l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 Entre renaissance et damnation

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 8 Mai - 7:12

Déglutir était aussi douloureux que respirer, la gorge comprimée sous ces doigts d'une blancheur maladive. L'anglais se tenait immobile, les yeux fichés dans ceux de son interlocutrice. S'il ne tentait pas de se dégager, ce n'était pas parce qu'elle l'étouffait lentement et que ses muscles se sentaient inconfortablement asphyxiés. C'était simplement parce que le piquant de sa lame était trop prégnant entre ses côtes pour qu'il tente le moindre mouvement. Rôdé aux combats de mauvaise fréquentation, il n'eut pas un instant de panique. Juste le sentiment furieux de s'être fait avoir comme un bleu.

L'attention qu'il avait portée aux badauds lui avait été fatale. Ses yeux détournés n'avaient pas perçu le mouvement dans son dos et la tension de ses épaules face à l'attitude de Lin l'avait empêché de sentir la présence derrière lui. Il n'avait jamais été le meilleur à ces jeux d'intimidation et de lutte. C'était le boulot de l'autre idiot ça. Lui assurait une autre partie bien plus intéressante à son goût. Dans laquelle n'excellait pas Lin, bien qu'il était toujours abordé en premier. Le côté cassé, sans doute.

Il écarta les narines, agacé. Un souffle rageur en sortit alors qu'il fixait celle qui n'avait visiblement rien d'autre en tête que de le tuer. La panique ne se lisait pas dans les yeux de l'homme mais un doute grandissant y trouvait sa place. L'air déterminé de sa séquestratrice lui laissait une vague angoisse qui éveillait ses tripes. Allait-elle véritablement l'assassiner froidement en pleine place publique ?

Les mots qu'elle forma l'assurèrent que non. Du moins, pas dans la minute. Elle avait besoin qu'il parle, elle ne pouvait pas l'achever. La réflexion se fit sans mal dans la tête pourtant en mal d'oxygène de l'anglais. S'il voulait vivre, il fallait qu'il allonge son récit, qu'il ne lui révèle pas tout. Un rictus mauvais souleva le coin de ses lèvres. Il allait falloir jouer avec ses nerfs.

Il avait déjà vu Lin se prêter au jeu à maintes reprises avec des énergumènes un peu trop autoritaires. Retournés comme des crêpes, ils perdaient leur sang-froid et finissaient par relâcher leur attention. Moment du coup fatal où ils s'effondraient, assommés par un tesson de bouteille ou une chaise baladeuse.

Ici, ni chaise ni bouteille pour calmer la brune mais il avait espoir que le penseur se réveille à temps pour leur substituer son poing. Il n'avait aucune conscience de ce qui liait les deux personnes et il ne doutait pas qu'il la frapperait sans problème.

Un léger mouvement de tête lui permit de gagner un centimètre de trachée salvateur, avalant goulument une bouffée d'air. Un déglutissement la suivit avant que ne s'élève sa voix, rauque par la compression des doigts blancs.


Vous seriez très en colère d'savoir qu'j'suis pas l'seul à avoir posé mes pattes d'ssus alors … Sacré gaillard c'ui-ci !

Il omettait les détails qui auraient pu apaiser l'esprit de la jeune femme, du moins dans une moindre mesure. Il voulait la mettre à vif pour qu'elle perde cette assurance sans faille. Pour qu'il puisse se dégager de cette emprise qui commençait à l'amoindrir.

J'pensais qu'z'étiez la prochaine, voyez ? Pas l'affaire du siècle, c'la dit.

Ses poumons réclamaient plus d'air que le mince filet qui leur parvenait par l'infime ouverture ménagée dans la gorge de l'homme. Il s'étouffait petit à petit et bien malgré lui, ses yeux commençaient à refléter un certain manque de patience, exacerbé par ses réflexes vitaux. Il fallait qu'il respire.

Lin n'avait pas bougé. Ses yeux vissés au sol ne lui permettaient pas de voir la scène qui se jouait à quelques mètres de là, à peine occultée par la statue de marbre de la fontaine centrale. Les deux corps étaient visibles aux trois quarts derrière la sculpture et le brouhaha de l'eau n'étouffait pas tout à fait les mots. L'exigence de sa réflexion s'en chargeait. Se débattant dans un amas d'idées contradictoires, son énergie était toute entière dévolue à son esprit.

Pourtant, l'expression familière de l'anglais tira une sonnette d'alarme inconsciente dans l'esprit du jeune homme. Sacré gaillard. Sa tête se redressa sans même consulter sa raison trop occupée. Ses yeux quittèrent le sol pour se poser sur le couple en face de lui. Les doigts trop blancs pour ne pas être reconnus heurtèrent sa rétine et l'information transmise à son cerveau fut traitée en une demi-seconde. Il ne lui fallut pas plus de temps pour être à leur hauteur, de nouveau attentif.

Il évalua la situation d'un oeil critique. Son acolyte avait toujours été trop flemmard pour suivre les recommandations de Lin et ses instructions en cas de corps-à-corps. Ca ne loupait pas, il se faisait toujours bleuir par ses adversaires. Il ne l'aurait pas aidé en temps normal. En journée, il ne lui portait secours qu'une fois qu'il était derrière les barreaux, après avoir reçus les coups et les sanctions.

Mais la situation était cette fois-ci différente. Les mots qui s'élevèrent de la gorge anglaise firent bouillonner le jeune homme. Qu'allait-il donc révéler, cet imbécile d'outre-Manche ? En moins de temps qu'il n'en fallut à la brune pour attraper son compère, il dégagea le cou de l'homme en s'emparant de son col, le tirant brusquement vers l'arrière pour l'arracher à la poigne blanche.

Ferme-là, bâtard d'anglais.

Ses yeux se posèrent sur la jeune femme, insondables. Les jours écoulés l'avaient projeté dans un état bien différent et il apparaissait plus imprévisible que colérique. Rien ne laissait transparaître ce qui se tramait sous son crâne ni ce qui étreignait son torse. Impassible, il scruta celle qui essayait d'assassiner Larson.

Le bleu autour de son oeil le fit tiquer et il inclina inconsciemment la tête. En d'autres temps, il l'aurait soignée. Un soupir lui échappa et il secoua la tête, repoussant l'anglais plus loin derrière lui. Sans quitter le visage blanc du regard, il s'adressa à l'homme dans son dos.

Prochaine fois, je la laisse te tuer. Ca te servira de leçon.

Il croisa les bras face à elle, portant son poids sur l'une de ses jambes. Il avait l'air étrangement calme et assuré, le regard droit. Quand sa voix reprit du service, c'était à elle qu'il s'adressait.

Pourquoi tu t'en prends à lui ? Il se bat comme un cul-de-jatte manchot, c'est trop facile.

Il ne releva pas le grognement de son compère, sachant pertinemment qu'il avait conscience de son faible niveau dès que l'adversaire n'était plus un ivrogne mal dégrossi.

Qu'est-ce que tu lui veux ?

Le ton était posé. Il avait recouvré la netteté de son esprit et il se tenait calmement face à la brune. Son coeur s'agitait encore mais sa tête était lucide. Pourtant, il savait qu'il n'était pas venu défendre son acolyte. Il était venu défendre son histoire et tout ce qu'il avait vécu. Il était hors de question que Lars ne lâche le moindre mot à ce propos. Bien trop malin, il en tirerait un profit que Lin n'était pas prêt à lui accorder. Même détruit, il ne le laisserait pas s'en prendre à la brune.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 8 Mai - 9:45

Plus rien n'existait excepté l'homme qu'elle avait sous sa poigne. La populace qui évoluait autour d'eux semblait disparaître derrière le brouillard de haine qui embuait les yeux de la jeune femme.  La pointe de sa dague s'enfonça un peu plus dans la chair tendre et molle. Elle ressentait le pouvoir qu'elle avait sur l'Anglais avec délice et ses yeux brillaient de satisfaction. Elle n'avait rien eu sous son contrôle ces derniers jours et inconsciemment, la situation la rassurait sur sa capacité à maîtriser ce nouveau contexte. Vamp s'attendait à tout : des mensonges, des balbutiements, des pleurs pour l'amadouer. Elle était prête à faire face à n'importe quelle combine qui essaierait de la faire lâcher prise. Elle n'en était pas à sa première menace et tous les abrutis agissent de la même façon.

Mais voilà, lorsqu'il s'agissait de Lin, la jeune femme avait toujours été des plus prévisibles. Un éclair d'incompréhension traversa ses yeux sombres alors qu'un pli sceptique barra son front blanc. Un « sacré gaillard » ? Son assurance chancela et la maîtrise de la situation lui échappa superbement. Ses doigts commençaient déjà à relâcher leur poigne. Que voulait-il dire par là ?


Tu sais parfaitement ce qu'il veut dire par là.

Soudainement, elle n'était plus du tout sûre de vouloir en savoir plus sur le jeune homme. Fenrir avait raison. Si elle tournait le dos à Lin, elle tournerait le dos à la souffrance. Avec le temps du moins... Un mouvement l'arracha à ses pensées. On lui retirait sa proie. La jeune femme amorça un mouvement vers l'avant mais se retrouver face à l'ancien barbu la stoppa net dans son élan. Au contraire, prudente, elle fit un pas en arrière, gardant une distance respectable entre elle et l'homme. Son corps se redressa, prêt à l'affrontement. Sa confiance en lui était plus qu'émoussée mais son cœur battait bien trop fort et ses poumons cherchaient bien trop d'air.

Pourtant son regard et le ton de sa voix eurent l'effet d'une caresse sur la jeune femme. Posé et lucide avec une pointe d'humour, il ressemblait bien plus au Barbu qu'elle avait connu. Domptée, son port se fit moins agressif. Le comportement de l'homme influença aussitôt le sien. En l'espace de quelques secondes, son attitude se transforma.

Elle leva de grands yeux innocents sur le jeune homme, comme elle l'avait fait tant de fois par le passé. Son visage jouait une candeur, bien vite déconstruite par le bleu qui ornait son œil. Elle haussa les épaules avec une nonchalance feinte.


- Nous ne faisions que discuter, rien de plus... J'aime me faire de nouveaux amis...

Toute personne connaissant un minimum la jeune femme n'aurait jamais gobé ses paroles. Et Vamp le savait. Une petite étincelle brilla brièvement dans son regard alors qu'elle soutenait celui du jeune homme.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 8 Mai - 12:01

Un semblant de sourire ombragea un instant les lèvres de l'ancien barbu. Il avait tout à fait conscience que la justification de la jeune femme était absurde pour quiconque avait quelques notions de base la concernant. Les nouveaux amis pour Vamp se comptaient sur les doigts de la main d'un amputé. Elle répugnait aux contacts et percer ses défenses pour être considéré comme un ami prenait bien plus de temps qu'un babillage de place pavée.

Il avait donc toute conscience qu'elle lui dérobait la vérité de cette agression et continuait de la scruter, comme s'il cherchait la véritable raison dans son visage feignant l'innocence. Il se doutait qu'elle n'appréciait pas l'anglais. Il avait vu le regard qu'elle lui portait quand il était arrivé et seule la mort en suintait. Il l'avait rarement vue arborer tel regard et il s'interrogeait sur sa cause. Larson aurait très bien pu jouer les imbéciles durant ces derniers jours. Il aurait été tout à fait capable d'aller la trouver pour la chercher plus que de raison.

Lin tourna la tête par-dessus son épaule à cette pensée. Ses yeux accrochèrent ceux de son camarade dans une question muette, lèvres closes. L'autre comprit sans effort ce qui traversait l'esprit du jeune homme et se contenta de secouer la tête. Rien. Il ne lui avait rien fait.

L'ancien barbu reporta son attention sur la jeune femme, perplexe sur la froideur qui la menait face à Larson. Il pouvait certes paraître narquois mais il n'inspirait pas telle ardeur. Rien d'agressif n'émanait de lui et il doutait que la femme à la peau blanche s'en soit prise à lui pour une histoire d'agressivité.

S'il en croyait les derniers mots qu'avait prononcé son acolyte, elle restait butée sur "l'affaire" qu'elle était censée faire. Un soupir lui échappa. Il n'avait aucune envie qu'elle se focalise là-dessus et encore moins qu'elle l'interroge sur ce sujet. Surtout pas ce renard de Larson. Malin comme pas deux, il aurait tôt fait de déceler les implications sous-jacentes et d'en tirer les ficelles avec un plaisir mauvais.

Le jeune homme s'ébouriffa les cheveux pour abaisser la tension qu'il sentait croître dans ses membres en imaginant l'anglais comme crachoir pour la brune et releva la tête vers elle.

Je te déconseille de te faire des amis comme ça, ça ne te mènera nulle part.

Il désigna son oeil bleui d'un mouvement de menton.

Tu devrais le savoir, t'en as déjà fait les frais apparemment.

Il fallait qu'il parvienne à tenir Lars loin d'elle pour ne pas qu'elle le fasse parler. Ses mains s'enfoncèrent dans ses poches comme pour clore la conversation, prêt à tourner les talons.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 8 Mai - 12:45

Bien que son comportement portait une apparence plus légère, la jeune femme restait toutefois sur ses gardes. Elle avait manqué de prudence avec lui et elle était restée sourde à son instinct. Hors de question qu'elle refasse la même erreur. Impassible, elle laissa le jeune homme étudier son visage sans broncher. La peur, les larmes, les nausées – disparues. Elle se tenait, droite et altière face à l'homme qui ne la dominait que de quelques centimètres. Un sourire discret apparut au coin de ses lèvres alors qu'elle l'observait. Elle savait parfaitement ce à quoi il pensait en la dévisageant. Elle savait qu'il ne la croyait pas. Et pour cause...

Méfiante, elle écouta ses quelques paroles en essayant de déceler la moindre menace cachée, le moindre mot méchant. Il ressemblait tellement au Lin qu'elle avait connu que son cœur se remit soudainement à battre très fort. Elle déglutit et rougit sans raison apparente, ses pommettes se recouvrant d'une douce chaleur. Était-ce une ruse pour abattre ses défenses et mieux la frapper par la suite ?


- Il me déteste.

- Ce ne serait pas étonnant. Tu l'as abandonné.

- Je l'ai abandonné parce que tu es venu me chercher !!

- Je sais Vamp, je sais. Je t'ai demandé pardon des centaines de fois déjà.

- Mmh.

- Tu as bien vu l'état dans lequel il t'a mis ? Cet homme va finir par te détruire. Il est mauvais pour toi. Et mauvais pour la famille.

- Et toi tu sais ce qui est bon pour moi, peut être ?

Silence.

- Fais comme tu veux. Mais il a changé, tu l'as dit toi même, cela se voit dans ses yeux. Il n'est plus l'homme que tu as aimé. Tourne-lui le dos et laisse-le à la vie qu'il a construit sans toi. Il va finir par te détruire.

- Tu te répètes.

- Et toi tu n'écoutes rien.


La détruire ? Elle était déjà en miettes. Que risquait-elle de perdre de plus ? Le jeune homme amorça un mouvement pour s'éloigner d'elle. Fenrir avait raison, elle n'écoutait jamais rien.

- Attends !

L'impératif s'était échappé de ses lèvres sans qu'elle parvienne à le retenir. Si sa voix avait l'intonation de l'ordre, ses yeux reflétaient plus la supplication. Ses bottes firent un pas vers lui avant de s'immobiliser.

- … s'il te plaît, attends.


La jeune femme reprit lentement l'entière maîtrise de ses membres et de sa voix avant de se redresser. Elle ne voulait pas qu'il s'éloigne d'elle. Ses doigts se tordirent lentement les uns aux autres alors qu'elle cherchait ses mots.

- Je... Hm. L'autre nuit, je t'ai raconté mon histoire. Et... et tu m'as tourné le dos. Mais je pense que j'ai le droit, à mon tour, de savoir ce qu'a été ta vie après mon départ.

Une ancienne habitude refit soudain surface. En croisant les bras sur sa poitrine, alors que l'embarras et la gêne l’inondaient, la jeune femme commença à gratter la chair nue de ses bras. Lentement, ses ongles laissèrent des sillons rosés sur la peau lisse. Sa voix s'éleva avec une intonation un peu boudeuse, comme seuls les enfants qui expliquent leur bêtise ont.

- Et comme ton ami semble si bien te connaître au vu de votre... votre... « complicité », je me suis dit qu'il n'y avait pas meilleur homme pour... répondre à ma « demande »...

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 8 Mai - 15:37

Il grimaça. Il aurait dû se douter qu'elle ne le laisserait pas partir comme ça. Pouvait-il réellement lui refuser ce qu'elle lui demandait ? Oui, songea-t-il. Après tout, elle était partie et revenait en ces terres pour fuir l'ennemi de là-bas. Pas pour le prendre avec elle ou rejoindre sa vie. Juste pour fuir. Il n'y avait aucune obligation pour lui de lui raconter ce qu'il avait fait. Elle avait voulu partir, ne pas entendre parler de lui durant toute cette période. Qu'elle assume.

Le regard du jeune homme n'avait pas quitté les traits de la brune. Elle était têtue, il le savait. S'il refusait de lui donner ne serait-ce qu'une trame explicative, elle houspillerait Lars jusqu'à ce qu'il parle et ça, il ne le voulait pour rien au monde. Quitte à ce qu'elle entende son histoire, autant qu'il soit celui qui la raconte.

Une moue dubitative s'installa sur ses traits. Allait-elle pouvoir supporter ce qu'il avait vécu ? Si elle se montrait aussi agacée envers Larson, elle ne manquerait pas d'être répugnée par Lin. Il n'était pas sûr de vouloir voir le dégoût dans ses yeux à son encontre. Pourtant, il relâcha ses bras qui tombèrent le long de son corps et prit le chemin qui menait aux remparts de la ville.


Si tu tiens à entendre ça, suis-moi.

Un mouvement de main à l'anglais assura que celui-ci vaquerait à ses occupations habituelles pendant que l'ancien barbu prenait son après-midi. Comme souvent. Mais cette fois-ci pour une raison bien différente.

Le trajet se fit dans le silence le plus total. Seul le bruit de leurs pas résonnait sur les pavés et bientôt sur les marches qui menaient aux hauteurs protectrices. Lin salua le garde en faction et le contourna pour se retrouver sur les remparts.


Elle est avec moi.

L'homme ne broncha pas, laissant passer la brune. Visiblement, le jeune homme avait quelques passes-droits dans cette ville. Il se triturait la cervelle pour savoir comment dérouler les années qu'il avait traversées. Elles ne lui plairaient pas mais elles n'auraient pas existé si elle n'était pas partie. Elles ne découlaient que du gouffre provoqué par son abandon.

Il ne voulait pas lui appuyer sur la tête pour autant. Réfléchi, il arrivait à peu près à trier ce qui l'assaillait et une sorte d'attention envers la jeune femme refaisait surface. Il l'avait toujours considérée et il ne se résolvait pas à l'achever. Devrait-il édulcorer ce qu'il avait vécu ? Il grogna. Elle avait été entièrement sincère avec lui cette nuit-là, quitte à reconnaître son abandon. Il lui devait au moins la même honnêteté.

