l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 La Chute...

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Lin
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MessageSujet: Re: La Chute...   Mer 2 Sep - 8:35

La nobliotte qui lui faisait face était un laideron. Il avait croisé un nombre incalculable de femmes de plus ou moins haute noblesse et bourgeoisie au cours de leurs nombreux déplacements et chaque ville amenait son lot de diversité. Il avait pu voir des couleurs de peau différentes, des couleurs d'yeux différentes, des couleurs de cheveux différentes, des tailles différentes, des formats différents. Et bien sûr, des niveaux de beauté différents. Certaines étaient mignonnettes, d'autres sacrément superbes, quelques-unes franchement peu attirantes et une majorité banales, tirant sur le joli. Mais celle qu'il avait en face de lui battait tous les records. Elle compilait format, couleurs diverses et agencement ingrats. Il avait entendu dire que la laideur existait mais il n'y croyait pas vraiment. Ce n'était qu'une histoire de goûts. Et pourtant. Celle-ci devait être universellement reconnue comme manquant d'à peu près tout.

Il internalisa un soupir de dépit et retint une grimace en la voyant lui sourire avec une assurance de charmeuse. Pauvre petite. Elle lui faisait mal au coeur. Son rang lui avait donné une assurance qu'elle n'aurait pas dû s'octroyer et son attitude ne faisait qu'alourdir son manque d'attrait. Le mépris qui suintait de ses pores accentuait l'animosité des gens à son encontre et Lin ne doutait pas que cet oeil déjà presqu'aigri à son âge n'attise quelques retraits d'aménité. Elle avait dû être malmenée un bon paquet de fois pour en arriver à une interface aussi peu engageante. Il avait envie de lui tapoter l'épaule en lui assurant que ça allait s'arranger. Il l'aurait sans doute fait si elle n'était pas si désagréable et si Lars ne lui faisait pas les gros yeux dans son dos.

Un vague sourire narquois étira le coin des lèvres du barbu. Il y tenait ? Il ne l'avait pas encore vue de face. Son sourire s'étala un peu plus alors que la pauvre jeune fille le regardait et il lui débita les classiques qu'il utilisait en de telles circonstances. Les yeux de la nobliotte se plissèrent un peu, à demi-méfiants, à demi-charmés et elle finit par éclater d'un rire qui sonnait faux. Elle avait vraiment dû souffrir. Cette fois-ci, le soupir de Lin fut réel. Quel bordel.

Il fit signe à Larson de venir prendre le relai pendant qu'elle plongeait dans son verre de vin âcre pour rajouter un peu de couleur à ses joues. Se penchant sur l'épaule de son compère et en lui tapant dans le dos l'air railleur, le barbu s'échappa du guet-apens en lui chuchotant quelques mots, ravi de pouvoir se soustraire à sa dernière tâche du jour.


Sois vaillant, fier étalon. Je te laisse la primeur de cette fraîcheur…

Son sourire moqueur alerta le bâtard un bref instant mais il n'eut pas le temps de rattraper son acolyte, déjà sorti alors que ses yeux d'anglais tombaient sur le visage. Oh God. La mince affaire.

[…]

Trottinant dans les rues comme un jeune cabot tout juste échappé d'un foyer malheureux, Lin se prit à sourire en passant les rues les unes après les autres. Il était sorti plus tôt que d'habitude, comme maintenant quasiment tous les soirs depuis que Vamp résidait chez lui de force et il allait encore pouvoir passer sa soirée avec elle. Plus les pavés couraient sous ses pieds, plus il se rapprochait des quatre murs qui renfermaient celle qui le troublait sans le moindre effort.

Quelques réminiscences de la nuit passée lui revinrent en tête et il dut s'ébrouer pour ne pas se laisser distraire. Revenir à la raison. Certes, ils avaient partagé une nuit riche en émotions. Mais elle avait fui dans le sommeil quand il avait fini par avouer ses sentiments pour elle. Intacts. Et elle, les paupières fermées. Il grimaça. Il n'était pas bien sûr de vouloir en tirer quelque conclusion que ce fut.

Quelques rues passèrent à nouveau à côté de lui et il finit par bifurquer dans la sienne, l'esprit résolument fermé à toute considération négative. Il devait y avoir une explication à son mutisme. Elle allait bientôt être sous ses yeux, elle pourrait lui expliquer de vive voix et il saurait enfin. Dans une petite minute, tout serait clair. La porte était en vue. Il sourit.

L'espace d'une seconde à peine. Le hurlement de douleur qui s'éleva derrière le battant de bois le glaça aussi assurément qu'une lame en travers de la gorge. Vamp. Chez lui. En souffrance. Son sang se figea dans ses veines et sa raison s'éteignit. L'étroite ruelle se resserra dans son champ de vision et il heurta la porte avec une telle violence qu'elle sauta hors de ces gonds. Une rage primitive et instinctive avait remplacé ses hématies. Toute raison annihilée, il s'était instantanément changé en boule à tuer. On ne touchait pas Vamp. Jamais. Surtout pas pour qu'elle hurle. La mort était la seule issue à l'auteur de ce cri.

Ses yeux firent la mise au point sur l'assaillant. Grand. Brun. Les yeux clairs. Isaac. Dans le viseur du barbu. Prêt à mourir.
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Vamp

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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 6 Sep - 16:15

Un sourire satisfait ourla les lèvres de l'homme. C'était parfait. Tout simplement parfait. Cette petite conne prétentieuse était à ses pieds, gémissante comme un chiot blessé et tremblante de douleur. Ses longs cheveux noirs l'empêchaient de bien voir l'expression de son visage mais il se faisait un plaisir pervers à l'imaginer. Il venait de la briser.

Son dos était courbé de soumission et elle ne bougeait plus, cherchant son oxygène comme une noyée. Le sourire d'Isaac s'élargit. C'était particulièrement excitant, de la voir là, cette grande sauterelle dangereuse à sa merci. Il était loin, le petit air hautain. Il était plus loin encore, le froid contrôle qui glaçait ses traits de porcelaine.

Il aimait soumettre. Il aimait contrôler et alimenter la peur. Et il avait longtemps rêvé d'arracher à sa camarade un gémissement ou deux. Il savait qu'elle le comprendrait et qu'elle lui en serait reconnaissante.

Il voulait goûter sa peau blanche et recueillir la sueur de la peur le long de sa nuque avec sa langue. Il voulait la faire suer de douleur et s'enivrer du parfum de sa peau après la terreur et la torture. Il voulait réussir à éteindre l'étincelle de ses yeux pour que ses pupilles deviennent ternes et résignées.  Il voulait l'aimer à l'en étouffer.

Valentin lui avait promis Vamp. Dés l'instant où il lui avait demandé de faire équipe avec cette grande brune, le patron lui avait assuré que, s'il trouvait le moindre indice suspect sur la loyauté de la jeune femme pour l'organisation huilée du vieux, elle serait à lui. Mais Vamp avait été insondable.

Il rêvait de voir le sang rouge rouler entre ses seins, trancher sur le blanc de sa peau, tâcher cet épiderme parfait. Cela aurait été un tableau magnifique de contrastes morbides, un tableau qui accompagnait ses rêves les plus érotiques dans la solitude de ses nuits. Isaac savait qu'elle aimerait ça.

Au fond, il le savait, c'était une brave fille. Elle n'avait besoin que d'un maître et dés qu'ils auraient fait l'amour, elle comprendrait l'importance de la souffrance et de la torture. Isaac sourit. Elle serait sa petite poupée de porcelaine. Et elle adorerait cela.

Il allait brosser ses cheveux puis embrasser son cou avant de les tresser avec soin. Peut-être les remonter en chignon ? Et puis ils...

La porte se fracassa contre le mur. Son premier réflexe fut d'empoigner Vamp comme bouclier. Le grand brun n'était pas stupide. Il n'avait attaqué la jeune femme seulement parce qu'elle était blessée. Il savait qu'il ne pouvait pas combattre et ce grand barbu et sa future poupée soumise. Poupée qui n'émit aucune résistance lorsqu'il l'agrippa. Elle était déjà à lui.


- Pas un pas de plus. Ne bouge pas.


Il la serra contre lui, ramenant son bras gauche en une clé serrée dans son dos. Vamp se laissa faire sans résister. Sa tête dodelina avant de se renverser en arrière, sa nuque s'appuyant contre l'épaule de son ancien collègue comme si elle s'abandonnait. Elle n'était pas inconsciente mais ses paupières entrouvertes n'offrait d'un regard lointain et douloureux. Elle ne semblait pas reconnaître Lin.

Isaac s'empara brutalement du poignet fin avant de tendre le bras blanc au dessus des flammes, une lueur nouvelle dans les yeux, une pointe de provocation dans le regard.


- Mauvaise idée. Un pas, un seul, et je laisse ce joli bras lisse grésiller comme une côte de porc.

Au fond, l'idée d'abîmer son nouveau jeu ne l'enchantait pas. Mais dompter ce concurrent poilu valait bien un peu de chair brûlée.

- La graisse qui frétille, la peau qui se déforme... Tu te risquerais à la marquer à vie comme un animal ? Ttt-ttt-ttt... Ce serait bien trop dommage, tu ne crois pas ?

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Lin
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MessageSujet: Re: La Chute...   Lun 7 Sep - 12:38

La fureur qui pulsait dans le réseau veineux du barbu résonnait à ses tempes avec une vigueur de torrent déchaîné. Les coups de fouet sanguins se répétaient inlassablement au creux de sa boîte crânienne, lui rappelant chaque seconde la haine qu'il vouait à cette raclure.

Il avait touché Vamp. Il l'avait meurtrie. Et il la touchait encore. Brutalement. Avec une familiarité qu'il n'aurait pas dû se permettre. Qu'il n'aurait pas dû pouvoir se permettre. Les yeux du jeune homme eurent tôt fait de récolter les informations qu'il leur fallait. La brune était dans un état de douleur suffisamment avancé pour ne plus réagir à ce contact étranger, intrusif. Ses puits sombres étaient à demi couverts par ses paupières et elle n'opposait pas la moindre résistance à son bourreau. Il l'avait violentée avec une telle force qu'elle était inerte entre ses bras. Et Lin était cloué sur place par ce membre si blanc qu'il ne voulait pas voir brûler.

Ses mâchoires étaient aussi tendues que ses trapèzes, rigides comme les arrêtes d'un meuble en bois massif. Il semblait que tout son corps était soumis à une pression intolérable qui le contractait de toute part, faisant saillir sous sa peau chacun de ses muscles. Il était beaucoup trop sec pour que le roulement de ses masséters soit dissimulé et la tension persistante qui enfonçait ses ongles dans les paumes de ses mains faisait saillir les reliefs musculeux de l'ensemble de ses bras. Quiconque l'aurait surpris à ce moment-là aurait songé qu'il s'arquait pour déplacer un poids irréel. Il se battait en réalité contre celui qui lui écrasait le torse. Le poids de l'impuissance.

Il suintait la haine par tous les pores de sa peau et son regard plus noir que les iris de la jeune femme restaient braqués sur celui dont il voulait arracher les carotides de ses propres ongles. La sauvagerie qui avait remplacé sa raison imprégnait l'ensemble de ses tissus et diffusait rapidement à ses os, ses dents et jusqu'au bout de ses phanères. Il n'y avait plus une once d'humanité dans ce corps.

S'il était devenu bagarreur depuis quelques années, il n'avait jamais perdu le contrôle de lui-même au point d'en oublier son nom. Quand il dépassait les bornes et que son camarade d'échauffourée risquait de périr sous ses poings, Larson parvenait toujours à le ramener à lui en lui balançant un seau d'eau glacée en pleine tête ou en s'interposant pour lui rappeler qui il était. Il se tirait toujours de ses colères orageuses en se raccrochant à ce qu'il était bien plus en profondeur, plus ou moins enfoui selon le degré de la tempête qui ravageait ses tripes. Il n'avait jamais perdu contact avec ce petit bout d'humain qui se tapissait loin de ses accès de rage.

Jamais jusqu'à aujourd'hui. S'il avait conscience que Vamp était chevillée à son torse bien plus solidement qu'il ne l'avouerait jamais, il n'avait pas idée qu'elle puisse être l'unique liaison à laquelle il ne fallait pas toucher sous peine de le rendre fou. Véritablement fou. Il en avait eu un avant-goût lorsqu'elle était partie sans nouvelles. Il s'était senti anéanti au point de vouloir sortir de sa propre tête, de son propre corps. Mais ce n'était qu'un amuse-bouche.

Ce qu'il avait en face de lui était bien pire. Elle était torturée. C'était le seuil de l'insoutenable, franchi allègrement par cette enflure. Et la raison du barbu en avait pris conscience à l'instant où ses tympans avaient vibré de la douleur de la brune.

Immobile sur le seuil de la porte, la carcasse du jeune homme était bien plus imposante qu'elle ne l'avait jamais été. Tous les signes primitifs de menace étaient regroupés en lui et un grondement sourd s'éleva de son poitrail, digne de celui d'un animal prêt au combat le plus sanguinaire. Non, il ne tolèrerait pas que ce bras brûle. Tout comme il ne tolèrerait rien de la part de ce fils de pute. Au moindre écart, il l'abattrait. Il ne le raterait pas. Ses sens étaient décuplés et ses réflexes d'humain annihilés. Il lui sauterait à la gorge sans la moindre hésitation pour se repaître de son sang.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Jeu 10 Sep - 5:01

La douleur. Elle ne sentait et n'entendait qu'elle. Ses oreilles bourdonnaient et la voix masculine ne lui parvenait qu'avec difficulté, comme si les deux hommes se trouvaient dans la pièce voisine. Elle tenta de calmer la souffrance en gonflant ses poumons d'air frais mais la moindre inspiration déchirait un peu plus ses côtes. Sa vision se troubla dangereusement. Il n'y avait plus rien excepté la douleur.

Vamp sentit son corps se soumettre à une force extérieure avant de basculer contre quelque chose de dur et d'osseux. Sa tête s'appuya sur une épaule qui ne devait pas être celle de Lin. Son esprit luttait pour analyser la situation mais la douleur l'endormait, la poussant vers le malaise et l'inconscience. Ses sens l'informaient sans qu'elle ne parvienne à réagir. Elle connaissait cette odeur. Non, ces odeurs. Il y a deux personnes, deux hommes. Oui, voilà, elle adorait s'envelopper de l'une de ces odeurs.

La jeune brune entrouvrit les paupières mais seules quelques couleurs floues frappèrent sa rétine. La douleur embrumait le reste. Vamp était glacée.

Paradoxalement, c'est la douceur qui la sortit de sa torpeur nauséeuse. La douceur de la flamme. La douce chaleur qui venait caresser l'intérieur de son poignet en effleurant la peau fine.

Isaac sourit. Elle était tout contre lui, gelée, comme les poupées de porcelaine avec lesquelles sa petite sœur jouait il y avait de cela quelques années. Elle était aussi froide que le regard de son compagnon était brûlant. Intéressant mélange. L'homme barbu frissonnait de fureur pendant que ses forces à elle l'abandonnaient. Sa peau était aussi dorée que la sienne blanche. Mélange intéressant, certes, mais quelque peu surprenant. Son sourire s'accentua.


- Brave cabot. Il serait tellement dommage d'abîmer un si joli bras...


Le jeune brun glissa son nez derrière l'oreille blanche, sans quitter Lin des yeux, provocateur. Il était en position de force, le savait, et comptait bien en profiter.

- Je le savais. Je l'ai su dés l'instant où je vous ai surpris dans le couloir de ce bordel. Vamp ne gifle pas les hommes. Non, ma petite chérie leur brise le nez. Toujours, sans aucune exception. Et tu as été l'exception.


Lentement, la chaleur qui caressait son poignet s'enroula autour de ses veines, la ramenant par degrés égrainés à la situation présente. Son cœur s'accéléra, l'adrénaline de l'instant reprenant ses droits sur le corps blanc.

- Une exception un peu décevante, je dois l'avouer. J'imaginais une faiblesse qui aurait plus de chien de la part de ma petite chérie.

Il ferma les yeux une fraction de secondes, inspirant profondément l'odeur qui se dégageait des longues mèches brunes avant de reporter son attention sur l'imposante silhouette.


- Sais-tu quel effet cela procure, de la savoir dans ton dos toute la journée ? De savoir qu'elle veille sur toi ? Non, tu ne sais pas, bien sûr...

Elle cligna des yeux lucides. La surprise fut la première chose qui étreignit la poitrine de Vamp. Elle venait de reconnaître la présence de Lin. Juste là, face à elle. Elle ne l'avait ni entendu ni vu entrer. Son rythme cardiaque s'accéléra, réchauffant le reste de son corps. C'était dangereux, il n'avait rien à faire là.


