l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 Entre renaissance et damnation

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 24 Mai - 14:44

La voix de Vamp s'éleva dans le silence tendu, empêchant l'assaillant de répondre. Lin entendit clairement la dénomination dont elle usa pour l'évoquer et il ne put retenir l'esquisse de fierté qui ourla ses lèvres. C'était absurde au vu des jours écoulés et des années passées mais ces mots dans la bouche de la jeune femme ne l'avaient jamais laissé indifférent et cela n'avait pas changé avec le temps. Il regretta l'espace d'un instant de ne pas pouvoir lui renvoyer une remarque cinglante sur le sujet, simplement pour s'amuser de l'inconfort que ça ne manquerait pas de créer. Mais l'idée fut bien vite oubliée quand il sentit le froid se mêler plus avant à la chaleur de son artère.

L'homme paraissait très sujet aux modifications de l'environnement proche et agissait en relation directe avec l'évolution de ce qui apparaissait comme ses camarades. Un bleu. Ne pas savoir contraindre son attitude à son seul but n'était qu'une preuve d'une incompétence patente. Le jeune homme aurait secoué la tête de dépit s'il n'avait pas été si entravé par l'arme. Cet adversaire n'était pas à la hauteur. La lame retirée, il serait un homme mort.

La stupeur interrompit cependant les pensées de Lin quand celui qui semblait être le chef du peloton éleva la voix. Payée ? Vamp travaillait pour ces gens-là ? Le jeune homme ne comprenait pas. Elle était censée fuir son pays natal pour échapper à une horde de fous plein de préjugés sur la couleur de la gamine. Elle était ici pour sauver la fillette d'une mort certaine. Pas pour escorter qui que ce soit d'autre qu'elle. Il releva les yeux sur la brune, l'incrédulité passant dans ses yeux. Elle lui aurait menti ? Le doute s'insinuait en lui, ses mâchoires se contractèrent. Il n'aimait pas ça. Du tout.

Déjà agacé par cette lame qui l'immobilisait, l'idée que la jeune femme se soit rie de lui ajouta à son irritation. Il n'allait pas pouvoir sagement regarder cette bande d'incapables tenter de régler ses comptes avec Vamp. Ils feraient ça à un autre moment, quand lui-même l'aurait fait et quand il aurait toute liberté de mouvement. Il n'était pas un pantin qu'on utilise à sa guise. Les muscles de sa mâchoires saillirent alors qu'il les contractait convulsivement. Un seul faux mouvement et il lâcherait la tension de son agacement dans ses muscles. En moins de temps qu'il n'en avait fallu à l'autre abruti pour le menacer, il lui tordrait le cou sans un frémissement.

L'homme derrière lui n'était pas un professionnel du combat, il le savait. Le regard rapide qui lui avait permis de l'évaluer lui avait assuré que les muscles n'étaient pas tant efficaces que développés. De la poudre aux yeux. Cette espèce de tas de chair devait manier sa lame avec autant de finesse qu'un boucher use du hachoir. En témoignait la pointe bien trop enfoncée dans sa carotide. Grossier mouvement. Le jeune homme eut une ombre de sourire. Cet adversaire n'était vraiment pas de taille. Irrépressiblement méprisant, il entrouvrit les lèvres alors que le patron s'agitait.

Elle a raison. Je ne vous apporterai rien. Juste une intense douleur. Vous savez ce que c'est ?

Le cri de douleur qui répondit à sa question surprit l'ancien barbu. Certes, ses yeux étaient clairs sur le sujet mais il doutait pouvoir être aussi efficace sans aucun contact. La pression de la lame fut relâchée et d'un mouvement souple, il s'y soustrait totalement. Il ne comprit pas d'où provenait la profonde entaille dans la chair de son assaillant mais il n'eut aucune mal à comprendre que cet homme était déjà mort. Lui faire face avec un bras en moins n'était pas une bonne idée pour quiconque tenait à sa vie. Un rictus étira les lèvres du jeune homme. La seconde d'après, sa jambe fusait, puissante et son talon vint s'écraser contre le foie de son assaillant, précis. La violence du coup fit basculer l'homme, lui coupant le souffle. Lin le savait, un foie touché pouvait étourdir quelqu'un jusqu'à lui faire perdre conscience. Celui qui se tenait à genoux devant lui en faisait la douloureuse expérience. Lin n'hésita pas une seconde avant d'empoigner les cheveux de l'homme et il lui redressa la tête un court instant.

Maintenant, oui.

Et il lui éclata la tempe contre le sol irrégulier. Aucun jet de sang pour affirmer au jeune homme qu'il était hors de danger mais le bruit mat qui précéda l'affaissement de la tête convainquit l'ancien barbu. Il n'avait plus rien à craindre de celui-ci.

Quand il se retourna pour essayer de comprendre ce qui s'était passé, il vit un amas de corps. Les bruits de combat se mêlaient aux voix essoufflées par les assauts et il dut plisser les yeux pour essayer de comprendre où attaquer.

Ses yeux accrochèrent un mouvement et il reconnut Fenrir. La rage qui avait décru après avoir été libérée sur son assaillant reprenait ses droits dans ses veines. La vue de ce chien lui suffisait pour être hors de lui et il avala la distance de la clairière en un battement de cils. S'il s'était écouté, il se serait jeté sur le loup pour l'achever de ses propres mains. La haine qu'il lui vouait dépassait l'entendement et il aurait pu en oublier la bande d'incapables qui attaquait déjà.

La vie sauve de l'homme aux favoris ne tint qu'à la vue de Vamp pliée sous les coups du patron. Le choc de cette vision abasourdit le jeune homme et il resta un instant immobile, un vide se creusant dans son torse. Des flash d'image agitait son esprit. Il y avait un arbre, un homme. Un bras et une nuque. Une jambe. Une main. Les yeux écarquillés du jeune homme ne laissaient rien percevoir d'autre qu'une fureur allant croissant. Il ne laisserait pas cette image revenir. Il ne laisserait pas cette scène se rejouer sous ses yeux. Le mouvement qu'il esquissa pour se jeter sur le patron fut interrompu par une masse de chair qui heurta son torse.

L'acolyte du chef venait de se jeter sur lui. Lin expulsa un cri de frustration profonde et se jeta à corps perdu dans la bataille contre le mercenaire de pacotille. Il ne tolèrerait pas qu'on lui interdise de défendre la jeune femme.

Les poings fusaient, les chocs se répondaient et le sang coulait. L'ancien barbu essuyait plusieurs coups brutaux mais il était trop rôdé pour être débordé. Il fatiguait son adversaire à mesure qu'il esquivait ses coups et plaçait méthodiquement des points de faiblesse chez son nouvel assaillant. Un poing brisa une côté flottante, un autre écrasa son sternum, un pied décala une rotule. Il le cassait petit à petit et l'autre continuait de frapper. Fort, certes. Le visage en sang et le torse tuméfié, l'ancien barbu encaissait les chocs avec vaillance. Il le savait, la résistance de l'autre n'excèderait pas la sienne. Ses combats passés lui avaient octroyé une endurance qu'il n'avait pas auparavant et cette brute allait finir par comprendre qu'elle ne pourrait rien.

Les coups de l'ancien barbu étaient précis et suivaient un ballet élaboré, une méthodologie rigoureuse qui menait à la mort quand la mélodie s'arrêtait. Plus il tendait les bras, plus son assaillant se démolissait. Bientôt, Lin l'achèverait. Ce n'était qu'une question de seconde.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 25 Mai - 6:58

Le poing partit alors que la main tendue de Vamp cherchait à faire écran. Ses doigts craquèrent. Un cri de douleur déchira sa gorge. Jamais la jeune femme n'avait hurlé ainsi, jamais elle n'avait ressenti une telle douleur. Elle se plaqua contre le tronc d'arbre, cherchant à mettre le plus de distance possible entre elle et l'homme, son bras et sa main blessée recroquevillés contre sa poitrine. Ses jambes se dérobèrent et elle glissa le long de l'écorce, à demi-étendue sur les racines. Elle ne voyait plus l'homme, ne sentait plus la menace. Seule la douleur absorbait toute son attention.

Mais le cri d'Ania qui l'appelait l'obligea à rester consciente. Elle reprit goulûment sa respiration pour faire disparaître les points noirs qui dansaient devant ses yeux, le souffle saccadé et irrégulier. La jeune femme reprit lentement le dessus. Trop lentement. L'homme n'allait lui laisser aucun répit. Au contraire, la situation avait l'air de grandement l'amuser. Vamp tenta de se relever en appuyant sa main valide sur les racines. Le monde qui l'entourait reprenait vie après que la douleur l'eut occulté durant quelques secondes, mais la réalité de la situation ne fit qu'enfoncer un peu plus la jeune brune dans la panique. Elle n'arriverait jamais à se relever. Son ventre lui faisait trop mal, son nez continuait à saigner et elle sentait les battements de son cœur pulser contre ses doigts brisés.


- Alors ma belle, on fatigue ?

Vamp serra les dents mais dut lever les yeux pour lui lancer un regard noir. Le comble de l'humiliation, elle qui avait été toujours assez grande pour dominer la plupart des hommes. Les muscles de son agresseur se contractaient déjà pour frapper de nouveau quand une pierre frappa sa cuisse. Le tir manquait de force mais pas de précision. Malgré l'urgence de la situation, Vamp ne put s'empêcher d'en ressentir une pointe de fierté. Une seconde pierre frappa l'homme entre les jambes et un grognement de douleur vint caresser les oreilles de la jeune femme. Elle réussit à lui adresser un sourire malgré la douleur qui contractait sa mâchoire, cherchant la provocation.

- Pas mal, pour un petit rat blanc, non ?

Mais elle savait que ces pierres lancées avec trop de faiblesse ne faisaient que ralentir l'homme. La jeune femme chercha une arme, quelque chose, n'importe quoi. Mais il n'y avait sous ses mains que l'entremêlement des racines et de la terre. Il fallait gagner du temps et attendre de l'aide.


Fenrir était aux prises avec son adversaire lorsque le cri de Vamp lui fit tourner la tête. Jamais, depuis leur enfance, il ne lui avait entendu une telle douleur. Distrait une demi-seconde, il n'en fallut pas plus à son adversaire pour lui décrocher une droite. La mâchoire du Loup craqua, réveillant des douleurs que son altercation avec ce stupide paysan avait fait naître. Il grogna. Il fallait en finir maintenant, le cri de la jeune femme le rendait distrait. Il l'avait déjà vue contenir sa douleur autant qu'elle le pouvait, même devant lui. Son désir de paraître forte, il le savait, virait à l'obsession.  Alors qu'elle hurle ainsi sa faiblesse aux oreilles de tous était plus qu'inquiétant. Le jeune homme aux favoris était salement blessé à la cuisse et le sang poissait ses braies. D'un geste sûr et précis, il se glissa souplement derrière le mercenaire et passa ses poignets liés autour de son cou. Puis il serra. Le jeune homme encaissa les coups de coude de son adversaire mais ne lâcha pas sa prise. Ses muscles se tendirent dans un dernier effort alors que le corps de l'homme commençait à se détendre.

Le jeune Loup laissa tomber le corps sans vie au sol sans plus de cérémonie et se pencha pour s'emparer de son arme. Vamp. Il jeta un œil prudent autour de lui mais Nikolaï n'avait clairement pas besoin de son aide, quant au paysan... Fenrir l'observa brièvement. Il n'avait pas l'air d'être en difficulté majeure. Amoché, certes, mais quoi ? Son regard bleu se porta plus loin, à l'endroit où il avait vu Vamp pour la dernière fois. La jeune femme disparaissait derrière la silhouette de son agresseur.


Elle serra les dents, la main refermée sur une grosse poignée de terre. L'homme la prit par le col de sa chemise et l'obligea à se relever en la plaquant contre l'arbre. Il fallait absolument qu'elle gagne du temps. Sans attendre qu'il soit trop près d'elle, Vamp lui lança la poignée de terre au visage. Elle n'en fut pas vraiment fière, mais au moins avait-elle gagné quelques secondes de plus. L'homme la relâcha en jurant et elle glissa de nouveau contre l'écorce de l'arbre.


- Petite pute, je vais te...

La fin de sa phrase se noya dans un gargouillis de sang et le corps s'effondra. Vamp ferma les yeux de soulagement et ses muscles cédèrent de leur tension. Fenrir laissa la dague qu'il avait plantée dans le cou de l'agresseur et s'accroupit auprès de la jeune femme.

- Bon dieu Vamp... T'as une sale gueule.

Tendrement, il essuya le nez de la jeune femme qui continuait à saigner mais ne réussit qu'à étaler un peu plus le sang sur la joue droite de la brune. Il nota sa main gauche agitée de tremblements ainsi que l'arc inquiétant de ses doigts. Il écarta quelques mèches noires de son front alors qu'elle lui sourit.

- C'est provisoire. Où est Lin ?

- J'sais pas.

- Fenrir...

- D'accord, d'accord. L'est derrière. Mais compte pas sur moi pour t'aider à te relever si c'est uniquement pour lui.


Agacée par ces enfantillages, Vamp tapa de sa main valide contre la cuisse blessée du jeune homme pour lui faire passer sa mauvaise humeur. Il lui répondit par un cri douloureux et par un regard outré.


Nikolaï s'était débarrassé de ses quatre mercenaires sans trop de difficulté. Il marmonna quelque chose d'inintelligible avant de se relever de toute sa haute masse. Il avait cru entendre un cri lors du combat mais tout était à présent silencieux. Son regard sombre se porta sur ses compagnons et un sourire éclaira son visage. Tous vivants. Ils allaient pouvoir festoyer ce soir ! Il traversa la clairière mais s'arrêta à la hauteur de l'étranger que Vamp semblait particulièrement apprécier et Fenrir particulièrement détester. L'homme le domina de toute sa stature en l'étudiant attentivement, la barbe frétillante. Son regard passa de Lin, à l'homme qu'il avait combattu, puis de nouveau à Lin. Il inspecta de longues secondes les traits du jeune homme, ses blessures et le sang qui le recouvrait. Puis il partit d'un énorme éclat de rire et lui donna une accolade qui aurait pu démettre une épaule.


- Tôa, bRave homme. Jowli tRavail !

Continuant de rire, il s'approcha de ses compagnons et prit Ania dans ses bras avec un rugissement de victoire. Vamp avait réussi à se relever et quitta aussitôt la troupe pour retrouver la présence de Lin. Sa main blanche et sale de terre se referma sur le bras de l'ancien barbu, tant pour avoir son attention que pour éviter à ses pieds de se dérober de nouveau.

- Tu n'as rien ?


Elle n'attendit pas la réponse et lui tourna délicatement la tête pour vérifier l'entaille à son cou. Un peu rassurée, elle inspecta le visage du jeune homme sous toutes les coutures, essuyant le sang par endroit pour vérifier une plaie ou l'étalant involontairement. Sa main blessée pendait le long de son corps mais la jeune brune semblait avoir oublié la douleur le temps de s'assurer que Lin allait bien.

- J'ai eu peur de t'avoir touché avec ma dague, ma main n'arrêtait pas de trembler et elle était moite, donc à la fin je...

La jeune femme se stoppa net, consciente de s'embrouiller dans un flot de paroles évidentes et inintéressantes. Sa ressemblance avec Ania la frappa l'espace d'une seconde et elle en aurait presque ri. Sa main serra un peu plus fort la chemise du jeune homme alors qu'elle osait le regarder dans les yeux. Elle avait bien trop mal et était bien trop fatiguée pour prendre des gants.

- J'ai eu peur pour toi.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 25 Mai - 9:05

Cinq secondes plus tard, l'acolyte du patron s'effondra. La seconde rotule avait cédé sous le talon du jeune homme et il se retrouvait à genoux, les côtes brisées, le sternum enfoncé, à deux doigts de l'étouffement. Les mains de l'ancien barbu encadrèrent le visage massif et sans la moindre hésitation, il détourna la tête de son axe. Un craquement de vertèbre confirma la mort de l'homme qui s'effondra, inerte. Lin n'avait pas de remords. Ces hommes s'en prenaient à eux quitte à les abattre, ce n'était que monnaie rendue de les occire à leur tour.

Il avait entendu le cri de Vamp pendant son combat et l'uppercut qu'il avait reçu dans les côtes témoignait de l'inattention qui en avait résulté. Il voulait se débarrasser de ce sous-fifre pour aller achever le bourreau de la brune et interrompre ses souffrances. La douleur de la jeune femme lui rappelait de bien trop mauvais souvenirs pour qu'il puisse l'ignorer. Mais son assaillant ne lui laissait aucun répit et il ne put se défaire de sa présence qu'avec retard. Quand il releva les yeux vers l'arbre, Vamp était déjà prise en charge par l'homme aux favoris. L'ancien barbu serra les mâchoires en voyant le dos de celui qu'il considérait comme une menace et détourna vivement le regard pour ne pas se laisser aller à la fureur qui grondait en lui. Il ne pouvait pas l'abattre aussi lâchement, ce serait bien trop simple.

La douleur dans son corps commençait à se faire une place dans ses terminaisons nerveuses et il grimaça alors qu'il cherchait du regard quelque chose qui l'occupe en attendant que ce chien s'éloigne de la jeune femme. S'il s'en éloignait un jour. Ses yeux tombèrent sur la montagne humaine qui s'approchait de lui. C'était l'autre compagnon de Vamp, un sacré tas de muscles. S'il décidait de lui en décocher une, Lin le savait, il s'écroulerait. Il avait mis ses résistances à rude épreuve contre l'imbécile désormais mort et le souffle erratique qui quittait ses poumons témoignait d'une certaine fatigue. Il soutint pourtant vaillamment le regard évaluateur de l'homme en face de lui. Qu'il l'inspecte s'il le voulait, qu'il le juge même, ça n'aurait pas d'importance. Seule comptait la brune qu'il avait entendu crier un peu plus tôt.

La bourrade qu'il reçut entre les omoplates le fit vaciller sur ses appuis et il entrouvrit les lèvres pour aspirer un filet d'air, un toussotement lui échappant. La force de cet homme était immense. Brute. Le jeune homme fit un pas en avant pour reprendre son équilibre et esquissa un sourire à l'encontre de la montagne. On lisait plus sur son visage une demande implicite de ne pas ré-itérer le geste qu'une complicité naissante. Il avait mal aux côtes, il parvenait difficilement à respirer, il aimait autant qu'on ne lui assène plus de coups dans l'heure à venir. Le mouvement de tête qu'il eut pour remercier le géant oscillait entre le véritable remerciement et l'injonction à s'éloigner un peu, par précaution. Lin voulait à tout prix éviter une autre claque, toute amicale fut-elle.

C'est la main de la jeune femme sur son bras qui tira l'ancien barbu de sa tentative d'éloignement du mastodonte. Il tourna la tête pour la regarder et un irrépressible sourire monta à ses lèvres. Il n'avait pas su le retenir. Elle était là, debout, à côté de lui et semblait en un seul morceau. Certes abîmée, mais d'un seul tenant. Et proche de lui. Il eut pour seul réflexe de passer son bras sous le sien pour la soutenir, sa main entourant son coude, lui procurant une assise.

C'est rien, que du matériel.

Il coupa court quant aux contusions qui bleuissaient son torse et la douleur qui vrillait ses côtes. Invisibles, ces blessures-là ne méritaient pas d'être évoquées. Pendant qu'elle l'auscultait, il agit de même, passant un regard vif sur elle. Il n'avait rien perdu de ses aptitudes au soin et il restait aguerri quant au décèlement des éventuelles plaies ou membres à soigner. Il ne manqua pas de remarquer l'absence de vie dans la main inerte de la jeune femme et ses sourcils se froncèrent. Ca n'était pas bon, ça. Le nez en sang de la brune et les quelques zones tuméfiées sur son visage étaient passées au crible sans retenir l'attention de l'ancien barbu. Ce n'étaient que des dégâts superficiels, il n'y avait pas grand-chose à faire là-dessus ou en tout cas rien d'urgent. En revanche, cette main l'inquiétait. Les doigts n'étaient pas dans un axe usuel. Les derniers mots de la jeune femme parvinrent à ses oreilles avant qu'il ne pose un doigt sur ses lèvres pour la faire taire.

A moi de m'inquiéter.

Il désignait son poignet mou du menton, l'air sérieux. Si elle avait eu peur pour lui, il songeait que les rôles étaient désormais inversés. Sans réfléchir, il entoura la taille de la jeune femme d'un bras et l'emmena contre un tronc proche, la forçant à s'asseoir au pied de celui-ci. Il repoussa son buste contre le feuillu en s'accroupissant face à elle et prit délicatement son poignet entre ses doigts, les yeux rivés aux doigts visiblement cassés.

Tu ne bouges pas.

Le ton était sans appel mais anormalement calme. Tout autour de lui s'était affadi et il était entièrement concentré sur cette main inerte. Fenrir avait disparu de son esprit et la rage s'était évanouie dans ses veines. Le possible mensonge de Vamp et la douleur corporelle n'avaient pas plus de droits sur sa raison que l'inquiétude à cet instant. Son cerveau avait restreint son attention à l'essentiel. La jeune femme était sérieusement blessée, il fallait arranger ça avant quoi que ce soit. Les impératifs d'abord, le reste ensuite. Et pour Lin, c'était un impératif. Avec précision, il commença à ausculter la brune, faisant abstraction du décor autour de lui.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 25 Mai - 10:42

Docile, la jeune femme se laissa guider et s'assit dos à l'arbre. Elle n'avait pas vu le combat de Lin mais l'état de son visage lui témoignait assez la violence de la lutte. Un regard de côté lui confirma que son adversaire était bien mort et à en croire l'angle de son cou, ce n'était pas un accident. Même avec la plus sincère des objectivités, Vamp s'en étonna. D'aussi loin qu'elle se souvienne, Lin avait toujours répugné à tuer et l'évitait quand il le pouvait. Son regard se tourna à l'endroit opposé, là où le jeune homme s'était débarrassé de son premier assaillant. L'homme était plus petit et plus fin que Lin et, désarmé, il ne présentait pas une menace directe pour l'ancien barbu. Pourtant son corps reposait sur l'herbe, tranquille et le crâne défoncé. Vamp reporta son attention sur le jeune homme, étudiant ses traits en silence. Une nouvelle fois, il lui semblait tellement différent de l'homme qu'elle avait aimé.

La douleur l'arracha à ses réflexions.


- Aow !

Son premier réflexe fut de retirer sa main de celle du jeune homme mais elle se contint de justesse. Elle se contenta de grimacer. Elle n'avait jamais connu une telle douleur, jamais. La jeune femme prit un air un peu contrit, Lin lui avait dit de ne pas bouger et elle voulait lui obéir sagement. Depuis leur première rencontre, c'était toujours lui qui s'occupait de ses bobos. Elle n'avait jamais plus laissé quelqu'un d'autre s'occuper de ses blessures. D'abord, parce qu'elle avait confiance en Lin et en ses gestes sûrs et précis. Ensuite parce qu'elle adorait qu'il s'occupe d'elle.