Arrivé au milieu du chemin de ronde, à l'écart des gardes en patrouille et bien au-dessus de la ville, il s'assit entre deux créneaux, les pieds battant l'air. Sa main proposa à la brune de s'asseoir dans l'interstice voisin alors que l'autre frottait le bout de son nez.


Ne m'interromps pas. Je ne t'épargnerais rien, sache-le. Tu as tout dit de ton départ, tu sauras tout de mon plongeon vers les abysses.

Il tint à la mettre en garde. Si elle l'interrompait, il ne reprendrait plus, il le savait.

Je n'y ai pas cru, tu t'en doutes. Retour à une cabane vide, ce n'était qu'un soir de plus où on ne coïncidait pas. Ce n'est que le lendemain que j'ai commencé à comprendre que ce n'était pas normal. Tu ne disparaissais jamais aussi longtemps. Jamais sans prévenir ou sans que j'aperçoive ta blancheur aux abords de la ville. Cette fois-là, il n'y avait rien de tout ça. Ca ne sentait pas bon.

Il serra les dents à l'évocation de ces moments enfouis au plus profond de lui-même. Remuer ce magma puant lui donnait la nausée et il se demanda un instant s'il serait capable d'aller au bout. Chassant son malaise d'une secousse de tête, il reprit.

J'ai dû me mettre le village entier à dos. Je les ai harcelés, un par un, pour qu'ils me disent ce qu'ils savaient. Le moindre indice pouvait me servir. La moindre vision avait son importance. J'en venais à récolter les cailloux des gosses qui me disaient les avoir trouvés sur le chemin qu'une dame toute blanche avait emprunté.

Forcément, leur forme devait être un indice. Leur poids aussi. Leur agencement dans mes paumes. Je m'enfermais dans des suppositions absurdes, je revoyais cette forêt qui t'avait engloutie quelques mois auparavant, je maudissais les cieux de leur connerie.

Il se passa une main sur la nuque, les yeux vides. Son regard qui ne voyait pas fixait un point invisible dans la foule mouvante plus bas. Sa voix n'était que le reflet de ce que son esprit égrenait dans sa tête, la traductrice des images qui s'y amassaient.

J'ai eu peur pour toi. Je songeais qu'on t'avait capturée à nouveau, qu'on allait te vendre, t'écarteler ou te marier de force. Je songeais à la famille que tu m'avais décrite et j'avais peur qu'ils s'en soient pris à toi.

Un rictus amer agita ses traits. Finalement, il n'avait pas eu tort. C'est cette famille qui l'avait arrachée à lui. C'est pour elle qu'elle était partie. Pour les liens du sang. Il n'était pas sa famille. L'illusion s'était brisée quelques jours plus tôt mais la mémoire du constat brûlait encore vivement ses yeux. Il dut déglutir avant de reprendre, la voix rauque.

Il m'a fallu six mois pour parcourir l'intégralité du royaume de France. J'ai dû me mettre à dos plus de gens qu'il n'en faudrait pour déplacer une montagne. Personne ne savait rien, personne n'avait vu de femme blanche comme la neige, personne ne voulait parler. On me décrivait comme le fou et où que je passais, on m'expulsait pour ne pas que je tourmente les villageois. Un vrai barge.

Il secoua la tête au souvenir de son visage dans le reflet d'une flaque un jour de pluie. Hirsute. Ses orbites creuses et son air hagard n'inspiraient pas confiance. Un rebut de la société. Il soupira, malmené par ses souvenirs.

Je me sentais devenir fou, enfermé dans ce royaume trop petit pour mon désespoir. J'avais l'impression de m'enfoncer dans le néant, englouti par le rien. Je ne parvenais plus à voir ni à regarder. Je me sentais mort.

Alors j'ai décidé de partir. Tu étais partie, j'en ferais autant.

Ce souvenir lui arracha un hoquet de douleur, le faisant osciller dangereusement vers le vide. Il s'agrippa d'une main tremblante à la pierre du créneau, les ongles crissant sur la pierre.

J'ai rejoint Bertincourt et j'ai pris le premier bateau qui partait outre Manche. Le capitaine m'avait dit que je bosserais à bord pour payer la traversée. J'ai accepté. De toute façon, plus rien ne me touchait. Qu'il m'esclavagise s'il le voulait, qu'est-ce que ça pouvait me faire ?

Je suis monté sur les planches et le roulis de la mer a pris le pas sur le mien. J'ai cessé de penser. Je bossais régulièrement sur le pont ou en cale, je buvais jusqu'à m'effondrer tous les soirs. La vie était simple. Je passais de noyade en noyade. Surtout, ne jamais sortir la tête de là. La moindre seconde de lucidité me terrassait par ton image absente.

Il se laissa reposer contre la pierre du créneau, le cou moite et le visage échauffé. Il avait l'aspect physique des malades fiévreux, quelques mèches de cheveux collées aux tempes.

C'est là-dessus que j'ai rencontré Larson. Ce con était invariablement installé au fond des cales, à boire un alcool infect. Il me fournissait toutes les nuits jusqu'à ce que je m'écroule. Il voyageait en douce, planqué. Le vieux loup de mer à la tête de l'embarcation devait savoir qu'il était là mais il le tolérait. Un vrai petit con.

Il eut un faible sourire, le front emperlé de sueur. S'il ne l'avait pas rencontré, il se serait sûrement jeté en mer au milieu du trajet.

J'avais atrocement mal mais il ne relevait pas. Il se contentait de m'adoucir la peine en me collant du liquide dans le gosier. Efficace.

J'ai passé la traversée entre deux états invariables. Ivre mort et ivre mort. Une fois d'alcool, une fois de fatigue. En arrivant en Angleterre, je n'avais plus grand-chose d'humain. Une loque, tout au plus. Lars ne m'a pas lâché, il m'a embarqué avec lui.

Il était totalement absent de son enveloppe corporelle. Celle-ci reposait contre la pierre, inerte et seules les lèvres bougeaient. A chaque inspiration, ses côtes se soulevaient et le mouvement paraissait étrange tant le reste du corps était immobile.

Je n'avais aucune idée de ce qu'il faisait, mais je le suivais. C'était une sorte de repère, un point connu dans le néant. Le rythme n'avait rien de changé. Tous les soirs, je buvais à me rendre malade, tous les jours je travaillais à me tuer. Il m'avait dit de travailler à la mine le temps qu'il faudrait et qu'en attendant que j'amasse assez, il me paierait la boisson. Je l'ai fait, sans réfléchir.

Les heures passées à piocher me faisaient décuver et je replongeais dans une douleur sans fin. J'étais nerveux, abîmé, susceptible et belliqueux. La moindre occasion de me battre et je lançais un poing. Je me suis pris un sacré paquet de coups. Ca m'a brisé un sacré paquet d'os.

Mais ce n'était toujours pas assez.

Il déglutit, nauséeux. Son corps réagissait bien plus vivement que son esprit et il pouvait ressentir chaque douleur revenir. Il revivait la perdition qui avait été sienne.

L'alcool et les poings n'apaisaient pas ce qui me lacérait au-dedans. C'est une douleur indescriptible, sournoise, lancinante. Tapie, elle anéantit. La douleur viscérale, l'insupportable souffrance.

Lars essayait de m'orienter, il m'obligeait à manger, il me faisait dépenser mes sous pour m'habiller convenablement. Au bout de quelques mois, j'ai rasé ma barbe. Il a gueulé. Comme quoi ce serait utile, que je devais la garder. Je lui explosé la tête sur un coin de table. Il ne m'en a plus reparlé.

Ses traits s'étaient tendus. Il savait qu'il approchait du fond et il redoutait d'y retourner, même en souvenirs.

Deux mois plus tard, il m'a coupé la boisson. J'ai voulu payer avec ce que j'avais gagné, il m'en empêcha. Fallait que je devienne sobre. Je n'ai pas compris pourquoi. On s'est battu plus d'une fois, il perdait toujours. J'avais trop de rage contenue pour ne pas finir par le brutaliser avec tant de force qu'il devait flancher pour ne pas se voir retirer un oeil ou trancher une langue.

Alors il a rusé. Que je boive tout mon saoul, si ça me chantait. On sortait dans des tavernes différentes mais peu m'importait. Il y avait plus de monde, mieux habillés. Peu m'importait.

Il ferma les yeux sous un accès de nausée, le ventre contracté. S'il avait mangé le matin même, il aurait tout rendu sur les chalands au-dessous. Frémissant, il rouvrit des yeux exténués sur la foule qu'il ne voyait toujours pas.

Des têtes se succédaient, des hommes, des femmes. Surtout des femmes. Souriantes, caressantes, insistantes. Il n'y avait pas de mal. Elles le réclamaient. C'était ce qu'il disait. Et il avait raison.

Elles ont fini par comprendre que je ne fonctionnais qu'à l'alcool. Qu'avant d'être ivre mort au point de ne pas me rappeler mon nom, elles ne pourraient pas ne serait-ce qu'effleurer mon bras. C'était un accord tacite. Je ne devais rien entendre, rien voir, rien retenir ou je fuirais.

Il expira une goulée d'air avec violence, comme si un coup l'avait percuté au thorax. Il s'étouffait dans des souvenirs qu'il ne voulait plus connaître.

Larson avait tout un réseau déjà entretenu. Il n'avait qu'à m'y implanter. Ca fonctionnait. Très bien. Trop bien. Quelques semaines de plus à me noyer sous toutes les extrémités de la vie me suffirent. Coups de gueule, coups de hanches, coups de poings, je ne pouvais pas en supporter plus.

J'ai entaillé le bâtard et je me suis rendu tout en haut du beffroi de l'église. Rien n'avait de sens. Je n'ai jamais ressenti le néant aussi puissamment qu'à ce moment-là. J'ai pris conscience que je n'étais fait que de toi et qu'en partant, tu ne m'avais laissé que de la chair. Je ne voulais plus y être coincé.

Je n'ai pas pu sauter, cet empaffé m'a assommé avant. Il dégoulinait de sang, il garrotait ça avec ses doigts. Un ignare fini. Mais il venait de m'empêcher de me jeter dans le vide.

Il courba l'échine, comme pour se protéger. Recroquevillé, ses doigts trituraient machinalement le tissu de ses braies alors que tout son buste frissonnait.

Il m'a enfermé pendant une semaine. Pour que je réfléchisse. Au bout de quatre jours, j'ai cru que j'avais irrémédiablement basculé dans la folie. Les trois qui suivirent m'imposèrent un calme sans fond.

J'ai réalisé que j'étais déjà brisé là où on n'accède jamais. La partie de soi qui forme le socle de ce que l'on est. Là, j'étais mort. A quoi ça me servait de détruire tout le reste ?

Il hausse les épaules comme pour lui-même.

Quand je suis ressorti de là, on a longuement parlé. Il ne connaissait toujours pas mon nom, toujours pas ma vie. Je lui ai dit que je rentrais en France, définitivement. Je pensais végéter jusqu'à ma mort, avec le mince espoir qu'un jour tu viennes remettre d'équerre ce qui était entorsé à l'intérieur. Une carcasse en attente de son soi. J'allais reposer l'enveloppe à sa place en imaginant qu'un jour tu reviendrais toi aussi reposer ce que tu avais pris en partant.

Lars n'en savait rien. Il m'a suivi. Il m'a dit qu'il allait tenter sa chance en France et qu'avec un peu de chance, les françaises seraient aussi gourmandes que les anglaises. Je l'ai prévenu que je ne prendrais part à aucune de ses conneries. Il a haussé les épaules et a rusé. Que je ne prenne pas part, pourquoi pas. Mais je l'aiderais quand même. Je serais ses yeux pendant qu'il s'implanterait.

Il était éreinté alors que son esprit les revoyait sur le bateau. Un grand jeune homme châtain, sèchement musclé, imberbe et aux cheveux juste un peu trop longs flanqué d'un autre à peine plus petit, bien plus massif et aux cheveux drus et bien plus foncés.

J'ai choisi la ville. Je voulais celle où il y aurait le plus de probabilités que tu tombes si tu daignais te montrer à nouveau. A la croisée des chemins, une grosse ville fréquentée. Ca lui a plu, beaucoup de clients potentiels.

J'assure ses arrières, il fait sa vie. Ca m'occupe à ne pas penser, ça lui sert de gagne-pain.

Il enfonça ses mains dans ses cheveux, les agrippant sèchement, exténué.

Il a cru que je reprendrais du service avec toi. Sa possible cliente s'était barrée, il pensait que tu étais la remplaçante que je lui avais choisi.

Il soupira, à bout de force. Il n'aurait pas cru que revivrr tout ça par de simples paroles l'aurait vidé aussi profondément. Il voyait ses démons nettement logés dans les recoins de son corps et tout en bas, profondément enfouie mais nettement visible, la blessure qu'il n'avait pas réussi à refermer, celle qui s'était irrémédiablement rouverte au récit de la jeune femme.

Il ne trouva pas la force de relever la tête pour regarder la brune et sa tête resta encastrée entre ses mains, yeux clos. Son corps battant pulsait violemment dans son torse et chaque mouvement le faisait tanguer. Il était à vif, plus nu qu'un nouveau-né et ses paupières s'érigeaient en faibles remparts face à la réalité que n'auraient pas manqué d'imprimer ses rétines. Quelques années plus tôt, il se serait laissé tomber dans le vide. Là, il restait prostré, l'esprit aussi clair que douloureux.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 8 Mai - 18:00

La jeune femme suivit l'ancien barbu avec docilité, après avoir pris le soin de lancer un regard mauvais à l'Anglais. Elle marcha derrière le jeune homme en s'empêchant de trop réfléchir. Il était hors de question de revenir en arrière. Sans se soucier du chemin qu'ils prenaient ni du monde qui les entouraient, son regard noir était rivé sur l'épaule qui la devançait de quelques pas. Elle avait peur. Peur de ce qu'elle allait apprendre. La jeune femme avait vu assez de douleur dans les yeux de Lin pour se douter vaguement de ce qu'il avait dû vivre. Mais elle pensait qu'il était de son devoir d'endurer son récit. Après tout, tout était de sa faute.

Les marches attira cependant son attention. Une partie d'elle s'en amusa. Il avait toujours aimé les hauteurs. Ils dépassèrent un garde qui ne réagit pas à leur présence. Intriguée, la jeune femme ne put s'empêcher de jeter un regard par-dessus son épaule. Étrange... Silencieuse, elle s'assit à sur la pierre froide sans le regarder. La journée était cruellement belle. Elle laissa son regard s'égarer sur la vie et les vies qui grouillaient à ses pieds. Son cœur battait de nouveau trop vite. Trop fort. Si fort qu'elle avait peur de ne plus entendre les paroles de son voisin. Elle ne voulait rien s'épargner.

La voix du jeune homme s'éleva. Au fur et à mesure que ses paroles venaient percuter la conscience de la jeune femme, cette dernière commença à modeler son masque d'impassibilité. Idée incongrue, puisqu'il ne pouvait voir son visage, ni lui ni les fourmis qui se trouvaient à des mètres sous elle. Ses doigts s'accrochèrent sur les bords des créneaux où ils s'écorchèrent contre la pierre rugueuse. Elle l'avait hanté. Elle avait vampirisé sa vie et sa raison. Lentement, ses yeux se fermèrent sous l'horreur, comme si ce simple geste pouvait faire cesser le flot de paroles.

Il avait pris la mer pour fuir la douleur. La jeune femme n'aimait pas la mer. C'était lui qui lui avait découvert la vaste étendue d'eau salée. Elle en avait peur. Cette peur ne faisait que teinter d'un peu plus d'horreur le récit du jeune homme. Une ironie âcre serra sa gorge pâle. Malgré leur éloignement, ils avaient été liés par l'alcool. Quel romantisme...

La nausée, si familière ces derniers jours, remonta dans le creux de sa poitrine. Tant d'alcool et de violence... Elle n'aurait jamais pu imaginer Lin dans un environnement pareil. Jamais. Il lui fallait un champ, le soleil et des arbres. Pas les mines ou le vomi des cuites. Le récit de sa nouvelle vie hérissa l'épiderme de la jeune femme de dégoût. Elle voulait qu'il se taise. Elle voulait rentrer et serrer Anna dans ses bras. Mais elle s'en priva. Qu'avait-elle fait de lui ? Quel monstre avait-elle été pour transfigurer un homme de cette façon ? Non seulement elle n'avait jamais mérité Lin mais elle l'avait détruit. Elle héritait de ce mal et de cette solitude avec justice.

Soudain, le vide sous ses pieds fut tentant. Tentant de lâcher la pierre rugueuse. Tentant de se laisser glisser et de voler l'espace de quelques instants. Mais si Vamp était brisée, elle restait toutefois elle-même et cette pensée ne lui ressemblait pas. Ses cils étaient humides mais la jeune femme s'empêcha de verser la moindre larme. Elle trouvait cela indigne de l'ancien barbu.

Le silence s'installa après les dernières paroles du jeune homme. Lentement, les mains blanches lâchèrent la pierre. Vamp ramena ses genoux contre sa poitrine et appuya son dos contre la pierre qui la séparait du jeune homme. Elle faisait face à la roche mais son regard ne voyait plus rien. Après de longues minutes, sa voix brisa le silence.


- Nous avons fuit tous les quatre la région de mon enfance. En plein hiver...

La fuite avait été rude, presque suicidaire. Mais les trois compères n'auraient jamais pu faire face à un soulèvement de paysans qui cherchaient la mort de la petiote. Les hivers chez la jeune femme étaient rudes. La température ne connaissait pas la clémence et le vent mordait la moindre parcelle de peau qu'il trouvait. Emmitouflés dans des capes et des fourrures d'animaux, ils avaient lutté pour mettre un pied devant l'autre. La neige était traîtresse. Ils avaient eu peur de tourner en rond et de revenir vers le village qu'ils fuyaient.

- J'ai vraiment cru que nous allions mourir.

Elle lui raconta les nuits qu'ils avaient passées, les uns blottis contre les autres. La peur qu'elle avait eu lorsque les doigts d'Ania avait commencé à noircir. Toute une nuit, la jeune femme avait gardé les petits doigts dans sa bouche pour les réchauffer. Les tremblements de son corps qui réclamait la chaleur. Ce froid qui exténuait et qui vidait leurs forces. Les contes qu'elle avait dû raconter pour que la petite ne s'endorme pas. Les blagues de Fenrir pour les encourager à continuer leur route.

- Un soir... J'avais si froid. Et si faim... J'en avais assez d'avoir froid, assez de ne plus sentir mes membres. Mes doigts avaient commencé à rougir puis à noircir à leur tour. La brûlure par le froid est quelque chose d'horrible. Tu sens ton corps qui ne réagit plus. Tu sens qu'il va pourrir. Puis je t'ai vu... Je jure que j'ai vu ta silhouette dans la neige.


Le folklore de la région regorgeait de cas où des voyageurs, égarés dans une tempête de neige, croyaient avoir aperçu le visage d'un être aimé dans l’obscurité mouvante. Alors qu'elle tendait la main vers cette silhouette de flocon, Fenrir la redressa brutalement pour la mettre sur ses pieds et l'obliger à avancer.

Une semaine après leur fuite, ils trouvèrent refuge dans une cabane abandonnée. Ce fut leur salut.


- Nous étions assez loin du village pour ne pas craindre les villageois. Aucun fou ne se serait risqué à nous suivre par ce temps.