- ... puisque que tu ne l'aimes pas. Tu n'as même pas été foutu de la protéger de la colère de Valentin. Tu n'as rien fait lorsqu'il a levé la main sur elle. Tu n'as pas bougé le moindre petit doigt. Stupide cabot. Stupide animal primaire. Tu ne sais pas la protéger...

Isaac se pencha un peu plus dans le creux du cou neigeux, sans quitter le grand barbu du regard. C'était plus fort que lui. Il fallait qu'il goûte.

- … tu en es incapable... Et je vais te tuer pour ça.

La douleur était toujours présente, sourde, mais Vamp était parfaitement lucide. Le grand brun était sous ce toit pour faire du mal à son homme. Et de ce qu'elle pouvait en voir, elle était la seule des deux à être parfaitement calme. Isaac était un adversaire de taille, elle le savait, mais il n'avait aucune chance contre Lin et elle. Il fallait juste qu'elle parvienne à libérer son bras de cette entrave.

Vamp n'écoutait que d'une oreille distraite le monologue de son agresseur, captant les mots sans les enregistrer vraiment. Aussi se raidit-elle en sentant le souffle chaud contre son cou.

La langue humide et étrangère d'Isaac effleura sa peau. Il lécha son cou avec une lenteur et un soin révulsant. Vamp sombra. Elle ne voyait plus Lin ni ne ressentait plus aucune douleur. L'unique chose parfaitement perceptible était cette chose mouillée qui souillait sa peau.

Elle se tourna dans un sursaut purement instinctif. Sa réaction fut celle d'un animal attaqué. Ses dents agrippèrent l'oreille d'Isaac avant de la mordre en la tirant vers elle. Le sang de l'homme s'écoula aussitôt dans sa bouche. Elle tira plus fort, finissant son effort par des coups violents de la tête jusqu'à ce que la chair se déchire. Le liquide épais et métallique noya un instant sa langue pendant qu'elle cherchait à se dégager de son contact, crachant le membre qu'elle venait de lui arracher.

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Lin
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MessageSujet: Re: La Chute...   Ven 11 Sep - 10:06

C'était un trou noir. Un puits sans fond qui engloutissait tout sursaut d'humanité chez Lin. Il n'y avait plus rien dans sa boîte crânienne, plus rien entre ses côtes. Il n'était qu'un amas de fibres musculaires, nerveuses et sensitives. Ses rétines imprimaient chaque geste de la cible à abattre, ses membres se saturaient d'une tension paroxystique, ses synapses se gorgeaient d'acétylcholine. Un simple signal suffirait à déclencher la machine qu'il était devenu. Une faille. Une brèche. La moindre encoche d'ouverture et il s'y engouffrerait. Il était prêt à tuer.

Un cri résonna dans l'air suffoquant de la pièce, déchirant le monologue odieux du brun, rompant les attaches du barbu. Il traversa la pièce d'un bond explosif et percuta de plein fouet le torse de son adversaire, le heurtant avec une telle force qu'il l'écrasa au sol dans un bruit sourd. Les deux corps roulèrent sous l'impulsion, les mains empoignèrent ce qu'elles purent. Le combat était lancé.

Les ongles de Lin crochetèrent la joue de cette enflure pendant que ses jambes bataillaient pour prendre le dessus. Cet être ne méritait nullement la vie et il était décidé à la lui retirer. Un violent coup de genou dans le flanc lui arracha un grognement rauque et une demi-seconde d'inattention, assez pour que l'autre se redresse pour lui empoigner la gorge. Le cartilage trachéal du jeune homme couinait sous la compression des paumes ennemies. Ses yeux croisèrent les siens, empreints d'une fureur qui ne faiblissait pas. Le bleu métallique qui y répondit était aussi noyé par la rage qu'un métal en fusion. Suffisamment pour que la bête s'extraie de l'asphyxie.

Il enfonça son pouce si brutalement dans l'orbite du brun que l'étau sur sa gorge se desserra légèrement. Un filet d'air oxygéna ses membres. La vague de force qu'il avait tenté de faire refluer s'abattit plus violemment encore contre la volonté de Lin, lui donnant un coup de fouet monumental. C'était cette brèche qu'il n'aurait jamais dû lui laisser. D'un mouvement brusque, il rejeta le corps ennemi au sol et l'encadra de ses jambes, serrant ses genoux autour de ses côtes. L'un de ses poings cogna la trachée d'Isaac avec une force à faire ployer de la roche pendant que ses doigts libres achevaient de le rendre aveugle.

Gesticulant sous la haine qui l'assaillait, le détraqué lançait ses bras et mains en tous sens pour essayer d'atteindre Lin, stoïque et campé comme un roc au-dessus de lui. Il ne parvint à grapiller un répit que lorsque son coude heurta l'arcade sourcilière du barbu dans un craquement évocateur. Déconcentré un millième de seconde, il arrêta de frapper pour s'ébrouer et retrouver ses esprits. L'autre essaya de se soustraire à l'étau de la mort qui comprimait sa cage thoracique. Vaine idée.

D'un coup de genou dans le sternum anormalement violent, Lin le cloua au sol aussi sûrement qu'il lui coupait la respiration. Son corps brûlait toutes ses ressources à maintenir cette vermine contre les lattes du plancher usé et sa hargne se décuplait à mesure que ses forces s'accumulaient contre lui. Le regard du jeune homme était dément et une flamme malsaine y brûlait, éclairant ses rétines d'une morbidité inquiétante. Il allait payer pour ce qu'il venait de faire.

A mesure que son souffle se faisait court sous l'intense effort déployé contre le brun, les images revenaient inonder son esprit malade. Ce nez qui courait contre la peau blanche. L'étau se ferma de nouveau sur la gorge de l'ennemi. Cette bouche qui approchait le creux de son cou. Ses doigts se replièrent dans les orbites déjà en sang. Cette langue…

Un grondement sauvage déchira la gorge de Lin alors qu'il se relevait brusquement, empoignant le col de son adversaire resté au sol.


Tu voulais brûler de la chair ? Hein ?! Tu voulais brûler de la chair !

Il lui asséna un coup de pied inhumain dans le flanc, heurtant le foie avec une violence sans restriction. La douleur maintint l'homme au sol alors que le barbu le traînait jusqu'à la cheminée. Cet enfoiré n'aurait jamais dû s'en prendre à Vamp.

Il le roula sur le ventre sans ménagement et empoigna la tignasse brune avec une hargne à faire pâlir le plus brutal des barbares. Penché à son oreille, il aurait été capable d'en arracher le lobe pour parfaire la symétrie. Mais il ne comptait pas dénuer la brune de son initiative. Seule sa voix attaqua son tympan.


Tu vas cramer, tu ENTENDS ?! CRAMER !

Un dernier soubresaut de survie agita le crâne dans la main de Lin et la sienne trouva la lèvre du jeune homme. Il tira dessus avec la force des derniers recours, ses ongles fendant la chair. Le goût métallique qui se répandit dans la bouche du barbu fit éclater la haine sanguinaire tapie dans ses veines et son pied écrasa le poignet qui l'attaquait. Fini de jouer. D'un mouvement de bras implacable, il écrasa la tête du brun dans les flammes de l'âtre, son visage tourné vers les braises.

Ca te va comme protection, hm ? C'est bien ça, dis-moi ?

La voix du jeune homme était déformée par la folie qui enrobait ses sens. Il était littéralement hors de lui. Seule agissait l'entité macabre qui avait été nourrie des années durant par la douleur et l'absence. Les intonations qui faisaient vibrer ses cordes vocales étaient révélatrices des contrées éloignées de la raison où il se trouvait, le regard satisfait de voir cet homme mourir en souffrances.

Je t'entends mal… Parle plus fort.

Il releva le visage détruit par les flammes, laissant échapper les couinements d'un corps maltraité. Ses jambes maintenaient le reste en place, encaissant chaque gesticulation de douleur sans la moindre faiblesse.

Tu vois, le silence, c'est mieux parfois.

Se disant, il replongea les traits qu'il ne voulait plus voir dans l'incandescence du feu et libéra une de ses mains pour extraire une dague de l'une de ses bottes. Larson l'avait équipé, au cas où. C'était un cas où. D'un mouvement sec et précis, il égorgea l'homme étendu face au sol, laissant son sang se répandre lentement dans les flammes dans un grésillement caractéristique.

Tremblant d'un reste de rage, il se releva et enjamba le corps désormais inerte. L'odeur qui s'élevait devenait insupportable et il déglutit malgré lui, la haine refluant peu à peu, laissant place à un tremblement plus intense, gagnant chacun de ses membres. La peau blanche tachée par la bave de ce brun. Cette tête qui se consumait dans les flammes. Il déglutit à nouveau, le ventre envahi de spasmes. L'odeur qui s'élevait de l'âtre. La douleur dans les yeux de la jeune brune. Il tremblait désormais de tout son corps, le front en sueur, plus uniquement de l'intense effort déployé. Il n'osa pas relever les yeux vers Vamp. Sa conscience reprenait ses droits dans son esprit. Il avait l'impression de fendre un brouillard épais qui l'avait aveuglé. Il revenait à lui. Il s'était laissé emporter.

Titubant, il s'approcha de l'unique fenêtre de la pièce et en ouvrit un battant d'un bras fébrile. Il s'était promis que cette bête-là dormirait pour toujours. Qu'il l'avait domptée. L'air fouetta son visage alors qu'il le passait au-dehors et un dernier spasme le vainquit. Il vida ses tripes dans la minuscule impasse derrière chez lui.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Lun 14 Sep - 16:42

Le goût métallique du sang souillait sa bouche. En réponse à cet arôme, son propre sang battait contre ses tempes avec une violence amère. Vamp tremblait de tout son corps. Glacés, agités de convulsions sèches, ses membres peinaient à se relever. Du liquide rouge gouttait de son menton, des rigoles épaisses et chaudes qui ne venaient pas de son corps.

Ses mèches sombres tombaient sur son front pendant que sa paume venait recouvrir sa peau violée. Sa main en essuya la salive d'un geste tremblant et incertain avant de se frotter convulsivement sur ses braies. Ca ne suffisait pas. La trace d'Isaac était toujours là, incrustée dans les pores de son cou. Un gémissement impuissant s'échappa de sa gorge. Le sang chaud d'Isaac brûlait ses lèvres d'une panique toute psychologique. Acharnés et libérateurs, ses ongles commencèrent à gratter la peau souillée.

Trop paniquée par ce qu'il venait de se passer et trop occupée à purifier l'angle de son cou, Vamp ne fit d'abord pas attention à la scène qui se déroulait à ses côtés. Elle avait confiance en Lin. Elle savait qu'il pouvait aisément s'en sortir sans son assistance. Elle l'avait lu dans son regard.

Ce sont les cris qui l'obligèrent à lever les yeux.

De ce qu'elle s'en souvenait, Lin préférait se débarrasser des emmerdeurs le plus vite possible. Ses gestes étaient toujours précis et calculés, comme pour ne pas s'attarder sur ce qui devait être fait. Mais ces cris ne collaient pas dans ce scénario. Vamp se redressa, très droite, observant la scène sans que la moindre émotion ne trahisse l'expression de son visage. Elle n'avait pas écouté les paroles d'Isaac avec l'attention que Lin semblait leur avoir porté. Elle cilla à peine, observant son homme s'acharner sur celui qui s'était approprié son corps et les avait menacés tout deux. Même l'odeur de chair brûlée ne la fit pas tressaillir.

Vamp avait une notion très aiguë de la justice. Cet homme s'était imposé, chez eux, pour leur faire du mal à Lin et à elle. Lin ne faisait que défendre son foyer. Il la défendait elle. Il rendait justice. Dés qu'elle comprit la fureur du jeune barbu, la tension s'évanouit de ses épaules. Elle n'avait absolument rien à craindre, Lin était là, il les protégeait. Isaac n'avait que ce qu'il méritait.

Finalement, l'odeur de chair brûlée obligea sa main à se porter à son nez, la ramenant brutalement à la réalité de l'instant. Elle cligna des yeux, reportant son regard sur le dos que lui tournait Lin. Il avait complètement perdu les pédales. Jamais, avant sa disparition, il n'aurait agi de la sorte. Elle commençait tout juste à entrevoir ce qu'il avait pu devenir durant ces trois années d'absence. Ce qu'elle avait fait de lui. Vamp cilla. Au fond, elle n'était pas dans un meilleur état que lui. Les cauchemars la torturaient et elle avait tué un homme à mains nues avec ses poings sur le tapis de Valentin. Ses phalanges commençaient tout juste à cicatriser.

C'était évident. Ils ne valaient pas mieux l'un que l'autre lorsqu'ils étaient séparés. Désunis, ils perdaient les pédales. L'odeur qui flottait dans la pièce en étant le parfait exemple.

Tiqués, ses doigts retrouvèrent la peau salie, les recouvrant fébrilement en un geste d'autoprotection. Ca ne passera pas. Ses phalanges étaient glacées, sa main tremblait. C'était comme si la salive de son ancien équipier avait imprégné ses veines de venin. Non, ça ne passera pas seul.

Le cadavre gisait entre Lin et elle, une frontière qui les gardait, chacun d'eux, dans une solitude glacée ou brûlante. Le regard noir enveloppa la nuque moite du jeune homme. Il avait besoin d'elle, autant qu'elle avait besoin de lui. Cet amas de viande morte n'était rien qu'un tas de chair calcinée.

La peau de son cou commençait à rougir sous l'attaque de ses ongles lorsqu'elle enjamba le corps pour se précipiter vers Lin. Elle le heurta presque avant de s'immobiliser, détaillant son visage.

Il était blessé. A plusieurs endroits, sa peau trahissait la violence de l'affrontement et commençait à changer délicatement de couleur. Il dut légèrement baisser les yeux pour la regarder. Elle ne put s'en empêcher, elle sourit. Un sourire qui adoucissait ses pommettes froides.

Vamp leva les mains pour emprisonner le visage barbu entre ses paumes. Il la surplombait de sa haute taille, il continuait à veiller sur elle et à la protéger. Ses doigts blancs glacés glissèrent le long de ses joues brûlantes, caressant sa barbe avec une tendresse qui frissonnait d'orgueil, avant de s'égarer sur son cou où les traces laissées témoignaient de la violence des derniers événements. Elle toucha son torse du bout des doigts avant de laisser retomber ses bras le long de son corps droit.

L'odeur de sang se mêlait à celle de Lin. Ce mélange parasitait les pensées de la jeune brune. Elle s'avança d'un pas, son nez s'appuyant avec insistance contre l'angle de sa mâchoire, comme une louve poussant la joue de son compagnon d'un coup de museau. Elle était toujours glacée.

Un frisson de dégoût, vestige de l'horreur passée, s'enroula autour de sa nuque. Convulsivement, ses ongles arrachèrent la peau de son cou, déjà fragilisée par les incessants frottements antérieurs, à l'endroit exact où la langue l'avait goûté. Quelques gouttelettes pourpres scintillèrent dans le creux neigeux avant d'onduler vers la vallée de la clavicule. Les mots cruellement absents de l'autre nuit se bousculaient à ses lèvres dans un murmure
.

- Je ne veux plus qu'on soit séparés. Je suis malheureuse quand tu n'es pas avec moi Lin, je t'aime. Je ne veux plus dormir sans toi et je veux qu'on fasse l'amour toutes les nuits. 'faut plus qu'on se sépare. Plus du tout.

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MessageSujet: Re: La Chute...   Mar 15 Sep - 16:52

L'attitude de Vamp acheva d'éliminer la folie meurtrière qui avait coulé dans ses veines. Il ressentait la trace de ses mains sur lui avec une finesse plus aiguë que les hématomes qui lui bleuissaient la trachée et la poussée de son nez plus finement que l'écorchure qui pulsait à son arcade. Son regard embarrassé parcourut les traits de la jeune femme un long moment, tenu coi par la gêne. Elle ne semblait pas lui tenir rigueur de ce qu'il venait de faire. Elle avait même souri. Un faible mouvement de lèvres afficha un début de mimétisme avant qu'il ne s'épuise. Ses pupilles venaient de tomber sur les lèvres rougies. Assombries par un sang qui n'était pas le sien. Recouvertes d'un fluide provenant d'ailleurs.

D'un grognement, Lin se détacha de la fenêtre, l'une de ses mains tirant sa manche sur l'autre pour la recouvrir. Il leva le bras pour venir éponger le sang aux lèvres de la brune, tâchant une chemise qu'il ne comptait plus porter. Méticuleux, il débarrassa la bouche qu'il avait goûtée tant de fois de ce qui la souillait, prenant soin d'en essuyer les coins fermement pour s'assurer qu'aucune incrustation pourpre ne resterait tâcher cet épiderme si fin.

