l'antre des Cuspna

Je voudrais mourir si cela ne vaudrait mieux que de ramper, de s'avilir et se prostituer
 
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 Entre renaissance et damnation

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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 12 Juin - 15:01

La jeune femme le regarda approcher avec un regard félin, ses iris attentives au moindre de ses mouvements. Elle voulait anticiper au mieux la prochaine attaque de l'ancien barbu. Le jeu avait toujours été au cœur de leur couple et l'un comme l'autre connaissait par cœur leurs faiblesses. Et tout comme elle venait de le faire, Lin ne se gênerait pas pour les exploiter.

Elle sentait qu'elle avait le dessus sur la situation. Elle sentait que Lin allait flancher. Elle sentait qu'il n'allait pas tarder à s'emparer d'elle pour la dévorer. Elle allait gagner. Mais voilà, il sourit. Les doigts de Vamp s’immobilisèrent pendant que le sourire triomphant qui commençait à poindre se figea. Elle sentit son ventre se nouer de tendresse. La jeune femme n'était pas certaine que Lin ait conscience de cette arme, mais chaque fois qu'il lui souriait, elle retombait dans une béatitude de nuages cotonneux et de papillons.

Mais Vamp était Vamp et cette parenthèse qui sentait un peu trop la rose et les mésanges s'évanouit dans un claquement de doigt lorsque sa peau perçut les phalanges du jeune homme. Le désir reprit immédiatement son empire sur elle et la jeune brune le couva d'un regard beaucoup moins innocent.  Certes, la caresse de Lin contre sa cuisse l'éveilla et elle ressentait l'envie grandissante de lui arracher sa chemise. Pourtant, quelque chose de bien plus profond secoua les racines de son être. Sa peau semblait le reconnaître. Son épiderme retrouvait les rides de ses jointures à la perfection, la taille exacte de ses doigts et le toucher de sa peau. Il ressentait la main du jeune homme comme un membre amputé que l'on retrouve. Vamp en eut presque peur. Lin était son compagnon de Route, de vie. Même durant ces trois années d'absence, son statut n'avait pas changé. Elle en était consciente. Mais sentir son propre corps accueillir celui du jeune homme aussi aisément et aussi intensément lui donnait un sentiment de vulnérabilité. Elle ne voulait pas qu'il parte. Elle ne voulait plus jamais être séparée de lui. Elle n'était complète qu'avec lui à ses côtés.

Fermement, sa main se referma sur l'épaule du jeune homme, comme pour l'empêcher de reculer. Tout son corps répondait à l'appel implicite de sa main virile. Ses yeux clignèrent d'envie alors que ses lèvres s'entrouvrirent de faim. Il était plus grand qu'elle, plus large et plus fort. D'un seul mouvement de sa volonté il aurait pu aisément l'allonger sur le plan de travail et la torturer de caresses jusqu'à ce qu'elle craque.

La force de son bassin raidit sa colonne vertébrale de désir. Vamp ne laissa rien paraître, si ce n'est son menton blanc qui se leva légèrement en signe de provocation. Un sourire léger mais très explicite de concupiscence ombragea ses lèvres. Elle adorait l'instant où ils perdaient le contrôle, où lui devenait plus autoritaire et elle plus impatiente.

Ses doigts se refermèrent plus fermement sur l'épaule du jeune homme. Son corps avide réclamait le sien. La fièvre commençait à brouiller l'esprit de la jeune brune. Mais si Vamp avait envie de lui, elle ne s'attendait pas à cela...

Elle avait à peine cligné des yeux que le bois dur de la table rencontrait ses omoplates. Vamp écarquilla les yeux. Un son de surprise s'échappa de sa gorge pour venir mourir sur les lèvres de l'ancien barbu. Mais sa réaction ne se fit pas attendre. Ils n'étaient plus dans le jeu et Vamp savait exactement ce qu'elle voulait.

Son poing se referma sèchement contre le tissu de sa chemise pour l'approcher encore plus étroitement vers son corps. La couture craqua de désapprobation mais la jeune femme ne s'y arrêta pas. Elle était complètement prisonnière, captive entre la table et le corps du jeune homme. Un désir sourd et ambigu gonfla sa poitrine blanche. Lin avait pris beaucoup d'assurance, son corps était bien plus développé que dans son souvenir et elle n'avait qu'un champ d'action bien limité sous le poids calculé de ce corps. Elle était complètement à sa merci et c'était délicieux, d'un érotisme qui brouillait tout raisonnement.

Avide, elle s'empara des lèvres du jeune homme avec une faim qu'elle n'avait pas connue depuis longtemps. Elle l'embrassa généreusement, sans pudeur ni limite à sa sensualité. Son corps commençait déjà à se tordre de désir sous celui de l'ancien barbu, impatient de ressentir et de frissonner. Il n'y avait que cette faim de lui qu'il fallait assouvir.

