant, lui redonnant du courage. Ce métal allait lui offrir une nouvelle vie. Elle avança encore de quelques pas, jusqu'à déceler la solide silhouette qui semblait marcher juste à l'entrée du bordel. Silencieuse, elle s'avança jusqu'à l'embrasure de la porte pour mieux étudier la position de son adversaire, le regard éveillé, la main assurée.

Larson s'était mis à marcher quelques instants avant que la rousse n'atteigne le rez-de-chaussée. Le grand dégingandé n'était pas sorti. C'était plus long que prévu. Quelque chose clochait. Et l'anglais n'était que rarement le cerveau des opérations. Il fallait qu'il réfléchisse. Nerveux, il ne trouvait la concentration que dans le mouvement.

P'tain d'bordel d'merde... c'con... m'fait l'coup... j'vais l'buter...

L'agitation du bâtard se communiquait à ses mains qui s'égaraient dans ses cheveux, se tordaient parfois l'une l'autre, se courbaient pour attaquer ses joues, son cou, son menton. Il fallait qu'il réfléchisse à toutes les éventualités. Comment il avait dit déjà ?

Si je suis pas devant le bordel quand tu sors ou que j'arrive pas dans les minutes qui suivent, va les prévenir de pas venir. C'est qu'il y aura une couille quelque part, que ça a été plus lent que prévu, qu'il me faut plus de temps.

Plus de temps, plus de temps... Ca faisait déjà quelques temps qu'il l'attendait là. Il n'était toujours pas sorti. Est-ce qu'il valait mieux aller prévenir ? Ou aller voir s'il avait besoin d'aide ?

P'tain mais y m'fait chier !

Rageur, l'anglais donna un violent coup de poing dans le vide, comme pour se libérer d'un peu de tension. S'il allait prévenir maintenant et l'autre était en train de se faire tuer, quel intérêt ? Les mâchoires serrées, il essayait de se souvenir de ce que racontait son acolyte quand il l'avait encore sous les yeux.

- 'fin si j'm'barre p'dant qu't'fais bousiller, j'vais r'v'nir trop tard, t's'ras d'jà mort.
- Mieux vaut qu'il y en ait un qui en réchappe. Je te rappelle que si tu les préviens pas, ils viennent foutre le feu. Et si t'es dedans à essayer de me trouver, tu flambes avec.
- Et si j't'sors avant qu'y débarquent ?
- Si je suis pas sorti seul, c'est que c'est bien plus compliqué qu'on le croyait. Donc que ça prendra du temps à gérer. Donc que tu sortiras pas avant qu'ils n'arrivent. Tu piges ?
- M'prends pas pour un con, ducon...


Il s'arrêta de marcher. Il n'avait pas vraiment le choix. Mais il le soutenait encore à cet instant-là. C'était une idée de merde, d'embaucher ces types. Des pyroilsavaitplusquoi. Des types qui aiment foutre le feu à tout et n'importe quoi. C'était quoi le but ? S'assurer que tout était bien détruit pour de bon. Quelle idée pourrie. En plus, le bâtiment aurait pu être réutilisé. Mais l'autre s'était imposé. Par mesure de précaution qu'il disait. Au cas où d'autres auraient eu besoin d'un message fort, au cas où ils auraient planqué des trucs là-dedans. Le feu, c'est net. Levant les yeux au ciel, Larson laissa échapper un grondement. Ce type était un vrai con.

Il tourna les talons pour aller prévenir les pyromanes qu'il ne fallait pas venir foutre le feu immédiatement. Que quelque chose s'était mal passé et qu'il fallait laisser un peu de temps sur l'horaire indiqué. Pour éviter que l'autre empaffé ne crame dedans.

La rousse cherchait un moyen de s'extraire de sa cachette sans être vue de l'anglais. Il n'arrêtait pas d'arpenter le seuil de la porte, allant d'un bout à l'autre sans lui laisser aucune possibilité de sortir sans tomber dans son champ de vision. Elle commençait à s'impatienter quand enfin il tourna le dos au bordel. Incrédule une demi-seconde, elle réaffermit sa prise sur le manche de son arme volée et se coula dans l'obscurité tombante, à la suite du bâtard. C'était le moment de le mettre à mort. Si elle ne le faisait pas maintenant, elle n'aurait plus jamais d'occasion. Déterminée, elle leva l'arme au-dessus de la ligne de son épaule, préparant le coup à venir alors qu'elle s'avançait pour réduire la distance entre eux deux, la lame tranchante à l'orée de sa courbe meurtrière.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Mer 24 Aoû - 11:05

Les marches étaient glissantes, les bottes n'avaient aucune prise réelle sur la pierre polie et saupoudrée de neige humide. Dans sa précipitation, Vamp dérapait sur chacune d'elles. Ses doigts effleuraient la rugosité glacée du mur, cherchant à se soutenir d'une chute qui n'avait pas le temps d'arriver. Ils souffraient du froid et s'insensibilisaient à chaque seconde qui passait.

Les pas se précipitaient dans les marches, les avalant une par une, tapant sèchement dans la neige au rythme des battements sourds qui tonnaient dans la poitrine étroite de la jeune femme. Étroite, bien trop étroite. Elle avait une désagréable sensation d'étouffement, comme si sa cage thoracique se refermait douloureusement sur ses respirations, comme si ses côtes menaçaient de se faire aspirer de l'intérieur par le sentiment de la peur.

La nuit, le froid et la sérénité de la neige enveloppaient les rues d'un calme presque liturgique. Le tapis blanc lisse, les murs hauts des remparts qui la dominaient et l'écrasaient de leur poids, l'attaque de l'air gelé sur sa peau, tout était contraste, douceur et agressivité. Vamp était en plein air mais se sentait enfermée. Elle était exposée à la liberté du ciel nocturne mais se retrouvait dans une cave humide qui puait la peur et l'impuissance. Une cave où les murs rétrécissaient.

