l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 Vieilles habitudes et nouveaux soucis

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Vamp

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MessageSujet: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Dim 6 Juil - 17:28

Les poutres du plafond étaient d'une très jolie couleur. Quelque chose de brut mais de chaleureux. Des veinures plus foncées serpentaient le long du bois déjà sombre pour se perdre dans les creux que le temps avait travaillés. Les iris ébènes effleuraient ces veines avec légèreté, vagabondant de l'une à l'autre au rythme des pensées erratiques qui se disputaient contre les tempes blanches. Le bruit dans la rue commençait à s'atténuer. C'était à peine le début de la soirée, les marchands et autres badauds rentraient tout juste chez eux et les ruelles se vidaient. On entendait enfin le chant des oiseaux sur les toits.

Vamp ferma les yeux de contentement et se retourna paresseusement sur le ventre, enlaçant l'oreiller moelleux contre sa poitrine. Ses longues jambes s'étirèrent avec la même indolence avant de se détendre sur l'édredon douillet. Un sourire effleura la commissure de ses lèvres. Elle était dans un lit. Un vrai.

Il lui avait fallu à peine quelques jours pour se trouver un nid. Plus qu'elle ne l'aurait pensé. Elle n'avait pas l'habitude de venir vivre dans le ventre des villes, la jeune femme préférait de loin les forêts ou tout autre lieu le plus éloigné possible des endroits civilisés. Vamp avait fini par se trouver une mansarde pour quelques écus par semaine, juste en face des écuries où Goliath commençait à s'ennuyer sévèrement.

Il y faisait un peu sombre mais Vamp n'était pas une passionnée du soleil qui lui brûlait l'épiderme ni de la lumière du jour qui était bien souvent synonyme de foule et d'humains qu'elle n'avait surtout pas envie de voir. Dans la journée, elle avait réussi -les dieux savaient comment- à faire entrer un lit énorme et moelleux qui mangeait les trois quart de l'espace. Elle avait fini courbaturée et en nage, mais il avait été hors de question de demander de l'aide à qui que ce soit. Surtout pas à Lin. D'abord, par orgueil. Elle était bien assez forte pour se débrouiller à monter un lit qui faisait bien deux fois sa taille et quatre fois sa masse corporelle toute seule. Et ensuite parce que c'était une surprise. Elle voulait lui prouver qu'elle s'installait pour de bon près de lui, qu'elle ne le quitterait pas.

La tête brune émergea des oreillers pour observer la place vide qui l'accompagnait. Lin lui manquait. Ils se voyaient peu et il n'y avait même pas l'odeur du jeune homme imprégnée dans les draps. Enfin, pas encore...

Ce fut l'impulsion qui lui manquait pour se redresser. Avoir l'odeur de Lin à portée de nez était un excellent stimulant. La jeune femme se redressa et passa ses doigts blancs dans ses cheveux pour les ramener en arrière. Elle avait la désagréable impression de ressembler à un homme avec cette coupe. Peut être était-ce pour ça que l'ancien barbu passait si peu de temps avec elle... Une moue et un haussement d'épaule plus tard, la jeune femme s'étirait, le bout de ses doigts touchant presque le plafond. Une poutre épaisse était plantée au milieu de la chambre, séparant le coin lit d'un espace où la jeune palote avait installé une baignoire en bois. Là où Vamp vivait, il y avait forcément un lit moelleux et de quoi prendre un bon bain. Elle avait soigneusement rangé les pains de savon sur de rares étagères, si chers à son cœur et qui lui avaient tant manqué sur les routes. Deux pots de miel trônaient à leurs côtés.

La petite pièce embaumait la résine et le parfum des herbes qu'on avait utilisé pour les savons. Ce n'était pas exactement la plénitude que Vamp ressentait en forêt, mais elle s'y sentait bien. Il ne manquait plus que son barbu. Elle enfila ses bottes de fourrure devenues trop chaudes pour la saison puis son manteau sombre.

La jeune femme avait un double des clés de sa mansarde et l'impatience d'en donner une à Lin la rendait fébrile comme une enfant. Elle dévala souplement les escaliers avant de sortir dans la rue. Vamp était tellement de bonne humeur que la présence des rares personnes qu'elle croisait ne l'irritait même pas. Le jeune homme devait sans doute travailler mais qu'importe, elle ne l’embêterait que quelques minutes, le temps d'un bisou esquimau et de lui donner sa clé. Et puis il passait le plus clair de son temps avec cet étranger, elle pouvait bien le monopoliser un peu. Sûre de l'effet qu'elle allait produire sur le jeune homme, Vamp s’engagea dans le réseau de ruelles qui commençait à lui être plus ou moins familier, cherchant l'ancien barbu dans les tavernes dont elle le savait coutumier.

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Lin
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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Dim 13 Juil - 17:56

Il y avait dans l'air une moiteur que l'on ne trouve que dans les lieux bondés, cette vague sensation de lourdeur de l'air quand la foule se fait trop dense. L'atmosphère était empreinte du goût particulier de l'affluence et chargée d'une chaleur humaine trop importante, étouffante. La salle principale ne désemplissait pas depuis que le clocher avait sonné les huit heures du soir et Lin commençait à se sentir nerveux.

Il n'aimait pas ces soirées où les gens se pressaient devant un comptoir trop petit pour les aligner tous, jouant des coudes pour parvenir jusqu'au tavernier et éructant des paroles sans aménité à quiconque se trouverait sur leur chemin. Il y avait quelque chose d'animal dans ce comportement basique de l'accès à la ressource et le jeune homme se sentait toujours mal à l'aise quand il y était confronté. Si les instincts lui laissaient une bonne impression, l'attitude de ces brutes lui rappelaient plus la sauvageonnerie que la sauvagerie. S'il n'avait rien contre cette dernière, il ne supportait que mal la première. Installé dans l'angle de la salle comble, en retrait, il avait pleine vision sur la foule qui se mouvait par filets et vagues et semblait surveiller l'assemblée avec un calme apparent.

Accoudé au comptoir, Larson était plongé dans une discussion visiblement légère avec une plus-si-jeune femme, apprêtée et pomponnée. Il avait le regard chaleureux et les mains tactiles. La moindre occasion était bonne pour effleurer le bras nu de son interlocutrice, pour repousser une mèche de son front ou pour ajuster un excès de fard sur ses joues. La dame ne paraissait pas offusquée par cette proximité. Au contraire, elle semblait la rechercher. S'il tendait la main à son visage, elle inclinait subtilement celui-ci pour prolonger le contact chaud des doigts contre sa peau. S'il caressait sa main, elle en ouvrait la paume pour mieux l'accueillir. Le jeu auquel ils s'adonnaient n'aurait trompé personne.

Lin esquissa un sourire à demi-fané. Combien de fois avait-il vu cet anglais effectuer ces mêmes gestes ? Un millier ? Un million ? Il aurait pu écrire le scénario de ce qui allait se passer. Bientôt, l'homme feindrait de s'en prendre à un inconnu derrière sa belle pour pouvoir descendre de son tabouret et étendre son corps à proximité du sien. La virilité de ses gestes séduirait la dame qui relèverait des yeux de biche vers lui. D'un sourire brut, il endosserait le rôle du gros ours intolérant mais tellement irrésistible. Elle tomberait dans le panneau, elle rougirait, il l'enlacerait. Quelques mots au creux d'une oreille, quelques regards échangés et ils seraient sortis.

Un soupir échappa à l'ancien barbu. Il n'y avait aucun intérêt à rester planté là, les yeux rivés sur une histoire qu'il connaissait par coeur. L'air expiré dans un bruit d'agacement ne parvint à nulle oreille si ce n'était la sienne. Maigre consolation pour l'ankylose de ses jambes. Il entreprit de se balancer sur sa chaise pour essayer de faire circuler le sang à nouveau, reportant son attention sur la salle. La forêt humaine qui peuplait l'endroit commençait à se mouvoir avec plus de volonté, avec moins de raison. L'alcool rougissait les pommettes, brûlait les gorges et échauffait les esprits. Quelques susceptibles se poussaient avec plus d'insistance, des sourcils se fronçaient. Des rires fusaient par endroit, bien trop gras ou trop hystériques. La soirée avançait. Et il continuait de surveiller.

Il avait depuis un bon moment expliqué à Larson que ce serait là la seule part qu'il prendrait à cette entreprise. Le reste ne l'intéressait plus, il ne voulait plus rien faire d'autre que d'attendre. La mort ou son Cadavre. Deux ans auparavant, il ne se doutait pas qu'il serait si bien exaucé. Un sourire ombragea les lèvres du jeune homme alors qu'il balayait l'assistance du regard. Il n'avait qu'à surveiller. S'assurer que rien ne viendrait troubler les deux abrutis sur un nuage fictif. Que cet ivrogne mal dégrossi ne marcherait pas sur la toilette de la dame. Que cet imbécile alcoolisé ne se reposerait pas contre l'homme. Que le tavernier reste éloigné des mots qu'il énoncerait à couvert.

Concentré sur sa tâche, il nota la porte de l'établissement qui s'ouvrait malgré l'épaisse couche humaine qui formait presque un barrage à l'entrée de la salle. Le battant se referma derrière une silhouette féminine qui n'avait rien de bien particulier. La blondeur de ses cheveux n'avait rien d'éclatant et la pâleur de sa peau était fade. Les grands yeux bleus qui habillaient le visage de cette jeune femme ne parvenaient pas à rattraper la banalité de l'ensemble et l'ancien barbu allait s'en détourner quand un détail accrocha son attention.

Elle n'était pas de ces badauds qui ouvrent une porte au petit bonheur la chance. Son regard était vif et parcourait les visages des présents avec une attention particulière. Passant des traits de l'un à ceux de l'autre, elle furetait entre les corps avec une volonté sans faille. La rapidité avec laquelle elle se glissait entre les gens mit la puce à l'oreille du jeune homme et il fronça les sourcils. Il était évident qu'elle cherchait quelqu'un. Les jambes de l'ancien barbu s'actionnèrent d'elles-mêmes et il se retrouva debout avant même de l'avoir décidé. Instinctivement, il savait qu'il devait l'approcher. Pourtant, il ne parvenait pas à se souvenir pourquoi.

Il continuait de la scruter depuis l'extrémité de la salle, les méninges fonctionnant à plein régime. Une petite sonnette d'alarme résonnait au fond de son cerveau et il savait que si elle passait à hauteur, il l'interromprait. Etait-ce la blondeur des cheveux ? Ou la couleur délavé de ses yeux ? Quelque chose clochait chez cette femme. Une minute d'attention de plus lui donna l'assurance qu'il devait l'intercepter. Elle était bien trop concentrée dans sa recherche. Elle avait l'air déterminée. Pire, agressive.

Il n'en fallut pas plus à Lin pour surgir face à elle, lui barrant la route aussi sûrement qu'il occultait la salle de toute sa hauteur, coupant net le champ de vision de la blonde. Déconcentrée, celle-ci releva les yeux sur l'intrus et fronça les sourcils.


Sieur, vous êtes sur mon chemin, semblerait-il.

Il se contenta de sourire. Il le savait pertinemment. Il ne lui restait plus qu'à travailler proprement. Maintenant qu'il l'avait en face de lui, il voyait tout à fait pourquoi il s'en méfiait tant. Ce n'était pas simplement une fade jeune femme. Elle portait une toilette noble. Certes, petite noblesse. Mais noblesse tout de même. Le port de son visage était assuré et droit, elle était éduquée. Et il savait pertinemment de qui il devait la tenir à l'écart.

Son sourire ne faiblit pas, bien au contraire. Il se teinta d'un peu plus d'hypocrisie mielleuse alors qu'il avortait une révérence à son encontre.

C'est donc que le mien croise le vôtre. N'est-ce pas une agréable pensée ?

Le regard qu'il releva sur elle alors qu'il se redressait n'avait qu'un seul but. La faire flancher. Elle n'avait pas l'air commode mais il ne doutait pas de ce qu'il était capable de faire. L'expérience lui susurrait ses compétences et il lui indiqua d'une main légère une table où deux sièges s'étaient libérés.

Accompagnez-moi, je vous prouverai que j'ai raison.

Il lut sur son visage une demi-seconde d'incompréhension avant que la flatterie n'atteigne sa raison. Un sourire satisfait s'imprima sur ses lèvres alors qu'elle étudiait l'homme qui l'interceptait et elle tourna les talons avec une grâce exagérée, feignant de consentir à regret à le suivre. En vérité, elle était flattée par l'attention de ce jeune homme pour elle.

L'ancien barbu grimaça alors que le dos de la jeune femme lui apparaissait. Il allait falloir que Lars soit réactif. Il n'allait pas pouvoir tout faire tout seul. Il retint un soupir exaspéré envers son acolyte et alla s'asseoir face à la blonde. Ils étaient placés de telle sorte que Lin faisait face au profil de l'anglais alors que la blonde était de dos au séducteur. Ainsi, l'ancien barbu pourrait discrètement faire signe à son compère sans que la blonde ne le voie directement.


Vous me paraissez bien entreprenant. Pourquoi devrais-je vous accorder de mon temps ?

Lin avait envie de lui jeter un regard emplis de mépris. Son esprit lui souffla une réponse incorrecte qu'il ravala alors qu'il modelait ses traits dans une parfaite imitation de l'intérêt.

Serez-vous aussi curieuse de savoir ce que je vous réserve pour justifier de ce temps magnanimement accordé ?

Il n'avait pas besoin d'en dire plus pour capter l'attention de la petite noble. Les yeux brillants, elle sourit de plus belle. Les yeux de Lin faisaient des allers-retours entre le visage éclairé d'espoir et celui de l'anglais qui bavassait sensuellement derrière elle. Une demi-seconde plus tard, les regards des deux hommes se croisèrent et l'urgence dans celui de l'ancien barbu intercepta l'attention du bâtard. Lin se jeta sur l'occasion et s'inclina à demi sur la table, comme pour murmurer à l'oreille de celle qui se croyait sa conquête. Les mots exprimés par l'ancien barbu étaient d'une banalité affligeante mais suffisante pour maintenir la blonde face à lui, en haleine. Pendant ce temps, il fit comprendre d'un mouvement de tête à l'anglais qui était cette blonde. Celle qu'il avait ramenée la veille. Cette blonde-là.

Larson dut se retenir pour ne pas grogner impoliment alors qu'il la reconnaissait. Sentant qu'il devait s'éloigner au plus vite s'il voulait éviter l'esclandre, il accéléra les choses avec sa nouvelle dulcinée. Lin lui lança un regard clair. Qu'il sorte dans la minute s'il ne voulait pas d'ennui. Se rasseyant, l'ancien barbu reprit son oeuvre où il l'avait amenée, prêt à laisser un temps de manoeuvre à son acolyte.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Lun 14 Juil - 7:10

Vamp en était à sa deuxième taverne. Le jour commençait à décliner mais les ruelles restaient claires et un léger courant frais slalomait entre les maisons à plusieurs étages. La jeune femme s'était mise en route depuis plus d'une demi heure maintenant. Elle s'était égarée par deux fois et évitait de passer par les rues trop étroites qui se refermaient sur le passant et autres coupes-gorges. Mais ce contre-temps n'avait pas affaibli sa bonne humeur. Un sourire discret flottait même sur ses lèvres closes. Très droite, elle marchait d'un pas décidé, son index tapant un tempo régulier d'impatience contre la courbe épaisse de sa manche.

Elle avait hâte de trouver Lin. Plus que tout, Vamp voulait qu'il la rejoigne la nuit et qu'il vienne s'endormir contre son dos. Les nuits passées sans sa présence avaient été atroces et aujourd'hui elles étaient d'autant plus cruelles : ils étaient réunis dans la même ville sans être sous le même toit. La jeune femme ne s'interrogea pas sur cette situation et ne questionna pas non plus sa conscience pour trouver une réponse à leur « séparation ». Mais si Vamp le vivait mal, elle n'irait jamais réclamer ouvertement de l'attention ou de la tendresse au jeune homme. D'abord, parce qu'elle ne savait absolument pas comment s'y prendre. Ils n'avaient jamais eu ce genre de problème. Lin et elle avaient toujours eu leurs moments de tendresse, de dispute ou de jeu avec naturel, sans aucun calcul. Ils avaient leur romantisme à eux et s'en satisfaisaient très bien. Ensuite, Vamp ne pensait pas que l'on puisse réclamer ce genre de chose dans un couple.

Ses pas la menèrent machinalement devant la seconde taverne où elle espérait trouver le jeune homme. La porte s'ouvrait et se refermait sous les allées et venues d'un flot continu de clients. Il était évident, rien qu'à l'oreille, que l'endroit était bondé. La jeune femme grimaça et hésita. L'un de ses pires cauchemars. Mais il y avait de grandes chances pour que le jeune homme soit à l'intérieur et elle voulait vraiment lui donner cette clé. Attendre le lendemain était impensable. Un peu contrariée, ses doigts blancs refermèrent lentement son manteau, bouton par bouton, jusqu'au col. C'était autant pour repousser l'instant où il faudrait franchir le seuil et s'aventurer dans la fosse que pour ériger une frontière plus ou moins matérielle entre elle et les ivrognes. Les longs pans du manteau la grandissait encore de quelques centimètres et lui donnait une prestance sévère qui, elle l'espérait, arriverait à éloigner une partie des badauds de son chemin. Ses traits figés dans une impassibilité parfaite, Vamp franchit le seuil de la taverne.

L'odeur frappa son nez qui se fronça. Il faisait trop chaud, trop moite. Les odeurs étaient âcres et agressives. Qu'est ce que Lin pouvait bien faire ici ? Comment pouvait-il travailler dans ce genre d'endroits ? Prudente et les sens en alerte, Vamp s'avança dans la foule. Ses yeux sombres parcouraient impatiemment les visages plus ou moins frais sans s'y arrêter plus que nécessaire. Pas de Lin. Un pli se dessina entre ses sourcils noirs. Elle continua ses recherches avec plus de soin, s'arrêtant particulièrement dans les coins reculés et sombres de la taverne. Elle était si concentrée qu'elle réagit in extremis lorsqu'un gamin qui devait lui arriver à peine à la hanche la bouscula avec innocence. Sans l'ombre d'une hésitation, ses doigts se refermèrent sur les mèches du marmot avec fermeté et le ramena à ses côtés sans la moindre douceur.