A mesure qu'il éclaircissait sa bouche, il repensait aux évènements passés. L'odeur qui s'élevait dans l'air. Le visage brûlé qui gémissait à peine. L'étau de mains étrangères sur sa gorge. La fureur qui l'avait propulsé. Le regard de ce salaud. Et sa langue. Electrisé, Lin se redressa brusquement et ses yeux se braquèrent sur ceux de la jeune femme. Il avait souillé sa peau de la pire des manières. Le regard perçant, il fouillait les iris sombres avec un soin tout particulier. Elle devait être choquée. Cet enculé avait violé sa peau. Un grondement sourd s'éleva du poitrail du jeune homme, ressac de la haine qu'il vouait à toute douleur infligée à Vamp.

D'un mouvement leste, il s'extirpa d'entre le mur et la jeune femme, traversant la pièce avec une vélocité déterminée. Il avait essayé de les bousiller. Il avait tenté de démolir l'un en s'en prenant à l'autre. C'était inconcevable. Ils n'allaient en être que rapprochés. Sans aucun ménagement, le barbu s'empara du corps à demi-calciné et le souleva comme on empoigne un sac de pommes de terre. Il ouvrit la porte donnant sur la rue d'un coup de pied rageur et balança l'amas de chair inerte contre le mur en face, le suivant du regard alors qu'il s'échouait au sol dans un bruit mat.

Ca faisait longtemps, bande de chiens ! Débarrassez-moi de ça avant que je vous y fasse passer !

Il avait élevé le ton avec une assurance qui défiait toute tentative de minimisation. Il avait eu l'habitude. L'habitude de s'adresser à ceux qu'on ne voyait pas. L'habitude de les repousser de la sorte. Habitude révolue mais qu'il avait déjà exercée ici. Dans cette ville. Il referma derrière lui sans s'occuper de la cavalcade qui s'en suivit. Il savait que le message ne pouvait pas être plus clair.

La fenêtre était restée ouverte et l'air frais qui s'y engouffrait par rafales brassait les effluves morbides qui avaient pris possession du salon. Pourtant, les sens de Lin n'étaient aucunement gênés par l'odeur qui flottait dans l'air. Ils étaient concentrés sur la jeune femme et sur le traumatisme qu'elle venait de subir. S'il s'était défoulé sur Isaac, elle n'avait pas eu cette chance et il entendant ses ongles attaquer sa peau avec un acharnement qui n'aurait pas eu à rougir devant le sien.

Il s'avança jusqu'à elle, déterminé. Elle n'affronterait pas cela seule. Les paroles qu'elle avait murmurées ricochaient encore contre les tympans du barbu et le poussaient en avant là où l'horreur de la scène passée aurait pu le laisser inerte dans un choc post-traumatique. Il attrapa doucement le poignet qui mobilisait sa main fébrile et la ramena contre son torse sans lui laisser le choix. La résistance qu'elle opposait n'avait aucune chance contre la volonté de Lin.


Ne t'en fais pas.

Il caressa sa joue de sa main libre, s'égarant dans les mèches sombres jusqu'à s'appuyer à sa nuque, l'attirant contre lui. Il ne la laisserait pas dans cet état. Son nez effleura son front avant qu'il n'y pose ses lèvres ensanglantées, y laissant une trace rougeâtre par inadvertance. Il grimaça. Foutu réflexe.  Il esquissa un sourire d'excuse à la jeune femme et essuya son front d'un revers de manche.

Tu ne seras plus malheureuse.

Se disant, il croisa ses doigts aux siens contre son torse, emprisonnant la paume meurtrière de son épiderme et l'entraîna à sa suite vers les escaliers. Il ne précisa pas si cette protection provenait de la mort du brun ou de leur non séparation future mais sa vivacité à l'emmener avec lui était largement assez claire. Il comptait s'occuper d'elle.

Il l'emmena à l'étage, jusque dans sa chambre dont il referma soigneusement la porte. L'odeur n'avait pas encore eu le temps de se répandre jusqu'ici et le courant d'air en bas permettrait de l'évacuer avant qu'elle ne le fasse. Enfermés dans une bulle hors de la boucherie passée, ils n'avaient plus qu'à se libérer de leurs réminiscences.

D'un coup de main agile, Lin tira sur le col de sa chemise et la retira, s'épongeant la lèvre inférieure au passage.


Ca, on jette.

Il l'enjoignit à faire de même avec sa propre chemise, alors qu'il attaquait les liens de ses braies. La façon dont il se défaisait de ses vêtements présentait la chose comme un jeu de tri digne des gamins qui doivent vider leur coffre à jouets au printemps. Une fois en caleçon, un tas de vêtements à côté de lui, il fit signe à Vamp de ne pas bouger.

Finis de trier, je reviens.

Il passa dans la petite pièce annexe sans plus rien dire et s'affaira un long moment, entre bruits d'eau et raclements de meubles au sol. Plusieurs minutes plus tard, il passait sa tête côté chambre.

Allez, viens.

Le baquet d'eau réchauffée trônait au centre de la pièce et le morceau de miroir qu'il utilisait habituellement pour se raser avait été retourné contre le mur. Seul un pain de savon faisait concurrence aux linges pliés sur la chaise tirée à côté du bac pour l'occasion. Aucune odeur ne s'élevait de la surface fumante et le savon arborait un blanc jauni pour le temps. Ce n'était qu'un simple bain. Le plus épuré possible et par l'entière volonté du jeune homme.

Il recula jusqu'à immerger ses mollets et invita Vamp à l'y rejoindre après s'y être plongé jusqu'au torse. Le corps laiteux se fondit dans l'eau sans rechigner et Lin se glissa dans son dos au gré de quelques remous. Sa barbe vient effleurer la nuque blanche alors qu'il glissait son nez derrière son oreille, ses mains affairées à faire mousser le savon dans son dos. Non, il ne comptait pas la laisser comme ça. Avec la douceur que l'on utilise pour approcher un animal sauvage, la paume du jeune homme remonta le long de la colonne vertébrale immaculée et glissa lentement au creux de son cou, recouvrant la chair abîmée.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Sam 19 Sep - 19:43

Le regard d'ébène suivit le jeune barbu avant que celui-ci ne disparaisse dans la pièce voisine. L'absence soudaine de Lin déclencha une nouvelle tension le long de sa nuque et Vamp s'autorisa une nouvelle fois à creuser la peau souillée de son cou du bout des ongles. Un pli anxieux entre ses sourcils sombres, elle cessa un instant de respirer pour mieux percevoir les bruits qui l'entouraient. Aucun craquement dans les escaliers. Lin ne s'éloignait pas, il était tout près. Si les rides nerveux de son front se lissèrent, la tension qui finissait par brûler les nerfs de sa nuque persistait et elle gratta plus fort l'angle de son épaule.

Le ciel s'enveloppait du crépuscule et il commençait à faire sombre dans la pièce. Un bleu velouté s'étalait sur les murs nus de la chambre et un début de sourire effleura les lèvres pâles. Elle pouvait parfaitement entendre les commerçants fermer boutique et le murmure des conversations assourdi par l'épaisseur du mur, atténué encore par le bruit que faisait Lin dans la pièce voisine. Des petits bruits rassurants qui l'assuraient de la proximité du jeune homme. C'était apaisant.

Par gestes lents, elle déboutonna sa longue chemise tachée d'un rouge sombre. La veine de son cou pulsait à l'endroit de sa peau égratignée par ses ongles, rythmant ses pensées et les éclairs d'images qui s'imposaient. Sa peau était toujours glacée et une bile âcre remonta le long de sa gorge. Elle allait vomir.

Vomir avait toujours été une angoisse infantile pour Vamp. Vomir, c'était son corps qui la trahissait, échappait à sa raison, agitait son corps d'émotions qui se matérialisaient en cette chose immonde. Vomir, c'était lorsqu'elle perdait le contrôle.

Ses paupières blanches se fermèrent pendant que ses poumons se gonflaient d'air. Elle s'accrocha à ces petits bruits rassurants qui lui parvenaient de la pièce voisine et à cette odeur d'homme si sécurisante qui flottait dans la pièce. Le calme revenait. Elle déglutit la boule acide qui irritait sa gorge. Se retrouver isolée dans cette pièce la laissait seule face à son viol.

Ses doigts glacés touchèrent la peau irritée de son cou avant de se poisser. Elle grimaça. Elle avait gratté plus profondément qu'elle ne l'avait pensé. Elle les essuya d'un simple geste sur sa paume avant de retirer ses bottes d'un simple mouvement de talon. Les pans de sa chemise ondulaient paisiblement le long de son corps. La grande brune n'arrivait pas à s'en défaire. Retirer des vêtements maintenant, être nue, c'était se retrouver sciemment vulnérable face à l'extérieur. Et si Isaac n'était pas venu seul ? S'il avait partagé ses soupçons avec quelques uns de ses collègues ? Et s'ils se précipitaient à l'étage pour venir lécher sa peau ?

Un long frisson d'effroi secoua son corps. Sans plus réfléchir, elle se débarrassa du tissu qui la couvrait pour se précipiter dans la pièce où se trouvait Lin. Elle le heurta presque lorsque celui-ci ouvrit la porte de la chambre. Un peu honteuse de sa propre couardise, elle évita son regard noisette avant de le suivre docilement, la tension de sa nuque s'allégeant.

Une tension qui s'évanouit aussitôt lorsque son corps s'immergea dans l'eau. Vamp ferma les yeux. La vapeur chaude remontait pour caresser ses joues sans vie pendant que le liquide brûlant attaquait sa peau glacée. Son corps s'enfermant dans la sécurité de celui du jeune homme. Elle allongea ses longues jambes pour toucher ses pieds des siens pendant qu'une de ses cuisses se blottissait contre celle de Lin. Elle lui laissa son corps entre les mains. Elle le laissa laver sa peau et le laissa purifier ses membres du poison de cette langue étrangère et écœurante.

Dans l'obscurité de ses yeux clos, elle se laissa bercer par les gestes de Lin, par le rythme de sa respiration contre son cou et par les perles d'eau qui venaient s'écraser au côté de leurs deux corps à chacun de ses gestes. Son corps se laissait caresser par cette barbe taquine devenue source de paix, pendant que sa peau blanche scintillait des rigoles d'eau qui ondulaient le long de ses membres élancés.

Vamp perdit la notion du temps. Elle finit par somnoler, en confiance, le visage tourné contre le cou de Lin, dans ce petit creux qui lui assurait une protection fidèle.




Elle boutonnait sa chemise, écoutant d'une oreille distraite Lin remonter ses braies. La nuit avait noyé la chambre d'obscurité et seule la lumière de la bougie qu'ils avaient abandonnée près du bain laissait passer quelques ombres de lumière. Le silence de la nuit répondait à leur propre mutisme. Ils n'avaient pas échangé le moindre mot.

Vamp se sentait bien. Si la chaleur de l'eau avait atténué la douleur sourde de ses côtes, la présence de Lin avait apaisé la brûlure de son cou. Elle avait besoin de lui. Elle leva les yeux pour observer la silhouette à demi-éclairée du jeune homme dont le dos nu venait de disparaître sous le lin de la chemise qu'il passait. C'était un dos large et droit. Un dos qui n'avait pas hésité une seule seconde à se dresser entre elle et le danger. Un dos qui veillait sur elle.

Un sourire étira ses lèvres tièdes, le premier de la soirée. Lin était son homme.

Encore pieds nus, elle s'approcha silencieusement, touchant son bras pour l'inciter à se tourner vers elle. Ses doigts s'enroulèrent autour du lien de sa chemise pour le nouer avec ce petit geste tendre qu'elle adorait lui offrir. Vamp sentait son regard noisette peser sur son front blanc mais elle ne leva pas les yeux, un brin pensive. Le nœud terminé, ses paumes glissèrent le long de son torse, lissant distraitement le tissu. Le cœur de Lin tapait contre ses phalanges blêmes dont la blancheur tranchait dans l'obscurité de la chambre. Elle sentait son torse se gonfler à chaque inspiration et sa chaleur traverser la couche de tissu pour caresser sa peau. Et elle en devinait parfaitement la moindre courbe.

Vamp leva les yeux. Le visage de Lin gardait les traces de son affrontement avec Isaac. Son cou continuait de se colorer, répondant aux hématomes qui couvraient le corps de la jeune femme. Ils étaient tout deux salement amochés.

Une étincelle s'alluma dans son regard. Vamp sourit des yeux avec une tendresse inexpliquée.

Elle vint embrasser ses lèvres avec une délicatesse de jeune fille, sa main tiède s'enroulant autour de la nuque du barbu. Son corps empoisonné se serra contre celui si réconfortant de Lin, pliant sous les mains qui emprisonnaient sa taille. Un simple effleurement de langue et son bras remplaça aussitôt ses doigts contre sa nuque, l'obligeant à se pencher plus franchement sur sa bouche.

Il venait juste de finir de s'habiller. Elle le déshabilla de nouveau, vêtement par vêtement, caressant le moindre centimètre de peau qu'elle dévoilait.

Elle voulait Lin en elle. Elle voulait le protéger à son tour, l'enfermer dans ses bras diaphanes et l'envelopper de son corps.

Ils n'eurent ni la force ni la volonté d'atteindre le lit. Le corps large de Lin l'obligea à s'allonger sur le sol, au pied de la couche, pendant que ses hanches se cambraient vers lui. Dans la semi obscurité de la chambre, elle s'accrocha à ses mèches encore humides, savourant le souffle de Lin dans le creux protecteur de son cou. Dans un frisson de délice, Vamp se pencha, glissant quelques mots murmurés à son oreille, les premiers de la soirée. Ce n'était que douceur et tendresse avec cette certitude de trouver la paix en l'autre.

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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 27 Sep - 12:53

Encore engourdi par le sommeil, Lin se resserra instinctivement contre le dos blanc. Ils n'avaient pas daigné rejoindre le moelleux du matelas et s'étaient endormis au pied de celui-ci, simplement coupés du froid par l'étroit tapis qui couvrait le sol à cet endroit-là. Ils avaient quand même eu l'idée de tirer la couette jusqu'à eux et c'est bien emmitoufflés dessous qu'ils avaient succombé à l'appel de Morphée.

Le jeune homme pressa ses lèvres contre l'épaule immaculée, son nez s'emplissant de l'odeur caractéristique de ce corps. Un mince sourire parvint à se frayer un chemin sur son visage un instant avant qu'il ne se laisse retomber sur le dos, s'étirant dans un bâillement silencieux. La nuit n'avait pas été bien longue, pour diverses raisons. Toutes avaient été suffisamment bonnes pour qu'il ne s'en offusque pas. Et si les cernes sous ses yeux gênaient la clientèle du jour, qu'elle aille se faire voir.

D'un mouvement un peu plus éveillé, il se redressa sur ses coudes, tournant à peine la tête pour regarder la jeune femme à côté de lui. Il n'avait pas la moindre envie de la laisser aujourd'hui. Le traumatisme qu'elle avait subi la veille était un argument suffisamment pour la garder au chaud contre son torse toute la journée. Il fit la moue. C'était surtout une raison suffisante pour qu'il rallie Larson de toute urgence. Il y avait au moins deux choses qu'il pouvait faire pour aider Vamp et le bâtard était une part de chaque. Si elle l'apprenait…

Il finit par s'asseoir à même le sol, la couette tombant à sa taille alors qu'il s'ébouriffait les cheveux pour achever de se réveiller. L'anglais devait trépigner depuis le temps que Lin devait le rejoindre pour mettre à terre la concurrence. Comme il ne comptait pas s'étendre sur son couple et ses péripéties, il n'avait aucune excuse à lui présenter et il savait que ce n'était absolument pas un bon point pour lui. Un léger soupir lui échappa. La journée promettait d'être compliquée.

Il passa sa paume encore tiède le long de la nuque brune et glissa son nez dans les mèches sombres, sa voix rauque du matin s'élevant dans le silence de la pièce.


Vamp … ? Debout jolie brune…

Il embrassa sonorement le creux de son cou et s'extirpa de sous l'épais duvet moelleux. S'il restait à portée de main de la brune, il craignait de ne jamais se lever. Il aurait tout à fait été enclin à la câliner la matinée durant, voire la journée entière et il avait peu de doutes quant à l'inclinaison partagée de la jeune femme. Il fallait qu'il voie Larson.

Nu comme un ver, il contourna le lit pour récupérer ses vêtements, enfilant les étoffes à mesure qu'il parlait, dos à Vamp.


Faut que tu te lèves aussi. J'ai pas envie de te laisser ici et je peux pas rester avec toi aujourd'hui. Va falloir que je t'emmène en lieu sûr.

Il était en train de refermer sa chemise quand il se retourna vers elle, l'air sérieux.