Elle avait le front moite. La peau nue de ses avant-bras concurrençait la neige malgré le sang brûlant qui se précipitait dans le réseau compliqué de ses veines. L'adrénaline la possédait, embrasait son instinct offensif et agressif tout en anesthésiant le moindre sursaut de raison.

Le son précipité de sa propre respiration ne parvenait pas aux oreilles de Vamp. Elle était ailleurs. Elle était dans le bordel, elle cherchait déjà Lin, rez-de-chaussée, chambres de droite, chambres de gauche, chambre rouge, bleue, noire, les étages... Sa gorge se contracta. Elle manquait d'air. Elle manquait de place dans son propre corps.

Son souffle lui apprit qu'elle courrait. À droite, à gauche. Encore à gauche. Non, pas cette ruelle, l'autre. Ses longues jambes dérapèrent dans une gerbe d'étincelles blanches et scintillantes, les muscles de ses cuisses se contractant douloureusement avant d'imposer un rythme plus puissant encore. Une rigole humide et acide de peur ondula le long de son dos.

Son dos. Lin adorait son dos. Cette idée s'imposa à elle comme une évidence. À chaque fois qu'elle se déshabillait, elle surprenait l'expression de son visage. Elle ne l'avait jamais comprise, n'avait jamais pris le temps ou n'avait jamais pensé à la déchiffrer. C'était pourtant évident. Lin aimait son dos. Pourquoi ne lui avait-il jamais dit ?

Son pied s'enfonça dans un creux, l'obligeant à dévier sa route pour rétablir son équilibre et elle heurta violemment le coin d'une maisonnée de pierre. La douleur éclata dans son épaule, l'image du barbu vola en éclats pour laisser la place à des points rouges acérés qui pulsèrent sourdement dans les muscles de son bras. C'était rassurant. La douleur, elle savait l'étouffer, la gérer, passer outre. Pas la peur de perdre Lin.

Ses cheveux se détachèrent sous le choc, retombant dans son dos avec une tranquillité obséquieuse qui se moquait des pulsations affolées rythmant le reste de son corps. C'était un signe. Le signe, l'indice qui changea tout. Vamp s'immobilisa.

Il fallait reprendre le contrôle.

Elle se trouva courbée, pliée, les épaules voûtées sur elles-mêmes, vaincues par la peur. Elle écouta sa respiration, fébrile, paniquée et tremblante. Tremblante. Ses lèvres tremblaient, jusqu'à ses cuisses et ses mains. Sa colonne vertébrale tremblait, son menton tremblait.

Ce fut une décharge soudaine, un coup puissant qui tonna dans le creux de sa poitrine et ébranla l'édifice de son corps sur ses jambes fines et longues. Aussi subitement qu'elle s'était arrachée à ces remparts, là-haut, Vamp se calma. Jamais, son dos ne pliait, jamais ses épaules ne se voûtaient. La peur n'excusait pas tout et ce comportement était indigne de ce qu'elle était. Lin avait passé ces portes avec tout le sang-froid qu'exigeait la situation.

Les pupilles de Vamp se rétrécirent à l'instant même où elle réussit à se faire violence et à reprendre le dessus sur ses émotions. Son visage se lissa, son dos se redressa et ses épaules se glacèrent. Son arc était resté sur les remparts, ses doigts étaient gelés et ses avant-bras nus à découvert. Militairement droite, la grande brune se remit en marche, d'un pas alerte pendant que ses doigts tiraient le tissu de ses manches pour mieux les protéger des futures menaces. Ses mèches noires ondulaient sereinement au rythme de sa démarche décidée.

Elle longea la rue qui finissait sur le bordel luxueux de son ancien patron. La porte était ouverte et la silhouette de l'Anglais se découpait dans la lumière de l'intérieur feutré. Vamp tira un couteau de sa ceinture, sans ralentir le pas ni hésiter, ses doigts fermement agrippés au manche cuivré. Son regard était fixe, noir comme le plus profond des caveaux. Emportée par l'adrénaline de l'instant et la suspicion que quelque chose clochait, son bras partit d'un coup sec. La lame partie, elle transperça la chair avant de profondément s'enfoncer dans le bois de la porte, y clouant le membre tendre et rose. Un cri de femme déchira le silence de la nuit.

Aussi lisse que le marbre blanc, son visage resta vierge de toute émotion alors que ses pas franchissaient les quelques mètres qui la séparaient de l'étrange couple. Sans un regard pour Larson, la grande brune empoigna les cheveux roux, y refermant son poing avant de frapper la tête de la putain contre le mur de pierre pour la faire taire. Le silence retomba.

Imperturbable, elle se redressa pour se tourner vers Larson. Pour la première fois depuis leur rencontre, son regard ne reflétait qu'une parfaite neutralité, ni dégoût, ni mépris.


- Jolie rousse. Ancienne conquête mécontente peut-être ?

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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 28 Aoû - 15:41

Il n'entendit qu'un bruit sourd. Le bruit d'une lame qui se plante dans du bois. Il le reconnaissait bien, pour l'avoir entendu un nombre de fois incalculable. Parfois des gentilshommes agacés par son attitude, souvent des ivrognes qui cherchaient la bagarre. Il ne s'en était jamais inquiété. Parce qu'il avait avec lui l'arme ultime qui les contrecarrait tous, du plus éméché des gueux au plus vil des nobliots. Pas une seule fois la lame n'était sortie du bois de la table pour venir se poser contre sa gorge. Pas une seule fois le manche n'avait retrouvé la main de son propriétaire. Aucune inquiétude à avoir. Le barbu avait toujours été là pour assurer ses arrières.