Il était sale, collant, ses yeux reflétaient une innocence qu'il devait avoir perdu depuis longtemps et il suintait la malice. Mais homme, femme ou enfant, Vamp ne se laissait jamais attendrir. Ou presque. En tout cas, pas cette fois.

Ses doigts se refermèrent plus sèchement sur les mèches sombres, assez pour le faire grimacer de douleur. Elle voulait avoir son entière attention. Sans l'ombre d'un sourire, Vamp planta ses yeux noirs dans ceux de l'enfant, implacables, et il cessa de gigoter.


- Tu vas me rendre ce que tu m'as pris. Maintenant.

Aucune insulte, aucune menace. Tout était dans le ton mesuré de sa voix. Un ton d'une douceur maternelle qui promettait bien pire qu'une tentative directe d'intimidation. Mais ce qui fit flancher le gamin fut le sourire que lui adressa la dame. Pas un vrai sourire, juste un petit mouvement de lèvre en coin. C'était froid, presque carnassier. La sécheresse de ses yeux lui fit comprendre qu'elle n'était pas dupe. Inutile de jouer le rôle de l'innocent accusé à tort. Misant la carte de la prudence, la bourse de Vamp se retrouva dans le creux de sa main diaphane dans la seconde.

Satisfaite, la jeune femme se redressa, non pas pour le relâcher mais pour le dominer de sa grande taille. Eh quoi ? Il n'avait qu'à pas être si petit. Elle rangea sa bourse dans l'ombre de son manteau puis tendit de nouveau la main.


- Donne moi tout ce que tu as gagné ce soir. Sans un mot.


Les yeux du petit s'écarquillèrent et il tenta la fuite. Mais Vamp était implacable et elle le ramena plus étroitement contre elle en le tirant par les cheveux.

- Je ne suis pas d'humeur. Où crois-tu aller comme ça ? Donne.

La jeune femme patienta, sans lâcher son prisonnier du regard. Elle le voyait parfaitement soupeser le pour et le contre de sa situation, évaluer les risques et chercher une solution à toute vitesse. Très lentement, Vamp se pencha vers lui, comme un rapace sur sa proie. Le gamin sursauta, fouilla ses poches et en sortit une dizaine d'écus. La jeune femme leva un sourcil.

- Tu te moques de moi ? Mauvaise idée.

Le gamin soupira intérieurement et tenta le tout pour le tout. Il pleura. Et avec de vraies larmes. Mais son jeu d'acteur échoua, il était toujours face à un regard si acéré qu'il était persuadé que la dame aurait put le dépecer d'un coup d'oeil. Jurant, il leva les yeux au ciel et abandonna une nouvelle poignée d'écus dans la main de sa tortionnaire.

Satisfaite, Vamp empocha le tout. Elle relâcha négligemment les cheveux qu'elle tenait avant d'empoigner l'épaule maigre du gamin.


- Je cherche un homme. Si tu me le trouves, je te rends ce que tu as... trouvé, ce soir. Si tu échoues, ce n'est pas la peine de revenir. Chez moi, on coupe la main des voleurs. Même quand ils sont minuscules.

Elle ne plaisantait pas. Le gamin hocha la tête, très attentif. Satisfaite, la jeune femme lui fit la description de Lin. Elle crut percevoir une lueur de compréhension dans les yeux du petit avant qu'il ne disparaisse. Le connaissait-il ? Vamp haussa vaguement les épaules. Qu'importe, du moment qu'il le lui trouve. Et puis ça l'éviterait de devoir se noyer dans la foule pour rien, si jamais le barbu n'était pas ici.

La jeune brune n'eut pas à patienter longtemps. À sa grande surprise, le gamin revint quelques minutes plus tard à peine. Sceptique, elle lui emboîta le pas. Elle faillit le perdre deux fois dans la foule de buveurs. Petit, il arrivait à se faufiler avec aisance. Grande, elle encaissait les coups de coude et les haleines alcoolisées.

Enfin, il tendit le doigt vers un homme attablé. C'était Lin. Un irrépressible sourire étira les lèvres de la jeune femme. Mais le gamin attendait. Sans se presser, Vamp tira le butin du marmot de ses propres poches et lui rendit son dû.


- Tire-toi vite, avant que je ne change d'avis.


Le gamin s'envola. Vamp le suivit du regard, juste pour la forme, mais sa petite carrure disparue vite dans la forêt d'ivrognes.

De nouveau toute guillerette, la jeune brune se tourna vers la table tant recherchée et s'avança de quelques pas. Lin ne la voyait pas approcher. Elle, en revanche, vit parfaitement la blonde qui l'accompagnait. Elle se figea. C'était instinctif. Ses omoplates se raidirent et ses yeux se durcirent. Son regard de femme étudia une longue minute l'intruse, s'arrêtant sur le moindre détail. Avec un petit pincement au cœur, elle remarqua que cette blonde était son exact opposé. Ses yeux étaient aussi clairs que les siens étaient sombres et ses cheveux aussi lumineux que les siens noirs. Très lentement, Vamp s'avança de quelques pas. Le visage de la femme portait la marque de son rang. Elle était trop droite, son menton trop relevé et trop fier, pour être une simple habitante.

La jeune brune se redressa. Elle avait été cruellement jalouse le jour où elle avait surpris Lin à discuter avec deux jolies rousses. Deux jolies rousses nobles. Il était évident pour elle que c'était cette nobliotte qui fricotait avec Lin et non l'inverse. Il était évident que Lin n'aurait jamais abordé ce genre de femme. Et elle savait aussi que les nobles ne comprenaient pas le sens du mot « non ».

Impulsive, Vamp s'approcha d'un pas mesuré mais décidé. Cette femme était assise à sa place. Elle s'arrêta près d'eux, assez proche pour que l'intruse lève son regard sur elle. Sans un mot mais avec une détermination aveugle, Vamp frappa le nez de la jolie noble avec son poing. Elle eut la satisfaction d'entendre le cartilage craquer sous ses phalanges et se redressa avec une pointe de vanité. Son geste ne passa pas inaperçu. Quelques têtes se tournèrent vers eux, des conversations se suspendirent.

Calmée, la jeune brune posa son regard sur son homme. Son comportement changea du tout au tout. Ses yeux s'adoucirent et un irrépressible sourire se dessina sur ses lèvres.


- Mmh salut.

Toujours debout, elle se pencha sur le visage du jeune homme et laissa fondre ses lèvres sur les siennes avec tendresse. C'était un petit baiser caressant et doux, le genre de bisou dont elle raffolait et qu'elle adorait lui voler.  

- Je t'ai cherché partout.

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Lin
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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Mar 15 Juil - 15:42

Lin suivit des yeux le trajet de l'anglais qui quittait précipitamment mais non sans élégance la taverne bondée. Il feignait à merveille l'impatience d'une passion sans limite pour sa nouvelle conquête et le bras qui ouvrait le chemin devant elle était assez fébrile pour qu'elle y croie. Elle n'avait simplement pas conscience que le léger tremblement du poignet viril n'avait rien à voir avec le désir dévorant qu'elle pensait avoir vu dans les pupilles de l'homme mais plutôt avec l'agacement de l'acculé. Bientôt, les deux silhouettes furent englouties par la foule, ne laissant derrière elles qu'un gouffre qui se sutura bien vite, les badauds reprenant leur place comme la surface de l'eau redevient lisse après l'impact d'un caillou.

Le jeune homme reporta alors son attention sur celle qui lui faisait face, réprimant in extremis une grimace irritée. Maintenant que Lars était parti, il n'avait plus aucune raison de s'intéresser à cette nobliote. D'autant qu'elle ne lui plaisait pas. Eût-elle été une ravissante créature, l'aurait-il peut-être considérée un peu plus. Mais la fadeur de sa personne n'avait rien d'engageant et Lin était réfractaire à toute sorte d'interaction de ce genre depuis un long moment. Il pesta intérieurement contre son compère et son incapacité à gérer celles qui le suivaient alors qu'il forçait un sourire à l'encontre de celle qu'il considérait désormais comme un fardeau. Il fallait qu'il trouve un échappatoire.

Il avait plutôt l'habitude d'être l'échappatoire. Quand le bâtard s'occupait d'une - jeune - femme, il devait s'assurer que rien ne viendrait le perturber. Ni ses amis, ni sa famille, ni son éventuel chaperon, voire fiancé, promis et autre mari. Il était devenu maître dans l'art de la diversion et à chaque contrainte sa spécificité. Les excuses, les histoires, les coïncidences pleuvaient dans la soirée à mesure que les embûches se multipliaient. Il parvenait même à tenir écartés plusieurs groupes qui ne se connaissaient pas en navigant habilement de l'un à l'autre, sans rien dire de l'existence de l'autre à l'un. Une prouesse de prestidigitateur.

Sauf qu'à ce moment-là, rien ne pouvait le sortir de sa situation. D'ordinaire, il prétextait devoir rentrer avec l'heure tardive ou raccompagner son ivrogne d'ami, accoudé là-bas au comptoir. Lars et lui avaient des comportements rôdés et adaptés pour qu'aucun des deux ne soit coincé. Lin prévenait l'anglais qui éloignait subtilement sa dulcinée du soir le temps que l'ancien barbu se débarrasse des proches. Une fois chose faite, le jeune homme ouvrait une voie parallèle pour que le nouveau couple s'éclipse en toute discrétion. Evidemment, il leur emboîtait le pas et disparaissait aussi rapidement. L'écart de l'anglais ce soir-là changeait la donne. Il n'avait plus d'alibi.

Plongé dans ses pensées, il hochait vaguement la tête à mesure que la blondinette déblatérait sur un sujet dont il se fichait royalement, se contentant d'ajouter quelques onomatopées bien placées pour lui donner l'impression d'être écoutée. Bien qu'à cent mille lieues de là, il apparaissait attentif et visiblement, la nobliote était dupe. Elle bavassait sans relâche, sûre de son charme. Ce jeune homme n'était pas indifférent, elle l'avait bien vu. Et avec ce dont elle se vantait, elle allait sûrement lui donner l'envie de la revoir.

Lin cherchait comme s'en sortir. Plus le temps avançait, plus il lui laissait d'espoir. Plus il lui laissait d'espoir, plus la chute serait rude. Bien qu'habitué à ce manège, il ne l'appréciait toujours pas. Mettre de - presque - jolies jeune filles dans l'embarras, froisser leur ego et briser une part de leur rêve ne lui plaisait pas. Il devait trouver une solution. Et vite. Aussi vite que ce poing qui vint s'écraser dans le visage de la blonde.

Les sourcils de l'ancien barbu se soulevèrent d'étonnement alors qu'il réintégrait la salle, ébahi. Etait-ce la main d'Aristote qui appliquait l'idée qui lui avait traversé l'esprit ? Il grimaça. Certes, il avait eu envie de la faire taire ainsi. Mais c'était une image. Pour rien au monde il n'aurait frappé un visage innocent. Il tourna les yeux vers la propriétaire de la main violente mais il n'eut pas le temps de la dévisager. Déjà bien trop proche de son propre visage, il ne put que sentir le contact pulpeux de lèvres contre les siennes et une douce chaleur qu'il ne connaissait plus lui chauffer le ventre. Sa violente sauveuse était aussi sa douce amoureuse. Il se tint coi, ahuri.


Vamp ?

Il leva des yeux stupéfaits sur la jeune brune. Elle surplombait la table de toute sa hauteur et son manteau boutonné jusqu'au menton lui donnait l'air un peu plus acerbe encore. Elle se détachait, silhouette noire et blanche, sur la masse chamarrée qui habitait les lieux. Le contraste tranchant saisit l'ancien barbu, retardant encore un peu la prise de conscience qui cheminait lentement jusqu'à ses neurones. Elle était étrangement séduisante dans cette dichotomie. Elle se tenait là avec l'aisance des asociaux et il ne doutait pas que l'effort avait dû être palpable alors qu'elle fendait la foule pour se retrouver là, au coeur du magma humain. Certainement était-elle déjà irritée par les coups involontaires qu'elle avait dû prendre avant d'arriver devant cette table. Certainement.

Mais elle avait frappé une femme qu'elle ne connaissait même pas. Et avec laquelle Lin ne faisait même rien qui aurait pu prêter à confusion. Le regard du jeune homme se teinta de reproche. Elle avait frappé une innocente. D'autant plus innocente qu'il la menait déjà en bateau. Un son sourd s'éleva de la gorge de l'ancien barbu alors qu'il repoussait doucement sa chaise pour se lever, étirant lentement sa colonne vertébrale jusqu'à atteindre la hauteur de la brune et bientôt, la dépasser.

Pour quiconque regardait la scène, le ton était clair. L'homme n'était visiblement pas ravi que la blonde ait été poussée au sol aussi rudement par la brune. Pour Lin, c'était bien différent. Vamp ne pouvait pas interférer ainsi avec son travail. Il serra les dents, ravalant les réprimandes qui gonflaient dans sa gorge et planta un regard sans grande aménité dans les yeux sombres de la pâlotte.


Tu vas me faire le plaisir de filer m'attendre dehors gentiment pendant que je présente des excuses à cette dame.

Il ne plaisantait visiblement pas. Une cliente est une cliente. Qu'elle soit en colère ou en bourrique, elle gardait ce statut aux yeux de Lin et la jeune brune le menaçait sans en avoir conscience. Il fit un geste du menton pour désigner la porte à Vamp, lui appuyant un regard clair. Qu'elle ne discute pas. Il ne s'étendrait pas plus dans cette salle, au su et au vu de tous. Il savait combien la jeune femme n'aimait pas les foules et il s'en accommodait parfaitement. Il ne lui remonterait pas les bretelles ici. Mais mieux valait qu'elle obéisse pour assurer ce fait.

Inspirant profondément pour garder sa maîtrise de lui-même, il rajusta sa chemise sur ses épaules avant de s'accroupir derrière la chaise dont la blonde était tombée suite à l'impact. Surtout, rester professionnel. Avec un peu de chance, elle n'avait pas vu la suite des évènements et elle se demanderait simplement qui était cette folle qui l'avait heurtée. Du moins l'espérait-il alors qu'il se penchait sur elle pour s'assurer qu'elle allait bien, avec un professionnalisme défiant toute concurrence.

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Ven 18 Juil - 14:44

L'incompréhension. Vamp regardait le jeune homme dans les yeux avec cette même expression qu'ont les enfants qui ont fait une bêtise mais ne la comprennent pas. Ses épaules s'affaissèrent légèrement alors que ses yeux clignèrent pour chasser le brouillard qui embrumait son cerveau. Avait-elle bien vu ? Et avait-elle bien entendu ?

Elle ne comprenait pas la situation mais lorsque Lin s'était levé pour la dominer, elle eut le réflexe de reculer d'un pas. Elle s'en pinça les lèvres mais son regard resta accroché sur celui du jeune homme. Ses yeux ne cherchaient pas le défi mais la compréhension, une explication, quelque chose. Elle qui était, quelques secondes plus tôt, si fière, se retrouvait désormais les bras ballants et les yeux grands ouverts sur l'homme qu'elle aimait. Jamais il ne lui avait parlé sur ce ton, pas même lors de leurs retrouvailles. L'incompréhension la laissait vide et amorphe. Elle ne bougeait pas d'un cil, le regard fixe et les lèvres entrouvertes.

Il était visiblement en colère contre elle et Vamp n'en comprenait pas la raison. Elle avait traversé toute la ville, elle s'était enfoncée dans des tavernes bondées pour se manger un mur et, pire, se faire humilier en public par l'homme dont elle était amoureuse.

Mais une petite voix raisonnable lui chuchota qu'elle avait peut être sur-réagi. Vamp n'avait jamais été très douée en société et ces mois passés sur les routes lui avaient fait perdre le peu de bienséance qu'elle avait acquis antérieurement. Elle se mordit les lèvres et baissa les yeux. C'était bien rare, mais un sentiment de culpabilité gonfla lentement en elle. Et puis la jeune femme ne voulait pas se disputer avec l'ancien barbu. Elle l'avait cherché partout sous l'impériosité d'une bonne nouvelle à annoncer, pas pour se quereller au sujet d'une quelconque blonde.

Elle allait présenter ses excuses mais l'image qu'elle vit en relevant les yeux la figea nette dans son élan. Le dos de Lin. Il lui tournait le dos, sans attendre sa réaction ou sa réponse, pour aller retrouver cette blonde qui, visiblement, n'était pas si quelconque que ça.

En règle générale, Vamp savait contrôler ses émotions. Elle arrivait à isoler ses peurs pour continuer à mettre un pied devant l'autre. Elle gardait son sang froid dans les situations délicates. Elle savait gérer sa tristesse sans l'exhiber aux yeux du monde. Mais pas la jalousie.

Elle n'était revenue dans la vie du jeune homme que depuis deux ou trois semaines. Semaines où ils avaient passé peu de temps l'un avec l'autre dans l'intimité d'un couple. Si Lin manquait à Vamp, elle ne lui avait encore rien réclamé, confiante en la solidité des liens qui les unissaient. Mais ce soir, le ton qu'il avait employé avec elle et l'attention qu'il accordait à cette étrangère craquelèrent lentement cette confiance. Le poison de la jalousie s'infiltra dans les veines froides de la jeune brune et Vamp se mit à douter.

Secouée, elle se redressa, carrant les épaules. Sa posture assurait une assurance que sa confiance en elle-même n'avait pas. Cela n'avait été qu'une blonde, quelques paroles et une direction plutôt qu'une autre. Et pourtant tout se mit à dangereusement vaciller. Sa voix s'éleva doucement, ni froide, sèche ou rigide mais claire et porteuse d'une pointe d'émotion qui répondait très mal à l'allure altière de la jeune brune.


- Je ne me souviens pas d'avoir signé pour un rôle de petite chienne de compagnie.

Elle voulait rester et s'expliquer ici, mais un frisson de peur l'obligea à fuir du côté de la porte. Vamp ne voulait pas voir Lin s'occuper de cette femme, elle ne voulait pas vérifier de ses yeux s'il allait poser la main sur elle pour l'aider à se relever ou même soigner son nez blessé. Sa jalousie ricana et Vamp l'écouta. Elle préférait s'enfuir à l'extérieur que d'en avoir la confirmation, rester dans le doute que de faire face à la vérité.