De longues semaines passèrent. Ils se soignèrent et prirent soin les uns des autres. Ils ne bougèrent pas de l'hiver. Tous s'habituèrent à cette nouvelle vie, simple mais sécurisante.


- Tous sauf moi. Dés le début du printemps, je voulais me remettre en route pour regagner le royaume de France. Et te retrouver.

La dispute avait été très violente. Fenrir voulait rester sur ces terres, les travailler et élever des bêtes. Mais la jeune femme ne voulait rien entendre. Au contact de cette chaude sécurité, la présence du jeune homme lui avait cruellement manqué. Elle avait peur pour lui, peur de ce qu'on avait pu lui faire durant son absence. Elle voulait retrouver son corps, sa voix, son souffle et son regard.

- Tu n'y penses pas Vamp ?! Tu veux que l'on quitte cet endroit pour... pour retrouver ton espèce de pigeon ?

- Surveille tes paroles... Je crois me souvenir que le pigeon en question t'a mis une belle raclée lors de votre rencontre.

- C'était un coup de chance. Tu veux vraiment jouer la sécurité de la famille pour ton... Pour un homme qui a dû t'oublier avec une autre et doit se soulager entre les cuisses bronzées d'une jolie femme chaque nuit ?


Le poing de la jeune femme l'atteignit si fort qu'il tomba sur le sol de terre sans se relever. Ses phalanges lui firent mal pendant près d'une semaine.

Dés que la neige commença à fondre, la jeune femme sella son cheval. Elle ne voulait rien entendre. La moindre parcelle de son être la poussait à partir. Mais elle ne fit pas le voyage seule. Ses acolytes la suivirent fidèlement. Sans un mot, sans un argument de plus. Pas même Fenrir.


- Nous avons voyagé pendant des mois. Je ne me souviens même plus du nombre de pays que nous avons traversés. Arrivés sur le territoire de France, je me suis précipitée à Murat. Je ne mangeais plus ni ne buvais. Je ne voulais pas m'arrêter. Fenrir n'osait plus rien dire mais c'est Nicolaï qui a dû me freiner.

Elle lui raconta comment son cœur s'était serré lorsqu'elle avait retrouvé les arbres de leur forêt. Son visage lui faisait mal car son sourire contractait des muscles endormis : elle n'avait pas souri depuis des mois. Puis elle avait vu la cabane. Leur cabane. Et son bonheur disparu comme la flamme d'une bougie sous le souffle d'un homme.

La jeune femme se tut. Elle ne voulait pas lui dire qu'elle avait passé deux jours, seule, dans un coin de la cabane, à pleurer en silence. Personne n'avait eu le droit de la rejoindre, personne n'avait eu l'autorisation de franchir la porte. C'était leur nid.

Sa tête s'appuya sur la pierre froide. inconsciemment, elle avait croisé ses bras sur sa poitrine et ses ongles s'y étaient enfoncés lentement au fur et à mesure de son récit. Sa voix s'éleva une dernière fois, dans un murmure, euphémisme à la hauteur de sa douleur.

- Tu m'as terriblement manqué.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Ven 9 Mai - 6:27

Lin était épuisé. De ces fatigues intenses où la moindre parcelle de son corps est paralysée, lourde d'une torpeur sans fin. Il était comme figé dans cette impuissance physique, échine courbée et tête baissée.

Pourtant, il ne s'endormait pas. Lucide, il était attentif au jour qui les entourait, au bruissement de la ville en contrebas et bientôt, aux paroles de la jeune brune. Elle évoqua une fuite, dans une neige sans fin. Un froid mordant. Au moins autant que celui qui avait serré le coeur du jeune homme à son départ s'il en croyait ses mots. Une sorte de folie qui les menaça, une mort qui rôdait bien trop près.

Les images se faisaient dans la tête de l'ancien barbu avec une liberté qu'elles n'eurent pas lors de son premier récit. Elles avaient été balayées par le souffle impitoyable de la haine et de la rage, avalées par la colère sourde et la douleur sans fond. Cette fois-ci, la limpidité de son esprit permettait à ces chimères de se former, de s'imprimer en de longues volutes dans le noir de son esprit et d'y laisser une trace qui dure, s'enchaînant sans discontinuité.

Il frémit à l'évocation du mépris de Fenrir, un accès de violence refaisant surface au sein de son torse. Si Vamp ne semblait pas apprécier l'anglais, Lin haïssait purement le loup-garou. Il le méprisait et lui avait retiré la jeune femme. Il ne le considérait que comme un meuble ou un objet, un fragment facultatif de la vie de la brune. C'était insupportable.

Les poings du jeune homme lâchèrent ses cheveux pour se refermer sur eux-mêmes, ses ongles attaquant la chair de ses paumes. Il aurait dû le tuer quand ils s'étaient battus. Il n'aurait jamais dû faire profil bas et tenter d'admettre la relation qui le liait à Vamp. De coups trop importants ou d'une lame traîtresse, peu importait. Il aurait dû l'assassiner quand il en avait eu l'occasion.

Cette pensée s'imposa à lui, portée par les années de violence qu'il avait traversées. Sa patience avait été érodée, son agacement exacerbé et sa raison atténuée. Il ne savait plus régler ses dilemmes autrement que par l'attaque. Ses épaules s'étaient développées, ses bras durcis. Il était devenu plus fort à force de cogner et sa silhouette s'en était trouvée changée. Les muscles saillaient malgré leur finesse et il pouvait désormais abattre un homme à mains nues, par la simple force que dispensaient ses bras en colère.

Malgré tout, la violence verbale restait son premier choix lorsqu'il le pouvait et cette inclination aux mots plutôt qu'aux coups témoignait d'une inaliénation de sa nature profonde. Elle avait été mise à mal, entaillée et rabrouée mais même abîmée, elle n'avait pas disparu.

Ses derniers mots lui firent relever la tête. Il ne la regarda pas par-dessus la pierre mais ses yeux s'ouvrirent sur le ciel devant lui, infiniment bleu. Elle lui parlait de manque. Cela faisait bien trop écho à son coeur pour qu'il n'en soit pas percuté.

Il eut subitement envie de la prendre dans ses bras, de l'assurer que tout était fini, qu'il était là. Mais son ego meurtri feula à cette idée et il dut se secouer pour se sortir d'une schizophrénie de plus en plus insistante.

Il avait perdu ses repères avec son retour, il ne savait plus qui de celui qu'il avait été avec elle ou avec l'anglais était le véritable lui. Ses vies si distinctes dans son esprit se faisaient la guerre et il se perdait entre les coups donnés à l'une, dispensés par l'autre. Il aurait pu s'en trouver assommé.

Pour se sortir de la léthargie, il secoua la tête vivement en se redressant.


Ton Fenrir ferait mieux de ne pas sortir dans le coin. Trop de gens pourraient s'en prendre à lui sur ordre. Qu'il n'apparaisse plus à mes yeux ou à ceux de gens qui me côtoient ou il n'apparaîtra plus tout court.

Le ton était péremptoire. Une véritable menace. Il était perdu dans ce qu'il était mais une chose était sûre, cet homme était son ennemi. Qui qu'il soit, de celui d'avant ou de celui de maintenant, il abhorrait l'homme aux favoris.

Son visage se tourna vers celui de la brune, sans animosité. Dénué de tout sentiment affiché, il se leva, debout sur le chemin de ronde.

Tu diras à Anna que je suis inapte au mariage. Je ne doute pas que tu trouveras les mots pour le lui faire comprendre.

Il enfonça ses mains dans ses poches, les épaules détendues. Ses yeux ne quittaient pas le visage blanc. Etrangement, il sentait que son regard ne s'en détachait pas pour graver ces traits au fond de ses rétines. Comme s'il avait peur qu'elle disparaisse à nouveau.

Il n'évoqua cependant rien de tout cela et ne se résolut pas à répondre à ses derniers mots. Sa propre histoire était si percluse d'elle qu'il ne doutait pas qu'elle ait ne serait-ce que décelé à quel point son absence avait pu l'anéantir. La faiblesse des mots ne traduirait jamais la force des sentiments et il se tint coi, nonchalamment appuyé sur une de ses jambes, mains dans les poches, toujours aussi perturbé par sa présence irréelle après tant d'absence. C'est ce qu'il avait souhaité ces années passées mais il ne parvenait pas à y faire face aujourd'hui. Trop d'attentes ou trop de chemin parcouru ? Il ne comprenait pas ce qui le paralysait ainsi mais la force était trop puissante pour qu'il s'en défasse d'un mouvement de tête. Celle-ci resta donc fixement droite au-dessus de son corps, siège de mille et une pensées et pourtant exempte de quelques manifestations émotionnelles que ce soit.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Ven 9 Mai - 16:10

Le silence s'était installé et la jeune femme s'y abandonna. Un coup de vent vint caresser ses traits et quelques mèches noires chatouillèrent son visage. Bien que le récit de Lin et la douleur du jeune homme s'étaient enracinés dans son cœur, elle se sentait étrangement sereine. Vidée, mais sereine. Raconter leur fuite avait adouci ses souvenirs et libéré sa conscience. Le corps appuyé contre la pierre, les yeux clos, elle se laissa emporter par les sons qui l'entouraient et les odeurs des environs. Elle eut soudainement le désir irrésistible d'aller glisser son nez le long du cou du jeune homme et de retrouver son odeur. Elle déglutit et le charme de l'instant se brisa. Ses yeux se rouvrirent. Il n'était plus à elle. Il lui fallait chasser ces pensées de son esprit.

Le mouvement du jeune homme attira son attention. Elle tourna la tête pour le regarder sans que ses genoux quittent son buste. Ses paroles la frappèrent par leur animosité et leur virulence, mais la jeune femme ne se jeta pas tête baissée dans la défense de son ami. Vamp ne connaissait pas encore bien l'homme qui lui faisait désormais face. Elle ne connaissait que l'ancien Lin et il n'aurait jamais tué quelqu'un par colère. Aussi ne prit-elle pas réellement ses menaces au sérieux.


- Fenrir ne veut que mon bien tu sais... Il est pragmatique. J'étais partie depuis longtemps, il était logique pour lui que tu avais dû trouver une nouvelle compagne après tout ce temps. Il m'a sauvé la vie plus d'une fois durant le voyage. Et il s'est bien occupé de moi.

Vamp l'aimait comme un frère. Ils avaient passé leur enfance ensemble et avait grandi l'un près de l'autre. Elle savait qu'il serait toujours là pour elle comme elle pour lui. Pourtant elle n'oublierait jamais les trois années qu'il lui avait arrachées.

- Il n'a jamais vraiment compris pourquoi nous... Hm. Enfin, ce que je pouvais bien te trouver...

Elle évita le regard noisette, gênée. Ce n'était que la pure vérité. Elle avait pourtant eu de longues conversations avec le Loup pour lui expliquer le caractère du jeune barbu, son comportement et la façon dont il prenait soin d'elle. Rien n'y fit. Une petite voix au fond d'elle lui chuchotait que Fenrir ne voulait tout simplement pas admettre le bonheur de la jeune femme auprès d'un quelconque paysan.

Le prénom d'Ania la sortit de ses réflexions. Elle répondit sans réfléchir, son caractère impulsif reprenant impérieusement le dessus.

- Il est hors de question qu'tu épouses qui que ce s...

La fin de sa phrase mourut dans sa gorge alors que la jeune femme refermait brutalement ses lèvres. Le pourpre lui monta aux joues et elle détourna le regard. Elle s'obligea à continuer sur le ton de la conversation, sachant pertinemment que la rougeur de son visage ne trompait personne.

- Cette petite a jeté son dévolu sur ta personne. Je ne peux rien pour toi : elle est l'une des personnes les plus têtues que je connaisse. Je me demande de qui elle tient ça dans la famille... Mais quoi que je lui dise, tu resteras son fiancé.

Un petit sourire espiègle apparut au coin de ses lèvres. Vamp étira ses longues jambes et se leva. Elle n'avait qu'à tendre le bras pour toucher le corps du jeune homme. Ses yeux noirs remontèrent timidement pour rencontrer ceux du jeune homme. Son sourire malicieux s'effaça alors qu'elle se noyait dans ces yeux. Mu par autre chose que sa raison, son corps altier fit un pas de plus. Elle était si près du jeune homme que, lorsque le vent se leva et s'engouffra dans les pans de sa chemise, le tissu vint caresser les côtes de l'ancien barbu. Ses yeux noirs ne quittaient pas les siens. Rien n'aurait pu l'arracher à ce regard. Un pas de plus et elle se serait retrouvée contre la sécurité de son torse. Quelques centimètres de plus et ses lèvres auraient touché son menton. Puis ses yeux clignèrent plusieurs fois de suite, comme si elle venait de se réveiller.

Il est temps de dire quelques chose. Parle.

- Tu veux bien me raccompagner ?

***

Ses bottes claquaient sur les pavés d'un rythme régulier. La jeune femme marchait plus lentement que de coutume. Elle ne voulait pas arriver trop vite à la grange. La présence du jeune homme l’apaisait et pour la première fois depuis très longtemps, elle se sentait bien. Elle savait pourtant que chaque pas la rapprochait un peu plus de l'instant où ils devraient se séparer.

Ses pensées vagabondaient sur le récit du jeune homme. Elles passaient d'une partie de son histoire à une autre, retournant brutalement en arrière avant de repartir tout aussi vite. Une question lui brûlait les lèvres. Mais l'ombre de la lâcheté planait sur la jeune femme. Elle se doutait que Lin avait dû lui cacher quelques détails sur sa vie passée. Mais parfois certains faits font moins mal s'ils restent dans l'obscurité. Et Vamp n'était pas sûre de vouloir connaître la réponse à la question qui rongeait sa conscience.

Finalement, sans prévenir, elle se stoppa net et se tourna d'un bloc vers le jeune homme. Si elle lui faisait face, ses yeux évitaient de rencontrer les siens. Sa voix s'éleva, incertaine.


- J'aimerai savoir... As-tu fait l'amour à toutes ces femmes ?

- Vamp !


Elle s'apprêta à grimacer, prête à encaisser le grondement du jeune homme. Après tout, cela ne la regardait plus. Mais ce n'était pas Lin qui avait dit son prénom. Interloquée, elle se retourna, oubliant aussitôt la question qu'elle venait de poser.

Fenrir s'approcha, légèrement essoufflé. Inquiet de ne pas voir la jeune femme revenir avec les vivres qu'il lui avait demandé, il avait arpenté toutes les rues et vérifier toutes les tavernes qui s'étaient trouvées sur sa route. Son amie restait introuvable. Vamp était l'une des rares personnes qui lui restaient et l'état dans lequel il l'avait récupérée après ses retrouvailles avec l'espèce de paysan-sans-intérêt l'avait profondément inquiété. Lin était une source de douleur pour la jeune femme. Le garou ne pouvait le laisser vampiriser ainsi l'énergie et le cœur de Vamp.

La jeune femme s'avança prestement de quelques pas vers son ami d'enfance pour l'empêcher d'approcher plus. Elle avait vu comment Lin avait plaqué l'Anglais contre ce comptoir quelques jours plus tôt. Fenrir était un peu moins grand que l'ancien barbu mais il semblait plus trapu. Un combat aurait fait des dégâts assez conséquents et la jeune femme avait d'autres chats à fouetter. Si elle doutait que Lin pensait réellement au meurtre, elle l'imaginait assez bien vouloir en découdre.

Les yeux bleus de l'homme se posèrent un court instant sur l'ancien barbu. Il le salua poliment d'un signe de tête mais son visage restait froid et distant. Un bras possessif entoura bientôt les épaules de son amie. Il voulait l'éloigner de lui au plus vite, avant que les dégâts ne soient irréparables.


- Où étais-tu ? Je t'ai dit d'aller chercher des vivres... Voilà des heures que tu es partie. Il est temps de rentrer.

Vamp fronça les sourcils. Fenrir n'avait jamais pour habitude de la toucher plus que nécessaire et son bras inquisiteur la mit en garde. Elle n'aima pas non plus sa tirade. Depuis quelques temps, il avait pris l'habitude de lui donner des ordres. Or si Vamp détestait bien quelque chose, c'était qu'on lui dicte ses actes. D'un mouvement souple d'épaule, elle fit glisser le bras de son ami.

- J'irai les acheter demain. Rien ne presse de toute façon, non ?

- Non. Mais je t'avais demandé de le faire.

- Et depuis quand j'écoute ce que tu me dis ?


Le ton se voulait léger mais les yeux de la jeune femme lançaient un avertissement très clair. Tellement clair que le jeune loup préféra l'ignorer.

- Il est temps de rentrer.

Inconsciemment, le corps de la jeune femme se recula d'un pas vers l'ancien barbu. Elle savait -pensait- que Fenrir voulait qu'elle rentre tôt pour l'empêcher de finir ivre dans une taverne. Mais Vamp n'avait pas envie de boire. Elle n'avait pas envie d'alcool. Elle voulait rester encore un peu en compagnie de Lin. Juste quelques minutes de plus. Et puis le ton paternel avec lequel il s'adressait à elle commençait à lui hérisser le poil.

- Nous ne faisons que discuter. Maintenant laisse-moi. Je rentrerai quand je l'aurai décidé.

La jeune femme amorça un nouveau pas en arrière, comme pour clore la conversation, mais brusquement, la poigne de son ami se referma fermement sur son bras droit, la ramenant vers lui sans douceur. Elle fut obligée de faire un pas en avant pour ne pas perdre l'équilibre. Sa main gauche essaya de lui faire lâcher prise mais il emprisonna aisément son second poignet. Fenrir était physiquement plus fort qu'elle. Elle tenta de se dégager par quelques secousses mais l'étau se resserra plus sèchement sur sa chair. La colère s'insinua lentement dans ses veines.

- Tu oublies à qui tu t'adresses. Je veux que tu me lâches maintenant.


Mais elle n'eut pour toute réponse que le reflet d'yeux bleus décidés. Il ne jouait pas. Elle essaya de nouveau plus violemment de se libérer de sa poigne mais les muscles du jeune homme jouèrent sous le tissu de sa chemise et elle fut bientôt obligée de s'immobiliser.

- FENRIR LÂCHE-MOI !

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Ven 9 Mai - 17:38

Il la suivait, quelques pas derrière elle. Il ne s'était pas résolu à marcher à son côté. Ce n'était pas tant l'habitude qu'il avait d'escorter les gens deux pas dans leur dos pour assurer leur sécurité qui lui imposait ce léger décalage mais l'incapacité à se tenir à sa hauteur sans se sentir tendu. Elle dégageait toujours une aura qu'il ne comprenait pas mais ressentait pleinement et devoir s'y soumettre sans pouvoir y agir accroissait la tension de ses membres.

Il restait donc légèrement en retrait, ses mains n'ayant pas quitté ses poches. Il avait posé les yeux sur l'horizon pour ne pas laisser ses yeux vagabonder sur elle. Il savait que chacun de ses pas faisait se mouvoir le tissu de sa chemise sur son dos et que le mouvement s'imprimait jusqu'au bas du vêtement, accompagnant la chute de ses reins et la naissance de sa croupe. La simple imagination de la fluidité du tissu sur sa peau cadavérique le laissait déconcentré et il ne tenait pas à perdre le contrôle face à elle.