Et cette nuit-là, aucun frémissement d'angoisse ne vint se loger le long de son dos. Et pour cause. Avant même qu'il ait pu réaliser que le grand gaillard n'était pas là pour lui sauver la mise cette fois encore, un cri sur-aigu déchira l'air nocturne. Il enfonça sa tête dans ses épaules en l'entendant, les tympans agressés. Ce hurlement de douleur pure était difficilement supportable. Et s'il en croyait ce que lui disait sa cervelle, la lame plantée avait dû traverser autre chose que du bois avant de se planter dans le battant.

D'un mouvement vif, il se retourna pour balayer la scène des yeux, un pas de recul déjà engagé. Malgré tout son conditionnement à ne pas laisser apercevoir la moindre émotion qu'il n'aurait décidé de laisser filtrer, ses sourcils se levèrent de surprise devant le tableau qui s'offrit à ses pupilles. Le plus incongru qui soit. Et le plus irritant.


C'quoi c'bordel...

La grande brune cadavérique qui accompagnait si souvent l'autre dégingandé était en train d'attraper la tignasse rousse d'une poignée de ses doigts fantomatiques. Si Larson était moins intelligent que les éduqués, il n'en était pas pour autant un imbécile. Et son esprit pouvait se montrer prompt au raisonnements. Il n'y avait aucun doute, elle venait d'épingler la rousse au battant de bois et s'apprêtait à lui éclater le visage contre le mur. Il tendit la main dans un geste réflexe.

Eh ! Fais pa...

Une grimace tordit les traits de son visage alors qu'il détournait le regard. Cet être abominable venait encore de casser un nez. Il mena le dos de sa main au sien sans s'en apercevoir, mauvais souvenir guidant son avant-bras. Cette créature était une vraie plaie.

Un regard hargneux se posa sur Vamp alors qu'il ramenait des poings serrés le long de ses flancs. Cette catin mal exposée allait s'en ramasser une. Depuis quand on s'en prenait aux amis ? Cette garce allait devoir ravaler sa jalousie de poule inquiète.


T'es pas bien toi ou quoi ? Eloigne-toi vit'fait avant qu'j'te pourrise la face !

Il était prêt à la frapper, le poing serré déjà levé derrière son épaule lorsque son regard fut attiré par l'éclat anormal vif du métal au sol. Le cimeterre qui reposait là était dans la trajectoire directe de la main inerte de la rousse et la lame se présentait bien trop propre pour ne pas avoir été nettoyée. Les sourcils du bâtard creusèrent un pli entre eux alors que les choses se liaient dans son esprit.

Tu t'fous d'ma gueule...

Impossible de savoir à qui il s'adressait. A peine murmurés, ses mots sortaient d'entre ses lèvres sans qu'il les contrôle. Il marmonnait.

'tain d'bordel d'chienne à poils du diable...

Il envoya un monumental coup de pied dans le pommeau de l'arme, la faisant voler jusqu'au coin de la rue voisine. Tendu, il se redressa en tournant le visage vers la grande femme toute blanche, le visage colérique.

L' a voulu m'la faire à l'envers c'te catin... J'vais la buter... J'vais l'faire passer l'envie d'tenter des trucs pareils... pis c'te conne elle a rien à fout' là !

Furieux, il arracha le manche de l'arme qui l'épinglait toujours à la porte et shoota dans le buste qui se ramassait déjà au sol dans une forme inerte de corps évanoui.

T'as rien d'aut' à fout' qu'à niquer l'gens qui t'aident ?! P'tite putain !

Il allait réitérer son coup de pied quand l'urgence de la situation lui sauta aux yeux. Si la rousse était là sans le barbu, c'est qu'il y avait une vraie couille quelque part. D'autant plus qu'elle avait apparemment tenté de le tuer. Il plissa ses petits yeux noirs de fouine. Ca sentait le traquenard.

Les traits tendus, il releva le visage vers celle qui le répugnait, se jugulant comme il pouvait de lui tabasser les côtes pour faire passer le malaise qu'il sentait entre les siennes à chaque fois qu'elle était dans son champ de vision. Il dut forcer sur ses nerfs pour afficher un air plus narquois, son insupportable sourire de fouille-merde venant ourler ses lèvres alors qu'il inclinait légèrement la tête comme un loup prépare une attaque.


Faut t'd'mander d'qui elle est, c'te conquête... J'viens pas d'passer une heure d'dans avec, moi.

Il insista si cruellement sur le dernier mot que son sourire en devint beaucoup moins crispé. Appuyer sur la petite zone sensible qu'il décelait chez les gens en deux coups de cuiller à pot était une spécialité chez le bâtard. Et il n'était jamais plus à l'aise que lorsqu'il se sentait spécialiste. Sa tête se balança sur son autre épaule.

Faudrait p'têtre aller voir c'qui fait l'aut' grand con. S'pourrait qui c'soit perdu là-d'dans, vu l'nomb' d'filles, j'l'blam'rais pas...

Il se passa une main faussement nonchalante dans les cheveux tout en bâillant ostensiblement. Pour rien au monde il ne lui révèlerait quoi que ce soit sur la vraie nature de leur attaque et de leurs plans. Il préférait encore la voir crever de jalousie ou d'inquiétude que de lui apaiser la conscience d'un demi-milligramme. Et si elle pouvait aller trouver cet empaffé à sa place, ça l'arrangerait bien. Il n'avait aucune envie de gérer les reproches qu'il ne manquerait pas de lui faire sur sa façon de s'être occupé de l'étage inférieur. Qu'elle aille essuyer sa colère, il le récupèrerait une fois vidé par les pouvoirs diaboliques de cet être repoussant.

J'ai aut' chose à fout' qu'd'jouer les nounous pour lui. Quand t'l'auras trouvé, t'lui diras qu'j'suis parti r'tarder tout ça mais qu's'il s'bouge pas l'trou, il y passe quand même.