Un léger goût de sang caressa le bout de sa langue alors que la porte de la taverne claquait dans son dos. La jeune brune grimaça. Elle avait mordu sa lèvre trop fort et une légère douleur pulsait maintenant sous la peau délicate de sa bouche. L'air moins vicié que celui de la taverne taquina ses narines et la jeune femme inspira profondément en fermant les yeux. Qu'importe, la boule de jalousie était toujours là, nichée dans le creux de sa poitrine.

Lin ne passait ni ses soirées ni ses nuits avec elle parce qu'il travaillait aux côtés de l'Anglais. La jeune femme n'avait pas vraiment l'habitude de partager son barbu avec quelqu'un d'autre, mais Larson l'avait plus ou moins sauvé et Vamp arrivait à tolérer sa place dans la vie du jeune homme. Elle tolérait moins le fait qu'il préférait être au travail ET accompagné de jolies femmes plutôt que de passer la soirée en sa compagnie.

La jeune brune croisa fermement ses mains sur sa poitrine, comme pour y étouffer la jalousie qui commençait à lui proposer hypothèse sur hypothèse. Qu'aurait-il fait de sa blonde si Vamp n'était pas intervenue ? Les paroles du jeune homme résonnaient cruellement dans sa tête. Il lui avait parlé comme à une enfant indisciplinée et indésirable, non pas comme à une amoureuse ou une compagne...

L'inquiétude commençait à sérieusement gagner du terrain sur ses émotions. Nerveusement, la jeune femme s'avança de quelques pas hasardeux, le dos tourné à cette foutue taverne. Du coin de l'oeil, un mouvement singulier attira soudainement son attention. Un vieux cabot venait de tourner l'angle de la rue et s'avançait d'un trottinement claudiquant et incertain. Vamp sourit. D'un sourire franc et lumineux qui éclaira son visage et adoucit ses traits soucieux.

D'un pas confiant, Lin rétrogradé au second plan du fil de ses pensées, la jeune brune s'avança vers l'animal en l'appelant d'un petit bruit de lèvres. Accroupie à sa hauteur, elle lui grattouillait généreusement l'arrière des oreilles alors que son nouveau compagnon la reniflait sous toutes les coutures avec curiosité.

Un sourire nostalgique ourla les lèvres de la pâlotte. Chanda lui manquait beaucoup. Son regard noir se fit un instant plus lointain, replongeant dans les souvenirs de sa vie antérieure. Beaucoup de choses avaient changé en trois ans... Un coup de museau dans l'arête du nez la ramena à la réalité de l'instant et la jeune femme s'esclaffa avant de continuer ses grattouilles. À hauteur de l'animal, Vamp le câlina avec soin, ces attentions atténuant les sentiments contradictoires qu'elle avait ressentis dans la taverne. Les pans de son manteau traînaient dans la poussière et dans la saleté des rues pavées mais elle n'en avait cure. Le vieux cabot était sale et puant, son poil était rêche et son haleine aurait pu faire concurrence à une montagne de détritus entassés une semaine en plein soleil. Mais pour Vamp, le sourire qu'elle lisait dans les yeux de l'animal suffisait amplement à son bonheur. Sans même se soucier de passer pour une folle, un léger rire s'éleva de sa gorge pâle, aussi frais que l'insouciance de ses caresses.

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Lin
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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Ven 18 Juil - 16:13

A demi-penché sur la blonde esquintée, Lin ne vit pas le mouvement de la brune vers l'extérieur. Il lui avait indiqué la porte comme pour couper court à toute argumentation qu'il aurait jugé déplacée à ce moment-là mais il ne s'attendait pas vraiment à ce qu'elle obéisse. Vamp n'était pas le genre de femme à se soumettre à quoi que ce soit et il le savait bien. Il n'avait même pas essayé. L'injonction était pur fruit de son irritation et il s'attendait à la trouver droite et fière, implacablement froide lorsqu'il se retournerait après s'être occupé de cette blonde.

Mais après. D'abord, il fallait qu'il trouve une excuse pour la petite noble, qui parvienne tant à éviter son courroux qu'à lui retirer sa présence. Il fallait qu'il aille mettre les choses au clair avec la brune, il ne pouvait pas se permettre de perdre du temps avec elle. Evidemment, il ne fallait pas qu'elle décèle ce manque de considération. Le jeune homme n'était pas mauvais à ce jeu-là et c'est donc avec un sourire faussement contrit et inquiet qu'il la regarda se relever, feignant la galanterie extrême pour ne pas la toucher, ne lui tendant pas la main, sous couvert de respect.

Je n'avais pas conscience que vous viviez si dangereusement ! Des dettes qui vous poursuivent, peut-être ?

Le léger sourire qui accompagna ses paroles était censé maintenir la jeune femme dans l'illusion de son innocence. Non, il ne connaissait pas cette femme brune. Non, il n'avait pas la moindre idée de pourquoi elle avait frappé. Oui, il s'était comporté en preux chevalier.

Je pense qu'il vaut mieux que vous soyez solidement entourée pour rentrer. Votre nez doit être cassé et je ne doute pas que vous ayez des gens pour vous soigner.

Il l'enjoignit d'un geste du bras à rejoindre un groupe de nobliots accoudés plus loin, visiblement dans une discussion mondaine très agitée. Il priait silencieusement pour que l'un d'eux se prenne de pitié pour la pauvre femme battue qu'elle semblait être, son col légèrement tâché du sang qu'elle n'avait pu retenir de ses mains frêles juste après l'impact.

Quand l'ancien barbu fit un signe affolé aux jeunes hommes de bonne famille installés contre le comptoir, l'un d'eux se précipita vers eux, au plus grand soulagement de l'escorteur. Au moins avaient-ils un sens du devoir galant bien développé.

Quelques mots furent échangés, le temps de laisser la jeune femme à sa nouvelle escorte comme on laisse un paquet à un coursier. Emballé, c'est pesé, Lin était déjà loin et la porte se refermait derrière lui alors qu'il disparaissait dans l'obscurité de l'extérieur, évanoui de la taverne aussi rapidement qu'en endetté de longue date.


Vamp ?

Il plissa les yeux pour essayer d'y voir clair, les pupilles encore trop peu habituées au manque de lumière environnant. Il avait été surpris, en jetant un oeil dans la foule danse de la taverne, de ne pas voir la jeune femme fulminer, son regard abyssal planté sur lui comme les griffes d'un chat en colère. Elle était sortie, comme il le lui avait demandé. Il était encore incrédule alors qu'il la cherchait, quelque part entre la taverne et le bout de la rue, marchant du pas de la recherche, se courbant ci et là comme si elle avait pu être cachée sous un pavé.

C'est le rire enfantin qui orienta ses pas un peu plus loin. Il reconnut le timbre de voix de la brune, à peine voilé dans la nuit noire. Il aurait voulu ne pas sourire. Il était en colère qu'elle l'ait interrompu ainsi tout à l'heure et qu'elle se permettre ce genre d'intrusion dans une vie professionnelle où elle n'avait pas sa place. Il voulait vraiment ne pas oublier qu'il devait lui remettre les pendules à l'heure alors qu'il s'approchait d'elle mais ses zygomatiques en décidèrent autrement.

Vamp avait toujours un pouvoir non négligeable sur Lin. Quel que soit le domaine, elle parvenait bien souvent à le faire fondre et il était incapable de rester fâché bien longtemps. Voire même de se fâcher tout court. Cette fois-ci ne dérogea pas à la règle et il vint s'accroupir à côté de la bestiole à la forme hirsute, ses coudes posés sur ses genoux pliés.


Chienne de compagnie, peut-être pas, mais tu m'as l'air bien proche de la race canine.

Il leva un regard un peu adouci sur celui de la brune et esquissa un sourire calme. Il n'avait plus la hargne des instants passés. La nuit sombre, le calme de la rue et la présence de Vamp avaient une influence sur lui qu'il ne soupçonnait pas. Bien plus apaisé, il se passa une main dans les cheveux, les ébouriffant avant de reprendre.

Tu peux pas débarquer comme ça. Tu peux pas frapper comme ça non plus. Demande au moins, avant.

Son sourire s'étira un peu plus alors qu'il imaginait la scène. Pourtant, la seconde d'après, il secouait la tête.

Non vraiment, tu ne dois pas recommencer ce que tu as fait ce soir. Tu pourrais vraiment me mettre dans des situations intenables.

Il lâcha ses mèches pour poser sa main sur l'animal qui n'avait pas l'air de le prendre en considération. Accaparé par l'attention de la brune, il ne semblait même pas noter les caresses de l'ancien barbu sur son dos. Le jeune homme savait qu'il aurait pu l'incendier s'il portait un regard objectif sur la soirée. Il savait qu'elle mettait en péril son emploi et qu'il ne pouvait pas laisser ce genre d'évènement se dérouler en sa présence.

Mais il n'en avait pas envie. Il avait la drôle de sensation qu'il s'était détaché de la vie stricte qu'il menait en présence de Lars depuis qu'elle était revenue. Il y avait quelque chose de salvateur à son retour et un plaisir particulier à se sentir autre chose qu'un simple acolyte. Sa vie ne tournait plus autour d'une chimère effacée mais bel et bien d'un être en chair et en os. Et une cliente esquintée ne pourrait pas lui retirer la sensation que cette pensée lui donnait. Ni la source de celle-ci. Il sourit intérieurement. Vamp n'aurait aucun mal à s'en tirer cette fois-ci, mais elle n'en avait pas la moindre idée.


Un instant de silence passa avant que Lin ne soupire, comme pour tout évacuer avant de changer de sujet.

Alors comme ça, tu me cherchais ?
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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Sam 19 Juil - 4:34

La jeune femme ne réagit pas lorsqu'il s'accroupit à ses côtés. L'animal avait l'exclusivité sur son attention et l'espace de quelques secondes, la scène de la taverne s'était évanouie de sa conscience. Cela aurait pu être parfait. Il faisait nuit et les ruelles étaient désertes. Lin était près d'elle et elle avait les câlins puants d'un vieux chien solitaire. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître pour Vamp, c'est la voix du jeune homme qui brisa le charme de l'instant.

Cette voix. La voix qui la rassurait et la faisait ronronner de plaisir était aussi la voix qui l'avait traitée comme une indésirable quelques minutes plus tôt aux yeux de tous. Chaque mot parfaitement articulé raisonnait dans la tête brune. L'intonation n'était certes pas la même mais ce fut pire pour la jeune femme.

Son dos se raidit et elle lui lança un regard acéré. Eh bien quoi ? Il ne la disputait pas ? Il redevenait gentil et attentionné ? Il passait d'un discours humiliant et paternaliste à ça ? Et sans la moindre transition... Vamp gronda. Elle n'était pas une poupée avec laquelle on joue en fonction de ses humeurs. Elle trouvait cela irrespectueux de la part de Lin. S'il avait été en colère contre elle, elle aurait amplement préféré qu'il laisse éclater sa fureur sur ses épaules plutôt que de changer ainsi de comportement.

La jalousie et ce sentiment d'injustice bouillonnèrent en elle comme les tremblements qui annoncent l'irruption. Très lentement, ses mains quittèrent l'animal alors que son corps se redressait de toute sa hauteur. Si elle dominait Lin de sa taille, c'était avant tout du regard qu'elle le surplombait. Altière et froide, sa posture était si rigide que tous les os de sa colonne vertébrale auraient pu se trouver être faits de métal, cela n'aurait pas surpris les témoins potentiels de la scène. Prudent, le chien s'enfuit, son déhanchement grotesque disparaissant au coin de la rue qui l'avait vu apparaître.


- Ta jolie princesse blonde en détresse n'a plus besoin que tu voles à son secours, donc tu te tournes vers la brune ?

Son ton était posé, glacé et un brin supérieur. Une colère froide. Elle ne souriait pas. Elle ne se moquait ni de la situation ni d'elle-même, comme elle en avait l'habitude. Son visage était épuré de toute émotion et se contentait d'être tourné vers l'homme, lisse et implacable. Enveloppée de son manteau sombre, Vamp était entourée par les ténèbres et si sa silhouette n'était pas parfaitement  devinable, la blancheur de son visage faisait ressortir ses yeux noirs sans l'ombre d'un doute.

- Des situations « intenables », vraiment... ? Une soirée dans la semaine, j'ose me mettre à la recherche de mon compagnon et je le trouve en compagnie d'une femme. Le même soir où il m'a dit ne pas pouvoir passer ces heures-ci avec moi, je le surprends auprès d'une autre. Alors ne me parle pas de tes situations intenables.

Même à ses propres oreilles, sa tirade sonnait mal. Vamp avait la sensation d'entendre ces donzelles qu'elle avait croisées plus d'une fois en taverne, se lamenter sur la potentielle infidélité de leurs époux avec des arguments et des preuves à trois sous. Elle ne savait pas dans quoi exactement trempait Lin mais se doutait, à tête reposée, que ces « situations intenables » pouvaient être bien au-dessus de la simple jalousie dont elle était victime. Mais qu'importe, elle y penserait plus tard...

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Sam 19 Juil - 17:54

Il soupira. Elle était sortie, docilement. Mais il savait bien qu'elle n'était pas docile. Il y avait forcément quelque chose quelque part qui se déclencherait. Et la stature déliée de la brune au-dessus de lui, cette assurance sans faille et cette raideur caractéristique étaient les preuves de cet énervement contenu quelques instants auparavant. Elle n'avait pas décidé de se plier à son injonction. Elle avait simplement retardé le moment où elle la lui reprocherait.

L'ancien barbu resta un instant immobile, les mains pendant entre ses genoux pliés. Il n'avait pas spécialement envie de se battre. Il avait ressenti un vif agacement un peu plus tôt mais il s'était apaisé avec les conditions dans lesquelles il se retrouvait maintenant et l'idée d'une énième querelle avec la brune l'ennuyait. Il releva un regard las sur la jeune femme sans se relever pour autant, peu désireux d'une soirée belliqueuse.


Vamp, écoute, ça n'…

Elle le coupa. Interrompu, le jeune homme laissa sa mâchoire pendre légèrement, tant sous la surprise que sous l'incrédulité. Elle lui avait coupé la parole. Et pourquoi ? Pour le rabrouer. Le temps qu'elle parle, il avait refermé la bouche et ses mâchoires s'étaient enclenchées, dents serrées. Il n'avait pas envie de se battre mais elle ne semblait pas disposée à le laisser en paix.

Il secoua lentement la tête alors qu'il se redressait, époussetant ses braies tant pour les lisser que pour se donner une contenance le temps de déplier sa carcasse. Il était légèrement tourné par rapport à elle et son profil de trois quarts était tourné vers la brune. Une fois tous ses centimètres déployés, il pivota vers elle, le regard durci. Il voulait aplanir les choses, pas les envenimer. En ouvrant la bouche, il voulait le lui expliquer. Elle ne lui avait pas laissé d'occasion, il ne s'y aventurerait pas de nouveau.

D'un coup d'un seul, il s'était refermé comme une huître, aussi hermétique qu'il l'avait été lorsqu'elle avait frappé cette blonde. Les yeux ternis par l'irritation, il actionna ses mandibules, les muscles roulant sous la peau tendue. La voix qui s'éleva n'était pas franchement amène.

Je t'ai prévenue que je travaillais. Et c'est ce que je faisais. Tu n'accepterais pas que j'interfère dans tes activités et certainement pas de la sorte.

Il ne lui dit pas de se mettre à sa place, ni même d'essayer de voir avec un peu de perspective ce qui s'était passé. Il n'avait pas envie de lui mâcher le travail et il était persuadé que sa mauvaise foi prendrait le pas sur sa bonne volonté.

Je te parle de situations intenables pour moi. Si elles le sont pour toi, c'est une autre affaire.

Ses mains trouvèrent le fond de ses poches alors qu'il perdait les quelques centimètres qu'il gagnait sur la jeune femme, comme s'il marquait physiquement la fin de ce qu'il avait à dire.
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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Dim 20 Juil - 6:08

Il serrait les dents. Vamp grimaça intérieurement et dut prendre sur elle-même pour ne pas venir contre lui et lui caresser les joues afin de décontracter la mâchoire du jeune homme. Elle détestait qu'il fasse cela. Mais si cette attention frappa sa conscience, sa posture et son visage restèrent de glace.

Il était en colère. Le regard qu'il rivait sur elle le lui faisait bien comprendre, il se tenait campé sur ses jambes et sa voix était implacable. Imperceptiblement, Vamp déglutit. Pas de peur. Lin pouvait être impressionnant dans ses moments de colère, mais elle ne le craignait pas. En revanche, il était très séduisant. L'espace de quelques secondes, le gel de son regard fondit pour laisser place à la tendresse et à un début d'ardeur. Mais seulement quelques secondes.

Ses paroles l'obligèrent à redresser son menton et son regard retrouva tout son tranchant. Ses bras se croisèrent sur sa poitrine en un geste qui se voulait naturel. Il commençait à l'irriter sérieusement et elle ne voulait pas perdre le contrôle de sa colère. Le plus discrètement possible, ses doigts se resserrèrent avec force sur ses avants-bras, cherchant la maîtrise dans la douleur.


- Tes activités ? Est ce que tu plaisantes ?


Sa main lâcha son bras pour lui présenter la taverne qu'ils venaient de quitter.


- Ca, c'est ta vie Lin. JE suis ton activité. Tu passes le plus gros de ta journée là-dedans ou à veiller sur Larson. Calcule le nombre d'heures que tu as passé en sa compagnie et compare-le au temps que tu m'as accordé. Et tu trouves que j'interfère ?!

Sa voix chuta encore de quelques degrés, perdant toute étincelle chaleureuse. Vamp était si rigide  qu'en cas de chute elle aurait pu se briser en mille morceaux, comme de la porcelaine. Son regard noir ne cillait pas, plongé dans celui du jeune homme.

- Il n'est pas dans mes habitudes de te voir à la table d'une autre femme. Je sais que tu travailles. Mais en toute sincérité, pour moi ce n'est qu'un détail qui passe au second plan lorsque je te surprends à bavasser avec une blonde au lieu de passer la soirée avec moi.

Ses propres paroles la frappèrent et pour la première fois, elle détourna le regard. Elle venait de se lancer son propre égoïsme en pleine figure. Dans l'obscurité, Vamp se mit à rougir. Ses doigts tirèrent maladroitement sur le tissu qui retenait encore son attelle. Sa posture avait complètement perdu de sa rigidité de fer et ses épaules s'étaient légèrement affaissées. Elle s'en voulait soudainement de son geste, de cette soirée et de réclamer de l'attention à Lin. Ce n'était pas elle. Et ce n'était certainement pas eux.