Lorsqu'elle se retourna, il ne dut qu'à ses réflexes de ne pas lui rentrer dedans. L'arrêt avait été brutal et la distance qui les séparait n'était pas assez grande pour qu'il ait le temps d'anticiper. C'est donc à un pas à peine d'elle qu'il reçut sa question.

Que pouvait-il lui répondre ? Son esprit fouilla sa mémoire pour retrouver ce temps passé en Angleterre, imbibé d'alcool. Les vapeurs éthyliques qui ressortaient de ses souvenirs embuaient la netteté des images et il plissa les yeux comme pour mieux distinguer ses réminiscences.

Pourtant, il n'eut pas à les évoquer. Une voix s'était élevée plus en amont de la rue, coupant court aux interrogations de la jeune femme. Le corps de Lin se redressa machinalement alors que ses mâchoires se serrèrent, à l'instar de ses poings au fond de ses poches. Fenrir.

Il ne fallut que quelques secondes à l'ancien barbu pour voir refluer tout son calme. L'apaisement qu'il avait ressenti sur les hauteurs des murailles fut balayé par la simple vision des yeux glaciaux de l'ami de Vamp. Le coin de son nez frémit, un son sourd s'élevant de son poitrail. Le chacal …

Lin dut faire un effort incommensurable pour ne pas contourner la brune et se jeter immédiatement sur l'homme aux favoris. Le mouvement de tête qu'il eut pour le saluer ne fit qu'accentuer son animosité à son encontre. Faux-jeton. Des courbettes par-devant, des coups durs par derrière. Le jeune homme sentait nettement le poison de la rage qui sillonnait ses veines et qui reprenait lentement ses droits dans son corps. L'habitude du conflit avait conditionné ses membres qui étaient déjà perclus de la tension du combat imminent. Ils voulaient se battre.

Face à lui, le traître se tenait en légitime, un bras autour des épaules de Vamp. La vision abaissa le visage de l'ancien barbu. Seuls ses yeux étaient relevés vers le loup-garou, soulignés par ses sourcils froncés. Le mouvement était clair, le jeune homme voulait en découdre. Qu'il fasse un seul geste déplacé et Lin serait sur lui.

Il tentait pourtant de rester calme. La tension de son corps imposait une légère houle à toute sa personne qui se balançait alors très doucement d'avant en arrière. Ses muscles étaient saillants sous le tissu de sa chemise et son cou était devenu massif, encadré de deltoïdes arqués par la retenue qu'il s'imposait. Ses mains dérobées aux regards étaient contractées jusqu'à la pâleur la plus totale de ses phalanges. Son esprit tournait exagérément sous son crâne, siège d'une bataille agitée entre sa raison et son instinct. Si l'une lui disait de l'ignorer superbement, l'autre lui ordonnait d'attaquer. Un terme serait vite mis à une rage sans nom qui oppressait son torse par un coup de pavé bien placé. Mais la brune estimait ce repère. Pouvait-il véritablement l'en priver ?

Il n'eut pas le temps de répondre. La poigne resserrée de l'homme sur le bras blanc et le cri de protestation de sa propriétaire sectionnèrent les liens de la lourde herse qui s'abattit entre sa raison et la réalité. Enfermée, elle n'eut plus son mot à dire. L'esprit du jeune homme s'obscurcit instantanément et l'épais brouillard noir qui le recouvrit entièrement ne laissa plus place à aucune lumière.

Les digues cédèrent et il se projeta vers l'avant dans une déferlante d'énergie. Disparu, la lucide cervelle qui accompagnait Vamp sur les remparts. Effacé, le calme étrange après la tempête.

Son torse s'aplatit violemment contre le dos de la jeune femme alors que son bras tendu menait une main implacable au torse de l'homme. Le coup de poing percuta le thorax de celui qu'il haïssait avec la force de la propulsion. Une boule de violence balancée sur un corps. La seconde d'après, il avait contourné Vamp et saisissait le collet de l'autre. Ses yeux étaient métalliques et l'éclair de démence qui les traversa ne laissait rien présager de bon. Il n'avait en tête que l'intelligence d'une dague et la volonté aussi acérée que sa lame.

Le grognement sourd qui s'éleva de son torse indiquait l'état qui était le sien alors qu'il maintenait l'homme sous une poigne sans faille. Son second poing s'éleva dans son dos alors qu'il desserrait les dents.


Je vais te faire lâcher ta vie.

Le poing s'abattit avec une violence sans commune mesure entre les côtes de l'homme. Pas un frémissement ne parcourut Lin. Il allait recommencer. Dans le foie. Dans les côtes. Dans le sternum. Quand ses phalanges seraient usées, il utiliserait ses paumes. Pour lui briser les genoux. Pour lui écraser la trachée. Pour l'étouffer. La force qui muait l'ancien barbu ne laissait aucune place au doute. De ses mains nues et sans une once d'hésitation, il allait le tuer.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 10 Mai - 5:15

Le choc fut sourd. Elle avait complètement oublié la présence de Lin dans son dos, tant le comportement de son ami l'irritait. La secousse fit lâcher Fenrir et il s'en fallut de peu qu'elle ne s'effondre sur le sol poussiéreux.

Emporté par l'élan du choc, le corps du garou se recula de quelques pas. Son regard bleu se cristallisa de froid. D'un geste simple, il écarta Vamp sans quitter le paysan des yeux. Ses mâchoires se contractèrent sous ses favoris, ses muscles suivant de près. Pourtant il n'attaqua pas. Il savait l'importance qu'avait cet homme pour Vamp. L'éloigner d'elle était une chose mais le ruer de coups en était une autre. Le poing qu'il reçu entre ses côtes lui fit changer d'avis sur ses bonnes intentions.

Le choc vrilla le long de ses os alors que la douleur bloquait sa respiration. Cassé en deux, il tenta de reprendre sa respiration avec lenteur, profitant des quelques secondes de répit pour mettre un semblant d'ordre dans la situation. Jamais, il n'aurait pensé le paysan capable d'une telle force ni d'une telle violence. Quelque chose avait changé... Fenrir se redressa de toute sa taille pour faire face au fou qui venait de s'en prendre à lui. Ses poings se serrèrent.

Il n'en était pas à sa première querelle. Fenrir n'était pas un innocent et son comportement querelleur avait provoqué de nombreuses joutes en taverne. Mais le regard du paysan n'était pas imbibé d'alcool. Ils étaient avides de meurtre. Il grogna. Il ne pouvait pas tuer Lin. Vamp ne le lui pardonnerait jamais. Et puis elle risquait de vouloir le tuer à son tour. Mais s'il restait passif, il allait mourir sous les poings de cet incapable. Vamp était sa famille, sa meute. Il se devait de la protéger de la démence qu'il lisait dans les yeux marron. Alors il attaqua. Ses phalanges s'écrasèrent contre la mâchoire qui le dépassait de quelques centimètres.

Malgré sa carrure trapue, il parvenait à éviter souplement une partie des coups qui lui étaient destinés. L'esquive avait été la meilleure des tactiques pour Vamp et lui durant leur enfance. Il y était rodé. Fenrir avait de la force. Peut être plus que Lin en temps normal, mais ses mouvements ne prenaient pas vie grâce à la rage ou la haine. Après avoir reçu quelques coups, il comprit bien vite qu'il ne serait pas à la hauteur. Le goût du sang humectait déjà son palet. Son seul salut était de renverser l'homme au sol. Il était plus lourd que lui, s'il parvenait à le faire tomber, le Loup pouvait avoir son avantage. Il visa donc les jambes. Son corps puissant heurta les genoux de l'ancien barbu et l'entraîna vers l'arrière pour l'emprisonner contre les pavés. La chute fut lourde, quelques os craquèrent. Mais l'homme se redressa aussitôt, dominant sa victime et se mit aussitôt à frapper, visant les côtes et le visage.


La jeune femme avait du mal à y croire. Elle ne devint pas hystérique en leur hurlant d'arrêter. Son visage n'était pas inondé de larmes anxieuses. Lentement, ses traits prirent une expression atterrée. Jamais elle n'aurait cru Lin capable d'une telle force. Son regard étudia minutieusement le corps de son ancien amant. Les muscles jouaient sous le tissu de sa chemise. Elle ne savait pas vraiment d'où il puisait une telle force mais quelque chose changea au fond d'elle. Il lui semblait plus grand, plus imposant. Sa gorge s'assécha brusquement. Un nœud de désir se noua dans le creux de son ventre. Elle voulait qu'il cesse pour venir la prendre par la taille et l'embrasser avec la même violence que celle avec laquelle il tapait sur Fenrir. Fenrir qui avait totalement disparu de ses propres pensées. Elle voulait qu'il l'emprisonne contre le tronc d'un arbre et sentir ces mêmes muscles onduler contre son corps. Elle voulait sentir ses doigts fermes et...

La chute des deux corps la tira de son vagabondage érotique. Et pour cause, le corps de Fenrir cachait celui du jeune homme. La lutte n'avait commencé que depuis une quarantaine de secondes mais la jeune femme n'aimait pas la tournure que prenaient les choses. Elle déglutit pour chasser l'aridité de sa gorge et fit un pas incertain vers le « couple ». Ils étaient tous deux très en colère. Elle n'était pas sûre qu'ils la voient arriver et ne désirait vraiment pas se prendre l'un de leur poing dans les côtes. Grognant, elle s'avança tout de même.


- Vous êtes ridicules. On dirait deux chiens se battant pour une histoire de territoire. Ça suffit !


Raisonner un ivrogne plongé dans un coma éthylique aurait été plus efficace. Un de ses sourcils noirs se leva. En toute honnêteté, elle n'était pas sûre de vouloir être si efficace. Mais du sang apparut sur le visage de Lin. Sa réaction fut instantanée. Elle ne savait pas si c'était son sang ou celui de Fenrir mais sa raison ne se donna même pas la peine de lui en faire la remarque. Le liquide rouge teintait la peau de l'ancien barbu, il n'en fallait pas plus à Vamp. Elle s'interposa. Cela ne manqua pas : elle se prit un coup perdu dans l'os de la hanche. Un grognement s'éleva mais elle ne fit pas un pas en arrière. Péniblement, elle se glissa entre les deux hommes, repoussant les coups et les mouvements virils. Elle tenta de repousser Fenrir le plus loin possible du corps du jeune homme, sans grand succès. Il était trop fort, trop lourd.

- J'ai dit CA SUFFIT ! Éloigne-toi de lui, MAINTENANT !


Aucun des deux hommes ne lui facilitaient la tâche et les bras de la jeune femme commençaient à faiblir. Elle n'y arriverait jamais seule. Elle commençait à perdre espoir quand le corps de Fenrir fut arraché du sol. Le bras épuisé de la jeune femme retomba et un faible sourire étira ses lèvres quand elle vit leur troisième compagnon retenir le Loup sans le moindre effort. Il lui adressa une question mais la jeune femme se contenta de secouer la tête pour toute réponse. Un rire énorme et moqueur s'éleva de l'immense tas de chair. Moqueur.

Elle se releva souplement et laissant à peine le temps à Lin de se relever, elle s'interposa entre lui et Fenrir. Avec douceur, sa main chaude se posa contre le sternum du jeune homme. Sa main n'était pas là pour l'empêcher de passer ou pour le retenir. La jeune femme cherchait à apaiser la haine et les battements de son cœur. Elle resta droite face à lui. Si jamais elle n'arrivait pas à lui faire reprendre le contrôle, il la balaierait facilement d'un simple mouvement de bras. Sa voix s'éleva, aussi douce que le toucher de sa main alors que ses yeux noirs cherchaient les siens.


- Lin regarde-moi. C'est bon, ça suffit. Je pense qu'il a compris. Reviens, je t'en prie.


La tendresse de ses yeux faisait écho au calme de sa voix. Elle n'avait étrangement pas peur de lui. Peut-être aurait-elle dû ? Mais les rigoles de sang qui ondulaient sur les pommettes et les joues du jeune homme retenaient trop son inquiétude pour qu'elle reste alerte sur sa propre sécurité.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 10 Mai - 6:29

Ce chien l'avait renversé alors qu'il s'apprêtait à lui exploser l'arcade de ses phalanges blanchies. Il avait fini par comprendre que Lin ne lui laisserait aucune chance de s'en tirer vivant et la ruse dont il usa acheva de convaincre l'ancien barbu qu'il était lancé à son tour pour de bon. Le jeune homme ressentit une vive douleur au centre du dos, témoin de la force de l'impact de ses vertèbres sur le sol dur. Il n'émit pas un son. Sa douleur se mua en un relent de colère avec lequel il visa le nez de son adversaire, tout front dehors.

Il ne l'atteignit jamais. Vamp venait de s'interposer, déviant le corps du loup. Lin fut désaxé et frappa dans le vide. Le raté ne fit qu'accroître sa volonté de réussite et il se redressa pour parvenir à atteindre l'homme aux favoris. Le corps de la brune le gênait, elle était en plein milieu du champ de bataille. Le jeune homme était dans un tel état de rage qu'il aurait pu la frapper pour qu'elle s'éloigne.

Mais la brusquerie avec laquelle le poids de Fenrir disparu de son ventre le laissa un instant hébété. Où était passé ce lâche ? La brune était toujours là, bras ballants mais celui qu'il voulait cogner s'était éloigné. Quel manque de courage ! Il fuyait. Lin en était persuadé alors qu'il se relevait une seconde après la jeune femme, loin d'être calmé. Il voulait achever ce bâtard d'animal et le recul de celui-ci ne faisait qu'attiser sa haine. Il n'aime pas les lâches.

La main qui se posa sur son sternum ne parvint pas à calmer la rage dans ses veines ni les éclairs dans ses yeux. Il avait basculé, il voulait tuer. Il n'eut qu'un regard pour celle qui tentait de le retenir, un avertissement muet. Elle avait une demi-seconde pour s'écarter ou il s'en chargerait.

Pourtant, quand ses pupilles tombèrent sur le corps qu'il voulait abattre, sa rage se vaporisa en d'interminables filets de frustration, lancés sur chacun de ses membres. Il était retenu. Deux bras massifs retenaient l'homme aux favoris, lui interdisant tout mouvement. Un cri de dépit s'échappa de la gorge du jeune homme alors qu'il fouettait l'air d'un poing rageur. On ne frappait pas un homme immobilisé. Jamais. C'était une histoire d'honneur, de respect. S'il le tuait alors qu'il n'avait aucun moyen de se défendre, il se salissait.

Le torse du rageur se souleva sous la paume de la jeune femme, empli d'une tornade de frustration. Interrompu, il ne pouvait pas achever ce qu'il avait entrepris. La colère ne retomba pas, alimentée par cette pensée. Il recula d'un pas pour se tenir hors de portée de la brune avant de la contourner pour s'approcher du haï.

Ses yeux se plantèrent dans ceux de son adversaire aussi droit que son dos sous tension. Il n'en avait pas fini avec lui. Ce n'était que partie remise. Lin gronda sourdement avait de se redresser brusquement, dans un geste inhabituel. La seconde d'après, il avait craché sur l'homme retenu.

Il n'aimait pas cette coutume idiote mais Lars lui avait donné les ficelles derrière ce geste dégradant. Et la situation dans laquelle il se trouvait était l'exacte reconstitution des règles nécessaires à l'emploi du crachat. Il lui signifiait tant son mépris que sa pugnacité. Marqué par sa salive, il devenait une cible qu'on n'oublie pas.

Il se détourna sans un regard de plus pour Fenrir. La montagne qui le retenait prisonnier pouvait bien frapper si elle le voulait, il était prêt à se mesurer à plus fort que lui. Il avait eu le temps d'explorer le corps-à-corps sous toutes ses facettes et il se sentait d'aplomb pour ruser sous n'importe quelle force brute. Expert dans ce domaine, ses poings serrés trahissaient la tension de ses membres qui n'était pas redescendue.

Arrivé à hauteur de la brune, il serra les mâchoires. Le filet de sang qui s'échappait d'une de ses arcades ouvertes parvint à sa bouche mais le goût métallique ne le fit pas réagir. Il le connaissait bien, ses papilles ne s'en affolaient plus.


Ton escorte a changé, je ne le suivrais pour rien au monde.

La boule d'angoisse qui bloqua sa gorge à ce moment-là le surprit plus efficacement que la vue de son sang sur la main qu'il passa sur son visage. Elle allait le suivre, à nouveau. Loin de lui, à nouveau.

La force qui broya ses côtes lui retourna l'estomac et il dut se plier en deux pour ne pas tout rendre sur le sol de la rue. La sueur se mêla au sang sur son front alors qu'il fermait les yeux dans une longue inspiration. Reprendre conscience, ne pas se laisser envahir, ne pas se souvenir. Son souffle était pourtant court, le torse soulevé par à-coups sous la montée d'angoisse qu'il ne maîtrisait pas. Dos à tous, il se protégeait mécaniquement d'une vision qu'il redoutait.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 10 Mai - 8:47

La jeune femme eut un réflexe de recul mais ne bougea pas, bien campée sur ses deux jambes. La peur ne brillait pas dans ses yeux, uniquement une grande perplexité. Elle ne retrouvait pas le regard de Lin. La menace cachée de ses yeux la fit tressaillir et elle finit par reculer d'un pas prudent. La prudence reprit ses droits et les épaules blanches se redressèrent, carrées. Elle savait qu'elle était à l'origine de la nature animal du jeune homme. C'était entièrement sa faute. Son bras retomba mollement le long de son corps. La culpabilité vint serrer sa gorge. Qu'avait-elle fait de lui ?

Elle ne l'arrêta pourtant pas lorsque le jeune homme la dépassa. Malgré tout ce qu'elle avait pu voir, malgré ce qu'elle avait lu dans les yeux de Lin, une étincelle de confiance pour lui s'accrocha désespérément à son cœur. Nicolaï lui lança un regard interrogatif de ses yeux sombres mais la jeune femme secoua la tête. Ayant toute confiance en sa compagne, il se contenta de garder Fenrir entre ses gros poings. Tous étaient silencieux, le Loup reprenant son souffle et la jeune femme observant la scène. Elle ne s'attendait pas vraiment à des excuses ou à une poignée de main. Mais certainement pas à ça...

Ses lèvres s'entrouvrirent d'horreur et de surprise. Nicolaï gronda et fit un pas menaçant vers l'homme. Chez eux, l'honneur avait plus de valeur que la vie. Ce que venait de faire Lin était tout simplement impardonnable et appelait au duel. L'étincelle de confiance s'évanouit. Elle n'en croyait pas ses yeux. La jeune femme fit un geste en direction de ses compagnons pour les empêcher d'intervenir. Pas par réflexe de protection envers le jeune homme, non. Elle voulait s'en occuper personnellement. Le mépris la gagna et elle se redressa de toute sa hauteur alors qu'il revenait vers elle. Qu'allait-il faire ? Lui cracher au visage aussi, comme un animal ?