Volontairement incompréhensible, il forma un crachat qu'il expulsa dans les cheveux roux. Celle-là ne perdait rien pour attendre.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Lun 29 Aoû - 13:55

Une brise froide se leva, s'entortillant aux paroles lancées par l'Anglais pour les emporter dans l'air de la nuit. La grande brune ne fit aucun effort pour les intercepter. Cet homme parlait trop.

Elle était bien trop calme et bien trop détachée pour répondre à la provocation de Larson ou même la percevoir. Ses sens, son instinct et sa conscience étaient tous tournés vers l'intérieur du bordel, vers les nombreux couloirs ocrés, vers Lin. Sans grande surprise, l'Anglais n'était d'aucune utilité et seul un regard noir absent lui répondit. Oui, il parlait vraiment trop. Un peu comme le barbu...

Vamp se plia pour reprendre le couteau abandonné sur le corps inerte de la rousse. L'absurdité des gestes de l'étranger effleura un instant la carapace de sa concentration. Quel intérêt de frapper un corps inconscient qui ne peut ressentir la douleur ? Cet homme était un puits de mystères profondément sans intérêt.

Elle essuya soigneusement le manche de l'arme ainsi que la lame lisse avant de franchir l'entrée de la demeure de brique, abandonnant la viande anglaise derrière elle sans la moindre hésitation.




Le poids des murs et du plafond tomba sur elle. Vamp cilla. Bien campée sur ses longues jambes, sa silhouette moulée de noire se découpait dans la lumière dorée de ce hall luxueux. L'épaisse écharpe qui devait masquer le bas de son visage avait glissé sous la courbe de son menton et ses bras fins, retombant le long du corps, encadraient ses hanches. La neige qu'elle avait ramenée de l'extérieur imbibait les tapis pourpres en formant des tâches plus foncées sous ses talons. La chaleur était étouffante. La jeune femme resta une longue minute sans bouger, elle laissa son regard se perdre le long des couloirs, observant les portes grandes ouvertes, les quelques corps ou membres abandonnés, les giclées rouges qui pailletaient les murs dorés. Les couleurs gardaient leur chaleur mais l'âme de l'endroit était glacée.

En manque soudain d'oxygène, Vamp entrouvrit les lèvres pour alimenter ses poumons. Ses côtes s'écartèrent généreusement, gonflant sa poitrine. Elle était vivante.

Le chiot, impatienté par cet immobilisme trop long, la dépassa, le museau collé au sol, la queue haute et les oreilles dressées par la curiosité. Un nouveau lieu, de nouvelles odeurs, des recoins qui sentaient bizarre et qui puaient un peu. La tentation était bien trop forte.

- Non.

La voix de Vamp la surprit elle-même. Elle était calme, posée mais son ton ne supportait aucune discussion. Le corps pataud du chiot s'arrêta à l'instant même où il allait explorer sa première chambre.

- Viens-là. Allez.

Elle s'était étrangement attendue à ce que sa voix raisonne dans le long couloir vide qui se déroulait devant elle. Mais malgré l'absence de vie, les murs épais, tapis et tableaux absorbaient le moindre son. Le chiot obéit avec un brin de déception, mais un battement de queue la salua tout de même de toute son affection. Elle le voulait près d'elle, moins pour sa sécurité que pour sentir un peu de vie à ses côtés, pour sentir une chaleur douce et réconfortante, et pas cette moiteur, cette lourdeur macabre qui suintait des murs.

Vamp s'imposa chaque pièce. Une par une, son regard les embrassait, témoin d'une scène chaque fois différente mais terriblement familière. Le vide, les corps, la mort. Pas de Lin.

Lin n'était pas là.

La grande brune n'osait pas l'appeler. Elle ne tiendrait pas si seul le silence lui répondait, elle le savait.

Elle enjamba les corps, évita les échardes de bois qui avaient volé sur le sol, se déroba au moindre contact avec les murs. Derrière elle, le chiot marchait dans ses pas, s'arrêtant à l'entrée des chambres, la truffe en avant, humant l'intérieur des pièces, et les oreilles dressées d'intérêt.

Lin n'était pas là. Une chaleur mauvaise tomba sur Vamp. Elle força ses épaules à ne pas ployer. Elle sentait son front se couvrir de moiteur et la pâte noire qu'elle avait étalée sur la partie supérieure de son visage commença à couler. Elle passa le dos de sa main blanche sur sa joue, étalant la traînée noirâtre dans l'obscurité de ses cheveux.

Les escaliers.




Les marches ne craquaient pas sous son poids. C'était une torture, l'infime absence de vie qui terrassa Vamp. Un bois qui grince est un bois qui vit. Le silence des murs l'étouffait, pesait sans la moindre pitié sur sa nuque. Une nouvelle fois, elle respira entre ses lèvres.

Les corps étaient éparpillés le long du couloir. Elle reconnaissait certains des visages comme ceux de ses anciens collègues. Elle reconnut aussi les éclats brillants sur le sol.

C'était la signature de Lin.

Le tissu des tapis était imbibé de sang. Préférant le parquet, le chiot dérapa sur le sol glissant, son arrière-train tombant lourdement sur les lattes de bois. Vamp était livide. Ses pas avançaient par automatisme mais sa conscience n'était pas dans ce couloir. Les corps étaient morts et celui de Lin n'en faisait pas partie. Une lueur d'espoir scintilla faiblement mais la grande brune savait combien cette flamme était artificielle. Il n'y avait pas un bruit, pas un son, pas le moindre râle.

Un silence insupportable.

- Lin... ?

Se protégeant de l'absence de réponse, Vamp croisa ses bras contre sa poitrine et s'immobilisa. Elle ferma les yeux, son visage se tordant comme celui d'une enfant qui va pleurer. Elle bloqua sa respiration qui, elle le savait, allait se changer en sanglot.

