l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 Entre renaissance et damnation

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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 14 Mai - 13:22

Comme une enfant qui en est à son premier sucre d'orge, Vamp en voulait plus. Sa bouche la suppliait de retourner goûter ses lèvres. Ses doigts la conjuraient d'aller explorer le corps du jeune homme sous sa chemise. Elle voulait l'embrasser encore et encore, jusqu'à ce que ses lèvres en soient douloureuses. La bête dans le creux de son ventre ronronnait de satisfaction.

Elle avait beaucoup de mal à croire qu'elle vivait réellement cette situation. Lors de leur fuite dans la neige, le froid avait été si mordant et la tempête si violente que la jeune femme s'était réfugiée au plus profond de son être pour revivre les moments les plus heureux de son existence. La scène qu'elle vivait présentement ressemblait étonnamment au décor où elle s'était réfugiée par le passé. Elle se demanda un instant si elle ne rêvait pas, si tout ceci était réel et si elle n'était finalement pas en train de mourir sous une épaisse couche de neige, la proximité de la mort la faisant peut-être délirer. Mais les mains du jeune homme étaient bien trop fermement accrochées à sa taille pour qu'elle doute de cet instant.

Vamp aurait pu être pleinement heureuse. Elle aurait pu le déshabiller, à l'instant même en usant et abusant de son corps jusqu'à l'aurore. Sans problème. Être ainsi prisonnière entre le tronc d'un arbre et l'homme qui avait toujours embrasé son désir d'un claquement de doigt enflammait son imagination. Et puis la fermeté des doigts du jeune homme lui soufflait qu'il ne devait pas être frigide à la même idée.

Mais l'obscurité qui commençait à gagner la forêt et la chute de quelques degrés avec la disparition du soleil la ramenèrent à la réalité. Ania était toujours perdue quelque part. Et malgré l'intensité de l'instant, l'angoisse de sa perte enflait de nouveau dans la poitrine de la jeune brune. Anna était une fille de l'Est, les nuits fraîches d'ici devaient être supportables pour son petit corps, mais Vamp ne voulait prendre aucun risque. Elle voulait dormir près de la petite cette nuit.

Elle ouvrit la bouche pour rappeler au jeune homme le pourquoi de leur présence mais son geste l'arrêta. Sentir ses paumes virils emprisonner son visage la fit lever les yeux. Ses yeux se noyèrent de longues secondes dans le regard noisette. Une chaleur brûlante gonfla dans le creux de sa poitrine, chaleur qui n'était ni désir ni volupté. La jeune femme rougit d'embarras et de fierté. Les yeux ne mentent pas et ceux de Lin la caressaient d'attention. Elle comprit que malgré les trois longues années qui les avaient séparés, le jeune homme n'avait pas cessé de l'aimer. Il ne l'avait pas rayée de son cœur et ne l'avait pas remplacée par une rousse. Incapable de résister à la vague de tendresse qui noyait ses organes internes, elle passa délicatement ses bras autour de son cou et, inconsciemment, lui tendit un peu plus ses lèvres.

Une petite voix continuait de lui chuchoter le prénom d'Ania dans le creux de l'oreille. La jeune femme essaya mollement de repousser le corps qui se serrait au sien mais la caresse des lèvres sur son cou noya toute sa volonté. Tout fut englouti dans l'intensité du désir qui lui brûla le creux du dos. Elle se laissa appuyer contre le tronc robuste et s'abandonna complètement à la bouche du jeune homme. Sa main agrippa la nuque de l'ancien barbu alors que ses doigts remontaient en s'enfonçant dans la chair pour aller se perdre dans ses cheveux. Sans le moindre contrôle sur son corps, elle se cambra doucement vers l'avant pour mieux lui offrir son cou et sa tête s'inclinait en suivant le chemin aventureux de sa bouche. Ses yeux se fermaient de délice alors que ses lèvres s'entrouvraient de désir. Mais ce fut la pression de son corps qui l'engloutit. Ses doigts se refermèrent brusquement sur les mèches du jeune homme. Elle pouvait deviner son torse sous la chemise qui se serrait contre elle, ses muscles, ses bras noueux et ses cuisses d'homme qui l'emprisonnaient un peu plus contre l'arbre. Un son à mi-chemin entre le désir et le plaisir glissa de ses lèvres. Elle le voulait. Il était à elle et à aucune autre femme. Elle s'imposa un peu plus de calme et respira profondément. Le contact de son front et les caresses sur ses hanches lui arrachèrent un sourire.

Mais une corneille croassa. La jeune femme rouvrit brusquement les yeux. Le visage d'Ania imprimait sa rétine, ses petits bras froids picorés par les charognards. Vamp se dégagea sèchement des bras du jeune homme. Elle appuya de tout son poids sur ses épaules pour le faire reculer et se libérer de sa prison.


- Arrête. Ça suffit, arrête !!

Elle s'éloigna de quelques pas de lui. La jeune femme s'en voulut aussitôt. D'aussi longtemps qu'elle se souvienne, elle n'avait jamais repoussé le jeune homme. Jamais. Elle n'avait pas eu l'intention d'être aussi brusque mais l'urgence de la situation l'avait frappée comme la foudre. De plus, rejeter le jeune homme le plus loin possible d'elle brisait le cocon qu'ils s'étaient créés et l'empêchait de retomber dans le puits de la tentation. Elle porta sa main à son cou, là où les lèvres l'avaient caressé. Au prix d'un effort titanesque, sa voix ne tremblait pas.


- La nuit tombe. Ania est toujours quelque part, il est hors de question que j'abandonne. Elle est très curieuse, elle a pu marcher encore plus profondément dans la forêt. Il faut continuer.


Elle se détourna et le planta là. Sa voix lui avait semblé beaucoup trop autoritaire à ses propres oreilles. Un sentiment de malaise flottait sur ses épaules. Elle n'avait volte-face que pour mieux cacher son trouble et son souffle court dans l'obscurité de la forêt. Mais revenir en arrière pour lui glisser une parole gentille ou un geste tendre lui paraissait encore plus ridicule que sa réaction. Elle se contenta donc d'avancer à travers la végétation forestière, évitant maladroitement les racines qu'elle voyait et trébuchant sur celles qui avait échappé à son regard.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 15 Mai - 13:33

Il leva les mains, presque comme s'il avait été pris en faute. Il n'essaya pas un instant de la retenir alors qu'elle le repoussait sèchement. Il s'en doutait. Ce n'était qu'un répit. Il avait été faible de succomber ainsi mais il l'avait compris alors même qu'il avait réagi à ses lèvres. Il avait su dans quoi il s'était lancé. Un avorton de fin, un semblant d'adieu. Elle avait eu la confirmation qu'elle ne le laissait pas indifférent, il avait eu son contact une dernière fois.

Il se retint de soupirer alors qu'il apposait une de ses mains sur l'arbre, baissant légèrement la tête vers le sol, fermant les yeux. Il reprenait son souffle avec l'appui du feuillu et le vide devant lui, calme. Il n'était pas surpris pas son geste mais il restait en lui une once de fierté qui se trouvait froissée par cette attitude si rude à son encontre. C'était bien la première fois qu'il se trouvait repoussé par la jeune femme et bien qu'il s'y attendait, il restait absurdement chiffonné, presque grognon. Ca ne faisait qu'alourdir la réalité de ce qu'elle lui avait dit plus tôt et même s'il tentait de se raccrochait à ce que son corps avait exprimé malgré elle, il ne parvenait pas à croire ses mains plus que sa tête. Ca n'avait dû être que feint. Juste assez pour l'illusionner, juste trop peu pour ne pas qu'elle se prenne au jeu.

Il hocha vaguement la tête pour lui-même alors qu'il se redressait dignement, restant dos à elle le temps de se passer une main sur le visage. Une fois son esprit totalement au clair, il se retourna pour écouter ce qu'elle lui disait, l'air impassible. Il ne laissait rien apparaître sur ses traits qu'il avait modulés pour les rendre neutres.

Il n'y avait plus aucune raison qu'il n'enterre pas définitivement ce qu'il avait tant remué ces derniers jours et l'attitude de Vamp le lui permettait petit à petit. Plus elle le repoussait, plus il pensait comprendre. Les écarts n'étaient que considérations de vanités ou moment d'oubli de soi. Il l'aiderait à retrouver sa petite fiancée et disparaîtrait de nouveau dans des lieux qu'elle ne côtoierait pas. Et puis, elle était revenue pour fuir, elle allait forcément reprendre la route au bout d'un certain temps. Du moins préféra-t-il le songer. Il était plus simple d'imaginer que l'objet de ses faiblesses disparaisse plutôt que de penser qu'il aurait à combattre ses sentiments chaque jour où il la croiserait.

Un peu rasséréné à l'idée qu'il avait une marche à suivre, il repoussa le bougonnement intérieur qui grondait chaque fois qu'il pensait s'éloigner d'elle pour de bon et emboîta le pas à la jeune femme déjà repartie sur les traces de sa petite protégée.

Le silence qui bordait leur progression dans les bois s'épaississait chaque fois qu'il fallait prendre la décision d'un chemin et celle-ci finissait toujours par être tacitement prise, par l'injonction d'un corps ou l'appui d'un regard. Lin mettait cependant un point d'honneur à ne pas laisser ses yeux trop longtemps sur elle. Il avait vu qu'elle avait perçu ce qui vivait encore en lui et il ne voulait plus le lui laisser entrevoir. Il fallait qu'il soit détaché, qu'il s'en convainque pour ne plus rechuter. Il regardait donc partout sauf vers elle. De la feuille morte au sol aux ramures obscurcies plus en hauteur, rien n'échappait à ses pupilles et les brindilles qui craquaient sous ses pas résonnaient à ses oreilles avec une certaine signification. Pour ne pas se laisser perturber par la proximité de Vamp, il se murait dans la recherche de la gamine, tous les sens tournés vers la forêt plutôt que vers cet être qui l'appelait à la faille.

Il fallut pourtant attendre que le soleil embrasse la ligne de l'horizon pleinement et s'y laisse engloutir pour qu'il n'arrête la jeune femme brusquement, la retenant par le coude. Il avait noté depuis un moment que les mousses étaient écrasées toujours dans le même sens sur les troncs couchés en travers de leur chemin. Ils avaient dû être escaladés à chaque fois par les mêmes petites jambes allant dans le même sens. Il s'accroupit à côté de l'une de ces massives portions de troncs couchés et montra le petit tas végétal à la brune.


Toujours vers là-bas qu'elles s'inclinent. Je te laisse imaginer le mouvement qui les a aplaties dans ce sens.

Il indiqua un chemin entre deux arbres proches, voyant difficilement plus loin à cause de l'obscurité qui s'annonçait.

T'as qu'à continuer par là. Je passerai à l'étage au-dessus pour t'orienter si la lumière ne filtre pas assez.

Les branchages étaient relativement épais et le sous-bois relativement dense. En grimpant quelques branches, il y verrait plus clair et il pourrait indiquer le chemin à Vamp juste en-dessous. Il ne releva pas les yeux pour savoir si elle acquiesçait ou non, s'en tenant à ce qu'il s'était dit. Il se leva aussi lestement qu'il s'était baissé et se rapprocha d'un arbre pour disparaître dans son feuillage, s'établissant à une mi-hauteur raisonnable. Il écoutait attentivement les bruits de la forêt en attendant que la jeune femme se mette en route, mettant à profit l'instant pour essayer de déceler les éventuelles plaintes de la gamine. Il ne savait rien de son caractère et songeait qu'un enfant de cet âge dans un tel environnement geindrait ou tout du moins se parlerait à lui-même pour ne pas avoir peur du noir qui l'engloutissait peu à peu.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Ven 16 Mai - 15:54

Ania avait quitté l'ombre protectrice de sa tiotia car un mouvement avait capté son regard de petite fille. Un mouvement qui était justement à sa hauteur d'enfant. Un groupe de moutards venait de passer en trombe, slalomant agilement entre les adultes venus faire leurs emplettes. Des cris, des rires, des chahuts et des gros-mots. Très tentant. Ania n'avait pas d'amis de son âge. Le train de vie qu'elle avait avec sa « famille » ne lui avait jamais permis de nouer des liens durables. Comme aucun autre membre de la famille d'ailleurs. Elle savait que diadia et tiotia l'aimaient et elle était chérie par Fenrir. Mais la présence de marmots de son âge lui manquait. Les adultes qui l'accompagnaient jouaient parfois avec elle mais ils ne s'émerveillaient jamais de ce qu'elle trouvait magique. Ils étaient très décevants.

Confiante en ses capacités de retrouver sa tiotia plus tard dans la foule, elle s'avança donc entre les grandes personnes, suivant prudemment le groupe d'enfants. Ses yeux noirs les regardaient avec envie. Ils se battaient, marchaient dans des choses qui puaient et pataugeaient là où c'était le plus sale. Elle s'avança encore d'une dizaine de pas et la foule se referma dans son dos, la séparant de Vamp. Anna n'était pas de nature timide ou réservée, en témoigne la façon dont elle avait abordé l'ancien barbu. C'était la méfiance qui retenait ses pas. Elle n'en était pas à son premier essai. Dans plusieurs villes de plusieurs pays, la petiote avait tenté quelques approches qui s'étaient le plus souvent soldées par des échecs. Elle faisait peur aux gens. On l'avait traité de nombreux mots qu'elle n'avait surtout pas le droit de répéter. Un jour, un homme l'avait même giflée, sans raison, mais tiotia lui avait cassé le nez. Elle avait promis de lui apprendre comment faire.

Aussi c'est avec prudence qu'elle s'approcha du groupe d'enfants. Elle voulait jouer et elle voulait rire elle aussi. Où était le mal ? Les moutards remarquèrent aussitôt sa présence. On repère vite ce qui se trouve à hauteur d'yeux. La petite troupe s'immobilisa pour dévisager l'intruse. Un petit silence s'installa où Anna ne fit pas un geste : elle attendait le verdict. L'un des garçons s'avança et se planta devant elle. Il avait le visage sale et crasseux, avec de grands yeux verts magnifiques. Son visage ne laissait deviner aucune émotion. En nage, ses mèches noires collaient son front abîmé. Puis soudain, il la repoussa violemment en tapant son épaule. Ania tomba en arrière sur les pavés. Les paumes de ses mains s'écorchèrent contre la pierre froide et sale. Il se pencha et l'agrippa fermement par les cheveux.


- Sorcière ! On n'accept'pas les sorcières chez nous !

Anna resta silencieuse, serrant les dents pour ne pas crier. Aucune larme ne brillait dans ses yeux, elle avait vécu cette situation bien trop de fois pour paniquer ou avoir peur.

- Et t'sais c'qu'on leur fait pour s'débarasser d'elles ? On les noie.

Ca, en revanche, c'était nouveau. Elle n'attendait aucune aide de la part des adultes : ils ne voyaient jamais rien. Une ombre de panique passa dans ses yeux mais elle prit un autre parti que celui d'hurler. Elle sourit. Il y eut un instant de flottement où le garçon la regardait avec étonnement et scepticisme, trop surpris par son sourire pour réagir assez vite. Ania se retourna brusquement, juste assez pour mordre le bras qui la tenait prisonnière. Ses dents s'enfoncèrent dans la chair tendre sans pitié jusqu'à ce qu'un goût métallique vienne lui chatouiller la langue. Un cri de douleur s'éleva à son oreille et le poing qui la retenait lâcha sa prise. Alors elle couru. Ania était légère et maigrelette. Elle pouvait courir très vite et se cacher dans des endroits improbables et inaccessibles. Les pas précipités qu'elle entendait dans son dos renforça l'adrénaline que son cœur buvait à grosses gorgées. Elle évitait souplement les jambes des adultes et slalomait entre les promeneurs. La petiote se glissa entre un groupe de marchands qui discutaient en formant un cercle. Elle se réfugia en son centre et attendit, le cœur battant. Elle patienta de longues minutes avant d'oser s'éloigner du cercle. Son regard anxieux parcouru la foule mais il n'y avait nulle trace du moindre moutards. Elle renifla d'un air dédaigneux et se redressa de toute sa petite hauteur, reprenant sa marche.

Au fond d'elle, Ania était blessée par ce nouvel échec. Sa famille ne cessait de la couvrir d'amour et d'attention mais dés qu'elle s'éloignait de ce cocon de tendresse, les gens étaient le plus souvent cruels. Mais l'urgence de la situation était de retrouver tiotia, pas de pleurer sur son sort. Elle pleurerait plus tard. Attentive, elle tenta donc de retrouver le dernier étal devant lequel elles s'étaient arrêtées. Ses paumes écorchée la brûlaient et la démangeaient désagréablement. Elle trottait depuis une ou deux minutes déjà quand un mouvement de foule la fit reculer. Les gens se dirigeaient vers la sortie du marché en grommelant. Ses sourcils blancs se froncèrent de contrariété. Elle ne retrouverait jamais tiotia dans cette vase humaine. Le courant de grandes personnes se dirigeant vers l'entrée du marché était trop fort pour qu'elle se risque à aller à son encontre. Elle suivit donc sagement le mouvement jusqu'au bord des étals, se glissa agilement sous les tréteaux en s'arrachant à la foule et se retrouva à l'extérieur du marché. Il y avait peu de chance de retrouver tiotia au marché. Peut-être était-il préférable de gagner le chemin jusqu'à la grange ? Elle s'engagea donc vers la ruelle qu'elle savait mener à l'endroit où ils dormaient chaque nuit. Elle se demandait si tiotia allait lui passer un savon lorsqu'elle tomba nez à nez avec la troupe d'enfants qu'elle était parvenue à semer plus tôt.

Le garçon tenait son bras contre lui, l'empreinte des dents d'Ania clairement visible. Une pointe de fierté gonfla dans le petit buste. Il fallait absolument qu'elle raconte ça à tiotia ! Mais au vu du regard mauvais que lui lança le garçon, elle comprit qu'il y avait plus urgent. Avec un petit rire provocateur, elle se détourna et couru. Elle entendait les cris dans son dos qui lui hurlaient menaces et insultes. Elle bifurqua soudainement au coin d'une rue, glissa sur les pavés et tomba à quatre pattes. Une douleur aux genoux lui fit monter les larmes aux yeux mais elle s'obligea à se relever et continua de courir. Elle entendait toujours les pas précipités dans son dos. Elle bifurqua de nouveau et sortit de la ville sans réfléchir pour s'enfoncer dans la forêt. Sa tiotia lui avait toujours expliqué qu'il ne fallait pas avoir peur de la forêt. Il y avait bien des dangers mais tout autant que de rester dans les villes ou villages. On lui avait aussi appris que si elle respectait la nature qui l'entourait alors la nature la respecterait à son tour. Elle n'entendait plus les cris des gamins mais s'enfonça un peu plus profondément sous les arbres par prudence. La petite blonde marcha de longues minutes en reprenant son souffle avant de s'accroupir dans l'ombre d'un grand chêne. Il était temps d'évaluer les dégâts. Elle écarta la paume de ses mains sous ses yeux. Elles s'étaient écorchées lorsque le garçon l'avait poussée et sa chute dans la rue les avait recouvertes de terre et de gravillons. De la boue s'était incrustée dans les rides de sa peau. Ses genoux ne valaient guère mieux. Pire, ses braies étaient toutes déchirées et des filets de tissus trempaient dans la peau à vif. Elle grogna mais haussa bien vite les épaules pour jeter un œil curieux autour d'elle.