Elle profita qu'il soit absorbé par l'état de sa main pour lever les yeux et l'observer. La jeune femme le détailla, son regard glissant sur ses yeux baissés, l'arête de son nez, sa bouche. Il ne souriait pas mais n'était pas non plus contrarié. Il était juste... sérieux. Attentif et concentré. Son cœur fit un bond vertigineux dans sa poitrine et un sourire totalement idiot étira lentement les lèvres de la jeune pâlotte. Si elle avait cessé de l'aimer un jour, elle serait retombée amoureuse de lui dans la seconde. Et folle amoureuse. Comme une adolescente. Mais un nouvel éclair de douleur vint parfaitement brisé ce nouveau coup-de-foudre de jouvencelle.


- Aïe !! Eh ! Vas-y doucement hein !


Le ton était un peu accusateur et le visage bougon. Vamp était douillette. Elle lui lança une grimace de son cru puis redevint aussitôt sage sous le regard du jeune homme. Elle se laissa tripatouiller, bloquant quelques sons de douleur avant qu'ils ne franchissent sa gorge. Dés que le jeune homme effleurait sa main, un frisson de douleur parcourait son corps. Elle baissa les yeux sur ses doigts. De blancs, ils étaient rosés, presque rouges. Elle en écarquilla les yeux. Aux côtés des doigts de Lin qui les manipulaient, ses doigts avaient presque la même teinte que ceux de l'ancien barbu. Elle n'était pas très douée dans ce domaine mais elle devinait que c'était vraiment mauvais signe.

Soudain, une vague d'angoisse remonta le long de sa nuque et de son cou pour venir chauffer ses joues. Elle pinça ses lèvres mais garda les yeux baissés sur ses mains, n'osant plus affronter le regard du jeune homme.


- Qu'est ce que tu comptes me faire ? Tu sais, peut-être que tu peux laisser mes doigts comme ça et ils vont se réparer tout seuls. On dirait pas comme ça, mais mon corps est plein de surprise.

Il lui fallut quelques secondes avant d'assimiler ce qu'elle venait de dire et comment ses paroles pouvaient être interprétées. Elle haussa les sourcils avant de rougir d'un rouge éclatant et écarlate. Cerise sur le gâteau, elle bafouilla.

- Non je voulais pas dire ça – enfin tu m'as comprise – les surprises de mon corps tu les connais déjà toutes par cœur hein ? - Non je devais pas dire ça, pardon – Quoi que ça fait longtemps, donc peut être qu'il y a d'autres surprises que tu ne connais pas – hum enfin je voulais sous-entendre que mon corps est plein de ressources – oui, voilà, c'est mieux « ressources » - et donc peut être que je vais guérir seule...

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 25 Mai - 14:02

Lin était totalement absorbé par les doigts éclatés de la jeune femme. Il voyait clairement que les phalanges étaient brisées, les articulations mises à mal par la force brute qui les avaient explosées. Des ligaments devaient être élongés ou sectionnés ou arrachés. Il fit la moue, réfléchissant. Les protestations de la brune lui parvenaient par intermittence mais il les occultait. Evidemment que ça faisait mal. Evidemment qu'elle se plaignait. Mais il devait continuer, pour trouver exactement comment soigner ça et lui remettre les doigts d'aplomb. Si elle ne se laissait pas faire, elle ne récupèrerait pas l'entière maîtrise de sa main.

Il finit par soupirer en l'entendant bafouiller et releva les yeux sur elle, vaguement amusé par son emberlificotement. Ecarlate, elle ne semblait pas elle-même à l'aise avec l'amalgame qui aurait pu être fait à de telles paroles. Il secoua légèrement la tête et glissa une main à sa joue, caressant sa pommette du bout du pouce dans un geste d'apaisement.


Vamp … Tais-toi.

Il lui sourit sincèrement et lui fit le signe de la bouche cousue. Elle avait des idées assez absurdes concernant la guérison et il ne voulait pas qu'elle s'accroche à l'idée qu'en laissant sa main libre, elle guérirait d'elle-même. Et le meilleur moyen pour qu'elle ne s'accroche pas à une idée était de lui empêcher de la formuler trop souvent et sous trop de formes différentes. Sans quoi elle finirait par trouver des biais d'élocution qui rendrait plausible sa solution et il aurait toutes les peines du monde à lui en faire démordre.

C'est bien mieux comme ça. Oublie d'essayer de te soigner, tu sais parfaitement que t'es pas bonne à ça.

Il porta sur elle un regard narquois, s'amusant des rougeurs tenaces sur ses joues. Mutin, il lui souffla qu'à d'autres, en revanche, elle excellait. Mais ce n'était pas franchement le moment d'y songer. Il se redressa en lui intimant de ne pas bouger alors qu'il se retournait vers les trois autres, l'air sérieux. Il s'avança vers eux d'un pas sûr et s'arrêta quand il estima être à portée de voix sans forcer sur ses cordes vocales. Ses yeux étaient posés sur le mastodonte et l'enfant dans ses bras, évitant soigneusement Fenrir. Il ne voulait pas le voir ni lui demander quoi que ce soit. L'ignorer était déjà assez compliqué comme ça, il n'allait pas rajouter sa vision au bagne.

Faut la ramener. Je n'ai rien ici pour poser une attelle. Et c'est nécessaire. Si une lame traîne, je suis preneur. Ainsi que de l'eau.

Il fouillait déjà du regard les abords de la bataille, souhaitant silencieusement trouver tout ça tout seul. Malheureusement, l'homme aux favoris récupéra la lame qu'il venait de voir plantée dans le cou du patron. Le jeune homme dut s'empêcher de grogner et fit un effort incommensurable pour prendre l'arme qui lui était tendue par Fenrir. Un simple regard en guise de remerciement et il s'en détournait. Armé, il risquait de vouloir lui ouvrir la gorge s'il le regardait trop. L'idée qu'il avait été celui qui avait planté cette lame dans le patron pour sauver Vamp le retint de toute agressivité déplacée. Après tout, la brune aurait plus souffert sans son intervention. Ca lui valait la paix pour l'instant.

La gourde qu'on lui fournit ensuite fut plus simple à accepter et il émit un vague son guttural, assimilable à de la reconnaissance. Il se détourna des trois présents pour s'éloigner de quelques pas. Il nettoya l'arme à l'eau pour éviter que du sang poisseux ne vienne coaguler sur le tissu et dos à tous, il coinça le bout de sa manche dans sa main. Il en sectionna alors l'attache à l'épaule d'un coup de lame circulaire et précis. Le morceau d'étoffe glissa le long de son bras et il s'en défit, s'accroupissant pour l'ouvrir au sol. La lame tranchait le tissu en bandelettes plus ou moins fines, préparant de quoi maintenir les doigts de la brune en place le temps du trajet. Une fois la réserve faite, il revint auprès de la jeune femme, s'installant de nouveau au sol face à elle.

Range ta douilletterie, ça va être douloureux.

Il préférait la prévenir. Manipuler des articulations en miettes provoquait des douleurs intenses. Il vida le reste de la gourde sur les phalanges abîmées, l'eau froide rafraichissant les tissus. Il voulait éviter que ça ne gonfle trop. Si l'inflammation secondait un tuteur trop serré, les dernières phalanges pourraient nécroser et là n'était pas le but. Précautionneux, il entreprit de poser un bandage de fortune autour des doigts rosés, les liant suffisamment fermement pour ne pas qu'ils bougent mais suffisamment lâchement pour ne pas qu'ils congestionnent. Il sentait aux mouvements qu'ils faisaient que les doigts de la brune devaient la lancer atrocement. Agile, il fit ses bandages en parant au plus efficace, désireux de la laisser tranquille au plus tôt, sachant que la douleur était difficilement supportable.

Quelques minutes plus tard, il relâchait la main enrubannée en hochant la tête. Ca ferait l'affaire le temps de rentrer en ville. Il s'aida d'une main au sol pour se relever et tendit l'autre à la jeune femme une fois debout.


Allez debout, faut rentrer te soigner pour de vrai.

Absorbé par cette nouvelle tâche, il en oubliait tout le reste. Il aurait le temps d'y penser quand les doigts seraient maintenus par une véritable attelle. Quand il n'aurait rien pour écarter la pensée du loup de son esprit. Quand il n'y aurait plus rien qui retiendrait Vamp à ses côtés. Soudainement muet, il enjoignit la jeune femme à se lever, agitant ses doigts pour lui proposer son aide.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Lun 26 Mai - 7:42

Elle bafouilla encore quelques secondes avant que les doigts du jeune homme fissent mourir les derniers mots sur ses lèvres. Son geste calma l'angoisse de Vamp en un clignement de cil. Elle le regarda un instant dans les yeux avant d'hocher la tête. Au fond d'elle, elle savait qu'il avait raison. Et lui savait qu'elle avait peur. Lin était l'une des rares personnes qui l'avaient déjà vue vraiment effrayée. Elle n'avait pas honte de l'être face à lui. Et puis, quand Vamp avait peur, il s'occupait d'elle à merveille. Elle hocha donc docilement la tête en signe de compréhension.

Le rouge s'étala de nouveau sur ses joues lorsque le jeune homme lui envoya une pique sur ses « aptitudes ». Elle s'autorisa à sourire alors qu'il s'éloignait, une bouffée de fierté gonflant son orgueil. C'était vrai ça, qu'elle était douée ? Mais son sourire se crispa. Il allait la soigner, et après ? Il ne semblait plus du tout en colère contre elle et ses gestes étaient beaucoup plus naturels envers la jeune femme qu'une semaine plus tôt. Vamp leva les yeux pour l'observer, de dos, concerter sa troupe. Elle ne voulait pas repartir. Ce dos était à elle et à personne d'autre. La jeune femme voulu fermer le poing de détermination mais un éclair de douleur l'empêcha de finir son geste. Profitant de l'absence de Lin et d'Ania, elle laissa un juron se libérer et flotter dans l'air. Cela n'arrangeait pas la situation, mais cela faisait un peu de bien. Vamp ferma les yeux et appuya sa tête contre le tronc de l'arbre. Elle énumérait et imaginait les nouvelles -et anciennes- aptitudes qu'elle pourrait montrer au jeune homme. Un sourire malicieux ourla bientôt ses lèvres.

Les pas du jeune homme la tirèrent de son vagabondage grivois mais elle ne rouvrit pas les yeux. Ses doigts la lançaient et elle n'était pas sûre de pouvoir garder son sang-froid si elle voyait le jeune homme poser ses mains une nouvelle fois sur eux. L'avertissement qui résonna à ses oreilles ne fit rien pour la rassurer. Ses yeux se rouvrirent. Elle n'avait plus envie qu'il la guérisse. Elle aurait pu saliver devant le spectacle du bras nu de son ancien amant mais le désir ne l'effleura même pas. Elle était bien trop obnubilée à imaginer la souffrance qu'elle allait ressentir. La jeune brune changea nerveusement de position. Elle était si obsédée à tenter de matérialiser la douleur qui allait surgir, qu'elle sursauta violemment au sentir de l'eau froide sur sa main.


- E-écoute... Je ne suis pas sûre que ce soit réellement une bonne idée, après tout regarde, ils sont tout roses, je vais peut être enfin pouvoir ressembler à quelqu'un de norm...

Tout son corps frissonna de douleur. Instinctivement, la jeune femme s’agrippa à l'épaule de son tortionnaire et y enfonça ses ongles. Son visage se contractait en une grimace d'une souffrance qu'elle n'avait jamais connu jusqu'alors. Son dos s'arqua convulsivement et elle tomba vers l'avant, presque à genoux devant l'ancien barbu.

- Arrête, Lin je t'en prie... S'il-te-plaît, tu me fais mal, tu me fais vraiment mal...

Mais il n'écouta pas. Vamp voulu lui soustraire son poignet mais le jeune homme, implacable, l'avait fermement empoigné. Elle sentait des aiguilles chauffées à blanc pénétrer dans la chair de ses doigts et s'entortiller autour de ses muscles. Un cri, étouffé d'un sanglot de douleur, lui échappa. Si l'opération ne dura que l'espace de quelques minutes, Vamp le vécut comme une éternité.

Elle ne remarqua même pas que le jeune homme l'avait relâchée. Elle était trop occupée à reprendre avidement son souffle. Gonfler ses poumons d'air frais lui donnait l'impression d'endiguer la douleur. Les cils humides et les lèvres sèches, son front était brûlant alors qu'une fine pellicule de sueur recouvrait ses tempes. Elle hocha la tête à l'adresse de l'ancien barbu pour lui faire comprendre qu'elle avait compris mais ne se leva pas. Elle aurait largement préféré un bon coup de dague à ça.


- Laisse-moi juste... quelques minutes, le temps de... enfin, juste quelques minutes. Je me lève tout de suite. Mais juste quelques minutes.

Sa voix était fatiguée et articulait à peine les syllabes. La jeune femme referma de nouveau les yeux. Elle appuya plus fort ses pieds contre le sol de terre pour faire cesser le tremblement qui agitait ses cuisses. Lentement, son cœur reprit un rythme plus régulier et la brise de la forêt fit disparaître les larmes de douleur qui avaient humidifié ses cils noirs. La douleur avait vampirisé son énergie. Elle doutait vraiment de la capacité de ses muscles à la soutenir dans l'instant.

- Ce n'est pas en m'épuisant ainsi que tu vas pouvoir jouir des compétences où j'excelle...


Elle lui adressa un sourire fatigué, cherchant plus à le rassurer sur sa résistance qu'à lui faire de sérieuses avances. Vamp finit par se redresser en glissant sa main valide dans celle du jeune homme pour s'aider. Étonnamment, son dos était bien droit et ses jambes tremblaient à peine. Sans chanceler ni trébucher, la jeune femme rejoignit sa troupe, gardant Lin à ses côtés. Elle réussit même à prendre la petiote contre elle de son bras valide. Elle lui expliqua patiemment et sans un tremblement de voix ce que Lin venait de faire en lui montrant sa main. Ania avait du mal à comprendre pourquoi le jeune homme avait soigné les doigts de sa tiotia alors qu'il n'y avait aucun sang sur sa peau mais se contenta des explications données.

Nikolaï prit la parole, s'adressant à la jeune femme dans leur dialecte avec rapidité. Vamp hocha la tête et jeta un œil à la jambe blessée de Fenrir. Il avait reçu un méchant coup de dague dans la cuisse. Il n'était pas en danger immédiat mais du sang s'écoulait régulièrement de la plaie. Elle se tourna vers l'ancien barbu pour lui traduire.


- Il faut retourner en ville pour trouver un guérisseur ou une guérisseuse. Sa jambe est salement amochée, il faut soigner tout ça avant que cela ne s'aggrave.


Elle savait que Lin avait la capacité de s'occuper de la jambe de Fenrir mais elle n'en fit aucunement allusion. Ils iraient chez un guérisseur, sujet clos. Elle allait ajouter quelque chose quand un cri de protestation s'éleva dans son dos. Nikolaï éclata de rire. Elle se retourna. Le géant avait pris le Loup dans ses bras pour le porter, comme un jeune époux porte sa toute nouvelle femme. Comme un prince, une princesse. Et Fenrir avait visiblement le rôle de la princesse. Il se débattit dans les bras du géant mais cessa bien vite. Premièrement, il était bien trop fort. Et deuxièmement, la chute pouvait être lourde à cette hauteur. Le jeune homme aux favoris se tourna donc vers son dernier recours.

- Vamp, dis-lui de me lâcher tout de suite !! C'est ridicule !

Nikolaï rétorqua une longue explication d'un ton malicieux, les yeux brillants comme un gamin, avant de s'engager vers la ville, tout guilleret, Ania le précédant avec sérieux. Un léger rire s'échappa des lèvres de la jeune femme et elle ferma la marche, restant aux côtés du jeune homme pour lui expliquer la situation.

- Nikolaï dit que tu t'es très bien battu, comme un bogatyr, ce sont les chevaliers de nos contes. Et tu m'as aussi très bien soignée. Alors il dit que ceci, va être ta récompense. Il va porter Fenrir ainsi, comme une femme, dans tout le village, aux yeux de tous, parce que de tous les hommes qui se sont battus, il est le seul à avoir été blessé de la sorte... alors qu'il n'a cessé de nous répéter que, si je n'étais pas intervenue l'autre fois, il t'aurait flanqué la pâté. Donc, traiter Fenrir comme une petite femme en détresse est le cadeau que Diadia t'offre pour ta bravoure. Et cela allège l'orgueil mâle de Fenrir, ça ne lui fera pas de mal.

Vamp était clairement amusée par la situation mais aussi très fière que le géant ait une aussi bonne estime de Lin malgré les événements antérieurs. Timide mais décidée, sa main valide vint effleurer celle du jeune homme pour venir caresser ses phalanges. En silence, elle cherchait l'autorisation de glisser sa main dans la sienne sans vouloir l'imposer, peu sûre d'elle.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 28 Mai - 14:07

Le pli qui barrait le front de Lin trahissait son incompréhension. Les gens qui l'entouraient à l'instant lui paraissaient étrangement paradoxaux et il n'arrivait pas à tirer ça au clair dans sa tête. Il les regarda tour à tour. Certes, il ressentait un vil plaisir à voir Fenrir traité comme une femmelette dénuée de testostérone et il aurait pu embrasser le géant pour l'humiliation qu'il allait lui faire subir. Il aurait même peut-être été capable de le porter lui-même, cet homme qu'il conspuait, si c'était pour lui alléger l'orgueil. Mais ça ne collait pas. Cette attitude était aux antipodes de celle qu'ils avaient eue quand l'ancien barbu avait craché sur l'homme aux favoris. Il avait très nettement vu le regard de la montagne de muscles qui l'avertissait qu'il allait se faire briser les os et ses tympans frissonnaient encore des mots de la brune. L'humiliation était chez eux pire que la mort. Il en avait douloureusement perdu l'estime de la jeune femme. Et quoi ? Ils s'y adonnaient maintenant ? Lin était perplexe.

Il lança tout de même un sourire reconnaissant au grand Nikolaï mais s'abstint de commentaire. Il y avait trop d'incompréhension pour qu'il se sente à l'aise dans la raillerie et il préféra laisser couler, soulagé que Fenrir disparaisse de sa vue, occulté par le dos du géant. Au moins n'aurait-il pas à calmer ses sens jusqu'à la ville. Il avait pleinement conscience qu'il aurait pu soigner le loup et il se doutait que Vamp le savait aussi. Cependant, il n'aurait fait usage de ses capacités sur cet homme pour rien au monde. Même dans une situation critique. Voire même, il en aurait abusé. Un léger sourire étira ses lèvres à cette pensée et il se passa une main sur la nuque pour essayer d'apaiser la vilénie qui germait en lui. C'aurait été simple de prétendre le soigner et de lui administrer quelques poisons. Ou d'introduire des objets non nécessaires dans la chair meurtrie. Ou de prendre un temps sadiquement long pour recoudre, afin qu'il sente les fils se loger dans sa peau. L'aiguille traverser le cuir. La douleur remonter le long de son membre écorché.

Le fil de ses pensées fut interrompu par le contact de la main de la jeune femme. Electrisé, les poils de son avant-bras s'hérissèrent jusqu'au coude et il déglutit malgré lui, sensible. Il ne pensait pas être aussi réactif à ce simple contact. Les images qui suivirent ce constat le lui firent comprendre un peu mieux. Il y avait tant de souvenirs derrière la main blanche dans la sienne qu'il ne pouvait pas ignorer l'émotion que ses doigts créaient ainsi. L'envie de lui ouvrir sa paume pour sentir ses doigts venir se loger entre les siens le saisit un instant. Ce serait si simple. Sa paume contre la sienne. Sa chaleur sur ses phalanges. Son étreinte sur sa main. Il pourrait même l'entraîner à l'écart discrètement, la prendre contre lui au détour d'une ruelle mal fréquentée et disparaître dans un recoin hors de la vue de tous pour se repaître d'elle.

Sa salive bloqua dans sa gorge sèche et il se redressa imperceptiblement. La foule d'émotions qu'il ressentait à ces idées étreignait son torse d'une envie nostalgique qu'il ne savait pas gérer. Il avait contrôlé sa vie depuis son retour au royaume de France et rien n'était jamais venu troubler l'ordre qu'il imposait. Il ne perdait jamais patience. Il ne perdait jamais contenance. Il ne perdait jamais la face. Et là ? Il suffisait qu'elle soit dans un périmètre de moins de deux mètres autour de lui pour qu'il bafouille, perde ses repères et s'embrouille dans ses gestes. Il dut se rendre à l'évidence, il était loin, très loin, de s'être débarrassé de ses sentiments.

Il haussa les épaules à sa réflexion interne. Il aurait pu paraître fou, vu de l'extérieur. Sa mince silhouette avançait d'un pas nonchalant et ses yeux étaient rivés devant lui, vides, l'air absent. Il remuait les lèvres dans le vide à mesure qu'il pensait et secouait par instant la tête ou haussait une épaule ou deux. Si on ajoutait à cela les gestes de ses mains pour essayer d'ordonner son esprit, il avait l'air d'un fou furieux parlant tout seul. Silencieusement.

L'approche de la ville se faisait sentir et il ne s'était toujours pas décidé à prendre la main blanche dans la sienne. Il savait pourtant qu'une fois passées les grilles, ils chercheraient un soigneur pour Fenrir, il s'occuperait de Vamp et ils repartiraient. Loin. Sans lui. Les deux autres étaient devant, de dos et la gamine les précédait encore, hors de leur vue. Il n'y avait qu'elle, là, à son côté. Et son départ bien trop proche selon les tripes du jeune homme. Il se mâchonnait la joue avec force, en plein combat. Il le savait. Il allait le regretter s'il ne faisait rien. Il allait pester contre tout et tout le monde quand elle serait partie en se maudissant d'avoir été aussi benêt. Il avait acquis une assurance qu'il n'avait jamais eue mais elle semblait envolée au contact de la jeune femme. Mais pas dans son esprit.

Il força sur sa volonté pour sortir de ce cycle de réflexion infernal et alors que les murs de la ville apparaissaient à l'horizon lointain, il passa son bras autour des épaules de la brune. Le geste avait été aussi simple que muet. Le bras valide de la jeune femme était contre son flanc et il avait posé son avant-bras sur l'épaule opposée, la main pendant dans le vide devant elle, comme si tout était normal. Il n'avait pas émis un son, il ne lui avait pas jeté le moindre regard. Son coeur cognait dans son torse à l'idée qu'elle se dérobe mais son apparence était stoïque, comme s'il avait fait ce geste avec naturel. Même sa voix était assurément neutre.

Y'a des charlatans chez les soigneurs.