Elle se redressa une longue minute plus tard. Ses bras retombèrent le long de son corps et elle poussa la porte entrebâillée.

La chemise était enroulée autour de son cou et il était couvert de sang. Totalement immobile, ses yeux noisette étaient clos. L'arme qu'elle avait à la main chuta sans bruit sur le sol.

Elle ne se rappela pas avoir franchit les quelques mètres qui la séparaient de l'homme qu'elle aimait. Elle ne se rappela pas non plus d'avoir libéré son cou de l’étau qui l'entravait. Vamp ne reprit conscience avec la réalité qu'une fois Lin allongé sur le sol. Son corps était bien trop lourd, il avait chuté et entraîner la grande brune avec lui. Il était coincé entre le pied de la luxueuse couche et la table de nuit. Elle ne voyait pas son visage.

- Lin ?

Sa respiration s'enraya. Elle repoussa les jambes du jeune homme qui l'empêchaient de se relever et se dégagea lourdement, grimaçant une fraction de seconde avant de se redresser.

- Lin s'il te plaît...

Il fallait qu'elle le dégage de là, qu'elle voit son visage, ressente son souffle contre sa joue. Elle tira l'une de ses jambes pour le déloger, sans grand succès. Il était trop lourd. Trop inerte. Ses mains l'avaient à peine touché qu'elles étaient déjà recouvertes de sang. La lèvre inférieure de la jeune femme se plissa d'un tremblement infime. Il ne réagissait pas.

- Lin. Lin. LIN !

La voix, si assurée quelques minutes plus tôt, se brisa. Elle s'acharna à le tirer vers elle mais le corps de l'homme ne bougea que de quelques centimètres. Vamp se releva brusquement, abandonnant la botte qu'elle tenait pour contourner le corps inconscient et repousser la table de nuit le plus loin possible d'eux. Assourdie par la peur, elle n'entendit ni le parquet crisser de protestation ni le bois du meuble se fracasser contre le sol.

Tombée à terre, la grande brune se recroquevilla sur le visage aux yeux clos, tournant sa tête vers elle avec précaution.


- Lin ? Lin s'il te plaît. S'il te plaît. Lin... Je t'en prie, s'il te plaît...


Elle encadra les joues barbues de ses paumes, ses pouces caressant tendrement les pommettes maculées. Elle murmurait de façon désordonnée, ne s'adressant qu'à lui, à lui qui ne lui répondait pas. Il lui répondait pourtant toujours lorsqu'elle l'appelait par son prénom. Toujours.

- Tu n'as pas le droit. Lin. Allez. Lin...

Désarmée, Vamp se pencha sur les lèvres du jeune homme. Elle les embrassa tout doucement, l'espace de quelques secondes. La bouche de Lin ne lui répondit pas. Elle recommença, renouvela de petits baisers fondants alors que ses mains caressaient les mèches couleur paille. Mais aucune pression ne vint lui répondre. Elle murmurait son prénom entre chaque baiser, s'y accrochant désespéramment jusqu'à ce qu'un rictus de douleur ne déforme sa bouche. Un sanglot éclata dans sa gorge et elle l'enlaça en le serrant contre sa poitrine.

- J-je sais que je suis partie, mais ne pars pas pour toujours. Pas pour toujours. Lin. Reviens.

Sa voix chuchotait, tremblante, pendant que ses cheveux tombaient sur le visage du jeune homme. Elle inspira profondément à la recherche de son odeur mais même ça lui était refusé. Lin sentait le sang et la mort.


- Reviens. Allez, reviens. Faut pas faire ça. Faut ouvrir les yeux maintenant. Ouvre-les. Ouvre-les Lin. Lin...

Toujours penchée, elle reposa la tête du jeune homme sur ses cuisses, sa main tâtonnant l'épaule blessée. Elle y appuya sa paume par réflexe. Il fallait que tout ce sang retourne dans le corps de Lin. Et alors, il ouvrirait les yeux.

- Lin ? Tu te reposeras plus tard, il faut que tu ouvres les yeux. Juste un peu. Lin, j'ai peur... S'il te plaît...

Elle était terrorisée. Impuissante et terrorisée. Son regard enregistrait sans comprendre. Des traces noires recouvraient le front et les joues du barbu, ce même noir avec lequel elle s'était maculée le visage. Elle se pencha de nouveau et embrassa encore ses lèvres.

- Faut pas me laisser seule... Non, faut pas. S'il te plaît... Ouvre les yeux... Lin ?

Elle essuya son nez d'un revers de paume, tachant sa peau blanche d'un rouge pourpre. Elle avait le regard profond d'un animal qui ne comprend pas. D'un animal qui sent qu'il va mourir et ne peut plus se battre.

- Lin ?

Elle caressa une nouvelle fois son visage, écartant les mèches claires qui lui tombaient sur le front. Elle l'observa, pensive, ailleurs. Il était très bel homme.

Le chiot s'approcha, touchant la cuisse inerte du bout de la truffe. Les doigts fuselés se levèrent aussitôt et repoussèrent la boule de poil loin du couple.

- Ne le touche pas ! Il est à moi. Lin est à moi. Ne le touche pas... Il est à moi...

Un bras autour de ses épaules, l'autre autour de ses omoplates, elle le serra contre elle, sans plus voir l'animal, les yeux absents et la joue posée contre le front de son amant.

- C'est mon homme. Mon homme. Il va ouvrir les yeux. Il va les ouvrir bientôt.

Elle resserra la tête inerte contre elle en lui caressant les cheveux, les yeux pleins de larmes. Vamp resta de longues minutes à câliner le jeune homme et à lui murmurer des paroles et phrases décousues, sans comprendre le sang, sans comprendre les yeux clos ni l'absence de réponse. Elle était perdue.