Tu m'indiquerais le chemin vers chez ton oncle ? Je pense que c'est là que tu seras le mieux.

Il lui laissa le temps d'émerger et de se vêtir avant de l'emmener avec lui, prenant soin de s'assurer du vide des rues. Il ne fallait pas qu'ils soient repérés. Surtout pas elle. Une morte vivante, ça risquait de créer quelques problèmes.

Après un trajet relativement silencieux, il la laissa devant le battant de bois sur lequel il venait de frapper trois grands coups.


Je repasse un peu plus tard, te volatilise pas pendant ce temps.

Il lui lança un demi-sourire alors qu'elle se hissait sur la pointe des pieds pour embrasser sans lèvres sans lui faire incliner la nuque. Il n'avait vraiment pas envie de la laisser. Serrant les dents pour garder le cap, il passa une main légère le long de sa joue avant de tourner les talons pour rejoindre son acolyte.

[…]

Ah ben c'pas trop tôt ! T'as fini d'tirer tes coups ? T'es r'venu au score ? Parce qu'j'veux bien êt' patient m'enfin y'a des limites…

Lin leva les yeux au ciel. La finesse anglaise. Il passa son bras dans le dos de son compère pour lui filer une accolade en guise de salutation.

Ca va le bâtard, descends d'un cran tu veux ? On a des choses à voir toi et moi. Il est où le poilu ?

Au son de la voix du barbu, la boule de poils désormais haute comme une chaise déboula dans ses jambes en fouettant l'air de sa queue trop longue pour son corps.

Hé salut mon gros…

Lin s'accroupit pour ébouriffer l'animal affectueusement, du sommet du crâne au bout des lombaires. Un jappement ravi répondit aux mains du barbu et le chiot lança sa langue dans tous les sens pour atteindre le visage plein de barbe.

Ca va, ça va… On se calme.

Il se releva en s'essuyant le visage dans le bras de sa chemise et montra le sol d'un doigt ferme en intimant au chien de s'asseoir. Celui-ci resta un instant debout, la queue battante en regardant le jeune homme d'yeux un peu contrariés. Il voulait qu'on joue avec lui. Pas s'asseoir encore. Pourtant, devant l'air implacable de l'humain, il abdiqua et s'assit. Au moins, il reçut quelques caresses en plus.

- Il sait se méfier des inconnus au moins ?

- J'ai pris c'que j'trouvais et crois-moi qu'c'est pas un ouvert. L'est pas méchant mais il s'méfie d'tout. Une vraie lopette !

- Pour une fois que tu choisis bien…

- J'ai choisi qu'dalle. Y restait c'ui-là au fond. Trop noir, pas assez foufou. T'façon t'en auras pas d'aut', j't'ai dit qu'j'ai arrêté et ç'a même été compliqué pour c'ui-là…

Lin hocha la tête. Peu lui importaient les affaires du bâtard en matière d'import-export. Ce chien était là et il n'en avait pas besoin de plus. S'il était méfiant, c'était encore mieux. Il ne l'avait jamais connu comme tel puisque depuis son arrivée, il l'avait pris comme référent et se jetait sur lui avec un ravissement digne du plus innocent gamin. Mais si Larson le lui affirmait, il pouvait lui faire confiance. Il jeta un coup d'oeil au chiot. Il serait idéal.

Il reporta son attention sur son acolyte, tout attendrissement disparu de ses traits.


Bon, faut qu'on parle de l'attaque maintenant. On va les réduire à néant et vite. T'as pu recruter du monde ?

La conversation qui s'ensuivit fut âpre en négociations. Il fallait qu'ils coordonnent leurs deux points de vue, divergents au possible. Si l'un voulait attaquer avec une masse incalculable d'hommes, l'autre voulait jouer en finesse et n'assurer que les arrières. Il leur fallut une journée entière pour bâtir un plan d'action satisfaisant les deux et leur octroyant de grands chances de réussites à moindres coûts humains.

On fera comme ça. Rassemble les volontaires les plus aptes, je m'occupe des renseignements sur l'intérieur. On se retrouve dans deux jours.

Il attrapa le chien sous le sternum pour le porter d'un bras contre son flanc. Arrivé sur le seuil de la porte, il tourna la tête vers Larson.

Au fait, tu lui fais manger quoi ?

[…]

Une fois le chiot déposé dans la chambre du taudis qui lui servait d'habitation, Lin rallia la maison de l'oncle de Vamp. Il fallait qu'elle passe les deux jours suivants avec l'animal. C'était un minimum.

Une grimace ourla les lèvres du jeune homme en apercevant les yeux délavés qui lui ouvrirent. Cette raclure était toujours là où il n'avait rien à faire. Dans un grondement, il lui demanda le plus poliment possible s'il pouvait récupérer la jeune femme. Le reniflement méprisant qui accompagna le signe de tête conforta Lin dans son idée. Il n'avait aucune raison d'être poli avec cet enfoiré.

Il pénétra sans plus tarder dans la pièce principale, ses yeux tombant sur la brune. Ses traits s'adoucirent sensiblement et il détendit ses épaules. Elle était en train de se goinfrer d'un pot de miel. L'image aurait mérité plus de temps mais il n'en avait pas. Il fallait qu'il la ramène chez lui.


Vamp ? Tu viens ?
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MessageSujet: Re: La Chute...   Mar 6 Oct - 5:32

D'un geste vif, Vamp le retint par le bras. Elle ne voulait pas que Lin s'en aille. Elle ne voulait pas suivre son dos des yeux et le voir disparaître au coin de la rue. Emmitouflée dans un épais col noir ramené sur son front pour masquer au mieux ses traits, elle dégagea le tissu qui l'empêchait de venir goûter ses lèvres. Elle se hissa sur la pointe des pieds avant de fermer les yeux, s'abandonnant à cette douceur matinale. Vamp aurait volontiers réclamé un câlin, un bisou sur le front ou un coup de museau. Elle était anormalement câline ce matin-là et savait que la sensation de picotement dans l'angle de son cou n'y était pas étrangère.

La trace d'Isaac restait imprégnée dans les pores de sa peau et son instinct réclamait l'essence de Lin pour chasser ce poison de ses veines. Elle le regarda pourtant s'éloigner, son regard de hulotte le suivant jusqu'à ce qu'il disparaisse. Quelque chose dans le creux de sa poitrine cogna violemment, un dernier soubresaut d'instinct qui la poussait à suivre Lin.

Vamp n'était pas idiote et elle connaissait très bien le barbu. Il savait prendre soin d'elle et en temps normal les événements antérieures l'aurait poussé à veiller sur elle toute la journée. Mais la mort d'Isaac les précipitait dans l'urgence. Il était impossible de savoir si son ancien équipier avait agi de lui-même ou s'il avait été envoyé par Valentin. Dans le doute, il fallait attaquer cette organisation au plus vite, avant que tout soupçon n'ait pu prendre racine. Elle savait parfaitement où son homme se rendait.

La porte dans son dos s'ouvrit, l'arrachant à ses pensées et à l'omniprésence de Lin. Elle avait à peine franchi le seuil qu'une odeur chaude de gâteaux à la viande l'enveloppa... et qu'une nuée de chatons s'emmêla dans ses jambes.

Le visage de Vamp se ferma aussitôt. Elle exécrait les chats.

Son regard noir remonta sur l'homme au sourire de loup goguenard. Pincée, Vamp se redressa pour le lorgner.


- C'est quoi tout ça ? Si jamais c'est ton idée...

- Ta cabocharde de nièce n'a pas besoin de mon aide. Crois-moi.


Elle le croyait aisément. Vamp grogna et passa le seuil, dégageant le passage d'un ou deux chatons sans trop de ménagement. Elle n'avait pas vu Fenrir depuis plus d'un mois. Ils s'observèrent une longue minute sans bouger dans le silence le plus total. Ils n'avaient pas besoin de longues embrassades. Elle était contente de le voir, il le savait au pli particulier qui ornait le coin de sa bouche.

- Faut apprendre à lui dire non et arrêter de céder à...

- Tu as quoi au front ?


Une légère grimace la trahit. Un réflexe enfantin lui fit tourner la tête mais Fenrir avait déjà emprisonné son menton entre ses doigts. Une légère lutte suivit, où le regard noir se glaça pendant que le bleu délavé l'observait tranquillement. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait plus peur de Vamp.

Des sutures, quelques traces de sang séché, hématomes frais. Elle ne s'était pas simplement ouvert le crâne après avoir heurté une poutre basse.

Fenrir était tout l'opposé de Vamp. Il était de nature bavarde, ouverte et agréable. Il pouvait sympathiser avec presque n'importe qui et les pintes qu'on avait pu lui offrir au bout de quelques minutes seulement de bavardage ne se comptaient plus. C'était lui, ces trois dernières années, qui avait apaisé les escarmouches que Vamp avait de nombreuses fois déclenchées sous l'effet de l'alcool. Et si la colère de la jeune femme se caractérisait par un froid polaire, celle de Fenrir tenait plus d'une fureur bien sanguine. Ce coup de sang n'était pas encore là mais une étincelle brûlante s'alluma dans le fond des yeux délavés.

Vamp tiqua. Elle avait envie de tranquillité, pas d'un sermon. Elle ouvrit la bouche pour faire avorter un début de reproche mais un cri aigu les fit tourner la tête à l'unisson.  Un sourire la trahit.


- Tiotiaaaaa !!

La grande brune se pencha sur la petite blonde pour la prendre dans ses bras, comme d'ordinaire, mais la douloureuse déchirure de ses côtes se réveilla et le mouvement échoua en une simple étreinte. Vamp écouta d'une oreille distraite l'éternel flot de paroles, hochant la tête d'un air entendu pendant que toute son attention se fixait sur la douleur sourde qui répondait aux échos de son rythme cardiaque. Le mal, elle savait l'encaisser. Son orgueil lissait les traits de son visage d'une surface parfaite. Trop parfaite. Fenrir n'était pas dupe.

-... t'es pas très belle aujourd'hui Tiotia hein.

Vamp esquissa un infime sourire. On ne tournait jamais autour du pot dans la famille et la petite dernière était bien l'une des leurs.


La journée s'égrena avec une paresse indolente. Comme à leur habitude, la grande brune grignotait du bout des lèvres, son oncle engloutissait l'équivalent de deux fois son poids en nourriture et Fenrir était confortablement affalé sur sa chaise, occupé à faire rire ses compagnons avec son charme assumé. C'était comme si rien n'avait changé, comme s'ils étaient tout les quatre de nouveau sur les routes.

L'espace de quelques heures, Vamp se laissa bercer par les rires de ses proches, par la chaleur du feu qui ondulait le long de son dos et par l'odeur des cheveux blancs de la petite créature-pot-de-colle qui trônait sur ses genoux. Elle aurait presque pu se détendre et oublier. Pourtant, le manque de Lin grignotait sa patience et sa tranquillité. Les rues n'étaient plus seulement dangereuses pour elle, elles l'étaient aussi pour le jeune barbu. Elle voulait qu'il revienne. Elle voulait le sentir tout près d'elle, juste derrière son épaule.

Au fil des heures, cette absence gangrenait son attention. Et si Lin était finalement tombé entre les mains de Valentin ? Et s'il était déjà mort, loin d'elle, dans un coin puant des bas-fonds ?

Des réflexes la poussaient alors à se précipiter dehors, à courir partout et n'importe où pour le retrouver. Pourtant, son instinct ronronnait tranquillement. Et à défaut d'écouter sa raison, Vamp était toujours très attentive à son instinct. Lin avait montré plus d'une fois qu'il savait se débrouiller seul. Et la scène d'hier lui avait bien prouvé qu'elle n'était pas la femme d'un faible.

Une petite douleur aiguë piqua son mollet. Agacée par cet énième assaut, Vamp agrippa le chaton blanc par la peau du cou et l'éjecta plus loin en apostrophant son oncle d'un sarcasme fleuri sur l'excellente idée d'adopter une chatte pleine.

La nuit commençait à tomber accompagnant les flocons blancs qui étaient réapparus en milieu de journée. Les rues étaient désertes, toutes enveloppées de silence. Anna s'était endormie dans l'un des fauteuils. Incapable de soulever le corps de la petite dans l'escalier pour aller la coucher, Vamp avait laissé son oncle s'en charger. Frileusement enveloppée dans une couverture de laine chaude, elle ne répondait aux exclamations de Fenrir que par ses monosyllabes taciturnes.

Une longue conversation échangée à mi-voix s'engagea lorsque Nikolaï rejoignit la tablée. Vamp leur raconta tout, passant parfois sous silence quelques événements comme les circonstances de la mort d'Isaac. La bouche de Fenrir s'ourla d'un sourire carnassier et satisfait. Il avait abhorré Isaac dés le premier jour.


- J'en viendrais presque à aimer ton pigeon dis moi...

Vamp ne répondit pas mais un petit sourire effleura le coin de ses lèvres.

Les trois années passées auprès de la maladie et l'adoption d'Ania avaient poussé la jeune femme à reconsidérer la fragilité de sa propre vie. Avant de penser au combat qui les attendait Lin et elle, il fallait s'assurer que rien ne viendrait mettre en danger les siens en cas d'échec. Elle savait que, même morte, Valentin se ferait un délice de s'en prendre à eux.

De longues minutes de discussion s’entremêlèrent avant qu'ils ne se mettent d'accord. Son oncle finit par se lever pour se rendre à l'étage et préparer leurs sacs de voyage. Il était prévu qu'ils partent dans quelques heures pour la ville voisine. Fenrir allait s'occuper de Goliath et ils se rejoindraient à l'entrée de la ville bien avant le lever du soleil.

Fenrir qui ne disait plus un mot depuis bien trop longtemps. Son regard bleu continuait d'observer Vamp bien après le départ du géant brun. Imperturbable, Vamp se leva pour chaparder un pot de miel à peine entamé, lui tournant le dos.

- Si tu as quelque chose à dire...

Elle ne finit pas sa phrase. Elle savait qu'il allait finir par craquer. Il y avait toujours cette petite étincelle de fureur dans ses yeux bleus. Et la jeune femme le connaissait assez pour savoir que cette petite lueur ne s'éteindrait pas tant que son ami n'aurait pas cédé à la colère.

- J'ai quelque chose à dire.

- Tu as toujours quelque chose à dire.

- Retire ta chemise.

- Non.

- Vamp.

- Non.


Elle ne leur avait pas raconté en détails les événements de la nuit antérieure. Ils savaient juste que Lin avait tué Isaac. Ils n'étaient au courant ni de l'accident ni de l'attaque personnelle de son ancien acolyte.

Sans plus d'explication, elle lui passa devant pour aller s'affaler auprès du feu, pot de miel sous le bras. Il la prit par surprise. Une très courte lutte plus tard et quelques jurons salés, Vamp se retrouvait acculée entre la porte et le mur, les côtes dévoilées, la colère de Fenrir prête à éclater.

- Tu te fiches de moi... Vamp, dis-moi que tu te fous de moi !

- Une femme comme moi n'a pas à répondre à un pouilleux d'écurie comme toi.

- Range tes grands airs de duchesse. Il est hors de question que tu ailles te battre.

- Volk, tu tiens vraiment à t'engager dans cette conversation ?

- T'es à peine capable de soulever Ania !


Un regard noir tranquille lui répondit. Il cligna des yeux. Non, il ne gagnerait pas. Il connaissait parfaitement cette expression. Il fallait trouver autre chose, et aussi irritante que l'idée soit, il avait besoin de Lin.

Un sourire éclatant répondit à la jeune femme. Il allait gagner. Un pli suspicieux plissa le front de Vamp. Elle aussi connaissait cette expression.



Elle s'était installée dans le fauteuil il y avait de cela une vingtaine de minutes lorsque Lin entra dans la pièce. Elle était bien au chaud sous une couverture, un pot de miel ouvert à ses côtés et plus aucun chaton ne se risquait vers elle.

Il était temps que Lin revienne. Même si son instinct l'avait rassurée sur les capacités physiques de son homme, les cauchemars qui la hantaient encore parfois la nuit s'étaient peu à peu réveillés à son inconscient. La peur restait présente malgré la logique. Si Lin disparaissait, elle ne s'en remettrait jamais.

Aussi l'entrée du jeune homme eut-elle un effet immédiat. Il avait à peine fait trois pas dans la pièce que Vamp était déjà debout et venait vers lui.


- T'as mis plein d'temps ! J'ai eu peur Lin.

Elle ne lui donna pas l'occasion de répondre, ses bras chauds venaient déjà enlacer sa taille et ses lèvres vinrent se perdre de longues secondes sur les siennes. Les flocons de neige tachaient la veste du jeune homme à mesure qu'ils fondaient et Vamp se resserra contre lui pour partager sa propre chaleur et le réchauffer.

- C'est bien mignon tous ces câlins... J'peux me joindre à vous ?