Ses paroles touchèrent ses oreilles mais restèrent loin de son cœur. Elle resta droite, froide comme la neige qui avait failli la tuer. Plus aucun sentiment ne l'habitait exceptée une fureur qui contractait ses cuisses. Très lentement, elle s'approcha et le contourna pour lui faire face. Ses yeux se posèrent sur le visage du jeune homme. Méprisants mais portant aussi une déception qui était bien palpable.  Elle ne dit rien, attendant que le jeune homme la regarde de face. Toute trace de tendresse et de douceur avait déserté ses iris. Jamais elle n'avait posé un tel regard sur Lin. Sa voix s'éleva, lente, froide et cruelle. S'il n'avait pas craché, elle l'aurait pris contre elle. Mais il avait craché.


- Il y a quelques nuits, tu m'as traitée de lâche. Tu avais raison. J'ai été lâche. Mais si je suis des lâches qui abandonnent les gens, toi, qui es-tu ? Le lâche qui crache sur un homme qui est maîtrisé ? Un animal qui est incapable de se contrôler et qui ne répond à la haine que par la violence ? Le lâche qui préfère fuir dans un train de vie détestable plutôt que de me faire face ? Tu ne penses pas qu'on a assez souffert tous les deux ? Par deux fois tu t'es interposé entre le danger et moi ces derniers jours. Mais tu ne l'as pas fait pour me protéger. Tu l'as fait pour te libérer de cette souffrance. Tu ne crois pas qu'il aurait été plus simple de te libérer dans mes bras que de t'abandonner à la violence ? Se battre, ce n'est pas taper sur quelqu'un jusqu'à le tuer. Se battre, ce n'est pas cracher au visage d'un ennemi. Où est passé ton honneur et ton respect ? Merde, Lin où es-tu passé ? Fenrir est un idiot mais toi tu es un animal. Le pire, c'est que tu ne t'en prends pas à la bonne personne. Ce n'est pas Fenrir qui t'a abandonné, c'est moi. C'est sur moi que tu dois cogner. C'est sur moi que tu dois cracher. C'est moi qui ai pris la décision de partir, pas Fenrir. Ton geste... est impardonnable.

Sa voix se fit plus douce mais ses yeux se vidèrent de toute expression, de tout sentiment.


- Tu viens de perdre mon estime. En fait, je crois que tu viens de perdre mon amour. Pour rien au monde je ne suivrais l'homme que tu es devenu.

Elle se détourna et partit.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 10 Mai - 16:20

Il resta immobile de longues minutes. Son corps déployé avait reçu les mots de la jeune femme sans broncher. Un à un, ils étaient venus se ficher dans sa chair et se glisser sous sa peau par les plaies qu'ils avaient ouvertes. Le regard qu'elle portait sur lui aurait été insoutenable en temps normal. Elle ne le considérait plus, du tout. Il n'était plus rien à ses yeux qu'un animal dénué d'humanité, une vague bête dominée par ses instincts.

Son départ le laissa inanimé, rigide pilier de chair au milieu de la rue. Quelques badauds le contournèrent, certains avec prudence, d'autres en le regardant avec insistance. Il semblait statufié, hors de son corps et hors du temps. Envolé. Comme l'amour de Vamp. Evaporé. Il ne l'avait jamais vue ainsi ni n'avait jamais connu un tel regard dans ses yeux. Elle le méprisait. Autant qu'il méprisait Fenrir. De simples mots, elle l'avait achevé.

Il releva des yeux humides sur le paysage qui lui faisait face. Une rue légèrement en pente et des maisons branlantes dont les murs de pierre saillaient pas endroit au-dessus des pavés. Quelques âmes s'y perdaient, la sienne s'y abîma. Il eut une soudaine envie de pleurer, comme un enfant pleure après son premier chagrin d'amour. A grosses larmes, avec des hoquets incompréhensibles et des sanglots à s'étouffer.

Il entreprit alors de s'éloigner pour disparaître à la vue de tous. Il laissa tomber sa carcasse entre une fourche et un licol, adossé à un muret, les genoux repliés contre sa poitrine. Quand ses bras les enserrèrent et que son front trouva ses rotules, il céda à l'infinie tristesse qui menaçait de le noyer, secoué par ses pleurs désordonnés. Au fond de ce champ, il savait que personne ne le verrait et il laissait libre court à sa peine. Il était misérablement pathétique.

Quand il reprit le chemin de la ville le lendemain, il avait évacué tout ce qui s'était agrippé en lui et qui le mangeait de l'intérieur. La nuit qu'il avait passée à la belle étoile avait épurer ses pensées et il avait cru comprendre son attitude passée et présente en vagabondant dans les étoiles.

Il était allé au bout de sa douleur, jusqu'à s'infliger le pire châtiment. Il avait reçu l'uppercut ultime, le point final à ces années de destruction. Elle était partie sans rien lui dire, il s'était enfoncé dans un malheur sans nom. A son retour, il avait appris que c'était un abandon volontaire. Ca n'était pas supportable. Ca ne l'était pas, à moins qu'il ait été motivé par quelque chose de plus profond. Son absence de sentiments. La raison était toute trouvée. Il fallait qu'il éradique le moindre de ses espoirs pour pouvoir se reconstruire, c'était chose faite. Elle lui avait clairement dit qu'il n'avait plus ni son estime ni son amour. Il avait cette fois-ci véritablement tout perdu, il ne pouvait pas aller plus profond, il ne pourrait plus jamais se faire aussi mal.

Il avait la sensation que son coeur s'était mis en sourdine. Comme figé dans une chape protectrice, à vie. Il ne ressentirait plus. Il n'en voulait plus. Elle seule avait connu ses sentiments les plus forts, il ne les exprimerait à personne d'autre. C'en était fini de ses émotions.

Aussi lucide qu'il était vide, il était retourné trouver Larson. L'anglais avait été là à chaque étape de sa tourmente et il ne doutait pas qu'il serait encore là pour mettre à profit sa carcasse sans plus aucun but à atteindre. L'homme passa un bras amical sur ses épaules et lui tapa sur l'omoplate à plusieurs reprises avec compassion. Selon lui, rien n'était à désirer dans une femme. A part peut-être son argent. Si elle en avait beaucoup. Le reste, on s'en passait facilement.

Lin se laissa porter par le train de vie du bâtard anglo-saxon, reprenant la vie qu'il avait vécu jusque là. Pourtant, il la regardait différemment. Les démons qui le hantaient ne grondaient plus dans son ventre, ses angoisses s'étaient évaporées et la blessure profonde qui suppurait avait été substituée par un plateau vide. Il n'y avait plus rien de sa souffrance. Comme si elle avait pris un terme avec les paroles de la brune.

Finalement, il avait ré-équilibré la balance. Ce n'était pas à lui de le faire, il aurait juré que c'était à celle qui l'avait déréglée de venir la remettre d'aplomb. Son être en avait décidé autrement et malgré lui, il avait tout remis d'équerre. Il avait disparu aussi nettement qu'elle était partie. Elle le détestait autant qu'il avait pu la haïr. Chacun avait désormais une raison d'en vouloir à l'autre. Leurs mépris s'égalaient dans son esprit pour ne plus former qu'une ligne droite sans accroc, une sorte d'osmose dans l'exclusion.

Il avait trop ressenti, il avait épuisé son quota émotionnel. Sur les arrières de l'anglais, il observait les gens avec recul. Comme anesthésié, il regardait le monde avec distance et sans émotion. En lui, l'image aurait pu être peinte tant elle était puissante. C'était le calme après la tempête.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 10 Mai - 18:27

La jeune femme ne dormit pas de la nuit. Elle erra, seule, à travers la vie nocturne des rues. Elle se fit bousculer une bonne demi-douzaine de fois. Abordée par des prostituées qui la confondirent avec un homme par sa haute taille et ses cheveux courts. Provoquée par de jeunes coqs prétentieux. Mais personne n'arriva à la faire réagir. Elle ne voulait pas se défendre. Elle ne voulait même pas boire. La détresse qui serrait son cœur évinçait la soif comme la faim. Vamp avait la sensation d'errer dans sa propre tête.

Avait-elle réellement dit ces mots ? Subitement, elle regarda autour d'elle alors qu'une vague de panique perlait son dos de sueur. Où était-il ? Pourquoi n'était-il pas ici ? Elle se retourna brusquement. Mais il n'y avait pas de Lin. Elle était pourtant persuadée d'avoir entendu le son de sa voix. Un son de détresse s'éleva de la gorge blanche. Devenait-elle folle ? Prise d'un haut-le-cœur, elle se pencha en s'appuyant sur un mur de pierre. Son ventre se vida du peu qu'elle avait mangé cette journée-là. Elle toussa, la gorge en feu, et ferma les yeux. Son ventre était douloureux et elle dut s'asseoir sur le sol sale. La jeune femme avait envie de hurler. Elle avait la sensation qu'un danger planait au-dessus de sa tête, menaçant de s'effondrer sur ses épaules et que rien ne pouvait la protéger. Elle voulait Lin.

Vamp rentra tard à la grange, sobre mais vidée de toute énergie. Elle avait froidement refusé de prendre soin des blessures de Fenrir. L'image du sang sur le visage de Lin la hantait. S'était-il soigné ? Avait-il des blessures qu'elle n'avait pu voir ? Anxieuse, ses ongles s'attaquèrent à ses bras, les grattant avec acharnement. Elle s'appuya contre une poutre en observant Ania dormir sans la voir. La jeune femme se sentait mal. Très mal. Si Lin était dans cet état, c'était uniquement de sa faute. Certes la violence dont il avait fait preuve n'était pas totalement excusable, mais il souffrait. Et au lieu de s'occuper de lui, de trouver une solution à ses côtés, Vamp lui avait tourné le dos et l'avait abandonné. Qui était le plus lâche des deux ? La fatigue et la peur lui firent avouer qu'elle était terrorisée à l'idée que l'ancien Lin n'existe plus. Et elle avait préféré fuir que d'y faire face. Elle était méprisable.

Ses pensées commençaient à se brouiller et à perdre leur fil. L'aube pointait déjà le bout de son nez quand la jeune femme s'allongea aux côtés de sa nièce qu'elle enveloppa d'un bras protecteur. Le souffle régulier et serein de l'enfant la berça progressivement vers le sommeil et Vamp sombra.


***

Deux jours plus tard, la jeune femme finissait de lacer ses bottes, pensive. Lin lui manquait atrocement. Elle avait passé toute la journée de la veille à s'occuper du frison qu'elle chevauchait habituellement. Elle avait tout fait pour combler le vide que la disparition du jeune homme avait laissé en s'occupant à tout et n'importe quoi. Elle graissa même les rênes de ses compagnons avec bonne volonté. Le plus dur était le combat qui faisait rage dans le creux de sa poitrine. Savoir Lin dans la même ville qu'elle, si proche, était insoutenable. La tentation de sortir de la grange pour le retrouver la rongeait. Par trois fois elle avait posé sa main sur la porte de bois, prête à tout pour le retrouver. Mais à chaque fois le courage lui avait manqué. Ses nuits étaient glacées par la solitude et elle se réveillait toutes les heures en sursaut, le dos moite, persuadée qu'on avait appelé son nom à l'aide.

Aussi ce matin du second jour, elle était décidée à se confronter à la ville. Elle n'avait toujours pas  acheté les vivres pour la troupe et leur départ était imminent. Faire des emplettes, comme tout le monde, allait sans doute la soulager de la pensée obsédante de Lin – au moins pour une heure ou deux. La matinée était déjà bien avancée, il n'était pas question de traîner. La jeune femme prit sa besace et poussa la porte d'un mouvement de hanche.


- Tiotia !! Pars pas sans moi !

La voix était outrée, un peu inquisitrice. Un reflet de sourire étira les lèvres de la jeune femme.

- Tu ne viens pas si tu ne prends pas ton manteau.

- Mais il gratte !

- Que veux-tu que ça me fasse ? Tu l'mets, c'est tout.


La petiote ronchonna dans un dialecte à demi audible qui mélangeait plusieurs langues mais enfila le manteau et rejoignit sa tiotia à la porte. Les perles de ses petites bottes tintèrent joyeusement alors qu'un grand sourire éclaira son visage, le manteau gratouilleux bien vite oublié. Elle adorait les marchés. Il y avait toujours pleins de choses à voir, des trucs à goûter et d'étrangetés à toucher. Et de gens de qui se moquer.

Vamp prit aussitôt le chemin de la grande place. Son regard n'était pas constamment posé sur la petite pour la surveiller ou pour vérifier qu'elle la suivait bien. Ania jouissait d'une certaine liberté. Vamp avait confiance en ses capacités. Malgré son jeune âge, elle avait un très bon sens de l'orientation et si elle s'arrêtait parfois en chemin pour satisfaire sa curiosité d'enfant, elle finissait toujours par rattraper la jeune femme. De plus, elle avait vécu assez de choses pour flairer le danger ou les situations et endroits à risques sans que Vamp soit perpétuellement derrière son dos.


- Tiotia ?

- Mmh ?

- Tu m'donnes des sous pour aller acheter des beignets au miel ?

- Non. Diadia t'en a déjà achetés hier midi.

- Non !

- Il y avait du miel sur ta chemise hier soir. J'ai dit non. Et arrête de mentir.

- T'es la pire des tiotias !

- Je sais. Et toi la pire des menteuses.



La jeune femme s'arrêta devant l'étal du fromager. Amusée, elle entendit le cri de dégoût de sa nièce. « Le fromage chez toi, il sent le pourri ! ». Elle avait eu beau lui expliquer longuement que c'était délicieux malgré l'odeur, la petiote n'avait rien voulu entendre. Une vraie mule cette gamine. Vamp fronça les sourcils en comptant les écus que le marchand lui réclamait. Les grandes villes étaient coûteuses pour eux et il était toujours très difficile de refaire le plein de vivre malgré leurs trois salaires. Elle tenta vainement de marchander quelques écus mais sans grand succès. Elle n'avait jamais été douée pour ça. La jeune femme glissa le fromage dans sa besace et s'approcha de l'étal de viande. Il fallait du saucisson, de la viande salée et séchée. Son regard noir chercha négligemment Ania à ses côtés mais ne rencontrèrent que le vide. Ses sourcils se froncèrent et elle regarda autour d'elle. C'était étrange, aucun étalage n'aurait pu retenir l'attention de la petiote, elle le savait. Uniquement des fromager, poissonnier, charcutier, boucher... Aucun chien ou chat à l'horizon...  Vamp se redressa et son regard tomba aussitôt sur une silhouette noyée dans la foule, qui attendait devant un étal. Son cœur se serra et la jeune femme resta de longues secondes à observer le dos de l'ancien barbu. Elle ne voyait pas son visage mais elle savait que c'était lui.

Une petite pointe de soulagement perça lorsqu'elle comprit. Rien n'échappait à Anna et elle avait dû apercevoir son « fiancé ». La petite était têtue et aimait avoir l'attention des grandes personnes. Or Lin lui avait accordée une sincère bienveillance à son égard. Vamp n'était pas étonnée qu'elle court le retrouver. Elle grimaça brièvement. À cause (grâce?) à elle, la jeune femme allait devoir affronter l'ancien barbu. Et elle n'était pas sûre d'y être prête. Pour repousser au maximum l'instant où elle devrait se trouver sous le regard de Lin, elle prit le temps de choisir quelques saucissons et des lamelles de viande séchée. Puis, la besace pesant un peu plus sur son épaule, elle traversa la place pour rejoindre le jeune homme.

Son cœur battait de plus en plus fort alors que ses pas la rapprochaient de lui. Elle s'approchait par le côté et son regard détailla le profil du jeune homme sans vraiment réussir à deviner ses pensées. Vamp se racla la gorge alors que la gêne dessinait ses traits. Timide, elle évitait le regard noisette alors que ses doigts se trituraient entre eux. Il ne servait à rien de tourner autour du pot, autant aller droit au but.


- Je... Hm je m'excuse, mais je viens t'arracher Ania. Nous sommes déjà en retard et il faut vraiment que nous rentrions.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 11 Mai - 7:25

Entre deux étals de poisson, Lin humait l'air avec un plaisir simple. Depuis quelques jours, il avait entrepris de revenir à un intérêt basique au monde. La bonne nourriture, le bon vin et la nature. Il voulait tirer un trait définitif sur ce qu'il l'avait agité et ne tenait pas à regarder trop en face l'angoisse qui se découpait en ombres chinoises sur le calme de son vide intérieur. En assénant ces mots, Vamp l'avait privé d'une partie de lui. Une partie qui avait gangrené avec le temps mais qui n'en restait pas moins solidement installée en lui. Il fallait désormais qu'il parvienne à combler le manque et il songeait qu'une vie tendue vers l'esthétisme brut des nécessités de base balaierait les atrocités auxquelles il avait pu se soumettre.

Même s'il s'activait en ce sens, il ne pouvait nier que cette rupture d'espoir avait été trop brusque pour qu'il la digère. Il l'avait avalée, il n'avait pas eu le choix. Mais elle lui restait quelque part entre la bouche et l'estomac, inconfortablement arrêtée dans sa trachée. Il aurait juré que c'était à cause d'elle qu'il respirait mal chaque nuit en allant se coucher.

Sorti par Larson pour éviter qu'il ne tourne en rond, il se retrouvait dans ce marché foisonnant de monde et de victuailles, entouré par la foule et les odeurs. Les sons et les couleurs se mélangeaient et il se laissait porter par la vie qui émanait de l'endroit. Si lui ne ressentait plus grand-chose, il essayait de se laisser atteindre par la vivacité des autres. Sans grand succès pour l'instant mais il ne désespérait pas. Du moins, pas de ça.

Il se tourna vers l'un des marchands de poisson et s'adressa à lui avec un air décontracté, une main dans une poche.


Vous me le faites à combien, votre poisson ? Je vous conseille de réfléchir avant d'annoncer un prix. Et de bien regarder ma tête avant de vous lancer.

Quelques instants plus tard, l'ancien barbu rejoignait son acolyte, deux belles pièces sous le bras, les siennes encore bien tintantes au fond de sa poche. L'anglais leva les yeux au ciel. C'était toujours la même chose avec celui-là. Il n'avait aucune idée de ce qu'il avait bien pu faire pour se hisser à la place qu'il tenait dans cette ville mais visiblement, il en tirait plus d'avantages que de contraintes. Un soupir dépité conclut la courte conversation qu'ils eurent sur le sujet et Lin haussa les épaules.

T'as besoin de rentrer tout de suite ? J'ai encore un truc à voir.

Le bâtard haussa les sourcils. Mais qu'il fasse ! Pour une fois qu'il demandait à être dehors. Il le poussa presque vers les nombreux étals en lui fourguant une bourse entre les doigts. Qu'il se fasse plaisir, pour une fois. Il récupéra les poissons et lui laissant carte blanche pour la suite.

Lin s'abstint de commentaires et repartit entre les marchands, cherchant attentivement le produit qu'il cherchait. Il s'arrêta quelques pas plus loin, les yeux posés sur une diversité de petits récipients colorés. Un vague sourire étira ses lèvres alors qu'il se penchait pour emplir ses narines. Ces odeurs … Ces couleurs … C'était suffisant pour que l'ancien barbu veuille vider la bourse que son camarade lui avait donnée. Pourtant, il prit le temps de réfléchir avant de se décider, les méninges tournant.

Arrêté devant cet étal, il faisait dos à la foule et s'en abstrayait sans le moindre souci. Plongé dans ses réflexions, il n'eut aucune conscience de la présence à son côté avant qu'elle n'élève la voix. Son organisme déglutit sans raison avant qu'il ne lève les yeux des petits pots en terre cuite, les menant sur la brune.