Sa voix s'éleva, plus douce et plus incertaine.


- Mmh écoute, je...


Ses lèvres s'entrouvrirent de surprise alors qu'elle venait de remarquer quelque chose. Un rayon de lune caressait les traits du jeune homme. Ses yeux noirs s'accrochèrent à son visage alors qu'elle s'avançait lentement vers lui. Vamp s'approcha tout près. Si près que la manche de son manteau effleurait le poignet du jeune homme. Si près qu'elle pouvait entendre le son de sa respiration. Si elle se redressait de quelques millimètres sur la pointe des pieds, elle aurait pu l'embrasser. Mais Vamp ne voulait pas l'embrasser. Elle cherchait à vérifier ce qu'elle avait cru apercevoir.

- Ta barbe ! Tu l'as... Elle est beaucoup moins longue que...

Elle en bafouillait d'incompréhension. Des yeux vierges de toute colère ou froideur se levèrent sur ceux de l'ancien barbu, cherchant une réponse à la question silencieuse qu'ils sous-entendaient. La jeune brune était de retour dans sa vie et, logiquement, sa barbe aussi. Ça n'avait aucun sens.

Puis ce fut la désillusion. Si le sentiment glacé de sa colère s'était égrené lentement en elle, le froid de cette révélation la glaça instantanément, tombant lourdement sur ses épaules. Le regard qu'elle rendait au jeune homme se teinta d'une douleur sourde et les rougeurs qui enflammaient ses pommettes quelques minutes plus tôt s'évanouirent aussi sûrement que de la craie rouge soufflé par le vent.

Sa question s'éleva entre eux, dans un souffle. Si Lin n'avait pas été si proche d'elle, il ne l'aurait sans doute pas entendue.


- Elle n'est pas venue t'embêter, cette femme... C'est toi qui l'a abordée, n'est ce pas... ?

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Dim 20 Juil - 16:22

Le jeune homme resta calme alors que Vamp s'exprimait sur ce qu'elle avait en tête et sans aucun doute, dans le sang. Ses paroles formèrent une bulle de compréhension dans l'esprit de Lin alors qu'il prenait conscience de ce qui agitait la brune. Elle n'était pas spécialement emplie d'animosité à l'intention de cette blonde-là. Ce poing ne la visait pas elle en particulier. Il visait toutes celles que l'ancien barbu aurait pu avoir dans son périmètre proche. Il visait la nature même de son travail. Un soupir silencieux vida les poumons du jeune homme alors qu'il prenait conscience de ce sentiment qui animait la jeune femme. Elle était tout simplement jalouse.

Ils s'étaient retrouvés après une longue absence. L'un comme l'autre avait évolué sur des chemins qui ne s'étaient plus entremêlés depuis bien longtemps et si les réminiscences d'un passé commun les maintenaient dans une proximité distendue depuis le départ de la brune, ni l'un ni l'autre ne savait comment resserrer des liens qui s'étaient relâchés. Ils n'avaient jamais eu à surmonter ce genre de chose. La seule fois où Vamp s'était retrouvée loin de Lin, ça n'avait pas duré plus d'une semaine et ce n'était de la volonté d'aucun des deux. Un bourreau à la folie patentée l'avait enlevée dans une cabane reculée pour l'y torturer et le barbu de l'époque s'était empressé de la retrouver, les indices à sa disposition lui permettant le miracle des retrouvailles.

Quand il y repensait, un drôle de sentiment lui étreignait le torse. Depuis qu'il l'avait rencontrée, il n'avait jamais été loin d'elle et n'avait jamais voulu l'être. Il n'était pourtant pas des plus amènes avec les étrangers et la proximité des gens le rendait plus nerveux qu'autre chose. Il aimait la compagnie pour un moment seulement et avait besoin de pouvoir se retirer seul dans sa caverne tel un ours quand il en ressentait le besoin. Vamp avait colonisé cette caverne. Et il avait trouvé cela charmant. Pas une once d'hésitation à lui laisser toute la place.

Un mince sourire étira les lèvres du jeune homme à cette pensée. Elle s'était imposée à lui avec un naturel qui ne trompe pas et il savait que ce genre d'amour pouvait supporter la distance, de quelle que nature que ce soit. Il fallait simplement qu'ils trouvent par quel chemin il passerait pour ne pas s'y embourber.

Alors qu'il relevait les yeux pour donner quelques éléments de ses pensées à la jeune femme, celle-ci apparut bien plus proche de lui qu'il ne l'avait évaluée quelques instants auparavant. Vraiment plus proche. Il déglutit de cette soudaine proximité à laquelle il n'avait pas pu se préparer et pesta intérieurement contre la contraction involontaire de son ventre au sentir du souffle sur son menton.

Au grand soulagement de ses sens malmenés, Vamp parla. Et ce qu'elle dit calma assurément les palpitations amoureuses du coeur du jeune homme. Il ferma les yeux, comme dans un mauvais rêve. Etait-il possible que les choses s'enfoncent plus profondément dans le bourbier de l'incompréhension ? Ce n'est qu'in extremis qu'il retint le soupir qui gonflait dans sa gorge avant de parler.


Je l'ai abordée, en effet. Ca a dû être d'autant plus étonnant pour elle de se ramasser tes phalanges alors qu'elle se tenait en position d'invitée. Tu comprends ?

Le ton de sa voix était calme, presque doux. Il ne voulait pas attiser la jalousie qu'il avait senti poindre sous les mots de la brune et il s'essayait à l'assertion la plus simple. La femme qu'il avait sous les yeux comptait pour lui et tout irritante pouvait-elle être, elle constituait la seule personne à qui il faisait vraiment attention. Ou tout du moins, avait vraiment fait attention jusqu'à son départ inopiné.

Il finit par soupirer alors que la paume de sa main passait sur sa barbe rase. Un réflexe. Il l'avait taillée, pas entièrement rasée. Il ne savait pas tout à fait pourquoi. Il voulait la garder, parce que Vamp était revenue. Mais il ne voulait pas qu'elle devienne fournie, parce qu'il savait qu'il aurait affaire à d'autres femmes. Un dérangeant sentiment de dilemme s'insinua dans son torse alors qu'il détournait les yeux de la pâlotte. Sa voix se fit alors un peu moins posée.

Ca, c'est par habitude. Trois ans, ça laisse des traces.
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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Lun 21 Juil - 4:50

Elle écouta ses paroles sans la moindre réaction. Vamp détourna la tête sur le côté, soustrayant volontairement le visage du jeune homme à son regard. Ses pupilles se perdirent un instant dans l'obscurité d'une ruelle. Cette absence de barbe la blessait plus cruellement qu'aucune parole ou dispute. De son point de vue, en portant la barbe, Lin redevenait son homme aux yeux de tous. Il redevenait l'homme qu'elle avait laissé trois ans plus tôt. La raser, c'était accepter que d'autres femmes s'approchent de lui.

Le silence s'installait mais Vamp ne le brisa pas. Si les explications de Lin étaient claires, elles ne répondaient qu'à une partie infime de ses interrogations. Le jeune homme ne revenait que sur une fraction de son discours. Désirait-il esquiver le sujet ou éviter le conflit ? Dans les deux cas, la jeune brune n'avait pas les réponses qu'elle attendait.

Lentement, la lassitude enveloppa son cœur et Vamp se sentit abandonner la partie. Son regard n'avait pas quitté la ruelle sombre mais il s'y perdait sans la voir précisément. Elle prit enfin la parole, résumant la situation à mi-voix, sans s'adresser directement à son compagnon.


- On ne vit pas ensemble. On ne dort pas ensemble et on se voit peu. Je te surprend avec une femme que tu as abordée de ton propre chef et que tu présentes comme victime. Et tu me donnes des explications qui évitent le cœur du problème.

Elle avait terriblement besoin d'un câlin et d'un bisou sur le front. Si grande et si fière qu'elle fut, la jeune femme voulait qu'il la prenne tout contre son torse et qu'il la berce en lui assurant son attachement. Mais Vamp ne bougea pas d'un pouce. Elle l'avait abandonné, elle devait se soumettre à sa nouvelle vie. Et puis elle avait bien trop peur de perdre Lin une seconde fois pour véritablement avoir des réponses qu'elle n'était pas sûre de vouloir connaître au fond.

Sa voix s'éleva, sans timbre et manquant de conviction. Mais au moins n'hésitait elle pas.


- Je n’interférerai plus dans ta vie. Je me contenterai de venir te voir aux horaires où tu n'es pas occupé et à me contenter du temps que tu m'accordes. Et je ne me mêlerai pas de tes activités.

Elle s'était retournée vers Lin mais n'avait pas levé les yeux pour le regarder en face. Ses iris sombres s'étaient arrêtées à l'épaule du jeune homme, trop lâches pour croiser celles de l'ancien barbu. Aucune émotion ne se lisait sur son visage, pourtant la douleur que ses paroles avaient fait naître se reflétait dans ses yeux. Devant Lin, Vamp avait toujours été un livre ouvert.

Ses mains s'enfoncèrent dans ses poches. La discussion était close et elle s’apprêtait à prendre congé lorsque ses doigts touchèrent un métal froid. La clé de sa mansarde. Le but de son épopée nocturne et la bonne nouvelle de la soirée. Sans grande conviction, Vamp la sortit de sa poche. Même si la soirée était loin de se passer comme elle l'imaginait, il était hors de question de ramener la clé chez elle. Sa bonne humeur s'était envolée depuis longtemps et ce qu'elle tenait entre ses doigts n'avait plus rien de symbolique. Juste un bout de fer tordu.

Mais c'était la clé de Lin. Les yeux rivés sur celle-ci et avec une pointe d'embarras, le seul sentiment qui transpirait de sa voix, la jeune brune justifia sa présence dans la taverne.


- J'ai emménagé dans l'après-midi. Sous le toit du bâtiment qui fait face à la taverne où nous nous sommes revus pour la première fois. Je ne t'ai rien dit car ce devait être une surprise.

Il n'y avait pas de sourire sur son visage, ses yeux ne riaient pas et la joie était la grande absente dans l'intonation de sa voix. Vamp était vide et distante. Son explication n'était ni froide ni chaleureuse. Elle se contentait d'expliquer des faits.

- Je suis venue t'amener le double de ma clé pour que... mmh...

Pour que quoi ? Pour qu'il puisse venir se glisser dans son lit après le travail, contre son dos, et qu'elle puisse se réveiller à ses côtés ? Vamp frissonna. Ils étaient présentement à des années lumières de ce genre de situation. Sans prendre la peine de finir sa phrase, elle glissa la clé contre la paume du jeune homme.

- Mmh il est encore tôt, je suppose que tu n'as pas fini ta soirée de travail. Je vais te laisser en paix. Et puis, je suis fatiguée. Je passerai sans doute te voir demain.

Vamp se détourna pour s'éloigner avant de faire de nouveau volte face, comme si elle oubliait quelque chose. Brièvement, elle embrassa le jeune homme sur la joue avant de s'enfoncer dans la ruelle. Il n'y avait rien dans ce baiser. Ni chaleur ni tendresse. Une première pour Vamp.

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Lun 21 Juil - 11:40

C'est le dos de la jeune femme qui reçut le regard interloqué de Lin. Ses yeux s'étaient posés sur elle alors qu'elle tournait les talons et il regardait la nuque dégagée s'avancer dans l'obscurité de la ruelle en face, les mèches brunes trop courtes pour l'occulter. Il ne comprenait pas cette soudaine froideur de la part de la brune et un malaise surprenant fit tanguer ses sens.

Vamp n'était pas le genre de femme à se résigner ni à se laisser embobiner par qui que ce soit. Si elle voulait quelque chose, elle l'obtenait. De gré, ou de force. Elle avait d'assez multiples atouts pour soustraire n'importe quel bien, matériel ou non, à qui que ce fut. Et Lin était le premier à succomber à ses armes, palpables ou non. Alors pourquoi s'inclinait-elle ainsi ? Il avait occulté l'approfondissement de ses explications pour ne pas envenimer les choses. Il avait pleinement conscience que la nature actuelle de son activité découlait de celle passée et en discuter le mènerait forcément à évoquer ce qu'il avait pu faire par le passé. Et il ne le désirait pas. Tant pour son bien que celui de Vamp.

Mais ce n'était pas dans la nature de la jeune femme de ne pas gratter plus. Ou au moins, de jouer de mauvaise foi pour partir la tête haute. Cette subite défaite et ce manque de volonté à changer le cours de la conversation laissèrent un grand vide devant l'ancien barbu qui le mettait mal à l'aise. Il ne reconnaissait pas la femme qui lui avait tenu tête avant même de savoir qui il était. Son nez se plissa alors qu'il fronçait les sourcils. Non, il n'aimait pas ça.

Ses doigts se resserrèrent sur ses paumes et les ongles attaquèrent la chair. Sauf dans sa main gauche, où un morceau de métal interdisait l'accès de l'épiderme aux formations cornées. La froideur de la clé contre sa peau et la rigidité du métal ne firent qu'attiser le mécontentement de Lin et il fourra nerveusement la clé au fond de sa poche. Non, il n'aimait vraiment pas ça.


Vamp !

Son nom avait résonné dans l'air avec une force brute, comme venue des tréfonds de la gorge masculine. Le son avait vibré, net dans l'air silencieux de la nuit et il précéda les pas décidés du jeune homme qui rattrapait la brune dans la rue, plusieurs mètres plus loin.


Tu ne crois quand même pas que tu vas me laisser un bout de métal en guise de bienvenue, j'espère.

Il la retint par le poignet, l'obligeant à se retourner vers lui. Il y avait quelque chose dans son attitude qui dénotait une certaine fébrilité, bien qu'il se maîtrisait tout à fait. Peut-être était-ce la lueur dans ses yeux, ou la moiteur de ses mains. A sa hauteur, il ne s'embarrassa pas des convenances de distance et se campa face à elle, un peu trop proche pour respecter son espace personnel. Pris dans ce qui lui agaçait l'esprit, il ne faisait pas attention à la bienséance. Et puis, elle était sa compagne, après tout.

Tu vas au moins me faire faire un tour du propriétaire. Quitte à t'écrouler de fatigue sur le lit à la fin de la visite.

Au ton de sa voix, on aurait presque attendu une petite injonction de mécontentement grognon, un "Hein, alors, bon !" de celui qui n'a plus rien à dire mais veut tout de même marquer sa détermination. Ses yeux rivés sur le visage blanc, il croisa les bras pour se donner un peu plus de prestance alors qu'il lui imposait d'être escortée jusque chez elle.
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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Lun 21 Juil - 13:44

Instinctivement, ses omoplates se raidirent et la jeune femme se redressa de quelques centimètres. Elle n'avait pas pour habitude d'entendre son nom crié en pleine rue et son instinct lui soufflait d'attaquer. Mais son cœur s'enveloppa d'une crème veloutée. C'était son nom crié par la bouche de Lin. Elle n'eut pas le temps de se raisonner et de passer l'étape « guimauve » que son poignet se trouvait déjà emprisonné.

Vamp détestait que l'on pose la main sur elle. Elle ne supportait pas que l'on vienne souiller son épiderme. Ce n'était pas coquetterie ou vanité de sa part. Enfant, son esprit avait été contrôlé, pétri et conditionné. On s'était emparé d'elle pour en faire une marionnette de l'Enfer. L'esprit abîmé, Vamp n'avait plus que l'intégrité de son corps pour elle. Son être avait été corrompu aussi mettait-elle un point d'honneur à ce que son corps reste vierge de toutes souillures extérieures. Les gens qui pouvaient poser la main sur elle étaient extrêmement rare, même dans son entourage proche.

Avec Lin, c'était différent. Dés les premières heures, elle avait ressenti le besoin de le toucher et d'être touchée. Pas le désir, mais le besoin. La main, le poignet, le menton ou le nez. La nécessité de sentir sa peau se soulever au rythme de sa respiration, d'apprécier ses frissons lorsqu'elle venait lui mordre le cou. Dans un même lit, il fallait qu'elle vienne se lover contre ses côtes, même en plein été, quitte à étouffer de chaleur.

Mais c'était surtout le toucher de Lin qui avait un effet étrange sur elle. Les mains du jeune homme lui apportaient des sensations qu'elle n'avait jamais recherchées chez aucun homme. Elles pouvaient la calmer comme la rendre impatiente. C'était la sécurité, la protection et la passion. Lin s'interposerait toujours entre elle et le danger, tout comme la jeune brune le ferait pour lui. C'était un accord commun dont ils n'avaient jamais parlé. Si Vamp avait si mal vécu ces mois à errer dans des ruelles infestées par la peste, c'est aussi parce que le jeune homme n'était pas là pour la protéger de ce qu'elle voyait et de ce qu'elle sentait. Elle fonctionnait avec lui. Vamp avait survécu à son voyage mais avec bien des difficultés que la présence du barbu aurait occultées sans aucun problème.

Et les mains de Lin avaient une autorité érotique impériale sur le corps de la jeune femme. Une caresse, une griffure, et Vamp se retrouvait volontiers nue entre ses bras. Ses paumes arrivaient à la faire frissonner, se cambrer et se redresser avec une passion que les mois écoulés n'avaient jamais réussi à ternir. Elle l'aurait emprisonné au lit sans une once de culpabilité pour le garder toute la journée sous son appétit et l'empêcher de se rendre au travail.

Lorsque la peau de son poignet ressentit le toucher de ses doigts s'y refermer, son corps se hérissa, accueillant ce contact comme un vieil ami que l'on reconnaît malgré le temps passé. C'était Lin. La jeune femme n'oubliait pas la situation, la scène de la taverne ni les paroles échangées quelques minutes plus tôt. Tout était parfaitement gravé dans sa tête. Mais c'était Lin. Cette sécurité qui soulageait la tension de ses omoplates. Ses doigts d'homme qui lui imposaient sa présence en s'autorisant à la toucher.

Ses yeux se levèrent pour accrocher ceux du jeune homme. Elle était bien trop surprise et bien trop victime du bouillonnement qui enflait dans son ventre pour dire quoi que ce soit. Ses lèvres restaient entrouvertes mais, déjà, son regard avait changé. Une petite étincelle scintilla dans l'obscurité de ses pupilles avant d'être soufflée de nouveau par une légère incertitude.