Seule, en forêt, sans personne pour la museler... La journée s'annonçait excellente ! Oubliant la brûlure de ses genoux, Ania fureta partout. Tout l’intéressait. Elle cueillit une demi-douzaine de fleurs, tachant ses doigts de vert, gratta la terre pour suivre l'aventure d'un insecte non-identifié, se piqua sur des orties et observa avec intérêt un champignon de forme suspecte. Chaque curiosité, chaque nouvelle chose, l'éloignait d'un pas de plus de la ville. Ce n'est que lorsque la lumière du jour commença à décliner qu'elle comprit dans quel pétrin elle s'était fourrée. Elle n'était qu'une petite fille et l'idée de se retrouver ici en pleine nuit l'effrayait. Elle voulait retrouver la grange, la paille et un gros morceau de saucisson. Elle erra une vingtaine de minutes mais elle n'était pas habituée à se repérer dans les bois. Elle ne fit que s'y enfoncer un peu plus. Elle finit par s'immobiliser, les larmes aux yeux. Il y avait des bruits bizarres et des ombres inquiétantes qui commençaient à grandir. Elle ne pourrait jamais sortir d'ici avant demain matin. Et puis elle avait faim. Ania se souvint soudain d'une des histoires que tiotia lui racontait le soir. L'histoire d'un chasseur. Il avait été surpris par la nuit et pour échapper aux monstres de la forêt, il avait grimpé à l'arbre et y était resté perché toute la nuit. Elle regarda autour d'elle et se dirigea vers petit arbre.

Ania était une excellente grimpeuse. Tiotia, elle, elle était nulle pour grimper aux arbres. Elle voulait jamais la suivre. C'était une poule mouillée. Elle grimpa sur un gros rocher pour atteindre la branche la plus basse et s'y hissa. Elle ne monta pas bien haut, à peine quelques branches au-dessus. La petiote s'installa dos contre le tronc, ses jambes dans le vide et s'emmitoufla dans son manteau gratouilleux. Il faisait de plus en plus sombre et de plus en plus frais. Mais une petite voix lui assurait qu'on devait être à sa recherche. Elle avait une confiance aveugle pour les grandes personnes qui veillaient sur elle.

La fillette resta un long moment sans bouger. Les bruits étranges lui semblaient plus nombreux à mesure que l'obscurité l'entourait. Elle avait peur de s'endormir et de chuter de l'arbre et gardait ses yeux exagérément ouverts pour les empêcher de se fermer. Soudain, elle entendit des pas lourds écraser les branches mortes à quelques mètres de son arbres. La petite retint sa respiration, le cœur battant très fort. Un monstre ? Une forme qui lui semblait énorme sortit d'un buisson mais un rayon de lune parvint à se frayer un chemin à travers les branches et éclaira un poignet du « monstre ».


- TIOTIA !

***

La jeune femme faisait tout pour éloigner Lin de ses réflexions. Marcher, avancer, se manger les branches basses et trébucher sur les racines traîtresses. Elle était inquiète et en colère. Inquiète pour Ania et en colère de ne pouvoir glisser sa main dans celle de Lin. Elle sentait une nouvelle dispute poindre entre le jeune homme et elle. Tout lui semblait si compliqué. Alors que Lin était loin d'être quelqu'un de compliqué.

Moi non plus. Hm. Quoi ? T'es un peu chiante quand même.

Une fine branche cingla sa joue, juste sous l'oeil, et elle jura. À quoi bon se faire mal si le jeune homme n'était pas là pour la chouchouter ? Cette journée l'irritait et elle avait envie de hurler sa frustration. Or quand Vamp était en colère, elle ne faisait attention à rien ni personne. Si la voix de la petiote ne l'avait pas appelée, elle serait passée sous l'arbre sans la voir. La jeune femme se figea, le cœur battant. L'appel venait d'en haut et, prudemment, comme si elle avait peur que son idée s'avère vraie, elle leva les yeux vers l'arbre.

- Ania ?!

Vamp bafouilla une longue tirade dans sa langue natale, à mi-chemin entre le soulagement et l'accusation. Sa nièce lui répondit avec hauteur et d'un ton faussement plaintif. Elle connaissait sa tiotia, elle savait pertinemment que Vamp n'était pas en colère. Le dialogue s'éternisa une longue minute. Ania voulait descendre mais la jeune femme refusait qu'elle bouge d'un centimètre : il faisait trop sombre, la petite pouvait aisément rater une branche et chuter. Vamp n'avait jamais été très à l'aise avec les hauteurs. Elle n’acceptait de monter aux arbres que lorsque Lin était à proximité. Savoir Anna perchée la haut et de nuit la rendait malade.

- LIN !

Sa voix déchira le silence nocturne. Elle avait peur, plus que lorsqu'elle ne savait pas où était la petite. Imaginer son corps dans l'air et s'écraser aux pieds de l'arbre agitait ses mains de tremblements incontrôlables. Elle voulait que Lin soit là pour endiguer sa peur. Elle le voulait à ses côtés. Elle voulait qu'il passe son bras autour de ses épaules en lui assurant que tout allait bien se passer.

La jeune femme se retourna en l'entendant arriver. Elle voulait une étreinte mais ne réussit qu'à lui donner un coup d'épaule sec et maladroit. Jolie tentative de rapprochement. Elle avait toujours excellé dans les relations humaines. Elle resta un moment muette face à l'ancien barbu, le regardant dans les yeux à travers l'obscurité. Étrangement, à ses côtés, sa peur lui semblait irraisonnée. Elle déglutit et se calma un peu. Inutile de passer encore un peu plus pour une folle.


- Je... Je ne peux pas grimper là-haut. Parce que... Bah... Je suis nulle pour ça.


Elle ne formula pas nettement sa demande, mal à l'aise. Timide, elle glissa ses doigts contre la paume du jeune homme en guise de « s'il-te-plaît ».

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 17 Mai - 13:40

Il était monté dans les premières hauteurs des arbres, suivant le chemin à terre de la brune depuis son nouveau plancher boisé. Il n'avait pas la moindre idée de la direction qu'ils avaient prise après sa première intuition. Les mousses étaient bien des indicateurs fiables mais l'obscurité était telle que la piste s'était vite évanouie. Il songeait qu'en continuant toujours dans le même sens, ils finiraient par traverser la forêt de bout en bout plutôt que de la fouiller. Mais si la chance était avec eux, ce serait sur ce trajet-là que la gamine se serait perdue.

Il avançait donc de branche en branche sans perdre la trace de la brune, plus à l'oreille qu'à la vue, les fins rayons de lune perçant difficilement jusqu'au sous-bois. Un peu plus haut, il parvenait à mettre de l'ordre dans le fouillis de ses sentiments et le contact de la nature l'apaisait. Il salua sa bonne initiative et entreprit de se concentrer sur les bruits. La nuit était suffisamment avancée pour que la faune diurne se soit tue et que la nocturne s'éveille. Les hululements des chouettes étaient les plus présents bien qu'un battement d'aile vienne les accompagner de temps à autre. Les craquements, crissements et frémissements qu'il percevait firent éclore un sourire sur les lèvres de l'ancien barbu. Pour lui, ces sons étaient rassurants et il se sentait parfaitement à l'aise en ces lieux. Oubliant presque pourquoi il était là, il grimpa de quelques mètres encore, s'éloignant de la piste plus bas.

Il était grisé par les sensations de la nuit et commençait à sentir ses membres se réveiller. Il n'avait pas pris le temps d'aller se balader avec les évènements récents et le frisson de la chute lui manquait. Il jeta un oeil aux branchages plus élevés, plus dangereux mais tellement tentants. S'il montait d'encore deux mètres, il aurait de quoi se laisser tomber dans le vide pour redescendre. L'air fouetterait son visage et l'adrénaline pulserait dans ses veines. Son ventre se crispa d'envie et il se mâchouilla la joue, hésitant sur la marche à suivre. Un vague reste de raison lui disait de descendre un peu pour rejoindre la piste, la majorité de ses pensées lui intimait de monter encore pour se faire plaisir.

Une main sur la branche supérieure, il s'interrompit. Une petite voix avait brisé le silence qui l'enveloppait et la puissance du cri était suffisante pour qu'il soit coupé net dans ses velléités d'ascension. La gamine avait visiblement décelé la présence de Vamp plus bas et cette dernière articulait des mots qui n'avaient pas de sens pour Lin. Il fronça les sourcils, presque chiffonné. Il fallait bien qu'il redescende, maintenant. Il avait dit qu'il était là pour la petite uniquement, il ne pouvait pas profiter tranquillement de sa nuit sans aller s'assurer qu'elle allait bien.

Un soupir lui échappa. Cet arbre était vraiment une aubaine et il se promit d'y revenir. Pour le saut. Un grognement étouffé de protestation plus tard, il était à terre, les deux pieds bien ancrés dans le sol qu'il n'avait pas envie de rejoindre. L'interpellation de la jeune femme ne l'aida pas beaucoup à trouver quelque réconfort à être redescendu. Elle l'appelait avec fermeté, comme n'importe quelle personne qui se doit de venir à l'évocation de son nom. Comme quelqu'un qui n'a pas le choix. Parce qu'il est là pour ça. Un salarié, en somme. Un véritable homme de main.

Il s'approcha donc avec mauvaise volonté, irrité malgré lui d'être considéré comme utilitaire. Il savait pertinemment qu'il s'était placé tout seul dans cette situation en évoquant la gamine comme justification de son geste mais il n'aimait pas pour autant la situation. Lorsque la jeune femme le bouscula, il crut qu'elle ne voyait pas bien dans l'obscurité. Pourtant, elle avait toujours été habile dans le noir et il fronça un sourcil. Si ce n'était pas de la maladresse, il voyait mal ce qu'elle pouvait vouloir signifier ainsi. Il décida d'occulter son geste et releva la tête vers les branchages d'où la voix était sortie. A peine moins haut que les premières branches où il était monté, il savait qu'il n'y avait pas de danger à grimper chercher la gamine. Il n'eut pas besoin de proposer l'idée, Vamp la lui soumit à sa façon.

Un sourcil s'éleva sur le front de Lin alors que le doigt de la jeune femme effleurait sa paume. C'était quoi, ça, encore ? Il écarta sa main pour se soustraire à son contact et s'éloigna d'un pas, prétextant devoir évaluer le meilleur moyen de monter sans déséquilibrer Anna. Il s'éloignait cependant uniquement pour ne pas qu'elle ait l'occasion de ré-itérer son geste. Que croyait-elle ? Il était certes faible quand il s'agissait d'elle mais cette brèche n'était pas exploitable pour autant. Il considérait ce contact comme une tentative de l'amadouer, presque comme un paiement tacite pour ce qu'elle voulait qu'il fasse.

Ses mâchoires se serrèrent malgré lui alors qu'il contournait la brune pour s'approcher de l'arbre. Il aimait de moins en moins l'attitude de la jeune femme à son encontre et s'en construisait un tableau peu flatteur. Cette impulsion, plus tôt, n'aurait été qu'une sorte d'acompte ? Ou vérifiait-elle qu'elle le tenait jusqu'à trouver la gamine ? Il bouillonnait de se sentir manipulé ainsi. Elle exploitait ce qu'elle savait être bien implanté en lui. C'était déloyal.

L'impulsion qu'il donna à la terre l'arracha au sol comme à ses pensées. Il voulait en finir avec ça et s'éloigner de celle qui jouait avec lui. Il se réceptionna sur une branche voisine de celle d'Anna et s'accroupit pour lui paraître moins grand. Il voyait sa silhouette bien droite contre le tronc, bien frêle sur cette branche.

Il ne la connaissait pas vraiment et n'avait aucune idée de comment s'adresser à elle pour ne pas l'affoler. Si elle paniquait, elle chuterait, c'était certain. Il prit donc le parti de ne pas bouger et se rappela les mots que la gamine avait eu envers lui à leur première rencontre. Il hocha la tête pour lui-même avant d'ouvrir la bouche.


Ania, tu es vraiment belle sur cette branche.

Il s'assit sur la sienne, les jambes pendant du côté de la branche de la petite fille.

Bon, tu n'as pas l'air très à l'aise mais j'accepte quand même que tu sois ma femme.

Il profitait de son déblatérage pour évaluer la situation. Il serait peu aisé de se hisser sur la même branche qu'elle. Avec son poids, le membre boisé ploierait et il y avait un risque de casse. Il fallait qu'elle se tourne pour lui tendre les bras. Là, il n'aurait qu'à l'attraper et le tour serait joué. La redescendre ensuite serait un jeu d'enfant. Il fallait juste qu'elle se tourne. Juste. Mais pour un enfant, le mouvement n'était pas aisé. Il fit la moue, réfléchissant.

Tu serais cap' de passer ta jambe droite de l'autre côté de la branche pour faire face à l'homme de ta vie ?

Vu l'aplomb de la petite, il n'avait qu'un faible doute sur son ego. Il devait forcément être suffisamment sensible pour que ça marche. Le défi la tenterait. L'air décontracté pour la mettre en confiance, il était pourtant attentif au moindre de ses mouvements, prêt à intervenir plus périlleusement si cela devenait nécessaire. Accaparé par la gamine, il avait complètement occulté Vamp. Son agacement passé avait disparu dans sa concentration et rien ne venait parasiter son opération. Il tenta un vague sourire rassurant vers l'enfant et tendit une main vers elle pour l'encourager.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 17 Mai - 16:33

Son bras retomba mollement le long de son corps. Le cœur serré, ses yeux noirs suivirent le petit jeu du jeune homme. Vamp n'était pas dupe. Ils étaient restés éloignés depuis bien trop longtemps pour se permettre d'ignorer une caresse de l'autre. Même quelque chose d'aussi futile. Et puis elle connaissait suffisamment bien l'ancien barbu pour deviner la tension qui contractait ses épaules. Il était en colère contre elle.

Elle n'avait jamais supporté qu'il soit fâché, même quand elle avait fait une vraie bêtise. Quand c'était le cas, elle avait toujours mis sa fierté de côté et fait le premier pas vers la réconciliation. Elle avait trop peur de perdre le jeune homme pour s'entêter dans les disputes quotidiennes. Cette nuit ne faisait pas exception à la règle. Mais une petite voix lui chuchotait qu'elle avait perdu le jeune homme depuis bien longtemps. Vamp avait envie de se rouler en boule sous une couette et de pleurer. Qu'on la laisse tranquillement pleurer tout le surplus d'émotions qu'elle avait encaissé ces derniers jours. Qu'on lui foute la paix.

La nausée remonta de nouveau en nouant sa gorge et ses mains se remirent à trembler. Elle voulait quitter cette forêt. Quitter cette ville. Pourtant, il avait souri. Elle était persuadée que le jeune homme avait souri en détaillant son visage. Et ce n'était pas un sourire moqueur. Alors quoi ? Peut-être que sa nouvelle vie auprès de l'Anglais lui avait appris à jouer la comédie. Peut-être qu'il avait décidé de la faire souffrir autant que lui avait souffert, par vengeance. Elle ne pouvait que le comprendre. Ou peut-être que son étreinte était un adieu... Ses lèvres se pincèrent mais Vamp releva un peu plus la tête, comme pour défier cette idée nouvelle.

Maîtrise. Résistance. La jeune femme inspira profondément et se recula de l'arbre en modelant son masque d'impassibilité. Elle se fit la promesse de ne plus le toucher directement. De ne plus s'adresser à lui autrement qu'avec politesse et courtoisie. Rien de plus, rien de moins. Comme à un étranger. Si sa tête lui ordonnait cette ligne de conduite, ses mains continuaient de trembler.


***

Sa tiotia l'avait bien rabrouée mais Ania flairait qu'elle n'allait pas se faire disputer plus qu'elle ne l'avait pensé. Elle se sentit bien mieux d'un coup et sourit même dans l'obscurité. P't'être que tiotia avait des beignets ? Mais Vamp lui avait interdit sèchement de faire le moindre mouvement sur cette branche. En vrai, elle pensait que sa tante avait peur des arbres mais qu'elle ne voulait pas l'avouer. Mais Ania avait aussi pour habitude de lui obéir. Elle resta donc sagement à sa place, jetant des coups d'oeil curieux à ce qu'il se passait sous ses pieds. Il lui semblait impossible que sa tiotia grimpe pour venir la chercher. Elle était bien trop nulle pour ça.

Étonnée, la petiote regarda un second individu rejoindre la jeune femme. Elle savait que sa tante n'acceptait la proximité que d'un nombre très limité de personnes. Or la silhouette était trop grande pour être celle de Fenrir et trop petite pour être celle de Diadia. Mais c'est pourtant cette silhouette qui se hissa sur les premières branches pour venir la chercher. Un peu perplexe, elle ne prit pas peur, confiante sur le choix de sa tiotia. Elle était juste très impatiente de voir qui venait la sauver. Un sourire illumina son visage lorsqu'elle reconnu le jeune homme.

Cette journée était décidément magique. Elle avait mordu un garçon. Puis avait passé une journée entière toute seule dans la forêt. Elle avait découvert pleins de trucs bizarres et un peu dégoûtants. Et c'était son fiancé qui venait l'arracher aux dangers de la nuit. Fébrile, Ania se tortilla sur sa branche. Son orgueil touché, elle se redressa fièrement. Évidemment qu'elle était belle. Elle était décidément très satisfaite de son choix. Il était beau, drôle, reconnaissait sa beauté et en plus il savait monter aux arbres !

Cependant, fidèle à son sang, la petiote ronchonna en plissant le nez, le regardant avec un petit air supérieur.


- Tu en as mis du temps à v'nir !


Mais un grand sourire sincère récompensait déjà la présence du jeune homme. Elle continua à bavarder sur le ton de la confidence, le regard extrêmement sérieux.

- Mais t'sais, en vrai, j'ai pas besoin que tu me sauves. Ça se voit pas, mais en vrai, je suis super forte. Mais j'crois que tiotia, elle a super peur, donc pour lui faire plaisir, tu as le droit de me sauver.


Avec l'assurance des enfants qui n'estiment pas le danger, elle passa souplement sa petite jambe parallèlement à l'autre et lança un regard franc au jeune homme.

- Faut pas que tu m'laisses tomber, sinon tiotia elle va te casser le nez. J'en suis sûre parce qu'un jour, j'l'ai vue faire.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 17 Mai - 16:59

Ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité ambiante et il commençait à y voir clair dans la nuit. La gamine avait l'air bien plus à l'aise qu'il ne l'avait songé au premier abord. Si elle se tenait contre le tronc, c'était simplement pour avoir un appui et non par peur de chuter. Et ses yeux grands ouverts n'avaient pas la signification qu'il avait songé au début. Il ne lisait pas sa peur dans son attitude.

Une moue dubitative s'inscrivit sur les traits du jeune homme. Cette enfant savait monter aux arbres, c'était une évidence. Elle était jeune et pourtant, elle se tenait aisément dans les hauteurs des branches. Il fallait reconnaître aux gamins une certaine inconscience qui leur conférait une hardiesse sans pareille, quitte à teinter leurs exploits de folie. Mais il y avait quelque chose de plus que de l'insouciance envers le danger dans l'attitude de cette petite. Elle savait véritablement monter aux arbres. Un instant, Lin fut déstabilisé. Vamp lui aurait appris ? C'était impossible. Elle montait aussi bien qu'un cul-de-jatte. Il s'ébroua pour revenir à l'instant. Il aurait peut-être l'occasion de lui poser la question plus tard, le moment n'était pas vraiment à l'historique de grimpe de cette gamine.

Il ne put s'empêcher de sourire aux paroles du modèle réduit. Elle s'exprimait de l'exacte manière de Vamp. Il la reconnaissait sous ces mots et il sentit son coeur s'étreindre à ces quelques phrases. Il déglutit pour ne pas se laisser envahir par une douloureuse nostalgie, persuadé qu'il n'aurait plus jamais le droit de l'entendre ainsi et il se redressa dans une inspiration pour rester concentré.

Bras tendus, il touchait presque la gamine. Si elle faisait de même, il n'y aurait même aucun saut à faire, il n'aurait qu'à la soulever pour la prendre dans ses bras.


Tu crois franchement que tu te marierais à un monsieur qui te laisserait tomber ? Alors qu'on n'est même pas haut ?

Il secoua la tête, l'air faussement affecté. Il avait bien saisi que l'ego de l'enfant avait été piqué et il s'en amusait.

C'est même insultant que tu y songes. Efface-moi cette idée tout de suite ou on se marie pas. Faut savoir ce qu'on veut, hein !