Fenrir amorça un mouvement innocent vers eux, les yeux brillants. La jeune brune appuya douillettement sa joue contre l'épaule de son homme, orgueilleuse et provocatrice. Elle avait parfaitement senti les bras de Lin se raidir.

- Tu y tiens vraiment ? Il mord dur pour un pigeon tu sais.

- Oh mais je n'en doute pas...


Un nouveau sourire éclatant accompagna un regard bleu goguenard. Ce fut au tour de Vamp de se raidir. Quelque chose clochait.

Fenrir s'appuya contre le chambranle de la porte, les bras négligemment croisés sur son torse avec l'assurance d'un homme qui sent venir son petit effet et le savoure. Son regard ignorait Vamp pour se concentrer sur le barbu.


- Peut-être te montrera t-il les crocs quand il apprendra que tu es bien décidée à aller te battre...

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MessageSujet: Re: La Chute...   Lun 12 Oct - 16:52

Si la tête de cet enfoiré avait hérissé les poils de ses bras jusqu'à la base de sa nuque. les mains qu'il sentit glisser sur lui jusqu'à entourer sa taille aplatirent les phanères aussi sûrement qu'une charrette dans un champ de blé. Il eut à peine le temps de poser les yeux sur le visage blanc que ses lèvres lui transmettaient sa proximité bien mieux que ses pupilles. Un léger sourire les étira.

Ce contact-là, précédé de ses mots, avait un effet immédiat sur le jeune homme. Il aimait qu'elle le touche et il aimait encore plus qu'elle s'avère gourmande. Elle répondait à ses envies avant même qu'il les perçoive. Cette complicité tacite l'apaisait mieux que le plus long discours et il passa un bras possessif sur les épaules de la jeune femme dans un mouvement nonchalant. Elle était à lui et il comptait le statuer aux yeux de cet empaffé beaucoup trop proche. Il ne dérogerait pas sur cette union.

Son nez glissa le long de sa tempe jusqu'à l'angle de son front où il déposa un simple baiser en resserrant la brune contre lui. Un peu plus serein qu'à son entrée, il tourna les yeux vers Fenrir, assuré par le contact étroit de Vamp contre son corps.


Je te déconseille de faire un pas de plus.

Il n'avait pas pu empêcher ses muscles de se tendre en le voyant amorcer un pas vers eux. Il n'avait pas la moindre envie que ce moment de douceur soit interrompu pour la simple volonté narquoise de ce petit con. La journée avait été harassante pour Lin et il n'aspirait qu'à s'étendre de tout son long, la tête posée sur le ventre de sa compagne et fermer les yeux pour la laisser jouer avec ses cheveux et son visage. Il inspira longuement à ses idées irréalistes pour le moment et passa le bout de son nez dans les mèches brunes qui narguaient son menton. Il avait furieusement envie d'être seul avec elle.

Pourtant, la voix du cabochard atteignit ses tympans sans aucune déformation. Les mots mirent un temps avant d'être compris par le jeune homme, temps pendant lequel il resta immobile contre Vamp, seuls ses sourcils se fronçant. Que venait-il de dire ?

Il tourna vivement le visage vers l'émetteur du message, les traits tirés dans une moue réprobatrice.


Décidée à aller se battre ?

Son regard changea d'orientation et percuta le visage blanc dont il venait de s'éloigner d'un pas.

C'est quoi ces conneries ?

Au fur et à mesure que l'idée s'imposait à son esprit, sa mâchoire se serrait autant que ses poings et la tension de sa nuque aplanissait l'angle de ses épaules.

J'espère que c'est une blague idiote entre vous… Tu ne viens absolument pas te battre avec nous. Et tu le sais.

Implacable, son regard soutenait le faisceau noir avec une détermination qu'elle n'aurait pas reniée. Non, il n'était pas décidé à abdiquer. Elle ne prendrait pas part au combat.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Mar 13 Oct - 3:50

C'était donc ça, la fameuse tactique de ce cabot insolent ? Vamp se détendit avant de se resserrer douillettement contre le corps protecteur de son homme. Ca ne marcherait jamais. Jamais Lin n'écouterait Fenrir. Jamais Lin n'accorderait la moindre attention à ce qu'il pouvait dire.

Pourtant, son corps échappa à son étreinte. La jeune femme haussa les sourcils, de l'interrogation dans le regard alors qu'elle levait les yeux sur le barbu. La courbe de ses épaules et la contraction de sa mâchoire l'alertèrent bien plus efficacement que ses paroles. Vamp grimaça. A croire que Fenrir connaissait Lin mieux qu'elle...

La grande brune glissa ses mains dans ses poches avec lenteur, répondant à la tension du barbu par un regard tranquille. Son front était lisse de toute colère et sa posture détendue.

Un pli satisfait se dessina au coin des lèvres de Fenrir. Le tableau méritait attention. Ce grand empaffé raidit par un début de colère et une autorité qu'il s'imaginait avoir sur Vamp face à l'assurance tranquille et au regard paisible de son amie. Elle était aussi détendue qu'il était raide. Ces deux-là s'accordaient plutôt bien finalement.

Les mains dans les poches, seuls les avants-bras laiteux de la jeune brune étaient visibles, ses manches bouffantes remontées au-dessus du coude. Débarrassée de leurs éternelles bottes, ses pieds nus lui faisaient perdre quelques centimètres sur la grande taille de Lin, une perte qu'elle compensait par la confiance et la parfaite maîtrise qui se dégageaient d'elle.

L'autorité de Lin ne la fit pas même ciller.


- Je le savais, oui. Mais c'était avant qu'on vienne me lécher le cou.

- On t'a quoi ?!


Le sourire satisfait de Fenrir s'évanouit. Cette peste orgueilleuse ne leur avait pas tout raconté. Et ce pouilleux barbu en savait visiblement plus que lui. Hérissé, il amorça un mouvement pour se détacher de l'encadrement de la porte mais une infime étincelle de raison l'arrêta. Ce n'était pas à lui de la mettre en colère. Il fallait que ce soit Lin qui déclenche le froid boréal qui glacerait ses yeux. Il savait qu'une confrontation avec le barbu serait bien plus efficace sur sa conscience de femme bornée qu'avec lui. Seule une vraie dispute avec Lin pourrait la faire changer d'avis et la dissuader d'aller se battre.

Vamp lui jeta un bref coup d'oeil avant de se reconcentrer sur l'homme qui la dominait. Elle n'avait pas envie d'argumenter des heures, sa décision était déjà prise et elle n'avait besoin de la permission de personne.


- Tu as tué Isaac. Moi, je n'ai pas eu ma vengeance. Je ne reste pas à la maison en te laissant Valentin pour toi tout seul. « Et tu le sais ».

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MessageSujet: Re: La Chute...   Mar 13 Oct - 15:08

Les dents de Lin se poussaient avec hargne dans une lutte verticale qui agitait les muscles de ses mâchoires sous sa peau barbue. Il n'y croyait pas. Ils avaient discuté de la chose quand elle était chez lui, il s'était entretenu avec Larson et il lui avait dit ce qu'il en retournait. Elle avait même hoché la tête. Elle était au courant du plan et il n'était pas nécessaire de le changer. Surtout vu ce qui était arrivé depuis.

L'air parvenait à ses poumons en grandes salves à mesure qu'il essayait de l'engloutir pour rester calme. Après tout, il n'avait absolument pas envie d'entrer en conflit avec la brune à ce moment-là. Il voulait se retrancher chez lui avec elle, lui faire découvrir sa nouvelle bestiole et l'avoir pour lui les deux jours à venir. D'autant plus que s'il voulait qu'elle coopère, il ne fallait pas qu'il la braque. Prenant sur lui pour moduler le ton de sa voix, il desserra enfin les lèvres, le regard resté sec.


Je ne serai pas tout seul. J'ai une équipe bien préparée qui n'attend que ça depuis un bon moment. Tout est en place et chaque personne a son rôle. Tu ne pourrais pas t'insérer là-dedans.

Il roula des épaules pour essayer d'abaisser la tension qui grimpait à mesure qu'il évoquait la situation, plus concentré qu'il n'aurait cru l'être sur la question. La présence parasite de Fenrir accentuait les noeuds dans ses trapèzes et il sentait qu'au moindre impact, il déraperait. Surtout, ne pas détourner le regard.

Tu n'as pas seulement subi cette langue. Tu as aussi des côtes fêlées. Tu es inapte au combat. Purement et simplement physiquement hors-jeu .

La rudesse de ses mots augmentait à mesure qu'il s'avançait dans le refus. Il n'avait pas l'intention de lui laisser la moindre possibilité de contourner ses arguments et il tentait de la décourager par la masse d'éléments la défendant de venir se battre. Quitte à la piquer un peu.

Et puis… Tu n'as pas tous tes moyens. Ce fils de pute t'a suffisamment ébranlée pour amoindrir ton attention. Au moindre souvenir, tu seras désorientée. Tu vas te faire empaler par manque d'attention. Je refuse d'assister à ça.

Son regard avait à peine faibli alors qu'il évoquait l'idée. Il ne refusait pas simplement. Il ne pourrait pas le tolérer. Si elle mourait à ses côtés, dans une stupide bataille, il ne s'en remettrait pas. Il la voulait en sécurité. Donc loin du terrain.

Donc tu ne viens pas. Sujet clos.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Mer 14 Oct - 5:31

Fenrir jeta un œil prudent au barbu. Il y allait fort. Même lui n'aurait jamais osé parler à Vamp en ces termes. Si la jeune femme était d'une nature froide et tranquille, certaines étincelles l'enflammaient immanquablement. Et il aurait parié que Lin venait d'embraser une catastrophe.

Le regard délavé se tourna vers la haute silhouette élancée. Elle s'était raidie, étirée. Lin avait vraiment frappé fort.


- Il a pas tort. Vamp, tu sais très bien qu'il...

- Toi... tu la fermes.


Ses membres, si chauds quelques secondes plus tôt, étaient glacés. Ses doigts longs et fins s'étaient extraits de la chaleur de ses poches à mesure que son corps se redressait face à l'insulte. Si son visage restait lisse de toute émotion, l'orgueil blessé allumait son regard d'un éclat froid et tranchant. La température de son corps chuta de quelques degrés et ses yeux avaient cessé de ciller, plongés dans ceux du jeune homme.

Jamais il n'avait été aussi insultant envers elle. Jamais il n'avait montré aussi peu de confiance en ses capacités et jamais il n'avait autant outrepassé ses droits sur sa personne. Un petit rappel s'imposait.


- Tu parles trop Lin.

Les pommettes aussi lisses que le marbre blanc, elle redressa le menton d'un petit mouvement impérieux. Il oubliait à qui il s'adressait. Il oubliait qu'on ne lui donnait pas d'ordre. Et puis, elle n'avait jamais aimé qu'on lui dise « non ».

- Le sujet est loin d'être clos.

Raide, Vamp s'avança d'un pas vers lui, s'approchant tout près, assez pour que l'odeur de Lin puisse l'envelopper. Parfaitement longiligne, son corps toisait celui du jeune barbu avec assurance et insolence. Un demi bras à peine les séparait. Elle n'était pas encore hors d'elle et était tout à fait capable de remarquer à quel point son homme était imposant et séduisant.

Son regard planté dans les yeux noisette, elle inclina légèrement la tête sur le côté d'un mouvement de fausse interrogation.


- Veux-tu que nous sortions, que je te montre ô combien inapte et désorientée je suis... ?

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MessageSujet: Re: La Chute...   Sam 17 Oct - 9:47

L'assurance qui maintenait le dos de Vamp aussi droit rappelait à Lin qu'il n'était pas sous le charme d'une pouilleuse. L'insolence qui suintait de ses pores et le tranchant de son regard éveillait une chaleur au creux de son ventre qu'il ne lui aurait avouée pour rien au monde. Elle exerçait sur lui une attraction que sa froideur hautaine décuplait. C'était aussi paradoxal qu'ennivrant.

Elle le toisait avec une autorité qu'elle n'aurait pas dû avoir au vu des circonstances  et le barbu trouvait ça charmant. A l'écouter, il avait la sensation d'un ego piqué qui se rebellait pour faire valoir ses droits. Elle n'était jamais aussi séduisante que lorsqu'elle asseyait l'estime à laquelle elle prétendait. Un léger sourire filtra au creux des iris noisette mais il n'atteignit pas ses lèvres.

La jeune femme était en train d'essayer de le faire grogner, voire gronder. Chaque mot était empreint d'une pique palpable destinée à lui piquer les chairs. La tension dans ses épaules était trop visible et elle devait se douter que s'il dérapait, elle finirait par gagner la partie. Il n'en était pas question.

Il força ses épaules à se détendre dans un effort mesurable et perdit ostensiblement quelques millimètres. Il n'avait pas besoin de prendre l'ascendant sur elle, seule son intransigeance devrait suffire. Calme, il desserra à nouveau les mâchoires, ses mots presque narquois alors qu'il inclinait le visage dans une mimétique parfaitement inverse au mouvement de la jeune femme.


Que nous sortions ? Pourquoi pas ?

L'ébauche de sourire qui effleura le coin de ses lèvres trahit un court instant l'effet qu'elle pouvait avoir sur lui. Mais il ne fallait pas qu'il lui en laisse la moindre brèche. Elle était bien trop maligne pour passer à côté de ce qui saurait le déstabiliser.

D'un coup d'oeil, il nota que Fenrir était toujours aussi proche et aussi attentif à ce qui se tramait entre eux. Ce qui n'était pas pour satisfaire Lin. D'un pas, il réduisit à néant l'espace qui le séparait de Vamp , menant sa bouche à son oreille avec simplicité, un ton plus bas pour échapper aux tympans de l'ami indésirable.


Mais j'aurais peur de te montrer que tout effort physique t'épuise bien plus que tu ne le penses…

La pseudo-menace était claire. Si elle sortait d'ici avec lui, il n'hésiterait pas à la coincer contre le mur. Ce qui serait sans aucun doute à son désavantage.

D'un mouvement mesuré, il mena une main à son cou, immisçant un doigt entre le tissu de son col et l'épiderme blanc, l'effleurant du bout de l'ongle.

Je ne doute pas de ta détermination, sache-le.

Il relâcha à peine la contraction de son bras pour poser sa paume contre les côtes meurtries, les recouvrant sans leur peser.

Mais je sais que ça, ne tiendra pas.

Sa main se perdit dans un mouvement leste contre sa hanche alors qu'il expulsait quelques mots à peine audible.

Je tiens à te garder vivante.

Il s'éloigna aussi simplement qu'il s'était avancé et plongea ses mains au creux de ses poches pour marquer physiquement sa sortie du débat. Pour lui, tout était dit. Elle ne viendrait pas.

T'as des affaires à prendre ? Je te séquestre les jours à venir.

Le ton était beaucoup plus léger, pour essayer de faire passer l'ensemble et dévier la conversation. Avec un peu de chance, l'autre imbécile jouerait le jeu et Vamp serait face à un bloc incontournable. Avec un peu de chance.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 18 Oct - 15:42

Les grands yeux sombres fixaient le jeune barbu avec une profondeur que la plus veloutée des nuits pouvait envier. Vamp n'avait pas amorcé le moindre mouvement de colère ou d'abdication. Son orgueil faisait fidèlement face aux lèvres lisses de Lin et à son cruel regard noisette. Une douce chaleur réconfortante se glissa dans le creux de son ventre. Elle adorait qu'il pose ses mains sur elle. Et elle adorait avoir son entière attention.

Pire, il était irrésistible lorsqu'il tentait de la séduire. Et il la connaissait à la perfection...

La tête toujours inclinée sur le côté, Vamp se pinça délicatement les lèvres, comme si elle pesait le pour et le contre. Il n'y avait absolument rien à peser, mais elle aimait l'idée que les deux hommes attendent sa réponse et sa réaction.

Il était à un pas d'elle, ses larges mains tranquillement enfoncées dans ses poches avec une nonchalance et une désinvolture de gamin des rues. C'était terriblement craquant. Le regard de Vamp s'adoucit. Ses yeux sombres se baissèrent alors qu'elle faisait un pas vers lui, ses longs cils noirs les couvrant de leur protection.

Elle vint tout contre lui, ses doigts fins remontant le long du torse de son homme avec une possessivité de femme amoureuse avant de le recouvrir de ses paumes froides. Il y avait trop de couches de tissu entre elle et lui. Ca n'allait pas du tout.  Son corps vint se serrer avec insistance contre le sien pendant qu'elle se hissait sur la pointe des pieds, ses doigts remontant au col de sa veste pour le tirer un peu plus vers elle.

Elle voulait ses lèvres.

Délicatement, son nez glissa contre celui du barbu en une douce invitation câline jusqu'à ce que les lèvres de Lin s'entrouvrent à sa demande.