- Mmh... C'est vrai ? Tu veux vraiment ?

Elle marquait une hésitation très nette mais le jeune homme semblait sincère. Et puis ce n'était pas vraiment une demande de sa part. Prise de court, Vamp hocha la tête sans vraiment réfléchir.


Ils marchèrent de longues minutes. La jeune brune restait silencieuse, campée aux côtés de l'ancien barbu. Elle ne savait pas quoi dire et préférait s'imprégner de cet instant. Elle ressentait la présence de Lin et se concentrait sur le rythme de son pas, imaginait sa démarche vue de dos et le balancement de ses épaules. Les rues étaient pratiquement désertes à cette heure. En quittant la ruelle sinueuse, la distance d'un bras tendu les séparait. Mais plus les minutes passaient et plus Vamp se rapprochait inconsciemment de ce corps qui l'accompagnait. C'était incontrôlable, presque agaçant, mais ses pas l'amenaient sans cesse vers lui et, bientôt, l'espace se réduisit à une largeur de main. De par leur proximité, aux yeux des rares badauds et autres ivrognes qu'ils croisèrent, les deux jeunes gens étaient clairement un couple.

Une dizaine de minutes plus tard, Vamp grimpait l'escalier qui menait à son chez elle. Il n'y avait pas de palier, les marches de bois se terminaient directement par la porte de sa mansarde. Ce fut délicat. Que Lin marche dans la rue à ses côtés ne lui posait aucun problème. Mais elle avait dû passer devant lui pour monter l'escalier et le sentir dans son dos, dans un espace aussi réduit, faisait remonter un frisson de désir le long de sa nuque découverte. Elle imaginait parfaitement ses épaules, plus larges que les siennes, et sa carrure qui pouvait la dominer malgré les deux marches qu'elle avait d'avance sur lui. Deux marches qui comblaient bien les quelques centimètres qu'il avait de plus qu'elle. Si elle se retournait, Vamp serait pile à la même hauteur que lui. Elle pourrait le regarder droit dans les yeux et avoir un accès direct à ses lèvres.

Elle serra très fort la poignée de la porte avant d'y introduire la serrure. Le battant de bois s'ouvrit avec un crissement discret et Vamp se glissa à l'intérieur de la petite pièce. Le lit prenant une place conséquente, la porte ne pouvait s'ouvrir entièrement et se contenta de buter mollement contre les couvertures moelleuses.


- Mmh voilà. Comme tu peux le voir, la visite ne va pas te prendre des heures...


Un sourire timide étira les lèvres de la jeune femme et elle appuya une épaule contre la poutre centrale, le seul endroit véritable où elle pouvait se tenir debout et droite. Les bras croisés sur son buste, elle laissa le jeune homme se familiariser avec la pièce.

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Lun 21 Juil - 15:12

Lin n'avait pas réfléchi alors qu'il imposait sa volonté à la jeune femme. Cette clé dans sa main s'était érigée en mur froid entre elle et lui alors qu'elle s'éloignait et il avait voulu briser cet aspect de glace en découvrant les lieux où résidait la brune en sa présence. Après tout, s'il prenait ce double, il y serait accepté un peu comme chez lui. Et n'importe quel chez lui véritable nécessitait Vamp. Au vu du gourbi dans lequel il dormait quand le sommeil lui tenaillait l'esprit, on pouvait aisément comprendre qu'il ne le considérait pas comme un chez lui. En revanche, là où vivait Vamp, c'était différent. Au-delà de l'aspect logique du lien qu'il aurait, il voulait véritablement en créer un. Parce que retrouver Vamp, c'était aussi retrouver leur vie commune. Même s'il ne savait pas comment, il savait qu'il le voulait. C'est donc sans hésitation qu'il lui emboîta le pas.

Un mince sourire étira ses lèvres alors qu'il suivait la silhouette longiligne dans des escaliers bien trop étroits pour le laisser indifférent. Il y a trois ans et quelques mois de cela, ce genre de situation aurait rapidement dégénéré. Les murs du couloir miniature étaient bien trop proches pour qu'ils s'y glissent tous les deux sans que le dos de l'un s'y présente sous la fermeté du corps de l'autre. Certainement le plaqué se serait-il défendu et aurait alors rendu la pareille au plaqueur. La porte à laquelle accédait Vamp actuellement n'aurait eu aucune chance d'être ouverte aussi soigneusement. La poignée aurait été malmenée jusqu'à ce qu'elle cède et le poids du jeune homme faisant pression sur la jeune brune aurait achevé les gonds. Parce qu'évidemment, Lin ne doutait pas qu'il aurait fini par prendre l'ascendant. Par l'emprisonner contre le battant de bois. Par faufiler ses doigts sous les tissus de ses vêtements amples.

Il dut se racler la gorge alors qu'elle ouvrait la porte pour ne pas la propulser dans la semi-ouverture et la basculer contre le sol sans préavis. Il détourna le regard de l'entrée un bref instant, le temps pour lui de rouler des épaules, tentant d'abaisser la tension qui montait dans son torse. S'il se demandait parfois comment ils parviendraient à recoller les morceaux, il n'avait pas de doute quant au fait qu'ils y arriveraient un jour. Il y avait chez Vamp quelque chose qui attirait irrésistiblement Lin et il n'avait jamais ressenti la moindre sensation proche de celle-ci avec quiconque. C'était pour lui le gage qu'elle était particulière et que cette unicité lui assurait un avenir à son côté. Quel avenir et quel côté, ça, c'était encore à déterminer.

Il finit par relever les yeux, un peu plus calme maintenant que la brune se tenait à l'intérieur de la chambre. Puisque c'était bien d'une chambre qu'il s'agissait. Une poutre centrale massive soutenait le toit directement au-dessus et un lit immense mangeait quasiment tout l'espace. En vérité, le meuble n'était pas si énorme mais la petitesse de la pièce rendait les proportions surprenantes. De l'autre côté de la poutre, comme si elle constituait un mur, se trouvait une baignoire, surmontée par des pains de savon et des pots de miel. Leur vision arracha un sourire à l'ancien barbu alors qu'il se faufilait par l'entrebâillement de la porte. Celle-ci était bloquée par le pied du lit qui avançait relativement loin et il se surprit à se demander s'il pourrait refermer la porte du bout des orteils quand il serait étendu sur le matelas.


Waouh … C'est …

Il resta un instant silencieux, incapable de trouver un adjectif qui lui convienne. Ce n'était pas extraordinaire ni particulièrement remarquable. A vrai dire, c'était même assez petit et assez sombre. Mais il y avait dans la pièce une atmosphère qui avait saisi Lin comme il s'y glissait. Une sorte de calme sous les mansardes, un apaisement des poutres. Ses sourcils se froncèrent alors qu'il tentait d'élucider le mystère de la sensation dans son torse et il leva les mains pour désigner autour d'eux.

C'est … fin … je sais pas, c'est comme … il y a … enfin …

Il grogna, frustré. Comme un mot qu'on a sur le bout de la langue sans parvenir à le sortir, le sentiment ici se baladait sur le bout de son coeur sans se laisser attraper. Il s'activa pour se changer les idées, songeant que moins il y penserait, plus elle s'imposerait à lui.

Il entreprit donc de faire quelques pas dans le maigre espace laissé libre par le mobilier, se contentant en substance de contourner la poutre et la jeune femme qui s'y était appuyée. Une effluve de l'odeur de la jeune femme parvint aux narines de l'ancien barbu alors qu'il se tenait un pas derrière elle, de dos aux trois quarts. Elle se mêla aux senteurs de bois émanant des poutres, diffusant rapidement jusqu'au fond du crâne du jeune homme. Il en ferma les yeux de satisfaction.

Il n'avait plus de doute quand il les rouvrit. Cet endroit lui plaisait. Parce qu'il y avait des poutres, parce qu'il y avait un lit, parce qu'il y avait une baignoire. Et parce qu'il y avait Vamp. Il savait ce que lui rappelait l'endroit. Leur cabane. Celle qu'ils avaient construite au fin fond d'un bois, dans les environs de Murat. Du bois, un lit, un bain, un Cadavre.

Il s'approcha silencieusement dans le dos de la brune, la respiration calme pour ne pas l'affoler. L'une de ses mains s'éleva lentement dans l'air avant de se poser doucement sur l'épaule de la jeune femme. Sa paume enveloppa le relief du haut de son bras alors qu'il se penchait dans son cou, ses lèvres se posant délicatement sur courbe de son épaule. Il resta ainsi un instant, immobile et silencieux, s'imprégnant de l'endroit autant que d'elle. Bien qu'il préférait ne pas y penser, la présence de Vamp lui manquait et ces rares moments d'intimité se présentaient à lui comme des bouées pour des naufragés.

La minute d'après, il s'était éloigné de quelques pas et s'était adossé au mur à côté de la baignoire, les mains croisés derrière son dos, à plat contre le souteneur de la bâtisse. Quand sa voix s'éleva, on ne pouvait pas dire s'il parlait de la pièce ou de l'instant écoulé.


C'est charmant.
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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Lun 21 Juil - 17:11

Vamp avait le regard rivé sur les plis du matelas. La soirée était vraiment trop étrange pour elle. La jalousie de la jeune brune était toujours présente, tapie silencieusement dans le creux de son ventre, mais bien là. Pourtant Lin l'avait suivie. Mieux, la proposition venait de lui-même et cela ne la laissait pas indifférente. Tout s'embrouillait dans sa tête. La blonde. Son poing et le nez cassé. Le ton sévère de Lin. L'amertume qu'elle avait ressentie.

Las, la jeune femme ferma les yeux, cherchant à chasser les événements de sa tête. La présence de Lin dans la pièce parasitait le fil de ses pensées et l’empêchait de se concentrer. Tous ses sens le percevaient et stimulaient une partie de son cerveau qui était loin d'être connecté à quoi que ce soit de raisonnable.

Elle venait tout juste de rouvrir les yeux avec détermination, sûre d'avoir repris le contrôle lorsqu'elle sentit sa présence juste dans son dos. Lin. Dans son dos. La jeune femme respira plus fort. Le geste du jeune homme avait l'avantage de balayer les pensées qui se bousculaient dans la tête de la brune. Vamp ne pensait plus à rien. Le vide total. Juste Lin. La main de Lin. Les... Les lèvres de Lin ? La jeune femme rougit. Son corps connaissait par cœur celui de l'ancien barbu et sa peau pouvait reconnaître ses lèvres entre mille. Mais le baiser du jeune homme n'était pas gourmand. C'était une attention pleine de tendresse et les rougeurs sur les pommettes blanches prirent de l'assurance. Elle ferma les yeux alors qu'elle l'entendait s'éloigner, creusant en elle-même pour retrouver son calme et endiguer le flot de sang qui noyait ses joues.

Il lui fallut une longue minute avant que ses yeux ne se rouvrent. Sa peau frémissait encore du contact de la bouche du jeune homme. Cette bouche, Vamp en avait soif. Maladroite, elle replaça l'une de ses mèches noires derrière son oreille en se raclant la gorge.


Sois naturelle. Naturelle. Na-tu-relle.

Il était à quelques pas d'elle. Appuyé contre le mur. Fort. Grand. Séduisant... Il n'en fallut pas plus. Lin avait goûté sa peau, il avait laissé la marque de ses lèvres sur son épaule. Une impulsion l'arracha à la poutre contre laquelle elle s'appuyait. C'était incontrôlable. Elle devait le toucher, sentir sa chaleur sous ses paumes, sous ses doigts et ses lèvres. Elle était attirée par ce corps et par cette couleur noisette qui la regardait. Une nouvelle étincelle vacilla dans l'ombre de ses yeux. C'était presque animal. Lin était à elle, elle le voulait.

Ses mains tremblaient mais cela ne l'empêcha pas de s'approcher de lui. Très près. Plus petite que lui, la jeune femme dut relever légèrement la tête pour ne pas quitter son regard. Lin avait des yeux magnifiques. Si elle ne lui avait jamais avoué, elle n'allait pas tardé à lui faire comprendre. Mais Vamp savait que si elle le touchait, Lin ne sortirait jamais d'ici avant le lendemain...

Tremblante de désir, sa main s'éleva pour toucher le cou du jeune homme. Du bout des doigts et sans quitter le regard noisette des yeux, la jeune brune laissa cheminer un caresse légère contre le cou viril de son compagnon. Sa main continua jusqu'à sa nuque, y passant son bras entier et se rapprochant du corps de Lin avec une violence et une impatience contenues. Sa longue jambe quitta le sol pour se glisser contre la hanche de l'ancien barbu, le poussant involontairement contre le mur à la force de son bassin. D'un mouvement souple mais autoritaire, Vamp prit appuie sur l'une de ses épaules pour enrouler sa seconde jambe autour de la taille du jeune homme. Ses deux bras se refermèrent autour de son cou alors que son dos se redressait pour le dominer à son tour de quelques millimètres. Les réflexes de Lin entrèrent en action dans la seconde et elle sentit ses bras puissants soutenir ses cuisses. Il n'en fallut pas plus pour embraser l'étincelle qui pétillait dans ses yeux noirs et pour embraser son regard.

Vamp trembla plus fort, luttant pour garder le contrôle de sa soif. Elle appuya l'une de ses mains fébriles contre le mur de bois dans le dos du jeune homme, ayant peur de serrer trop fort son cou et de le blesser. Elle se pencha sur son visage, délicieusement attirée. Délicatement mais avec une certaine fermeté, sa main se referma sur le menton du jeune homme, emprisonnant son visage dans un piège brûlant. Elle ne voulait pas qu'il s'éloigne. Elle voulait le garder contre elle. Elle voulait garder ces yeux rien que pour elle.

Les tremblements qui agitaient jusqu'à sa gorge hachaient sa respiration et ses cuisses se resserrèrent autour de la taille de l'ancien barbu. Elle touchait presque son nez du sien. Le visage penché, quelques unes de ses courtes mèches sombres s’échappèrent de derrière son oreille pour tomber vers le jeune homme, caressant ses pommettes. Pourtant Vamp s'immobilisa et une pointe d'interrogation perça dans son regard. Elle avait emprisonné le corps du jeune homme entre ses jambes et son visage entre ses doigts. Pourtant elle attendait un signe, un regard, un frémissement qui lui donnerait la permission de lui dévorer les lèvres.

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Ven 25 Juil - 8:51

Il croisa le regard de Vamp alors qu'elle baissait les yeux vers lui. Elle s'était retrouvée à le dominer sans qu'il ne comprenne vraiment comment. Ses bras s'étaient appropriés sa nuque, ses cuisses avaient élu domicile autour de ses hanches et il sentait peser sur lui le poids d'un corps qu'il désirait déjà. Il avait passé ses mains sous ses jambes instinctivement, lui donnant une assise solide comme pour signifier son accord à être englouti par le corps laiteux.

Les pupilles de l'ancien barbu étaient fixées sur celles de la brune, dilatées par le désir qu'elle avait déclenché tout à fait sciemment. Les yeux de Vamp étaient brûlants. Lin n'y était pas insensible et ses doigts se crispèrent sous ses cuisses, s'enfonçant doucement dans la chair. La brûlure qui assaillait son ventre s'accrût quand les mèches brunes vinrent effleurer ses pommettes et il ne sut masquer le frisson qui courut le long de sa colonne vertébrale. Elle le surplombait avec une assurance qui entamait les résistances de l'ancien barbu. La détermination qu'il sentait dans chacun de ses gestes lui vrillait le ventre et il sut rapidement qu'il n'y ferait rien. Il n'avait de toute façon pas la moindre envie de lutter.

C'était comme si sa conscience s'était éteinte au profit de son corps. Sa cervelle ne pensa plus, seuls ses membres guidaient son attitude. Il carra les épaules, tant pour assurer à la brune qu'il pouvait la soutenir sur ses hanches que pour lui signifier son envie de le faire. Les muscles féminins s'étaient resserrés autour de lui et les doigts blancs avaient pris possession de son visage. Il était enveloppé d'un corps lunaire décidé. Il esquissa un sourire. Combien de fois en avait-il rêvé ?

Il abandonna définitivement toute parcelle de raison et laissa libre cours à ce qui lui avait tant de fois tenu compagnie les années précédentes. Il inclina la tête et l'avança vers le visage de la brune avec une lenteur calculée, jusqu'à sentir son souffle à la naissance de ses lèvres. S'il avançait plus, il lui offrirait sa bouche. Mais ç'eut été trop simple. Il plongea brusquement son visage vers la gorge blanche, ses lèvres la goûtant sans prélude. Le toucher de cet épiderme, la saveur qu'il portait et l'odeur de Vamp atteignirent avec force les sens de l'ancien barbu. Il se détacha du mur pour mieux se presser contre la jeune femme, la bouche avide.

Le col boutonné de l'épais manteau noir gêna bientôt son menton et il grogna de frustration, ses mains se resserrant sur les cuisses dans un accès d'impatience. La sensation du tissu sous ses phalanges accentua son sentiment de privation. Il voulait sa peau, pas un rempart fibreux. C'était la sensation de son épiderme sous ses mains qu'il recherchait avidement. Entravé par les couches vestimentaires de la brune, il sentait gonfler en lui un mélange d'agacement et d'excitation, la pression d'un désir freiné.

Il n'hésita pas longtemps. S'il la voulait nue, il n'avait qu'à la déshabiller. Ce constat primitif le fit s'avancer au-delà de la poutre centrale, ses bras soutenant solidement la jeune femme autour de sa taille. Il tenait son visage à distance respectable du sien, par pur esprit de revanche. Elle n'était pas encore accessible, il ne le serait pas non plus. Ses traits reflétaient un certain engouement pour ce jeu de frustration et il releva des yeux luisants d'envie dans ceux de Vamp.

Quand il sentit ses tibias buter contre le rebord moelleux du lit, il bascula la brune dans le vide et sourit sincèrement alors qu'elle était étendue sur l'épais matelas, ses mèches courtes auréolant son visage pâle. C'était une vision qu'il n'avait pas eue depuis longtemps. Une vision qui lui plaisait réellement.