Le temps s'égrenait, insensible. Assise sur le sol, le dos appuyé contre le pied de la couche, Vamp gardait Lin contre elle, tremblante de peur. Ses murmures ne passaient pas la barrière que formaient ses cheveux, destinés uniquement au jeune homme qui restait silencieux.

Le bruit de quelques éclats de voix parvint pourtant à se frayer un chemin jusqu'à sa conscience. Elle cessa de murmurer. La grande brune ne pensa pas une seule seconde qu'il aurait pu s'agir d'ennemis. Quand bien même ils leur auraient voulu du mal, jamais elle n'aurait lâché le corps de Lin pour récupérer son arme et se battre.

Vamp hurla le nom de l'Anglais à l'aide. Par trois fois, le cri raisonna le long du couloir jusqu'à ce que l'ultime syllabe ne se brise en un sanglot de douleur. Elle perdait Lin. Il allait mourir. Elle cria à l'aide.

Lorsque son regard noir croisa celui de Larson, ses bras se resserrèrent autour du corps de Lin par réflexe. Elle levait les yeux pour le regarder, assise sur le sol. La pâte noire qui recouvrait le haut de son visage était effacée par endroit, chassée par les larmes et incrustée dans les rides au coin de ses yeux et entre ses sourcils. Son menton et sa joue s'ornaient du sang rouge de Lin.


- S'il te plait... Il faut, il faut... Il...

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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 25 Sep - 12:27

L'autre buse était partie dans un silence qui laissait l'anglais perplexe. Depuis quand le laissait-elle s'en tirer à si bon compte quand il évoquait les coups de hanches malencontreux que son bonhomme donnait hypothétiquement à d'autres ? Son regard suivit la silhouette repoussante jusqu'à ce qu'elle disparaisse de son champ de vision, tiquant sur l'animal à ses côtés. Ce grand con était beaucoup trop sentimental. Il allait vraiment falloir qu'il trouve comment se débarrasser de sa mante religieuse.

D'un simple mouvement, il voulut tourner les talons pour aller prévenir les gars de la suite du plan. Mais le bout de ses bottes se prit dans l'épaisse crinière rousse et il trébucha piteusement, se rattrapant in extremis à une pierre saillante du mur pour ne pas tomber lamentablement. Agacé, il grogna en chassant la tête rousse d'un coup de pied qui manquait de douceur.


Encore un'conne qu'l'aurait dû abatt' bien plus tôt... C'pas possib' d'êt' aussi manche p'tain...

Hargneux, le bâtard se pencha sur le visage abhorré. Il en scruta les traits avec le regard le moins avenant qui soit, détaillant chaque parcelle d'une face qu'il aurait à coeur de détruire la prochaine fois que les yeux en seraient ouverts. S'il n'avait pas saisi qu'elle les trahirait, il avait tout à fait compris que c'était à cause d'elle que ses principaux problèmes existaient. Ce grand con disparu, d'abord. Et sa vie sauvée par la bouffonne qui lui servait de cuisse. L'idée même l'irrita encore un peu plus et il se releva avec humeur. Si cet enfoiré ne s'était pas fait coincé dedans, il aurait sans doute ordonné la mise à feu du bâtiment pendant que la blafarde était encore à l'intérieur. Et avec le corps de la rousse repoussé dedans, en sus.

Il était en train de pousser le corps inerte sur les tapis trop épais de l'entrée quand les pas pressés des acteurs de l'acte final se firent entendre dans son dos.

Et merde !

Larson se redressa vivement pour barrer le passage à la troupe de malfrats équipés, étendant ses bras de part et d'autre de son corps pour prendre toute la largeur de la porte à double battant.

Hep là, on s'stoppe bande d'idiots. Y'a du monde là-d'dans, c'pas l'moment d'fout' l'feu.

Suspicieux, les six types scrutèrent les traits de l'anglais. C'était bien le deuxième commanditaire. Ils avaient été prévenus qu'en cas de délai, l'un ou l'autre les arrêterait avant qu'ils ne fassent prendre le brasier. Mais s'ils étaient au courant, ils n'en étaient pas moins réfractaires à l'idée.

- Du monde, c'était prévu. Tu pensais t'affranchir de l'odeur de chair cramée p'têtre ?
- T'joues au malin 'vec moi toi ? T'sûr qu't'es pas un peu fou ? T'vas attend' là 'vec tes p'tits camarades, t'as pas l'choix.
- Six contre un, j'appelle ça un choix.

Les cinq autres types se mirent à rire comme des ivrognes. Larson avait peu de patience avec les imbibés. Les mâchoires roulantes, il se rapprocha de la tête du petit groupe pour y apposer son front, un peu trop brutalement.

J'te conseille d'calmer tes troupes s'tu veux pas qu'ta carcasse crame ici, pigé ?

Le regard dur de son adversaire ne fit pas ciller l'anglais. S'il avait bien compris que les gaillards n'étaient pas des mauviettes, il avait lu dans les yeux sombres qu'ils savaient à qui ils avaient affaire. Et ils avaient compris que l'affront ne s'en tiendrait pas à cette soirée-là. D'un mouvement de main, il réduit son groupe au silence. Pourtant, avant même qu'il ait pu donner ses ordres, un cri déchira le calme revenu.

Surpris, les sept hommes se redressèrent d'un bloc, en alerte.

Des survivants ?

Avant même de répondre, Larson avait tourné les talons. Il savait qu'il n'avait pas laissé un seul vivant dans cette baraque de luxure. Le cri ne pouvait provenir que de l'enfoiré qui lui servait de compère ou de son bout de bois blanchâtre. Et vu comme il s'était fait absent depuis qu'il était redescendu, il ne doutait pas qu'il s'agissait de l'autre conne. L'autre conne qui ne l'ouvrait jamais et certainement pas pour crier à l'aide. Un sentiment mauvais dans le torse, il laissa les imbéciles sur le pas de la porte et s'élança jusqu'à l'étage avec l'inconscience des instincts.