Il ne se prononça pas sur les moyens de les déceler. S'ils tombaient sur un, peu lui importait. Fenrir serait soigné. Certes mal et la guérison serait plus longue, mais soigné tout de même. Et qu'il mette une semaine ou un mois à s'en remettre lui était complètement égal. Il se trouvait déjà trop bon de prévenir. Son bras se resserra machinalement autour des épaules de la brune alors qu'ils approchaient de la ville, comme s'il voulait la protéger des gens qu'ils commençaient à entendre. Il n'avait pas conscience que son attitude se modulait mais il apparaissait clairement un mélange de protection et de possessivité sous le bras qui retenait la jeune femme contre lui. Personne ne l'approcherait, d'aucune façon que ce soit. Tacitement exprimée, l'idée restait clairement palpable.

Il évaluait la distance qui restait pour entrer en ville et sentait son coeur accélérer dans son torse. Les remparts ne représentaient pour lui que la fin de la trêve, que le point final à la parenthèse qu'ils avaient ouverte en allant s'enfoncer dans les bois. Il sentait ses paumes devenir moites et il se félicita de ne pas avoir pris la main de la jeune femme dans la sienne. Au moins, elle ne ressentirait pas son trouble. Trouble qui augmentait tellement qu'il commençait à s'angoisser. Irrépressiblement. Il ralentissait le pas à chaque poussée contre le sol et il aurait fait marche arrière s'il avait pu. Mais il avait bien conscience qu'il ne le pouvait pas. Son souffle devenait moins calme et il sentait clairement la panique qui pointait derrière l'angoisse. S'il avançait encore, il allait perdre tout contrôle et il serait incapable de rester aussi proche de la jeune femme.

La tension allant croissant, il s'était resserré contre la brune inconsciemment, comme on cherche un réconfort. Il ne pouvait pas occulter l'idée qui germait en lui. Il avait peur. Une peur irraisonnée de la voir partir à nouveau et d'être abandonné encore une fois. Il en aurait hurlé d'angoisse. Pourtant, il ne pouvait pas lui exprimer. Il était pris dans l'étau de l'incertitude et les images des jours écoulés passaient devant ses yeux en chargeant la balance une fois d'un côté, une fois de l'autre. Il se perdait dans ses souvenirs, il voyait trouble.

Il secoua vivement la tête pour reprendre ses esprits et ouvrit des yeux un peu plus habités sur le chemin devant eux, raccourci. La ville était vraiment proche. Ce qui signifiait que le départ de Vamp l'était aussi. Il ne pouvait pas se laisser faire par le temps. Il s'arrêta net, retenant la jeune femme de son bras passé autour de ses épaules. Il laissa les autres avancer encore vers les grilles de la ville et se tourna vers la brune, vaillamment campé sur ses deux jambes. Son regard accrocha le sien une demi-seconde avant que ses paumes ne recouvrent ses joues et sans réfléchir, il se pencha vers elle, inclinant le visage pour venir presser ses lèvres contre les siennes. Il n'avait pas pu s'en empêcher, l'impulsion avait été plus forte que lui. Sa bouche couvrit la sienne d'abord timidement, comme pour demander une autorisation qu'il s'était accordé tout seul. Le goût de ses lèvres parvinrent doucement à l'ancien barbu et il en fut troublé. Il aimait ses lèvres. Il les pressa avec plus d'insistance, s'enhardissant à mesure qu'il les redécouvrait, une vague d'envie roulant sur son ventre. Il prit le temps de choyer chacune d'elles, leur contact chaud lui laissant une empreinte au creux des reins. Il ne put s'empêcher de venir la goûter du bout de la langue, avide d'elle. Elle avait rouvert la boîte de Pandore dans cette forêt, il y avait goûté, il en voulait plus. Alors, debout au beau milieu du chemin, il l'embrassa simplement, ses lèvres souples goûtant les siennes avec soin.

Lorsqu'il se redressa, les pulsations de son torse résonnait à ses tempes et il dut faire un effort incommensurable pour ne pas rosir alors qu'il se détachait d'elle, une main nerveusement passée sur sa nuque.


J'aime pas avoir un public.

Il avait presque énoncé une justification. Comme si l'embrasser était naturel et qu'il n'expliquait que le décor un peu désert. Comme s'il aurait fait ça en pleine rue si les gens n'avaient pas regardé avec insistance. Il lui sourit avant de hausser les épaules et se retourna vers les trois autres, sa voix élevée portant jusqu'à eux, quelques mètres plus loin.

Bifurquez à droite, on va rentrer plus à l'est, ça nous évitera la cohorte des marchands qui viennent vendre.

Ce n'était pas un ordre, plutôt un conseil. Ferme et sans réelle possibilité de contradiction mais il avait exprimé ça avec le naturel de celui qui mène plus qu'avec l'autorité de celui qui impose. Son mouvement de menton désigna la porte est de la ville où le flux de badauds était moindre comme une indication de direction vers ceux qui se retournaient pour l'interroger du regard. Il se garda bien de donner une justification à leur retard, se contentant de donner la marche à suivre. Le délai qu'ils mettraient à effectuer la même action n'avait pas besoin d'être expliqué.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 29 Mai - 9:36

Vamp se laissa doucement aller contre le jeune homme. Le poids de son bras sur ses épaules, tout en l'apaisant, lui assurait une prise matérielle sur la réalité de l'instant. Elle ne rêvait pas ou ne prenait pas ses envies pour une quelconque réalité fictive. La chaleur de ce bras lui confirmait que ce geste était bien ancré dans le réel et que le jeune homme l'y avait volontairement soumise. Le mouvement de l'ancien barbu avait quelque chose de délicieusement possessif et elle s'y abandonna.

Un soir, en taverne, elle avait longuement discuté avec un homme, dont elle avait depuis longtemps oublié le nom. Lin faisait déjà partie de sa vie à l'époque et l'homme s'efforçait vainement de la séduire. Déconfit, il lui demanda alors si un homme saurait un jour la dompter. Vamp ne s'imaginait pas si animale et ne se considérait ni comme une jument ni comme un chat sauvage pour que l'on parle de la dresser. Elle se contentait d'éviter toute sociabilisation inintéressante et inutile, et de sourire hypocritement quand elle n'en avait pas envie. Cela faisait-il d'elle une bête ? Mais soit, imaginons que oui. Vamp était bornée, égoïste et impulsive. Pourtant, avec l'appui de ce genre de geste, Lin réussissait toujours à « dompter » la jeune femme et à adoucir son caractère. Du moins pour un temps.

Elle se rapprocha de lui, assez pour sentir son corps contre le sien. Une boule de fierté gonflait dans sa poitrine. Alors que quelques minutes plus tôt elle avait peur de retourner en ville pour voir Lin s'éloigner d'elle définitivement, elle n'avait maintenant qu'une hâte : franchir les portes pour que tous les habitants puissent la voir aux côtés du Barbu sans barbe. Il fallait au moins ça.

Pourtant quelque chose l'alerta. Vamp connaissait assez bien le jeune homme pour déceler le moindre problème et la raideur de sa démarche en était un indice. Avait-elle le droit de l'interroger sur sa conscience qui semblait la proie de questions si ardentes qu'il semblait à des kilomètres d'elle ? Elle hésita. Elle ne savait si elle pouvait se considérer comme sa compagne et partager les doutes du jeune homme comme elle l'avait toujours fait avant, ou s'il considérerait cela comme une indiscrétion qu'une potentielle réconciliation de quelques minutes ne permettait pas. Indécise, ses lèvres s'ouvrirent pour poser une question timide, question qui ne prit jamais forme alors que le jeune homme la contraint à s'immobiliser. Un sourcil levé, la jeune femme lui lança un regard interrogateur, attendant la suite avec perplexité.  

Il lui faisait face, droit et grand, et extrêmement séduisant et désirable. Les pommettes blanches se piquèrent discrètement de rouge mais Vamp ne détourna pas les yeux. À des années lumières d'imaginer ce qu'il allait faire, la jeune femme attendait une question, une explication ou une demande. Son cœur rata un battement. C'était mieux que la plus tendre des conversations.

Sa main valide se nicha entre ses deux pectoraux alors que son second bras s'enroula autour du cou de l'ancien barbu. Bien qu'elle ne s'y attendait pas, la jeune pâlotte n'hésita pas une seule seconde. Elle se haussa sur la pointe des pieds pour mieux aller à la rencontre de ses lèvres et soulager la nuque du jeune homme. Elle savoura la moindre pression, le moindre tremblement. C'était chaud, tendre et sensuel. C'était Lui et c'était délicieux. Sa main droite se crispa sur le torse tiède. Son corps long se tendait contre celui du jeune homme, indépendant de toute volonté et avide d'en avoir plus. La main blanche glissa dans son dos pour s'affirmer sur l'omoplate de l'ancien barbu, le poussant plus fermement dans les bras de Vamp alors que son bras se resserrait autour de son cou. S'il avait marqué son étroite propriété sur elle en passant un bras autour de ses épaules quelques minutes plus tôt, la main impérieuse de la jeune femme ne laissait planer aucun doute, elle le considérait à elle. Elle lui laissa ses lèvres mais s'emparait de son corps. Ses doigts cherchaient l'aventure, curieux de redécouvrir, désireux de griffer et avides de s'approprier. Mais ils se contentèrent d'effleurer le tissu de sa chemise. Elle sentait le dos du jeune homme au travers du lin, la courbe de ses omoplates et la tension de ses épaules. Un frisson d'envie hérissa la peau tendre de sa nuque.

Le froid qui vint caresser ses lèvres humides apaisa lentement le fourmillement de son ventre. Le jeune homme s'échappait, brisant l'instant. Inconsciemment, Vamp se redressa pour lui voler une dernière étreinte. Elle n'avait jamais été raisonnable dans ce genre de situation et Lin avait toujours été plus maître de lui-même. Enfin, un petit peu plus qu'elle. Briser son sang-froid avait été le jeu favori de Vamp pendant de longs mois.

La gourmandise la poussait à disparaître avec lui sous le couvert obscur des arbres. Mais Fenrir avait vraiment besoin d'un guérisseur et le jeune homme s'était déjà bien trop redressé pour qu'elle parvienne à agripper de nouveau ses lèvres. Vamp caressa quelques secondes le torse du jeune homme du bout des doigts, encore un peu tentée puis laissa retomber son bras le long de son corps. Un nouveau sourire. Elle déglutit, se sentant fondre de l'intérieur.


Bouge-toi. Mets un pied devant l'autre. Avance, sinon tu vas finir par te déshabiller toute seule.

Un raclement de gorge plus tard, Vamp se remit en marche. En apparence paisible, comme si rien ne s'était passé. Bouillonnante de désir au fond. Ils suivirent le conseil du jeune homme et pénétrèrent dans la ville par l'entrée est. Il y avait, certes, moins de monde mais toujours trop pour Vamp. Passer du silence de la forêt à ce grouillement d'êtres humains était pour elle tel un choc thermique qui lui monta vite en migraine. Elle grogna. Troupeau d'abrutis.

La journée était déjà bien avancée. La vie citadine était à son apogée. Il y a avait du bruit, des bousculades et des discussions. On leur jeta de nombreux coups d'oeil, de curiosité ou de dédain, qu'importe, ils commençaient déjà à l'agacer. Qu'on en finisse, et vite. La jeune femme avait encore le goût de la langue de l'ancien barbu qui hantait sa bouche et elle voulait se retrouver seule avec lui au plus vite. Aussi poussa t-elle la porte du premier guérisseur sur qui ils tombèrent. Elle savait que Lin avait raison. Les charlatans étaient fréquents dans le métier, elle aurait dû être plus vigilante. Mais Fenrir avait la peau dure, il n'en était pas à son premier cafouillage et il était bien nourri. Il s'en sortirait. À moins de chopper la gangrène.

Vamp fit entrer sa troupe dans la maisonnée. Une odeur d'herbes et d'onguents vinrent caresser ses narines. Un rapide coup d'oeil l'informa qu'ils auraient pu tomber sur bien pire. C'était propre. Rangé. Presque accueillant. Un matou énorme ronronnait paresseusement dans un coin, sous les grandes tables qui entouraient la pièce. La jeune femme se détendit progressivement. Ca ne s'annonçait pas si mal.

Ils patientèrent quelques minutes, le temps que le guérisseur fasse son apparition. Le visage de Vamp se glaça aussi sec que le claquement d'une porte sous un courant d'air. Une guérisseuse. Une femme. Et une rousse. Vive (et autoritaire), sa main choppa aussitôt la main de Lin. Elle entrelaça solidement ses doigts aux siens et ne les lâcha plus, ne desserrant la pression pas même d'un cran ou deux. Le message était plus que très clair.

Le professionnalisme de la Rousse s’effrita quelque peu sous le sourire ravageur que lui adressa le Loup. Vamp se détendit légèrement et se promit de l'en remercier plus tard. Il semblait avoir pris les choses en main -bien en main- et n 'avait visiblement plus besoin d'elle. Elle échangea quelques mots avec Nikolaï puis s'approcha pour coller un baiser sur le front de son ami d'enfance. Il la rabroua légèrement, agacé par une telle marque de tendresse sous les yeux de la déesse de feu. Vamp ne releva pas et allait sortir quand Nikolaï la prit dans ses bras énormes. Il aurait aisément pu la briser sans le moindre effort mais ses gestes étaient très étudiés. Vamp ne frissonna pas de dégoût ni ne tenta de s'échapper à ce contact physique. Ces trois années avaient soudé ces quatre personnes par une tendresse et un amour qui étaient difficilement définissables mais qui semblaient au-delà de la simple amitié.

La montagne la libéra de son étreinte et la jeune femme reprit sa place auprès du jeune homme. Ania ne faisait plus attention à elle, elle était déjà en train de donner des ordres strictes à la Rousse et n'acceptait aucun bavardage qui allait à l'encontre de ce qu'elle estimait le mieux. Un léger sourire aux lèvres, compatissante envers la guérisseuse qui allait devoir supporter et le bavardage incessant de la petiote et les assauts d'étalon de Fenrir, Vamp sortit de la maisonnée, gardant l'ancien barbu à ses côtés.


- Mmh il les fait toutes chavirer. Toutes, sans exception. Il doit avoir un bâtard dans chaque ville d'Europe qu'on a dû traverser. Et il est très fier de sa progéniture.

La jeune femme fit quelques pas en silence, regardant le sol en triturant les liens de son attelle. Ses mèches courtes chatouillaient ses pommettes et elle se gratta la joue en levant les yeux sur lui.

- Mmh écoute... Je ne sais pas trop ce que l'on fait, mais... Hm. Moi, je n'ai pas très envie de rentrer à la grange maintenant. Je ne veux pas être seule. Je veux passer la soirée avec toi. 'fin non, ce n'est pas parce que je veux pas être seule que je veux passer la nuit avec toi. Non-non ! Ne va pas penser ça ! Je... Raah !

Elle grimaça, frustrée de ne savoir s'exprimer correctement. Elle perdit son assurance, ses épaules s'affaissèrent légèrement mais elle garda les yeux rivés sur ceux du jeune homme. Vamp fit un pas timide vers lui, s'obligeant à ne plus bafouiller.

- J'aimerai dormir avec toi cette nuit. J'aimerai vraiment. Parce que c'est toi et que... Bah et que j'en ai envie.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 29 Mai - 13:10

Le sourire qui avait étiré les lèvres de Lin à l'attitude de Vamp devant la rousse s'était évanoui aussi rapidement lorsqu'elle avait évoqué les bâtards de l'homme aux favoris. Il ne trouvait rien de très reluisant à l'idée d'engrosser une femme par village et encore moins de fierté à tirer d'un tel comportement. Tous ces gosses allaient grandir sans père. Ils ne connaîtraient pas leur racine véritable, à moins que leurs mères ne leur disent qu'ils venaient d'un coup de hanche évaporé. Pour la construction, on repassera. Il serra les dents. La famille et les absences, ça ne l'amusait pas franchement. Il tourna les yeux sur la brune à son côté, l'air dubitatif.

Et tu trouves ça drôle ? C'est plutôt triste, à vrai dire.

Il haussa les épaules pour couper court à toute réponse. C'était plus une question rhétorique qu'autre chose et il savait qu'elle l'avait décelé. Il n'avait pas envie de se battre avec elle et certainement pas à cause d'un tel énergumène. L'occulter totalement était une bien meilleure idée.

Il s'était replongé dans ses réflexions quand la voix de la brune s'éleva après un silence de quelques instants. Ils étaient dans une rue moins fréquentée, plantés au milieu des pavés, se souciant peu des quelques badauds qui devaient détourner leurs pas pour les contourner. Un mince sourire étira le coin des lèvres de l'ancien barbu et il haussa les épaules.


Pour ce qu'on fait, je sais pas plus que toi. En revanche, pour ta main, je sais exactement ce qu'on doit faire.

Il hésita un instant face à elle, son regard posé sur le sien. L'endroit où il vivait actuellement était assez peu présentable. Surtout pour une noble. Mais il avait des questions à lui poser. S'il refusait de l'accueillir, elle retournerait dans les pattes de ce chien aux yeux clairs. Et ça, il aurait beaucoup de mal à l'accepter. Il entama sa joue, comme à son habitude, les yeux toujours rivés aux siens, l'air un peu absent. Avait-il envie de dormir avec elle ? Son esprit le rabroua. La question ne se posait même pas. Mais il n'avait aucune idée de la façon de le faire. Et s'il ne parvenait pas à simplement dormir, étendu contre elle ?

Ses pupilles parurent plus vives la seconde avant qu'il ne s'ébroue, secouant la tête pour revenir à lui. De toute façon, la soirée n'avait pas encore été entamée, ils étaient au beau milieu de l'après-midi. Il pourrait la ramener chez lui, l'ausculter, la soigner, l'interroger et ensuite aviser, une fois la nuit tombée. Il savait pertinemment que s'il faisait ça, elle resterait contre lui toute la nuit. Mais ça ne le dérangeait pas. Au contraire, semblait-il. Et puis, il aurait ses réponses. Et un répit avant qu'elle n'ait à penser à son départ. Cette dernière idée acheva de le convaincre. En hochant la tête, il reporta ses yeux sur les siens.


Mon matériel est chez moi, suis-moi.

Il avait déjà commencé à marcher alors qu'il lui proposait de venir avec lui. En passant à sa hauteur, un frisson de souvenir fit vibrer son tympan. Pour rien au monde je ne suivrais l'homme que tu es devenu. Il ressentit comme un coup au niveau du sternum et déglutit pour que l'air passe à nouveau. Si elle lui emboîtait le pas, elle contredirait encore ses paroles. Alors peut-être que ce n'était que mensonge. Peut-être ne pensait-elle pas ce qu'elle disait. Le regard qu'il porta sur elle était voilé d'espoir. Plus le temps passait, moins il croyait à ces mots. Il voulait qu'ils soient faux. Dans un soubresaut de lucidité, il reprit sa route, souhaitant silencieusement qu'elle suive.

Il ne s'était pas retourné pour s'assurer qu'elle avait pris le même chemin. Il avait eu peur de la voir hésiter et faire demi-tour. Si lui se souvenait de ce qu'elle avait dit, elle ne devait pas l'avoir oublié non plus. Et sa fierté démesurée aurait pu la pousser à ne pas suivre. Pourtant, il entendit les pas qui suivaient les siens, même quand il s'enfonça dans une ruelle étroite ressemblant plus à un coupe-gorge qu'à une vraie travée pavée. C'aurait pu être quelqu'un d'autre, un assaillant ou un brigand. Peut-être était-il en danger. Mais il connaissait trop la ville, il connaissait trop les gens pour être apeuré. Il était évident que personne ne se risquerait à l'attaquer. Et l'assurance du pas ne pouvait être que celui de la brune. Il le reconnaissait.

Il s'arrêta aux trois quarts de la ruelle sombre et se tourna vers l'un des murs où se découpait une porte. Personne ne se serait jamais aventuré dans ce genre d'endroit. C'était étroit, obscur et la porte paraissait à deux doigts de sortir de ses gonds. C'était clairement miteux. Pourtant, un bruit mat attira l'attention de Lin. Derrière Vamp, une silhouette était apparue. Sortie de nulle part. Elle bloquait tout possibilité de rebrousser chemin et elle s'approchait de la jeune femme. L'ancien barbu grogna distinctement, en guise d'avertissement. Il était ici chez lui et personne n'y mettait jamais les pieds. Du moins pas sans s'exposer à représailles.

Il s'avança vers la brune, délaissant un instant la porte pour se signaler à la silhouette. Si c'était un brigand, il comprendrait vite qu'elle était accompagnée et qu'il valait mieux ne pas faire de vagues. Mais l'individu continuait d'avancer, le pas sûr. Il ne fallut qu'une demi-seconde de plus à Lin pour comprendre et il soupira, s'appuyant d'une main contre le mur.


Je t'ai déjà dit de ne pas venir ici. Jamais.

La silhouette haussa les épaules dans l'ombre avant d'être suffisamment proche pour être identifiable, un rai de lumière éclairant l'arrête de sa mâchoire. Il ne souriait pas.

Sauf si y'a urgence, tu t'souviens ? J'considère qu'c'est une urgence, là. T'étais où, hein ? Fiout ! Evaporé. Comme si t'étais tout seul. T'oublies pas un peu les bases dis voir ?

Il s'était encore avancé de quelques pas et était désormais très proche du dos de Vamp. Au vu de sa taille, elle devait sentir le souffle de l'anglais sur son épaule. Le bâtard leva lentement mais nettement les mains, faisant mine de les mener à la taille de la jeune femme. Le grondement sourd qui s'éleva du torse de l'ancien barbu l'arrêta dans son geste et il pencha la tête, souriant en coin.

J'me disais bien qu'celle-là était pas t't'à fait étrangère à tout c'bordel. T'as trois choix. J'la zigouille et on en parle plus, t'm'présentes et on s'arrange, ou t'm'expliques tout dans les moindres détails jusqu'à c'que j'sois convaincu. T'préfères quoi ?

Les mâchoires du jeune homme se contractèrent. Il n'aimait pas la façon dont Lars regardait la jeune femme et il n'avait aucune envie de la congédier pour aller s'expliquer avec l'anglais. Maîtrisant le ton de sa voix, il se redressa pour surplomber son acolyte et Vamp qui les séparait.

Je préfère que tu sortes de cet endroit où tu n'as rien à faire. On discutera quand t'auras la légitimité de le réclamer. Recule.

Il n'y avait pas de menace dans la voix de l'ancien barbu. Il connaissait le bâtard et il savait pertinemment comment se comporter avec lui. Les années qu'ils avaient partagées leur laissaient des rouages huilés et des fonctionnements tout à fait adaptés. Larson grogna, mécontent mais recula tout de même. Il savait qu'il n'avait pas le droit d'être là.

Lin reporta son attention sur Vamp, partagé entre la gêne et l'agacement. Il se passa une main sur la nuque.

Je te laisse un instant, le temps de le gérer. Rentre, installe-toi comme tu veux. Si t'as faim, soif ou je sais pas, fouille dans les étagères, il doit rester des trucs.