Mais le furieux désir qui grignotait sa patience l'interrompit dans l'observation de ce tableau. Il glissa ses doigts aux boutons frontières et les fit sauter un par un avec empressement. D'un mouvement vif, il écarta les pans du manteau de chaque côté de ce corps qu'il voulait tant, le noir du tissu encadrant le buste de Vamp. Il ne s'attarda pas sur la concordance entre les noirs des fibres vestimentaires et capillaires, trop pris par l'envie. Un second grognement de frustration s'éleva de sa gorge alors qu'il avisait la chemise blanche qui interdisait encore l'accès à la peau de la jeune femme. Il ne réfléchit pas plus que pour le manteau et attaqua les boutons sans ménagement. Qu'importe si certains sautaient dans la bataille, seul l'accès à cet épiderme immaculé comptait à ce moment-là.

Ses mains fébriles finirent par dévoiler la peau blanche et il n'attendit pas la moindre seconde. Il se pencha sur ce buste désormais nu et y pressa ses lèvres dans un soupir de soulagement, une onde plaisir descendant le long de son échine. Son nez effleura chaque creux, chaque courbe, suivi par ses lèvres qui les embrassèrent, n'oubliant aucun relief. Sa langue les secondait par moment, autour de la rondeur d'un sein ou du creux d'une côte. Ses mains bientôt vinrent compléter sa dégustation minutieuse, caressant, palpant, effleurant, pinçant même par endroit.

Empêtré dans un désir qui s'accroissait au contact de Vamp, Lin ne réfléchissait plus. Sa peau commençait à s'échauffer, son front à devenir moite, son souffle court. Il tremblait légèrement, la volonté de s'emparer de la jeune femme trop intense pour être canalisée. Il glissa des mains tant agiles que gourmandes au lien qui retenait les braies de la brune et tira brusquement dessus. Sans se soucier de la porte à demi-ouverte, il immisça ses doigts au contact de ses cuisses, impatient.

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Ven 25 Juil - 16:34

Un frisson de délice secoua son échine alors que le jeune homme l'allongeait sur le lit. Si elle avait déclenché la situation, Lin prenait visiblement les choses en main. Et avec une fermeté qui promettait bien des choses...

La fébrilité du jeune homme l'amusait autant qu'elle alimentait la brûlure dans le creux de son ventre. Vamp ne lutta pas, elle se laissa déshabiller sans la moindre honte. Elle n'avait jamais été pudique malgré son absence de forme et avait toujours adoré jouer de sa nudité pour chambouler les sens de Lin. Et surtout, elle avait bien trop soif de ses mains pour jouer à l'effarouchée.

Si Lin suintait l'impatience, Vamp se caractérisait par un calme qui aurait pu être réfrigérant. Passive, elle resta quelques secondes simple observatrice. Mais plus ces secondes s'égrenaient et plus son regard prenait de la chaleur. Le feu que Lin attisait commençait à rougir ses pommettes et à brûler ses lèvres. Il était en train de la dominer et n'allait pas tarder à la dévorer.

Elle sentait les paumes du jeune homme contre sa peau. Elle était caressée par son souffle impatient et enveloppée de son odeur. Mais elle n'était pas amplement satisfaite. D'un mouvement souple du bassin, elle l'aida à se débarrasser de ses propres braies. Elle était nue. Vulnérable. Mais loin d'être domptée.

Le corps de Vamp n'avait pas tellement changé durant ces trois années. Toujours blanc, toujours longiligne. Seules ses cuisses avaient gagné en fermeté et quelques fines cicatrices racontaient mieux que des mots, vides euphémismes, sa survie de ces dernières années, s'égarant sur la peau livide.

Mais avant que Lin ne puisse trop aventurer son regard sur elle, Vamp se redressa sur le bord du lit et empoigna fermement les cheveux de l'ancien barbu pour lui faire relever la tête. Elle voulait sa bouche. Sa bouche et ses yeux. Ces yeux noisettes qui avaient déclenché son désir. Son dos se redressa sèchement vers le visage du jeune homme, impérieux, mais ses épaules s'affaissèrent imperceptiblement. Elle luttait. Sa main ne relâcha pas ses mèches et son regard sombre couvait celui de l'ancien barbu. On y lisait beaucoup de désir sauvage, d'impatience et d'ardeur, mais aussi une petite touche d'amour qui l'enveloppait de douceur.

Elle entrouvrit les lèvres pour lui murmurer quelque chose. N'importe quoi. Son bonheur d'être là, nue sur ces draps et sous son regard. Son désir qu'il s'empare d'elle, dans l'instant. Quelques excuses aussi. Peut être un « je t'aime » et un sourire contrit. Mais Vamp ne savait pas discourir, aussi posa t-elle simplement ses lèvres contre celles du jeune homme.

Ce fut timide et délicat. Comme un premier baiser. En total contradiction avec ce que lui hurlait son instinct depuis plusieurs minutes déjà. Sa bouche se referma délicatement sur la lèvre supérieure de l'ancien barbu l'épousant doucement de sa forme. Lentement, sa main relâcha les mèches du jeune homme pour passer ses deux bras autour de son cou. Ses lèvres se détachèrent des sienne mais Vamp y revint aussitôt, encore et encore. Avec la même délicatesse, ses doigts effleurèrent d'une caresse la nuque du jeune homme.

Cela ne dura pas. Sans calcul, la langue de la jeune femme toucha la lèvre de son ancien amant. L'incendie éclata dans la tête de Vamp. Ses doigts caressants quelques secondes plus tôt, s'enfoncèrent légèrement dans la nuque du jeune homme. Sa bouche se jeta sur celle de Lin pour l'embrasser sensuellement et langoureusement. Sa langue ne demanda aucune permission et s'élança contre la sienne. À son contact, un gémissement de plaisir perça la gorge de Vamp et elle l'embrassa plus franchement.

Accrochée à son cou, la jeune brune se rallongea en l'attirant au dessus d'elle, sa main blessée faisant pression sur son épaule pour l'obliger à la suivre. Elle ne quittait pas sa bouche. Elle en perdait son souffle mais il était impensable d'abandonner les lèvres du jeune homme. C'était bien trop doux, bien trop bon. Il était à elle.

Elle lui laissa sa chemise. Retirer sa chemise, c'était devoir quitter sa bouche. Mais elle se débarrassa des braies de Lin avec une vitesse et une habilité surprenante, surtout avec une seule main valide. Vive et autoritaire, ses dents mordaient sa lèvre inférieure quand ses mains chopèrent abruptement les fesses du jeune homme, les agrippant pour l'attirer contre son bassin alors qu'une de ses jambes s'enroulait déjà autour de sa taille.

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Sam 26 Juil - 16:08

S'il avait pu avoir quelques doutes quant à l'accord de Vamp face à ses désirs pressants au vu de son absence de réactions initial, Lin fut bien vite rassuré. Il n'avait pas eu le temps de respirer. De sa bouche qui s'emparait de la sienne à ses mains qui lui retiraient ses braies, toutes les preuves de son envie réciproque étaient servies. Sur un plateau d'argent.

Il appuya ses deux mains dans le matelas, encadrant la jeune femme de ses paumes alors qu'il redressait son torse dans une longue inspiration silencieuse. Il fallait certes qu'il emplisse ses poumons pour ne pas s'asphyxier mais il se servait surtout de cette excuse pour prendre le temps de se laisser envahir de leur ardeur conjointe. Il ressentait la peau blanche qui brûlait sous la sienne. Il voyait la sueur s'installer sur l'épiderme immaculé. Il sentait le parfum de la brune emplir ses narines. Le parfum de sa brune. Sa brune, nue, entre ses bras. Et visiblement en proie à des envies aussi dévastatrices que celles qui occupaient son torse.

Il laissa un long frisson d'envie lui remonter le long de la colonne vertébrale, accompagnant le sourire qui s'annonçait sur ses lèvres. Elle était bien là. Là et entièrement nue. Totalement à lui. Il détacha une paume des draps pour glisser ses doigts le long de la gorge blanche, l'effleurant à peine. Cette femme qui l'avait rendu réellement fou. Qu'il n'avait su noyer nulle part, dans aucune des addictions que la terre pouvait porter. Ses phalanges suivirent les reliefs de ses clavicules, passèrent le col de son buste et s'aventurèrent entre ses seins pour rejoindre son ventre dans une longue caresse entêtante. Elle était là. Offerte. Il appuya fermement sa paume contre son bassin, l'emprisonnant contre le matelas. Il la désirait comme jamais.

Le bras en tension qui soutenait son torse au-dessus de la jeune femme s'affaissa alors qu'il se jetait sur ses lèvres, mu par une vague d'envie renouvelée. Ses épaules se contractèrent légèrement sous la décharge brûlante de son ventre et il se resserra contre Vamp avec une frénésie d'amoureux transi. Son bassin se fraya un chemin entre ses cuisses déjà accueillantes et ses doigts s'enfoncèrent dans la chair de ses hanches, crispés d'impatience.

Il se figea pourtant brusquement, le corps moite et le coeur battant. Il entrouvrit les lèvres en relevant les yeux vers le visage blanc, comme s'il allait parler mais aucun son proche ne serait-ce que d'une onomatopée ne put sortir. Ses yeux s'écarquillèrent et il se déroba à l'étreinte brûlante de Vamp, s'étalant lourdement sur le dos à côté d'elle, des yeux ébahis fixés sur le plafond. Ca n'était pas possible. Ca n'était pas même acceptable.

Ses pommettes s'injectèrent de sang en un battement de cils et il se recroquevilla sur le côté, tournant le dos à la jeune femme. Dévoré par la honte, il déglutit faiblement, comme un enfant déçu à la fin d'une partie perdue. S'il avait été seul, il aurait sûrement laissé échapper quelques larmes de rage. Le souffle court sous une colère dirigée contre lui-même, il tenta de faire disparaître l'instant en fermant les yeux aussi fort qu'il le pouvait, imbécile rempart à une réalité cruelle.

Si Lin désirait furieusement Vamp, son corps semblait penser l'avoir déjà possédée. Il avait ramassé ses jambes contre son torse et ses coudes enveloppaient ses genoux avec une force à les faire blanchir, tentant vainement d'occulter les preuves de l'impulsion qu'il n'avait pas su maîtriser. Il se sentait terriblement minable. Minable et ridicule. Risible, même. S'il avait été celui à qui l'on raconte telle anecdote, il aurait ri à gorge déployée.

Une sincère détresse émergea dans son torse fier d'homme rabaissé et il se leva d'un bond, filant chercher refuge derrière la poutre centrale, assez large pour le dissimuler s'il se tenait de côté. La chemise encore sur les épaules et les jambes totalement nues, il croisa bêtement ses mains sur ce corps qui avait devancé son esprit et il grimaça douloureusement, dissimulé à la vue de la jeune femme.

Je … j'ai pas pu …

Il poussa un soupir exaspéré. Il n'avait pas réussi à se tenir. Comment comptait-il justifier ça ? Il n'était pas à la hauteur. Il était mauvais. Il n'était même pas capable de se maîtriser un tant soit peu. Il n'avait aucune excuse. Un mélange de rage et d'injustice se mêlèrent entre ses côtes et il shoota dans le bois pour se défouler. Sauf qu'il était pieds nus.

Aouch !

Son visage se crispa dans une expression de douleur avant de s'affaisser dans une déception sans fond et il se laissa glisser dos au poteau boisé, jusqu'à trouver le sol, ses jambes repliées vers son torse. De là où était Vamp, elle voyait sans doute dépasser un bout d'épaule de chaque côté. De là où il était lui, il ne voyait qu'un corps trop rapide et une honte indélébile. S'il avait été lucide, il aurait su qu'il l'avait trop désirée. Mais la frustration voile la lucidité. Un gémissement rageur lui échappa alors qu'il laissait sa tête reposer derrière lui contre l'imposante poutre, les yeux emplis d'eau brûlante.
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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Mar 29 Juil - 17:00

Vamp ne comprit pas. Elle avait son corps juste sous ses doigts et quelques secondes plus tard, il s'était enfui à l'autre bout de la pièce. Les yeux écarquillés, interdite, elle n'osait faire le moindre geste. Jamais elle n'avait vu Lin dans un état pareil, jamais. Une vague d'appréhension remonta le long de son dos. Voir l'ancien barbu perdre ainsi son sang-froid l'inquiétait et un frisson de peur se tortilla le long de sa nuque.

Quelques clignements de paupières plus tard, elle comprit. Mais si elle comprit la situation, elle n'en comprit pas le fond. Elle ne comprenait pas sa fuite. Elle ne savait pas qui était en faute, si c'était elle ou lui. Elle ne savait pas quoi faire ni comment réagir.

Ses mains recouvrirent son visage pour se donner le temps de trier ses pensées et d'écarter certaines émotions. Sans perdre de temps, la jeune femme enfila la chemise qui reposait en boule sur le matelas et la boutonna négligemment. Ses gestes étaient rapides et efficaces. Des automatismes. Elle se passa la main dans les cheveux et claqua la porte dans son dos alors qu'elle dévalait les escaliers.

Ses pieds nus effleuraient les marches sans bruit. Vamp ne portait sur elle que la chemise pour homme qui lui arrivait mi-cuisses mais, encore une fois, la jeune femme n'était pas pudique et elle se fichait pas mal de qui elle pouvait bien rencontrer. Elle traversa la ruelle déserte pour rejoindre les écuries qui se trouvaient face à sa mansarde. La jeune femme salua son étalon mais Goliath la snoba superbement, se contentant de la regarder de ses grands yeux noirs. Il boudait. Il s'ennuyait depuis des jours et était bien décidé à lui faire payer cette inactivité prolongée. Vamp ne s'en formalisa pas. Il avait mauvais caractère.

Elle prit deux seaux qu'elle remplit consciencieusement, au litre près, s'appuyant à la pompe de l'écurie. Il était impensable pour elle de rester les bras croisés face à la détresse de Lin tout comme il était inconcevable de lui caresser le dos en lui assurant que ce n'était rien. Dans les deux cas, elle en était juste incapable... Et ce n'était absolument pas elle.

C'était instinctif. Elle allait le réconforter à sa façon. Une dizaine de minutes plus tard, Vamp ouvrait la porte d'un coup d'épaule, les pommette rougies par l'effort. Un seau dans chaque main, l'un fumant d'eau chaude, elle traversa la petite pièce sans jeter un regard au jeune homme. Elle le dépassa et resta dos à lui le temps de préparer le bain. Elle était attentive à tout. Elle mesurait parfaitement la quantité d'eau chaude par rapport à l'eau froide. Elle en paraissait presque concentrée. L'odeur du savon envahit bientôt la petite mansarde et Vamp sourit de satisfaction.

Sans un mot, elle se retourna vers le jeune homme. Il n'y avait nulle compassion ou gêne dans ses yeux, juste une profonde détermination. Elle le dominait de toute sa haute taille, fièrement altière. Refermant ses doigts sur le poignet de Lin, elle l'obligea à se relever. C'était plus un ordre qu'une invitation, la diplomatie n'étant pas vraiment le fort de Vamp.  Elle fouilla un instant son regard, silencieuse, avant d'approcher ses mains et de lui retirer sa chemise avec des gestes délicats.

Elle ne résista pas. Ses yeux s'égarèrent sur le torse du jeune homme et un irrépressible sourire se dessina sur le visage pâle. C'était tentant. Très tentant. Mais Vamp s'obligea à relever les yeux sur l'ancien barbu et déboutonna les quelques boutons qui retenaient sa propre chemise. Le tissu glissa de ses épaules pour tomber en boule à ses pieds. Avec la même délicatesse, elle entrecroisa ses doigts à ceux de Lin et l'attira dans le bain à sa suite.

Dans un clapotis d'eau, la jeune brune se glissa entre les jambes de l'ancien barbu pour appuyer son dos contre le torse si accueillant. Ses gestes gardaient une pointe de timidité mais avaient aussi un naturel qui fleurait les habitudes du quotidien, comme s'ils ne s'étaient jamais quittés ces trois dernières années. Elle s'enfonça douillettement dans l'eau avant d'appuyer sa nuque contre le galbe de l'épaule de Lin. Elle sentait le menton légèrement rugueux contre sa tempe. Vamp sourit et ferma les yeux un instant, sans lâcher la main de son amoureux.

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Mer 30 Juil - 14:29

Lin avait les yeux fixés au plafond, l'arrière du crâne reposant contre l'imposant poteau de bois. Il regardait les poutres du plafond avec un air absent, immobile. Son esprit tournait pourtant à plus de trois milles tours. Il se repassait la scène de son échec en boucle, recommençant depuis le mur jusqu'au matelas, du manteau noir à la peau blanche. Il y avait quelque chose de presque réconfortant à voir toujours les mêmes gestes s'égrener dans sa mémoire, le même ordre, la même suite. Un ballet tortionnaire aux allures de bouée de sauvetage. La petite routine malsaine qu'il instaurait sous son crâne le rassurait par la régularité qui en émanait. Là, il savait ce qui allait se passer. Il pouvait s'y préparer. L'anticiper. Au contraire de la réalité qui l'avait vu déraper.

Il ne sortit de ses songes que dans un sursaut surpris au claquement de la porte. Vif, il tourna la tête vers le battant de bois refermé sans douceur, les yeux écarquillés. Avait-il rêvé ? Il se releva promptement et jeta un regard ahuri sur le lit désormais vide de toute brune. Elle était vraiment partie. Il déglutit, la nausée remontant dans sa trachée. Ce soudain départ sonnait comme une gifle aux oreilles du jeune homme. Elle était partie comme elle l'avait déjà fait. Et cette fois-ci, par sa faute. Une boule se mit à enfler dans sa gorge, additionnée à celle qui poussait déjà par la honte.

Il ne pouvait rien espérer de plus. Il avait été décevant, pourquoi serait-elle restée ? Si elle était revenue, ce n'était pas pour retrouver un imbécile impulsif. Elle voulait retrouver celui qu'elle avait laissé derrière elle. Mais il n'était plus. Et certainement encore moins dans ce genre d'attitude. Menacé par l'explosion de cette boule incendiaire et étouffante, il commença à s'agiter, se massant la gorge pour essayer d'apaiser la tension. Agir pour ne pas se laisser déborder. Il fallait qu'il fasse quelque chose.

Il reboutonna sa chemise avec une rage grandissante. Non, il n'avait pas été à la hauteur. Et puis quoi ? Elle ne l'avait pas été non plus, en son temps. Peut-être pas dans les mêmes domaines, mais chacun avait sa part de tort. Chacun ses sujets. Il attrapa ses braies rageusement, les froissant alors que ses doigts s'y crispaient. Evidemment que c'était ridicule. Mais qu'y pouvait-il ? S'il avait pu, il ne se serait pas laissé dépassé. Il déplia brutalement les jambes du vêtement, les mains tremblantes. Et puis c'était une preuve d'un désir sans nom, après tout ! Les sourcils froncés, tendu et passablement énervé, il roula à nouveau ses braies en boule et les jeta à travers la chambre avec humeur.