Il l'enjoignit à tendre les bras à son tour d'un mouvement de mains. Ses doigts se refermèrent sur les petits poignets blancs et il la fit glisser de sa branche. Il la laissa un instant les pieds dans le vide, solidement tenue par les poignets pour lui laisser goûter le frisson de la chute avant de la faire atterrir contre son torse dans l'élan que ses bras lui imprimèrent, vrai balancier.

Et hop ! C'est qui le plus fort ?

Il lui fit le même sourire ravageur que dans cette taverne, un bras fermement passé dans son dos pour la maintenir contre lui.

Je préfère pas être la prochaine victime de Tiotia alors tu t'agrippes solidement à mon cou et tu serres mon torse très fort avec tes jambes.

Il la fit passer sur son dos et l'arrima à lui. Ses petits bras bien croisés sur sa gorge et ses talons quasiment enfoncés dans ses côtes, il descendit de la branche dans un saut précis, s'accroupissant au sol lestement, son chargement sur le dos. Il attrapa les petits membres blancs en se redressant et reposa la petite au sol avant de lui sourire gentiment, une main sur son crâne blanc.

Mission accomplie ma tendre. On se marie quand ?
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 18 Mai - 13:25

Ania regarda son futur époux, interloquée. C'était vrai qu'on n'était pas bien haut au-dessus du sol mais la petite ne s'était jamais risquée jusqu'à la cime des arbres. Elle était à l'aise avec les hauteurs, mais la peur de Vamp l'influençait inconsciemment et démarquait une limite invisible que la petite n'avait jamais osé franchir. Cependant, les paroles de son fiancé sous-entendaient que lui-même grimpait bien plus haut. Son petit cœur battait d'excitation. Cet adulte était décidément bien intéressant !

La petiote lui abandonna ses poignets et se laissa glisser vers le jeune homme. Elle éclata de rire, ravie de sentir ses pieds battre dans le vide. Son rire s'éleva dans le silence de la nuit en brisant la tension que la peur de Vamp avait imprégner à la situation. Quelques mètres plus bas, la jeune femme ne put s'empêcher de sourire. Malgré les événements antérieurs, la confiance qu'elle avait encore pour le jeune homme chassait l'angoisse qu'elle aurait pu ressentir à la vue des bottines se débattant dans le vide. Ania passa ses bras autour du cou de son sauveur, moins pour s'accrocher que pour lui faire un vrai câlin. Contrairement à sa tante, elle pouvait être une vraie sangsue et une assoiffée de bisous et de câlins. Elle était aussi extrêmement bavarde et une fois qu'elle eut grimpé dans le dos du jeune homme, elle ne s'arrêta plus.


- J'pense pas que tiotia va te casser le nez. Elle fait les gros yeux noirs pour faire peur aux gens mais en vrai, elle est gentille, tu vois ? Même qu'un jour elle a sauvé un chat. Pourtant elle aime pas les chats. Mais elle l'a fait quand même. Même si le chat il puait vraiment trop. Mais tiotia elle a pas peur des choses qui puent. Moi non plus j'ai pas peur.

La terre ferme stoppa net le flot de paroles. Très droite et très fière, elle se tourna pour regarder son sauveur avec sérieux.

- Il faut que tu sois patient. Diadia, il a dit que je pourrai me marier quand je serai assez grande pour lui toucher l'épaule et là, bah j'arrive à lui toucher la jambe. Faut que je grandisse encore pendant tout un an je pense et puis...

Elle ne finit pas son monologue, quelqu'un venait de lui faire faire demi tour sur elle-même. Les mains blanches de Vamp s'étaient posées sur les frêles épaules de sa petite nièce. Elle s'accroupit sans un mot à la hauteur de la petite, sans un mot, examinant ses paumes écorchées, ses bras piqués par les orties et ses genoux égratignés. Ania s'était complètement tue. Le comportement de sa tiotia était très étrange. Elle attendait une réprimande, un grognement, quelque chose. Mais rien, excepté le silence de la nuit.

Vamp emprisonna le visage de la petite entre ses mains et la regarda dans les yeux, toujours accroupie. Elle écarta les mèches blanches qui barraient son visage avec douceur, les traits impassibles. Puis très lentement, un pli se dessina entre ses sourcils noirs. Elle attira la petiote contre son buste et pleura.

Elle n'éclata pas en sanglots mais ses épaules tremblaient. Un léger hoquet s'échappa de sa gorge trop nouée et elle serra plus fort le petit corps contre elle. Elle était tellement fatiguée d'avoir peur... et fatiguée d'être malheureuse. Si elle avait retrouvé Ania, la perte de Lin laissait un vide béant dans sa poitrine. La petite était tout ce qu'il lui restait. L'indifférence du jeune homme avait fait plus de dégâts qu'elle ne l'avait pensé. Elle qui quelques minutes plus tôt s'imposait une indifférence fière et froide perdait le contrôle juste sous le nez de l'ancien barbu. Retrouver Ania ne faisait que lui rappeler un peu plus ce qu'elle avait perdu. Vamp chassa les quelques larmes salées perdues sur ses joues et se redressa avec le peu de fierté qui lui restait. Cet épanchement était indigne d'elle et il était hors de question de paraître faible aux yeux du jeune homme.

La journée avait été épuisante et ses jambes protestèrent en tremblant elles-aussi. Son bras blanc s'enroula autour des épaules de la petiote pour la garder étroitement contre sa jambe. Ania ne disait toujours rien, ébahie par l'état de sa tiotia. Jamais elle n'avait vu la jeune femme ainsi. Vamp se racla prudemment la gorge avant de prendre la parole. Elle aurait dû remercier le jeune homme mais elle s'en trouva incapable. Incapable aussi de lever les yeux pour l'affronter de face. Elle se contenta donc de s'adresser aux bottes de l'ancien barbu.


- Mmh il est peut-être plus prudent de passer la nuit ici. Il fait sombre et nous sommes loin des portes de la ville. Si nous faisons un feu, j'imagine que nous n'aurons pas trop froid. Ce sera toujours moins dangereux que de reprendre la route dans le noir.

Une petite voix narquoise lui murmura que c'était un bien joli discours. Mais n'oubliait-elle pas d'ajouter qu'une nuit ici signifiait quelques heures de plus passées auprès du jeune homme ? Vamp haussa les épaules. Et alors ? Au point où en étaient les choses, quelques heures de plus ou de moins ne changeraient rien.

La jeune femme posa sa besace qui contenait toujours les vivres qu'elle avait achetées le matin même. Il fallait qu'elle s'éloigne d'eux le temps de reprendre entièrement ses esprits. Incapable de s'adresser directement au jeune homme, elle eu la lâcheté de passer par l'intermédiaire de la petiote.


- Ania, tu restes avec Lin le temps que j'aille chercher du bois, d'accord ? Tu n'oublies pas de le remercier. Et tu nettoies tes mains ainsi que tes genoux. Et tu ne l'assommes pas avec tes bavardages.

La petite marmonna quelque chose mais Vamp n'y prit pas garde : elle ronchonnait tout le temps. La jeune femme s'écarta de la petite et s'éloigna du couple avant de se retourner, assez loin pour ne pas voir le visage du jeune homme avant de s'adresser à lui.

- Il y a de la nourriture dans mon sac. Pas grand chose mais je pense que cela suffira pour nous trois.

Puis elle s'engouffra dans les bois. C'était une fuite, tout simplement. Mais la jeune femme avait besoin de se retrouver seule pour reprendre le dessus. Et puis elle ne savait pas exactement quelle image le jeune homme avait d'elle mais elle ne semblait guère reluisante au vu de la façon avec laquelle il l'évitait. Ça ne pouvait pas être pire.

Ania regarda sa tiotia s'évanouir dans l'obscurité et se rapprocha du jeune homme par réflexe. Elle ne comprenait pas la situation et elle ne reconnaissait pas sa tiotia. Ses yeux noirs restèrent un long moment accrochés à l'endroit où la jeune femme avait disparu. Quelque chose ne collait pas. Elle jeta soudain un regard soupçonneux à son fiancé avant de secouer la tête. Il était bien trop gentil et intéressant pour l'accuser de quoi que ce soit.

Son ventre grognant de faim la sortit aussitôt de ses pensées. Surexcitée à l'idée de manger et de dormir à la belle étoile, elle fouilla dans le sac en éparpillant les vivres à ses pieds.


- J'ai super faim. Mais comme t'es super grand, tu dois manger des cochons entiers, non ? Faut pas que tu manges toutes nos provisions, faut partager hein !


Et elle se remit à babiller très vite et presque sans reprendre sa respiration. La petiote raconta sa journée dans la forêt dans tous ses détails au jeune homme. Ses piqûres, ses égratignures, les odeurs. Tous y passa, du moustique qu'elle avait malencontreusement avalé au cadavre de scarabée qu'elle avait trouvé sous une racine.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 18 Mai - 14:27

Il avait presque oublié que Vamp attendait l'enfant avec une fébrile impatience. Une fois au sol, il s'était senti seul avec la gamine et s'apprêtait à l'embarquer vers la ville pour la ramener il ne savait trop où mais en tout cas loin de la forêt sombre. Naturellement, elle se laisserait faire et il la mettrait au chaud sous une couette en attendant de retrouver ses parents. Une moue de surprise prit donc place sur ses traits quand la petite fit volte-face. Il tourna la tête pour voir ce qu'il y avait de l'autre côté et ne put s'empêcher de hocher la tête en voyant la jeune femme. Oui, voilà, c'était elle la famille de la petite.

Il allait s'éloigner pour les laisser à leurs affaires mais l'attitude de la brune le cloua sur place. Ses sourcils froncés et la brusque étreinte dispensée à la petite lui firent ouvrir de grands yeux incrédules. Vamp se laissait aller à la tristesse ? Certes, elle n'émit pas un son et seules ses joues eurent un témoignage valable des pleurs silencieux mais il pouvait déceler les traces salées sous quelques rayons de lune. Elle pleurait. Légèrement. En public. Il resta un instant interloqué, les yeux impudiquement posés sur les deux filles aux teints blanchâtres.

Il dut se secouer pour s'arracher à la contemplation de cette scène surréaliste quand la jeune femme se releva et il détourna son attention sur le vol d'une chouette plus à droite, ses yeux ne trouvant pas le visage blanc. Il ne prit alors pas conscience tout de suite de l'évitement de la brune. Seuls ses paroles résonnèrent à ses oreilles. Passer la nuit ici lui semblait une bonne idée. Lin fit la moue, peu convaincu. Les bois étaient sombres et la nuit risquait d'être froide. La ville n'était pas si loin et il pourrait aisément retrouver le chemin, il connaissait bien les alentours.

Il releva les yeux pour lui faire part de sa pensée mais elle avait déjà tourné les talons après avoir donné ses instructions à la petite. Ebahi, le jeune homme entrouvrit les lèvres. Elle partait où, comme ça ? Elle lui laissait la charge de l'enfant et il ne put s'empêcher de plisser le nez. Qu'est-ce que c'était encore ce coup-ci ? Il soupira en regardant le sac laissé au sol. Il ne mangerait rien, il le savait. Ces vivres ne lui appartenaient pas et il n'avait pas l'intention d'être dédouané. Ses paroles lui laissaient le goût amer de la distance et il avait bien trop conscience de son statut d'auxiliaire pour accepter quelconque gratification de sa part. Il n'était pas un retrouver d'enfant à qui l'on propose le repas en guise de remerciements.

Il serra les dents en silence, se demandant ce qu'il adviendrait s'il plantait la gamine sur place pour rallier la ville, seul. Il serait simple d'allumer un feu et d'expliquer les choses à l'enfant. Non, il ne restait pas, il était attendu en ville. Oui, elle devait rester là jusqu'à ce que sa tiotia revienne et utiliser le feu comme défense si un animal s'approchait trop près. Non, elle ne risquait rien toute seule jusqu'à ce que Vamp arrive puisque lui ferait attention au moindre intrus en repartant. Evidemment qu'il ne la laisserait pas si c'était dangereux. Et puis, tiotia arriverait bientôt, elle n'avait pas à avoir peur. Intrépide comme elle était, il ne doutait pas qu'elle obéisse fièrement.

Pourtant, il n'eut pas l'occasion d'ouvrir la bouche. Avant même que sa décision fut prise, la petite se lança dans un monologue sans fin, déjà en train de renverser tous les vivres au sol. Le front de l'ancien barbu se plissa. Avalé un moustique ? Il dut se retenir pour ne pas la faire taire et lui expliquer son plan et se passa une main sur le visage pour essayer de rester calme. Il était coincé dans la forêt entre une enfant surexcitée et une femme qui ne pouvait plus l'encadrer. Il allait devoir passer la nuit ici, bloqué. Il pourrait peut-être partir quand elles seraient endormies. Mais s'il leur arrivait quoi que ce soit, il se sentirait coupable.

Un grognement lui échappa alors qu'il s'ébouriffait les cheveux de ses deux mains. Et en plus, il ne mangerait pas. La nuit s'annonçait bonne. Il finit par croiser ses mains derrière sa nuque et regarda l'enfant au sol, lui-même toujours debout. Comment faisait-on taire un modèle réduit ? Il n'avait pas l'habitude des déblatérations sans fin et la plupart du temps, il faisait taire ses interlocuteurs efficacement. Mais on ne pouvait pas user des mêmes stratagèmes sur des enfants. Perplexe, il s'assit en face d'elle, en tailleur et posa ses coudes sur ses genoux. Elle parlait d'insectes et d'il ne savait quoi qu'elle avait suivi jusqu'à buter dans le tronc d'un arbre. Il la scrutait, totalement hermétique à ce qu'elle racontait mais fasciné par le rythme qu'elle tenait. Comment était-ce possible de parler autant sans reprendre son souffle ?

Il finit par attraper ce qu'il pensait être une gourde et la déboucha. Un coup de nez lui apprit qu'il ne s'agissait pas de gnôle mais bien d'eau. S'il était déçu de ne pas pouvoir mettre un tir à sa lucidité pour s'aider à passer la nuit, il fut soulagé de trouver une parade à la logorrhée de la gamine. En levant une main calme, il interrompit l'enfant.


Anna ? Tu ne voudrais pas mourir de soif. Vu tes exploits, je crois qu'il faut que tu boives. En plus, tu pourras reprendre encore mieux quand t'auras un peu plus de salive dans la bouche. Prends ça et épanche ta soif.

Il lui colla la gourde dans les pattes et commença à couper un bout de pain pendant qu'elle buvait, silencieuse.

Voilà, très bien. Et maintenant, tu vas manger. Je t'ai entendue tout à l'heure, t'as l'estomac qui gronde. Et comment on mange en forêt ? En silence. Eh oui mademoiselle. Sinon, les animaux t'entendent et eux aussi ont faim. Du coup, ils viennent te manger. En silence, eux. Pour ne pas se faire repérer.

Il lui disait n'importe quoi juste pour s'assurer qu'elle mangerait effectivement sans cracher des miettes sur lui dans ses explications farfelues. Et sans parler, pour le laisser un peu au calme. Il lui fit un sourire bienveillant en lui tendant le bout de pain et posa un index sur ses lèvres quasiment blanches.

Pas un mot, d'accord ? On va écouter voir si un de nos amis de la forêt débarque pendant que tu fais ton repas pour essayer de faire de toi le sien, d'accord ? Allez, à trois on commence. Un, deux …

Il la regardait avec attention, comme si le sujet était très sérieux. Ses doigts s'égrenaient au compte à rebours et il ouvrit le troisième en même temps qu'il en posait un sur ses propres lèvres, yeux grands ouverts pour signifier l'attention qu'il fallait porter à la nuit. Il en était sûr, il s'assurait la paix le temps qu'elle engloutisse sa part. Un mot pour quelques minutes de répit.

… trois !
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 18 Mai - 16:27

Saucisson. Fromage. Pain. Pas de miel. Pas de beignet. Ania soupira de contrariété. Tiotia, elle était nulle pour faire les provisions. Elle fouilla encore quelques instants, sans s'arrêter de parler, mais finit par abandonner. Même pas le moindre morceau de sucre. Un peu ronchon, elle s'assit les fesses à même la terre.

- Et jamais j'ai eu peur de m'être perdue, parce qu'en vrai, j'ai peur de rien. Et puis si ça me fait peur, bah je l'écrase, c'est tout. Un jour, j'venais juste de me réveiller, et puis tout d'un coup j'me suis dit que...

Sa petite main se referma sur la gourde d'eau et avec l'un des rouleaux de bandelettes que Vamp gardait toujours dans le fond de son sac de voyage, elle nettoya consciencieusement ses genoux écorchés. Malgré son jeune âge, ses gestes étaient précis et même si la douleur la fit grimacer par instant, pas un gémissement ne franchit ses lèvres en perpétuel mouvement. La terre et le vert de l'herbe écrasée qui tachait sa peau s'éclaircirent lentement pour laisser respirer une peau blanche et un genou maigrelet. La petite n'aimait pas spécialement la couleur de sa peau. Elle savait que c'était elle -entre autre- qui la rendait répugnante. Mais Vamp avait toujours fait son possible pour lui expliquer qu'elle ne devait avoir honte de rien et de casser le nez à ceux qui diraient le contraire. Et puis elle avait confiance en Lin. Dans la taverne, il l'avait tout de suite prise contre lui sans paraître dégoûté par son épiderme. Elle se fit un petit pansement de fortune, toujours en babillant, avec des gestes qui témoignaient qu'on lui avait appris à s'occuper d'elle-même. Elle parlait beaucoup mais n'était pas une idiote.

- … et un truc tout vert et un peu gluant. Mais j'pense pas que c'était méchant, parce que quand je l'ai touché, bah il a...

La petiote revivait seconde par seconde tout ce qu'elle racontait. Elle agrémentait même ses récits de bruitages et de gestes incongrus qui, quelquefois, n'avaient absolument rien à voir avec ce qu'elle décrivait. Parfois, elle se tortillait même sur ses petites fesses, comme si quelque chose la démangeait de repartir vivre les choses qu'elle avait pourtant vécues quelques heures plus tôt seulement. Une boule de nerfs.

- … parce que quand il fait trop froid, le sang il passe plus et alors, chez nous, il faut couper les doigts ! Diadia il m'a raconté qu'une fois, il a dû couper la langue d'un compagnon en hiver, parce qu'il parlait trop ! Et sa langue, elle avait gelée ! Donc maintenant, quand il fait très froid, moi je dis plus rien. C'est plus prudent, parce qu'un jour...

Un geste du jeune homme interrompit l'histoire qu'elle s'apprêtait à lui raconter. Elle fronça les sourcils. Il avait pourtant été super sage et super attentif jusqu'à maintenant... Un peu ronchon d'être ainsi coupée, elle l'écouta, méfiante. Une histoire, c'était sacrée. Fallait pas interrompre les gens quand ils parlaient ou quand ils racontaient une histoire. Ça portait malheur chez eux.

Mais ce qu'il disait n'était pas totalement faux. Elle était affamée. La petite savait qu'elle aurait dû attendre la jeune femme avant de dîner, comme elle le lui avait appris. Mais elle avait l'autorisation de Lin. Si tiotia allait pas être trop contente, ce serait Lin qui allait se faire disputer, pas elle. Rassurée par ce raisonnement sans faille, elle se jeta sur le pain que lui tendait son fiancé. Ania mangeait aussi vite qu'elle parlait. Elle mâchait à peine ce qu'elle engouffrait dans sa petite bouche avant de l'avaler tout rond. Et quand cela avait du mal à « passer », elle se contentait de boire une gorgée d'eau. Tout en mangeant, elle buvait les paroles du jeune homme à propos des animaux. C'était vrai tout ça ? Qu'importe, c'était une super histoire.

Elle resta donc dans un silence profond pendant au moins... dix minutes. La petiote obéit, écoutant le moindre bruit, le moindre craquement. Si elle était bavarde, elle n'en était pas moins attentive à tous les détails qui pouvaient l'entourer. Y compris les sons et les odeurs. Elle se concentra donc sur ce qu'elle pouvait entendre. Puis de fil en aiguille, elle se rappela la voix des gens qu'elle aimait. De Fenrir, de Diadia et de tiotia. Et soudain, une étincelle de curiosité s'alluma et elle releva la tête. Il fallait qu'elle sache. Elle était sûre de réentendre les mots exactes que Vamp avait prononcés une vingtaine de minutes plus tôt. Anna se pencha donc et chuchota, pour ne pas que les animaux l'entendent, à l'adresse du jeune homme.