Il n'y eut pas une once d'agressivité dans ses yeux ni même d'assombrissement. L'émotion était unique et se lisait distinctement dans les pupilles du jeune homme. Le trouble. Elle apparaissait devant lui comme libérée des entraves d'amertume qu'il lui avait associées dans son esprit. Revenu à niveau, il ne percevait plus avec autant de force la douleur qu'elle lui avait infligée. Elle était simplement là, devant lui, comme elle l'avait été tant de fois. Dans toute sa blancheur.

Il dut prendre sur lui pour ne pas céder à une profonde impulsion qui l'inclinait vers elle et se racla la gorge, comme pour reprendre contenance. Il passa une de ses mains sur sa nuque pour se soustraire à l'envie de la mener à sa taille et détourna le regard, mal à l'aise. Pourquoi ressentait-il soudainement un tel besoin de la toucher ? Il força son esprit dans une autre direction, étouffant les noeuds de son ventre.


Je n'ai pas … "fin … Elle n'est pas là. Elle a dû trouver que j'étais un fiancé trop absent. Je sais pas, peut-être qu'elle est en train de me remplacer dans la foule. Un type avec plus de muscles. Elle trouvait que j'étais trop … 'fin .. Je sais pas où elle est.

Il n'avait aucune maîtrise sur le flot de paroles qui glissait entre ses lèvres et il finit par les refermer pour ne pas avoir l'air plus idiot encore. Le marchand derrière l'étal regardait la scène avec un oeil narquois qui n'échappa pas à Lin. Un grognement de protestation lui fit détourner le regard alors que le jeune homme reportait bravement le sien sur la jeune femme. Il s'interdit de la dévisager et relégua la conversation à ses réflexes. S'il réfléchissait trop, il allait se ridiculiser.

Tu l'as perdue ?

La phrase était sortie sans qu'il n'en prenne conscience. C'était le contrôle automatique de son cerveau qui avait pris la main et ses yeux étaient déjà perdus dans la foule quand la question s'éleva de sa gorge.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 11 Mai - 10:58

Le regard du jeune homme la troubla. Elle s'attendait à y voir du mépris ou de la colère mais ne retrouva rien de tout ça. Elle n'arrivait pas à déceler le sentiment exact qu'elle y lisait mais ses joues se colorèrent légèrement sous ce regard et elle détourna les yeux avec une timidité coquette. Un léger sourire étira furtivement ses lèvres. L'attention que Lin avait subitement pour elle était bien différente de celle des derniers jours et la jeune femme n'y était pas indifférente.

Lors de leur toute première rencontre, il n'y avait pas vraiment eu entre eux un jeu de séduction dans les règles. Elle s'était contentée de le frapper avec une pomme et de l'insulter. Il avait riposté et ils ne s'étaient plus quittés. La jeune femme le regarda du coin de l'oeil. Voilà deux jours qu'elle lui avait repris son amour. Pourtant, à cet instant présent, Vamp se sentait à sa place aux côtés du jeune homme. Elle ne palpait pas un malaise entre eux mais un sentiment bien différent. Peut-être avaient-ils besoin de recommencer depuis le tout début pour mieux se retrouver ? Il fallait absolument qu'elle rachète des pommes...

Mais tous ses petits projets de romance se fissurèrent aux paroles du jeune homme. Ses traits se figèrent alors que son cerveau intégrait l'information. Il se moquait forcément d'elle. Il la taquinait, c'était évident... Son regard inquiet épousa les environs mais aucune trace d'Ania. Lin ne plaisantait pas. La jeune femme pâlit dangereusement. En l'espace d'une demi-seconde, la panique s'enracina dans ses veines. La peur gela son cerveau en y emprisonnant toute logique et toute raison.

Sans répondre au jeune homme, sans un mot, elle s'enfonça brusquement dans la foule. Les battements de son cœur assourdissaient ses tympans. La peur nouait sa gorge. Ironiquement, c'était elle qui ressemblait à une enfant perdue. Elle se tournait et se retournait sur elle-même, la respiration hachée. Ses épaules bousculaient sans ménagement clients et badauds, ses coudes s'enfonçaient violemment dans des flancs et des avant-bras. Elle écartait quiconque se trouvait sur son chemin, son regard affolé rivé sur le sol à la recherche des bottines portant des perles de couleurs. Elle retournait chaque petite tête blonde qu'elle trouvait en sachant parfaitement que ces mèches étaient trop dorées, trop chaleureuses, pour appartenir à Ania.

Une partie d'elle avait conscience du mécontentement qui grandissait autour d'elle. Les gens commençaient à se méfier et à être agressifs devant le comportement déraisonné de la jeune femme. Qui ne l'aurait pas été ? Elle était à deux doigts de provoquer un mouvement de foule. On n'allait pas tarder à la maîtriser et à l'enfermer si elle continuait sur cette voie. Mais être maîtrisée était bien le dernier de ses soucis.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 11 Mai - 11:53

Il n'eut pas de réponse. Surpris par le mutisme de la jeune femme, il releva les yeux. Elle n'était plus à son côté. Il pivota sur ses talons, tournant le dos à l'étal aux mille et une couleurs qu'il observait attentivement quelques instants plus tôt. Il n'en cherchait plus qu'une, blanc pâle.

Elle avait réussi à se fondre dans la foule avec une rapidité qui surprit le jeune homme. Elle qui n'avait jamais été friande de ses congénères était tout de même capable de s'y intégrer rapidement. Certainement la perte de la gamine l'aidait-elle mais l'ancien barbu ne put s'empêcher de songer que ce n'était pas normal. Vamp dans une foule, ça ne se passerait forcément pas bien.

Son intuition n'eut pas à attendre longtemps avant d'être confortée par le grognement des badauds bousculés. L'agitation commençait à gagner les présents et Lin savait pertinemment la réaction qu'ils auraient si elle ne se faisait pas plus discrète. Un soupir lui échappa mais il ne pouvait pas blâmer les gens. Venus faire leurs emplettes, ils n'avaient que faire de la perte d'une petiote haute comme trois pommes dont ils ignoraient jusqu'à l'existence.

Planté devant les petits pots en terre cuite, il croisa les bras. S'il tentait de sortir Vamp du marché, elle le repousserait sans aucun doute. Voire pire. Il grimaça à cette pensée. Il ne savait pas pourquoi elle lui faisait un tel effet alors qu'elle l'avait poignardé deux jours plus tôt mais il était sûr d'au moins une chose, il ne voulait pas être à nouveau rejeté. Si l'expression populaire voulait qu'à deux on ajoute toujours trois, il s'en passerait bien lui-même.

L'autre solution s'imposa à lui avec un naturel surprenant. Si on ne sortait pas Vamp du marché, on sortirait le marché de Vamp. Evacuer la foule était l'unique solution possible pour qu'elle ne se fasse pas lyncher. La troisième, puisque jamais deux sans trois, aurait été de la laisser se dépatouiller, quitte à la voir rouée de coups par les mécontents. Etrangement, l'idée révulsait Lin qui décroisa les bras. Autant que ça serve plus que pour un poisson.

Il prit la direction opposée à celle empruntée par la jeune femme et rallia l'entrée du marché, là où se tenaient les premiers marchands.


Mesdames, messieurs … Je ne doute pas que je vous dise quelque chose. Un truc dans le visage, hein ? Allez, fermez-moi tout ça, le marché est fini. Vos étals peuvent afficher une fermeture d'une heure, temps de pause pour tout le monde. Transmettez à vos voisins, et que ça saute !

Il était déjà en train de replier les tissus qui se vautraient sur les tables, de repousser les victuailles attrayantes sous leurs bâches et de ranger les bouteilles dans leurs caisses. L'une des marchandes pesta contre les règles sorties de nulle part et entreprit de maintenir sa vente malgré les recommandations de l'ancien barbu. La main de celui-ci s'abattit sur le poignet de la récalcitrante alors qu'il plantait des yeux sûrs dans les siens.

Terminé, j'ai dit. Rangez-moi ça, vous reprendrez dans une heure.

L'information se répandit comme une traînée de poudre, d'étal en étal. Les badauds surpris refluaient pourtant sous la houlette du jeune homme qui les menaient à l'écart comme on mène un troupeau. Il n'avait pas clairement réfléchi aux implications de ce qu'il faisait, mais il avait toute conscience de sa capacité à le faire. Ni une, ni deux, il était en train de vider le marché populaire avec la simplicité d'un berger qui rentre ses moutons à l'étable, l'oeil acéré pour repérer une éventuelle tête blanche dans le flot humain. Le vilain petit canard dans les oies blanches qu'il menait d'un bâton invisible.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 11 Mai - 13:32

Un cauchemar. Les visages la regardaient sans la comprendre. Ils s’enchaînaient les uns après les autres. Des colériques, des sceptiques, des effrayés. Certains remuaient les lèvres pour lui dire quelque chose mais elle n'entendait rien. La jeune femme se sentait prisonnière de sa propre panique. Les bouffées d'air qu'elle avalait par la bouche brûlaient sa gorge.

Elle avait été d'une stupidité exemplaire. Ania n'aurait jamais pu apercevoir le jeune homme avec la distance qui les séparait. Sa taille ne lui aurait jamais permis de voir Lin à travers la foule. La culpabilité s'ajouta à la démence qui commençait à dominer la jeune femme. Comment avait-elle pu être aussi stupide ? C'était son propre désir, ce magnétisme qui l'attirait aux côtés du jeune homme, qui lui avait fait espérer qu'Ania avait rejoint son ancien compagnon. Quand la douleur était trop intense, Vamp se répétait que si elle avait perdu Lin, elle avait au moins trouvé un petit bout têtu pour combler sa solitude. En quelques secondes, elle avait tout perdu. Elle avait envie de hurler.

La jeune femme était à deux doigts d'éclater en sanglots lorsqu'une voix familière s'éleva au-dessus du brouhaha de la place. Sans comprendre ce qui lui arrivait, la jeune femme se calma lentement. Entendre la voix de Lin, si posée et si ferme, lui apportait un étrange sentiment de sécurité. Elle n'était pas seule.

Sceptique, un sourcil levé, Vamp jeta un œil autour d'elle pour observer la réaction de ses « compatriotes ». Si le comportement du jeune homme l'étonna, son autorité la laissa éberluée. La foule commençait déjà à s'éclaircir. Étal après étal, les marchands quittaient leur poste. Sortie de nulle part, une pointe de fierté se ficha dans le cœur de la jeune femme un court instant. L'espace de quelques secondes, elle observa Lin avec soin avant de repartir à la recherche de la petiote. Mais plus les gens s'éloignaient et plus le désespoir de la jeune femme l'étranglait. Ania restait introuvable.

Alors que la place devenait pratiquement déserte, la jeune femme abandonna. Il n'y avait que poussière, écus égarés et légumes abîmés. Inconsciemment, ses pas la ramenèrent aux côtés de Lin. Elle était effrayée. La peur avait brisé sa posture altière. Elle ressemblait à un animal apeuré. Ses cils étaient humides et ses yeux noirs embués. Elle se sentait impuissante. Ania lui semblait tout d'un coup beaucoup plus faible et petite qu'elle ne l'était en réalité. N'importe qui pourrait s'en prendre à elle.


Un regard plein de détresse rencontra les yeux du jeune homme.


- Elle n'est plus sur le marché Lin. Il va lui arriver quelque chose. Il va forcément lui arriver quelque chose. Tu as vu sa peau et ses cheveux. On va lui faire du mal si je ne suis pas là pour la protéger.

La panique remontait par vagues irrégulières. Vamp tentait de se raisonner et de ne pas paraître pour une écervelée aux yeux du jeune homme. Mais la peur brouillait sa raison par intermittence. Ses lèvres s'ouvrirent, cherchant à formuler une requête. Mais aucun son ne les franchit. La jeune femme n'avait jamais su demander de l'aide. Et même si elle faisait face à Lin, quémander son secours se révélait bien plus compliqué que de traverser la moitié du territoire pour le retrouver.

- Je... Hm. Je ne connais pas la ville. Et Anna n'a pas l'habitude des grandes villes. L'autre jour, le garde t'a laissé passer. Les gens t'obéissent. Tu as de l'influence dans cette ville et tu la connais parfaitement bien. Et tu sais que je suis exécrable pour interroger les gens. Je... Est ce que tu veux bien m'aider ? S'il te plait ?

Elle était gênée par sa demande mais son regard ne quittait pas celui du jeune homme. L'image de l'Anglais s'imposa brusquement à son esprit. Maladroite, Vamp s'empressa d'ajouter :

- Je peux payer tes services.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 11 Mai - 15:00

Une fois la foule dissipée, il s'appuya d'une épaule contre le montant en bois d'un étal, bras croisés. Il n'avait pas vu de blanc dans les passants et pensait que Vamp l'aurait retrouvée plus au centre des rues improvisées par l'agencement des échoppes ambulantes. Il haussa un sourcil en la voyant revenir les mains vides, surpris.

Bah …

Les mots de la brune effacèrent sa question. Elle n'était effectivement plus là. L'autre sourcil se fronça alors que le jeune homme réfléchissait. Une si petite gamine, ça ne pouvait pas parcourir des lieues aussi vite. Il allait faire part de sa réflexion à Vamp quand elle reprit.

Sa requête le laissa sans voix. Il la regarda un long moment sans rien dire, revivant les jours écoulés depuis son retour, commentés par une voix narquoise quelque part au fond de lui. Elle l'avait totalement banni de son estime. Il n'y avait plus une once d'affection pour lui en elle, à en croire ses mots. Et elle lui demandait de l'aide. A celui qu'elle ne suivrait pour rien au monde.

Il grogna intérieurement contre cette voix nasillarde et la fit taire d'une taloche mentale. Il avait clairement ressenti ce que sa présence lui avait fait quand elle était apparue à son côté. Il avait clairement ressenti le trouble qu'elle créait en lui. Il n'avait jamais été indifférent à elle et il ne l'était pas devenu. Même avec l'assurance qu'elle ne ressentait plus rien pour lui, son corps continuait de trahir des penchants plus profonds qui échappaient à toute conscience. Il n'y avait pas de mal à aider celle que ses tripes considéraient toujours, même si sa tête la reniait. Une seule fois ne ferait pas plus de dégâts que le reste.

Il fut cependant arrêté net dans son amorce de réponse, lèvres entrouvertes. Elle proposait de le payer. Il la regarda avec de grands yeux ronds offusqués, les mâchoires soudainement contractées. Il n'était plus une marchandise depuis un bon moment et ne désirait pas le redevenir.

Ses yeux se durcirent légèrement alors qu'il se redressait. L'émotion qui l'avait trahi tout à l'heure semblait évaporée, l'inclination qu'il avait envers elle quelques instants plus tôt abolie. Elle ne le considérait plus que comme un homme de main. Ca lui apparaissait logique après ce qu'elle avait déjà asséné et il se maudit d'en être irrité. Elle avait été clair, qu'avait-il songé ? Tout avait été annoncé, il était absurde qu'il s'illusionne. Et si cette chimère d'espoir avait pu être permis, il était désormais nettement évincé. Avec dignité, il releva le menton, impassible.


Considère que c'est un geste envers elle, je ne la ferais pas payer un semblant de protection.

Il tourna les talons pour couper court à la discussion. Il craignait qu'elle n'insiste et il ne voulait pas voir son ego diminuer encore. La piqûre de rappel était faite, il se tiendrait à sa place.

Il ne lui fallut pas bien longtemps pour retrouver certains des badauds précédemment éparpillés. Il en interpella un qu'il avait suivi fortuitement en se rendant sur l'étal aux couleurs chatoyantes, non loin de là où l'avait rejoint Vamp.


Dites donc, je vous ai vu sur le marché vous. Vous sembliez pas mal intéressé par les épices, je me trompe ? Je comprends, c'est extraordinaire ces petites poudres. Vous vous souvenez de moi ? Le grand type devant l'étal, voyez ?

Son sourire était avenant et le ton de sa voix chaleureux. Il modulait ses expressions pour s'accorder à son interlocuteur et une main de franche camaraderie vint s'appuyer sur l'épaule du badaud.

Je sais bien que vous étiez occupé avec toutes ces couleurs, je l'étais autant que vous. Mais vous n'auriez pas eu l'oeil attiré par un éclair blanc de cette taille-là ? Une gamine, toute blanche, la peau, les cheveux, tout. Non ?

L'homme sembla réfléchir un instant avant de secouer la tête. Rien vu de blanc. En revanche, il avait entendu un de ses compères se plaindre des malades laissés en liberté dans les places publics. Lin le pria de lui indiquer qui et il fut sur lui en quelques pas.

Hé, vous ! Bonjour. Vous me remettez ? Oh, allez, un effort ! Je suis sûr que si je me tourne comme ça … Ah, voilà, voyez ? Comment allez-vous ?

Il lui serra la main avec bonhommie. L'autre lui tapota l'épaule amicalement en parlant de la pluie et du beau temps. L'ancien barbu n'avait pas de temps à perdre avec des discussions de comptoir et mit à profit cette évocation pour orienter l'interrogé.

Justement, c'est un temps à attraper mal ça. Chaud, froid, froid, chaud … On finit par s'enrhumer. Et ces gens qui sortent même s'ils ont la mort ! Incroyable, n'est-ce pas ?

Il ne lui en fallut pas plus. L'autre embraya sur la vision qu'il avait eue plus tôt, d'une enfant chétive, entièrement blanche, certainement mourante, qui courait partout entre leurs jambes.

Ah vraiment ? Il y a franchement des parents inconscients. Vous imaginez, cette pauvre gosse, toute seule et toute malade ? Ca mériterait qu'on la ramène à ses indignes géniteurs pour leur faire la morale. Vous savez quel chemin elle a pris ?

Il lui indiqua la direction des remparts, vers l'extérieur de la ville. Il était persuadé qu'elle était partie droit vers la forêt qui bordait le côté ouest de la cité. A tous les coups, elle voulait jouer dans les bois comme n'importe quel enfant. Lin remercia l'homme avec déférence mais prit le parti d'en interroger quelques autres, pour croiser les informations.

Après quatre autres témoignages en faveur de la forêt, il revint vers la brune. Sans émotion particulière, presque techniquement pour éviter à son visage de se modeler à ses sentiments, il exposa le contenu des réponses à la jeune femme.

Visiblement, elle est partie se réfugier dans les arbres. Il y a un bois au sortir de la ville, au nord-ouest. Tous ceux qui disent l'avoir vue ont indiqué qu'elle était partie par là. Y'a des chances que ce soit vrai, vu le nombre de réponses en ce sens.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 11 Mai - 16:48

La jeune femme voulut le retenir par une parole mais il avait déjà tourné les talons. Ses yeux se fermèrent de lassitude. Elle connaissait assez bien Lin pour lire les expressions de son visage comme les lignes sur un manuscrit. Elle l'avait blessé. Ne savait-elle donc faire que ça ? Vamp repensa au gâchis de ces derniers jours. Il avait été violent de par ses gestes mais elle avait été violente avec ses paroles. Et si l'on soigne un œil poché, la guérison pour un cœur brisé est bien plus délicate. Peu à peu, la confiance qu'elle avait eu en la solidité de leur couple s'effrita comme de la vieille peinture. Ses yeux se rouvrirent pour regarder la silhouette du jeune homme s'éloigner d'elle. Il ne lui avait jamais paru aussi éloigné qu'à cet instant.