Il n'eut aucun mal à reconnaître la silhouette étendue par terre, ces grandes jambes beaucoup trop assurées et ce torse interminable sous sa chemise de trop bonne facture pour son rang. Le gus s'était salement fait amoché. Un rictus agita le coin des lèvres du bâtard alors qu'il se mit à siffler de dégoût.

Eeeeh bah ! C'pas beau tout ça mon cochon...

Il hésitait entre le cynisme ou le sérieux pour faire passer le tableau à peine soutenable qui s'étendait sous ses yeux. Il n'eut plus d'hésitations lorsqu'il croisa le regard de celle qu'il haïssait depuis la révélation de sa place dans la vie de son acolyte.

T'es franch'ment dégueulasse comm'ça, t'sais ?

Les coups sourds qui remontaient d'entre ses côtes avaient besoin d'être étouffés. Il ne pouvait pas les supporter. Il fallait qu'il les noie, qu'il dévie dans autre chose.

L'a fait l'effort d'se mett' du pourp' plein la gueule pour faire noble pis toi t'ramènes ta gueule d'blafarde et tu t'fous d'la peinture partout. C'pas correct.

Il sentait son pouls devenir anormalement rapide, son souffle s'entrecouper à chacun de ses mots. Il n'était pas émotif. Ce n'était que le type qui lui sauvait la mise depuis près de quatre ans. Pas une grosse perte s'il était crevé sous ce ras-de-marée sanglant. Pas une grosse perte. Du tout.

Les mains anormalement rigides, le bâtard agrippa les chevilles du barbu et les tira d'un coup sec pour l'arracher à l'étreinte de la blafarde. S'il pouvait éviter le contact avec cet être maléfique, il aimait autant. Et s'il pouvait planquer ses tremblements en s'occupant les mains, ça lui allait aussi.

Attrape ton clébard avant qu'j'le bouffe.

Il n'était pas en train de paniquer. Sa bouche sèche parlait seule, ses mains se rigidifiaient à mesure qu'il en dissimulait les tremblements et son esprit ne devenait qu'un énorme puits d'encre houleux comme le bateau sur lequel il avait repêché ce con. Ce n'était pas de la panique. Non, non. Tout juste un brin d'inquiétude. Qui ne l'aurait pas été ?

L'anglais tentait vainement de se remémorer les gestes que faisait toujours ce grand con quand il lui soignait une plaie. Et un vêtement arraché, un. Souvent une jambe de ses braies. Parfois une manche de chemise. Selon d'où venait le sang quoi. Mais là, il venait d'où, le sang ? Y'en avait partout.

Il déchira le tissu des braies à gauche, à hauteur du genou. C'était l'endroit le plus proche de ses mains fébriles. La peau était à peine mouchetée. Intacte. A droite maintenant. Hauteur de la cuisse. Pareil. Mouchetée. Et une légère tâche plus grande, au-dessus du genou. Ses dents se serrèrent. Putain mais comment il faisait pour savoir d'où venait le sang d'habitude ?

Il maintenait son regard vissé sur la peau dénudée et intacte, évitant soigneusement de le relever sur le phasme qui se tenait à côté. C'était une créature du diable. Peut-être même de la mort. Si elle le voyait paniquer, elle le tuerait sans doute. Il déglutit à cette pensée et déchira un pan de la chemise sans réfléchir, s'imbibant les mains d'un sang coagulé à demi-séché, trop abondant pour ne pas lui colorer jusqu'au dessous des ongles. Le ventre était noyé dans le sang. Une croûte épaisse rigidifiait l'ensemble et l'assombrissait en nappes inégales. C'était répugnant.

Les doigts de l'anglais agrippèrent le tissu au col et le déchirèrent sur toute sa longueur, révélant le torse du barbu dans son intégralité, insupportablement noirâtre sous la couche de sang qui avait jailli en flots continus. Tout était de la même couleur. Impossible de savoir où était le problème.

Devant cette toile uniforme, le corps de l'anglais sombra un peu plus dans la déraison. Ca n'était pas comme d'habitude. C'était pire qu'un bordel. C'était une malédiction. Il commença à gratter de ses ongles les crevasses qui se délitaient aux entournures des membres, repoussa les plaques séchées qui révélaient ci et là des flots pris dans la sècheresse. Ca puait. C'était laid. Le souffle de l'anglais se fit plus court.

Sans préavis, il bondit sur ses pieds et fit volte-face vers la mante religieuse qui se tenait assise là. C'en était trop pour lui.


Mais bouge d'là bordel de merde ! T'vois pas qu'tu gênes ?! Y'a l'sang qu'coule pas normal'ment quand t'es assise là ! BOUGE !

Les côtes agitées par un souffle bien trop erratique pour ne pas être paniqué, l'anglais ne prit pas le risque de la toucher pour autant. La sueur qui perlait à son front trahissait son état de fébrilité et il explosa son pied dans la petite porte de la table de chevet pour se calmer les nerfs. Il n'avait pas de solution. Ce type étendu là l'avait soigné un nombre incalculable de fois et lui n'avait aucune solution. Ca n'était pas envisageable.

Il s'éloigna alors d'un pas décidé, comme s'il venait d'avoir l'idée du siècle. Il ne reparut que deux minutes plus tard, un lourd seau d'eau entre les mains. Sans aucune annonce, il balança l'intégralité du contenu sur le visage, le cou et le buste de l'homme étendu au sol. L'énorme floppée d'eau glacée vint s'écraser sur le corps avec une force brute, la surface limpide éclatant violemment au contact de la peau, dans un fracas d'eau qui finit en borborygmes sur le tapis rougeoyant.

T'vas t'lever spèce d'ivrogne mal brnalé ! J'te jure qu'j'vais t'faire t'lever !