Il lui fit un petit sourire d'excuse en faisant pivoter le battant de la porte d'entrée, lui laissant le passage.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 29 Mai - 15:38

Le nuage sur lequel Vamp dansait depuis que le jeune homme l'avait si spontanément embrassée dans la forêt se transforma bientôt en un brouillard épais et froid. Elle en cligna des yeux. Ce n'était pas vraiment la réponse qu'elle avait espérée. Elle se pinça doucement les lèvres et détourna le regard. Peut-être aurait-elle mieux fait de rester auprès de Fenrir ? Ou de rentrer sagement à la grange pour se nettoyer du sang sec qui grattait son nez et laver ses membres endoloris par les coups ? A quoi s'exposait-elle en restant seule avec le jeune homme ? Peut-être autre chose de bien moins agréable que de se retrouver nue dans ses bras...

Toute motivation l'avait désertée. Elle hocha la tête sans un mot et le suivit sans une réflexion. Elle ne fit pas attention aux rues qu'ils empruntaient, ne remarqua pas les embranchements auxquels ils tournaient ni les échoppes devant lesquelles ils passaient. Vamp marchait comme un automate, fidèlement accrochée aux pas du jeune homme. Elle était déçue. Déçue que le jeune homme ne se montre pas plus enthousiasme à l'idée d'être seul avec elle. Déçue de ne pas avoir eu un sourire rien qu'à elle en sachant qu'elle passerait la nuit dans ses bras.

Alors elle comprit son erreur. En passant les portes de la ville, Vamp avait été persuadée que tout était redevenu comme avant, qu'il était bien à elle, sans doute ni ambiguïté. Et que lui la considérait définitivement comme sa compagne. Elle déglutit. Elle s'était fourvoyée. Tout ceci, ses mains sur sa taille, son corps et l'avidité de ses lèvres sur celles de la jeune femme, n'était qu'une parenthèse. Une espèce de note, d'astérisque, dans un paragraphe trop long. Cela devait être la présence de la forêt qui avait abaissé la garde de l'ancien barbu. Ou bien la nuit passée autour du feu. Ou le danger. Ou...


Eh merde.

La réalité était cruelle, froide comme la lame d'une dague et extrêmement bien effilée. Et Vamp était en train de se vider de son sang. Dans la forêt, elle avait retrouvé le Lin qu'elle avait quitté. Elle avait reconnu son sourire, ses petites manies. C'était le Lin qui grimpait aux arbres et qui était réveillé avant elle le matin. Mais la réalité, c'était la ville. Son regard se leva sur le dos du jeune homme. Alors quoi ? Était-ce l'homme qui passait sa main derrière sa nuque en la taquinant ou l'homme qui la regardait avec haine et qui pouvait tuer un homme par colère ? La ruelle macabre où il venait de s'aventurer répondit à sa question.

Vamp se figea à l'entrée du coupe-gorge, se laissant distancer de quelques pas. Un doute s'insinua en elle. C'était beaucoup trop... noir, étouffant et citadin pour être Lin. Il n'y avait pas d'air, pas de vert, pas de ciel ni de légèreté. Se moquait-il d'elle ou vivait-il vraiment dans cet endroit ? La jeune femme n'était pas une froussarde mais elle savait que, jamais, vraiment jamais, elle n'aurait mis les pieds dans cette ruelle sans avoir une bonne raison de le faire. Elle observa le dos droit de l'ancien barbu s'éloigner de plus en plus et dut puiser dans les années de confiance qu'elle avait en lui pour avancer. Elle avait la sensation que le noir l'enfermait malicieusement et en frissonna de froid. Mal à l'aise, elle referma ses bras sur sa poitrine et le rattrapa.

La jeune pâlotte n'entendit pas les pas dans son dos. Son regard était trop occupé à évaluer ce qui l'entourait et son cœur à se morfondre. C'est le grondement de Lin qui la tira de sa torpeur. Avant qu'elle ne réagisse, le duel verbal avait déjà commencé. Ses sourcils se froncèrent aussitôt. L'Anglais. Proche d'elle. Trop. Il ne la touchait pas mais un frisson de dégoût secoua ses épaules. Qu'il la menace, soit. Mais être aussi proche de son corps pour qu'elle sente les émanations de son haleine, c'était trop pour le calme et la patience de Vamp. Et il parlait encore d'elle à la troisième personne alors qu'elle était bien présente dans la scène. Exaspérée, elle dut ravaler sa colère. Elle jeta un regard d'avertissement à Lin mais ce dernier ne semblait pas non plus faire grand cas de sa présence. Elle était belle et bien le troisième boulet invisible. Vamp grogna. Il ne lui faisait pas peur. Mais il avait, en quelque sorte, sauvé Lin. Et malgré les circonstances, elle avait trop de respect envers le jeune homme pour intervenir dans ses histoires. Elle n'avait pas sa place dans son passé et n'était même pas sûre de l'avoir dans son présent.

Lin sembla soudainement se souvenir de sa présence pour lui adresser directement la parole. Ô joie. Elle planta son regard noir dans celui du jeune homme avant de jeter un œil à la porte qui s'ouvrait. Son regard passa ensuite à la troisième silhouette avant de revenir sur l'ancien barbu. Elle n'aimait pas cela. Ça ne devait pas du tout se passer ainsi. Pas du tout. Obéir ou s'indigner ? Une moue perdue ourla la lèvre inférieure de la jeune femme. Son regard noir évitait déjà celui de son ancien amant.


- Tu... Mmh tu reviens, n'est-ce pas ? Tu vas revenir hein. Tu ne vas pas m'abandonner seule ici pour... Hm.

Elle se tut mais n'attendit pas la réponse. Une peur sourde gonflait dans le creux de sa poitrine. Elle s'avança d'un pas tout en se hissant le plus possible pour cueillir un léger bisou sur les lèvres entrouvertes du jeune homme avant qu'une quelconque réponse n'en sorte. Ce fut un minuscule baiser volé qui ressemblait plus au bisou d'une petite fille timide qu'au langoureux échange qu'elle avait eu avec le jeune homme plus tôt dans la forêt. Elle s'empêcha de le regarder et pénétra docilement dans la demeure, le laissant à ses affaires.

Elle embrassa brièvement la pièce du regard, sans même s'arrêter sur les détails, et s'y avança d'un pas incertain. Elle lui sembla immense tant elle se sentait seule et désemparée. Ses yeux tombèrent sur un canapé. Elle voulut s'y asseoir mais une pensée l'arrêta in extremis. Combien de femmes s'y étaient assises ? Sa gorge s'assécha soudainement. Trois ans, c'est long. Et à ce qu'elle avait compris, Larson aimait travailler avec la gente féminine. Or Lin était loin d'être laid. Pire que tout, il était drôle. Vamp déglutit. Une parole lui revint soudainement en mémoire. Il avait rasé sa barbe parce qu'elle lui appartenait avait-il dit. En se débarrassant de sa barbe, Lin s'était débarrassé de son fantôme. Si d'autres femmes touchaient sa barbe, il aurait pensé à elle. Or ses joues étaient parfaitement glabres. Rasées de près. N'importe quelle femme aurait pu les caresser sans qu'une réminiscence des doigts de Vamp viennent le déranger. La jeune femme se passa une main sur le visage. La pièce lui parut soudainement trop petite, trop étroite, étouffante.

Elle tirailla par réflexe les bandes de tissu qui retenaient son attelle avant de s'avancer vers la fenêtre. Un cauchemar. Le dos droit, les bras croisés sur la poitrine, elle laissa son regard noir vagabonder sur ce que ses yeux pouvaient attraper d'intéressant. Elle ne voulait plus être là, elle ne voulait plus faire face ni à ce canapé ni au jeune homme. La jeune brune grimaça puis s'obligea au calme. Elle ferma les yeux et appuya son front brûlant contre la fraîcheur de la vitre.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 29 Mai - 16:30

Le léger baiser de la jeune femme fit naître un frisson involontaire dans le dos de Lin. Il était face à elle comme un adolescent face à son premier amour, aussi empoté qu'un géranium, aussi transi qu'un amoureux fou. Il y avait une année lumière de différence entre celui qu'il était à son contact et celui qu'il était devenu avec son absence. Il s'y perdait et devait combattre pour ne pas sombrer dans la folie. Peut-être que son retour était trop choquant pour qu'il tienne le coup. Peut-être finirait-il dingue.

Le regard insistant de Larson le sortit de sa réflexion muette et il reporta son attention sur lui. Il dut se maîtriser pour ne pas déglutir et referma la porte derrière la brune, péremptoire. Le geste était empreint de symbolique. Vamp était chez lui et il venait d'en barrer l'accès à quiconque. Personne ne l'approcherait. Et certainement pas l'anglais. Lin ressentait la brève chaleur des lèvres de la jeune femme sur sa bouche et il se mordit la langue alors qu'il avançait vers le bâtard ayant fait demi-tour pour quitter la ruelle. Elle l'avait embrassé, tout intimement fut-ce, sous les yeux de son acolyte. Il était sûr que ça ne lui aurait pas échappé.

Une fois revenus sur les pavés principaux, l'homme se retourna pour faire face à l'ancien barbu, les bras croisés. Il avait l'air peu amène et ses masticateurs roulaient sous la peau de sa mâchoire.


D'puis quand t't'laisses embrasser par les filles toi ?

Lin ferma les yeux dans un soupir exaspéré. Il avait noté. Evidemment. Prenant une longue inspiration pour ne pas congédier violemment l'anglais, le jeune homme rouvrit des yeux assurés sur ceux de l'homme en face de lui. Il n'était pas décidé à lui laisser mettre un doigt dans ce qui l'unissait à Vamp. Ca n'était pas clair dans sa tête, il aurait été incapable de le qualifier mais quoi que ce fut, il ne voulait pas qu'on y touche.

Depuis quand tu te mêles de ce que je fais avec ? Tu ne l'as pas ramenée, tu ne nous as pas présentés, je n'ai pas de comptes à rendre.

Larson devait admettre que cette brune échappait au cadre habituel. Il ne pouvait rien demander sur son compte ni rien réclamer à l'ancien barbu. Il haussa les épaules pour couper court à son impuissance.

Elle t'a pris du temps, c'te gueuse. T'as pas rempli c'que t'avais à faire et ça fait bien une s'maine qu'tu fais plus rien. J'dois considérer qu'tu t'barres ?

La voix du bâtard était sèche mais Lin le savait, il n'était pas à l'aise. Ils avaient traversé ces trois ans en se serrant les coudes et le lien qui les unissait aujourd'hui n'avait plus rien de ténu. Il y avait trop d'antécédents entre eux pour que l'hypothèse du départ du jeune homme laisse l'autre indifférent. L'ancien barbu pouvait même déceler une certaine alarme chez son acolyte. Il exprimait l'idée mais il ne voulait pas y adhérer. Le jeune homme soupira simplement et donna une claque amicale sur l'épaule de l'autre.

Dis encore que c'est une gueuse et tu n'auras plus de langue pour recommencer. Si je pars, je te dirais ça. Considère simplement que je prends quelques jours. Tu sais aussi bien que moi qu'ici, tout est rôdé. Reste sur le circuit habituel et ne fais pas de vagues, il ne t'arrivera rien.

L'anglais plissa les yeux. Est-ce qu'il essayait de l'évincer en douceur ? Peu dupe, il se soustrait à la paume de l'ancien barbu et vint l'attraper au collet avec vivacité. Proche de lui, il desserra à peine les lèvres pour lui parler.

S'tu t'barres sans prév'nir, j'aime autant t'dire qu't'es dans la merde. Compris ?

Il n'y avait aucune ambiguité. C'était une menace. Claire, nette et particulièrement réelle. Lin repoussa sèchement l'anglais et lissa sa chemise, d'apparence tout à fait calme. Il détestait quand le bâtard prenait le contrôle et l'instant ne dérogeait pas à la règle.

Je t'ai dit que tu serais prévenu. Dégage.

Les deux hommes restèrent un instant à se regarder dans le blanc des yeux, l'un évaluant l'autre, l'autre testant l'un. Tous les deux campés sur leurs positions, ils ne durent leur liberté de mouvement retrouvée qu'à la bousculade de l'anglais par un badaud maladroit. Un grognement affirma ce qui attendait Lin s'il oubliait de se mettre en règle avant que Larson ne disparaisse.

L'ancien barbu resta immobile à l'entrée de la ruelle, campé sur ses deux jambes, le temps d'assimiler ce qui venait de se passer. Il se remémora les dernières années écoulées et finit par secouer la tête. S'il avait su qu'elle reviendrait, il n'aurait peut-être pas agi comme il l'avait fait. Sauf qu'il ne savait pas. Un grondement accompagna son geste rageur avant qu'il ne se retourne vers chez lui, disparaissant à nouveau dans l'obscurité de la rue étroite.

Lorsqu'il poussa la porte, la tension de ses muscles était évanouie. Il ne voulait pas que l'anglais soit venu tout gâcher et il mettait un point d'honneur à rester calme. Après tout, il l'avait invitée à venir, elle n'avait pas à supporter cet imbécile. L'ancien barbu pénétra donc chez lui d'un pas souple et tira la porte derrière lui pour la refermer. Ses yeux fouillèrent la pièce unique et trouvèrent la jeune femme appuyée contre le mur, juste au-delà des escaliers. Une mauvaise sensation s'insinua en lui. Elle n'avait pas l'air en forme. Il fronça les sourcils, inquiet de la voir ainsi et s'approcha d'elle.


Vamp ?

Il n'osa pourtant pas la toucher. Il n'arrivait pas à déterminer si c'était de l'abattement qu'il lisait dans ce front posé contre la vitre ou de la douleur. Et si elle regrettait d'être venue ? Si elle avait prévu que cette parenthèse soit la dernière, elle devait avoir l'impression qu'il l'enfermait. Pire, qu'il la piégeait. Frappé par cette idée, le jeune homme recula d'un pas et regarda autour de lui, démuni. L'environnement était froid et terne. Il n'était quasiment jamais ici. Il n'aurait pas dû la ramener là. Ses yeux se fermèrent alors qu'il jurait intérieurement. Un véritable idiot.

Nerveux, il avait ouvert les mains devant lui comme s'il allait mieux trouver quoi faire, les bras ballants. Il tourna sur lui-même, comme perdu avant d'enfoncer ses doigts dans ses cheveux, grimaçant. Il n'y avait rien pour prouver sa bonne foi à la jeune femme. Tout ici pouvait être interprété comme un traquenard et il sentit l'injustice pointer dans son torse. Il voulait s'occuper d'elle et elle croyait qu'il la piégeait. Il secoua la tête et retourna ouvrir la porte avant de venir s'appuyer d'une épaule contre le même mur que la jeune femme, face à elle, la fenêtre les séparant.


C'est terne, je sais. Je … je vis pas vraiment là, c'est juste que c'est le seul endroit où je sais que personne ne viendra nous … enfin … d'habitude, me déranger.

Il se redressa, peu à l'aise et leva les yeux vers le plafond, cherchant ses mots.

Je veux pas te mettre mal. C'est … fin … j'ai mon matériel de soin ici, c'est tout. On .. enfin, je, peux le prendre et aller te soigner ailleurs, si tu préfères.

Il avait l'impression d'avoir reculé de tous les pas qu'il avait fait vers elle en l'espace de quelques secondes. Même l'évoquer dans un "on" rassembleur lui semblait illégitime et il avait l'impression qu'elle ne l'accepterait pas. Embêté, il enfonça ses mains au fond de ses poches, mal à l'aise.

Je voulais juste qu'on soit vraiment au calme. Vraiment tranquilles. Vraiment tous les deux.

Il n'eut pas la force de la regarder et il baissa la tête, piteux. Il se trouvait nul. Nul de l'avoir emmenée là, nul de ne pas savoir la mettre à l'aise, nul de ne pas être un peu plus assuré. Sa joue seule en fit les frais, vivement attaquée par ses dents alors qu'il gardait obstinément les yeux au sol.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 29 Mai - 18:11

Elle ne se retourna pas. Se retourner, c'était revoir ce canapé. Se retourner, c'était faire face au jeune homme. Mais c'était aussi se prendre en pleine face la vie grisâtre dans laquelle il vivait. Sa gorge n'avait jamais été aussi sèche. Elle avait envie qu'il la laisse tranquille, elle avait envie de se rouler en boule dans un coin et de pleurer. Vamp garda son front blanc appuyé contre la fenêtre alors que ses cils noirs en caressaient le verre.

Est-ce qu'il avait ouvert la porte à toutes ces femmes avant de les livrer à cet Anglais ? Est-ce qu'elle était l'une de ces femmes, aujourd'hui, qu'il avait manipulé par vengeance ? Ses yeux se fermèrent de lassitude. Comment rester auprès d'un homme dont on doute ?

Ses yeux ne se rouvrirent pas alors qu'elle le savait face à elle. Un rien les séparait et elle aurait pu être dans ses bras le temps d'un éclat de rire. Mais Vamp n'avait pas envie de rire. Et elle n'avait pas envie de le toucher, encore moins qu'il referme ses bras sur elle. C'était bien la première fois que cela lui arrivait...

La voix du jeune homme s'éleva mais elle n'écouta pas ses paroles. Quelques mots parvinrent jusqu'à sa conscience mais sans y laisser d'empreinte. Ses paupières s'étaient relevées mais ne dévoilaient qu'un regard vide. Qu'avait-il fait de l'Anglais ? L'avait-il tabassé à mort ? Ou bien avait-il revu avec lui leur petit programme avant d'abuser de la confiance qu'elle avait en lui ? Et elle n'était pas armée... Une sueur froide glaça sa nuque. Par quoi se conclurait un combat avec Lin ? Noyé d'angoisse à cette pensée, son regard noir se leva enfin sur le visage de son ancien amant.

Ce qu'elle y lut la frappa. Elle s'était préparée à un regard confiant, un sourire charmeur et à des manières promettant bien des choses. Mais elle n'avait devant elle que... Lin. Un Lin gêné, adolescent, perdu. Vamp trembla. Mais que faisait-elle à part diaboliser le jeune homme ? Comme si le mur sur lequel elle s'était appuyée était en feu, elle s'en écarta vivement et s'éloigna brutalement du jeune homme. Elle lui tourna promptement le dos, fière et droite. La jeune brune alla fermer la porte d'un mouvement ferme et plus sec qu'elle ne l'avait mesuré. Elle fixa un instant le bois vermoulu, l'espace de quelques secondes avant de se redresser.

Elle était Vamp. Elle ne se laissait marcher sur les pieds par personne mais elle aurait donné sa vie pour Lin, sans la moindre hésitation. Or à cause d'un Anglais et d'une colère qui couve depuis trois ans, elle dénigrait son compagnon de Route comme si sa faute était impardonnable. Comme s'il avait mérité cette demeure grise qui n'était que le reflet de ces trois dernières années d'enfer. Si elle avait eu une maison à elle, sans Lin à l'intérieur, les murs auraient-il été plus reluisants ? Si le jeune homme vivait dans ce bouge c'est parce qu'elle l'y avait poussé. C'était de sa faute. Vamp se mordit les lèvres jusqu'au sang puis lâcha la poignée de la porte pour s'approcher dans le dos du jeune homme, le bruit de ses pas étouffés par le tapis qui recouvrait le sol.

Sa main valide glissa lentement sur les côtes du jeune homme, avec délicatesse pour ne pas le surprendre. Elle sentait sa cage thoracique se soulever au rythme régulier de sa respiration et, étrangement, ce mouvement lui apporta une douce sérénité. Son corps suivit le mouvement de son bras et vint se blottir contre le dos large de l'ancien barbu. Son nez se nicha un instant contre sa nuque avant de laisser place à sa joue fraîche. Son bras aux doigts blessés se contenta maladroitement de s'appuyer sur le flanc gauche du jeune homme pendant que ses yeux se fermaient. Le rassurer. L'assurer qu'elle était là maintenant. Elle le protégeait. Et le protégerait encore longtemps. Elle le câlinerait chaque matin et chaque soir pour se rattraper et elle...

Ses yeux se rouvrirent pour tomber sur le canapé qui la narguait au centre de la pièce. Trois ans, c'est long. Trois ans sans la présence d'une femme, c'est très long. Vamp vit très nettement le corps nu du jeune homme se mouvoir contre un corps qui n'était clairement pas le sien dans les replis de ce canapé hideux. Vraiment hideux. Un frisson de dégoût fit trembler sa colonne vertébrale. Le protéger, le câliner, prendre soin de lui et blablabla. Je suis une femme fidèle, forte, je me battrais pour l'homme que j'aime. D'accord, c'était bien plus facile à dire qu'à faire quand on l'imaginait entre les bras soyeux d'une rousse pulpeuse.

Les bras de la jeune brune relâchèrent son corps. Elle s'écarta un peu du jeune homme, passant l'une de ses mains sur son visage pour se reprendre.


Calme toi. Respire. Tu l'as abandonné. Il a le droit à son passé.

- Hm. Eh bien, peut-être que tu peux aller chercher ton matériel... Comme nous sommes seuls, je n'hésiterai pas à hurler si j'ai mal.

Elle ne plaisantait qu'à moitié. L'idée que le jeune homme manipule une nouvelle fois ses doigts ne l'enchantait vraiment pas. Même s'il s'agissait de Lin. Prenant soin de garder ce foutu canapé dans son dos et loin de son champ de vision, la jeune femme s'approcha de la cheminée. Ce fut une impulsion étrange. Quand ils avaient leur cabane, leur endroit rien qu'à eux, c'était plus généralement Lin qui allumait le foyer. S'il se levait tôt pour aller travailler aux champs, il était le premier à revenir le soir, surtout en hiver où les nuits ne sont jamais en retard. À l'inverse, Vamp pouvait travailler tard dans les mines. En préparant un feu, maladroitement avec l'aide d'une seule de ses deux mains, la jeune femme voulait changer les choses. Cet endroit était terne. Mais elle était là. Elle se posta de façon à faire comprendre à l'ancien barbu qu'elle ne voulait aucune aide de sa part. Elle y arriverait seule, même manchote, et la première flamme timide lui arracha un sourire.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Ven 30 Mai - 7:05

Il ne fit pas un geste. Les mains de la jeune femme étaient venues effleurer son dos, ses côtes et il sentit très nettement chacun de ses mouvements. Il aurait pu se retourner, la prendre dans ses bras et caresser ses cheveux. Il aurait pu oublier tout ce passé infect qui lui collait à la mémoire, balayer ce qu'il était devenu et essayer de replonger dans ce qu'ils étaient. Mais il ne bougea pas. Renier ce qu'il avait vécu était impossible. Essayer était vain. Il avait changé, il était inutile de vouloir revenir à ce qu'il était avant. Il fallait qu'il l'accepte. S'ils devaient vivre quelque chose à nouveau, il faudrait qu'ils s'acceptent à nouveau. La gorge nouée à ce constat, il resta immobile contre le mur, enveloppé par la présence de la brune et ferma les yeux un instant, un court instant de répit.