Alors qu'il allait commençait à blâmer la jeune femme pour son manque de considération, la porte se rouvrit. Vamp entra de nouveau, chargée de seaux d'eau. Les yeux du jeune homme s'agrandirent d'incrédulité alors qu'il la suivait du regard, éberlué. C'était aux antipodes de ce qu'il venait de penser. Il l'avait imaginé partie, déçue et probablement moqueuse. Certainement pas en train de remplir des bassines pour préparer un bain.

Il dut cligner des yeux pour ne pas les sentir s'assécher et il s'ébouriffa les cheveux dans un tic nerveux. Alors elle n'était pas outrée. Du moins pas suffisamment pour l'abandonner à nouveau. Il restait sans voix, le regard vissé sur elle. Elle préparait avec application un bain qui commençait à sentir bon. Le ventre de Lin se dénoua à mesure que la chaleur de la fumée et les senteurs des vapeurs l'enveloppaient. Il retrouvait des souvenirs qu'ils avaient vécus, une mémoire sensitive oubliée.

Il se radossa contre la poutre avec décontraction, rassuré par le retour de la brune. Ses mains croisées derrière son dos, il la regardait faire. Quand elle se retourna pour le débarrasser de sa chemise, il n'esquissa pas le moindre geste de résistance. Les mains blanches qui le rendirent à sa nudité ne le gênaient pas. Il avait même envie de les prendre dans les siennes. Un mince sourire de réconfort éclaira ses lèvres alors que la jeune femme exauçait son voeu muet. Il mit les pieds dans le bac d'eau sans rechigner et s'installa contre le bord de bois avec un soupir soulagé. Elle venait de poser sa nuque contre son épaule avec un naturel qui avait des saveurs d'habitude.

Il resta un instant silencieux, les yeux rivés sur la ligne blanche de la mâchoire de Vamp. Il la parcourait de ses pupilles dans des aller-retours interminables, absorbé par ce qu'il avait en tête. De divagations en gamberges, il vint à ouvrir les lèvres malgré lui, le ton calme, un peu absent, comme lorsqu'on laisse échapper sans s'en apercevoir une pensée qui nous traverse l'esprit subitement.


Faut pas faire ça, hein. Faut pas me foutre la frousse comme ça. Faut plus partir.
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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Sam 2 Aoû - 18:31

Vamp tourna légèrement la tête sur le côté pour mordre le jeune homme à la mâchoire. Juste assez fort pour le faire taire, ses dents imprimèrent une jolie marque rosée qui l'aurait rendue bien fière d'elle. Elle n'avait pas lâché la main de Lin et en caressait le dos avec son pouce. La chaleur de l'eau détendait ses muscles et apaisait ses pensées.

- Repartir n'est pas dans mes projets. Mon projet, c'est toi. A court terme comme à long terme.

C'était la pure vérité. Doucement, elle entrelaça les doigts du jeune homme aux siens et resserra son dos contre son torse. Il était bien là, juste derrière ses omoplates. C'était inimaginable. Quelques semaines plus tôt elle chevauchait, à peine l'ombre d'elle-même, et cette nuit ils étaient de nouveau ensemble, de nouveau eux. Enfin, presque « eux ».

Vamp savait qu'il y avait des blessures cachées, des vérités qui allaient éclater ainsi que des disputes qui allaient se multiplier. Car si la jeune brune était détendue dans l'instant, elle n'oubliait pas la  nobliote qui s'était imposée à elle et dans son couple. Et elle n'oubliait certainement pas que le jeune homme était loin d'avoir répondu clairement à ses questions.

Elle soupira et fondit ses lèvres contre la mâchoire du jeune homme, apaisant sa morsure antérieure. Ce n'était pas le moment de se torturer. Le silence s'installa, adouci par les bruits nocturnes qui leur parvenaient de la ruelle. Quelques éclaboussures d'eau brisèrent ce calme, précédant une caresse ou un effleurement tendre. Il y eut quelques débuts de conversations et deux ou trois éclats de rire.


- … non, Nikolaï est le petit frère de mon père. Le dernier des trois frères. C'est lui qui veillait sur Ania quand je les ai trouvés à mon arrivée. C'est d'ailleurs toujours le cas, c'est sous sa garde qu'elle grandit.

Vamp souriait. Si Lin ne pouvait le voir, il pouvait l'entendre au son de sa voix. Il la connaissait bien, il aurait bien perçu la tendresse que la jeune femme avait pour sa famille et les compagnons qui ne l'avaient pas quitter ces trois dernières années.

- Nikolaï est l'homme le plus gentil que je connaisse. Il ne se bat que lorsque c'est réellement nécessaire et ne tue presque jamais son adversaire. C'était mon oncle le plus gentil et il s'est énormément occupé de moi quand j'étais petite. Il me rapportait des gâteaux au miel lorsque j'étais punie. Même dans le dos de mon père ce qui, crois-moi, n'était pas une mince affaire.

La jeune femme s'esclaffa. Elle entendait encore parfaitement les vociférations de son père lorsque celui-ci avait découvert leur petit manège. Elle était persuadée qu'il avait fissuré la porte de l'écurie à la seule force de sa voix ce jour-là.

- Ania n'est pas vraiment ma nièce. Elle m'appelle tiotia parce que je suis bien plus âgée qu'elle mais en réalité, je crois que je dois être quelque chose comme sa cousine au deuxième ou au troisième degrés.

La conversation se poursuivit au rythme des pensées de la jeune femme et des questions que posait Lin. Nikolaï et sa protégée avaient trouvé une petite maisonnée au bout de la rue.

- Ils logent à l'étage. Fenrir et moi avons mis en commun nos fonds avec ceux de Nikolaï afin d'acheter cette maisonnée. Le rez-de-chaussée fait office de bureau où les voyageurs peuvent venir acheter nos services. Tu comprends, c'est là où nous sommes les plus doués. L'escorte nous a permis de vivre pendant de longs mois. Bon, à la différence que cette fois, notre vigilance se contentera d'exercer dans la région. Nikolaï veut continuer à veiller sur Ania et, en ce qui me concerne, j'ai stipulé clairement que je ne voulais pas être séparée de toi plus d'une semaine, et sans aucune exception possible. Fenrir s'occupera des trajets les plus longs et les plus éloignés d'ici. Un jour, nous sommes tombés sur une troupe de voleurs. On en a fait de la confiture. Ils devaient être neuf ou dix et alors j'ai...

Et Vamp raconta l'anecdote des dix voleurs. Elle en raconta deux de plus. Lentement, son inconscient voulu faire partager sa vie passée au jeune homme. Elle essaya de reconstruire une complicité qu'elle espérait retrouver entre eux. Mais Vamp savait aussi que cette confiance là ne se répare pas en une soirée.

Lentement, les paroles s'égrenèrent avant de laisser place à un silence nocturne qui invitait au sommeil. Il n'en fallut pas plus pour la jeune brune. Son emménagement et les péripéties de la soirée se faisaient sentir sur ses épaules blanches et au bout d'une heure, ses yeux se fermèrent. Lentement, son corps se détendit entre les bras du jeune homme alors que sa tête penchait sur le côté, tout juste arrêtée par le cou de Lin. Le souffle plus régulier, Vamp s'endormit comme une enfant.

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Dim 3 Aoû - 9:37

Il y avait quelque chose de terriblement réconfortant à la présence de la brune contre lui. Les bains qu'il avait pu prendre ces dernières années n'avaient été utiles qu'à la détente de ses songes malmenés, quand il allait s'aplatir le dos au fond du récipient, enveloppé par une eau si froide qu'elle lui gelait les pensées. Ce n'était pas un grand plaisir de relaxation mais ça avait au moins pour avantage de le laisser en ressortir la tête moins bourdonnante. S'il frissonnait en sortant de cet ersatz de bain, ce n'était plus par colère. Et c'était déjà beaucoup pour lui en ce temps.

La chaleur du dos blanc se mêlait à celle de l'eau et il se sentait détendu comme rarement auparavant. Les paroles de Vamp s'écoulaient contre ses tympans et il se prit même à rire à certaines anecdotes. Il n'aimait pas bien l'idée qu'elle ait passé trois ans de sa vie loin de lui mais les découvrir ne déclenchait pas tant d'animosité que de curiosité chez le jeune homme. C'était un moyen pour lui de les partager, d'une certaine façon. Et les histoires racontées valaient le coup d'être entendues.

Pourtant, il se renfrogna alors qu'elle continuait vers son activité actuelle. De l'escorte ? A nouveau ? Il prit soin d'éloigner sa mâchoire alors qu'elle se contractait, peu désireux de laisser la bosse de sa mandibule s'imprimer contre la tempe de la brune. Il n'aimait pas l'idée. Vraiment pas. Elle était partie sans le prévenir, pour accompagner Fenrir. Elle n'était revenue que trois bonnes années après. Et elle voulait recommencer ce genre de choses ? Si elle escortait des voyageurs, elle ne saurait jamais quand ni où ni pour combien de temps. Et si elle interdisait qu'on la sollicite pour plus d'une semaine, elle restait tout de même potentiellement loin de lui pour sept jours complets. Sans forcément le prévenir.

Il fronça les sourcils, un peu moins enthousiaste que lors de la découverte de sa vie passée. Il n'avait pas la moindre envie de la voir repartir. Une sourde angoisse se tapissait au creux de son ventre dès qu'il s'agissait de la voir s'éloigner et bien qu'il n'en dise rien, il développait une peur chronique de ses départs. C'était certainement pour ça qu'ils vivaient encore chacun de leur côté. Il n'en était pas bien sûr ni peut-être tout à fait conscient mais l'idée de pouvoir se réveiller sans qu'elle ne soit là le paniquait. C'était plus fort que lui. Une espèce de réminiscence déformée des matins qu'il avait passé sans qu'elle ne soit là.

Ses doigts s'étaient resserrés autour de la paume de Vamp alors qu'il réfléchissait silencieusement à ce qu'elle lui avait dit. Elle racontait des histoires de voleurs et d'autres anecdotes qui avaient égayé ou tout du moins agité son chemin mais Lin n'était pas très réceptif. Il était bloqué par cette nouvelle d'un travail qui ne l'enchantait pas. Il passa son bras autour du ventre blanc, absurdement protecteur. Quand il y pensait, il n'était même pas sûr de savoir la laisser partir. Ce serait relativement simple de l'en empêcher.

Un faible sourire releva le coin de ses lèvres. Il aurait pu la séquestrer. Mais c'était idiot. S'ils voulaient retrouver ce dont ils avaient été séparés, il fallait qu'il retrouvent une certaine confiance. Confiance qui commençait là. Il prit une longue inspiration, l'air décidé.


Bon ! Je sais bien que … euh … Vamp ?

Le visage de la brune venait d'être arrêté dans sa chute par son propre cou. Lin n'avait pas fait attention au silence qui s'était installé, engoncé dans ses réflexions. Visiblement, la jeune femme s'était assoupie. Il eut un léger sourire narquois et secoua doucement la tête.

Incroyablement vexant.

Il estima qu'il était temps de la coucher et entreprit de la sortir du bain sans la réveiller. Pas franchement une mince affaire. Après quelques glissades maladroites, des positions improbables et un faux-mouvement qu'il lui arracha une grimace, il parvint à déposer sur la couche le corps laiteux séché et à peine voilé d'une chemise. Il attrapa la couette froissée pour la rabattre sur la jeune femme, l'emmitouflant avec soin, jusque sous le menton. Ainsi, elle n'aurait pas froid.

Il se releva et renfila ses braies, les nouant négligemment avant d'enfiler sa propre chemise. Le lien resta défait. De toute façon, il arriverait chez lui sous peu et la retirerait, aucun intérêt de la fermer convenablement. Il fit un détour par le lit pour embrasser le crâne de la brune avant de se diriger vers la porte, les mains dans les poches. Ses doigts étaient refermés sur la clé qu'elle lui avait offerte.

Il s'arrêta sur le seuil, un doute le retenant. Serait-elle vraiment dérangée de le trouver là le lendemain matin ? Elle ne lui avait pas donné cette clé par hasard. C'était peut-être un passe-droit légitime. Et puis, il fallait bien qu'il apprenne à gérer son inquiétude. Elle n'allait peut-être pas travailler dès le lendemain. Il avait peut-être une chance de se réveiller avec elle à côté.

Il tourna la tête par-dessus son épaule et jeta un oeil à la masse sous la couette. C'était tentant. Il jeta un oeil dans les escaliers devant la porte, comme s'il avait peur d'être pris la main dans le sac et referma le battant avec précaution, sans le moindre bruit. Il fit demi-tour, retira sa chemise aussi rapidement qu'il l'avait enfilée et se débarrassa de ses bottes en arrivant à hauteur du lit, une demi-seconde avant de se glisser sous la couette à son tour.

Allongé sur le dos, il resta immobile, les deux bras sur la couette, les yeux au plafond. Et maintenant ? Il fit la moue. Elle était à moins de vingt centimètres de lui. C'était idiot de rester là. Il glissa ses bras sous les draps alors qu'il se retournait vers elle et se tortilla sur le matelas jusqu'à sentir son corps contre le sien. Sa main glissa contre sa hanche et le long de son buste, venant se loger à côté de son visage. Il resserra son torse contre son dos et croisa sa jambe aux siennes alors que son nez venait se poser contre sa nuque. Il ponctua son étreinte d'une simple pression de lèvres au sommet de sa colonne vertébrale et il ferma les yeux. Comme ça non plus, elle n'aurait pas froid.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Dim 3 Aoû - 18:06

D'aussi loin qu'elle se souvienne, Vamp ne s'était jamais éveillée avant le jeune homme. Mais voilà, trois années s'étaient écoulées et les choses avaient changé. Ce qu'elle avait vécu dans son pays avait laissé une blessure profonde qui entaillait son âme. Son sommeil était morcelé, elle était incapable de faire des nuits complètes, sans cesse réveillée au bout de quelques heures comme un nouveau né qui ferait ses premières dents. Pourtant ce qui la gardait éveillée était bien moins anodin qu'une première dentition.

La peur, la maladie et la mort avaient laissé un traumatisme béant dans l'inconscient de la jeune femme. Les cauchemars se succédaient toutes les nuits, inlassables compagnons nocturnes qui hérissaient sa peau d'une sueur glacée. Vamp arrivait à en contrôler certains ou à en ignorer d'autres et arrivait parfois à se rendormir. La force de l'habitude...

C'est ainsi qu'elle se réveilla aux aurores, sans douceur, ses yeux fuyant le rêve pour se raccrocher désespérément à la réalité. En quelques secondes, elle parvint à moduler sa respiration pour la rendre plus calme et réussit à reprendre le contrôle sur la panique qui harcelait les battements de son cœur. Si, grâce à ses longs mois d'expérience, Vamp arrivait à se contrôler avec plus ou moins de succès, sa parfaite réussite ce matin là n'était pas vraiment étrangère au souffle qu'elle sentait contre son cou.

Lin. La présence de l'ancien barbu avait contribué à l'apaiser avec plus de rapidité qu'aucune de ses longues argumentations solitaires. Les omoplates de la jeune femme perdirent de leur rigidité et son visage s'éclaira même d'un sourire. Elle était attentive au rythme régulier de sa respiration et l'imaginait parfaitement, le visage apaisé et endormi. Elle resta ainsi deux longues heures, sans bouger ni se rendormir. Elle avait peur que le moindre mouvement ne vienne réveiller Lin et puis sa présence lui offrait une protection qu'elle savourait volontiers.

Vamp se retourna enfin contre lui lorsque les premiers artisans matinaux passèrent dans la rue, sous sa fenêtre. Elle sentait que Lin n'allait pas tarder à se réveiller. Toute câline, elle se glissa tout contre lui pour l'amener au réveil en douceur, ronronnant presque. Vamp était la plupart du temps impatiente, maladroite et un peu brusque. Mais elle pouvait aussi avoir une douceur de chaton.

Son nez effleura la cou du jeune homme, bien vite remplacé par sa bouche qui s'y referma. Jouant de la langue, elle se fraya un chemin jusqu'au lobe de son oreille qu'elle taquina du bout des lèvres. Ses caresses ne durèrent que quelques secondes, juste assez pour qu'elle le sente s'extirper du sommeil puis de se redresser sur un coude pour venir l'embrasser sur les lèvres. Cela devait être un simple bisou matinal mais cela se transforma bien vite en long baiser langoureux où sa langue s'aventura contre celle de l'ancien barbu avec une gourmandise croissante. Dangereusement croissante.

Un tel réveil, quelques années plus tôt, et Vamp lui aurait fait l'amour, sans même attendre qu'il se soit complètement réveillé. Mais les péripéties de la veille mirent un frein à l'ardeur de la jeune femme et elle s'arracha à ces lèvres pour se contenter d'un sourire.

Ce qu'il s'était passé la nuit d'avant faisait peur à la jeune femme. Elle ne savait pas vraiment qui était en cause, si elle avait fait un geste déplacé qui avait déclenché la « catastrophe » ou si au contraire, elle n'avait pas fait quelque chose qu'elle aurait dû faire. Ce dont elle était sûre, c'est qu'elle ne voulait plus jamais lire la détresse qu'elle avait vu dans les yeux de Lin. C'était bien trop terrifiant de voir le jeune homme vulnérable. Aussi cessa t-elle prudemment son jeu de lèvres.


- Mmh bonjour mon homme...

Un bisou esquimau plus tard et elle se pelotonnait dans ses bras, reprenant ses aises comme si trois années d'absence ne les avaient jamais séparés. La jeune femme perdit la notion du temps, câlinant et se laissant câliner avec une chasteté étrange mais agréable. Les yeux clos, elle s'imprégnait de la présence du jeune homme, savourant le moindre détail qui parvenait à ses autres sens.

Elle échangea quelques paroles égarées avec lui, sur des banalités qui n'ont d'importance que pour les gens amoureux. Enfin, au bout d'une longue heure, peut être deux, elle s'étira et s'arracha aux bras chauds et protecteurs.


- Mmh je dois me rendre auprès de Nikolaï, voir s'il a une ou deux escortes de prévues pour moi.