Un second seau vint s'abattre de la même façon, éclaircissant la couche brunâtre qui se délitait sous l'humidité et la force du flot. Ce ne fut qu'une fois quasiment défait de sa cuirasse sanglante que le barbu sursauta sous l'assaut de l'eau, son corps se recroquevillant sur un côté dans un spasme incontrôlé.

'tain de p'tit bâtard d'enfoiré d'ta mère ! J'vais t'botter l'cul plus sévère qu'dans tes fantasmes, t'vas avoir les miches plus rouges qu'ta gueule après qu'j't'ai éclaté !

L'anglais ne retint en rien la verve qui s'échappa d'entre ses lèvres à la vision des yeux frémissant du grand con. Il avait une telle envie de le cogner et de l'étreindre à la fois qu'il lui balança une claque monumentale à l'arrière du crâne, plus proche d'un coup bien senti qu'une tape amicale.

Fais l'mort à nouveau, j't'assure qu't'y passes pour d'vrai.

Ce fut sur ses mots que les genoux du bâtard le lâchèrent. Il s'affaissa au sol sans plus de retenue et posa sa tête contre le mur. Son regard était aimanté à la figure barbue, bien loin des yeux noirs qu'il ne voulait pas croiser. Il pourrait toujours nier par la suite qu'il avait été à deux doigts de sombrer dans la panique la plus totale, il savait que cette saleté s'opposerait toujours à ses mots. Autant ne pas la regarder quand la pression retombait.

Le barbu, lui, reprenait ses esprits petit à petit, trempé et frigorifié, le souffle court et le regard hagard. A demi-pendu, il avait manqué d'oxygène et la douleur de son épaule le lançait à un point tel qu'il entendait battre son coeur dans ses tempes. Tout lui paraissait flou. Tout, sauf le visage qui se tenait si proche de lui. Faiblard mais pas sans mémoire, il se hissa difficilement jusqu'à la station assise, ses yeux un peu troubles se posant sur les deux puits sans fond.

D'un doigt pas vraiment assuré, il pointa son oeil gauche, le plus proche de la main utilisée. Sa voix n'était qu'un murmure rauque, étranglée par ce qui avait servi à le pendre.

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MessageSujet: Re: La Chute...   Jeu 6 Oct - 18:18

Les iris noires s'accrochèrent aux yeux marrons à l'instant même où les paupières du jeune homme s'ouvraient. Vamp y scella son regard, immobile. Elle ne dit rien, ne bougea pas, respira à peine. Elle l'enveloppa de son regard sombre pour le garder près d'elle, les lèvres closes et la peur de le voir refermer les yeux battant ses tempes.

Ils restèrent de longues minutes à s'observer, à quelques centimètres du visage de l'autre, s'échangeant leur souffle sans se quitter des yeux. Il était dans un sale état, elle le sentait au rythme de sa respiration. Il souffrait mais ses yeux étaient ouverts. Il souffrait mais, si elle articulait son nom, il lui répondrait. Lin lui répondait toujours lorsqu'elle l'appelait.

Elle avait été témoin du comportement de l'Anglais sans réagir. Elle l'avait regardé avec des yeux de petite fille perdue, gardant le corps de Lin serré contre le sien. Elle avait entendu ses insultes sans les écouter, les paroles avaient glissé sur elle comme la pluie sur les vitres d'une fenêtre. Même l'eau glacée n'avait pas réussi à la sortir de sa brume de peur. Aussi improbable que la chose put l'être, elle avait eu une confiance aveugle en Larson.

Lin était là, les yeux ouverts. Lin répondait toujours lorsqu'elle l'appelait.

Ces yeux ouverts avaient eu un impact immédiat sur elle. Un calme sourd s'était imposé dans le vide de sa poitrine, le sang qui coulait dans ses veines avait instantanément retrouvé sa froideur et la panique avait déserté ses pupilles. Elle était calme, sereine et hypnotisée par le jeune homme. Ses doigts se levèrent à hauteur de la mâchoire barbue, l'effleurant d'une caresse tendre avant de se perdre dans le cou couvert de sang sec.

Il respirait. Il la regardait. Le silence qui flottait dans les couloirs du bordel, oppressant quelques minutes plus tôt, les enveloppait d'une couverture duveteuse en veillant sur leurs retrouvailles. Si la fatigue se lisait dans ses yeux, l'étincelle vitale y était bien présente.

La bouche de Vamp n'attendit pas la permission de sa raison pour venir goûter celle du blessé. Ses lèvres touchèrent les siennes d'une simple pression, une plume de douceur, l'unique indice de son soulagement.

Un détail, pourtant, alerta le calme profond qui se lovait dans sa poitrine. La bouche de Lin avait perdu sa saveur habituelle. La grande brune ne la reconnaissait pas. Elle avait le goût salé du sang.

D'un geste innocent et presque distrait, elle vint écarter les quelques mèches poisseuses de sang de son front. Son homme était vraiment beau garçon.

Vamp passa son bras autour de lui. La paume de sa main recouvra la nuque brûlante alors qu'elle attirait le corps blessé contre elle. Dans le plus pur des silences, elle l'enlaça étroitement contre elle alors que sa joue s'appuyait délicatement contre la tempe du grand barbu. Il n'avait pas l'odeur de Lin et ses lèvres n'avaient pas le goût qu'elle leur avait toujours connue. Mais il respirait.

Alors, Vamp l'enlaça et le blottit tout contre elle. Elle l'enveloppa de sa propre chaleur et de sa propre odeur. Insensible à la présence de Larson et au sang étranger qui souillait la chair de l'homme qu'elle aimait, elle le protégea de sa présence et de son amour. Elle aima Lin en le serrant contre elle, elle l'abrita de ses bras blancs alors que son corps lui promettait une protection et un amour aveugles.

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