- Dis... Tout à l'heure, tiotia, elle t'a appelé Lin. C'est Lin ton nom ? Tu es le Lin des contes ? Mais le Lin des histoires de tiotia, il a toujours une barbe. Peut-être que c'est pas toi... ou tu l'as perdue ?

Elle décela un léger intérêt de la part de son interlocuteur qui l'encouragea à poursuivre. La petite adorait avoir l'attention des plus grands et continua avec le plus grand sérieux. Et puis cela faisait au moins une heure qu'elle ne disait plus rien !

- Quand on était perdu dans la neige pendant très longtemps, c'était tiotia qui nous racontait les histoires le soir, pour pas qu'on ferme les yeux. Si tu fermes les yeux parce que tu as froid, tu peux mourir. Il faut surtout pas dormir, même si t'as super sommeil. Et dans les histoires de tiotia, beh y avait un chevalier. Mais c'était pas un chevalier en vrai, il avait un champ tout doré. Il était pas très riche non plus. C'était un paysan ! Mais tiotia, elle racontait qu'à l'intérieur, c'était le plus beau des chevaliers qu'elle avait jamais rencontrés de toute sa vie ! Et tiotia, bah elle a vu pleins de choses en vrai. Et toutes les nuits, bah il lui arrivait des choses absolument catastrophiques mais comme il était super fort, il cassait le nez de tout le monde qu'était méchant !

La petite était de nouveau surexcitée mais elle reprit d'un ton plus calme. Elle connaissait très bien sa tante.

- T'sais, tiotia, elle sourit pas beaucoup. Mais quand elle racontait ses histoires, des fois elle arrivait à sourire. Lin-le-Barbu il arrivait à voler au-dessus des arbres, dans les nuages, parce qu'il était tellement drôle, qu'il avait réussi à faire rire les Dieux ! Et pour le récompenser, ils lui ont offert des ailes, pour voler, mais juste la nuit, pour pas que les autres humains le voient et soient jaloux. Et en plus, il avait une super amoureuse qui l'aimait très fort. Mais l'amoureuse, elle avait dû partir super loin. Et toutes les nuits, elle chantait, pour qu'il puisse voler jusqu'à elle avec les ailes des Dieux et la retrouver ! Et puis un jour, il...

- Ania !!


Vamp était tétanisée, une pile de bois dans les bras, incapable du moindre geste. Ses yeux noirs passèrent brièvement au visage du jeune homme avant de se dérober et de revenir sur la petite. Ses lèvres restaient entrouvertes pendant que le rouge de la honte embrasait son visage. Son cœur, qui avait réussi à se calmer dans la solitude de la forêt, s'était de nouveau emballé. Elle pinça ses lèvres pour s'obliger à faire un pas au centre du petit camp et y laissa tomber le bois. Sans lever les yeux, elle commença à entasser maladroitement les brindilles et poursuivit d'une voix qui se voulait calme et indifférente. Au moins n'avait-elle pas bafouillé...

- Je t'ai dit d'arrêter d'assommer les gens avec tes histoires...

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 18 Mai - 17:02

Lorsqu'elle se tut, l'air attentif, il était persuadé qu'il avait réussi. Il retint un soupir de soulagement malvenu qui aurait sans aucun doute été réprimandé par la gamine et poussa un cri de joie intérieur qui vint luire dans ses yeux. Le silence. Il aurait pu fermer les yeux de joie. Il avait pris l'habitude de se soustraire au brouhaha ambiant quand Larson était occupé avec ses nobliotes. Il observait son manège de loin, fermé à toute conversation et restait reclus dans sa tête, à l'abri des discussions idiotes des attablés. Même quand ils étaient tous les deux, ils ne parlaient pas beaucoup. Tout avait été dit pendant la perdition de l'ancien barbu dans les milieux les plus famés du bout de terre outre Manche et le bâtard savait très bien qu'il ne servait à rien de parler inutilement. Ils s'accordaient tout à fait et c'était pourquoi Lin se sentait en confiance avec cet anglais aussi détruit que lui. Un vague sourire se dessina sur les lèvres du jeune homme à la pensée de son compère et il n'avisa pas le mouvement de la petite.

Quand la voix étouffée de celle-ci parvint à ses oreilles, il était à peine revenu de ses pensées et songea tout d'abord avoir mal compris. Le Lin des contes ? Il ne se souvenait pas avoir jamais entendu un seul conte mentionnant son nom et fronça les sourcils. Il n'était certainement pas celui auquel l'enfant pensait. Peut-être même avait-elle déformé son nom. Après tout, Lin pouvait aisément se déformer.

Il estima donc que c'était une erreur jusqu'à ce qu'elle poursuive plus fort, oubliant ce qu'il lui avait dit sur les animaux de la forêt. Pourtant, loin de la réprimander, il écouta attentivement ce qu'elle racontait. Le barbu, ça, c'était lui. Du moins, ça l'avait été. L'association de son nom et de sa barbe achevèrent de le convaincre qu'elle parlait de lui. Qu'elle en avait entendu parler, en tout cas. L'attention du jeune homme n'en fut qu'accrue et il ne quittait pas la gamine des yeux alors qu'elle exposait ce que Vamp avait pu raconter pendant leur périple.

Il ne se souvenait pas avoir eu des ailes ou quelconque contact avec les Dieux mais il ne voyait là qu'une entorse à la réalité faite par les grands pour enchanter les petits. Les traits de son visage se modelèrent en une expression de plus en plus incrédule à mesure que le tableau se peignait à ses oreilles. Visiblement, la brune l'avait complètement mystifié et il était devenu le héros de bons nombres d'histoires, toutes à sa faveur.

Il n'eut pas l'occasion de l'interrompre pour lui donner son avis. Une autre voix s'en chargea, plus ferme. Lin releva les yeux sur la jeune femme qui revenait chargée, les traits moins tendus. Il porta son attention sur elle dans un mélange de surprise et d'incrédulité. Alors qu'elle essayait de camoufler ses rougeurs dans la mise en place du feu, il secoua la tête.


Elle ne m'assomme pas. Du moins pas d'ennui. De surprise, certainement plus déjà.

Il avait fixé son regard sur la brune et suivait avec attention le moindre de ses gestes. Il attendait qu'elle se redresse pour pouvoir lire ses yeux, ne sachant pas bien s'il devait croire ce que lui avait dit l'enfant. Ses paroles avaient été déblatérées avec un tel aplomb et un tel flux qu'il avait du mal à ne pas y croire. Mais la situation était bien trop absurde pour qu'il adhère à la véracité des mots sans en avoir la confirmation dans la gêne de la jeune femme.

Si ce qu'avait dit l'enfant s'avérait vrai, il se trouverait face à une absurdité qui le dépassait. Comment était-ce possible qu'elle le renie aussi vivement si elle l'avait si élogieusement décrit à sa nièce ? Si elle avait voulu partir sans le prévenir et revenir sans l'avertir, c'est qu'elle ne tenait pas spécialement à maintenir ce qu'ils avaient vécu. Mais alors pourquoi avoir conservé sa mémoire dans des contes farfelus ? Elle ne pouvait pas affirmer aussi sèchement qu'elle ne ressentait plus rien pour lui alors qu'elle avait passé les pires moments de son périple à l'évoquer.

L'incompréhension noyait les pupilles du jeune homme qui ne lâchaient pas les traits à demi dissimulés de la jeune femme. Quelque chose ne collait pas dans ce tableau et il voulait comprendre où se trouvait l'erreur. Déstabilisé, il finit par se lever, prétextant qu'il se dégourdissait les jambes.

Je vais allumer ça, ça m'occupera.

Il fit signe à la brune de s'éloigner des branchages alors qu'il s'en approchait. Accroupi devant le tas de bois à moitié en forme, il reprit le travail de la brune attentivement, ses yeux quittant le visage blanc pour les ramures sombres. Pourtant, il n'oubliait pas ce qu'il avait en tête. Sa voix s'éleva sans que ses yeux ne suivent le même chemin.

On a droit à un conte du soir ? Il semblerait que tu en connaisses un certain nombre.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Lun 19 Mai - 8:34

Elle avait vraiment espéré que le jeune homme oublie l'incident. Peut-être lui aurait-elle avoué toute cette histoire quelques semaines plus tard, quand elle se serait éveillée un matin à ses côtés et elle lui aurait raconté ces anecdotes pour le faire rire. Mais Vamp aimait ces contes et en faire la narration à un homme qui ne semblait plus l'estimer beaucoup ne l'enchantait vraiment pas.  Elle lui jeta un coup d'oeil à la dérobée alors qu'il s'occupait du feu. Elle n'arrivait pas à savoir s'il y avait de la moquerie dans sa demande ou si elle diabolisait le jeune homme. Après tout, il lui avait rendu son baiser sous le couvert des arbres, et pas timidement. Elle ne l'imaginait pas mentir dans un moment pareil. Enfin... elle n'imaginait pas le Lin qu'elle avait quitté jouer ce jeu-là. Elle ne connaissait rien du Lin qu'il était devenu. Excepté qu'il avait souffert. Et qu'il était capable de tuer un homme sous ses poings.

Vamp allait refuser. Elle n'avait pas envie qu'il se moque d'elle et n'avait pas envie de se ridiculiser. Elle l'avait assez été en pleurant devant lui. Et puis on ne raconte jamais une histoire lorsque l'on est contrarié car le récit en est contaminé par l'amertume. Mais une petite voix lui rétorqua fièrement qu'elle avait assez fuit. Elle aimait raconter ces histoires à Ania. Il fallait qu'elle cesse de prendre la fuite devant l'ancien barbu. Qu'il se moque donc.

La jeune femme attendit la naissance du feu avant de commencer son récit. Ania s'était déjà installée contre elle, son dos appuyé contre le buste de Vamp. Machinalement, elle passa un bras protecteur autour de ses épaules et caressa les mèches blanches d'un rythme régulier. C'était l'un des rares moments où la petite arrivait à se taire pendant une heure entière. Lorsque le feu fut assez vif pour éclairer les visages et réchauffer les corps, la jeune femme commença son récit, sans lever les yeux des flammes.


- Les Dieux avaient offert à Lin-le-Barbu des ailes. Des ailes immenses créées avec les plumes de tous les oiseaux du monde. Elles portaient des couleurs magnifiques, du rouge, du bleu, du doré. Il y  en avait des longues, des courtes, des duveteuses. Du merle au corbeau, chaque oiseau avait sa petite place sur ces ailes immenses. Lin-le-Grand ne pouvait les porter que la nuit, car les cadeaux des Dieux ont toujours une condition. La demoiselle dont il était amoureux lui avait été arrachée. Elle était loin, très loin de lui. Trop loin pour marcher, trop loin pour nager et trop loin pour chevaucher. Cependant il savait qu'elle n'abandonnerait jamais et qu'elle ferait tout pour retrouver son chemin perdu. Il avait confiance en elle parce qu'il avait vu son âme et son cœur. Mais lui avait ses ailes. Alors il vola la nuit et courut le jour pour la retrouver. Il avait le monde des étoiles et le monde des arbres. Son amoureuse marchait nuit et jour à sa rencontre. Ses jambes s'enfonçaient tantôt dans le sable brûlant des dunes, tantôt dans la neige cruelle des montagnes, tantôt dans la terre boueuse des marais. Lin-le-Barbu volait, courait et volait encore. Mais les ailes divines étaient maudites, car les cadeaux des Dieux ont toujours une face cachée. Les Dieux ont tout, alors ils s'ennuient. Pour chasser l'ennui, ils aiment torturé ceux qui sont à leurs pieds, ceux qui doivent déjà se battre contre la vie et le temps. Ainsi donc, nuit après nuit, le corps de Lin-le-Grand commençait à se recouvrir de plumes colorées. Son torse, ses jambes, ses bras, furent bientôt aussi duveteux que le cou d'un oisillon. Mais lorsque le soleil apparaissait après la lune, les plumes ne disparaissaient pas. Lin-le-Barbu aurait dû cesser de voler chaque nuit, mais chaque nuit il parcourait plus de chemin grâce à ses ailes et chaque nuit le rapprochait un peu plus de son amoureuse. Bientôt, il avait tant volé, durant tant de nuits, que son corps entier fut recouvert de plumes. Il savait qu'il ne pourrait jamais plus la reprendre dans ses bras ou sentir sa peau sous ses doigts. Mais il continuait, encore et encore, parce qu'il voulait toucher ses lèvres des siennes une dernière fois avant de se transformer en oiseau. Mais les Dieux ne le permirent pas, parce que les Dieux sont jaloux. Un jour, épuisée de tristesse, l'amoureuse se laissa tomber dans un champ doré. C'était doux et cela sentait bon. Les épis lui chantèrent une mélodie très douce pour la bercer jusqu'à la mort. Les couleurs d'or lui rappelèrent une ultime fois le champ doré de Lin-le-Paysan. Puis ses yeux se fermèrent tout doucement. Son corps ne faisait plus qu'un avec la terre depuis de longs mois déjà lorsque l'oiseau aux mille couleurs vola aussi du champ doré. C'était une journée magnifique où les rayons du soleil ondulaient sur ses plumes comme de la soie. L'oiseau n'avait plus rien de Lin-le-Barbu, excepté ses yeux couleur noisette car, arrivée au royaume des morts, son amoureuse avait donné ses propres yeux aux Dieux en échange de ceux du jeune paysan. Ce n'était pas un sacrifice car elle pensait que Lin-le-Grand avait les yeux les plus beaux du monde. Lin-l'oiseau savait depuis des nuits et des nuits que son amoureuse ne respirait plus. Il la pleura longuement. Mais sa perte fut adoucie par la liberté que les Dieux lui avaient offert. Il pouvait voler nuit et jour à présent. Il avait l'immensité du ciel pour vivre dans le bonheur, pour se poser sur les branches des arbres et pour jouer avec les courants du vent. Il avait le soleil comme ami et la lune comme compagne.

La jeune femme se tut. Sa voix avait commencé avec peu d'assurance, gênée par la présence de l'ancien barbu. Mais peu à peu, elle s'était détachée de l'instant présent pour vivre ce qu'elle contait, son regard toujours plongé dans les flammes. Elle bougea doucement ses bras qui tenaient toujours Ania.

- Maintenant il est temps d'aller dor...


Un sourire pâle étira ses lèvres. Elle n'avait pas besoin de voir le visage de la fillette, sa respiration lente et régulière l'informait déjà qu'elle était endormie. Vamp l'allongea près du feu sans attention particulière : Anna avait un sommeil de plomb, un tremblement de terre ne la réveillerait pas et elle n'ouvrirait pas les yeux avant le lendemain matin. La jeune femme s'assura en silence que le manteau de la petite était bien fermé puis se redressa pour regarder Lin dans les yeux.

- Tu peux te moquer. Tu peux ironiser ou me traiter d'idiote. Mais j'ai inventé ces contes quand nous étions coincés dans la neige. Il fallait leur donner un but, une raison de les obliger à garder les yeux ouverts. Je n'ai trouvé que ça, que ces histoires pour attiser leur curiosité et les pousser à se battre contre le froid pour pouvoir entendre la suite. Quant au choix du personnage... C'était pour que moi, j'ai une bonne raison de continuer d'avancer.  

Vamp était solidement plantée sur ses deux jambes, les épaules fières, carrées et droites. Elle le regardait sans sourciller, prête à encaisser le moindre rire.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Lun 19 Mai - 14:03

Il avait gardé les yeux sur le bois jusqu'au bout de son histoire. Alors que ses oreilles transmettaient le moindre détail à son esprit, ses yeux voyageaient dans les flammes. Il regardait les langues rougeoyantes se repaître du bois sec qui craquait à leurs assauts, les éclats d'étincelles qui volaient en tout sens à la mauvaise humeur d'une branche piquée par le feu et l'assombrissement des ramures sous la vive lumière des flammes mais il ne les voyait pas réellement. Derrière chaque mouvement s'élevait une image en adéquation avec le récit de la jeune femme et chaque morceau de conte était imagé par un morceau de flamme.

Ses bras entouraient ses jambes repliées, ses genoux calés dans ses coudes, les doigts fermement agrippés les uns aux autres. De l'autre côté du brasier miniature, il ne pouvait qu'entrevoir les mèches brunes qui dépassaient à peine au-dessus du feu et pas du tout la petite, totalement occultée par la lueur des flammes. Il sentait qu'il se réchauffait petit à petit mais il aurait été incapable de déterminer si c'était la chaleur que dispensait le bois consumé ou les mots expirés.

Il se prit à sourire alors qu'elle évoquait la malédiction que les Dieux avaient jetée sur lui. Enfin, sur Lin-le-Barbu. Un oiseau. Ses lèvres s'étirèrent malgré lui et ses yeux se plissèrent dans un sourire franc. Ca lui plaisait bien, comme idée. Il aurait pu se réincarner en oiseau, c'était vrai. Voler partout et vivre dans les hauteurs pour de bon. Il s'imaginait assez bien dans les cieux, libre de toute contrainte.

Pourtant, il s'assombrit lorsqu'elle évoqua la mort de l'amoureuse. Ses yeux reprirent forme et ses lèvres s'affaissèrent. Quel intérêt de pouvoir voler s'il ne pouvait pas aller se poser sur son épaule ? Comme un enfant grognon, il fronça lentement les sourcils et retroussa légèrement sa lèvre inférieure. Non, vraiment, il n'aimait pas la fin de l'histoire. A qui serviraient les yeux de Lin-le-Grand si son amoureuse ne pouvait plus les voir ?

Il allait ronchonner contre la fin du récit dans une spontanéité qu'il n'avait pas vécue depuis longtemps. Mais l'image de la brune relevée de l'autre côté du feu le coupa net dans son élan. Elle était assez impressionnante, déployée ainsi derrière les flammes et sa hauteur n'était qu'accentuée par la posture assise du jeune homme. Il se sentit d'abord illégitime de vouloir pester contre un conte qu'il ne connaissait pas la minute d'avant mais finit tout de même par se lever.

Il n'aimait pas être en infériorité et il avait le vif souvenir du rejet brutal qu'elle lui avait imprimé sur les épaules un moment auparavant. Il aurait très bien pu rejeter son histoire comme elle l'avait envoyé bouler plus tôt. Il aurait été si simple de lui rire au nez et de secouer la tête dans un air moqueur. Ce ne serait qu'une vengeance, parfaitement froide. Un oeil pour un oeil.

Il n'en fit cependant rien. Lissant ses braies dans un geste machinal, il profita des quelques secondes de silence qu'il s'accordait ainsi pour se persuader de ce qu'il était resté. Même cette perdition ne lui avait pas arraché ce qu'il avait au plus profond de lui. La méchanceté gratuite ne l'intéressait décidément pas.

Il ne serait pas capable de lui dire ce que son récit avait fait naître en lui mais il n'avait pas l'intention de le lui cacher pour autant. Il ne parvenait pas à mettre en relation l'attitude de la jeune femme et ses mots, ses mots et son attitude. Elle l'embrassait fougueusement pour le rabrouer la minute d'après, elle évoquait sa personne élogieusement alors qu'elle était distante. Il ne savait plus si elle se jouait de lui ou si elle était aussi perdue qu'il l'était.

Une longue inspiration lui fut nécessaire pour se donner un peu de courage avant qu'il ne s'avance vers elle, contournant le feu pour s'arrêter à deux pas d'elle. Un coup d'oeil à l'enfant lui assura qu'elle dormait les poings fermés et il releva un regard plus sûr sur la brune. La voix qui s'éleva était pourtant basse, comme s'il avait peur de réveiller la petite.


Il n'y a pas à se moquer de ce qui a pu te tenir la tête hors de l'eau. Et je n'en ai de toute façon pas envie.