La grande brune sourit. Pas d'un sourire grisé d'amoureuse, mais d'un sourire magnifique, triomphant et un brin supérieur. Elle glissa un simple chuchotement entre ces lèvres entrouvertes.


- Bien essayé...


Elle recula légèrement la tête pour le regarder dans les yeux, son sourire victorieux toujours dessiné sur ses lèvres et les pommettes rieuses. Vamp était magnifique, sûre d'elle, amusée et assurée. Une étincelle de malice dans le regard, elle se pencha sous le ton d'un aveu parfaitement factice.

-... mais il va falloir trouver mieux chéri...

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MessageSujet: Re: La Chute...   Mer 21 Oct - 9:57

Le corps de la jeune femme  était arqué contre le sien avec une insistance qui n'échappait pas au barbu. Ses mains étaient crochetées à son col avec assurance et une pointe de possessivité qui ne manqua pas de relever le coin des lèvres de Lin en une esquisse de sourire avorté. Cette blafarde était décidément très attirante. A peu près autant qu'insolente.

Les mots qui résonnèrent aux oreilles du jeune homme eurent tôt fait d'être analysés par sa cervelle. Elle se pensait visiblement très maligne et très en contrôle de la situation. Mais c'était sans compter la détermination du barbu, fortement ancrée dans ses tripes.

D'un mouvement ferme, il enlaça la taille de son amante d'un bras, l'autre remontant son dos pour se loger tout le long de sa colonne vertébrale. La main qui ne ceignait pas sa hanche s'appropria sa nuque dans une étreinte quasi totale. Elle était emprisonnée dans les bras de Lin aussi assurément qu'elle pensait avoir gagné la bataille.

Un mince sourire filtra cette fois sur la bouche du jeune homme, laissant entrevoir le bout de ses dents, ses canines découvertes lui donnant des airs de prédateur satisfait. Ainsi encerclée, elle ne pourrait pas se soustraire à lui. Les traits de son visage trahissaient une mutinerie espiègle qui agaçait la gaminerie de Lin. Quand il s'agissait de jouer avec elle, il n'était pas le dernier. Et il ne s'en priva pas.

Ses lèvres cruellement frustrées quelques instants plus tôt s'emparèrent de celles de la jeune femme sans lui demander son avis. Elle ne pouvait pas décemment s'appuyer contre lui comme elle le faisait et lui refuser sa bouche. Que son imbécile d'ami soit juste à côté ne dérangeait nullement le barbu. Il avait soif du goût de sa langue et il ne comptait pas s'en priver pour la confort d'un idiot. Aussi l'embrassa-t-il avec un soin désinhibé, n'écoutant que l'impulsion de son corps envers celui qu'il tenait entre ses bras.

Il lui fallut une bonne moitié de minute pour concevoir de lui laisser le champ libre pour respirer et encore une autre pour admettre de desserrer légèrement l'emprise qu'il avait sur elle. Si les circonstances avaient été différentes, il n'aurait sans doute pas abdiqué. Malheureusement, l'urgence était bien ailleurs. Il n'y avait pas de table à proximité et le mur était occupé par Fenrir. Il devrait attendre de l'avoir ramenée chez lui.

Il resta cependant suffisamment proche d'elle pour que sa voix basse lui parvienne sans passer par les tympans de l'empaffé un peu plus loin. Son sourire triomphant ne dut pas lui échapper non plus.


Parce que tu crois que j'essaie ?

Il secoua lentement la tête, faussement déçu qu'elle ait pu imaginer que ce ne soit qu'une tentative.

Tu es bien naïve…

Il passa la pulpe de son pouce le long de sa lèvre supérieure comme pour s'excuser de la trace qu'il y avait laissée, s'attardant à l'angle de sa bouche, un instant absorbé par cette chair si fine et si proche.

Pourtant, les pupilles qu'il releva sur les siennes étaient vives et le sourire qu'il arborait aux coins des lèvres parfaitement maîtrisé.


Je ne te propose rien. Je t'informe...

Il laissa retomber son bras le long de son corps et afficha un air clairement triomphant, à la frontière du narquois.

... mon amour.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 25 Oct - 17:37

Un nœud dans le ventre, Vamp le regardait avec de grands yeux bien ouverts, les lèvres encore entrouvertes et humides. Elle n'était plus dans le jeu. Elle était dans le désir pur et simple, la soif de l'avoir nu pour elle, l'envie de l'avoir brûlant entre ses bras blancs. Un mur, un lit ou le sol, qu'importait. Elle était profondément folle amoureuse de cet homme, de son petit sourire malicieux et de l'assurance avec laquelle il s'appropriait sa taille.

Jamais elle n'accepterait de le laisser aller seul au devant du danger. Jamais. Jamais elle ne pourrait l'abandonner lors de la confrontation ultime avec Valentin. C'était beaucoup trop dangereux. Ils avaient besoin l'un de l'autre, les événements antérieurs l'avaient assez prouvé. Ce n'était absolument pas le bon moment pour se séparer de nouveau.

Contre toute attente, la gorge de Vamp se noua pendant qu'une lueur de panique s'alluma dans son regard. Ce n'était pas seulement une question d'orgueil. Elle avait peur. Peur de laisser Lin s'en aller, passer la porte et ne plus jamais le revoir s'approcher d'elle. C'était au-delà de ses forces, bien plus loin que la simple douleur physique de ses côtes. La mort de Lin lui apporterai une décrépitude lente, une infection de chacun de ses organes qui suppurerait la moindre veine, le moindre vaisseau sanguin. Elle n'en serait pas seulement morte, elle en agoniserait pendant des semaines.

Elle était là, la peur de le perdre, dominant la simple souffrance physique et l'orgueil tatillon de la grande brune. Même la vengeance passait au second plan.

Le nœud d'envie dans le creux de son ventre se transforma en nœud d'angoisse. Le corps de Vamp n'était ni chaud ou froid, il devint moite. Une moiteur collante et maladive. Ses lèvres se refermèrent en un pincement nerveux, l'empêchant de lui hurler qu'elle ne voulait pas qu'il parte se battre sans elle.

Le jeu se transformait en cauchemar.


- Lin je t'en prie, s'il te plaît, ne...

Un cri de surexcitation derrière elle brisa sa voix qui chancelait comme une boiteuse. La petite aux cheveux blancs se précipita dans les jambes du barbu, coupant net le début suppliant qui s'échappait des lèvres pâles. Vamp se mordit l'intérieur de la lèvre, son sang froid tentant désespérément de reprendre le contrôle sur les battements de son cœur et sur l'angoisse qui les nourrissait. Elle essuya ses mains moites sur ses cuisses en un geste discret pendant que son regard se tourna vers la seule personne qui pouvait l'aider. Fenrir.

Anna accorda au barbu un sourire flamboyant. Elle était tout aussi méfiante et réservée que son aînée mais avait une spontanéité d'enfant qui la rendait bien plus impulsive. Et elle adorait les invités inattendus. Son oncle l'avait réveillée tout en douceur en lui expliquant très clairement la situation. Sans rechigner, elle s'était levée et vêtue avec une docilité de louveteau ensommeillé. Les trois voix au bas de l'escalier l'avait bien réveillée. Sans la moindre gêne, elle accapara toute l'attention de Lin en lui racontant sans détour son dernier rêve où il était question de renard, de loup et de Baba Yaga.


- … mais en vrai j'me suis pas laissée faire hein, faut pas avoir peur des vieilles personnes, même si elles sentent bizarre...

Un pas beaucoup plus pesant et pénible pour les marches de bois craqua à sa suite, annonçant une masse hirsute et visiblement de mauvaise humeur. La masse en question râla quelque chose de plus ou moins dialectique et intelligible, portant sacs et couvertures, avant de leur passer devant sans douceur, bousculant Lin et Fenrir au passage sans la moindre gêne. Nikolaï n'avait jamais été du soir. Encore moins pour aller affronter froid et neige à l'improviste au beau milieu de la nuit.

Fenrir ne put s'en empêcher. Il connaissait ce regard et cette expression. Ses propres yeux s'écarquillèrent de surprise. Il avait eu tout faux. Ce n'était pas seulement par orgueil que Vamp s'obstinait. Elle avait peur, elle paniquait.

Quel idiot il était. Il avait analysé la situation en fonction de la Vamp qu'il connaissait sans prendre en compte un facteur essentiel : Lin. C'était pourtant évident. Il en avait été témoin, pendant trois ans, de l'effet dévastateur sur la santé physique et mentale de la jeune femme. Lin passait avant sa raison et sa fierté. Son regard clair étudia une fraction de seconde l'homme barbu. Peut-être qu'un jour, il comprendrait... ?

Il se sentit flancher. Elle lui demandait de l'aide et lui ne pouvait la lui refuser. Il avait plus qu'une dette envers la jeune femme, indépendamment du fait qu'il aurait fait absolument tout pour elle.

Vamp toucha l'épaule maigrelette de sa nièce tout en la poussant doucement dans le sillage laissé par leur oncle.


- Et si tu nous racontais tout ça en chemin, mmh ?

- J'peux emmener mes chats ?

- Hors de question.

- Mais...

- Non.


Les deux regards noirs se croisèrent de longues secondes, le plus jeune calculant s'il y avait une faille dans celui qu'il rencontrait. Il n'y en avait pas. Ania enfonça ses mains dans ses poches avec une désinvolture et une soumission qui n'auraient leurré personne dans la pièce.

- D'accord Tiotia. J'vais aller aider Diadia.

Un infime plissement au coin des yeux, Vamp la suivit du regard, absorbée comme un félin attentif au plus petit mouvement qui trahirait quelque chose. La petite disparut derrière la carrure de Fenrir. Elle avait accepté bien trop rapidement. Pire, c'était exactement la même intonation sur laquelle elle-même avait articulé ses « d'accord » lorsque son père lui interdisait quelque chose. La généalogie ne mentait jamais.

- L'arc, Vamp.

Léger froncement de sourcils sombres. La jeune brune se redressa, ses longs cils noirs se relevant pour regarder l'homme en face.

- Je ne suis pas sûre de comprendre.

Il se gratta l'arrière de l'oreille avec une finesse toute canine, son regard remontant sur celui noisette du barbu. Cet enfoiré était plus grand que lui.

- Vamp est une excellente archère. Elle a ça dans l'sang, c'est indéniable. Poste-la à bonne distance, dans l'ombre ou en hauteur. Elle régulera le flot de ceux qui chercheront à pénétrer dans le bâtiment pendant que vous y serez. Ça limitera les potentiels renforts entrants ou vous empêchera d'être trop submergé en nombre. Et elle, elle sera loin du cœur de l'attaque, loin de tout danger donc. Et en ce qui te concerne toi...


Le regard bleu tranquille heurta calmement les iris sombres qui le fixaient.

- … c'est ta seule chance de le protéger correctement au vu de ton état physique actuel. Et tu le sais.

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MessageSujet: Re: La Chute...   Sam 31 Oct - 10:35

Le barbu grogna malgré lui en sentant la petite main agripper le tissu de sa chemise pour tirer dessus. Il n'avait pas l'habitude des familiarités de ce genre et n'acceptait que moyennement les interruptions lorsqu'il était en train de parler affaires. Son regard quitta le visage blafard qui l'intriguait sous les émotions qu'il exposait et se tourna vers son homologue modèle réduit, un sourcil froncé.

Cette gamine avait une assurance qui frôlait le manque d'éducation. Déjà la première fois qu'il l'avait rencontrée, elle s'était montrée d'un aplomb à faire pâlir son acolyte anglais. Il n'aurait sans doute pas réussi à la faire flancher avec ses airs de chien battu qu'il dégainait à tour de bras. Mais plus qu'à ce toupet, Lin était exposé à sa voix d'enfant. Particulièrement haute.

Profitant des confidences enfantines, il s'accroupit face à la jeune fille comme pour mieux l'écouter et posa son index sur les deux fins traits se mouvant frénétiquement sous un récit qu'ils peinaient à suivre.


Tcht, tcht, tcht.

Les grands yeux noirs arrondis qui lui répondirent avec un outrage et une surprise digne de la lignée vampesque amusèrent le jeune homme un instant. Elle saurait sans aucun doute comme mener ses futurs prétendants à la baguette. Malheureusement pour elle, il avait une expérience en la matière qui ne lui laissait aucune chance sur lui. Même si sa laiteuse tête d'ange l'inclinait à l'indulgence, il articula quelques mots à voix basse, sur un ton complice.

N'en divulgue pas trop d'un coup. Du mystère fillette, du mystère…

Il se releva sans lui laisser le temps de s'indigner d'avoir été interrompue et porta sur elle un regard entendu. C'était évidemment un conseil d'adulte pour son bien. Une astuce venue des profondeurs de son expérience incommensurable. Un conseil qui valait de l'or en somme. Et qu'il n'avait donné qu'à elle ! Autant d'idées positives qu'il lui lançait dans un seul regard. Si avec ça, elle n'avait pas suffisamment pour se taire, il acceptait de changer de nom.

Il était encore en train de hocher lentement la tête pour l'assurer de la connivence qui les unissait par cette révélation hors-norme quand la carrure du nordique vint interrompre le contact visuel. Il était d'un massif. Lin ne put s'empêcher de relever légèrement les yeux pour regarder passer le visage bonhomme et esquissa un sourire. Il passait dans un grognement qui parvint parfaitement aux oreilles du barbu. C'était donc que la petite s'était tue. Le regard satisfait qui retomba sur le visage blanc de l'enfant décela ce qu'il avait espéré. Elle le jaugeait pour déterminer dans quelle mesure elle pouvait faire confiance à ce qu'il racontait. La puissance des gènes.

Profitant de la silencieuse réflexion enfantine, Lin reporta son attention sur le visage de Vamp. Quelque chose clochait. Elle avait laissé filtré une émotion palpable au creux de ses iris et l'avorton de supplique qui avait passé ses lèvres déstabilisait le jeune homme. Depuis quand exprimait-elle une peur aussi flagrante ?

Il scrutait ses traits avec attention, hermétique à ce qui se déroulait autour de lui. Il n'eut même pas l'idée de se réjouir en voyant la petite partir dans le sillon de son oncle sans demander son reste. La jeune brune était sujette à ce qui ressemblait à de l'angoisse et le barbu s'interrogeait. Elle ne paniquait jamais. Quelque chose clochait. Vraiment.

Ce furent les mots de Fenrir qui le sortirent de son inspection minutieuse. Une histoire d'arc qui mit un temps avant de heurter la conscience du jeune homme.


A l'arc ?

Il se réintégra plus assurément et porta un regard incisif sur l'ami à rouflaquettes de Vamp. Cet enfoiré n'avait aucunement la confiance de Lin. Il ne l'aurait sans doute jamais. Mais l'idée qu'il exposait était loin d'être stupide. S'il disait vrai, la brune pourrait participer sans se mettre en danger. Il serait sûr qu'elle n'essaierait pas de contourner bêtement son interdiction pour venir se faire égorger dans la mêlée. Et il se pourrait même qu'elle devienne un point stratégique. Il allait falloir qu'il ajuste le plan qu'ils avaient mis en place avec Larson mais ce n'était qu'un détail. Un détail aisé à ajouter.

Les iris marrons fixèrent le visage de Fenrir sans aucune aménité encore de longues secondes, comme pour estimer le crédit qu'il lui donnerait. Au vu des circonstances, il n'avait aucune raison de se jeter sur lui maintenant. Et cette raclure avait potentiellement épargné de lourds ennuis à Vamp et donc, à lui. Un plissement d'yeux incertains ponctua cette longue inspection avant qu'il ne finisse par détourner le regard vers Vamp.

Il était temps qu'il la ramène chez lui. Qu'il apprenne tout ce qu'il avait à savoir et qu'il la convainque de suivre l'idée de son empaffé d'ami. Et connaissant la méfiance de la brune, il ne fallait pas qu'il traîne. Il hocha à peine la tête avant d'élever la voix.


On va étudier ça. Je rentre. Tu viens ?
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MessageSujet: Re: La Chute...   Ven 6 Nov - 17:27

Le regard sombre évaluait Fenrir sans ciller avec le sérieux d'un oiseau de nuit. L'arc. Cela pouvait être une bonne idée. Pourtant, un détail l’empêchait d’acquiescer. Même si elle participait à cette bataille, elle ne serait pas aux côtés de Lin. Elle serait dans le doute à l'instant même où il franchirait la porte et se déroberait à son regard. C'était inconcevable. Il était hors de question qu'elle reste en retrait, à endurer ce doute pendant de longues minutes, voir des heures. C'était une torture inhumaine et même le sang froid de Vamp ne l'aurait pas supporté.