Quand elle s'éloigna, ses pupilles retrouvèrent le sol et il prit une longue inspiration, comme si gonfler son torse le garderait proche d'elle. Le frais qu'il sentit effleurer son dos sous le tissu de sa chemise lui assura pourtant que ça n'avait pas fonctionné. Forcément. Il se détacha du mur d'une pression d'épaule et s'étira silencieusement, comme sortant d'une longue torpeur. Il était soulagé qu'elle ait refermé cette porte mais il ne parvenait pas à se défaire de la sensation qui s'était insinuée en lui. La jeune femme n'avait pas l'air bien et il n'arrivait pas à comprendre pourquoi. Peut-être était-ce la douleur, après tout. Ses doigts devaient la lancer atrocement. Il décida que cette explication était la plus supportable et s'avança au centre de la pièce alors qu'elle s'accroupissait devant l'âtre.


Tu devrais pas ma…

Il se tut alors qu'elle lui tournait ostensiblement le dos. Le message était clair, elle ne voulait aucune aide et ne souffrirait sans doute aucune critique. Il hocha la tête à son attitude, comme approbateur. Elle n'avait rien perdu de sa fierté et si elle s'acharnait à vouloir soulever des bûches, c'est qu'elle n'était pas totalement mal en point. L'idée qu'elle n'aille pas si mal lui redonna un peu de vigueur et pendant qu'elle s'occupait du feu, il monta par les escaliers étroits qui s'étiraient tant bien que mal à côté de la porte d'entrée.

Il déboucha sur un minuscule palier où s'ouvraient deux portes aux aspects aussi délabrés que la porte principale d'en bas. Jamais personne n'avait remis l'endroit en état et il se fichait pas mal de le faire lui-même. Il n'était pas ici par choix. Il ne venait là que quand il voulait se soustraire à sa fonction et généralement ne faisait qu'y dormir. Et puis, la plupart du temps, il était dehors. Soit pour s'occuper l'esprit avec l'anglais, soit pour se le vider en se noyant dans la foule. Lui qui n'avait jamais vraiment aimé être entouré cherchait la présence de ses semblables chaque jour depuis que la brune avait disparu. Il fuyait la solitude avec acharnement. Elle lui rappelait trop que Vamp ne la comblait plus et la douleur qui en résultait était insupportable. Pour l'alléger, il allait s'entourer de gens, connus ou non mais bien présents, palpables, pour une chope ou pour un poing.

Dans un soupir, il poussa la porte directement en face du bout du pied. Elle s'ouvrit sur une chambre mansardée. Le lit flanqué sous une poutre, là où le plafond s'abaissait était fait. Anormalement fait. On décelait sur la couette la trace d'un unique corps allongé, deux excroissances partant sur les côtés au niveau de la tête. Lin n'y prêta pas attention. Il n'avait jamais dormi dans ce lit, n'avait jamais ouvert les draps, ne s'était jamais plongé dans la douce chaleur moelleuse d'un matelas accueillant. Il se dirigea droit sur la commode qui habillait le mur de droite. Elle était large, profonde et brute. Pas de fioritures décoratives, juste trois grands tiroirs. Il tira le premier. Il était quasiment vide. Seule la trousse de soin de l'ancien barbu se trouvait là. Les deux autres étaient vides. Même le tabouret contre le mur d'en face était recouvert d'une pellicule de poussière. L'endroit aurait pu être inhabité que rien n'aurait été différent.

La jeune homme récupéra son matériel sans prêter attention à l'état figé de sa chambre. Il ne la considérait même pas comme telle. Ses pas le ramenèrent à la porte dont il franchit le seuil sans se retourner. Il ferma la porte dans son dos et s'engouffra de nouveau dans l'étroitesse des escaliers branlants qui grinçaient sous son poids. S'il les avait plus utilisés, il n'aurait pas été surpris qu'ils lâchent. Même les marches étaient douteuses. Il sauta les deux dernières pour s'esquiver plus vite du danger potentiel et porta son attention sur l'animation de la pièce principale.

Un mince sourire étira ses lèvres en avisant les timides flammes qui venaient lécher les bûches renversées dans l'âtre et il coinça sa trousse sous son coude pour applaudir.

Avec une main en moins, ça mérite félicitations.

Il n'avait même jamais songé à faire un feu ici. Parce qu'il n'y restait jamais assez longtemps pour en avoir l'occasion. Peut-être. Ou peut-être simplement parce qu'il n'avait pas envie d'un foyer chaleureux. Pas sans Vamp. Un haussement d'épaules ponctua ses pensées et il s'approcha de la table non loin de la cheminée, y déposant ses affaires. Il tira deux des quatre tabourets qui siégeaient sous le meuble, en mettant un à proximité de chaque bords de la table. Il allait lui falloir de la stabilité pour poser les attelles correctement et la jeune femme aurait besoin d'une assise pour ne pas s'écrouler au sol. La douleur allait être intense, il le savait et il poussa la table jusqu'à ce qu'elle touche le mur. La brune pourrait ainsi s'appuyer contre la pierre quand les relais nerveux seraient trop brutaux.

L'ancien barbu ouvrit sa trousse et sortit les ustensiles dont il avait besoin. Les petites plaques boisées côtoyaient les bandelettes et les ciseaux, une seringue était logée à côté d'un tas de minuscules carrés de tissu impeccable et des bandages plus épais flanquaient une petite bourse dont le contenu était dissimulé à la vue. Il prit ciseaux et bandelettes qu'il déposa devant lui avant de récupérer les petites plaques et de refermer la trousse. D'un bras tendu, il prit un linge propre sur l'étagère la plus basse au-dessus de la table et l'étendit sur le meuble, comme un champ d'opération.


J'ai de la gnôle. Très efficace pour s'assommer.

Il se garda bien de décrire plus avant les usages qu'il avait pu en faire et déposa la bouteille sur la table, à proximité du tabouret tiré pour la brune. Si elle le voulait, elle pourrait s'étourdir. C'était bien la première fois que Lin proposait de l'alcool fort à Vamp mais la situation l'exigeait. Il découpa les bandelettes aux tailles nécessaires pour poser les attelles et prépara le matériel en l'organisant dans l'ordre d'utilisation pour optimiser le soin et raccourcir le temps de souffrance de la brune.

Viens t'asseoir, faut en finir.

Ses épaules étaient tendues et il prenait sur lui pour rester impassible. Il allait lui faire mal, affreusement mal, et en toute conscience. Il n'en avait pas la moindre envie mais il savait que c'était un passage obligatoire si elle voulait récupérer l'usage de sa main. Il força sa respiration au calme dans des inspirations et expirations apaisées et bientôt, son coeur prit le pli, ralentissant pour lui laisser toute maîtrise de son corps.

Une fois la jeune femme installée et après s'être assuré qu'elle pouvait boire si elle le souhaitait, il défit le bandage sommaire qu'il avait posé sur sa main et inspecta les doigts. Ils n'avaient pas de trace de nécrose ou d'engorgement, il pouvait atteler tout ça sans risque pour la vie digitale de la brune. Après une courte inspiration, il commença son oeuvre, concentré et muet, les yeux rivés sur la main, l'esprit tout à son soin et le corps tendu dans l'exigence du moment. Totalement absorbé.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Ven 30 Mai - 16:54

La petite flamme prit de l'ampleur avant de dévorer la première bûche. Le visage de Vamp s'éclaira d'un grand sourire. Il faudrait un petit moment avant que la pièce ne se réchauffe mais les camaïeux de l'ocre des flammes ranimaient les murs gris par touches de couleur. C'était un bon début, n'est-ce pas ? Elle leva les yeux vers le jeune homme, toujours accroupit près de l'âtre, et lui rendit l'un de ses plus beaux sourires.

- Tu as vu ça un peu ? J'suis forte, hein ?!


C'était simple, joyeux, bon enfant. Elle était fière et se sentait bien. La tension qu'elle avait ressenti quelques instants plus tôt semblait avoir disparu. Elle eut même un léger rire de petite fille, ravie du compliment que lui adressait le jeune homme.

Les bras enroulés autour de ses genoux serrés, ses yeux noirs se noyèrent quelques instants dans le mouvement des flammes. Vamp aurait aimé figer ce moment. La chaleur du feu caressant ses pommettes, la sécurité d'un toit et les petits bruits que Lin faisait dans son dos. L'écouter marcher et déplacer des objets. C'était irréel. Il y avait un peu plus d'une semaine, elle chevauchait, toute vie et toute passion ayant désertées ses veines et aujourd'hui, elle l'entendait vivre. Vamp se laissa bercer par ces petits bruitages. Le bruit d'un objet qu'on pose, celui de la table qu'on déplace. Qu'IL déplace. Elle imaginait Lin s’affairer dans son dos, préparer son matériel pour la soigner. Elle imaginait le balancement de ses épaules lorsqu'il se déplace, la façon qu'il avait de regarder les choses qui l'entouraient.

Il lui avait terriblement manqué.

La voix du jeune homme la tira de sa nostalgie et elle tourna son regard vers lui. En finir ? Elle n'était pas persuadée d'y arriver. Si Vamp avait eu un guérisseur en face d'elle, elle l'aurait tout simplement envoyé voir ailleurs. Mais c'était Lin qui attendait. Elle ne bougea pas. Ses doigts étaient bien serrés et elle avait assez souffert. Pourquoi bouger les choses ? Et puis elle était presque guérie, non ? Et puis Lin n'était pas un vrai guérisseur. Peut être qu'il se trompait ?

Vamp grogna devant sa propre lâcheté et s'obligea à se lever. Elle avait l'impression d'entendre les arguments d'Ania quand elle ne voulait pas aller se coucher. La jeune femme réagissait comme une enfant. Elle redressa légèrement le menton et s'approcha de la table avec une assurance feinte. Assurance qui s'effrita royalement quand son regard tomba sur la préparation minutieuse et maniaque du jeune homme. Une onde de peur ondula sur sa poitrine. Elle leva un regard incertain sur les yeux noisettes.


- Tu es vraiment sûr que c'est nécessaire ? Tu sais, je pense que... Hm.


Honteuse, elle détourna le regard. Elle cherchait à perdre du temps, rien de plus. D'une impulsion, la jeune femme finit par s'asseoir, abandonnant sa main gauche entre celles de Lin. Son regard se planta loin dans un coin de la pièce et s'y fixa. Ses épaules étaient douloureusement tendues dans l'attente de la douleur et ses lèvres s'entrouvrirent pour avaler plus d'air.

Le choc aigu vrilla le long de sa colonne, s'infiltrant dans chacune de ses vertèbres. Elle cria. Ses yeux se fermèrent comme on les ferme devant une horreur. Elle sentait à peine le contact des doigts de Lin sur les siens, trop concentrée sur la boule de souffrance qui vidait ses forces. À chaque millimètre que le jeune homme gagnait pour redresser ses doigts blancs, Vamp avait l'impression qu'il enfonçait des tiges d'acier entre les brisures de ses os et qu'il poussait, poussait encore, et encore. Un cri plus aigu cingla l'air.


- Arrête ! Lin j't'en prie... S'il te plait...

Une onde de douleur vida ses poumons, l'empêchant de poursuivre sa supplication. Un réflexe malencontreux du coude poussa la bouteille d'alcool qui chuta et se brisa au sol dans des gerbes d'éclats de verre. Un gémissement étouffé gonfla sa gorge alors que son corps penchait dangereusement vers l'avant. Elle se retint par instinct alors que sa main accrocha l'épaule du jeune homme. Son geste n'illustrait pas ses paroles, elle ne cherchait pas à le repousser mais à s'appuyer sur lui. Sa main n'était ni ferme, ni autoritaire. Sa paume avait juste besoin de le toucher, de s'assurer qu'il était là et qu'elle pouvait se soutenir à lui, d'une façon symbolique. Dans la brume de sa douleur, Vamp sentait la tiédeur de son épaule contre sa peau d'une façon très nette. Elle s'y accrocha.

Haletante, elle n'eut plus que quelques soubresauts de douleur accompagnés de gémissements à demi avortés. Lentement, son dos ploya et se courba. Son front appuya contre l'épaule du jeune homme et elle ne bougea plus. Vamp savait qu'elle gênait ses mouvements mais la souffrance l'avait vidée de ses forces et son corps ne la soutenait plus. Elle avait besoin de Lin.  

La jeune brune aurait pu paraître évanouie. Ses paupières étaient closes et ses cils noirs brillaient, humides de larmes salées. Mais elle était bien consciente. Elle reprenait difficilement son souffle et reniflait par intermittence, comme un enfant qui vient d'essuyer un gros chagrin. Sa main blessée ne bougeait plus, laissant docilement le jeune homme en finir avec elle. Son souffle redevint plus régulier. Sa main quitta l'épaule de Lin pour être ramenée contre sa poitrine et la jeune femme se recroquevilla un peu plus sur elle-même, le front toujours appuyé contre le bras tiède.

Elle resta dans cette position de longues minutes sans faire le moindre geste. Sa nuque était moite et collante. La jeune femme écouta le craquement des bûches qui souffraient sous les assauts du feu. La respiration du jeune homme. La gnôle qui gouttait du goulot brisé. Elle remarqua alors que Lin ne s'occupait plus de ses doigts. Il avait terminé le travail sans même qu'elle s'en rende compte. Depuis combien de temps attendait-il qu'elle se secoue ?

Vamp voulu se redresser mais elle ne parvint qu'à bouger légèrement la tête. Ses doigts trouvèrent ceux de l'ancien barbu l'espace d'une demi-seconde, pour l'assurer qu'elle allait bien, avant de s'y soustraire. Le silence s'installa de nouveau de longues minutes. Puis sa voix s'éleva. Étrangement légère, tout juste un murmure.


- Ta demeure est... assez surprenante. Mais c'est toujours mieux que de dormir dans les granges des autres.

Elle lui adressa un sourire fatigué mais doux, les yeux à peine entrouverts pour croiser son regard noisette. La jeune brune ne se souvenait plus de la dernière fois où elle avait pu dormir dans un vrai lit. Si une nuit à la belle étoile avait son charme, se glisser dans des draps chauds et moelleux était tout aussi onirique pour elle.

Vamp parvint enfin à se redresser et à se détacher de l'ancien barbu. Elle passa ses doigts dans ses mèches courtes pour les ramener en arrière, comme si elle se réveillait lors d'un matin capricieux. Ses gestes étaient lents et brumeux mais son regard récupéra une certaine netteté. Elle leva les yeux sur le visage du jeune homme qui portait encore les traces de son combat contre le mercenaire et esquissa une grimace. Elle pinça ses lèvres et reprit d'une voix voilée par l'embarra.


- Je suis désolée que tu te sois retrouvé au centre de cette confrontation. Tu n'avais absolument rien à voir là-dedans. J'en suis vraiment désolée. Vraiment. Je ne voulais pas te mettre en danger. Il était prévu que nous partions hier et... Comme tu as pu le voir, on ne discute pas avec ce genre d'employeur.  

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 31 Mai - 14:14

Le silence qui suivit la souffrance de la jeune femme était dense, épais, palpable. La bouteille renversée égrenait les secondes de ses gouttes et les éclats au sol semblaient l'illustration de l'intolérable douleur qu'avait dû ressentir Vamp. Lin ne bougeait pas, conscient que ce qu'il avait été contraint de lui infliger relevait de la torture.

Ses mains avaient lâché la sienne dès qu'elles l'avaient pu. Il s'était affairé aussi vite que possible, plaçant les attelles deux par deux pour gagner du temps. Les bandages intermédiaires étaient censés soulager un peu l'influx nerveux mais il avait fallu qu'il rajoute la poupée, le bandage final qui maintenait tous les autres ensemble. Si les doigts ne reprenaient pas leur vigueur assez vite, il faudrait qu'il change ce bandage pour éviter que la sueur, la poussière et la chaleur accumulées ne macèrent sur sa peau. L'idée même d'avoir à manipuler encore des terminaisons si douloureuses rebutait l'ancien barbu mais il n'avait pas le choix et il le savait pertinemment.

Il était pourtant soulagé. Ce qu'il avait mis en place serait efficace. Si elle n'avait pas dans l'idée de se battre à nouveau avec cette main-là, elle en retrouverait l'usage relativement vite. Il fallait simplement qu'elle accepte le repos imposé par une telle blessure. Et ça, il n'était pas sûr qu'elle y parvienne. Un léger sourire flotta sur les lèvres du jeune homme alors qu'il réfléchissait plus avant. Certes, elle était bornée et n'accepterait que difficilement de se faire servir. Mais la douleur qui enflammerait sa main à la première tentative de désobéissance la rappellerait bien vite à l'ordre. Pour une fois, elle serait la seule responsable du rabrouement de sa fierté.

Il sentait le front moite de Vamp, immobile contre son bras. Il n'était pas fier de ce qu'il avait engendré, même s'il n'avait pas eu le choix. Il mena une main légère sur le visage blanc qu'il ne voyait pas, effleurant une joue du bout des doigts. Ce geste ne signifiait rien si ce n'était l'assurance qu'il comprenait qu'elle ait besoin d'un temps. Il le lui laissait sans rechigner, le dos droit, appui semblant indéboulonnable.

Quand elle redressa le buste, il lui adressa un sourire entre excuse et tendresse, légèrement mal à l'aise. Ses mots à propos de l'endroit où il vivait instillèrent une gêne en lui et il sentit le rouge lui monter aux joues. Avant que ses pommettes ne puissent se colorer, il feignit de s'intéresser à la bouteille brisée et se pencha sous la table pour en ramasser les morceaux. Oui, il vivait dans un taudis. Mais non, ce n'était pas ce qu'il considérait comme sa demeure. Il avait honte d'être ici et il voulut se défendre alors qu'il reposait tous les morceaux sur la table.

Il n'eut pas à le faire. Avant qu'il ait fini de débarrasser les sol des éclats de verre, elle avait repris la parole pour évoquer son patron. La légère coupure sur sa gorge se rappela à son esprit et il passa ses doigts dessus dans un geste léger. Vrai qu'il avait eu chaud sur ce coup. Mais les doigts explosés de la brune ne valaient pas mieux. Il grimaça en se laissant retomber contre le dossier de sa chaise, bras croisés. Il était perplexe et les yeux qu'il releva sur Vamp ne laissaient rien paraître d'autre.


Employeur … Je pensais que tu fuyais chez toi.

Il la scruta un instant, l'air neutre. Ce n'était pas logique, dans son esprit. Si elle fuyait, elle n'avait pas le temps de faire quoi que ce soit pour qui que ce soit. On n'a pas le temps de rencontrer un employeur quand on bouge toutes les nuits pour ne pas se faire attraper par une cohorte de fous furieux. Et si elle avait fini de fuir, n'avait-elle pas évoqué l'idée de le retrouver ? Avait-elle franchement besoin d'un patron pour ça ? Un tic fit frémir la lèvre du jeune homme. Vamp n'avait pas de patron et elle n'en acceptait pas. Du moins pas dans son souvenir. L'un de ses sourcils se fronça. Ce n'était décidément pas compréhensible. Secouant la tête, il décroisa les bras pour s'accouder à la table.

On travaille pas, en fuite. Et dans ton cas, certainement pas pour un patron.

Le ton de sa voix était calme, presque hésitant. Il semblait plus réfléchir à comment placer le patron désormais mort dans le tableau de vie de la brune qu'à essayer de la coincer pour l'incendier. Sa joue se posa dans sa main un instant alors que ses yeux passaient le visage blanc au crible et il finit par tourner légèrement la tête, ses doigts glissant à l'arrière de ses cheveux.


Non, je vois vraiment pas. C'était qui, ce type ?
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 31 Mai - 16:03

Un pli se dessina entre les sourcils noirs de la jeune femme, témoignant d'une légère angoisse. Les remarques de l'ancien barbu réclamaient des explications qu'elle n'était pas sûre de vouloir donner. Vamp n'était pas spécialement fière de la vie qu'elle menait mais elle la supportait. C'était autre chose que de l'expliquer au jeune homme. Pour absorber l'anxiété qui commençait à prendre de plus en plus d'ampleur, ses ongles attaquèrent la peau de son bras, grattant à un rythme régulier. Peu à peu, son avant-bras gauche commença à se piquer de rouge mais son regard resta lointain et insaisissable.

La jeune brune humecta ses lèvres avant de les pincer délicatement. Elle lui avait raconté son passé, il était temps de lui avouer son présent.


- Tu ne m'as pas comprise. Nous n'avons fui que mon village. Nous nous sommes échappés lors d'une tempête de neige, car nous savions que personne n'allait nous suivre dehors, par ce temps. Et pour cause, il est facile de s'y perdre et encore plus d'y mourir. C'est là, que j'ai perdu Chanda.

Ses lèvres se pincèrent plus fort alors qu'un clignement de cils manifesta la tristesse que cet épisode ravivait en elle. Les réminiscences de cette partie du voyage chassèrent les couleurs que la douleur avait peint sur son visage quelques minutes plus tôt. Elle était pâle comme une morte de plusieurs semaines. En découvrant que le loup n'était plus sur ses pas, Vamp avait bien cru devenir folle. Elle avait hurlé pendant de longues minutes en revenant sur ses pas, cherchant l'animal comme si elle était coincée sous la glace d'un lac gelé et cherchait de l'oxygène. Elle n'avait réussi qu'à s'épuiser dans les épaisses couches de neige et avait presque failli se perdre elle-même. Diadia l'avait trouvée et obligée à avancer malgré ses cris, malgré ses poings et les larmes qui gelaient sur sa peau mangée par le froid.

- Te perdre toi puis le perdre a été... Le coup de trop. J'ai cru que j'allais devenir folle.

Elle accompagna sa phrase d'un petit rire nerveux auquel son regard vide ne répondit pas. La jeune femme continua aussitôt son récit, fuyant le souvenir de son compagnon poilu.

- Nous avons trouvé une maison. Nous y sommes restés le temps de passer l'hiver. Nous étions vraiment très bien installés. Comme une vraie famille. Je ne pense pas que les villageois nous auraient traqués jusqu'ici, ils ont dû passer leur colère sur un chat noir ou sur un rat blanc, que sais-je ? Mes compagnons se faisaient très bien à leur nouvelle vie. Ils s'adaptent très vite à n'importe quelle situation. Nous aurions pu rester dans notre pays, il y a assez de place pour éviter les hommes et les ennuis. Mais dés les premières fontes de neige, j'ai sellé Goliath.

Elle leva ses yeux noirs sur Lin, gênée. Elle avait du mal à trouver les bons mots sans qu'il doute de la véracité de ses dires.

- Ecoute, je ne sais pas ce que tu penses de moi, ce que tu imagines ou quelle impression je te donne. Mais je n'ai pas réussi à vivre. Je n'y arrivais pas, tu n'étais pas là pour m'en donner envie. Tu m'as hantée durant ces trois années. Cette maison était parfaite mais ce n'était pas chez moi car quand j'ouvrais la porte, tu n'étais pas là. Il n'y avait pas ton odeur, il n'y avait pas tes bottes ni tes chemises sales. Qu'importe les murs, ils ne seront jamais mon foyer s'il n'y a pas ta barbe quelque part. C'est pour ça que je suis revenue sur le territoire du royaume de France. Pas pour fuir.


Elle grimaça d'impuissance. Ses mots raisonnaient à ses propres oreilles et ne la satisfaisaient pas. Vamp n'avait jamais été douée pour parler sentiment et certaines choses ne changent pas.