Se disant, il esquissa un sourire à demi-avorté. Franc, mais échaudé. Il n'avait aucune envie de rouvrir les bras pour se voir percuter à nouveau. Comme on avance prudemment dans un lieu inconnu, il leva une main timide vers Vamp et effleura sa joue du bout des doigts, affirmant à peine plus le sourire qui ourlait ses lèvres.

Elle est triste ton histoire.

Il affirmait ça avec un ton presque attendri. Il trouvait que ça n'aidait pas franchement les troupes à se motiver d'imaginer que son but était mort. Les mots envolés dans la nuit laissaient une trace prégnante sur lui mais il sentait moins l'esprit enfantin qui l'avait envahi pendant le récit du conte. Il se trouvait simplement plus calme et moins irrité. Peut-être qu'elle ne le considérait pas totalement comme une paire de bras sachant grimper aux arbres, finalement.

Il finit par sourire véritablement à cette idée, d'un sourire simple et laissa retomber sa main le long de son corps. Si elle s'était braquée aussi rapidement que lui, elle avait tout de même trouvé les ressources pour parler de lui avec une douceur qui lui paraissait inattendue. Il en restait surpris mais il avait nettement conscience que cette histoire avait rendu espoir à son torse. Il aurait pu se maudire de flancher aussi facilement mais il n'avait pas envie de lutter contre la chaude sensation qui enrobait son coeur ce soir-là. Il ne s'exposerait pas aux coups mais il ne voulait pas non plus se priver de la chaleur qu'elle avait instillée en lui.

Alors qu'il se décidait à partager un véritable sourire avec elle, il acheva de réduire la distance qui les séparait et la prit dans ses bras avec une douceur qu'il n'avait plus connue depuis ce qui lui semblait être une éternité. Ses bras passés autour d'elle ne transmettaient qu'une simple étreinte mais elle était aussi forte qu'elle était simple. Il glissa son nez dans les cheveux bruns qu'il avait tant aimés longs et prit une longue inspiration, s'emplissant d'elle. Immobile et silencieux, il l'enlaçait simplement. Il se sentait un peu plus à l'aise et il releva à peine le visage pour la regarder.

Faudra changer la fin.

Il lui sourit sincèrement et posa machinalement ses lèvres sur son front dans un baiser aux formes d'habitude. Ses mains imprimèrent une dernière pression sur son dos avant qu'il ne se détache d'elle, reprenant sa place deux pas plus loin. Il ne voulait pas tendre le bâton pour se faire battre et s'il avait eu besoin de son contact, il n'était pas sûr qu'elle désirait le sien. Il se passa une main sur la nuque alors qu'il se redressait avec plus d'aplomb et jeta un oeil autour de lui comme pour s'assurer que tout était bien à sa place. Le ton qu'il employa alors avait perdu la tendresse qui sous-jaçait dans ses mots passés mais trahissait l'effort opéré pour parvenir à ce détachement.

Bon, ben, je pense qu'il est temps d'aller dormir, c'est pas ce que tu disais tout à l'heure ?
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Lun 19 Mai - 18:50

La jeune femme était prête. Il ne fallait surtout pas flancher ou baisser les yeux. Elle ne devait ni avoir honte ni avoir peur de lui. Ce n'était qu'un homme. Un homme fait de chair et de sang. Et Vamp ne tremblait devant aucun homme. Ou presque.

Elle le suivit des yeux sans faiblir. Sa colonne se redressa légèrement, prenant de la hauteur, alors qu'elle le regardait s'avancer vers elle. Sa respiration un peu rapide soulevait son buste à intervalles réguliers. Bien qu'elle s'attendait à la moquerie, la jeune femme était étrangement calme. Elle ne voulait ni se disputer ni ne chercher le conflit. Au fond d'elle-même, elle ne désirait pas gâcher les quelques heures qui lui restaient auprès du jeune homme.

Il se posta face à elle, la dominant de quelques centimètres. Vamp se retint de sourire. Elle avait toujours aimé ces quelques centimètres qu'il possédait de plus qu'elle. Ce n'était pas grand chose, mais ces petits centimètres la rendait plus petite, plus vulnérable, et Lin pouvait la protéger de sa haute taille. Elle aimait surtout les instants où il devait baisser les yeux pour lui parler. Un frisson inattendu remonta le long de sa nuque à cette pensée et la jeune brune dut se maîtriser pour ne pas tressaillir. Elle écouta ses paroles avec une tranquille assurance mais une douce chaleur gonfla dans sa poitrine quand elle le vit sourire. Ses yeux s'échappèrent aussitôt. Il était bien trop séduisant lorsqu'il souriait, même si ce n'était pas les mêmes sourires qu'il lui adressait quelques années plus tôt. Elle déglutit maladroitement, consciente du danger qui la guettait.  Mais que faire à part camper sur ses positions ?

C'est le contact de ses doigts sur son visage qui la ramena à la réalité. Sans la concerter, ses yeux s'accrochèrent aussitôt à ceux du jeune homme. Ils s'adoucirent jusqu'à se fermer de plaisir une fraction de seconde. La tentation était forte. S'abandonner et venir dormir tout contre lui. Ne plus imaginer le son des battements de son cœur mais bien les ressentir contre sa joue. S'envelopper une dernière fois de son odeur et de sa force le temps d'une nuit ultime. Ne l'avait-elle pas mérité ? Ne s'était-elle pas assez battue pour avoir le droit à une nuit paisible dans ses bras ? Ses yeux clignèrent plusieurs fois avant que la jeune femme ne parvienne à reprendre le dessus. Même si elle savait qu'elle ne réveillerait pas Ania en parlait normalement, elle ne put s'empêcher de répondre du même ton bas que l'ancien barbu.


- C'est une histoire triste, oui. Mais la vie est triste.

Son père lui avait toujours expliqué que l'esprit du conteur transpirait toujours dans ce qu'il racontait. Le conte de Vamp était triste car la jeune femme était malheureuse. Mais elle n'avait jamais été dans la victimisation et garda naturellement ces explications pour elle-même. Et puis elle ne voulait ni penser ni se justifier. Elle désirait uniquement une chose : qu'elle continue à garder l'entière attention du jeune homme. On ne se refait pas...

Elle eut toutefois un léger réflexe défensif en le voyant s'approcher si intimement d'elle. Mais la douceur de son geste l'arrêta à temps. Ses yeux ne purent que s'écarquiller de surprise. Elle fut incapable du moindre geste, de la moindre parole. Elle ne comprenait rien. Une heure plus tôt, il repoussait l'une de ses caresses avant de l'ignorer avec soin et maintenant, après le récit d'un conte pour enfant, il enchaînait les marques de tendresse. Mais, lentement, sous la vague de douceur que lui transmettaient le corps du jeune homme, elle s'abandonna. Le visage enfouit contre sa gorge, le corps de Vamp répondit à l'étreinte par une légère pression. La tension de son dos se relâcha et ses yeux se fermèrent. Ses lèvres s'entrouvrirent pour rejoindre les inspirations de son nez, cherchant la senteur et le goût de sa peau. L'odeur de son cou emplit bientôt sa bouche, comme si elle venait de le goûter du bout de la langue.

La nostalgie et le désir l’étreignaient avec insistance mais elle se força à ne pas retenir le jeune homme. Si elle le retenait maintenant, jamais elle n'arriverait à reprendre la route le lendemain. Or elle était persuadée, comme dans la fin de son conte, qu'il ne finirait par trouver le bonheur que loin d'elle. Mais le sourire qu'il lui adressa la fit fondre de l'intérieur et elle ne put y répondre que par un frémissement de lèvres timides. Empotée, elle ne sut soudainement pas quoi faire de ses mains et les fourra dans ses poches avec une désinvolture un peu trop raide.


- Tu as raison. Je... Hm. Bonne nuit Lin...


Elle resta pourtant de longues secondes sans bouger, uniquement à le regarder dans les yeux. La jeune femme ne pouvait pas -ne voulait pas- s'éloigner sans lui répondre par un geste tendre. C'était sa dernière nuit auprès de l'ancien barbu, elle ne voulait rien regretter, surtout pas à cause d'un manque de cran. Elle s'approcha donc et lui toucha brusquement le bras en guise de tendresse avant d'aller se coucher auprès d'Ania. Jolie preuve de courage. Cela ressemblait plus à une accolade d'ivrogne de taverne qu'à une caresse d'amoureuse.

Vamp passa un bras autour de la taille de la petite et ferma le plus vite possible les yeux. Chasser l'odeur du jeune homme qui était restée sur sa chemise. Chasser son sourire de son esprit. Elle pensait qu'elle n'allait jamais pouvoir s'endormir mais, étonnamment, les émotions de la journée l'avaient épuisée et elle sombra rapidement dans un sommeil peu agité.


***

C'est au beau milieu de la nuit que la jeune femme se réveilla. Ses yeux s'ouvrirent brusquement. Toutes ses nuits depuis qu'elle avait quitté la cabane n'avaient été que morcelées. Vamp n'avait pas fait de nuits complètes depuis bien longtemps. Les malades, les morts et la neige la suivaient fidèlement jusque dans ses songes. Parfois, elle se demandait si elle parviendrait un jour à se purger de ces trois années d'enfer.

Son bras avait quitté Ania durant son sommeil et elle se redressa pour s'asseoir. Le feu ne se mourrait pas mais elle rajouta tout de même quelques brindilles, plus pour éloigner son esprit loin du brouillard de ses rêves que pour réellement le nourrir. Vu l'état du foyer, elle n'avait pas dû dormir plus de deux heures. À moins que Lin l'eut alimenté durant son sommeil.

Lin.

Son regard noir s'éleva au-dessus du feu, cherchant avidement la silhouette de l'ancien barbu. Elle le voyait à travers les rigoles de chaleurs qui s'élevait vers le ciel. Il avait les yeux fermés. Vamp se pinça les lèvres. Elle mourrait d'envie de s'approcher et de le regarder dormir. Juste quelques minutes. Elle ne reverrait jamais plus le visage endormi du jeune homme. Il lui avait déjà offert un sourire dans la nuit. Était-ce trop demander que de pouvoir s'approcher de quelques pas ? Et puis il n'en saurait jamais rien. Juste quelques secondes...

Silencieuse, la jeune femme se leva et contourna le feu pour s'approcher du corps immobile. Elle s'accroupit à ses côtés, le menton posé sur ses genoux rapprochés, ses yeux étudièrent les traits du jeune homme. La courbe de ses sourcils. Ses pommettes. Ses lèvres. Le souvenir de leur goût, quelques heures plus tôt, la frappa soudain. La pression que le corps du jeune homme avait exercé sur le sien précéda le fantôme de ses lèvres. Vamp cligna des yeux. Ce n'était pas du désir qu'elle éprouvait mais une attirance irraisonnée, la volonté de le prendre dans ses bras et de le bercer tendrement contre elle. Elle voulait l'aimer.

Et maintenant qu'elle était assez près de lui pour entendre sa respiration, elle voulait toucher. Ses doigts blancs s'avancèrent sans trembler. Elle n'avait plus peur et les yeux fermés du jeune homme chassaient timidité et maladresse. Avec une douceur qui contrastait nettement avec l'accolade qu'elle avait osé lui faire endurer plus tôt, le dos de ses doigts vint caresser la pommette du jeune homme. Son regard s'adoucit alors que ses doigts chauds effleuraient chaque courbe du visage. Ils descendaient le long de sa joue avec une lenteur extrême avant de remonter à sa tempe pour écarter les quelques mèches qui y retombaient. Ses doigts fins s'enfoncèrent tendrement dans les cheveux du jeune homme pour les laisser glisser entre ses phalanges. Puis elle revint irrésistiblement à l'une de ses pommettes, la touchant d'une caresse du bout de son index, la tête légèrement inclinée sur le côté.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 21 Mai - 5:51

Il l'avait regardée aller s'étendre auprès de la petite fille avec un étrange pincement au coeur. Dans les nuits forestières, c'était plutôt dans ses bras qu'elle venait dormir. Il lui substituait la chaleur du feu en l'enfermant entre ses bras et quand les branches avaient fini de se consumer, son corps continuait d'irradier contre le sien. Mais c'était une autre époque. Révolue, visiblement. Il eut un faible sourire en la voyant fermer les yeux et s'ébroua. Il oscillait constamment entre l'envie d'y croire et la peine de la prise de conscience. Pourtant, il voulait rester serein cette nuit-là et décida de se remémorer les yeux qui avaient trouvé les siens après son étreinte. Le sourire qu'il eut alors avait un peu plus de vigueur.

Il alla s'installer contre un tronc opposé au couchage des corps blancs, assis à même le sol, le dos raidement posé contre l'écorce. Le contact rugueux ne le dérangeait pas et il pouvait perdre son regard dans les flammes et en poussant par-delà la lumière vive, sur les deux formes endormies. Il savait qu'il ne dormirait pas cette nuit-là et posa calmement ses mains de chaque côté de lui, jambes en tailleur. Il se faisait l'effet d'un religieux dans un cercle de prière et grogna tout seul contre cette image. Ses pieds retrouvèrent le sol alors qu'il pliait ses genoux vers son torse. Après avoir posé ses coudes dessus, il se sentit plus à l'aise. Il laissa reposer sa tête contre le tronc massif et observa ce qu'il avait sous les yeux avec minutie, dans le plaisir du silence nocturne.

Il ne sut pas vraiment à quel moment ses yeux se fermèrent. Certainement entre le moment où il imaginait aller se coucher auprès de Vamp et le moment où elle se retournait pour le prendre dans ses bras. De l'imaginaire à la chimère, il n'y avait eu besoin que de l'obstruction de ses pupilles par ses paupières. Cependant, il n'était pas endormi. Tout juste somnolent, oscillant entre la réalité et le rêve. Son esprit alerte maintenait ses muscles sous tension réactive mais il octroyait quelque répit à sa réflexion. Un peu de douceur dans son agitation. Il en aurait souri s'il n'avait pas senti l'air se mouvoir autour de lui.

Ses réflexes étaient vifs et il aiguisa son ouïe. Il savait qu'il n'y avait pas de danger. Il avait été attentif si régulièrement que personne n'aurait pu s'approcher du campement de fortune sans qu'il ne l'ait repéré. Le mouvement était par ailleurs bien trop calme pour être celui d'un rôdeur intéressé ou d'un tueur sanguinaire. Il n'y avait pas la moindre nervosité dans l'air et il doutait qu'un voleur de bas-étage ou un assassin de pacotille puisse se maîtriser à ce point. Il n'y avait pas dans le coin de gens qui lui en voulaient et Vamp était arrivée trop récemment pour qu'on soit déjà sur ses pas. Il conclut donc qu'il s'agissait forcément d'un des deux êtres blancs.

La présence qu'il sentait avait stoppé son avancée juste à ses côtés, tout près. Si près qu'il pouvait entendre la respiration calme qui en émanait. Vamp. Sans aucun doute. La gamine aurait été essoufflée par l'excitation du jeu, par le réveil d'un cauchemar ou par l'idée de la faim. Celle qui se trouvait là était bien trop calme pour ne pas être Vamp.

Il interdit à ses lèvres d'initier le moindre mouvement et maintint ses yeux fermés, imitant un parfait sommeil. Les efforts qu'il dut déployer pour ne pas frémir au contact de sa main dépassait les exercices auxquels il était soumis d'ordinaire et il dut puiser dans le fin fond de sa mémoire physique pour se souvenir d'un stoïcisme parfait. Pourtant, l'envie ne lui manquait pas d'ouvrir les yeux et de glisser son visage contre sa paume, de plonger dans ses yeux et de se laisser happer par ses bras, se glisser contre elle et sentir sa douceur. Mais il avait bien trop peur de briser l'élan de la jeune femme en amorçant le moindre mouvement pour bouger et il resta donc immobile sous ses mains, s'obligeant à respirer pour ne pas qu'elle devine le subterfuge.

Elle resta si tendrement proche de lui ce qui lui parut un temps infiniment court. Il ne savait pas véritablement quantifier les minutes écoulées mais il en compterait toujours moins que ce qu'il en avait réellement été. Il faillit grogner quand elle se redressa pour s'éloigner à nouveau mais la même force le maintint clouer au sol. Ne pas briser l'instant. Peut-être était-ce un changement dans l'esprit de la jeune femme, peut-être revenait-elle sur ses paroles passées. Ne pas interrompre l'évolution.

Il attendit donc un long moment après son départ avant d'ouvrir les yeux, le plus lentement du monde. Ses pupilles furent éblouies par le feu et sa vive clarté. Il cligna des yeux pour s'habituer à l'obscurité alentour qui contrastait et finit par poser son regard sur Vamp. Elle était de nouveau endormie. Ou tout du moins le pensait-il. Elle avait les yeux fermés et son corps étendu donnait tous les signes de l'assoupissement. Il esquissa un sourire et passa ses doigts sur son propre visage, à l'endroit où ceux de la brune étaient passés. Il aurait juré qu'une trace était restée imprimée.

Il prit une longue inspiration pour dénouer la boule qui avait enflé dans son ventre à son approche et se leva, un accès d'énergie gonflant ses muscles. Il avait besoin d'évacuer le trop-plein émotionnel de la soirée et roula des épaules comme lors d'un échauffement, sautillant déjà sur place, silencieux. Il savait parfaitement comment faire ça. Ses yeux évaluaient déjà les feuillus environnant et il repensa à celui qu'il avait escaladé un peu plus tôt. Son sourire n'en fut qu'affirmé et il jeta un oeil aux deux corps. Elles ne risquaient rien, le feu était en état et il n'allait pas loin. Même de là-haut, il pourrait les surveiller.

Fort de cette assurance, il s'éloigna entre les troncs et disparut dans les ramures. Ses pieds retrouvèrent l'écorce du tronc avec plaisir et ses mains agrippèrent les branches avec aisance. Il était dans son élément. En quelques lestes sauts, il se trouva à mi-hauteur de l'arbre qu'il avait laissé à contrecoeur. Ses yeux suivirent le trajet invisible de la sève jusqu'au sommet et il n'eut pas à attendre longtemps avant que l'envie suive le même trajet en lui. Eclatant à sa tête, elle déclencha l'impulsion qui le mena au sommet.

La cime était plus fine que les étages au-dessous et il sentait l'air qui circulait librement, faisant onduler la crête de son arbre. Comme un animal sauvage, nez au vent, il suivait le balancier sans nausée et leva la tête vers le ciel obscur au-dessus de lui. La nuit était claire, le quartier de lune visible. Un sourire insondable élargit ses lèvres avant qu'il ne se laisse basculer dans le vide sans attache.

Il avait passé la nuit entière à grimper à tous les feuillus qu'il jugeait acceptables. Il s'était laissé griser par les chutes et il se sentait plus léger, plus serein. Presque joyeux. Lorsque la lune se vit lentement chassée, il s'ébouriffa les cheveux dans un bâillement écrasé. C'était l'heure de rentrer. L'instant d'après, il était perché sur une branche d'un arbre bordant le campement de fortune et observait Vamp et sa nièce en contrebas. Elles n'allaient pas tarder à se réveiller, le jour pointait déjà son nez. Il ne descendit pourtant pas de sa branche. Il voulait voir la jeune femme s'éveiller, sortir de sa léthargie et revenir à elle. Il n'en avait plus eu l'occasion depuis si longtemps qu'il ressentit brusquement comme un vide au creux de son ventre et agrippa plus fermement la ramure. Il voulait la regarder se réveiller, encore une fois. S'il descendait, il n'en aurait pas l'occasion. Elle chercherait à être sur ses pieds au plus vite si elle croisait son regard, elle serait même peut-être gênée. D'ici, il n'influencerait pas ses gestes et il pourrait s'en repaître sans la déranger.