- Cela fait des années que je n'ai pas tiré. Je n'ai plus la main aussi assurée qu'avant et...

- … et depuis quand fais-tu dans la fausse modestie ? A moins que cela ne t'arrange...


Le regard de Vamp se durcit. Elle n'aimait pas ce que Fenrir sous entendait. Même s'il avait raison. Elle dédaigna l'insolence tranquille de ses yeux bleus pour jeter un petit coup d'oeil à Lin. Elle était coincée entre deux caractères qui la connaissaient à la perfection. Elle n'avait aucune chance. Pourtant, si Lin n'acceptait pas l'idée du cabot pouilleux, Vamp agirait dans son dos et sans l'ombre d'un remord.

Elle se détourna d'un demi mouvement pour enfiler ses bottes sombres, ses mèches noires caressant tranquillement les pommettes neigeuses.


- Non. Je les accompagne jusqu'à la sortie de la ville. Tu viens ?

- Absolument hors de question.


Les sourcils noirs se haussèrent délicatement. Ce n'était pas Lin qui avait répondu. D'un mouvement sec du talon, elle finit tranquillement d'ajuster son pied dans la botte chaude et molletonnée avant de faire face à Fenrir avec le même calme. Il commençait à l'agacer celui-là. Son instinct la tourna vers le grand barbu, sûr d'y trouver un regard noisette enveloppant et affirmatif. Elle n'y rencontra qu'un silence qui s'éternisait un peu trop à son goût. Les omoplates de Vamp se raidirent.


- Un groupe de cinq, ça attirera l'attention, c'est trop dangereux.


Lentement, très lentement, la jeune femme se redressa pour englober les deux hommes d'un regard de louve où une lueur qui n'avait rien de chaleureux s'alluma. Rigide comme le marbre, son dos était aussi lisse que dur pendant qu'elle les toisait avec une tranquillité mielleuse. Elle allait les étriper. Avec les ongles. Ou les dents.

Sa voix s'éleva, calme et dangereusement doucereuse.


- Messieurs... vous commencez très sérieusement à m'irriter.

***

Vamp claqua la porte de la maison familiale avec humeur sans se soucier un seul instant de la capacités des réflexes de Lin à éviter ou non le panneau de bois. Elle s'en contre-foutait. Elle était hors d'elle.

Nikolaï avait fini par intervenir dans la dispute du trio. Or Vamp écoutait toujours son oncle.

La grande brune se mura dans un silence hautain et glacé. Protégée du froid par l'épaisse capuche noir qui masquait ses traits des possibles espions de Valentin, seule la colère glaçait ses membres. Un froid qui contractait ses épaules et une fureur qui dégageait une brume menaçante autour d'elle, empêchant Lin de trop s'approcher. Elle lui accorda l'immense privilège de remonter à sa hauteur mais ne lui adressa pas un mot.

C'était stupide. Fenrir avait promis de lui envoyer un courrier dés leur arrivée mais cela ne soulagerait en rien l'incertitude qui allait gangrener Vamp morceau par morceau en attendant cette fameuse lettre. Ils étaient sa famille. Ils étaient ce qui l'avait empêché de sombrer ces trois dernières années loin du barbu. Ils étaient l'ultime arme que Valentin avait contre elle.

La jeune brune serra les dents. Et Lin qui s'était entêté. Avec son sang froid crispant, sa haute taille et son implacabilité de mulet bouché.

Ils marchèrent dans le froid et la neige de longues minutes. Le silence épais entre eux assourdissait les pensées de la jeune femme. Elle venait d'abandonner les siens. Que les raisons soient légitimes ou non, elle s'en moquait. Elle s'était contentée de bien cacher les oreilles d'Ania dans sa capuche de fourrure pour les protéger de l'air glacé, sans un mot ni un geste tendre de plus. Les épanchements sentimentaux n'étaient pas dans les gènes de la famille.

C'était de la faute de Lin. S'il l'avait soutenue contre Fenrir, le ton ne serait pas monté et Nikolaï ne serait pas intervenu. Le regard noir se durcit. Elle ne comprenait pas. S'ils étaient sa famille, ils étaient aussi celle de Lin.

Il n'avait jamais été question de mariage entre eux. C'était inutile. Il était évident que Lin était son homme, celui auprès de qui elle mourrait. Lin était son époux.

La flamme de fureur dans le noir de ses yeux vacilla. Il l'était, sans l'ombre d'un doute. Et il venait d'agir pour le bien des siens comme pour sa protection à elle.

En l'espace de quelques secondes, son regard s'adoucit dans l'ombre de la large capuche. Sa propre injustice lui sautait aux yeux. Une honte rosée satina bientôt ses joues blanches alors qu'elle ralentissait inconsciemment le pas. Avec une simplicité de jeune amoureuse, elle retira son gant noir, s'exposant au froid mordant de cette nuit d'hiver, pour glisser sa main dans celle du jeune homme.

Pas un mot, pas une excuse d'articulée, mais un simple geste. Vamp se rapprocha de lui, assez pour que leurs épaules se frôlent pour les quelques minutes qui leur restaient encore à marcher jusqu'à la sécurité de leur foyer. La tension de ses épaules s'évanouit. Elle lui abandonna ses doigts, ses longues phalanges s'entrecroisant délicieusement aux siennes.

Elle le retient in extremis par le bras avant qu'il ne franchisse le pas de la porte. Immobiles, leurs deux grandes silhouettes enfoncées dans la neige s'observaient. Vamp pouvait à peine distinguer ses traits dans l'ombre de cette ruelle étroite mais elle pouvait aisément les imaginer. Un sourire au coin des lèvres, elle inclina la tête sur le côté pendant que ses bras ceinturaient tendrement la taille de Lin. Si proche, elle devait relever légèrement les yeux vers lui pour pouvoir croiser son regard.


- Mmh... j'aime vraiment beaucoup ta barbe tu sais...

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MessageSujet: Re: La Chute...   Sam 21 Nov - 9:43

Une ébauche de sourire se dessina sur les traits du barbu alors que ses yeux venaient de croiser les iris noirs de la jeune femme. Il ne pouvait pas rester de marbre face à son regard sombre qui se lovait dans le sien avec une douceur d'excuse. Elle n'aurait jamais pu mieux se faire pardonner qu'en agissant de la sorte. Il n'avait pas eu l'intention de lui tenir rigueur de son mouvement d'humeur passé mais il n'y avait aucun intérêt à le lui dire. Elle ceignait sa taille avec tendresse et ses lèvres articulaient des mots qui achevèrent de lui faire oublier les minutes écoulées. Son sourire s'élargit légèrement et il passa simplementt ses doigts dans les mèches brunes de la jeune femme.

Il n'avait pas vraiment réfléchi quand il s'était rendu glabre peu après avoir débarqué sur le sol anglais. Une sorte d'instinct primitif qui lui avait dicté de se débarrasser de cette barbe. En réaction au départ de la brune, pour ne plus rien avoir qui lui rappelle son souvenir. Ou pour s'assurer que cette pilosité ne servirait à aucune autre ? Il resta un long moment plongé dans les puits sombres qui lui faisaient face, s'astreignant à la plus grande honnêteté. Il s'en était débarrassée après la première soirée dans un bar miteux aux côtés de Larson. Parce qu'il avait failli briser un coude à la malheureuse qui avait tendu la main vers son visage. Une répulsion primaire. Cette barbe-là n'était pas accessible.

Il prit une longue inspiration pour alléger ses côtes de ce souvenir et sourit plus franchement à la jeune femme qui lui faisait face. Sa main s'appuya contre sa nuque pour l'attirer vers lui alors qu'il inclinait le visage. Ses lèvres rencontrèrent les siennes avec douceur, les recouvrant d'une simple pression, allongée par l'étreinte qu'il venait de refermer autour d'elle d'un bras ferme.  Il le savait, il n'était barbu que pour elle.

Il l'invita à entrer quelques instants plus tard, alors qu'il vérifiait d'un regard attentif qu'aucun badaud ne s'était attardé à l'entrée de la ruelle ni qu'aucun gamin de rôdait sur les toits alentours. Il connaissait toutes les possibilités d'espionnage de l'endroit pour en avoir déjà eu à faire les frais et il ne comptait pas laisser Vamp être la cible d'une autre attaque.

La porte se referma dans un couinement de réprobation sous le talon de Lin, coupant l'intérieur du froid pour ne plus le laisser envahi que de la chaleur de l'âtre où le jeune homme avait lancé une bûche avant de partir récupérer la jeune femme. Il s'en approcha pour attiser les flammes, accroupi devant les braises brûlantes.


C'est pas idiot cette histoire d'arc.

Il fallait qu'il la lui fasse accepter. S'il voulait avoir l'esprit tranquille quand il serait à l'intérieur, il devait s'assurer qu'elle aurait un rôle à tenir, loin de la bagarre et qui l'empêche d'y prendre part directement.

Si tu tires aussi bien qu'il t'en vante, tu pourrais être un point stratégique. Ils ne s'attendraient pas à se faire tirer comme des canards.

Il tourna la tête par-dessus son épaule pour jeter un oeil au visage blafard.

Et puis, peut-être que Valentin a des archers postés autour de son bordel. Tu pourrais faire place nette avant qu'on s'élance.

Il se releva en époussetant machinalement ses braies. Faire admettre à Vamp de ne pas prendre part à la mise à mort du chef adverse n'allait pas être une mince affaire. Il devait s'assurer qu'elle ne se braque pas pour ne pas perdre le contrôle sur leur mise en place.

Il s'approcha d'elle avec un calme mesuré, repensant à leur plan d'action et à la place qu'ils pourraient donner à la jeune femme. Un archer, c'était un atout indiscutable. Larson ne verrait rien à redire à ce qu'elle participe si c'était purement bénéfique. La seule qui pouvait s'y opposer était elle-même.


Il passa ses mains sur ses hanches jusqu'à venir les croiser dans le bas de son dos, appuyées au creux de ses reins alors qu'il se redressait pour gagner ces quelques centimètres qui lui permettaient de baisser légèrement les yeux vers elle.

Ce serait sans doute plus simple pour toi si tu pouvais contrôler les allées et venues sur nos arrières. T'aurais un contrôle direct sur la situation…

Il sentait le regard de Vamp le scruter avec une vivacité imposante. Elle n'avalerait pas le morceau comme ça et il allait falloir qu'il se montre convainquant, il pouvait le lire profondément ancré dans ses yeux. Il soutint son regard sans ciller.

… sans être exposée directement. Ce serait moins nerveusement épuisant que … d'attendre ici.

Un grincement de parquet au-dessus de leurs têtes suspendit la phrase de Lin une demi-seconde de trop. Le son étouffé d'une cavalcade cliquetante arracha une grimace au jeune homme. Il venait de voir le regard de Vamp se modeler. Elle avait entendu le bruit aussi nettement que lui et ne prêtait plus attention à ce qu'il racontait que d'une demi-oreille.

- Lin ?

- C'est rien.


Il fallait qu'il coupe court et qu'il affirme les choses avant d'avoir perdu totalement son attention. Le chiot à l'étage semblait s'être éveillé au son des voix et il ne tarderait pas à réclamer qu'on lui ouvre.

Ecoute, cette place stratégique est la meilleure qu'on puisse te proposer. Tu…

Il n'eut cette fois pas le temps de finir. Ils entendirent nettement un jappement bref et aigu suivi d'un grattement insistant sur un battant de bois, quelque part à l'étage. Les yeux de Lin se fermèrent de frustration. Merde.

Lorsqu'il les rouvrit une seconde plus tard, il sut qu'il n'obtiendrait plus rien de la jeune femme. Son regard trahissait un intérêt bien plus important pour ce qui se passait au-dessus que pour ce qu'il était en train de lui dire. Il avait raté cette occasion. Un soupir résigné lui échappa alors qu'il maudissait intérieurement l'animal qui commençait à s'impatienter là-haut.
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MessageSujet: Re: La Chute...   Lun 23 Nov - 16:07

Vamp n'était pas dupe. Elle connaissait Lin à la perfection. De ses mimiques au choix de ses mots en passant par ses postures, elle pouvait deviner son état d'esprit... et où il voulait en venir.

Un brin soupçonneuse et amusée, elle l'avait écouté avec un faux détachement, toute attentive à la façon dont le jeune homme s'y prenait pour la faire flancher. Ses termes étaient particulièrement bien choisis. « Contrôle », « point stratégique », « faire place nette ». Son langage corporel parfaitement efficace, tendre avec une certaine autorité du haut de ces quelques centimètres qui arrivaient à la dominer. La réciproque était avérée. Lin la connaissait à la perfection.

Un faux pas, un seul, alluma une lueur amère dans le regard noir de Vamp. Ce « on » dont elle ne faisait pas partie, ce « on » qui l'isolait de son homme et l'obligerait à n'être que spectatrice. Pire, une spectatrice aveugle.

Il serait au cœur du combat, il n'aurait pas le temps de penser à elle. C'était trop facile. Et terriblement injuste.

Le corps de Vamp s'était redressé, signe qu'elle était prête à répliquer. Elle l'aimait. Hors de question de l'abandonner.

Mais ce petit bruit avait mouché la flamme de rébellion dans le noir de ses yeux. Vamp n'avait pas l'habitude que quelque chose ou quelqu'un vienne s'imposer entre Lin et elle, tout particulièrement au cœur de leur foyer.

Son regard se leva instantanément vers les lattes du plafond, sans plus écouter Lin. La graine de la curiosité était déjà bien trop plantée en elle pour que son attention ne soit qu'exclusivement tournée vers le barbu. Cela aurait pu être n'importe quoi ou n'importe qui. Lin ne lui devait aucun compte, aucun secret qu'il ne voulait pas lui révéler. La confiance aveugle qu'elle vouait au jeune homme passait bien au-dessus des cachotteries et Vamp lui laissait une part de vie privée dont elle ne se mêlait pas. Du temps qu'il aie toujours autant envie de la déshabiller, elle ne se posait pas de question. Elle aurait très bien pu hausser les épaules et reprendre le fil de cette conversation qui semblait tan tenir à cœur au barbu.

Mais voilà, le barbu en question avait embrayé un peu trop vite après ce petit bruit suspect. Quel meilleur moyen pour attiser la curiosité de la grande brune ?

Il lui cachait quelque chose, volontairement. Elle savait que Lin ne se serait pas gêné pour l'éconduire si la chose en question au-dessus de leur tête ne la regardait pas. Et il voulait visiblement éviter le sujet au mieux.


- Lin... Qu'est ce que c'est ?

- Une raison de plus pour que tu acceptes cette idée d'arc.


Loin de s'offusquer, un début de sourire effleura les lèvres de Vamp pendant qu'un petit air insolent plissait le coin de ses yeux. Il résistait. C'était tellement tentant... beaucoup trop tentant. Et comme chaque fois qu'il était question de tentation avec lui, Vamp n'était jamais raisonnable.

- Lin... dis moi ce qu'il y a en haut...

Elle le regardait avec une gaminerie effrontée et assumée. Son sourire s'accentua et elle lui coupa la parole avant qu'il n'articule la moindre syllabe.

- Mwoallez, dis moi...

Beaucoup trop gentille pour être sincère, elle passa ses mains autour de sa taille en un geste qui se voulait tendre mais qui emprisonnait plus volontiers le jeune homme entre ses bras. Elle lui donna un petit coup de museau sur la joue, sa bouche glissant naïvement vers son oreille.

- Lin... dis-moi... J'sais bien qu'au fond, t'en as trop envie...

Nouveau jeu. Un jeu qui prenait le dessus sur la curiosité. Le but était de faire craquer Lin. Enjôleuse, Vamp mordilla le bout de son oreille avec une malice savoureuse et un sourire grandissant. Elle n'écoutait pas le traître mot de ce qu'il pouvait dire et en prenait un plaisir tout particulier. Elle n'était plus qu'une sale petite gamine qui voulait gagner.

Sa langue toucha mesquinement la peau veloutée du lobe offert à ses lèvres avant d'y piquer ses canines, d'une morsure assez aiguë pour faire réagir Lin.

Le voyant s'ébrouer pour se dégager, Vamp poussa un léger cri de victoire et le renversa sur le canapé en s'aidant de l'accoudoir. Agile, elle l'escalada aussitôt en venant fureter exagérément dans le cou du jeune homme. Elle fouina dans le col de sa chemise avant de remonter derrière son oreille en reniflant à la recherche d'une piste, ses mains s'activant pour le maîtriser au mieux contre le canapé.


- Dis-dis-dis-allez-dis-dis...