- Lorsque je suis revenue à Murat et que j'ai vu la cabane, je me suis refusée au désespoir. Je voulais te retrouver. Tu ne comprends pas, tu étais ma famille, mon foyer et l'homme que j'aimais, je n'ai jamais traversé deux fois en un aller-retour la moitié du continent pour quelqu'un. Ça n'a jamais changé, je n'ai toujours été rien qu'à toi. Je voulais repartir aussitôt à ta recherche, ville par ville, hameau par hameau. Interroger n'importe qui, les menacer, les frapper.

La jeune femme se leva et commença à faire les cent pas dans la pièce, incapable de rester immobile. Ses bottes dessinaient des aller-retours infatigables devant la cheminée alors que ses doigts tripotaient nerveusement les bandes blanches de sa nouvelle attelle.

- Mais pour voyager il faut de l'argent. Et puis je n'étais plus seule, voyager en groupe prend plus de temps. Tu l'as vu, Nikolaï parle à peine votre langue et moi je ne pouvais plus travailler aux mines parce que... enfin je ne pouvais plus.

Un mensonge par omission. Mais Vamp se livrait déjà bien assez depuis plusieurs minutes et avouer cette « chose » au jeune homme était pousser son courage un peu trop dangereusement dans ses retranchements.

- Tu sais très bien que mes qualités sont limitées. J'ai alors eu l'idée que nous pourrions vendre nos services. Fenrir sait très bien se battre et la carrure de Nikolaï parle d'elle-même. L'idée était que des caravanes, des marchands ou des hommes importants louent nos compétences. Nous les protégeons durant leur déplacements sur les routes et sommes payés pour. Comprends-moi, cela me permettait de faire vivre mes compagnons tout en poursuivant mes recherches dans toute la France. Nous ne sommes pas vraiment des mercenaires, juste... des gardes du corps, je pense. Nous avons même parfois accompagné des familles qui nous ont payé en miches de main et en gâteaux au miel. Je n'essaie pas de nous mettre en avant, juste de te faire comprendre que nous sommes loin des mercenaires que tu as vus ce matin. Nous ne sommes pas eux. À chaque ville... je te le jure Lin, à chaque ville, je errais dans les rues et dans les tavernes dans l'espoir de tomber sur toi, jusqu'à tard le soir ou tôt le matin.

Une brûlure sur son avant-bras la fit baisser les yeux. Elle n'avait pas cessé de gratter sa peau durant tout son récit et l'épiderme commençait à sévèrement protester. La jeune femme finit par s'immobiliser au milieu de la pièce, reportant son regard sur l'ancien barbu.

- Tu as raison, je n'aime pas vraiment être commandée ni avoir un patron. Mais j'ai mis ma fierté de côté ainsi que mon orgueil et j'ai obéi. Parce que chaque ville où j'accompagnais mon employeur était une ville où tu pouvais séjourner. Le type de tout à l'heure avait raison, j'étais sa chienne, il sifflait et j'accourais.

Sa mâchoire se contracta mais un faible sourire étira ses lèvres en contrepartie.

- Sa chienne peut-être, mais il m'a menée jusqu'à toi. C'était un marchand de bijoux. D'où la protection très rapprochée. Nous devions partir hier mais la disparition d'Ania et... Hm... ta « présence » m'ont un peu fait oublier l'aspect matériel et les clauses de mon contrat.

Elle tira un peu plus fort sur les bandelettes, le regard rivé sur la pointe de ses bottes.

- L'argent devait me permettre d'acheter un nouveau manteau à Ania. Un qui gratte pas. L'ennui c'est que ce type était quelqu'un de plutôt important. Si jamais la maréchaussée trouve son corps et décide de rechercher les coupables, nous sommes dans un foutu pétrin. J'imagine aussi qu'il va falloir être très généreux avec la guérisseuse et acheter son silence.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 31 Mai - 17:06

Il ne savait pas trop à quoi s'attendre quand elle desserra les lèvres. Il n'avait pas vraiment eu le temps de réfléchir à ce qu'elle pouvait faire sous les ordres d'un patron ni pourquoi elle s'y serait soumise. Il n'avait pas eu le temps de formuler quelque hypothèse que ce soit et il n'avait aucune matière pour mettre en comparaison avec ce qu'elle allait lui dire. Il était donc face à elle comme face à une toile vierge sur laquelle on n'a pas la moindre idée de ce qui va naître. Avec un peu d'appréhension, il prêta une oreille attentive à ce qu'elle lui dit.

Il n'émit pas un son alors qu'elle déroulait ses raisons. Il y avait en lui une foule d'images qui se pressait à la lisière de ses rétines et il les laissait défiler en silence, de la neige aux escortes, des chemins glacés aux terres battues. L'évocation du loup étreignit le coeur du jeune homme sans qu'il ne l'ait prémédité. Il n'avait jamais franchement détesté cet animal et s'il pestait contre, c'était plus pour la forme que par véritable animosité. Chanda était le seul rival qu'il considérait vraiment pour l'affection de la jeune femme et c'était uniquement pour cette raison qu'il râlait contre la boule de poils. Sa disparition laissait un goût amer à l'ancien barbu et il serra les dents. Il n'eut pas à réfléchir longtemps pour que l'évidence s'impose à lui. Elle avait été au moins aussi esseulée que lui malgré les gens qui l'entouraient.

Absorbé par la nette sensation qu'ils avaient traversé des similitudes, il enregistra tout de même l'hésitation qu'elle marqua et le saut qu'elle opéra dans son récit. Elle avait toujours travaillé aux mines, même si sa composition frêle l'handicapait pour relever une pioche encore et encore. Rien ne l'empêchait jamais d'aller s'enfermer dans le ventre de la terre. Au contraire même, elle s'y trouvait à l'aise, à l'abri du soleil et de la foule. Il fronça les sourcils, surpris qu'une raison ait pu l'en empêcher. Il y repenserait.

Ses yeux furent attirés par les mouvements de la brune qui s'était mise à marcher de long en large sur le tapis qui couvrait le sol. Il la suivait du regard pendant que ses tympans suivaient son histoire et se rappuya contre le dossier de sa chaise, légèrement de côté. Alors elle avait fait tout ça, pour lui ? L'idée qu'elle laissait entrevoir à Lin faisait naître une drôle de sensation dans son torse. Il n'arrivait pas à mettre de mots dessus mais il y avait une chaleur étrange qui s'en dégageait. Comme si ses espoirs n'avaient pas été vains. Comme si avoir traversé ces années malgré tout n'avait pas été inutile. Peut-être avait-elle pensé à lui, pour de vrai. Cet abandon lui avait peut-être coûté, en fin de compte.

Il la regardait avec des yeux neufs. Il était passé par tous les états d'esprit pendant son errance de plusieurs années et il avait fini par conclure qu'elle avait pu l'oublier. Il avait reposé sa carcasse là où elle pourrait la trouver mais bien que présent, l'espoir qu'elle vienne la regonfler était ténu. Mais ce qu'elle lui disait là changeait la donne. Elle semblait l'avoir intégré à ses choix, à ses mouvements. Elle l'avait relégué au second plan devant l'impératif de sa famille de sang mais elle était revenu sur ses pas pour le récupérer.

Les yeux de Lin s'arrêtèrent sur le bras attaqué par les ongles. Etait-il vraiment récupérable ? Il déglutit. Il ne s'était pas posé la question. Elle avait ré-apparu, il n'avait pas eu le temps de penser. Pendant toute la semaine écoulée, il n'avait agi qu'emporté par un tourbillon de surprise et de réactions plus ou moins instinctives. Il l'avait ressenti, cet imbroglio inextricable qui les poussait l'un vers l'autre mais qui les maintenait si éloignés. Il n'avait pas pu se préparer à un retour et se demander ce qu'il ferait si elle revenait. Il était désormais face à l'évidence et il prenait conscience que tout n'était pas si simple.

Il se leva sans réfléchir, la vue de la peau abîmée appelant ses doigts. L'instinct, toujours. Il voulait qu'elle revienne, qu'ils revivent ce qu'ils avaient construits, qu'ils reprennent ce qui avait été laissé en plan, sans vergogne. Il s'arrêta à côté d'elle et lui prit doucement le bras pour l'examiner à la lumière qui tombait de la fenêtre, le jour déclinant. Il voulait que ces trois ans soient effacés, oubliés, qu'elle soit elle et qu'il soit lui, qu'ils puissent être eux comme ils l'avaient toujours été jusqu'à son départ.

Il fit la moue. Ca allait demander un peu de baume, cette affaire. Il effleura l'épiderme gratté du bout des doigts. Ils n'étaient plus eux. Elle avait vécu des horreurs, il s'était détruit méticuleusement. Elle avait mûri, cette enfant à charge. Il avait régressé, se défaisant de ce qui la lui rappelait trop. Ce qu'elle était devenue et ce qu'il était devenu pourrait-il coller à nouveau ?

Il attira la brune jusqu'à la table mais ne la fit pas asseoir. Plongé dans ses réflexions, il était resté muet après qu'elle eut fini de parler. Il réfléchissait. Simplement. Ses doigts ouvrirent un petit pot coincé sous un bandeau serré et s'y trempèrent. L'onguent était clair et fluide. Il l'appliqua sur la peau meurtrie, le frais imprégnant immédiatement l'épiderme.

Ce n'est que lorsqu'il releva la tête qu'il sortit de ses songes. Il regarda un instant autour de lui, comme surpris et grimaça. Il n'avait rien répondu, il lui avait tartiné le bras et le silence commençait à devenir gênant. Il se racla la gorge.

Hem … Je, j'étais en train de … Fin quand j'ai vu ça, je me suis dit qu'il faudrait apaiser.

Il leva les yeux au ciel contre lui-même et prit une longue inspiration.

Bref.

Les derniers mots de la brune furent forcés à revenir à lui par sa mémoire vive et il haussa les épaules.

Si la maréchaussée décide de trouver les coupables, je m'en occuperais. Ca ne posera pas de problème, les choses n'iront pas bien loin. Tout du moins pas au su et au vu de tous.

Il referma le petit pot soigneusement, s'occupant les mains. Le ton était serein. Il ne se vantait pas, il ne mentait pas. C'était un simple constat.

Je peux envoyer Larson s'occuper de la guérisseuse. Il trouvera bien de quoi la payer. Pour le silence, on repassera, mais son témoignage sera effacé, assurément.

Il eut une ombre de sourire à l'idée que l'anglais s'occupe de la rousse. Il avait déjà été à proximité du bâtard lorsqu'il s'adonnait à ses frasques et il avait pleinement conscience du potentiel de cet homme. Il se demandait encore comment il parvenait à s'attirer les foudres des gens alors que tout paraissait si simple quand il entrait en jeu.

Les yeux de l'ancien barbu se relevèrent sur la brune alors qu'il achevait de refermer la trousse de nouveau complète.

Tu n'es plus sous contrat, du coup. Ta soirée n'est pas encombrée par une réunion avec ton patron. Donc, tu es libre. T'as faim ?

Au vu de l'état de vide de ce qui constituait le toit de Lin, la question ne laissait pas présager qu'il lui offrait le repas entre ses murs. Il se gardait pourtant de laisser transparaître ce qu'il avait en tête et avait demandé ça avec un détachement feint, donnant un coup de chiffon sur la table encore un peu humide d'alcool.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 1 Juin - 6:54

Un sourire amusé étira les lèvres de la jeune femme. Il bafouillait. C'était bien plus intéressant lorsque c'était lui qui bégayait. Et bien plus mignon aussi... Elle lui avait abandonné son bras rougi sans aucune résistance. Lin l'avait toujours disputée à ce sujet. Il n'aimait pas ce geste et lui avait toujours très bien fait comprendre. En retour, elle détestait lorsqu'il s'attaquait à sa joue.

Docile, Vamp le laissa tartiner son avant-bras pendant que son regard noir étudiait les traits de l'ancien barbu. Il était resté silencieux durant toute son explication. Pas une interruption, pas un grognement. Et ce silence se prolongeait. La jeune femme au teint pâle ne s'en alarma pas. Il s'occupait d'elle, la soignait, que demander de plus ? Elle avait son attention toute exclusive. Elle n'allait pas s'en plaindre.

Il réussit enfin à lui sortir une phrase claire et organisée, ne faisant qu'accentuer un peu plus le sourire de la jeune femme. Elle hocha la tête à ses paroles et cachait sa perplexité et son étonnement. Elle avait bien compris que Lin avait une certaine... influence, dans les recoins de la ville. Mais jusqu'à la maréchaussée ? D'où lui venait donc cette pareille emprise ? Et surtout, comment avait-il réussi à l'avoir ? Un pli sceptique se dessina entre les sourcils de la jeune femme. Elle doutait que le Lin dont elle était tombée amoureuse ne connaisse seulement l'emplacement de la maréchaussée en ville.

Vamp écarta toutes ces questions. Elle savait qu'il faudrait qu'elles reviennent un jour entre eux, mais la journée avait été assez épuisante sans que la jeune femme n'en rajoute volontairement une couche. Elle baissa les yeux sur son avant bras légèrement brillant de baume à la lumière des flammes. Dans ses gestes et ses paroles, Lin la protégeait ces derniers jours. Il la soignait et allait la préserver de la maréchaussée. Cela n'avait finalement rien d’exceptionnel entre eux. Ils avaient toujours pris soin l'un de l'autre, chacun dans leurs compétences respectives. Les choses n'avaient peut-être pas tant changé que cela...

Ses sourcils se haussèrent de surprise. Faim ? Manger ? Avec lui ? La jeune femme n'avait pas mangé depuis la veille au soir. Une montée d'excitation embrasa sa poitrine. Il l'invitait à dîner ? C'était un vraie invitation ! Un rendez-vous ! Et juste tout les deux ! Mais elle était toute sale. Peut-être qu'il allait l'embrasser ? Et lui demander de rester auprès de lui ? Ou même de venir vivre avec lui !! Ou même lui demander de...


Stop. Calme-toi. Il meurt de faim et ses placards sont vides. Fais descendre la pression et respire. Idiote.

Vamp cligna des yeux et lui sourit, en apparence très calme.

- Bien sûr. Je suis affamée.

Évitant soigneusement de croiser le regard noisette, elle ramena sa manche sur son bras jusqu'au poignet et s'empara de son manteau sombre. Elle jeta un dernier coup d'oeil aux murs gris avant que son regard ne se porte sur l'escalier miteux. Oubliant le jeune homme dans son dos, Vamp s'approcha assez pour entrapercevoir le palier et les portes qui la dominaient du haut des marches. Une étincelle de curiosité brilla un instant dans ses yeux. Elle brûlait d'envie d'aller voir le reste de sa maison mais, sentant la présence du jeune homme dans son dos, elle se retourna, un peu embarrassée.

Vamp se dressa sur la pointe des pieds et le même bisou minuscule que le jeune homme avait reçu sur les lèvres à l'entrée de sa demeure fleurit cette fois à l'angle de sa mâchoire. Ce fut très doux et ne dura à peine qu'une seconde.


- Merci... de m'avoir soignée...


Elle voulait le pousser contre le mur, retirer sa chemise et l'embrasser à pleine bouche. Et retirer ses braies aussi, bien sûr. Mais la jeune femme se contenta de lui adresser un sourire timide et sortit.

Aussitôt confrontée à la ruelle morbide, les muscles de Vamp se contractèrent. La pierre était haute, la surplombait, l'étouffait. Elle sentait un poids lourd peser sur sa poitrine, empêchant l'air de bien accéder à ses poumons. Elle toussa. La jeune femme ne pouvait pas rester immobile dans ce coupe-gorge. Elle laissa l'ancien barbu fermer la porte et, sans l'attendre, traversa d'une traite le coupe-gorge pour s'extraire du boyau. Dans son élan, elle bouscula un passant qui se retourna dans un grognement offusqué. Vamp se contenta de lever un sourcil et de lui décocher un regard noir, l'intimant en silence de passer son chemin. Vraiment, les gens étaient épuisants...

C'était beaucoup mieux. Il y avait de l'air, une légère brise et de l'espace. La tension de ses épaules disparue et un sourire pointa sur le visage de la jeune brune. Elle allait passer quelques heures auprès du jeune homme. Juste avec lui. Vamp se tourna vers lui tout en enfilant son manteau large et sombre. La garde-robe de la jeune femme était très limitée. Le soucis était qu'elle était grande, et la plupart des vêtements pour femme de ce pays étaient trop petits ou trop courts pour ses longs membres. Excepté au niveau de la poitrine où, là, étrangement, tout rentrait à la perfection. Vamp portait généralement des chemises pour homme de taille moyenne, certes larges mais c'étaient les seules dont les manches recouvraient ses bras blancs jusqu'aux poignets. Ses braies resserraient la chemise autour de sa taille et elle portait les mêmes bottes grossières mais souples en peau de son pays qu'Ania. Rien de moulant, rien qui ne mette en valeur son corps de sauterelle, rien d'aguichant. Juste Vamp.

Pourtant, le manteau qu'elle portait était d'un tissu impeccable, noir et épais. La finesse des points et de la couture tranchait sévèrement avec sa chemise blanche dans laquelle la jeune femme nageait. C'était comme deux mondes qui s'affrontaient. Ce manteau n'avait rien à faire sur les épaules d'une simple voyageuse. Un col droit remontait sur la nuque blanche et dégagée, donnant à son dos plus de droiture qu'il n'en avait déjà. Aussi étrange que cela puisse paraître, il donnait à sa silhouette une certaine prestance.

Prestance presque aussitôt déconstruite par le sourire mutin qu'elle adressa à Lin. Joueuse, elle s'approcha de lui et chuchota sous le ton de la confidence, ouvertement moqueuse. Le jeu. Vamp adorait jouer. Mais elle aimait tout particulièrement jouer avec le jeune homme. Avant même qu'il ne fut son amant et son barbu, Lin avait été son compagnon de jeu en taverne.


- Tu sais... Tu es plutôt mignon, quand tu bafouilles...

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 1 Juin - 8:13

Le léger contact des lèvres de la brune contre sa mâchoire arracha un sourire à l'ancien barbu. C'était une minuscule attention, un tout petit rien envolé en l'espace d'une demi-seconde mais ça avait un retentissement spectaculaire sur lui. Il se sentait légitimé dans ses espoirs quand elle laissait échapper un geste aussi naturel et il inclina la tête vers son visage malgré lui. Il en voulait plus. Il eut seulement droit à un sourire timide avant de pouvoir détailler son dos. Le nez plissé, il se reprit en se gratouillant la nuque, se trouvant un instant comme un idiot coupé dans son élan. Ce n'était certainement pas ce soir qu'il aurait droit à ses lèvres à nouveau. Il se morigéna en songeant qu'il allait tout de même pouvoir passer un peu de temps avec elle sans aucun de ses compagnons et lui emboîta le pas, un peu revigoré par cette pensée.

Il n'avait pas de clé pour fermer chez lui et un simple coup de talon renvoya le battant contre le mur. La serrure claqua et la poignée se bloqua dans sa fiche contre le mur, la porte était fermée. De toute façon, personne ne s'aventurait jamais ici. Il avait été suffisamment clair avec les badauds curieux pour que ceux-ci ne remettent pas les pieds ici et que la rumeur se répande qu'il valait mieux ne pas s'enfoncer dans ce coupe-gorge. Lin était satisfait, il avait la paix. Et pas besoin de s'encombrer avec une clé.

Il traversa la ruelle sans précipitation. Il allait retourner dans la rue principale, à la lumière vive et il devrait marcher à côté de Vamp. Ce qui signifiait qu'il ne pourrait pas la détailler comme il en avait la possibilité pendant les quelques mètres qui le séparaient d'elle pour le moment. Sa longue silhouette se découpait entre les deux murs trop proches, fine et droite. Le déhanché imprimé par ses pas était dissimulé sous son long manteau noir et il ne percevait son balancement qu'au mouvement souple de ses mèches trop courtes. Il esquissa un sourire, maintenant la distance entre eux encore un instant. Il y avait quelque chose dans son attitude qui suintait l'assurance. Les épaules redressées et le cou droit, elle n'était pas voûtée face aux choses. Elle se tenait là avec dignité, en fin de compte. Lorsqu'elle tourna la tête pour jeter un oeil à la rue, la ligne de sa mâchoire s'accorda parfaitement au col remonté de son manteau. Le noir soulignait à la perfection le blanc immaculé de sa peau et l'image saisit l'ancien barbu. Elle était belle.

Il se redressa dans une onde de fierté déplacée et avala les quelques mètres de retard pour venir se poster à son côté, ses quelques centimètres en plus étirés pour la dépasser légèrement. Il y tenait. Elle était bien trop attirante à cet instant pour laisser quiconque imaginer qu'il était évincible. Un peu plus grand qu'elle et les épaules carrées en signe d'assise, il était suffisamment proche de la jeune femme pour ne laisser planer aucun doute sur le statut qu'il s'attribuait. Cette brune-là n'était pas sur le marché. C'était clair.

Pourtant, l'assurance de coq du jeune homme fut froissée par les paroles de la jeune femme et il entrouvrit les lèvres de surprise. Bafouiller ? Lui ? Il plissa le nez. Moui, il avait bafouillé. Il prit cependant un air détacha pour lui répondre, enfonçant nonchalamment ses mains dans ses poches.

C'est mon côté grand seigneur. Je veux pas que tu te sentes trop seule à ne pas savoir aligner deux mots.

Un sourire narquois s'imposa sur les lèvres de Lin et il fit un mouvement de tête pour enjoindre la brune à le suivre.

Allez viens, la bouche pleine on n'aura une bonne raison pour être incompréhensibles.

Il s'engagea dans la rue pavée qui descendait légèrement sur la droite, la démarche détendue mais le pas souple. Il avait pris l'habitude de se déplacer sans un bruit et il ne marchait plus qu'ainsi, félin. Il ne prêtait pas attention aux badauds qu'il croisait, ni même à ceux qui lui appuyaient un sourire. Il avait un but précis, il n'allait pas s'arrêter pour tailler la bavette à tout un chacun. Et puis, il y avait Vamp dans son dos et d'aussi loin qu'il se souvienne, elle n'aimait pas les gens. Comme il n'avait aucune raison de les lui imposer, il se contenta de la mener jusqu'au coeur du village en évitant soigneusement toute rencontre malvenue.

Il débouchèrent sur la place sur laquelle la jeune femme avait attrapé Larson quelques jours plus tôt. La fontaine au centre clapotait tranquillement dans la soirée naissante et les villageois traversaient encore les pavés, les bras chargés de victuailles ou d'enfant, pour certains seulement de fatigue, pioche sur l'épaule. Ils se rendaient chez eux ou s'apprêtaient à s'en jeter une en taverne. Un jour comme un autre, l'ancien barbu aurait pris le même chemin que l'un d'eux pour aller s'asseoir à un comptoir de plus et boire à s'en étourdir. Le reste de la soirée n'aurait rien de différent des autres et il se réveillerait encore dans un lieu plus ou moins connu.