La jeune femme prit le chemin opposé et partit à la recherche de sa nièce. La peur et l'anxiété avaient laissé place à un grand froid. Pendant une vingtaine de minutes, elle tenta d'aborder des passants qu'elle arrêtait au hasard. Mais Vamp n'avait jamais su comment s'exprimer face à des inconnus. Les gens pressaient le pas, la contournaient ou ne lui répondaient tout simplement pas. Elle fit même pleurer une petite fille. Aracée et en colère contre elle-même et son incapacité à s'en sortir, elle prit le parti de quitter le centre de la ville pour aller jusqu'à la grange où ils dormaient. Mais Ania ne s'y trouvait pas. Démunie, la jeune femme revint lentement sur ses pas. Elle ne connaissait ni la ville ni ses citadins. Elle n'avait aucune chance.

Vamp s'assit sur un banc face à l'entrée du marché et y attendit le jeune homme. Pourquoi avait-il accepté de l'aider ? Après toutes les douleurs compressées en ces quelques jours, pourquoi avait-il dit oui ? Les paroles qu'elle lui avait crachées au visage après l'altercation avec Fenrir la hantait. Que le Loup cherche la bagarre, elle le concevait. Qu'il agisse parfois à la limite de l'honorable, elle le concevait. Elle concevait tout ça, simplement parce qu'il s'agissait de Fenrir. Mais elle n'arrivait pas à accepter que Lin puisse être pareil. Pas Lin, pas lui. Elle avait lâché ces paroles pour l'éloigner d'elle parce qu'elle avait eu peur de découvrir ce que son abandon avait créé. Elle les avait amèrement regrettées ces deux derniers jours. Mais finalement était-ce vraiment un mal ? Depuis qu'elle était revenue dans la vie de Lin, elle ne lui avait apporté que souffrance et blessures. Peut-être que pour le bien du jeune homme devait-elle cesser définitivement de l'aimer ? Elle n'arrivait ni à l'apaiser, ni à le faire sourire et encore moins à le faire rire. À quoi bon s'accrocher ?

L'ombre de Lin la recouvrit, la sortant de ses réflexions. Le soleil commençait déjà à descendre et ils ne leur restaient que peu de temps avant le crépuscule. Son cœur battit plus fort au sens de ses paroles mais elle ne dit rien. Elle avait opté pour le mutisme et une économie de paroles. Peut-être ferait-elle moins de bêtises en se taisant ?

La nouvelle n'étonna finalement pas Vamp après réflexion. Anna n'aurait jamais abordé un adulte et ne se serait jamais laissée aborder par une personne d'apparence suspecte. Elle avait pu être emportée par un mouvement de foule et en perdre ses repères. Or sa tiotia lui avait toujours expliqué qu'elle trouverait plus facilement la sécurité sous le couvert de la forêt parce que les gens ont peur de s'y aventurer seul. Et, bien que têtue et menteuse, Vamp savait très bien qu'Anna écoutait toujours ce qu'elle lui disait. La jeune femme secoua la tête. Pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt ? La peur lui avait fait perdre tous ses moyens. Elle se promit de garder la tête froide pour la suite des recherches.

Sans une parole, la jeune femme se leva du banc et suivit Lin jusqu'à l’orée de la forêt. Le contact de la nature la frappa soudain comme un baume inattendu. L'odeur des arbres et de la résine lui arracha un sourire. La couche d'aiguilles sous ses bottes la rassura étrangement. Elle se sentait bien. Plus de commerçants. Plus de bousculade. Plus d'abrutis qui la dévisagent. Mais ce n'était pas un endroit pour une petite fille seule. La gorge de Vamp se noua et elle fit un gros effort sur elle-même pour ne pas éclater en sanglots. Ses nerfs lâchaient. Elle avait détruit Lin et avait été incapable de protéger une petiote haute comme trois pommes. Joli curriculum. Elle tourna son visage sur le côté, au cas où le jeune homme lui jette un coup d'oeil. Si ils ne retrouvaient pas Ania, elle ne s'en remettrait jamais, elle le savait.

Elle marchait aux côtés du jeune homme depuis de longues minutes déjà, dans le silence le plus parfait. Vamp s'était promise de ne pas ouvrir la bouche. Elle ne voulait pas aggraver la situation et ne cessait de se répéter qu'elle ne devait plus chercher la tendresse du jeune homme. Ou lui en donner. Mais la tension de la situation associée à ce silence pesant entre eux étouffait le cœur de la jeune femme.

Brusquement, elle le prit par le bras pour l'arrêter et l'obliger à se retourner. Vamp eut conscience de la sécheresse de son geste alors qu'elle ne cherchait que son attention. Son geste aurait très bien pu passer pour offensif, surtout au vu de leur passif de ces derniers jours. L'anxiété la rendait extrêmement maladroite. Elle le relâche aussitôt avec la même brusquerie, comme si elle s'était brûlé à son bras. Elle grimaça. De mieux en mieux. Ses lèvres s'entrouvrirent pour parler mais se refermèrent aussitôt. Les mots se bousculèrent mais rien ne sortit. Une longue inspiration plus tard, sa voix s'éleva.


- Hm je voulais juste te dire que... Enfin, je ne voulais pas te blesser, au marché. Ce n'était pas mon intention. Vraiment pas. Je ne voulais pas.

Nouvelle grimace. Il n'était peut être pas nécessaire de lui répéter trois fois la même chose d'une façon différente. Le peu d'assurance qu'elle avait s'effondra mais elle était décidée à poursuivre.

- Je sais que tu ne fais pas ça pour moi, mais pour Anna. Tu as été assez clair là-dessus. Enfin très clair. Hm. Mais je voulais tout de même te remercier. D'avoir accepter mon aide. Enfin, non, que tu m'aides. D'avoir accepté de m'aider. Voilà.

Fuyant, son regard s'arrêta sur le tronc d'un arbre. Elle étudia la moindre veine, la moindre crevasse de l'ancien jusqu'à ce que son dessin soit imprimé sur la rétine de la jeune femme. Sa voix poursuivit tout de même.

- Je suis heureuse que tu sois à mes côtés maintenant. Ta présence me calme et me rassure, je crois. Tu fais du bien à mon cœur. Je veux dire, tu lui donnes de la chaleur. Hm. Non, je veux dire que tu me réchauffes du cœur.

Elle se maudit. Sa syntaxe était exécrable et elle oubliait la moitié de ce qu'elle voulait lui dire. Tout était pourtant si parfaitement agencé dans sa tête ! Un peu humiliée par sa tentative lamentable elle secoua piteusement la tête, essayant de sauver le fiasco par un petit rire nerveux. Avec un peu de chance, il n'avait rien entendu. Ou rien compris.

- Mmh laisse-tomber, je dis... je dis n'importe quoi.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Dim 11 Mai - 17:51

Ils avaient pris le chemin qui menait hors de la ville alors que le soleil déclinait sur les toits des maisons habitées. Les ombres s'étiraient avec la tombée du jour et la lumière orangée qui baignait les alentours embrassait avec chaleur les reliefs qui les entouraient. Un mince sourire étira les lèvres de Lin à ce paysage qu'il connaissait par coeur. A ce moment de la journée, il aimait se percher pour mieux voir comme les lieux étaient mangés par les langues rougeoyantes de la soirée naissante. Souvent, Lars lui laissait ce répit avant de le contraindre au travail. Il avait une certaine sensibilité vis-à-vis du jeune homme qui lui conférait sa confiance. D'une certaine façon, il le comprenait et l'ancien barbu s'en trouvait apaisé.

A peu près autant qu'il le fut par leur entrée dans le bois. Un long soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres et il ne put s'empêcher de s'étirer, comme pour évacuer toute la tension de la journée, reléguée aux oubliettes le temps d'une balade nocturne en forêt. Cependant, il ne pouvait omettre la présence de la jeune femme et la raison pour laquelle il était ici. Il devait retrouver cette gamine avant qu'il ne lui arrive des bricoles. Sa balade attendrait.

Il marchait silencieusement dans le sous-bois, se déplaçant sans un bruit, la démarche souple. Il avait l'habitude de ces endroits abrités par les branches et il y était plus à l'aise que nulle part ailleurs. Aucune tension ne venait gêner ses membres, aucune réflexion ne venait parasiter sa tête. Il se sentait entièrement libre de penser à ce que bon lui semblait, sans contraintes de quel que type que ce soit. De la blancheur. Voilà tout ce qu'il avait décidé qui occuperait son esprit à ce moment-là. Un modèle réduit et une blancheur éclatante. Au-delà de ça, rien ne pourrait l'atteindre. Il était en ces lieux comme en sa demeure, en parfaite osmose avec la puissance calme des feuillus. Stoïque.

Il en avait presque oublié la présence de la jeune femme à ses côtés, absorbé par la tranquillité de la forêt. Ses sens étaient tendus vers la quête du petit être et son attention était requise ailleurs. Il fut donc surpris lorsqu'elle lui agrippa le bras pour le retenir sèchement.

Il se redressa avec vivacité, sur ses gardes et leva un sourcil muet en guise d'interrogation. Certainement avait-il vu un indice quelque part, une brindille écrasée ou de la mousse arrachée. Peut-être avait-elle entendu un bruit qui lui aurait échappé, senti une présence qu'il n'avait pas décelée.

Pourtant, son bras le relâcha aussitôt, comme si elle répugnait à son contact. Le nez du jeune homme se plissa. Qu'elle n'éprouve plus rien à son encontre lui était déjà suffisamment insupportable pour ne pas avoir besoin d'un rappel de la sorte. Il n'avait pas songé qu'il puisse la dégoûter à ce point. Il allait se détourner avec humeur en songeant qu'elle l'avait interrompu pour rien et que son bras retiré n'était qu'une preuve de la prise de conscience de son erreur quand sa voix s'éleva.

Il n'y comprit pas grand-chose. Du marché à son coeur, elle s'emberlificotait dans des explications floues qui laissaient Lin assez perplexe. Ca lui faisait du bien qu'il l'accompagne, c'était tout ce qu'il pensait avoir compris. Mais c'était avant qu'elle n'ajoute sa dernière phrase. Oublier. Il hocha légèrement la tête. Le rire nerveux qui avait accompagné sa tirade le poussait à croire qu'elle perdait la tête. La peur d'avoir perdu totalement l'enfant lui retournait l'esprit et elle exprimait tout et n'importe quoi pour essayer de se libérer de son angoisse. Il le savait, elle n'avait jamais été la plus douée pour parler sentiments. Alors, ce devait être ça. Elle avait peur de ne pas la retrouver et qu'il soit là doublait les chances qu'ils y parviennent. Du coup, elle se sentait rassurée. Et elle le remerciait d'augmenter ses chances. Des considérations matérialistes. Utilitaires, en somme. Après tout, il n'était qu'homme de main.

Pourtant, son coeur s'affola dans son torse à ses maladroites explications. Il l'entendit distinctement rater un battement avant d'en rattraper trois, rythme déréglé alors que son sang battait plus clairement à ses tempes. Et si son ventre se contractait ainsi, ce n'était pas sous une quelconque douleur. Il y avait quelque chose de bien plus doux qui l'enveloppait.

Perturbé par ses sens, il essaya d'écouter ce que lui disait sa tête, sans grand succès. Il était absurde qu'il croit à un quelconque signe d'affection alors qu'il avait été relégué plus bas que tout dans son estime mais il ne pouvait empêcher son corps de se hérisser dans un frisson incongru. Elle parlait de son coeur en des termes chaleureux et il voulait croire qu'il n'y était pas pour rien. Son torse bruyant l'assurait que ses sens avaient mieux compris que sa tête et il déglutit face à elle, la gorge soudain sèche.

Il ne s'était pas trouvé aussi empoté face à une femme depuis … Toujours, en fin de compte. Il n'y avait qu'elle pour le mettre dans cet état. Il ne savait plus trop s'il devait croire son crâne ou son torse. S'il se détournait d'une attention qu'il recherchait, il perdrait peut-être toute occasion d'aplanir les choses. Mais s'il s'engouffrait dans une brèche qui n'existait pas, il aurait tôt fait de briser le semblant de force qui lui restait.

Indécis, il leva une main au prix d'un effort incommensurable. Légèrement tremblant, il la mena à son bras, l'effleurant du bout des doigts. Il était comme un animal apeuré qui s'essaierait à la confiance. Au moindre faux mouvement de l'être à qui il montrait le ventre, il se roulerait en boule pour ne plus s'ouvrir. Il finit par poser sa paume sur le haut de son bras, là où le muscle tend la peau dans un arrondi particulier et lui transmit une pression de doigts chaleureuse, presque tendre.

Quand il laissa finalement retomber sa main, sa paume glissa le long du bras de la jeune femme, effleurant son coude et s'en détacha avant d'atteindre son poignet. Après un raclement de gorge mal à l'aise, il enfonça ses mains au fond de ses poches et détourna le regard, les pommettes malencontreusement rosies.


C'est .. heum … pas évident, un être cher qui euh … hm … disparaît alors … ben … "fin … si on peut éviter ça, c'est … heum … c'est mieux.

Il avait essayé de se détacher de ces mots, avec plus ou moins de brio. Il ne parvint pas à relever les yeux sur la jeune femme mais il ne put s'en détourner pour autant, planté devant elle, bloqué entre ses envies et sa raison. Dans le silence qui planait à la fermeture de ses lèvres, il bénit les arbres alentours de lui offrir un apaisement qu'il n'aurait eu nulle part ailleurs. Si le lieu avait été différent, il aurait simplement occulté les mots de la jeune femme pour se concentrer sur la gamine. Mais l'atmosphère le mettait face à lui-même et il avait alors pleinement conscience qu'il n'était pas guéri d'elle.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Lun 12 Mai - 8:14

Le silence répondit à son enchaînement de bafouillages. Elle n'en fut pas vraiment étonnée. Qui aurait pu comprendre tout ce désordre ? Vamp maudit sa maladresse. Bégayer aussi pitoyablement, comme une petite idiote devant son premier amour, ne lui ressemblait pas. Elle venait de perdre toute crédibilité.

Le regard de nouveau fuyant, elle allait se remettre en route lorsqu'un geste du jeune homme la retint de tout mouvement. Intriguée, elle le regarda sans comprendre jusqu'à ce que la moindre parcelle de son corps ne ressente la main qui venait de se poser sur elle. Vamp se figea. Tétanisée, elle ne bougea pas d'un pouce. Elle avait bien trop peur que le moindre mouvement ne sépare les doigts du jeune homme de son bras. Ses lèvres s'entrouvrirent de surprise mais elle devait aussi alimenter son cerveau d'oxygène pour ne pas faire le moindre geste de travers. La caresse de Lin était tout à fait incompréhensible. Deux jours plus tôt, elle lui retirait son amour. Quelques heures avant, elle l'avait blessé. Pourquoi ce geste ? Se moquait-il d'elle ? Ses yeux se relevèrent sur le visage du jeune homme mais n'y trouvèrent nulle malice.

La douce pression de ses doigts écarta brusquement toutes ces réflexions et la jeune femme cessa de réfléchir. Elle maudit le tissu si épais de sa chemise. Sa peau lui criait sa frustration. Elle lui réclamait le toucher du jeune homme sans intermédiaire entre ses doigts et son corps. Un frisson de plaisir, depuis longtemps oublié, remonta le long de sa nuque pour se loger derrière son oreille. Vamp dut lutter pour ne pas fermer les yeux et s'abandonner. Ses lèvres s'entrouvrirent de nouveau pour avaler un peu plus d'air. Sa poitrine se gonfla d'oxygène mais ne la dégrisa pas.

Une vague de panique frappa son corps lorsque ce toucher si doux disparu. Il partait. Il allait de nouveau disparaître de sa vie pour ne plus revenir. Était-ce une caresse d'adieu ? Mais la jeune femme se trompait, Lin était toujours devant elle. Mieux, il bafouillait. Mais Vamp ne l'écouta pas un seul instant. La chaleur qui gonflait dans le creux de ses reins la poussa à s'avancer vers lui. Elle venait de comprendre le pouvoir qu'avait cet homme sur elle. D'une caresse, il venait d'effacer une semaine de doute et de souffrance. Elle voulait qu'il la touche encore. Elle voulait frissonner de nouveau.

La voix de Lin ronronnait à ses oreilles mais la jeune femme n'y comprit pas grand chose. Son corps suivait la main qui l'avait quitté. Elle s'approcha tout prêt, si prêt qu'elle ne pouvait plus regarder le jeune homme dans les yeux. Son odeur l'enveloppa doucement et son cœur se serra. Elle mesurait enfin combien Lin avait pu lui manquer. Ses bras étaient trop tendus pour qu'elle parvienne à les faire obéir. Elle resta immobile pendant quelques secondes avant que ses yeux ne se ferment. Lentement, le bout de son nez vint caresser la mâchoire du jeune homme. Elle suivit avec douceur la courbe de l'os jusqu'à son menton. Son souffle fébrile effleura le cou viril alors qu'elle restait attentive à la propre respiration du jeune homme. Elle avait peur. Mais son désir prenait l'ascendant sur tout le reste. Sa peau frôlait la sienne en une caresse douce et sensuelle. Son nez effleura bientôt le menton de l'ancien barbu. Les battements de son cœur tapèrent plus fort dans sa poitrine. Elle voulait toucher ce menton. L'embrasser et le goûter comme avant. La jeune femme releva très légèrement la tête. Le contour satiné de ses lèvres touchait déjà la peau du menton lorsqu'elle suspendit son geste.

Un détail brisa le charme de l'instant. La peau glabre du jeune homme lui rappela douloureusement tout le mal qu'elle avait pu lui faire. Elle s'était promis de ne lui offrir aucun geste de tendresse or ce qu'elle venait de faire dépassait bien largement la simple tendresse. Elle ne lui avait offert que douleur et elle revenait hypocritement se frotter à lui sans attendre le pardon du jeune homme. Vamp déglutit et écarta son visage. Très lentement, elle se recula sans oser lever les yeux, murmurant dans un souffle.


- La nuit ne va pas tarder à tomber. Il faut que nous retrouvions Ania. Ce serait peut être mieux de continuer nos recherches.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Lun 12 Mai - 15:34

Il passait imperceptiblement son poids d'une jambe sur l'autre dans le silence qui suivirent ses mots. Elle ne semblait pas réagir. Comme s'il en avait trop dit, comme si ses paroles avaient trop fait écho. Il retint le soupir qui lui vint à cette pensée et se mordilla la langue nerveusement. Il savait pourtant qu'il n'était plus considéré de la même façon. Pourquoi fallait-il qu'il évoque un être cher quand il avait été déchu de ce titre ? Il aurait pu dire n'importe quoi d'autre plutôt que ce qui devait paraître comme des inepties aux oreilles de la brune. Un vrai benêt.