Sa langue s'égara pour venir goûter son cou pendant qu'un gloussement de contentement secouait sa gorge. Ils n'étaient plus qu'un entremêlement de longs membres embrouillés les uns sur les autres, une jambe cherchant à bloquer une autre et un bras parvenant à conquérir un coude avec plus ou moins de succès. C'était la bagarre. Un nouveau gloussement étouffé par le cou du jeune homme s'éleva dans l'air. Il luttait. Vamp adorait quand il se débattait contre elle. L'arôme de la peau de Lin sur les lèvres, la jeune femme releva la tête en se soustrayant à la sécurité de son cou, un sourire franc aux lèvres et les cheveux dans le plus beau des désordres.

Elle avait oublié le jeu et la curiosité. Et le bruit au-dessus de leur tête. Charmée, une main de Lin fermement cloué à l'un des accoudoirs par une poigne blanche, Vamp inclina la tête sur le côté pour abuser de sa bouche sans la moindre pudeur ni convenance.

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MessageSujet: Re: La Chute...   Mer 25 Nov - 16:55

A l'instant où il se sentit basculer sur le vieux canapé défoncé par le temps, Lin sut exactement ce dont il avait envie. Les longs membres blancs de la jeune femme étaient en train d'exercer toute leur force sur les siens pour tenter de les maintenir hors de portée de son corps alors que ses lèvres se frayaient déjà un chemin dangereux dans son cou. Il savait qu'il était impossible qu'elle le maîtrise à sa guise s'il ne l'avait pas voulu mais il n'en fit rien. Il se contenta de gigoter mollement sous elle, pour le simple plaisir de la voir lutter encore un peu. Elle était difficilement plus attrayante que quand elle essayait de prendre le dessus sur lui et ce soir-là ne dérogeait pas à la règle.

Un léger sourire ombragea le visage du jeune homme alors qu'il emprisonnait les jambes de la brune entre les siennes, ses talons bien recourbés derrière ses mollets. Elle avait ce léger rougissement caractéristique de l'effort sur les pommettes et il percevait au fond de ses pupilles une étincelle qu'il adorait y voir. Elle s'amusait follement. Son sourire s'élargit un peu plus quand ses yeux dérivèrent vers ses mèches en bataille et il finit par atteindre ses iris quand il sentit les doigts blancs emprisonner son menton. Cette femme était irrésistible. Ses lèvres acquiescèrent dans un ballet sensuel contre les siennes. Irrésistible.

Il n'avait pas eu besoin de plus de trente secondes pour reléguer le bruit de l'étage au rang de souvenir et le bras qui s'enroula fermement autour de la taille de Vamp confirma ce manque d'intérêt pour la bestiole qui faisait apparemment les cent pas au-dessus de leurs têtes. Il avait bien d'autres idées en tête. D'une impulsion d'épaule, il bascula la jeune femme dans le vide sur le côté et roula au-dessus d'elle, la retenant à peine avant qu'elle ne touche le sol, s'étendant avec plus d'assise au-dessus d'elle, la recouvrant de tout son long.

Il n'entendait qu'à moitié le cliquetis des ongles du chien étouffé sur le parquet, absorbé par l'odeur de la jeune femme. Il venait de lâcher sa bouche pour plonger la sienne au creux de son cou, son nez enfoui dans les mèches brunes librement en pagaille. Cette odeur qu'il connaissait si bien. Il en déglutit de plaisir et ne put s'empêcher de retrousser les lèvres. Ce territoire était le sien. D'un coup d'incisives, il le marqua comme tel. Un simple coup de langue apaisa la morsure avant qu'il ne relève le visage vers la brune, un sourire au coin des lèvres. Il aimait particulièrement la goûter ainsi et elle n'aurait aucun mal à le comprendre à l'air qui s'étalait sur ses traits.

Pourtant, s'il adorait jouer avec elle, il n'avait pas oublié ce qu'il avait en tête avant qu'elle ne s'immisce beaucoup trop près de lui pour qu'il puisse réfléchir convenablement. Elle était cruellement tentante et il savait qu'il perdrait la notion des choses avant même d'avoir pu lui faire accepter quoi que ce soit si elle glissait ses mains sous sa chemise. Ses yeux quittèrent le regard sombre pour s'égarer sur le tissu qui recouvrait la jeune femme. Il se prit à songer qu'il passerait bien les siennes sous sa chemise. Le col légèrement béant de celle-ci laissait entrevoir la fine marque rouge qu'il avait laissée sur son cou et la naissance de sa clavicule un peu plus bas, en un relief d'invitation à ses lèvres assoiffées. Il déglutit. Ce ne serait pas très compliqué de faire sauter les premiers boutons pour découvrir un peu plus sa peau blanche. Pour l'offrir un peu plus à sa vue. Et à sa bouche. A sa langue, même. Il en rêvait déjà le goût.

D'un mouvement brusque, il s'ébroua au-dessus de la jeune femme et se redressa dans une même impulsion, s'asseyant à demi sur son bassin pour la garder clouée au sol alors qu'il reprenait ses esprits. Ce corps était beaucoup trop dangereux. Il porta son attention sur les yeux sombres qui s'étaient relevés sur lui et ne put s'empêcher de leur sourire alors qu'il s'ébouriffait les cheveux.


Tu me déconcentres…

Il prit une profonde inspiration pour essayer de reprendre ses esprits, le regard pourtant baladeur sur les tissus qui s'étalaient sous ses yeux. Après tout, quel mal pouvait-il y avoir à ce qu'il lui retire son manteau ? Elle devait mourir de chaud là-dedans. Ses mains suivirent sa pensée sans concerter sa volonté, s'emparant des pans du vêtement pour redresser la jeune femme tout autant qu'elles le faisaient glisser au bas de ses reins. Elle n'avait pas besoin de ça ici.

Il faut que tu acceptes.

A la flamme qui brûlait dans le fond de ses yeux, il n'était pas évident de déterminer la nature de ce qu'il fallait qu'elle accepte. D'autant moins que ses doigts ne s'étaient pas gênés pour remonter au col de sa chemise, cet ultime rempart à sa peau. Ils étaient en train de s'immiscer contre l'épiderme immaculé, se coulant sous le tissu pour retrouver son contact direct, se courbant parfois d'envie, laissant à ses ongles le soin de tracer quelques frissons sur sa peau.

Ce serait vraiment un soulagement, tu sais. J'aurais pas l'esprit tranquille sans ça…

Il déglutit à nouveau, les idées se mêlant dans sa tête. Il la voyait sur les remparts une seconde avant que son esprit ne se brouille pour la lui laisser entrevoir emprisonnée contre un mur. Il secoua la tête pour chasser les images parasites qui obstruaient sa pensée et se racla la gorge en remontant ses mains vers les joues de la jeune femme. Il encadra brusquement son visage de ses paumes et se plongea dans son regard pour garder le cap, tentant de rester calme, forçant son esprit à la clarté.

Je veux te savoir sur les remparts en train d'assurer mes arrières.
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Vamp

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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 29 Nov - 10:34

La malice avait déserté les yeux de la jeune femme. Elle le fixait du regard, le visage de marbre, vierge de toute émotion ou expression qui aurait pu aiguillonner Lin sur ce qui se passait vraiment dans sa tête.

De longues et silencieuses secondes s'étirèrent dans la semi obscurité du salon. La lumière du foyer léchait le visage de Vamp de flammes ocrées, ombrageant certaines vallées d'un hâle sombre et velouté. Le sang battait à l'endroit où le jeune homme l'avait mordue

Elle était calme. Sa respiration lente et régulière gonflait sa poitrine. Lin avait toute son entière attention.

Il avait raison. Et Fenrir avait raison. Elle ne serait jamais aussi efficace qu'avec un arc entre les mains. Elle ne protégerait jamais aussi bien Lin qu'à bonne distance de lui. Malgré tout ce que cela coûtait à son orgueil de l'admettre, il fallait l'accepter. Elle veillerait sur son homme du haut des remparts.

Et puis trônant ainsi sur elle en conquérant, plein d'assurance et d'un brin d'autorité, elle ne doutait pas d'une chose : Lin n'hésiterait pas à l'attacher au montant du lit le temps du combat si jamais elle refusait.

Un sourire étira ses lèvres. Il était vraiment très séduisant.

Ses mains diaphanes se posèrent à plat sur le torse penché vers elle, le recouvrant de ses paumes chaudes et protectrices. Elle le sentait respirer sous ses phalanges, elle le sentait vivre. Ses doigts se crispèrent sur la chemise blanche. Il fallait qu'elle protège ce corps, qu'elle protège tous ces petits mécanismes, tous ces petits secrets et rouages qui faisaient vivre le grand barbu. Jamais Vamp ne survivrait à sa mort.

Il n'avait pas quitté son regard une seule seconde. Une bouffée de tendresse gonfla la poitrine de la grande brune. Il était séduisant et fou amoureux d'elle.

Ses ongles s'enfoncèrent légèrement dans la chair du torse tiède. Il la voulait loin parce qu'il voulait la protéger. Tout autant qu'elle lui tenait tête pour le protéger lui. Deux grands crétins amoureux en somme.

- C'est d'accord.

Simple et sans détour, la réponse se glissa entre eux sans s'annoncer. Vamp n'avait jamais aimé les longs discours, plus encore lorsque c'était elle qui cédait. Si elle avait acquiescé à cette même condition quelques jours plus tôt dans la chambre de Lin, sans en tenir compte les jours suivants, ce consentement était différent. La situation était différente. Le regard qu'elle lançait au jeune barbu était différent.

Ses doigts empoignèrent la chemise pour l'attirer vers elle, l'entraînant à sa suite alors que son dos s'allongeait à même le sol. Il n'y avait rien de plus à dire, il n'y avait pas de commentaire ou de condition à ajouter. Ses lèvres touchèrent les siennes en une invitation brève et presque candide,  contredisant le langage de son corps et la flamme nouvelle qui brûlait dans le regard sombre. Elle s'abandonnait, ses mèches noires s'étalant sur le sol, auréolant les traits blancs d'un velours soyeux
.

- Tu viens me faire l'amour maintenant, dis ?

Sourd à la moindre réponse, son bras s'enroulait déjà autour du cou chaud de Lin alors que ses longs doigts laiteux remontait le long de sa nuque.

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Lin
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MessageSujet: Re: La Chute...   Dim 13 Déc - 16:15

Un intense soulagement s'empara du torse du jeune homme. Elle avait accepté. Pas seulement pour le faire taire alors qu'il essayait de prendre l'ascendant sur elle. Mais réellement parce qu'elle acceptait de rester à distance. Parce qu'elle avait compris l'enjeu qu'il y avait derrière tout ça et qu'elle ne comptait pas lui désobéir si ça pouvait le mettre en danger. Il l'avait lu dans ses yeux. Un large sourire franc s'étala sur ses lèvres alors qu'il basculait sur elle sous l'injonction de ses mains. Il était désormais allégé d'un poids qui le gênait depuis plusieurs jours et cette légèreté se ressentit quasi instantanément sur son attitude. Il n'eut pas besoin de croiser le regard sombre pour se laisser happer par le désir qui lui sciait le ventre quelques instants plus tôt. Les quelques mots de la jeune femme heurtèrent son esprit sans filtre et il glissa sa bouche au creux de son cou dans un mouvement d'approbation. Quelques mots s'élevèrent contre l'oreille de Vamp alors que ses doigts la défaisaient de ses vêtements superflus, bientôt suivi de son simple souffle échauffé par l'envie le long de sa peau blanche, à l'instar de ses doigts contre ses hanches. Elle n'avait même pas besoin de poser la question.

***

Etendu face au plafond, le dos piqué par le tapis rêche et le souffle court, Lin essayait de reprendre ses esprits, le corps encore bouillonnant et la peau luisante d'une fine pellicule de sueur. La femme qui reposait à côté de lui avait le don de le mettre dans des états que personne d'autre ne pourrait jamais déceler chez lui. Elle était capable de le faire passer par tous les extrêmes et de le modeler à son désir. Un léger sourire étira le coin de la bouche barbue alors qu'il tournait la tête vers le visage blafard. Entièrement modelé à son désir. Il étendit faiblement une main jusqu'à toucher l'épaule immaculée, ses doigts la remontant lentement jusqu'à chatouiller le creux du cou. A l'éclat de rire qui suivit, le jeune homme ne put s'empêcher de sourire un peu plus et il laissa retomber son bras sur le tapis. Il était profondément amoureux de cette blafarde là.

Dans un baillement écrasé, il ramena une main à ses cheveux pour les ébouriffer en essayant de rester parfaitement éveillé alors qu'un flot de sommeil bienheureux commençait à engourdir ses membres. Il était tard, la journée avait été rude et retrouver Vamp aussi intensément l'avait épuisé. Avec le contrecoup du soulagement, il savait qu'en fermant les yeux, il rejoindrait Morphée plus vite que le chiot sa gamelle.

Les yeux du barbu s'écarquillèrent brusquement. Merde. Le chiot. Il se redressa vivement sur ses deux coudes, toute trace de somnolence releguée derrière lui. A tous les coups, il devait être en train de faire la fête à son matelas là-haut. D'une oreille un peu inquiète, il écouta les sons de l'étage en faisant signe à Vamp de ne pas faire le moindre bruit.

Rien ne filtrait du parquet. Même pas un petit cliquetis de pattes pour confirmer l'hyper activité de la bestiole. Un froncement de sourcil plissa jusqu'au coin du nez de Lin et il prit appui d'une main au sol pour s'aider à se relever. Ses articulations contestèrent dans quelques craquements et il ne put s'empêcher de s'étirer en essayant de ravaler un nouveau baillement. Quelle idée il avait eu de vouloir présenter Vamp à l'animal ce soir-là. Il aurait largement préféré s'endormir contre elle plutôt que de la voir s'émerveiller devant le tas de poils.

Il s'accorda un soupir lourd de sens et sautilla pour reprendre un peu d'énergie.

Bon ! Puisque tu vas t'exposer sur les remparts pour sauver nos fesses, je me suis dit qu'il valait mieux que tu sois protégée.

Il attrapa ses braies d'un mouvement et les enfila tout en continuant de parler.

Ou au moins, accompagnée.

Il finit de lacer le lien de cuir avant de reporter son attention sur la jeune femme encore au sol, un mince sourire sur les lèvres.

J'ai trouvé le mâle idéal pour ce travail-là.

Il lui fit signe de ne pas bouger de là où elle se trouvait et grimpa les marches quatre à quatre. En moins de temps qu'il ne lui en avait fallu pour faire accepter l'idée de l'arc à Vamp, il se retrouva face à la porte de sa chambre. Il y colla l'oreille pour déceler la moindre trace d'activité. Même silence. Il plissa les yeux. Ce n'était pas bon signe.

Il entrouvrit la porte en se campant dans l'embrasure pour empêcher toute fuite à la terreur si elle décidait de bondir. Rien ne vint percuter son tibia. Il leva un sourcil en ouvrant un peu plus, jusqu'à ce que le battant de bois laisse apercevoir la tête de l'animal, posée au sol en train de mâchouiller le pied de la chaise. Le barbu dut prendre sur lui pour ne pas éclater de rire au regard que lui envoya le chien en interrompant son machouillage et il s'accroupit pour le faire venir à lui en tapotant dans ses mains.


Viens voir mon gros... Viens...

Après un instant d'hésitation, la bestiole lâcha le pied de la chaise et se releva aussi rapidement que sa taille mal évaluée le lui permettait, déboulant dans les jambes de Lin avec une adresse digne d'un bambin qui sait à peine marcher. Tout sourire, le jeune homme lui tapota les flancs et lui gratouilla la tête avant de le faire asseoir.

Hop, là, bouge plus. Bien. Y'a une surprise pour toi en bas...

Il resta un instant immobile, le regard de l'animal fixé sur lui, concentré pour essayer de comprendre ce qu'il attendait de lui. Au moment où Lin pivota d'un quart de tour pour lui laisser le champ libre, le chiot se rua à l'extérieur de la pièce, persuadé qu'il était invité à sortir. Tout fou à l'idée d'aller se promener avec son grand copain à barbe, il se jeta dans les escaliers, se dandinant à chaque marche sur ses pattes trop longues pour lui, son long corps de loutre zigzaguant pour arriver au bas de l'escalier.

Il allait se jeter sur la porte quand il perçut cette personne qu'il ne connaissait pas et tenta un demi-tour improvisé pour retourner vers l'étage, là où il y avait celui qu'il connaissait. Son corps encore mal dégrossi ne lui permit pourtant pas l'agilité requise pour le mouvement. Il glissa d'une patte, s'écroula à demi et repartit de plus belle en pédalant sur le sol. Un jappement s'éleva de sa gueule alors qu'il posait deux pattes sur la première marche de l'escalier, comme pour appeler Lin à venir voir l'intrus. A moitié dressé sur l'escalier, il tournait le dos à Vamp, la queue pourtant battant amicalement et il tournait par moment sa tête de chiot en broussaille pour la regarder, langue pendante.
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