Il sourit à l'idée que cette soirée-là serait différente et traversa la place d'un pas sûr. Un coup d'oeil lui assura que la pâlotte suivait bien. Il ne voulait pas la perdre, c'était pour elle qu'il allait par là. Il lui montra l'imposante bâtisse qui ornait l'un des côtés de la place d'un signe du menton et s'arrêta un instant face à l'édifice.


C'est la mairie du village. En bas, tu te plains, en haut, le maire vit.

Il tourna le visage vers la jeune femme et lui sourit, d'un sourire espiègle. Il était évident qu'il se réjouissait de ce qu'ils allaient faire. S'il était en apparence calme et mesuré, il bouillonnait intérieurement, fébrile. Le lieu n'avait rien d'extraordinaire mais ça faisait si longtemps qu'il n'était pas allé s'y fourrer qu'il ressentait la nervosité de la redécouverte. La brune à ses côtés, ça ne pouvait être que mieux encore que les rares fois où il y était allé.

Il se remit en marche et contourna le bâtiment pour se faufiler derrière celui-ci, au niveau d'une porte à double battant. Le sourire qui tenait ses lèvres s'étendait au reste de ses traits et il avait l'air véritablement joyeux. D'un coup sec, il ouvrit les deux battants de ses deux bras. La faible lumière de l'intérieur éclaira doucement le corps du jeune homme et une vague d'excitation parcourut le jeune homme. A cette heure-ci, il n'y avait plus personne à cet endroit-là. Mais il savait pertinemment que tout était ouvert. Ils allaient pouvoir s'en donner à coeur joie. Tout sourire, il se retourna vers la brune.

On a faim. On va visiter les cuisines !

Il avait lâché ça avec un entrain d'enfant devant un nouveau jouet et il précéda la jeune femme dans le couloir éclairé qui menait aux cuisines de la mairie. Une nouvelle porte fut ouverte avant qu'ils ne soient véritablement dans les lieux culinaires et un large sourire noya le visage du jeune homme.

La pièce était vaste et comportait plusieurs foyers, deux sur chaque mur latéral. Sur celui du fond, on voyait les chariots prêts à être chargés pour apporter la nourriture encore chaude. Au centre, un grand plan de travail qui coupait la pièce en deux. Il n'y avait pas un chat. Les cheminées n'étaient éclairées que par le rougeoiement des braises fraîchement éteintes et l'endroit était propre, nettoyé et rangé par les employés partis un peu plus tôt. Tout était en place, prêt à être utiliser de nouveau le lendemain. Lin s'approcha du plan de travail et y passa une paume, ne se départissant pas de son sourire. Il se retourna vers la brune, appuyé de ses deux mains sur le large panneau de bois.


Alors, qu'est-ce qui te tente ?

Il avait l'air ravi d'être ici, entouré de la douce chaleur des foyers récemment utilisés et des odeurs de nourriture élaborée. Il oubliait complètement ce qu'il était d'habitude aux côtés de Lars et une sorte de naturel oublié remontait en lui au contact de Vamp. Entre ces murs et en sa seule présence, il se sentait étrangement rassuré et la garde qu'il maintenait effective d'ordinaire se trouvait abaissée en ces lieux. Sur le mur par lequel ils étaient arrivés se trouvaient des étagères et des petits meubles emplis de victuailles. Il n'y avait qu'à choisir, les ustensiles étaient sous le plan de travail, les braises prêtes à être ravivées. Le paradis pour des affamés.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 1 Juin - 10:39

Vamp s'étouffa d'indignation. Elle regarda le sourire narquois du jeune homme avec de grands yeux outrés et lui donna un coup dans le bras, sans ménagement. Si elle aimait jouer, elle détestait perdre et pouvait être d'une mauvaise foi extrême.

- Je ne bafouille pas ! C'est juste que parfois... parfois... parfois j'oublie les mots ! C'est tout !

Un grognement agacé et un froncement de sourcils plus tard, elle emboîtait le pas du jeune homme. Elle ronchonna encore quelques minutes avant d'observer leur environnement. Vamp n'était pas une idiote, si elle dédaignait les gens, elle restait attentive à leur comportement. Son présent métier l'avait obligée à être vigilante sur l'allure et l'attitude des personnes qui croisaient sa route, et ce, pour prévenir tout geste agressif ou offensif. Elle avait confiance en Lin, mais elle savait aussi qu'il ne lui avait pas tout dit. Peut être que le comportement des gens à son approche allait-elle l'aider à mieux comprendre la vie présente de l'ancien barbu ?

Pourtant son observation ne fit qu'accentuer un peu plus sa perplexité. De ce qu'elle avait pu voir avec les événements antérieurs, Lin ne parlementait pas, il frappait. Or on ne devient pas si emporté ainsi sans côtoyer la violence. Il avait encaissé les coups du mercenaire sans faiblir ni reculer, avec la force de l'habitude. Alors pourquoi certains badauds lui souriaient-ils ? C'était à n'y rien comprendre. Était-ce des sourires hypocrites ? Mielleux ? Le visage de la jeune femme s'assombrit. Il y avait beaucoup trop de zones d'ombre dans la vie de Lin. Beaucoup trop à son goût.

La voix du jeune homme brisa ses réflexions et elle leva le nez sur la maison qu'il lui montrait. La maison du maire ? Vamp lui répondit par un regard perplexe. Pourquoi le lui faire remarquer ? Lin ne s'était jamais vraiment intéressé aux grands de ce monde. Il était paysan et ne vivait que dans la simplicité de la vie d'un paysan. Elle lui répondit par un sourire incertain et emboîta son pas.

Plus elle avançait et plus elle se disait qu'il y avait erreur.


Mais qu'est ce qu'il fabrique ?

Un vague pressentiment vint toquer à sa porte mais elle le chassa. Ce n'était pas du genre de Lin, absolument pas. Même de dos, elle pouvait le sentir excité comme un petit garçon. Un sourire étrange étira ses lèvres, à mi-chemin entre amusement et attendrissement. Même dans les situations les plus étranges, le « vrai » Lin apparaissait toujours par petites touches subtiles et rassurait la jeune femme. Il n'était pas un total étranger.

Pourtant son exclamation figea la jeune femme. Visiter les cuisines ? Vamp écarquilla les yeux. Elle voulut rattraper l'ancien barbu en lui agrippant le coude mais sa main se referma dans le vide. Il avait déjà quelques pas d'avance.


- Lin ! Qu'est c'que tu fais ?!! Attends, tu...

Autant parler à un mur de pierre. Elle grogna. Vamp n'avait jamais fait ça. Certes, lorsqu'elle était enfant, elle avait visité les cuisines avec Fenrir. Mais c'était différent, puisque les grandes cuisines en question étaient dans sa propre demeure. Ce n'était donc pas réellement du vol. Et puis la cuisinière l'adorait et la choyait chaque jour avec des gâteaux au miel.

La jeune femme grogna de nouveau avant de rattraper l'ancien barbu. Mais alors qu'elle était prête à le disputer, la pièce la coupa dans son élan. Une vague de nostalgie adoucit subitement ses traits. Les plans de travail, l'odeur de viande grillée qui flottait dans l'air et les petits pots parfaitement rangés firent éclore en elle les réminiscences de son enfance. Elle entendit quelqu'un la houspiller, loin, très loin, dans les brumes de sa mémoire. Elle sentait ses petits bras douloureux soulever les sacs de farine pour gagner un gâteau dégoulinant de sucre et de miel. Elle humait l'odeur de sang des poulets que l'on venait de vider.

Un joli sourire étira les lèvres de la jeune femme. C'était l'un des moments les plus tendres de son enfance et le jeune homme venait de les lui faire revivre sans même s'en apercevoir. Au diable où ils se trouvaient et à qui appartenait cette cuisine.

Elle releva les yeux pour le regarder fixement. Si elle était tentée par quelque chose ? Très droite, les bras le long du corps, elle resta silencieuse malgré la question du jeune homme. Il était souriant. Heureux. Espiègle. Les lèvres de Vamp s'entrouvrirent. Mais rien n'en sortit. Oui, quelque chose la tentait.

La jeune femme tendit la main et s'empara d'une pomme. Les yeux baissés sur le fruit, elle la fit lentement rouler entre ses paumes pendant une longue minute. C'était une pomme, qu'elle avait jetée entre les omoplates du jeune homme lors de leur première rencontre en taverne. Et elle avait mordu dans une pomme avant de l'embrasser pour la première fois.

Ses yeux se relevèrent sur ceux de Lin. Elle ne lui avait jamais lancé un tel regard. Il était là, avec son sourire de garnement, son corps d'homme appuyé avec désinvolture contre le plan de travail.  Elle le désirait. Elle le voulait à elle, rien qu'à elle. C'était un désir presque instinctif, primitif. C'était cet homme qu'elle voulait et aucun autre. Qu'importe les souffrances, qu'importe les révélations qui allaient tomber. Il était à elle. Il était son homme.

Consciente de la tension qui s'était installée entre eux, elle fit quelques pas vers lui. Elle respirait à travers ses lèvres entrouvertes, trop soufflée par le désir qui la faisait trembler. Lentement, les yeux baissés, elle glissa la pomme entre les doigts du jeune homme. Le fruit n'était qu'une excuse pour pouvoir se rapprocher de lui. Elle glissa ses pieds entre ceux du jeune homme alors que la main qui venait de lâcher la pomme remontait le long du bras viril. Elle le touchait uniquement du bout des doigts mais assez fort pour imprimer un léger sillon dans la peau tendre à leur passage. Ils tremblaient, retenant une obsession qui mourrait d'envie de s'échapper du moindre contrôle.

Les yeux de Vamp remontèrent enfin sur ceux du jeune homme. Lin était proche. Très proche. Le fait qu'il s'était appuyé contre le plan de travail lui faisait perdre quelques centimètres, centimètres que Vamp, debout, avait gagnés. Elle était pile poil à sa taille et ses yeux étaient parfaitement alignés aux siens. Sa main blanche s'enroula autour de la nuque de l'ancien barbu avant de remonter pour s'enfoncer entre ses mèches, un peu plus fermement qu'elle ne l'avait voulu. Son bras tremblait, torturé entre la peur et l'envie de rapprocher cette nuque vers elle. Son nez touchait presque le sien. Vamp savait que si elle commençait, elle ne pourrait pas s'arrêter.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 1 Juin - 17:34

Il ne lui avait jamais vu un tel regard. Les iris noirs avaient plongé dans ses yeux noisettes avec une détermination voilée par un autre sentiment, ravageur. Lin s'était totalement immobilisé contre le plan de travail, ses doigts crispés sur le rebord de bois. Il n'était pas anxieux ou inquiet. Il était simplement saisi par la force de ce regard qui avait accroché le sien. Ce qu'il y voyait asséchait sa gorge et enflammait le creux de son ventre. Il se sentait une proie sous un regard acéré de prédateur tout autant qu'un homme couvé par le désir d'une femme. Ses épaules roulèrent vers l'arrière, tentant de faire de la place à la foule d'émotion qui gonflait en lui sous la chape d'envie qui recouvrait sa raison et il déglutit pour maintenir son regard dans le sien, déstabilisé. Si elle s'approchait avec la même détermination que celle qu'elle avait dans le regard, il ne parviendrait pas à rester calme. Dans une prière silencieuse, il observa ses mouvements, le torse déjà empli du bruit de son palpitant agité.

Les doigts blancs refermés sur le fruit mûr firent rouler une onde d'envie sur le ventre du jeune homme. Une pomme. Il avait des souvenirs précis avec une pomme. Entre celle qu'il avait reçue entre les omoplates et celle sur laquelle elle avait bavé allègrement avant de lui faire mordre dedans, le fruit avait une histoire assez chargée pour que la tension des muscles de Lin augmente encore d'un cran. Il se sentait pris dans des filets dont il ne pouvait se défaire, empêtré dans ses propres désirs, bien trop décuplés par ceux qu'ils décelaient chez la jeune femme. Lorsqu'elle s'avança avec une maîtrise qu'il n'avait plus, il eut pour réflexe de reculer. Sauf qu'il était déjà coincé contre le plan de travail derrière lui. Acculé, il ne put que s'affaisser légèrement, feignant de prendre plus d'assise contre le meuble alors qu'il essayait de camoufler sa tentative avortée.

Il n'en fallut pas plus à la brune pour achever de prendre l'ascendant sur le jeune homme. Ses yeux étaient au niveau des siens, ses lèvres bien trop proches des siennes. Il sentait son souffle ondoyer sur la fine peau irriguée de sa bouche et il dut serrer les dents pour ne pas s'en emparer sans vergogne. Ses doigts se refermèrent sur la pomme qu'elle avait laissée dans sa main, y enfonçant ses ongles alors qu'il sentait les doigts blancs s'immiscer entre ses mèches. Son torse se gonfla lentement, empli d'une sensation proche de l'insoutenable. Elle était trop proche. Beaucoup trop proche. Le bras qui s'enroula autour de la taille de Vamp n'avait pas consulté l'esprit de Lin. Mu par le seul désir impérieux qui gonflait ses veines, il était venu enserrer ses hanches avec une fermeté presque brutale. D'une sèche contraction, il attira la jeune femme contre lui, l'emprisonnant au plus près de son corps. Il aurait pu entendre son coeur battre contre son torse. Il aurait pu, si le sien n'emplissait pas déjà tout le silence qui s'était installé.

Les tempes fouettées par l'afflux de sang inopiné, il sentait qu'il perdait le contrôle. Cette proximité flouait ses réflexes et le regard qu'elle tenait avec assurance dans le sien altérait ses sens. S'il ne faisait rien, le plan de travail ne servirait pas à la préparation de la chair qu'il avait en tête en arrivant ici. Il ne put camoufler le léger sourire qui naquit au coin de ses lèvres à cette idée. Ce simple mouvement créa une brèche dans l'épais désir qu'il ressentait et il s'y engouffra, comme pour ne pas s'étouffer dans une chaleur prégnante. La goulée d'air frais qu'il y trouva lui rendit une certaine lucidité et il se déroba lestement au bras crispé sur sa nuque. Il était cependant incapable de s'éloigner d'elle et le bras qui enserrait la taille de Vamp se contenta de glisser le long de son ventre alors que le jeune homme s'immisçait dans son dos.

Posté juste derrière elle, il s'était lâchement soustrait à ce regard qui incendiait ses veines. Il n'avait pas les ressources pour résister à un tel afflux et il préférait ne pas y céder. Il aurait été simple de la coucher là et de ne pas réfléchir plus que ça. Il aurait été simple de se jeter à corps perdu entre ses bras qu'il rêvait de retrouver. Mais il ne voulait pas se laisser dicter sa conduite aussi facilement. Le coin de ses lèvres se releva alors qu'il se pressait contre elle, l'emprisonnant contre le plan de travail. Elle l'avait mis à genoux d'un simple regard, il ne pouvait pas laisser passer ça. Fierté masculine oblige. Il défit la pression de son bras autour de son ventre pour appuyer sa main sur le rebord où il maintenait enfermée la jeune femme. L'autre main mena la pomme à sa bouche et il croqua un morceau avant de la tourner lentement vers le visage blanc.


Affamée, tu disais ?

Il lui proposait l'endroit de la pomme où il venait de croquer dans une symbolique bien à eux et mâchait sa part avec une désinvolture feinte. Au creux de ses reins brûlait l'envie de laisser libre court à ce qu'il avait en tête mais la tension de la retenue ancrait le désir en lui et il ne pouvait nier le plaisir qu'il y trouvait. Le torse bruyant et le souffle court, il portait sur elle un regard embrasé à peine contenu. Jouer. Après tout, elle adorait ça. Il sourit un peu plus, la pomme luisant entre ses doigts crispés par les efforts de tenue qu'il opérait, la tension de son corps le trahissant malgré tout. Il était dévoré d'envie mais il n'en dirait rien.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 1 Juin - 19:16

Ses yeux s'embrasèrent à l'instant. La fermeté avec laquelle le jeune homme s'était approprié sa taille pour l'approcher de son corps fut l'étincelle qui incendia le creux de ses reins. En réponse, ses doigts se refermèrent avec force et une pointe de sévérité sur les mèches de l'ancien barbu. Sa respiration tremblait dans le creux de sa gorge. Vamp était si près de lui qu'elle sentait son torse se soulever contre sa poitrine. Elle avait parfaitement conscience de la force des mains qui l'emprisonnaient et elle avait été témoin assez de fois de leur puissance ces derniers jours pour en attester. Sa gorge s'assécha et elle rapprocha ses lèvres.

La jeune brune voulait pousser ces mains à parcourir son corps. Elle voulait les obliger à retirer ses vêtements et à s'emparer d'elle. La brûlure de ses reins devint une obsession. Assouvir sa soif et se repaître du corps du jeune homme. L'avoir sous sa bouche, sous ses doigts et sous sa langue. Goûter de lui la moindre parcelle de chair et lui abandonner son propre corps, sans réfléchir ni au lendemain, ni aux conséquences. Une impulsion la poussa à s'emparer de sa bouche dans l'instant mais ses lèvres ne se refermèrent que sur son propre souffle.

Un son de protestation s'éleva de sa gorge blanche avant de s'évanouir, éclipsé par un hoquet de surprise. Le bras qui s'était attribué la nuque du jeune homme retomba le long de son corps et les rôles s'inversèrent. Ce fut la main de Vamp qui agrippa le bois du plan de travail. Le sentir, présent dans son dos, peser contre ses omoplates jusqu'à la courbe de ses fesses était un supplice. Un supplice de désir délicieux.

Le jeu. C'était Lin et il jouait. Rien n'aurait réussi à plus exacerber le désir de Vamp que cette idée. Lin jouant le jeu de la sensualité. Elle tourna très légèrement la tête. Tout le corps du jeune homme la dominait et l'enveloppait de sa carrure. Elle inspira plus fort, dévorée d'une envie insatiable et violente. Son regard se releva vers le sien. Avec un frisson avide, elle se demanda l'espace d'une seconde s'il lisait la même faim dans ses yeux qu'elle dans les siens. La jeune femme s'avança vers sa bouche. C'était incontrôlable. Elle la voulait. Elle voulait goûter la peau tendre de ses lèvres. Elle voulait sa langue et en abuser.

Mais la pomme arrêta son appétit. Vamp lui lança un regard flamboyant avant qu'un sourire énigmatique vienne ourler ses lèvres. Pouvait-on rêver meilleur compagnon ? Très lentement, elle approcha ses lèvres. Avant d'y poser sa bouche, la pointe de sa langue effleura les marques que les dents de Lin avait laissé dans la chair avant de croquer dedans d'un mouvement ferme.

Elle mourrait d'envie de se retourner et de l'embrasser violemment. Vamp n'en fit rien. Trop facile. Le jeune homme avait commis une erreur. Il avait laissé traîner ses doigts...

Sa tête brune s'inclina de façon à l'empêcher de bien voir son mouvement. Lentement, sa lèvre inférieure trouva la tranche de son pouce. Elle joua avec un instant avant que sa langue n'entre en jeu. Sa pointe humide et tendre se glissa dans l'angle du pouce, caressante et promettant bien plus que les chatouilles auxquelles elle s'adonnait. Ses dents effleurèrent la jointure pliée du doigt avant que sa langue ne vienne caresser la frontière de son ongle, s'y étalant généreusement. Insatisfaite, la jeune femme referma ses dents sur la pulpe du pouce, mordillant doucement la chair tendre.

Mais le jeu de Vamp était plus cruel que cela. Il s'était dérobé par deux fois à ses lèvres, ne faisant qu'accentuer la soif qui asséchait sa gorge. Avec une sensualité féline, elle poussa très légèrement la courbe de ses fesses contre les cuisses du jeune homme. Son corps entier se redressa pour se tendre contre les pectoraux et le ventre de l'ancien barbu mais le mouvement de son bassin était des plus insistants.

Ses doigts se crispèrent un peu plus sur le rebord du plan de travail. Elle jouait un jeu dangereux qui commençait à lui brûler les doigts.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Lun 2 Juin - 6:12

Il déglutit. Elle n'allait pas se laisser faire. Loin de s'en offusquer, il s'en trouva raffermi. Jouer avec Vamp était un loisir qu'il affectionnait particulièrement. Jouer avec Vamp à ce jeu-là était peut-être le meilleur loisir qui soit. Peut-être le plus dangereux, aussi. La langue qui se faufila sur son doigt rappela l'ancien barbu à sa faible condition et il détourna le regard de ce visage qui l'assaillait et de ces mèches qui ne lui laissaient entrevoir la peau blanche que par intermittence. Cette vision n'était pas soutenable. Du moins pas dans l'état dans lequel il était.

Ses yeux tombèrent pourtant sur la blancheur immaculée de ce corps qu'il avait connu par coeur. Les cheveux noirs étaient trop courts pour masquer sa nuque et une fiche brûlante vint s'insérer entre les côtes du jeune homme. Sa nuque. Il adorait la chercher sous les mèches brunes, le découvrir du bout du nez, l'embrasser d'une pression de lèvres. Cette fois, il n'avait pas à la chercher. Elle était là, nue, entièrement offerte à ses yeux et forcément, à sa bouche. Un sourire carnassier découvrit ses dents. Elle contre-attaquait, il fallait relancer l'offensive. Alors que son pouce blanchissait comme il l'enfonçait dans la pomme, sensible à ses caresses, il inclina la tête pour venir poser ses lèvres à l'angle que son cou formait avec son épaule. La douceur de la peau envahit la chair pulpeuse et il ferma un instant les yeux, empli d'une foule de sensations. Sa langue sur son pouce, son souffle sur ses doigts, sa peau sous ses lèvres et sa chaleur entre ses bras. Il y en avait trop. Et pourtant, il en voulait plus.

Il entrouvrit les lèvres pour laisser échapper sa langue, curieuse et gourmande. D'abord timide sur la ligne de son épaule, elle prit plus d'assurance au creux de son cou, goûtant la chair. Les sensations qui naissaient à ce simple contact aiguisaient les sens de l'ancien barbu et la saveur de la peau blanche agitait ses papilles. Il voulait la redécouvrir, de ses mains, de sa bouche, de son corps. Il glissa son visage au creux de son cou, son souffle se déversant jusqu'à sa clavicule alors qu'il appuyait l'emprise de ses lèvres sur l'épiderme immaculé. Rien n'aurait pu endiguer l'envie qui l'étreignait de pousser sa découverte plus avant. Il sentait nettement la faim qui empoignait son ventre et son insatiabilité. Il voulait tout.

Mais elle ondula entre ses bras. Ses yeux se rouvrirent brusquement, à l'instar de ses lèvres. Ses dents dégagées se refermèrent sur la peau laiteuse et il laissa une morsure marquée à l'angle du cou de la jeune femme, témoin d'une envie échappant à toute maîtrise. Elle usait d'armes qui mettaient à rude épreuve les résistances de l'ancien barbu et il sentait clairement le contrôle échapper à ses mains. Il garda la chair blanche entre ses incisives un instant, le coeur battant à tout rompre. Il était à la limite de ses capacités, les nerfs à vif. Sa salive mit un temps avant de pouvoir être déglutie et il poussa un bref soupir brûlant de désir au creux de l'oreille de la jeune femme alors qu'il ramenait le bras détenteur de la pomme autour de sa taille. Le message ne pouvait pas être plus clair.