Décidé, il laissa ses jambes pendre de chaque côté de sa branche, dissimulées dans les feuillages et il appuya ses avants-bras devant lui, sur l'écorce. Son coeur se mit à battre plus fort entre ses côtes sans raison apparente et il secoua la tête, à demi-souriant. Une joie illicite. A demi-allongé, il ne quittait pas le campement des yeux.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 21 Mai - 13:06

Elle s'était approchée du corps allongé avec lenteur. Pourtant, elle savait que c'était lui, elle aurait reconnu sa silhouette dans la nuit la plus sombre. Il était presque à portée de doigts, quelques centimètres de plus et elle pourrait enfin le toucher. Mais il y a cette odeur... Cette odeur infecte, cette odeur de mort. C'est derrière elle. Elle se retourne mais ne voit rien excepté la porte entrouverte et les rais de lumière qui l'aveuglent. Son regard se porte de nouveau sur la silhouette allongée. Il est recouvert d'une couverture sale et humide. Elle frissonne à l'idée que la vermine puisse grouiller sur son corps. Avec une lenteur irréelle, elle retire la couverture moite jusqu'à ses épaules. C'est lui. Rongé par la maladie, son visage est tellement maigre qu'elle ne le reconnaît qu'à ses yeux noisettes qui la regardent. Ses yeux lui sourient. Espèce d'idiot. La peau de son visage est tendue sur l'os des pommettes. Son corps est en train de pourrir. Elle lit la maladie dans son regard. Un gémissement d'impuissance et de panique s'élève de sa gorge blanche. Elle passe ses mains sur ce visage, le caresse en tremblant, lui murmure des paroles qui s'envolent dans l'air suranné. Mais rien ne change. Rien. Il meurt toujours. Elle est là, mais il meurt.

Vamp sursauta et se réveilla brutalement. Sa chemise trempée collait son dos moite de sueur. Elle reprit goulûment sa respiration, le regard perdu. La brise du matin s'engouffra dans ses cheveux, agressant sa nuque et son cuir chevelu humides. La jeune femme ravala un sanglot avec la maîtrise de l'habitude et déglutit plus calmement. Du calme et de la maîtrise. Elle n'était plus là-bas, elle était sur le territoire de France et la peste ne sévissait pas sur ces terres. Une odeur d'herbe et de feuillus l'enveloppait et elle sentait la rosée sous ses paumes. C'était un simple rêve pourtant elle aurait juré avoir senti cette odeur de mort.

La jeune brune se releva. Ses mains tremblaient. Elle grogna mais se persuada que ce n'était que les conséquences de son jeun de la veille. Tout était silencieux autour d'elle, Ania ne s'était visiblement pas réveillée. Vamp s'en étonna. La petiote était généralement la première levée, sa grande épopée d'hier avait dû l'épuiser. Sans honte, la jeune femme en fut soulagée. Elle n'aurait pas à supporter ses babillages dés le matin et elle était à deux doigts d'en remercier Dieu pour sa généreuse bénédiction. Elle releva ses manches aussi haut qu'elle le put et déboutonna quelques boutons de sa chemise, autant que la décence le lui permettait, avant d'essuyer sa peau avec un peu d'eau fraîche qu'elle avait versé dans le creux de sa main. Vamp avait la sensation poisseuse que la maladie de son rêve s'était imprégnée dans chaque pore de sa peau. Elle voulait s'en laver, s'en purger.

L'eau fraîche sur sa nuque finit de la calmer. Tout allait bien, tout le monde était en parfaite sécurité. Ania dormait et Lin... Lin ?

La gourde tomba au sol et finit de s'y vider. La jeune femme contourna les restes du foyer alors que son regard noir fouillait la place vide. Il n'était pas là. Il avait disparu. Elle s'avança encore de trois pas mais cela ne changea rien : Lin ne fit pas soudainement son apparition, comme par magie, une moquerie toute prête au bord des lèvres pour l'embêter. Sa gorge s'assécha soudainement. Elle fit même un tour complet sur elle-même, comme un chaton perdu.

Violemment, son cerveau se contracta pour lui rappeler par éclairs ce dont elle avait rêvé et la présente absence du jeune homme. Elle se passa une main dans ses cheveux courts pour les ramener en arrière, agacée, alors qu'elle tentait de comprendre. La peste ne faisait pas disparaître les corps. Elle les rongeait et les dévorait, mais ils ne disparaissaient pas du soir au lendemain. Lin allait parfaitement bien quand elle était venue lui caresser la joue dans la nuit. Elle l'avait senti respirer.


Tu es ridicule. Ca ne peut pas être la peste. Calme-toi et agis en personne raisonnée. Réfléchis.

C'était le jour. Anna avait été retrouvée. Le visage de la jeune femme se contracta soudainement. Elle entendait distinctement les paroles du jeune homme raisonner dans sa tête. Il n'avait accepté de l'aider que pour la petite. Pas pour elle. Ni pour gagner quelques heures en plus de sa compagnie. Son visage perdit encore quelques pigments de couleurs. La mission achevée, il était parti. Logique. Pourquoi rester ? Mais elle l'avait embrassé. Et il avait été plutôt réactif à son contact, non ? Alors quoi ? L'embrasser ne signifiait absolument rien pour lui ? Une petite voix lui murmura qu'il considérait peut-être ce baiser comme un paiement de ses services. Vamp cligna des yeux. C'était impossible. Sa raison lui assura que Lin ne ferait jamais une chose pareille, surtout pas envers elle. La seconde raison de la jeune femme renchérit aussitôt. L'ancien Lin ne ferait pas une chose pareille, mais le nouveau ?

Dans tous les cas, le résultat était le même : il était parti. Mais pouvait-elle le blâmer ? C'était tout à fait justifiable. Elle l'avait abandonné, pourquoi serait-il resté ? Ses mains se remirent à trembler. Elle resta planter devant l'endroit où le jeune homme avait passé la nuit, droite et immobile. Elle se frictionnait machinalement les bras, démunie.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 21 Mai - 14:47

Du haut de sa branche, Lin regardait la jeune brune sortir de son sommeil. Un sourcil froncé marquait son inquiétude alors qu'elle bougeait dans tous les sens. Ce n'était pas tout à fait l'attitude qu'il aurait attendue. Il avait imaginé la voir plisser le front sous la lumière du soleil que les ramures laissaient passer entre leurs feuilles, s'étirer longuement comme un chat qui sort d'un sommeil profond et ouvrir des yeux un peu embués sur le monde qui l'entourait. Il n'avait pas pensé qu'elle s'agiterait autant.

Le second sourcil rejoignit le premier alors qu'elle sautait sur ses pieds. Un sursaut en guise de réveil, ça n'avait rien de normal. Il se redressa sur sa branche, les deux mains posées sur l'écorce. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Il détailla avec plus d'attention son attitude et fut surpris de la voir se passer de l'eau sur le corps, comme si elle avait trop chaud. Elle semblait nerveuse. Ses gestes trahissaient sa fébrilité et il décelait nettement la raideur de son cou, libre de ses mèches. Une vague de réminiscences frappa alors son esprit et il en entrouvrit les lèvres de surprise. Un cauchemar. Elle avait fait un cauchemar. Il ne voyait que ça qui expliquerait cette singulière attitude.

Il songea qu'elle ne voudrait peut-être pas qu'il apparaisse maintenant, persuadé que sa fierté l'emporterait sur son angoisse. Il enclencha ses mâchoires malgré lui et se mordilla la joue comme à son habitude. Elle n'était pas bien mais il n'osait pas descendre la voir. Elle le détesterait de l'avoir vue ainsi, il en était persuadé. Elle lui ré-assènerait ce qu'elle lui avait déjà dit et il ne voulait pas l'entendre à nouveau. Il se passa une main sur le crâne, ébouriffant ses cheveux pour essayer de trouver la bonne marche à suivre. Comment l'approcher sans qu'elle ne se sente dénudée ?

Le mouvement de la jeune femme le tira de ses pensées et il dut se pencher pour voir où elle allait. A l'exacte place où il se trouvait. Le front de l'ancien barbu se barra d'un pli perplexe, de moins en moins sûr de l'attitude de la brune. Ou alors était-ce son absence qui l'inquiétait ? Elle avait voulu le voir partir, elle ne voulait le suivre pour rien au monde, pourquoi serait-elle inquiète qu'il soit parti ? Un éclair fusa derrière ses rétines, lui rappelant sa douceur nocturne. Peut-être avait-elle vraiment fait marche arrière ?

Il soupira, exaspéré. S'il n'était pas capable d'arrêter de se poser des questions, il allait moisir sur cette branche et devenir aussi organiquement immobile qu'elle. Il se releva donc avec aplomb et sauta à terre. Ses pieds au sol ne laissèrent s'élever qu'un faible son mat alors qu'il s'accroupissait pour amortir le choc. Il était dans son dos et il pouvait deviner sa nuque juste au-dessus de son col. S'il n'avait pas été si tendu, il aurait souri. Il adorait sa nuque. Plus encore quand il devait écarter les mèches sombres qui la couvraient pour découvrir la peau laiteuse.

Il se redressa silencieusement, ses yeux n'ayant pas quitté la colonne vertébrale de la jeune femme. Maintenant, l'approcher. Ne pas l'affoler. Il jeta un oeil à l'enfant endormie et hocha la tête, comme pour lui-même. Tout allait bien, seule la jeune femme s'inquiétait. Il s'approcha alors lentement d'elle, pensant qu'on affolait moins un animal sauvage si on ne s'agitait pas. Sauf que Vamp n'était pas un animal sauvage. Et qu'elle ne le voyait pas. Il s'arrêta derrière elle, à quelques pas à peine quand il prit conscience de l'absurdité de ce qu'il faisait.

S'approcher à pas de loup dans le dos de quelqu'un signifiait plus qu'on voulait le surprendre que le rassurer. Être silencieux alors qu'on veut signifier sa présence est aussi absurde que porter des braies rouges pour se fondre dans une forêt. Il grimaça et recula d'un pas, une main nerveuse passée à sa nuque. Imbécile. Il se racla la gorge, mal à l'aise.


Ahem. Bonjour …
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 21 Mai - 15:54

La jeune femme sursauta et se retourna d'un bloc. Les lèvres entrouvertes, les yeux écarquillés, elle restait incapable du moindre geste en direction de l'ancien barbu. Toutes ses réflexions antérieures quelques minutes plus tôt fondirent à l'instant même où ses yeux noirs se posaient sur ce visage. Vamp franchit aussitôt l'espace qui le séparait du jeune homme pour poser ses mains avec délicatesse sur son visage. Elle voulait s'assurer qu'il allait bien, qu'il n'était pas malade et que sa respiration était régulière. Il était tout proche d'elle, assez pour qu'elle puisse compter ses cils un par un. Elle caressa la peau de son visage une longue minute, l'une de ses mains glissant même jusqu'à son cou pour s'assurer que tout allait bien. Il n'y avait ni convoitise ni désir dans les yeux de la jeune femme, juste une peur et une anxiété qui voilaient le noir de ses iris.

Enfin, elle déglutit et laissa retomber ses mains le long de son corps, un soupir de soulagement lui échappant. Lin n'était pas malade. Non, bien sûr, puisque la peste était derrière elle, loin, et qu'elle ne toucherait jamais le jeune homme. Jamais. Son visage se décontracta alors qu'un petit rire de soulagement l'illumina un bref instant. Il était bien là, bien vivant. En bonne santé. Même pas un peu fatigué.


Il est là.

Mais c'était vrai. Il était là. Il n'était pas reparti pour la ville en les laissant. Il ne l'avait pas abandonnée. La voix de la jeune femme s'éleva dans un souffle. Si Lin n'avait pas été si près, elle aurait douté qu'il entende quoi que ce soit de ses paroles.

- Tu... Tu es resté. Je croyais que tu étais parti. Je pensais, comme nous avons retrouvé Anna, que tu étais retourné à la ville. J'ai cru que tu étais parti sans me dire au revoir pour te venger... Je veux pas que tu partes, je...

Ses sourcils se froncèrent. Que faisait-il dans son dos ? Perplexe, elle regarda un moment autour d'elle en laissant le jeune homme en plan, avant de lever les yeux sur les arbres. Mais bien sûr... Les arbres. Le rouge lui monta aux joues – et ce n'était pas le rouge de la honte. Elle avait rêvé sa mort, ne l'avait pas trouvé à son réveil, s'était inquiétée comme une idiote et pendant tout ce temps-là, il état perché juste au-dessus d'elle. Vamp oublia tout. Elle oublia les trois années d'absence. Elle oublia qu'ils n'étaient plus un couple. Elle oublia que Lin ne lui devait aucun compte. Tout ce qu'elle avait en tête, c'était la peur de l'avoir perdu pendant qu'il prenait du bon temps dans les branches.

Elle explosa. Sa voix tremblait, son corps tremblait et ses yeux immolaient. Sa voix allait crescendo, décibel par décibel.


- Tu... Tu étais là-haut ?! Tu... Bordel de dieu, LIN !!! Je m'endors et toi tu vas batifoler dans tes feuilles !! On ne t'a jamais appris à prévenir les gens ? Tu... Tu... Espèce de... Tu aurais pu me laisser un mot !! Ou... ou... Ou me réveiller ou même laisser quelque chose qui ne me fasse pas penser que tu sois parti !! Espèce de... de... On ne laisse pas les gens comme ça !! Est-ce que t'as la moindre idée de ce que j'ai pu ressentir ?!!  Tu-tu-tu... Tu... ESPECE DE PEGU !!

Elle se redressa de toute sa haute taille, cherchant sans succès à le dépasser, les poings serrés. Son pied partit de lui-même. Ce n'était pas un vrai coup de pied : la pointe de sa botte se contenta de rebondir mollement contre le tibia du jeune homme. Vamp tremblait trop pour avoir une quelconque puissance dans les membres. Son coup de pied ressemblait plus au mouvement d'une gamine boudeuse que de quelqu'un qui cherche à faire mal.

- Espèce de cervelle de... de... de paysan mal fichu !!

La jeune femme se redressa de toute sa taille, très fière de l'insulte qu'elle venait de lui trouver et lui lança un regard de défi.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 21 Mai - 16:20

Il posa ses yeux sur elle avec calme. Il n'y avait rien à craindre, il était là, elle ne pourrait pas le taxer de fuite. Il n'avait qu'à attendre qu'elle ait intégré sa présence pour aller la rassurer et lui dire que tout allait bien. Il voulut lui sourire avec douceur mais elle était déjà si proche de lui qu'il se l'interdit. S'il ouvrait la bouche, il sentait son souffle. S'il sentait son souffle, il voudrait le partager. S'il voulait le partager, il l'embrasserait.

Il se tint donc immobile le temps qu'elle l'inspecte, avec une fixité qui relevait presque de la statue. Il avait vu dans ses yeux qu'elle était inquiète pour lui et il ne voulait pas l'empêcher de faire disparaître ce voile angoissé de ses iris. Dans quelques instants, elle verrait qu'il n'avait rien et elle laisserait ses épaules se détendre.

Il fut cependant surpris par ses paroles. Elle ne voulait pas qu'il parte ? Mais elle ne voulait pas le suivre pour autant. Alors quoi ? Elle voulait encore partir d'elle-même peut-être. Il chassa cette idée d'un revers de tête. Il aimait de moins en moins cette idée et il songeait qu'elle devrait au moins le supporter jusqu'à ce qu'il les ramène en ville, elle et sa nièce. Il n'avait pas pour habitude de bâcler le travail. Et ce travail-là, tout du moins ce qu'il pensait l'être, était plus cher à ses yeux que les escortes qu'il avait pu être amené à effectuer antérieurement.

Il allait l'interrompre dans son tour quand sa voix vibra à ses oreilles. Eberlué, il écarquilla les yeux sous la montée qu'observait son ton. Elle s'énervait ? Ses lèvres s'entrouvrirent de surprise et il écouta ce qu'elle lui disait, aussi muet qu'une taupe. Il s'attendait à tout sauf à ça et il la regardait s'échauffer comme on regarderait un phénomène surnaturel. Ses joues se coloraient petit à petit et elle eut bientôt l'air tellement en colère qu'elle en paraissait comique. Il voulut rire. Ses lèvres s'ourlèrent lentement alors que sa pomme d'Adam s'abaissait, prémices d'un éclat de rire.

Pourtant, il fut stoppé net par la sensation de son pied boudeur contre son tibia. Elle passait aux actes. Les yeux de l'ancien barbu se plissèrent alors qu'ils ne la lâchaient pas, concentrés. Elle cherchait visiblement quelque chose à lui rétorquer mais l'inspiration semblait lui manquer. Il esquissa un sourire narquois alors qu'elle peinait à desserrer les lèvres, sûr qu'elle se tairait.

Paysan mal fichu ? Elle … Elle osait ? Il grogna avec détermination alors qu'il se redressait à mesure qu'elle le faisait. Finalement, il resta ces quelques centimètres qu'il avait en plus et il ne se priva pas de les lui prendre, achevant de se tenir droit une seconde après elle, preuve de sa domination de taille. Son sourire s'élargit, railleur et il croisa les bras face à elle, étrangement calme.

Cervelle de paysan mal fichu. Ah ouais ? T'aurais pu trouver mieux.

Il desserra alors les bras, avec la lenteur de l'assurance et entreprit de se défaire de sa chemise dans un geste le plus naturel qui soit. Ses doigts firent voler le noeud qui maintenait le lien serré sur son torse et agrippèrent le col. Une pression sèche sur le tissu l'envoyer balader sur la tête du jeune homme avant qu'il ne la retire précautionneusement de ses bras. Il l'attrapa finalement par les épaules et la posa, pliée en deux, sur une de ses épaules.

Voire, plus adapté.

Il se tâta un bras avec l'air de ne pas y toucher, feignant une évaluation de maître, les sourcils plissés.

Hm oui, un paysan qui a bien travaillé aux champs alors. Longuement. Et régulièrement.

Il se grattouilla le torse du bout des doigts, l'air plus calme qu'il ne l'était vraiment et fléchit une de ses jambes sous son poids, nonchalamment appuyé face à elle. Par cette légère flexion, il faisait exactement sa taille. Son regard trouva le sien et la défiance qui s'y lisait contrecarrait aisément le défi de celui de la brune.

Il avait pris du muscle depuis ses bagarres d'ivrogne et il le savait. S'il n'avait jamais été une montagne musculaire, sa sècheresse ne faisait qu'accentuer le contour de ses muscles et il avait conscience que sa carrure était bien plus imposante que trois ans auparavant.

Il estima cependant qu'il avait suffisamment défendu son titre pour se rhabiller sans rouler des mécaniques. Il effectua pourtant une rotation d'épaule exagérée alors qu'il renfilait le tissu blanc. Toujours aussi calme, il épousseta ses épaules revêtues et se replaça face à la jeune femme, un pas plus près. Grâce aux quelques centimètres qui lui conféraient cette ascendance particulière, il inclina légèrement le visage pour venir donner un petit coup de front sur celui de la jeune femme, comme un adolescent mal luné ferait à un camarade mal emmanché. De l'insolence de la jeunesse.

Pâle nobliote, va.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 21 Mai - 17:22

La jeune femme pinça ses lèvres si fort que leur blancheur se confondit bientôt avec le reste de son visage. Il la dominait. Clairement. Elle maudit ces quelques centimètres. Elle était obligé de lever les yeux pour continuer à soutenir son regard et impossible de le détourner, il prendrait cela pour de la faiblesse. Mais le pire restait à venir. Il lui sourit. Vamp s'étouffa de colère. Il se moquait d'elle ! Elle voulait lui faire peur, pas l'amuser !! Une réplique acerbe au bout des lèvres, elle fit un pas de plus, prête à en découdre. Mais son geste la déstabilisa et elle s'immobilisa, éberluée.

Vamp déglutit. Il se... déshabillait ? Incertaine, elle recula d'un pas prudent mais son regard ne perdait pas une miette du décor. Ce n'était pas n'importe quel corps. C'était celui de Lin. Celui qu'elle avait caressé durant des mois et des mois. Celui qu'elle avait goûté du bout de la langue. Celui qu'elle avait mordillé pour le faire réagir. Elle était assez près pour reconnaître la moindre perfection, la moindre courbe, le moindre creux. Sa colère se refroidit aussitôt et ses yeux clignèrent quelques instants. Il y avait même certains galbes et certaines routes sinueuses qu'elle ne connaissait pas... Ses lèvres s'entrouvrirent alors que ses yeux se levèrent pour trouver ceux du jeune homme. Elle n'écoutait même pas ce qu'il lui disait. Elle voulait juste que ces bras se referment sur elle et que sa joue puisse s'endormir contre ces pectoraux. Le corps de Lin. La jeune brune s'obligea à secouer la tête mais rien n'y fit. Le désir brûlait toujours dans l'obscurité de ses yeux. Cette envie l'obligea à s'avancer d'un pas.