Debout près du lit, la jeune femme hésita avant de préciser, sur un ton un peu embarrassé, proche de l'excuse.

- Je suis obligée de m'y déplacer. Personne ne sait que je vis ici. Ni Nikolaï, ni Fenrir. Juste toi.

Ce n'était pas clairement dit, mais Vamp essayait de lui faire comprendre qu'elle ne tolérerait aucune intrusion extérieure. Son oncle comme son ami d'enfance n'auraient jamais leur place ici. Pour la jeune femme, la mansarde était un lieu qu'elle préserverait farouchement.

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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Lun 4 Aoû - 19:03

La jeune femme referma la porte derrière elle et s'engagea dans l'une des rues principales de la ville. Personne à la recherche d'une escorte ne s'était présenté auprès de Nikolaï. Si son oncle parlait encore mal la langue de la région, Vamp se rassurait avec la présence d'Ania qui faisait une parfaite interprète. Elle savait aussi que, malgré ce qu'elle avait assuré à Lin la veille, les premières missions seraient pour elle : Fenrir ne s'était pas entièrement remis de leur altercation avec leur ancien client et Nikolaï trop peu sûr de ses capacités linguistiques pour se lancer seul dans une escorte.

Elle avait donc sa journée de libre. Enfonçant ses mains dans les larges poches de son long manteau noir, la jeune brune laissa ses pas la mener où bon leur semblait, ses pensées occupant trop son esprit pour être attentives aux chemins qu'ils empruntaient.

Il était trop tôt pour que Lin travaille, elle aurait pu partir à sa recherche et le rejoindre. Mais la jeune femme n'y tenait pas. Si son bain et la nuit de sommeil passée entre ses bras avaient écarté l'incident de la veille, l'esprit de Vamp chemina lentement vers celui-ci. À force d'y réfléchir, elle était persuadée d'avoir fait un geste malencontreux, et elle en avait peur, car elle n'arrivait pas à saisir quel geste plutôt qu'un autre avait déclenché tout ça. Elle avait beau se repasser la scène encore et encore, rien n'y faisait. Or, à l'instant même, elle avait terriblement envie du jeune homme, et se retrouver seule avec lui la mettrait dans une situation délicate. Elle ne voulait rien tenter avant de connaître la raison de cet échec et d'y remédier. La détresse de Lin l'avait trop frappée pour qu'elle s'y risque de nouveau et Vamp était bien décidée à ne pas se frotter à lui plus que nécessaire en attendant la solution.

Elle en grimaça d'amertume. Faire ceinture n'était pas dans ses projets, encore moins dans ceux qu'elle projetait avec Lin. Les semaines à venir s'annonçaient compliquées...

Ses pas l'avaient finalement amenée à un petit marché de quartier, bien moins important que le marché central de la ville. Vamp y flâna, dépassant la plupart des citadins d'une demi-tête. Son regard s'arrêta un instant aux pâtisseries qui accrochaient immanquablement ses yeux noirs mais elle s'obligea à dépasser l'étale. Sa bourse était bien trop maigre pour se permettre ce genre de gourmandises. Un cri vantant les mérites d'un poulet rachitique lui fit tourner la tête quelques secondes avant qu'un chuchotement étouffé ne vienne se glisser à son oreille.


- Z'avez un rejeton en trop dans vot'bedon belle dame ? J'peux bien m'en occuper, quelques herbes et pffiou ! Plus d'ennui !

Perplexe, Vamp leva un sourcil et baissa les yeux sur la silhouette qui lui arrivait à peine à l'épaule. Devant le regard interrogateur de la jeune brune, la voix aigre s'empressa de trouver un soucis plus adapté, plus vendeur.

- Des problèmes d'circulation ma belle dame ? Z'êtes bien trop jeune pour être si blanche ! J'peux bien m'en occuper aussi, que'ques feuilles de thé séchées et pffiou ! Le teint rose d'un cochon !

Vamp cligna des yeux et se redressa de toute sa haute taille. Elle ne voulait pas ressembler à un cochon. Et Lin, il aimait sa tête d'enfarinée. Elle aurait pu chasser la vieille d'un revers de main. Elle aurait pu lui tourner le dos et s'en aller sans répondre. Elle aurait dû.

Mais s'il était vrai que Lin aimait sa peau blanche, elle savait aussi qu'il aimait ses cheveux longs...

Pensive, la jeune brune passa machinalement ses doigts dans ses mèches courtes et à son regard devenu lointain, la vieille comprit tout de suite qu'elle venait de gagner une cliente. Peut être que si Lin laissait repousser sa barbe et qu'elle, elle retrouvait ses longues mèches noires, tout rentrerait dans l'ordre : ils vivraient ensemble, comme avant, et feraient l'amour toute la nuit, comme avant. La solution était peut être là...

- Auriez-vous... Quelque chose... qui accélère la pousse des cheveux ?

Malgré sa longue expérience, la vieille en resta sans voix l'espace d'une seconde. Mais son professionnalisme parfait revint aussitôt.

- Pour sûr qu'j'en ai ! Toute une étagère j'vous dis ! V'nez donc.

Et Vamp la suivit. C'était stupide. Il s'agissait visiblement d'une vendeuse de philtres d'amour et de mèches de vierge née une nuit de pleine lune. Mais la jeune femme avait tellement l'habitude de se méfier de tout le monde qu'elle n'en fit rien pour cette petite vieille. Et puis elle voulait faire plaisir à Lin.

De son aspect crasseux qui jurait avec les bracelets d'or véritable et dépareillés qui ornaient ses poignets, Vamp ne remarqua rien. Elle ne s’aperçut pas non plus que la jambe de la vieille, boiteuse lorsque celle-ci l'aborda, perdait peu à peu de son balancement et se transformait en pas décidé à mesure qu'elle enfonçait la jeune brune dans les boyaux tortueux d'un quartier que Vamp ne connaissait pas.

La pâle jeune femme était trop préoccupée par les soucis de sa vie de couple pour s'inquiéter de sa propre sécurité. Elle ne voyait rien, plongée dans cette obsession dont elle voulait se débarrasser. Elle se contentait de suivre sa future sauveuse, parfaitement aveugle face à la dangerosité de sa situation.

Mais ce fut l'odeur qui l'arracha de son égarement. Vamp redressa la tête. La puanteur des rues que les deux femmes parcouraient ne reflétait pas seulement la pauvreté, elle était imbibé du vice. Elle marcha dans une flaque de sang où se déversaient les viscères de l'échoppe d'un boucher. Son nez se plissa. Ce n'était pas l'odeur du sang frais mais d'un sang vicié, pourri et malade. L'odeur de la maladie. La maladie... Vamp ferma un instant les yeux alors qu'un léger malaise commençait à brouiller sa vision. Elle dut inspirer de l'air par la bouche pour reprendre le contrôle sur les vertiges nauséeux qui nouaient sa gorge et lui montaient à la tête. Mais la vision close, ce fut pire. Elle percevait les sons qui l'entouraient avec plus d'attention. Les gémissements d'enfants. Des insultes qu'elle n'avait jamais entendues et ne comprenait même pas. Les cris de douleur d'une maison close où, visiblement, la maquerelle ne devait pas se soucier grandement de l'état physique de ses filles après une passe.

C'est seulement à cet instant que l'alarme sonna dans la tête de Vamp. Elle rouvrit les yeux et s'avança vivement vers sa bonne fée, la main en avant.


- Attendez une minute, vous êtes sûre que...

Elle ne dut la survie de ses phalanges qu'à ses réflexes alors que la porte se refermait sèchement sur elle. La vieille venait tout simplement de lui claquer la porte au nez. Ses sourcils noirs se froncèrent. Mais avant qu'elle ne se pose la moindre question, une voix s'éleva dans son dos, balayant tous ses doutes.

- Béalors ma belle, on s'est perdu ?

Très droite et avec une pointe de mépris, Vamp se retourna pour faire face aux quatre hommes qui l'emprisonnaient dans un demi cercle calculé. Hautaine, elle les jaugea avec hauteur, sa mâchoire blanche droite et austère. Elle était dans de sales draps, mais après tout, ce n'était pas la première fois. Elle savait aussi que même si elle sortait indemne de cette altercation-ci, une autre l'attendrait dans une ruelle parallèle. Son poing blanc se serra. Elle était clairement en position défensive, prête à ne pas se laisser faire, mais l'acier de son regard rassurait ses agresseurs sur sa capacité d'attaque.

- Va falloir payer une taxe d'séjour dans nos beaux quartiers ma jolie !

Sur les quatre hommes, un coup d'oeil plus attentif de Vamp l'informa qu'au vu de leur ressemblance, deux d'entre eux devaient être frères, peut être cousins. Si elle en blessait un sérieusement en premier, son parent s'empresserait peut être de lui porter de l'aide et elle n'aurait à s'occuper que des deux autres pendant un temps qui pourrait se révéler précieux... Mais elle en doutait. Ces hommes vivaient dans la misère et leur quotidien depuis leur naissance ne devait pas être tendre. Ils n'étaient pas plus âgés qu'elle et pourtant leur visage portait des marques qui ancraient les lignes de leur vie dans leur chair. Les liens du sang ne devaient pas avoir grande importance pour eux.

L'adrénaline accéléra les battements de son cœur. La situation n'était vraiment pas à son avantage. Mais c'était Vamp et elle se foutait pas mal des pourcentages de survie à une contre quatre. On l'avait manipulée, égarée puis menacée. Hors de question de s'abaisser.

Alors Vamp sourit. Du haut de sa suffisance, sûre d'elle, les yeux brillant de provocation. Sa voix s'éleva, faussement aguicheuse, à la fois mielleuse et acérée.


- Eh bien viens le chercher mon mignon, il ne faut pas être timide...

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Lin
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MessageSujet: Re: Vieilles habitudes et nouveaux soucis   Mer 6 Aoû - 17:29

Depuis la veille au soir, Lin s'esquintait l'esprit à trouver comment se racheter auprès de Vamp. Il y avait eu quelque chose d'affreusement vexant dans ce qui lui était arrivé mais au-delà d'un ego martyrisé, il ressentait plus cuisante encore la honte de ne pas avoir pu satisfaire la jeune brune. C'était cet embarras qui lui collait le plus à la peau et il était désireux de s'en défaire, d'une façon ou d'une autre. Il pensait qu'il devait s'absoudre aux yeux de la pâlotte pour qu'elle daigne oublier cet incident et revenir à une attitude plus naturelle envers lui.

Il l'avait bien senti ce matin-là. Toute douce et câline fut-elle, elle avait retenu ses mains et ses lèvres dès qu'il s'était réveillé entièrement. Il avait beau savoir qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même, il le vivait comme un affront et il voulait absolument s'en laver pour qu'elle ne le regarde pas comme un pauvre bougre incapable.

C'est donc pour ce faire qu'il avait écumé le marché à la recherche de ces fameux gâteaux au miel qui la réjouissaient tant. Il le savait, elle était gourmande. Et quoi de mieux pour ravir une amoureuse des bonnes choses que de lui offrir les bonnes choses en question ? En satisfaisant un de ses désirs, peut-être l'autoriserait-elle à essayer d'en satisfaire d'autres à nouveau.

Fort de cette intuition toute masculine, il s'était rendu dans chaque échoppe susceptible de faire de tels gâteaux et avait exigé de goûter à ceux-ci. Il avait parfois dû batailler un peu avant qu'on lui accorde ce droit mais il avait suffisamment d'arguments pour qu'on lui cède. Il ne pensait pas qu'il outrepassait le droit du client en demandant ainsi à s'assurer de la marchandise avant de l'acquérir. Après tout, comment pouvait-il décider desquels seraient les plus adaptés à sa compagne s'il ne pouvait pas les avoir sur les papilles auparavant ?

Et grand bien lui prit d'ajuster le tir. Un seul étal se révéla à la hauteur de ses attentes et bien qu'il trouva les gâteaux trop peu sucrés pour le goût de la brune, il en acheta une demi-douzaine tout de même. Le miel se trouvait à l'intérieur, dans une espèce de petite poche ouverte par un ustensile qui semblait magique à l'ancien barbu. Mais le dessus manquait cruellement de sucre glace.

Loin de se démonter, il traversa la ville entière pour rejoindre un endroit qu'il connaissait parfaitement et où vivait une de ses connaissances. Là-bas, il était sûr qu'on pourrait arranger ce petit désagrément. Dans le taudis qu'il habitait, pas la moindre trace de sucre. Il n'avait tout simplement pas ce qu'il fallait, ni pour recevoir, ni pour égayer et encore moins pour régaler la brune. C'est pourquoi il rallia cette masure en bord de ville, dans des quartiers qu'il ne fréquentait que rarement.

A la lisière de la ville, de l'autre côté des grandes portes qui perçaient le mur d'enceinte, se trouvait un pâté de maison peu spacieuses mais confortables. Les rues étaient relativement propres et le calme avéré, tout du moins en journée. La nuit en revanche, c'était différent. Le quartier voisin était mal famé et sortir de chez-soi revenait à s'enfoncer dans un coupe-gorge dès la nuit tombée. Quand le soleil brillait haut, on pouvait traverser les ruelles embourbées sans trop être dérangé si on prenait soin de baisser les yeux et de se fondre dans le gris de la masse. Autrement, les ennuis pointaient.

Quand Lin ressortit de la maison, satisfait du blanc qui recouvrait les gâteaux et qui s'accorderait parfaitement au teint de la brune, le soleil brillait toujours, assez haut dans le ciel. Aucune raison de s'affoler. Il s'engagea donc dans les rues puantes pour rallier la ville et la mansarde de Vamp. Elle était dehors pour la journée s'il avait bien compris et il avait donc un peu de temps devant lui pour lui faire une surprise. En laissant les pâtisseries dans une corbeille bien en vue, il était sûr qu'elle ne les raterait pas. Pas besoin de carte, elle saurait d'où ils venaient.

Tenant le haut du pavé pour s'éviter les éclaboussures nauséabondes de restes d'échoppe à l'hygiène douteuse, il rasait les murs des maisons branlantes, le sac fermement agrippé par ses doigts. Il n'aimait pas ces bas-quartiers. S'il y avait construit la plupart de ses frasques et une certaine réputation de tueur, il n'avait pas la moindre envie de s'y attarder. Ces réminiscences appartenaient au passé et bien qu'on s'écartât prudemment de son chemin en ces lieux, il préférait les quartiers anonymes où son nom était inconnu et son visage simplement apprécié pour d'autres histoires que de couteaux.

Pourtant, un attroupement inhabituel retint son attention alors qu'il arrivait en lisière de territoire douteux. Quatre hommes entourait une personne qui échappait à la vue du jeune homme et une ribambelle de gamins des rues se massaient déjà alentours pour voir l'issue d'un combat visiblement déséquilibré. L'ancien barbu grimaça. C'était monnaie courante dans ce genre d'endroit. Un règlement de compte selon les coutumes de la rue et tout rentrerait dans l'ordre. Il n'avait pas à s'en soucier. Mettre le doigt là-dedans, c'était un peu comme retomber dedans.

Ses mâchoires s'enclenchèrent malgré lui alors qu'il essayait de se contenir. Quelques flashs d'images vinrent imprimer ses rétines. Une dague enfoncée jusqu'à la garde, un poing ensanglanté. Un cri dans l'air sombre et une vive douleur contre sa gorge. Il posa le regard sur une nuque crasseuse, les poings serrés. Ces types suintaient l'embrouille. Le choc d'un uppercut, le craquement de phalanges. Le sang, poisseux, qui roule jusqu'au bas de son ventre. Il ne pouvait pas simplement passer son chemin.

Mû par une force venue des tréfonds d'un passé violent, il empoigna la nuque d'un des assaillants présumés, l'air faussement bonhomme.


Eh ben alors ? On n'attend plus les copains pour une petite salade de poignes ?

Quand l'énergumène tourna la tête, il fut évident pour Lin que l'homme avait reconnu ses traits. Son visage n'avait pas beaucoup changé. A part cette naissance de barbe qui mangeait ses joues, rien n'avait bougé. Il gardait cet aspect lisse et ces yeux dangereusement calmes. Un grognement de protestation agita les cordes vocales du maintenu qui n'esquissa qu'un faible mouvement pour se défaire de cette main sur sa nuque.

Du calme mon grand, je passe juste voir ce que vous vous mettez sous la dent. Voir si ça pourrait pas m'intéresser aussi, tu vois ?


Les trois autres ne bougèrent pas. Parcourus par un léger tressaillement d'impatience, ils campèrent sur leur position sans pour autant se jeter sur le jeune homme. Avec un peu de chance, il se désintéresserait de la pâlotte et ils auraient la paix. Sinon, ils devraient soit partager, soit s'en débarrasser. A quatre, la deuxième option était même envisageable.

Lin tourna les yeux vers le mur où était acculée la potentielle victime, assuré d'y trouver un malfrat balafré. Quand le blanc toucha sa rétine, il dut faire un effort mesurable pour ne pas afficher d'étonnement et maintenir un visage neutre, feignant une analyse poussée alors que la surprise accrochait son attention sur le visage livide un instant de trop.

Il reprit contact avec la réalité qu'il avait légèrement délaissée quand l'un des trois libres s'agita à côté de lui. Ils commençaient à s'impatienter. Le silence était tombé sur le moment et Lin ne semblait toujours pas vouloir bouger. Il prit conscience que son autre main était invalidée par le sachet de gâteaux et un juron éclata dans sa tête alors qu'il prenait conscience de la situation. Sa réputation pourrait calmer le jeu encore un instant mais il savait que la tension ne décroitrait pas avant qu'il ne parte.

Mais si lui allait pouvoir repartir sans heurt, Vamp n'y serait pas autorisée. Il fallait qu'il trouve une solution. Et vite.


Belle prise. J'en suis.

Affectant un air assuré, il fourra le paquet de gâteaux dans les mains de son autre voisin. L'un sous sa poigne, l'autre les mains prises, il profita de l'étonnement des autres pour ouvrir une brèche. Il prit subitement appui sur l'épaule de celui qu'il tenait au cou et décocha un violent coup de pied dans les côtes de son voisin. Sous le choc de l'impact, celui-ci heurta son propre voisin et la confusion s'installa une demi-seconde. Juste assez pour permettre la fuite de la brune. Si seulement elle croisait le regard de Lin qui lui hurlait de partir.


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