Son autre main vint s'apposer au creux des reins de la brune. Sa paume vint faire pression à la naissance de sa croupe pour la repousser fébrilement contre le plan de travail. Il l'éloignait mais sa main restait proche. D'un mouvement agile, elle écarta le manteau noir et se glissa sous le cordon de ses braies. Le poignet du jeune homme disparut sous le tissu. Il était au moins aussi têtu que Vamp et le désir qui le portait ne souffrait aucune restriction. Il n'était pourtant pas hostile à l'idée du supplice charnel et ses doigts s'immiscèrent sous le tissu de sa chemise large plutôt que contre la courbe de ses fesses. Caressants, ils tracèrent un chemin au creux de ses reins et le long de sa colonne vertébrale, sa paume les suivant dans l'ascension de son dos. Le tissu du vêtement suivit l'ascension de l'avant-bras viril, laissant l'air s'immiscer entre le paletot et le dos blanc.

Lin avait le souffle court. Il ne pouvait voir ce que dégageait sa main mais il sentait chaque courbe qui échappait à ses yeux, il ressentait le grain de peau sous ses doigts et il aurait juré pouvoir dénombrer les grains de beauté qui clairsemaient l'épiderme. L'air qu'il expirait par saccade venait rouler contre la gorge de la brune, brûlant. Sa paume se fit plus ferme alors qu'elle s'appuyait au centre de son dos, imprimant une cambrure naissante à la jeune femme. L'envie qui vrillait les tempes du jeune homme embuait sa raison et ses gestes étaient teintés d'un désir ravageur. Il s'avança d'un pas entre ses jambes, le torse agité. Il devinait l'angle de son dos, la courbe de ses fesses et la chaleur de ses cuisses. Ses hanches firent pression contre elle sans qu'il ne parvienne à les en empêcher et sa main quitta son dos pour venir agripper l'angle de son bassin, tremblante d'une envie mal contenue.

La tension qui allait croissant au sein de son torse s'étendait au reste de son corps et il s'arrêta brusquement, à demi appuyé contre la jeune femme. Il était en train de se trahir, elle n'aurait aucun mal à déceler l'ampleur de ce qui le dominait. Un grognement de frustration accompagna le mouvement de son bassin qui s'écartait du sien. Il se maudissait d'être un homme. L'apparent désir qu'elle lui inspirait l'empêchait d'avancer en terrain couvert et il avait pleinement conscience qu'elle ne se gênerait pas pour en abuser.

Se redressant dans son dos, il desserra l'emprise qu'il avait sur elle, feignant une décontraction qu'il n'avait plus. La pomme dans sa main témoignait de la tension qui l'étreignait depuis un moment déjà, cabossée par la force de ses doigts. Il recula de quelques pas, prenant de longues inspirations pour essayer d'amoindrir la boule de chaleur qui enflait en lui et fit tourner le fruit entre ses doigts. Surtout, ne pas se démonter. Surtout, ne pas se laisser retourner comme une crêpe. Un simple regard pourrait le déstabiliser aussi assurément qu'un geste et il devait rester vigilant. Il voulait jouer. Pas perdre. D'un air faussement à l'aise, il alla s'adosser au mur d'où ils venaient, un pied ramené contre la pierre. Il fit sauter la pomme dans sa paume un court instant avant de sourire en coin. L'instant d'après, elle vint s'écraser entre les omoplates de la brune.

Le silence qui emplissait la pièce n'était parasité dans l'esprit de Lin que par son souffle court et le train rapide des pulsations de son coeur à ses tempes. Les sens exacerbés, il savait que son corps entier suintait d'envie. Ses pupilles enflammées ne l'aidaient pas à dissimuler ce qui était chevillé à son torse et il ne put empêcher sa voix de le trahir à son tour.


Si tu restes contre ce plan de travail, c'est ta chair que je cuisine.

Un avertissement. Il oubliait toute retenue ou toute forme de distinction, la proximité de Vamp lui faisait perdre toute notion de raison. Son ventre grognait toujours de faim, mais il ne parvenait pas à distinguer laquelle il lui rappelait. Adossé au mur, il laissait un répit à la jeune femme mais l'excitation du jeu l'avait piqué. Il n'était pas près de la laisser tranquille, même s'il feignait de s'intéresser aux victuailles à côté de lui. La tête tournée, il regardait les denrées sans les voir. Son oreille était attentive au moindre mouvement de la brune et son corps était trop immobile pour ne pas être concentré sur elle. Finalement, le recul opéré n'était peut-être qu'un répit pour lui-même, gorgé d'un désir qu'il ne contrôlait pas. Un fin sourire ombragea ses lèvres. Ce jeu commençait à devenir passionnant.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Lun 2 Juin - 17:13

Elle sentit son trouble et en sourit de plaisir. Elle connaissait Lin sur le bout des doigts. Le fait que le jeune homme réagisse encore ainsi au jeu de son corps flattait Vamp et lui donnait une assurance de prédatrice. Ses lèvres épousèrent un peu plus fermement la rondeur de son doigt, sûres de l'effet qu'elles produisaient.

Pourtant son aplomb chancela lorsque le jeune homme passa à l'attaque. Sa bouche abandonna la partie et Vamp se sentit glisser dans un délice de sensualité. Elle redressa sa taille et inclina un peu plus le cou, s'offrant sans chercher à réfléchir. Qu'il gagne, mais qu'il continue... La tête légèrement renversée en arrière, ses yeux s'accordèrent le plaisir de se fermer de volupté. La langue du jeune homme était sensuelle, douce et humide. Tremblante de désir, elle tourna la tête vers le visage de l'ancien barbu. Elle voulait cette langue, elle voulait s'en emparer et la goûter sans lui laisser reprendre son souffle.

Lin l'affamait. Il parvenait à hérisser sa peau de sensations qui éveillaient chaque sens de la jeune femme sans en assouvir un seul. Or lorsque la faim se fait trop ressentir, l'instinct reprend ses droits et celui de Vamp poussa son bassin dans un déhanchement qu'elle ne contrôlait plus. Elle voulait que Lin lui retire ses vêtements et qu'il s'approprie son corps. Elle voulait qu'il le fasse, et maintenant.

La morsure cambra son corps avec violence. Un gémissement étouffé s'éleva vers le plafond alors que sa tête s'abandonnait contre l'épaule du jeune homme. Il se fit plus ferme et plus pressant. Elle en frissonna, docile. Elle n'était plus dans le jeu, elle était dans l'abandon. Elle ressentait ses caresses comme une brûlure délicieuse et s'appuya sur la table pour se soutenir. Elle était prête à se laisser glisser sur le sol, le plan de travail ou contre la porte s'il le désirait. Ses jambes s'écartèrent d'elles mêmes, les cuisses tendues. Elle le voulait en elle.

Le corps de la jeune femme ondoyait sous les paumes viriles. Son dos s'arquait et ses cuisses se reculaient, cherchant elles aussi leur part d'attention. Elle était complètement soumise et s'en délectait. Aussi tomba t-elle de haut, de très haut, lorsque la pression du corps viril s'évanouit subitement.

Ses yeux s'ouvrirent d'incompréhension avant de briller d'indignation. Il n'osait pas... Vamp l'entendit s'éloigner de quelques pas et contracta sa mâchoire. Un grondement de frustration s'éleva de sa gorge et elle redressa en carrant les épaules, le rouge aux joues. Essayant de ramasser les quelques miettes de fierté qu'il lui restait, elle gonflait sa poitrine d'air quand le choc de la pomme contre sa colonne l'obligea à expirer d'un souffle. La frustration s'évanouit pour laisser place à un amusement qui grandissait dans le creux de sa poitrine. C'était son Lin. Il n'y aurait eu que lui pour avoir l'idée de faire cela. Une bouffée de tendresse enveloppa son cœur comme un nid de coton. Son visage porta toutes les lignes de l'amoureuse grenadine transie. Une vraie guimauve.

Mais il fallait se reprendre. À tout prix. Hors de question de perdre. Il venait de la planter là alors qu'elle se décomposait de désir. Le dos de Vamp se redressa imperceptiblement alors que son visage perdait son expression d'idiote éprise pour s'imposer un regard franc et tranchant. Réfléchir. Le faire flancher. Avec plus ou moins de subtilité. Et surtout, se venger.

Un souvenir frappa soudainement ses iris. « Un paysan qui a bien travaillé aux champs », hein ? Il avait joué avec elle ce matin, dans la forêt, en retirant sa chemise. Il le savait. Il l'avait fait saliver. Et il le savait aussi.

Vamp se retourna sans hésitation et avec une tranquillité qui avoisinait la sérénité. Lin la désirait, cela sautait aux yeux, même d'ici. Soit, qu'il bave encore un peu. Elle lui lança un coup d'oeil comme on évalue quelque chose qui interpelle mais n'arrive pas à retenir l'attention. La jeune femme fit quelques pas et passa derrière le plan de travail, jetant des regards faussement intéressés aux choses qui l'entouraient. Elle s'éloignait de lui mais fit mine de pas y prendre garde.


- Mmh affamée, oui. Je n'ai pas mangé depuis pas mal de temps et voir autant de nourriture, ça a tendance à me faire tourner la tête.


La jeune femme fit une petite pause dans sa « promenade » pour appuyer le bout de son pied droit contre le talon de son pied gauche et retirer sa botte de peau.

- Sur les routes, on se nourrit essentiellement de pain, de fromage et de viande séchée. Rien de bien consistant. C'est assez... frustrant.

Après quelques pas désinvoltes, sa botte droite se retrouva à son tour vidée du pied de la jeune femme.

- Mais c'est... Comment dis-tu ? Ah oui... « plus adapté ». C'est comme les cuisses tu vois. Lorsque tu travailles aux mines, ce sont tes bras qui travaillent le plus. Mais lorsque tu chevauches des heures tous les jours...

Vamp joua avec le cordon de ses braies, comme lui-même le faisait avant. Exactement de la même façon. Elle l'avait vu faire d'assez nombreuses fois pour reproduire le moindre de ses tics. Son regard noir ne lui accorda pas la moindre attention, trop occupé à parcourir les étagères. Comme si Vamp s'y connaissait en cuisine...

-... ce sont tes cuisses qui travaillent. Elles se durcissent et prennent du muscle. Regarde, je vais te montrer. Juste pour que tu comprennes bien.

Le plan de travail la séparait toujours du jeune homme. Vamp fit glisser ses braies avec une désinvolture toute étudiée le long de ses jambes. Un froissement d'étoffe plus tard et la boule de tissu entourait ses chevilles. Le geste avait manqué de grâce car l'attelle qui emprisonnait ses doigts rendait l'action un peu plus difficile. Mais Vamp s'en contre-fichait. Elle n'avait jamais été particulièrement fière de son corps mais elle n'en avait pas honte lorsque c'était le regard de Lin qui le caressait. Principalement parce qu'elle savait qu'il mourrait d'envie d'y croquer.  

Elle libéra ses chevilles du tissu et tourna à l'angle du plan de travail pour revenir lentement, très lentement vers le jeune homme. Sa chemise d'homme s'arrêtait parfaitement à la naissance de ses cuisses. Vamp avait, le plus objectivement possible, des jambes magnifiques. Longues et soyeuses, les éclats de flammes du foyer les fouettaient d'or et d'ocre, caressant leur galbe à la perfection. La jeune femme n'avait pas de formes, mais ses longues jambes étaient parfaitement proportionnées. La rondeur de ses cuisses s'amenuisait tout en finesse pour dessiner la courbe de son genou avant de reprendre un galbe parfait et tendre qui tendait la peau de son mollet. Sa cheville se terminait toute en délicatesse, presque fragile.

Très tranquillement, elle s'avança jusqu'à lui et s'appuya sur le plan de travail, ses mains la retenant en arrière, imitant la position que lui-même avait eu plus tôt. Son regard se releva pour le planter dans celui du jeune homme, tout aussi tranquille que son comportement.


- Tu vois ? Regarde...

Et elle tendit cruellement sa jambe vers lui. Vamp n'avait pas menti, ses cuisses étaient bien plus fermes que lors de leur rencontre. Sans quitter le visage du jeune homme des yeux, elle tourna très légèrement sa jambe vers l’extérieur, dévoilant l'intérieur immaculé de sa cuisse. La jeune brune sentait la tension de son ventre renaître et elle passa ses mains dans ses cheveux pour se calmer. Depuis qu'elle les avait coupés, elle avait pris l'habitude de les ramener en arrière. Ils étaient trop courts pour rester sagement derrière ses oreilles. Lorsqu'elle les portait longues, ses mèches noires masquaient une partie de son cou et de son visage. Comme des murs sombres qui empêchaient toute intrusion extérieure de venir la déranger. Là, au contraire, en ramenant ainsi ses cheveux vers l'arrière, Vamp venait de dégager son visage à la vue du jeune homme. C'était innocent de sa part mais ce geste libéra ses traits. Le feu qui se reflétait sur une partie de son visage accentuait ses pommettes d'ombre et de lumière. L'angle de sa mâchoire accompagnait parfaitement le dessin de ses lèvres et son cou était dégagé, offert et blanc. Son visage n'avait jamais été aussi pur ni aussi vrai.

Se mordillant l'intérieure de la lèvre d'un air pensif, elle prit soudainement un air évident, comme si elle se rappelait de quelque chose.


- Ah mais il n'y a pas que les jambes ! Tu sais, voyager des semaines et des semaines à cheval joue aussi beaucoup sur les abdominaux.

Son pied nu retrouva le sol et sa main valide commença à déboutonner le premier bouton de sa chemise en partant du haut. Le deuxième bouton. Son regard ne quittait pas le visage de l'ancien barbu. Retirer sa chemise d'une seule main ne lui posait aucun soucis, ses doigts y jouaient souplement. Le troisième bouton sauta.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Lun 9 Juin - 15:06

Il n'était pas dupe. Le regard que Vamp lui avait lancé ne laissait rien présager de bon. Elle n'avait jamais été particulièrement dominatrice mais elle ne connaissait pas la soumission pour autant. Et s'il y avait bien un domaine dans lequel sa pugnacité ne souffrait que peu de limites, c'était celui de la fierté. Fierté qui l'éloignait de lui comme elle passait derrière le meuble au centre de la pièce. Il se doutait qu'elle préparait quelque chose. Elle ne pouvait pas simplement avoir envie de flâner entre les étagères, même si le lieu s'y prêtait. Elle ne savait pas cuisiner. Et Lin était sûr qu'elle n'avait pas suffisamment faim pour se priver de jouer. Il n'y avait aucun doute à avoir, elle était en train de réagir.

Un mince sourire étendit les lèvres de l'ancien barbu alors qu'il observait avec attention son petit manège. Elle se déplaçait avec une lenteur qui exacerbait le moindre mouvement de son corps et il profitait de ses infimes balancements comme on se repait d'une toile de maître. Il y avait quelque chose de terriblement sensuel à la regarder se mouvoir dans toute l'assurance dont elle était capable, entre la fierté piquée et la mutinerie espiègle. S'il n'était pas si friand de cette attente chargée de plaisir, il aurait eut tôt fait de passer par-dessus le plan de travail pour l'interrompre sèchement. Le mur en face n'était pas si loin. Mais il aimait sentir la chaleur qui inondait son ventre, les fourmillements qui assaillaient ses jambes et les picotements qui traversaient son corps. Il ne bougea donc pas, un peu trop raide contre ce mur de pierre, de cette raideur qui trahit l'émotion qui envahit.

Sa volonté fut pourtant mise à rude épreuve alors qu'il apercevait les braies sombres rejoindre le sol sous la table massive. Pour l'instant, le bois dissimulait à sa vue la netteté de ses courbes mais dans quelques pas, il aurait ses jambes nues sous les yeux. Il déglutit, sentant son aplomb flancher. Mais il ne pouvait pas se plaindre. Le voulait-il seulement ? Il avait joué au même jeu, quelques heures plus tôt, entre ces arbres. Il l'avait poussée à faire de même, quelques instants plus tôt, contre cette table. C'était de bonne guerre qu'elle use des mêmes armes. Sauf qu'il s'y jugeait beaucoup plus sensible qu'elle ne l'était aux siennes. Et l'environnement était bien plus propice à ce qu'il ne se tienne pas. Il se redressa contre le mur, le dos raclant la pierre et croisa les bras contre son torse, l'air presque détendu. Rester concentré. Un peu de chair blanche n'allait pas lui faire perdre la tête, tout de même.

Le gémissement interne qui accompagna le mouvement de la cuisse de la brune acheva de le convaincre du contraire. Il ne savait pas résister. Pas à cette peau-là. La gorge sèche, il avait les yeux braqués sur le muscle offert à sa vue et à sa descendance tibiale. Il voulait y poser ses doigts, l'effleurer à peine. Y poser la paume, la caresser longuement. Il voulait y poser sa bouche, la goûter avidement. Y glisser sa main, la soulever fermement. Il se demanda un instant si elle savait à quoi elle s'exposait en agissant de la sorte mais il fut interrompu par le mouvement de ses doigts, un peu plus haut. Les abdominaux ? Son esprit enregistrait à peine ce que Vamp disait mais l'association du geste et de la parole éclaira la conscience du jeune homme. Ses abdominaux seuls n'allaient pas être dévoilés ainsi. Son imaginaire fit le reste.

D'un raclement de gorge, il se détacha du mur et décroisa les bras. Une de ses mains fut reléguée au fond d'une poche pour ne pas laisser percevoir les frémissements envieux qui l'agitaient et l'autre glissa sur la nuque de l'ancien barbu, la frottant légèrement avant de se plonger dans ses cheveux pour les ébouriffer, lui donnant une contenance. Rester immobile était impossible. La vision de la jeune femme se déshabillant sous ses yeux avait un effet bien trop vif pour qu'il parvienne à se maîtriser. Il avait trop envie de la toucher. De la déshabiller lui-même. Il releva des yeux vaillants sur elle. Le sourire qui apparut alors sur son visage était un curieux mélange de désir et d'amusement. Il savait qu'elle aimait le malmener. Il pensait même aimer qu'elle le fasse. Le jeu l'amusait, les conséquences l'embrasaient.


Le jugement oculaire ne vaudra jamais le digital.

Il n'avait pas besoin de lui signifier l'envie qui gonflait ses veines, elle en avait déjà conscience. Il ne lui manquait qu'une bonne raison pour l'approcher sans paraître affamé. Bien qu'il l'était. L'excuse d'une expertise factice lui laissait la conscience tranquille et il vint se camper devant elle, à un demi-pas à peine. Redressé, il baissait légèrement les yeux pour la regarder, ne se départissent pas de son sourire. De là, il avait une vue plongeante sur des horizons prometteurs. Mais c'était cette cuisse qui avait marqué son esprit au fer rouge. Il se pencha à peine, son souffle se mêlant à celui de Vamp un court instant et il glissa ses doigts contre la peau nue de sa jambe, au niveau de sa cuisse. Sa paume vint s'apposer chaudement contre l'épiderme blanc et y laissa une caresse insistante alors qu'elle descendait à son genou. Il était persuadé qu'il aurait pu passer des heures à pétrir sa cuisse mais il n'en ferait rien. Pour l'instant. Ses doigts fléchirent l'articulation et il mena le genou emprisonné au niveau de sa propre hanche, menant le mollet blanc juste au creux de ses reins. Loin de relâcher cette jambe qu'il poussait à l'enserrer, il prit au contraire soin de laisser sa main redescendre le long de la cuisse jusqu'au plan de travail contre lequel la jeune femme était appuyée, se délectant de son contact. C'était bien trop tentant pour ne pas profiter de la situation.

Aussi proche d'elle, il ne doutait pas qu'il trahissait entièrement son trouble. Mais il avait eu toute preuve de celui de Vamp un peu plus tôt et il estimait qu'il n'était pas totalement perdant. Son autre main vint recouvrir celle de la brune pour l'interrompre dans son trajet ouvert sur son buste.

Je vais faire confiance à la palpation pour évaluer tes formes. Enfin ! Ta forme. Ta forme physique, bien entendu.

Il lui sourit, franchement. Il n'avait pas bafouillé, cette fois. Il était tout à fait conscient de ce qu'il racontait. Il glissa ses doigts au bas du vêtement à moitié déboutonné et fit disparaître sa main sous le tissu, l'apposant directement au contact du ventre qu'il ne voyait pas. Le frémissement qui naquit au bas de sa nuque fut annihilé in extremis alors qu'il s'appropriait sa hanche, ses doigts s'imprimant contre la chair blanche. D'un mouvement brusque, il se resserra contre elle, son bassin épousant la forme du sien. Le contact de sa peau ravivait une foule de souvenirs et il se sentait perdre pied. La crispation de son corps contre celui de la jeune femme se faisait moins maîtrisé et il sentait son esprit s'embuer, la proximité aidant. Il avait beau jouer les indifférents au contrôle total, il se faisait rattraper par ce qu'il était vraiment et il devait lutter d'autant plus que la semi-nudité de Vamp accentuait sa faiblesse. Il s'empêtrait tout seul dans ses filets mais avec un plaisir évident. S'il ne reculait pas maintenant, il ne reculerait plus du tout. A moins qu'il ne trouve comment éteindre le brasier qu'elle avait sciemment allumé.

Il leva un regard empreint de désir sur le visage blanc. Il ne savait pas à quel point elle pourrait lire l'intensité qui le traversait mais il se doutait qu'elle en saisirait si ce n'était tout au moins une bonne partie de l'ampleur. Il ne savait pas non plus à quel point elle consentait à se laisser submerger par cette ampleur. Il n'avait pas trente-six solutions. L'esquisse de sourire qui souleva le coin des lèvres de l'ancien barbu était loin d'être enfantin et sans s'imposer plus de réflexion, il céda à la pulsion qui vrillait son ventre. Il projeta son torse en avant, venant se mouler au buste de Vamp. L'élan la renversa contre le panneau de bois et il la recouvrit entièrement alors que sa bouche s'était jetée sur la sienne. Ses lèvres se pressaient contre celles de la jeune femme avec avidité et sa langue ne toléra aucun délai. Agile, elle s'immisça à la rencontre de la sienne sans attendre.

La main de Lin s'était crispée contre la cuisse de la brune et l'autre avait quitté son ventre pour se soutenir contre le plan de travail. Il avait laissé l'envie le pousser en avant, espérant qu'en laissant un peu de latitude à son désir, il le maîtriserait mieux par la suite. Pourtant, l'avidité avec laquelle il s'emparait des lèvres de la jeune femme ne laissait pas présager d'une baisse d'intensité. Ferme, il l'emprisonnait contre la large table pour l'embrasser profondément, tentant d'atténuer un désir qui ne semblait pas vouloir faiblir.
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