- Tu...


Son assurance s'était totalement envolée. Elle ne savait même plus pourquoi elle s'était emportée. Elle ne voyait que ce corps, face à elle, à portée de lèvres.

Mais un rideau blanc vint occulter cette vision qui la poussait dangereusement vers la luxure. Un grognement de protestation lui échappa. Elle en rougit d'embarras et se racla la gorge pour tenter de cacher le sens premier de ce grondement. Il avait clairement gagné cette partie.

Vamp le laissa s'approcher sans broncher. Elle n'avait plus très envie de se battre ou de gagner. Elle voulait quelque chose de bien différent qui brûlait dans le creux de ses reins. Mais un mot ralluma la flamme dans ses yeux. Son dos s'arqua, outré. Bien qu'elle restait plus petite que lui, elle se redressa autant qu'il lui était possible de l'être et vient taper son épaule de la sienne.


- No... Nobliote ? Nobliote ?!


Vamp jeta un regard assassin au jeune homme. Elle était prête à en découdre. Ses lèvres s'approchèrent des siennes pour lui souffler très lentement, mielleuses :

- Nobliote peut être... Mais moi je n'ai pas à te montrer mes cuisses pour gagner...

Le prenant en traître, elle glissa souplement son pied derrière le sien et poussa son corps vers l'avant pour faire chuter le jeune homme. Elle ne sut trop vraiment comment elle réussit, mais elle réussit. Profitant de la surprise occasionnée par son geste, elle grimpa littéralement sur l'ancien barbu. Vamp l'escalade sans pudeur, se débattant comme une garce pour garder sa place de dominante. Les cheveux dans les yeux, elle tenta de coincer la taille du jeune homme entre ses genoux tout en essayant de le maîtriser. Une de ses mains cherchait à attraper l'un des poignets de Lin pendant que l'autre faisant pression contre son épaule pour l'emprisonner fermement contre le sol. Elle poussa un léger cri aigu tout en se débattant contre la force du jeune homme, appuyant de tout son poids sur son corps, bien décidée à ne pas lâcher le morceaux. Mais elle appuya trop fort et la paume de sa main glissa de l'épaule qu'elle cherchait à emprisonner pour s'enfoncer dans l'herbe, au niveau du visage du jeune homme. Son corps s'affaissa un instant sur le buste de Lin mais, vive, elle se redressa maladroitement en cherchant une nouvelle prise.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 22 Mai - 10:08

Il savait qu'il ne lui en faudrait pas plus pour qu'elle soit piquée. D'autant plus qu'elle était partie pour sa famille, ce qu'elle appelait son sang et qui l'avait poussée à laisser l'ancien barbu derrière elle sans un regard. Il ne doutait pas que sa fierté devait être en jeu et il esquissa un sourire narquois en la voyant s'offusquer. Evidemment. Une pointe d'agacement se logea pourtant dans son torse en songeant que ce rang l'avait plus importé que lui, quelques années auparavant. Il allait enfoncer le clou par pure vengeance mais elle le prit de court alors qu'il ouvrait la bouche pour asséner un revers bien senti.

Ses sourcils se levèrent à son geste et il n'eut pas le temps de comprendre ce qu'elle comptait faire. Il s'étala au sol dans un bruit mat, un hoquet de surprise lui échappant sous le choc. C'était déloyal ! Il resta un instant éberlué, la jeune femme le dominant de son corps. Il plissa les yeux, le regard mauvais et secoua la tête. Il n'allait pas se laisser faire comme ça. Il commença alors à s'agiter sous elle, battant des jambes dans le vide pour la déséquilibrer.


Tu t'en sers quand même, de tes cuisses ! C'est pas réglementaire comme attaque ça !

Il profita du raté de la brune pour lui saisir le poignet et lui ramena vivement le bras autour de la poitrine. A moitié enroulé autour du buste blanc, le bras entravait sa propriétaire qui commençait à gigoter au moins autant que Lin. Celui-ci se montra réactif et poussa du coude le buste de la jeune femme pour la faire basculer sur le côté. Le bras qu'il maintenait contre elle l'empêchait de se retenir et il parvint à la faire chuter avec satisfaction. Il pouvait aisément se redresser alors mais il estimait qu'elle ne méritait pas la trêve. Elle voulait jouer les déloyales, il n'allait pas entrer dans les règles.

Roulant au-dessus d'elle, il campa ses genoux de chaque côté du corps allongé et entreprit de lui ébouriffer les cheveux consciencieusement. Bien plus courtes qu'il ne les avait connues, les mèches suivirent souplement les mouvements de ses doigts et il prenait un malin plaisir à les ramener sur le visage de la jeune femme, lui obstruant les yeux, les narines et même un peu les lèvres quand il y parvenait. Au bout de quelques secondes de lutte pour l'empêcher de faire, elle finit par ne plus rien voir, le visage recouvert de mèches brunes en tout sens. L'ancien barbu eut un large sourire ravi de l'effet et leva des poings triomphants qu'elle ne pouvait pas voir.


Tiens, dans ta face la nobliarde !

Il oublia cependant qu'elle était parfaitement libre de ses bras. Dans l'agitation, Vamp battait des bras et l'un de ses poings vint s'écraser dans les côtes du jeune homme. Il ouvrit de grands yeux surpris et se pencha brusquement, grognant. C'est que ça faisait mal !

Hé mais …

Il n'eut pas le temps de finir, l'autre poing heurta le côté qu'il ne protégeait pas et il n'eut d'autre choix que de s'écrouler de nouveau sol, déstabilisé par l'énergie de la brune. Visiblement, elle ne comptait pas se laisser faire non plus. Il voulut lui échapper en roulant un peu plus loin mais elle fut plus vive que lui, reprenant sa place avec dignité. Il comprit qu'elle cherchait à emprisonner ses poignets à nouveau et il grogna de protestation, les agitant en tout sens pour qu'elle n'y parvienne pas.

Il fallait qu'il trouve une solution. Un coup sec l'enverrait bouler plus loin mais il avait conscience que sa force dépassait ce qui était nécessaire. Certes, il était assez puissant pour la repousser d'un coup de boule bien placé ou d'une droite bien envoyée. Mais il n'allait pas non plus lui taper dessus.Ses jambes s'arquèrent pour coincer celles de la jeune femme et gêner ses mouvements. Au moins n'avait-elle plus que ses bras, bien faibles face aux siens. Ses yeux cherchaient pendant ce temps-là un objet, un vêtement, quoi que ce soit qui pourrait l'aider à lier les mains de Vamp pour l'arrêter. Il jeta un oeil à droite. Rien. Il n'avait pas d'affaire, il ne trouverait rien de ce côté-là. Il tourna alors la tête pour regarder à droite. Rien non plus. Rien ?

Ses yeux captèrent un mouvement et il releva le regard sur la petite silhouette qui se tenait debout à quelques pas d'eux, défaite de sa couverture et les yeux fixés sur eux. Il ouvrit de grands yeux surpris. Anna. Il l'avait complètement oubliée.


Oh ! Ania !

Il voulut se relever au plus vite mais il était cloué au sol par la brune. Il ne put que se redresser sur ses coudes, feignant un air de décontraction totale et hocha légèrement la tête, cherchant quoi dire.

Heum… On … euh … Héhé.

Il jeta un oeil à celle qui le surplombait, comme si la réponse se trouvait sur son visage avant qu'un éclair de génie passe dans ses yeux. Vif, il reporta son attention sur l'enfant, l'air un peu plus assuré.

On s'entraîne avec tiotia. Pour être sûrs d'être prêts si une bête sauvage voulait te prendre en guise de petit-déjeuner, tu vois ?

Il s'affala de nouveau sur le dos pour libérer ses bras et donna de faux coups de poings dans le ventre de la brune.

Hein tiotia ?
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 22 Mai - 13:31

La lutte l'agaçait. Pourquoi ne déclarait-il pas tout simplement forfait ? Vamp était extrêmement mauvaise joueuse. Elle détestait perdre et encore plus devant le jeune homme, même si elle était à l'origine de ces enfantillages. La jeune femme ne compta pas précisément le nombre de fois où il avait réussi à la faire rouler dans l'herbe mais des brindilles restaient accrochées dans ses cheveux et elle sentait quelques herbes sèches gratter son cou. Elle avait tapé, grogné, soufflé. Mais la fatigue commençait à lancer ses muscles. Elle perdait clairement du terrain.

Ses gestes étaient complètement désaccordés. Elle ne voulait pas réfléchir, elle voulait gagner.  Le jeune homme était fort. Elle pouvait sentir la puissance de son corps qu'il retenait sous le sien. S'il le voulait vraiment, elle savait qu'il pourrait la soulever sans problème et se débarrasser d'elle. Vamp le soupçonnait de s'amuser de la situation autant qu'elle-même commençait à le faire. Ses poings tapèrent soudain au niveau des côtes du jeune homme et elle reprit l'avantage. Avec un cri de victoire, elle chercha à l'immobiliser le mieux possible, un sourire commençant à naître sur son visage essoufflé. Mais un pli se dessina bientôt entre ses sourcils noirs. Ses jambes ne répondaient plus, quelque chose semblaient les retenir. Vamp jura, perdit l'équilibre et tomba à demi sur le corps agité du jeune homme.


- Espèce de traître !! Lâche mes jambes !

À court d'idée, la jeune femme choppa l'oreille de Lin entre ses dents et tira vers le bas, cherchant, littéralement, à lui faire tordre le cou. Ses dents ne s'étaient pas enfoncées trop profondément dans la chair du jeune homme, elle ne cherchait pas à lui faire mal, juste à lui rendre la tâche plus compliquée.

- 'èch que tu vas m'lacher oui ??!!!


Elle tira plus fort sur le cartilage de son oreille mais un prénom l'obligea à lâcher sa prise. Vamp se retourna pour constater que la petiote était bien éveillée et la regardait de ses grands yeux noirs. La jeune femme resta un moment immobile, trop étonnée pour réagir. Ses cris avaient dû la réveiller. À l'aveuglette, elle écrasa sa paume contre les lèvres du jeune homme pour l'empêcher de parler avant de s'adresser précipitamment à la petite dans leur langue natale. Le débit était précipité mais on reconnaissait parfaitement les noms « Lin » et « tiotia ».

Ania ouvrit grand les yeux avant de les river sur le jeune homme. Peu à peu, son visage s'embrassa de rouge, commençant par ses oreilles et s'étalant sur ses joues d'enfant. Elle ressemblait traits pour traits à sa tiotia quelques minutes plus tôt quand Lin l'avait traitée de nobliote. Ses lèvres tremblèrent, comme si elle allait pleurer... avant de s'ouvrir pour laisser passer un véritable cri de guerre. Elle courut vers eux avec une lueur meurtrière dans les yeux. Ania l'escalada avec détermination pour s'étaler de tout son petit poids sur les jambes du jeune homme. Elle était implacable et lança un regard de défi à l'ancien barbu.

Vamp éclata de rire. Son sourire était lumineux et éclaira son visage d'une joie simple mais sincère.  Elle en était presque jolie. Amusée, ses mains emprisonnant le jeune homme et ses jambes toujours captives par ce dernier, elle s'allongea sur son buste, essoufflée par sa lutte antérieure et son soudain éclat de rire. L'ombre d'un sourire planait encore sur ses lèvres mais il n'y avait plus ni colère ni désir de jeu dans ses yeux, juste un bonheur simple qu'elle semblait savourer avec soin.  Ania emprisonnait le bas de son corps et elle le haut. Pourtant Vamp savait qu'il pourrait aisément se libérer d'elles s'il le voulait vraiment. Mais la bagarre originelle venait plus de se transformer en chamaillerie de famille. Son regard croisa celui de l'ancien barbu mais elle le soutint sans timidité. Vamp sentait les battements de cœur du jeune homme taper contre sa poitrine et son torse se soulever au rythme de sa respiration. Elle se figea un instant avant de sourire avec malice, amusée.


- Il ne faut pas fâcher les femmes de la famille... Tu devrais le savoir !

La jeune femme hésita un court instant avant de se pencher et de déposer ses lèvres dans le creux de son menton. Ce fut un bisou minuscule qui avait osé naître le temps d'un clignement de cil. Puis tout aussi rapidement, Vamp se leva. Le dos tourné au jeune homme, elle entreprit de retirer les quelques herbes qui étaient encore accrochées à ses mèches noires.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Ven 23 Mai - 13:55

La gamine ne dut comprendre qu'un bafouillement étouffé aux mots de Lin. La main de Vamp plaquée contre sa bouche avait écrasé les mots qui en sortaient et il avait remué les lèvres contre la chair blanche, surpris par le contact bien plus épais que celui de l'air. Étendu au sol, il regardait la jeune femme déblatérer il ne savait quoi avec empressement, les sourcils levés, perplexe. Qu'est-ce qu'elle lui racontait ? Il avait clairement compris son nom et il avait cru entendre tiotia, peu sûr de la sonorité mêlée à toutes celles qui lui échappaient.

Il reporta son attention sur l'enfant une fois les lèvres de la brune refermées, comme on guette une réaction après avoir lancé une répartie un peu trop cinglante. Le regard de la petite laissa une désagréable impression dans le torse de l'ancien barbu et il fronça les sourcils malgré lui. Ca ne sentait pas bon. Pas bon du tout. Si elle le foudroyait du regard alors qu'ils étaient fiancés, c'est que Vamp n'avait rien dû dire en sa faveur.

Il en fut convaincu quand le petit corps heurta ses jambes et qu'elle s'aplatit sur ses genoux. Ce n'était ni puissant ni douloureux mais tout à fait agaçant. Un grognement échappa au jeune homme alors qu'il sentait ses jambes libérer celles de la jeune femme. Prises par les bras de la fillette, elles ne lui étaient d'aucune utilité et il avait bien trop peur de l'assommer d'un coup de pied pour oser se débattre. S'il avait été mal luné, il aurait poussé un long soupir exaspéré avant d'envoyer bouler les deux corps qui le couvraient d'un roulement finement opéré.

Mais il n'était pas mal luné. Le rire qui s'était élevé de la gorge blanche avait résonné à ses oreilles avec une chaleur qu'il n'avait pas assez connue ces dernières années et il ne voulait pas s'en passer. Un vague sourire au coin des lèvres, il détacha son regard de la petite et leva les yeux sur la plus grande des deux, prenant un air dépité presque bien imité.


C'est comme ça que ça s'éduque, la noblesse ? Les valeurs se perdent …

Il laissa reposer sa tête au sol, comme s'il abdiquait. Ses bras le démangeaient fortement et il ne parvenait pas à endiguer le flux qui les parcourait avec insistance. Il avait envie de passer ses bras autour de sa taille en se redressant et de prendre la jeune femme tout contre lui, le temps d'une étreinte. Mais il n'en avait pas réellement le droit, songeait-il. Il posa donc ses doigts contre la terre avec vigueur et se résolut à ne pas la toucher.

Elle le fit pour lui, juste avant de se relever. Il n'avait pas pu empêcher le sourire qui montait à ses lèvres de les étirer légèrement et fut soulagé qu'elle lui montre son dos. Au moins ne verrait-elle pas quel fondu il était à ce moment-là.

Ses yeux se reportèrent alors sur l'enfant, toujours agrippée à ses jambes. Elle avait l'air déterminée à ne pas le lâcher et l'ardeur de ses doigts dans ses mollets arracha une grimace à l'ancien barbu. Elle serrait fort. Jusqu'aux ongles. Il se redressa, assis et gigota des jambes.

Anna, lâche ça. Tiotia m'a lâché, suis le bon exemple.

Il voyait qu'elle ne voulait pas se laisser écarter aussi facilement et il plissa les yeux, feignant de se prendre au jeu. Sa main s'approcha lentement de la petite et se posa sur un de ses petits poignets blancs, l'entourant sans peine. Il secoua le bras de l'enfant - bien plus doucement qu'il ne le pouvait - pour tenter de lui faire lâcher prise. Au vu de l'échec de la technique, il posa deux doigts en forme de bonhomme à la verticale sur la peau laiteuse et entreprit de remonter le long du petit membre.

Si, tu, ne, lâ, ches, pas, tu, vas, te, faire …

A chaque pas du bonhomme, il donnait une syllabe de la phrase. C'était une femme de sa famille avait dit Vamp. Il ne doutait pas qu'elle soit sensible aux chatouilles. Il était persuadé que c'était un caractère de sang. Arrivé à son épaule, sa main fusa contre son cou, agitant ses doigts au creux de son cou en un fourmillement insupportable.

Manger !

Il libéra ses jambes d'un coup sec pour s'accroupir agilement, surplombant la gamine. Son autre main vint seconder la première et il se mit à chatouiller la fillette avec application, agrémentant chaque changement de zone cible d'onomatopée de bête férocement sauvage. Il grognait autant qu'il agitait ses doigts, il la chatouillait autant qu'il imitait un ours mal léché. La simplicité de l'instant le frappait et il voulait en profiter du temps qu'il le pouvait. Il allait devoir retourner aider Lars et il ne doutait pas que Vamp allait reprendre la route. Elle ne semblait pas avoir pour idée de rester. Elle ne l'avait pas présenté à l'enfant, ni à son autre compagnon de route, elle l'avait même rejeté sous leurs yeux.

Une étrange tristesse l'envahit à la pensée qu'elle songeait à repartir et il suspendit ses gestes désordonnés, le regard absent un instant. Le silence qui suivit le rire de la fillette le ramena à la réalité et il attrapa le petit corps pour l'emprisonner fermement entre ses bras, les poignets de l'enfant gentiment maintenus dans son dos, comme un prisonnier. Il amena sa bouche au côté de son visage et fit mine de comploter avec elle.


Si tu veux la vie sauve, tu me traduis ce qu'a raconté ta tiotia. Sinon, je me ferais une joie de te rôtir à la broche.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Ven 23 Mai - 17:40

Ania gardait fermement les genoux du jeune homme collés à son buste. De ce qu'elle avait pu voir, tiotia avait été assez forte pour le renverser sur l'herbe et la petiote était bien déterminée à prouver qu'elle aussi avait de la force. Aussi, même lorsque la jeune femme se releva, Anna ne bougea pas d'un pouce, resserrant les jambes de Lin avec plus de force. Son regard enfantin le défiait sans pudeur, sûr et fier. Ses yeux suivaient chacun de ses mouvements comme un chat attentif au moindre frétillement et prêt à sortir les griffes. Aucune des techniques du jeune homme ne fonctionna et Ania en fut très fière. Elle était une vraie guerrière, rien ne pouvait l'ébranler.

Pourtant le bonhomme qu'il forma avec ses doigts l'alarma. Elle connaissait parfaitement la tactique : tiotia la lui faisait endurer toutes les semaines pour l'obliger à se lever tôt. Ania se tortilla maladroitement, cherchant à échapper à l'ascension des doigts tout en gardant les jambes du jeune homme contre elle. Mais un rire se coinça presque aussitôt dans sa gorge alors que son fiancé n'avait pas même commencé les chatouilles. Elle sursauta avec un petit cri de ravissement avant d'éclater de rire sous les fourmillements qui parcouraient sa peau. La petite essaya de repousser les doigts traîtres, sans grand succès alors que des hoquets de rire secouaient son buste. Vamp se retourna, alertée par ces éclats et le coin de ses lèvres remonta en un sourire. Un nuage de nostalgie glissa comme un brouillard devant ses yeux. Elle avait toujours adoré lorsque Lin jouait ainsi avec elle. La jeune femme s'obligea à chasser ce passé qui la hantait et leur tourna le dos pour ranger ses affaires dans sa besace. Ils allaient bientôt devoir se séparer, c'était inutile de revivre virtuellement un bonheur qui ne serait plus.