Pourtant, il décela sa présence toute proche quelques instants après. Vraiment très proche. Peut-être même trop. Elle devait se tenir à quelques centimètres à peine de lui. Il ne put que ramener son visage vers elle et entrouvrir les lèvres de surprise. Il aurait dû loucher pour la voir nettement tant l'espace entre eux était réduit. Son souffle se bloqua dans sa gorge et il ne parvint qu'à déglutir, le coeur affolé. Elle n'avait pas été tant répugnée que ça par son geste, finalement. Elle semblait même y répondre, à sa façon. Un long frémissement parcourut le dos du jeune homme au sentir du nez blanc contre sa peau et il dut s'y reprendre à deux fois pour ne pas fermer les yeux sous la délicieuse sensation qui lui chauffait les veines. Il aurait suffi qu'il étende un bras pour l'envelopper, pour la prendre contre lui, pour briser cette barrière invisible. Il n'osa pourtant pas bouger, pétrifié à l'idée qu'elle puisse s'éloigner.

Ses côtes se mouvaient erratiquement à la suite de son souffle court, totalement silencieuse et pourtant si criantes de son état. Il aurait juré que les os s'écartaient pour laisser passer le palpitant qui s'agitait jusqu'à paraître vouloir s'échapper. Il était persuadé qu'elle l'entendait, dans le silence qui les entourait. Le temps lui parut infiniment long avant qu'elle ne relève le visage, avec une lenteur difficilement soutenable. Il baissa à peine les yeux. Ces lèvres … La chimère de leur goût affola ses papilles et son équilibre s'en trouva affecté. Il allait s'effondrer contre elle sans retenue s'il croisait son regard, il en était désormais sûr.

Il ne le croisa pas. Les cheveux noirs firent écran devant les pupilles ahuries de l'ancien barbu et le froid de son absence enveloppa son abdomen. Elle n'était plus là. Une seconde avant, il aurait pu la serrer contre lui et celle d'après, il ne sentait qu'un courant d'air désagréable sur sa chemise. Avait-il rêvé son geste ?

Les yeux qu'il porta sur elle étaient incrédules. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il cligna plusieurs fois des yeux, abasourdi et referma intelligemment la bouche qu'il n'avait pas su maintenir close à son approche. Elle l'approchait avec une douceur qui lui avait cruellement manquée pour mieux s'éloigner l'instant d'après. Il n'y comprenait rien. Il voulait tendre les bras et lui prendre les poignets, l'attirer contre lui et la contraindre à l'enlacer. Il voulait son contact, il voulait ses yeux, il voulait ses lèvres qu'il avait vues si proches, il la voulait. Simplement.

Il se força pourtant à secouer la tête comme s'ébroue un chien, se remettant les idées en place. Si ce n'était pas un rêve, elle jouait avec lui. Voire, elle le mettait à l'épreuve. Il n'y avait pas d'autres explications possibles. Il en vint même à croire que la vanité la poussait à vérifier que ses paroles n'avaient pas annihilées l'emprise qu'elle avait sur lui. Ca, il aurait pu le lui hurler tant il s'y trouvait assujetti. Mais il se tint coi sur le sujet. Il ne cèderait pas. Elle lui rappelait qu'il était faible en sa présence mais qu'elle n'en avait plus que faire. Il fallait qu'il se durcisse, qu'il parvienne à ne plus se laisser aller de la sorte.

Il prit une longue inspiration pour faire refluer le trouble qui l'avait envahi et s'ébouriffa les cheveux de ses mains, le visage rougi vers le sol. Quel incapable il était ! Même mis au courant, il ne savait s'en défaire. Il fronça les sourcils contre lui-même. Et puis quoi ? Bien sûr qu'il y était sensible. Il n'avait pas cessé de l'aimer durant tout ce temps. C'était trop dur de lui demander de passer trois ans à l'attendre pour lui asséner le coup de grâce après coup.

Quand il releva le visage, ses traits étaient bougons. Elle était injuste de lui faire vivre pareil traitement. Il avait assez souffert de cet amour pour ne pas qu'elle maintienne son pouvoir ainsi. Il n'avait pas besoin qu'on lui rappelle ses faiblesses. Il n'avait pas besoin qu'elle lui rappelle ce qui l'animait encore. Et par-dessus tout, il n'avait pas besoin qu'elle joue avec lui.

Dans un élan de rébellion envers ce qu'il pensait être une punition, il effaça la distance qui les séparait et se planta aussi proche d'elle qu'elle l'était de lui quelques instants auparavant. Ses yeux avivés par une détermination d'outré, il la dévisagea un instant avant de mener ses mains à ses hanches, y glissant pour venir entourer sa taille. Il referma ses bras fermement autour d'elle et l'attira ainsi contre lui dans une étreinte improvisée, son visage glissé au creux de son cou. Il ne pouvait pas la forcer à l'aimer à nouveau mais elle ne pouvait pas le quitter aussi brusquement. Il resta un moment qui lui parut infiniment court le torse creusé à son buste, le coeur à deux doigts d'éclater, se perdant un instant à son contact, enveloppé de son odeur et de sa chaleur, immobile.

Une minute plus tard, peut-être deux, il se redressait avec lenteur, se détachant difficilement d'elle, les mains fébriles. Il aurait voulu que ses doigts ne tremblent pas alors qu'ils quittaient définitivement sa taille mais son corps en décida autrement. Cependant, ses yeux n'avaient rien perdu de leur aplomb et le regard qu'il lui lança alors qu'il reculait d'un pas tenait plus de la défiance qu'autre chose.

Il reprit une distance acceptable, se modelant un air à peu près détaché. Ce brusque élan avait été dicté par ses tripes. Il songeait qu'elle lui devait au moins ça, un dernier contact avant de l'en priver totalement.

La voix rétablie, il jeta un oeil autour d'eux, comme attentif à leur piste précédente, son étreinte reléguée au rang de broutille, comme si rien ne s'était passé.


Il nous reste à peu près une demi-heure avant que le soleil ne disparaisse complètement. On a qu'à parcourir les sous-bois qu'on ne verra pas à la lumière de la nuit et réserver les abords plus clairsemés aux rayons de la lune. Ca te va ?
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mar 13 Mai - 5:47

Son regard se perdait dans un coin sombre de la forêt. La chaleur qui avait pris racine dans le bas de son dos avait disparu à l'instant même où la jeune femme s'était écartée de Lin. Après avoir tonné dans sa poitrine, elle avait l'impression que son cœur ne battait plus qu'au ralenti. Elle ne ressentait plus qu'un grand vide et une profonde lassitude. La seule source de chaleur était sa peau brûlante là où le jeune homme avait posé sa main mais elle soupçonnait son imagination de se jouer d'elle. Il était nécessaire pour le bien-être de l'ancien barbu qu'elle reste loin de lui. Dés qu'ils auraient retrouvé Ania, elle lui ferait ses adieux et reprendrait la route.

Pourtant, loin d'apaiser son désir, le geste qu'elle avait osé faire envers lui aviva sa soif du jeune homme. Son corps le réclamait encore plus impérieusement, avide et gourmand. Elle dut fermer les yeux pour se contraindre au calme. Elle avait toujours été irrésistiblement attirée par Lin. Le moindre geste, le moindre regard arrivait à déclencher la tentation. Sa mâchoire se contracta. Il fallait absolument qu'elle reprenne le dessus et qu'elle chasse ces idées de son esprit. C'était il y a bien longtemps. Et puis il n'avait pas réagi à sa proximité. Il était resté droit et immobile. Il n'avait pas posé la main sur elle en retour. Le cœur de la jeune femme se serra. Avaient-ils vraiment perdu toute complicité ?

Elle se massa doucement les paupières de ses doigts froids pour remettre de l'ordre dans ses idées et chasser le désir qui la rongeait. Elle avait l'impression que sa tête allait exploser. Si elle était bien une femme, le célèbre caractère contradictoire alloué au beau sexe ne s'étendait pas à la jeune femme. Quand Vamp voulait quelque chose, elle se contentait de le prendre. Mais voilà que ces derniers jours, elle n'avait cessé de se contredire. Ses paroles s'opposaient complètement à ses actes. Elle disait des choses qu'elle réfutait le lendemain ou même quelques heures après. Elle pensait au bonheur du jeune homme mais répondait à ses propres désirs. Elle se dit avec horreur qu'elle était devenue une vraie petite femme...

Perdue, elle rouvrit les paupières pour tomber nez à nez avec l'ancien barbu. Ses yeux clignèrent. Elle ne se rappelait pas être si proche de lui après avoir reculé. Perplexe, elle releva son visage vers lui mais son regard l'immobilisa de tout geste. Le jeune homme semblait déterminé, sûr de lui et un brin autoritaire. Elle soutint courageusement son regard, prête à faire face à n'importe quelle situation. Une petite voix lui fit noter à quel point il pouvait être séduisant avec ce regard et cet air décidé. Vraiment très séduisant...

La jeune femme ne comprit pas comment elle se retrouva dans ses bras. Sa conscience du monde s'étaient brusquement éteinte dés l'instant où elle avait senti ses mains s'approprier sa taille. Les lèvres entrouvertes de surprise, elle ne bougea pas. Lin était tout contre elle. C'était bien lui. Vraiment lui. Elle cessa de réfléchir et s'abandonna. L'odeur du jeune homme l'enveloppait d'un cocon délicieux. Son corps lui semblait plus ferme, ce qui ne l'en rendait pas moins désirable. Mais le supplice fut de sentir son souffle caresser le creux de son cou. Réactive, sa peau se hérissa lentement et son corps tressaillit. Elle n'avait qu'à tourner le visage pour trouver ses lèvres. Mais elle n'en fit rien. Vamp ne parvenait même pas à lever les bras pour l'enlacer, la question de pouvoir l'embrasser ou non ne se posait pas. Elle savait juste qu'elle ne voulait pas qu'il cesse.

Mais il finit par se détacher d'elle. Elle le regarda, cherchant une réponse à son geste mais ne croisa dans ses yeux que la même détermination qu'elle avait senti dans ses bras. Alors elle comprit. Contrairement à elle, Lin savait ce qu'il voulait. Il n'y avait pas à s'embrumer dans des réflexions ou à interroger sa conscience pendant des heures. Il y avait le passé, certes, et ces trois années d'absence. Mais il y avait surtout elle et lui. Et ce qu'ils désiraient. Le pardon viendrait après. Tout se bouscula dans la tête de la jeune femme. Bien sûr, elle savait pertinemment ce qu'elle désirait. Encore fallait-il oser, oser toucher un corps et soutenir un regard qu'on avait abandonnés durant trois longues années. Vamp pesta. Encore à parlementer avec elle-même pour repousser l'instant où elle devrait prendre une vraie décision.

Ce fut le regard du jeune homme qui la poussa à agir. Son regard était toujours aussi déterminé alors que, elle le savait, le sien devait être perdu et fuyant. Elle se redressa soudainement. Elle ne savait si c'était provocation de la part de Lin de lui lancer un tel regard, mais elle ne pouvait rester plus longtemps dans le rôle de jeune vierge effarouchée. Elle savait ce qu'elle voulait. Ce qu'elle voulait, c'était Lin. Rien d'autre.

Elle s'approcha brusquement d'un pas, ses poings se refermant sur la chemise du jeune homme, et amena son visage vers le sien avec autorité. Son impatience lui fit louper ses lèvres de quelques centimètres. Sa bouche se referma sur le creux du menton en débordant légèrement sur le contour de la lèvre inférieure du jeune homme. Vamp se redressa légèrement sur la pointe des pieds avant de pouvoir s'emparer fermement de la bouche qu'elle désirait. Elle l'embrassa, encore et encore. Sa langue ne chercha pas la sienne, elle la trouva aussitôt. Sa main s'empara fermement de la nuque du jeune homme pour l'attirer un peu plus vers son visage, avide. Au bout de quelques secondes, elle détacha ses lèvres des siennes, son front se reposant contre celui de l'ancien barbu. Vamp prit quelques bouffées d'air, haletante, mais ses lèvres s'avancèrent de nouveau, indépendantes de sa volonté. Plus douce, elle inclina la tête sur le côté et fondit sa bouche contre celle du jeune homme. Elle l'embrassa avec plus de soin et plus de sensualité. Elle prit le temps de goûter, de retrouver de vieilles sensations. Son corps s'avança pour se mouler à celui du jeune homme. Ses mains quittèrent  sa nuque et sa chemise pour se glisser autour de sa taille avant de remonter le long de son dos et de s'accrocher à ses omoplates. Elle était soudée au jeune homme. Ce n'était pas un baiser de retrouvailles, mais un baiser d'amante.

Ses lèvres finirent par libérer celle de l'ancien barbu. Ses doigts relâchèrent la pression qu'ils exerçaient sur son dos. Elle lui jeta un coup d'oeil, un peu gênée par l'intensité qu'elle venait de déclencher en l'espace d'une trentaine de secondes. Vamp reprit son souffle, restant assez proche de son visage pour appuyer l'arrête de son nez contre la pommette du jeune homme.

Elle lui avait presque coupé la parole avec son impatience et elle ne se souvenait que vaguement de ce que Lin avait pu dire. Elle répéta donc les derniers mots qu'elle avait entendus, un peu au hasard.


- Hm... Les sous-bois... oui... Excellente idée...

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mar 13 Mai - 14:41

Il était quasiment sûr qu'elle allait lui renvoyer un regard dédaigneux, comme s'il ne valait pas grand-chose et que son geste ne changeait rien pour elle. Ce n'aurait été que la suite logique de sa tirade passée. Son regard n'en démordit pas. Qu'elle le méprise si elle le voulait, elle ne lui enlèverait pas ce qu'il avait dans le torse.

Il n'était donc absolument pas préparé à sa réaction. La surprise fit vaciller la défiance qui ornait ses pupilles alors qu'elle refermait ses poings sur sa chemise. Elle ne paraissait pourtant pas en colère. Simplement déterminée. Il en eut la preuve lorsque son visage se rapprocha dangereusement du sien. Allait-elle … ?

Seule sa bouche fut capable de lui confirmer que oui. Elle s'en était emparée avec une vigueur qu'il ne lui aurait pas soupçonnée dans l'instant et il dut prendre une longue inspiration au sentir de son front contre le sien pour ne pas se jeter sur elle. Son ventre s'était embrasé presque aussitôt et il avait nettement ressenti la claque à l'arrière de son coeur. Qu'avait-il à rester là comme un benêt ? Elle était moulée à lui, ses bras passés dans son dos. Il en fut étrangement bouleversé et se laissa aller à ce contact qui lui avait tant manqué, les sens en émoi.

Il inclina le visage vers le sien et coupa net tous les fils de sa réflexion. Il n'y avait plus qu'elle, là, contre son torse. Ses lèvres répondirent aux siennes avec une ardeur insoupçonnée alors qu'il passait ses bras autour d'elle. L'un s'enroula autour de sa taille, l'autre se referma autour de sa nuque et il la repoussa contre l'arbre qu'elle détaillait un instant plus tôt. Il se serra contre elle autant qu'il l'emprisonnait entre lui et ce feuillu, d'une étreinte affermie par la déferlante de sensations qui inondait son corps. Son goût parvint enfin à ses papilles et il frémit une longue seconde, l'explosion au fond de son ventre lui coupant le souffle. Il la retrouvait, là, au milieu de nulle part.

Ses bras ne la quittèrent pas alors qu'elle baissait imperceptiblement la tête. Il avait le souffle court et le coeur bruyant. Il le sentait nettement tambouriner dans son torse comme s'il allait se détacher. Il gardait ses bras serrés autour d'elle tant pour ne pas la voir s'éloigner que pour maîtriser le tremblement de ses membres, remué au fin fond de ses tripes et il apposa doucement son front brûlant contre sa tempe, déglutissant avec peine. Elle ne pouvait pas reculer mais il craignait tout de même de la voir se dérober. Il apposa une main au bas de ses reins pour la maintenir contre lui, absorbé par ses sens, incapable de penser correctement. Même l'écorce qui accrochait le dos de ses mains ne parvenait pas à le faire émerger.

Il n'entendait rien de ce qu'elle bafouillait. Le sang qui fouettait ses tympans lui interdisait quelconque attention auditive mais il ne s'en plaignait pas. Ses autres sens s'en trouvaient exacerbés et il ne se priva pas de les mettre à profit pour comprendre la jeune femme.

La main posée à sa taille s'éveilla doucement pour passer le long de son dos dans une infinie caresse, insupportablement lente. La pression qu'elle imprima le long de sa colonne vertébrale cambra la brune contre lui. Ses doigts se glissèrent sur la nuque blanche, l'enveloppant un instant avant que sa paume chaude ne les remplace. Il disparurent dans les mèches brunes bien trop hautes à leur goût et y restèrent, parfois recourbés sur le cuir porteur, parfois pulpeux, toujours caressants. L'autre bras n'avait pas bougé de ses épaules, solidement refermé sur elles. Il ne tolèrerait pas qu'elle s'éloigne. Du moins, pas tout de suite.

Ses mains s'accordèrent finalement pour venir encadrer son visage et il passa ses pouces sur les pommettes blanches, un infime sourire naissant à la pointe de ses lèvres. Cette couleur. Sa peau lui avait manqué. Il prit une longue inspiration avant de parvenir à se pencher à nouveau vers elle, son front trouvant le sien et il logea son nez le long du sien, yeux clos. Immobile, il la respirait, s'apaisant le coeur en l'emplissant d'elle, l'esprit anesthésié par sa proximité.

Il aurait tué pour ce simple contact quelques années plus tôt. Il n'arrivait pas à estimer l'ampleur de ce qu'il lui apportait mais il dut déglutir pour ne pas s'y noyer. Il releva à peine le visage pour venir effleurer ses lèvres des siennes, s'arrachant un frisson avant de rouvrir les yeux dans les siens, un indescriptible sourire flottant sur son visage. Son air était insondable mais son regard ne portait rien de mauvais, du tout.

Il laissa ses pupilles vagabonder sur ses traits sans retenue, glissant jusqu'à sa mâchoire et se perdant dans son cou. Irrémédiablement attiré, il vint y presser ses lèvres entrouvertes, ses mains se rappropriant ses hanches. Ce corps … Il détailla un instant la naissance de sa gorge et la palpitation de sa carotide toute proche, débordant sur le relief de sa clavicule. Sa bouche s'y logea avec une facilité surprenante, redécouvrant ses contours avec une avidité à peine maîtrisée, son goût embrumant sa raison. Il raffermit ses mains à sa taille, la pressant contre lui alors qu'il remontait le long de l'artère frémissante. Il aurait pu détailler la moindre portion de son corps. Embrasser chaque parcelle de peau. La goûter sans relâche.

Il se redressa pourtant face à elle, la gorge sèche. Il s'était perdu dans la chaleur prégnante qui régnait dans son corps mais il ne pouvait empêcher la sournoise petite voix de sa raison de lui rappeler ce qu'il n'était plus. Il esquissa un sourire peu déchiffrable, entre l'amendement tacite et la sérénité incongrue. Ses mains ne quittèrent pas pour autant son corps, à l'instar de son front qu'il reposa contre le sien. Il savait que ce répit ne serait que de courte durée mais il refusait d'y mettre un terme. Comme si l'inquiétude de ne plus jamais y avoir droit guidait ses gestes, il se repaissait de son contact avant qu'on ne le lui retire, ses paumes glissant sur sa taille, ses hanches, douces et lentes, entêtantes.
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