Un second cri de ravissement s'éleva dans la clairière. Anna s'amusait comme une petite folle, très égayée par la mimétique et les bruitages du jeune homme. Ses joues avaient pris une couleur rosée et un grand sourire illuminait son visage de spectre. Elle avait une confiance aveugle en son fiancé et le laissa l'emprisonner. Trop essoufflée pour se débattre, la petiote se contenta de secouer la tête.


- Tu peux pas m'manger... Je suis ta chérie !

Confiante en ce raisonnement infaillible, elle feint de résister quelques secondes sous la menace des crocs du jeune homme. Mais elle voulait continuer de jouer. Elle se pencha et chuchota sur le ton de la confidence tout en lui jetant un regard sévère qui ne plaisantait pas.

- Tiotia, elle a dit que tu l'avais appelée « nobliote ». Que c'était une moquerie parce que toi, bah t'es un paysan et tu penses qu'on sait faire que des choses de nobles alors que c'est trop pas vrai. Tu vois, on t'a battu et t'as mangé la poussière ! T'façon tu peux pas gagner contre tiotia. Mais c'est pas grave, j'accepte tes excuses.

Ania le couva d'un regard maternel et protecteur, comme si elle lui faisait une immense faveur que de lui accorder son pardon. Elle regarda attentivement le jeune homme avant de continuer, à haute voix cette fois.

- Dis Lin... Parfois, quand tu es là, tiotia elle rit. Est ce que tu vas rester avec nous ?

Elle attendait une réponse, les yeux brillants d'impatience et d'espoir. Lin s'avérait être un super fiancé et un très bon compagnon de jeu. Et tiotia était heureuse quand il les accompagnait. Mais ce fut justement la voix de tiotia qui brisa l'instant. Vamp était intervenue sans réfléchir. Elle avait trop peur de la réponse qu'allait donner Lin à la petite pour réussir à l'entendre. Elle ne voulait pas connaître la réponse.

- Fini de jouer. Il est temps de rentrer, Diadia doit s'inquiéter. Va enfiler ton manteau.

- Mais il gratte !!

- Je sais.


Anna ronchonna mais obéit, comme d'ordinaire. Elle écoutait toujours ce que la jeune femme lui disait. Elle était beaucoup plus capricieuse lorsque c'était Fenrir qui devait la surveiller. Vamp la suivit du regard, plus pour éviter d'affronter les yeux du jeune homme que pour vérifier qu'elle suivait bien son ordre. Anna revint bientôt en boudant. Vamp s'accroupit et ferma consciencieusement les boutons du manteau, attentionnée, avant de déposer un baiser sonore sur le front blanc.

- Tu es moche quand tu boudes.

Vamp se redressa et regarda enfin le jeune homme dans les yeux. Un petit sourire malicieux vint ourler ses lèvres et sa voix s'éleva, taquine.

- Tu vas avoir deux femmes pour t'escorter jusqu'à la ville... N'es-tu pas le plus heureux des hommes ?

Ils se mirent en route. Vamp avait une démarche anormalement lente. Elle n'avait donné le signe du départ que pour échapper à la réponse de Lin. Voir les remparts de la ville était bien la dernière chose dont elle avait envie. Elle laissa Ania marcher fièrement en tête de leur troupe pour rester au niveau du jeune homme. Elle ne savait pas quoi dire. Elle avait parfaitement conscience du corps de Lin, juste à ses côtés. De la façon dont il se déplaçait, le bruit que faisait la végétation en caressant ses mollets ou la balancement de ses bras. Le corps de la jeune femme dérivait parfois jusqu'à ce que son bras touche « malencontreusement » celui du jeune homme. Mais ce n'était que des accidents, n'est-ce-pas ?

Mais le chemin s'étrécit et Vamp dut marcher devant le jeune homme, sur les pas d'Ania. Elle sentait que chaque foulée les rapprochait de la ville et la rapprochait, elle, de l'instant où elle devrait faire ses adieux à l'ancien barbu. Elle avait envie de hurler. Les deux silhouettes blanches débouchèrent dans une nouvelle clairière. Une de plus et ils seraient de nouveau au cœur de la civilisation. La jeune femme n'entendait plus les pas de Lin dans son dos mais ne s'en inquiéta pas outre-mesure. N'importe quoi avait pu le retarder. Elles avaient presque traversé entièrement la clairière lorsqu'Ania se retourna pour les regarder. Un hoquet de peur la stoppa net. Vamp faillit lui rentrer dedans et posa une main sur la frêle épaule pour la faire reculer d'un pas et éviter ainsi de bousculer la petite.


- Quoi ?


L'épouvante qu'elle lut dans les yeux de sa nièce lui fit peur. La jeune femme se retourna vivement, cherchant Lin du regard dans une vague de panique instinctive. Elle se figea dans la seconde. Elle sentit tout son sang se retirer, ses veines, la plus infime de ses veines, se vider de leur liquide rouge et épais. Sa gorge s'assécha tout aussi subitement.

Un homme s'était glissé dans le dos de l'ancien barbu, en traître. Il n'était même pas plus grand que lui, il arrivait tout juste à l'épaule du jeune homme. Et Lin devait sans doute être plus fort que cette vermine. Mais voilà, même de là où elle était, Vamp voyait parfaitement la pointe de la dague piquée contre la jugulaire du jeune homme. Elle y était légèrement enfoncée. Pas assez pour faire couler le sang mais assez pour entailler la veine du cou au moindre mouvement. S'il trébuchait, Lin se viderait de son sang, sans qu'elle ne puisse rien y faire.


- Non !

La jeune femme fit un pas instinctif vers l'avant. Ce n'était pas un ordre. Aussi étrange que cela puisse être dans la bouche de Vamp, surtout devant un étranger, c'était une supplication.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 24 Mai - 10:10

Lin n'avait pas pu s'opposer à la marche imposée par la brune. Il n'était présent que parce qu'elle avait eu besoin de retrouver l'enfant et maintenant qu'elle était là, qu'est-ce qui les retenait vraiment dans cette forêt ? Absolument rien. D'autant plus que la brune s'était inquiétée de voir la fillette passer une nuit dans les bois, elle devait sans doute préférer la mettre en lieu sûr quand c'était possible. Il pensait le comprendre. Après leur périple, les endroits dangereux devaient être bien trop chargés de mauvais souvenirs pour constituer des lieux de délicieuse adrénaline. Il s'était donc levé quand la petite était partie enfiler son manteau et avait épousseté ses braies et sa chemise pour se donner une contenance. Au fond, il était bien, affalé dans la poussière avec les deux êtres cadavériques qui l'entouraient.

Il avait enfoncé ses mains au fond de ses poches, pensif alors que ses pieds le menaient seuls. Il n'avait pas vraiment besoin de penser au trajet. C'était tout droit et Anna avait pris la tête de l'expédition. L'éclair blanc qu'elle constituait sur le paysage verdoyant était suffisamment visible pour qu'il ne s'inquiète pas de la perdre de vue. Et puis, même s'il se perdait, il retrouverait son chemin. C'était un grand garçon, il savait se repérer. Surtout dans une forêt qu'il connaissait. Il suivait donc d'un oeil distrait la route qu'ils empruntaient, absorbé dans ses pensées.

Plus il avançait, plus son ventre lui rappelait que la brune allait partir et emporter les dernières traces d'elle en lui. Il ressentait comme un goût amer en arrière de la langue et il plissa le nez, mécontent. Les réminiscences de leur passage dans cette forêt ne lui apportaient aucun réconfort. Pire, elles se changeaient petit à petit de tout autres souvenirs. Chacun des gestes de Vamp n'avaient été que des constituants d'un adieu bien ficelé. Lui donner un peu de douceur avant de tout reprendre et de l'en priver véritablement. La trêve avant la fin.

L'esprit du jeune homme s'assombrit à mesure qu'il marchait et ses pas ralentissaient à mesure que les nuages noircissaient le ciel de ses perspectives. Il ne prit pas conscience qu'il était à deux doigts de s'arrêter alors qu'elles continuaient d'avancer au-devant. Il était comme un animal rétif qui se braque au moment de passer l'obstacle. Il ne voulait pas sauter dans le futur, il ne voulait pas passer ce moment de répit, il ne voulait pas se jeter à nouveau dans la solitude.

Il retira les mains de ses poches pour intercepter la jeune femme et partager ce qui le rongeait quand il s'aperçut qu'elle était déjà de l'autre côté de la petite clairière dans laquelle il venait à peine de déboucher. Ses sourcils se levèrent. Il avait été si facile à distancer ? Un grognement de protestation lui échappa alors qu'il prenait l'impulsion nécessaire pour s'avancer vers les deux filles.

Le froid contre sa gorge l'en empêcha efficacement. Il y avait quelque chose de pointu qui se recourbait contre sa trachée et qui, lentement, dessinait un chemin jusqu'à sa jugulaire. Juste là, elle prit ses aises et s'installa, un peu trop penchée, contre la carotide battante. Le jeune homme jura. Encore une emmerde. Ca ne pouvait pas finir ? Il voulait se retourner et asséner un tel coup à son assaillant qu'il aurait du mal à respirer normalement à nouveau. L'agacement qui chargeait ses veines prenait de l'ampleur à chaque flux de sang qui passait sous la lame et il était à deux doigts de l'implosion.

Quoi, encore ?!

Il n'avait pas bougé d'un pouce alors qu'il crachait ses mots à l'homme derrière lui. Il entendait le souffle de l'attaquant au niveau de son épaule et il l'estimait moins grand que lui. La lame le tenait immobile mais il bouillonnait intérieurement. Ses muscles s'étaient tendus et il savait qu'à la moindre erreur d'attention de l'assaillant, il renverserait la situation. Il ne supportait plus véritablement qu'on essaie de le maîtriser depuis ces dernières années et il se maudissait de ne pas avoir été plus attentif. Une seconde de méfiance de plus et l'autre n'aurait pas eu le temps d'esquisser un geste que son nez aurait rencontré une pierre.

Le jeune homme porta son attention sur Vamp, de l'autre côté de l'espace herbeux. Il serra les dents en la voyant s'avancer et retroussa légèrement sa lèvre supérieure, l'alertant. Qu'elle n'approche pas. Vu comme la lame était prête à trancher, son adversaire devait être impatient ou nerveux. La moindre occasion de l'entailler serait bonne et il ne doutait pas que l'hésitation ne l'effleurerait pas. S'il devait se débarrasser de ce petit con, la jeune femme n'aurait pas à s'en mêler. Apparemment, c'était après lui qu'il en avait, elle n'avait pas à se mettre en danger pour rien. Les yeux du jeune homme fixaient donc la jeune femme pour l'arrêter, déterminés.

Il éleva à peine la voix dans la seconde d'après, s'adressant distinctement à celui qui le maintenait sous sa lame. Il tourna la tête, par défi. La lame était effilée et parfaitement appliquée contre sa peau mais il doutait que l'autre le tuerait dans la seconde. Il l'aurait déjà fait depuis longtemps, autrement. L'épiderme glissa sous le métal, une fine trace rouge laissée en surface par le tranchant de la lame. Son profil apparut à l'homme dans son dos alors que les mots étaient lâchés sans aménité, le regard du jeune homme trouvant l'épaule de son assaillant et la naissance de son cou.

Une réclamation, peut-être ?

L'exaspération vibrait sous ces mots mais pas la peur. Même à côté de la mort, il aurait crânement ouvert la bouche. Il n'avait plus trop de notion d'attaches et il avait réchappé à trop de situations critiques pour savoir qu'il ne serait pas achevé dans l'instant. Prêt à se défendre, il profita d'être à demi tourné pour évaluer le corps de l'homme et son potentiel de dangerosité.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 24 Mai - 12:31

La pointe de la lame était une obsession. Vamp voyait parfaitement le léger creux qu'elle perçait presque dans la peau du jeune homme. Elle avait machinalement sorti sa propre dague et ses doigts blancs étaient fermement enroulés contre le manche. Elle reconnu le visage derrière l'épaule du jeune homme et un signal d'alarme raisonna dans sa tête. Bien sûr...

Sa main qui tenait l'arme ne tremblait pas. La jeune femme avait repris le dessus sur la situation. Elle se redressa un peu plus en carrant les épaules, mais son bras restait le long de son corps. Elle n'était visiblement pas en position offensive mais ne quittait pas les hommes du regard. S'il était là, les autres ne devaient pas être loin. Qu'il agisse seul était parfaitement proscrit. Vamp resta immobile mais son regard parlait pour elle. Si cet homme faisait un geste de trop, elle ne se contenterait pas de le tuer. Sa voix finit par s'élever, calme et glaciale. Elle articula exagérément, comme si elle s'adressait à un imbécile.


- Qui... t'as permis... de poser tes mains sur mon homme... ? Tu as vu ce dont je suis capable de faire et tu sais que tu n'as absolument aucune chance. Lâche-le tout de suite ou je te jure que...

- Que quoi, demoiselle ?


La voix s'était élevée à sa droite, puant de suffisance et de condescendance. Vamp expira profondément et jeta un œil sur le côté. La situation s'annonçait très mal. Inconsciemment, elle écarta Ania, lui faisant signe de reculer le plus loin possible vers le couvert des arbres. L'homme qui avait osé s'adresser à elle avec une mimique ironiquement paternelle n'était autre que son employeur, l'homme qui l'avait payée pour assurer sa sécurité. Les sept autres hommes qui l'accompagnaient composaient le reste de l'escorte qu'ils formaient tous. Des mercenaires, employés plus pour leur physique dissuadant que pour leur réelle aptitude au combat et à la défense, Vamp le savait. Fenrir et Nikolaï aussi. Pas Lin, mais la jeune femme flairait qu'il n'allait pas être le dernier à réagir. Ces hommes évitaient le plus possible le face à face et préféraient affronter leur adversaire dans le dos.  Ils agissaient généralement par deux, l'un attaquant de face pour faire « diversion » pendant que le second plantait sa dague entre des omoplates découvertes. Des raclures de chiures. Contre l'un d'eux, Vamp aurait ses chances, sans aucun doute. Mais ils étaient sept.

L'un d'eux empoignait Fenrir. Un seul ? Vamp ne s'en étonna pas. Étrangement, les gens étaient persuadés que le Loup ne savait pas se défendre. Peut être parce qu'il passait le plus clair de son temps à rire et à plaisanter. C'était légitime. Mais stupide. Cette erreur témoignait du manque de professionnalisme et d'expérience de cette bande d'abrutis. Fenrir avait un air grognon. Son visage portait encore les traces de sa « conversation » avec l'ancien barbu mais quelques plaies s'étaient récemment ouvertes. Il n'avait visiblement pas suivi ses collègues de travail aussi docilement qu'ils le souhaitaient. Quelques yeux au beurre noir et lèvres enflées assuraient à la jeune femme que ses compagnons avaient clairement manqué de docilité. Nikolaï suivait de son pas pesant, encadré par quatre des hommes. Le visage renfrogné derrière son épaisse barbe noire, le géant ne suivait le mouvement qu'avec amertume et réticence. Il aurait facilement pu en assommer deux des quatre, ne serait-ce qu'avec ses poings. Mais Vamp soupçonnait ces hommes d'avoir usé de chantage pour dompter le géant. Nikolaï était un puits de douceur et de tendresse. Il aimait sa nouvelle famille et aurait fait tous les sacrifices imaginables pour la protéger.

Vamp les regarda l'espace de quelques secondes avant de reporter son attention sur son patron. Elle savait pertinemment la raison de sa présence ici. Mais la brune ne flancha pas. De tous, c'était la seule qui avait encore une entière liberté de mouvement. Et de tous, c'était Lin qui était le plus directement exposé au danger. Lin qui n'avait absolument rien à voir dans cette histoire. La voix de son employeur s'éleva de nouveau, d'une voix hypocritement guillerette.


- Qui est-ce ?

Il jeta un œil intéressé à l'ancien barbu, l'étudiant comme on étudie une marchandise. Vamp réagit aussitôt.

- Personne. Ce n'est personne. Un simple paysan. Sans intérêt pour vos affaires et ce qui vous amène à menacer mes compagnons. Laissez-le partir, il ne vous apportera rien.

Elle avait parlé bien trop vite et avec bien trop d'empressement pour que l'homme gobe ses paroles. Vamp le comprit aussitôt. Si Lin n'avait aucune valeur aux yeux de ce riche puant de suffisance, il en avait pour elle et l'homme n'hésiterait pas à s'en servir comme d'une arme. L'assurance de la jeune femme chancela lorsqu'elle le vit sourire avec un regard mauvais. Elle jeta un regard paniqué à Lin, cherchant un signe, un mot, de la force, n'importe quoi. L'un des hommes qu'il restait commençait déjà à s'approcher d'elle. Elle avait un arbre dans son dos, au moins personne ne viendrait la poignarder par derrière.

- Voyez-vous mademoiselle, nous aurions dû reprendre la route hier midi déjà. Je vous paie pour cela, pour rappliquer dés que je siffle, comme la brave petite chienne de garde que vous êtes. Je vous paie pour obéir. Mais visiblement, personne n'a jamais pris la peine de vous dresser. J'estime avoir été assez généreux avec vous. En prenant, par exemple, cet espèce de rat blanc avec nous alors qu'elle n'est d'aucune utilité dans notre caravane. Vous m'avez fait perdre une journée de profit. Une journée. Comment allez-vous me rembourser cette journée de perdue ?

Vamp n'était pas une petite nature. Mais le regard lubrique que lui adressa cette larve transpirant d'arrogance réussit à la rendre nauséeuse. L'homme s'approchait toujours d'elle. Elle avait toujours sa dague à la main. Mais même si elle tuait le mercenaire, d'autres lui tomberaient dessus. Il fallait libérer quelqu'un. En étant deux, Nikolaï comprendrait que la marge de risque serait moins élevé et il passerait aussitôt à l'action. Coléreuse et impatiente, la voix de Fenrir brisa le cheminement de ses réflexions.

- Vamp, on est vraiment dans la merde.

- Je t'ai déjà dit de surveiller ton langage quand Ania est à côté.


Son regard noir se porta sur Lin. Vamp n'était pas douée au combat à mains nues ni à l'épée. Mais elle était excellente à l'arc et au tir. Toucher la main qui tenait la dague ? Non. Si elle lançait trop fort, la lame pouvait aisément traverser la chair et toucher l'ancien barbu. Le mercenaire n'était pas sur ses gardes, bien trop rassuré par le bouclier humain qui le protégeait. La colère gonfla dans la poitrine de la jeune femme. Un bouclier humain, un simple tas de chair dont on se sert pour se protéger.

- Mais tu vas agir merde ??!


La jeune femme lança sa dague alors que l'homme n'était plus qu'à quelques pas d'elle. La lame érafla profondément la chair au niveau du bras qui tenait la dague contre la gorge de Lin avant de disparaître entre les arbres. Puis elle ne vit plus rien. L'homme occultait son champ de vision. Ne lui parvenaient que des cris et les bruits étouffés de coups. Désarmée, elle voulut reculer mais son dos cogna contre l'arbre qui l'avait protégée durant tout ce temps. Alors l'homme frappa. Vamp prit le premier coup dans le ventre, la vidant dans l'instant de son souffle. Pliée en deux, le ventre trop contracté pour permettre à ses poumons d'agripper de l'air, elle n'eut pas la force de répondre. L'homme frappa par deux fois son visage. Il était trop gros, trop fort et trop puissant pour qu'elle parvienne à le repousser. Même si elle avait eu la totale maîtrise de son corps, ses forces n'auraient pas suffit. Il lui fallait une dague. Mais elle n'en avait pas.

Son corps heurta brutalement le tronc de l'arbre au troisième coup et son nez commença à saigner. Un goût métallique poissait ses lèvres. La tête lui tournait, son ventre la lançait. Elle tenta de se redresser mais ses jambes s'affaissaient sous son poids en s'emmêlant entre les racines sinueuses de l'arbre. Un nouveau coup allait partir et, d'un geste enfantin, elle mit sa main devant elle, comme si ce « stop » muet allait empêcher l'homme de finir son geste.

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