Le goût de sa langue la rendait sauvage. Son pied libre s'appuya sur le rebord du plan de travail, afin d'avoir elle-même une prise pour faire pression sur le bassin du jeune homme pendant que sa cuisse se resserrait impitoyablement autour de sa taille. Et elle en joua cruellement. La jeune brune abusait des mouvements de son corps pour faire passer la conscience de Lin de l'autre côté, du côté où elle savait qu'il ne serait satisfait qu'une fois l'avoir nue entre ses bras.

S'agrippant aux mèches claires, sa main fit sévèrement reculer la tête de l'ancien barbu, assez pour que sa bouche vienne s'attaquer à son cou. Ses lèvres suçaient, ses dents mordaient et sa langue caressait. Vamp ne lui épargna rien. Le goût et l'odeur de cette peau la grisait et lui faisait perdre la tête. Dans le brouillard de son désir, elle entrapercevait les légères marques de dents qu'elle laissait sur le cou de Lin et les rougeurs qu'elle semait après le passage de sa bouche. Cela l'enchanta. Lin était à elle, elle marquait clairement sa possession.

Elle le mordit plus fort avant de revenir l'embrasser langoureusement, comme pour se faire pardonner de cet écart de voracité. Son souffle était court et sa respiration se faisait déjà haletante. Sans réfléchir, sa main se glissa sous la chemise de l'ancien barbu, comme par habitude. Aventureuses, les phalanges s'approprièrent lentement mais fermement les lignes de son torse. Elles découvrirent et redécouvrirent chaque ligne, chaque courbe et chaque colline. Vamp glissait ses ongles dans les creux et caressait les arcs. Sa paume recouvra largement la zone du cœur, jouissant de le sentir battre si fort. C'était une musique qui flattait son ego mais qui lui promettait aussi bien des choses. La peau de Lin était chaude, tendre par endroit, ferme à d'autres. Vamp frissonna d'envie et passa ses mains dans le dos du jeune homme pour calmer ses ardeurs de plus en plus impatientes.

Mais ce fut une erreur. Ses touchèrent la colonne vertébrale du jeune homme. Cette colonne si droite, si longue, qui lui faisait gagner quelques centimètres sur elle. Vamp ne résista pas. Ses doigts longèrent avec une lenteur mais un plaisir évident le chemin de son dos. Son bassin se resserra contre le sien avec autorité, la pression de sa cuisse suivant le cheminement de ses doigts sur le dos du jeune homme. Les paumes blanches recouvrirent bientôt ses omoplates et Vamp frissonna. Elle sentait les muscles de l'ancien barbu onduler sous la peau. Ses ongles s'y crispèrent. Elle geint d'envie.

Vamp voulait cet homme. Elle voulait son corps et sa nudité. Elle en avait faim. Et cet espèce de morceau de tissu tout à fait inutile l'empêchait d'avoir ce qu'elle voulait. Vamp tira sur la chemise avant de la glisser vers le haut, dévoilant le ventre du jeune homme et le début d'un torse délicieusement tentant. Elle voulait lui arracher pour aller plus vite mais ses doigts blessés l’empêchaient d'accomplir son geste. Agacée, un grondement de contrariété irrita sa gorge alors qu'elle tentait de retirer la chemise du jeune homme d'une seule main, sans grand succès.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Ven 13 Juin - 11:08

Il s'était jeté dans la gueule du loup. Le torse enfermé entre les bras de la jeune femme et son bassin entravé par ses jambes, Lin était aussi emprisonné que Vamp contre ce plan de travail. Il se délectait de l'ardeur de la brune et sentit gonfler une certaine fierté lorsque ses mains glissèrent sur son torse. Il s'était musclé avec le temps et les multiples rixes auxquelles il avait pris part. Les sillons de sa peau sur les reliefs de son corps s'étaient accentués et il se réjouissait qu'elle y pose ses paumes. C'était une fierté instinctive, entre la vanité de son propre développement et la satisfaction de lui laisser matière sous les doigts. Dans un frisson d'envie, il contracta légèrement ses muscles, tant pour aviver la tension qui jouait en son sein que pour éprouver celle de Vamp. Il n'y avait aucun doute à avoir, leurs désirs se valaient amplement et chacun tentait de s'approprier l'autre comme il le pouvait, mus par un désir commun.

Il comprit aisément ce que la paume de la jeune femme refermée sur le tissu de sa chemise tentait de faire et il n'y voyait aucun inconvénient. Au contraire. L'idée de partager sa chaleur avec elle le réjouissait et il se redressa juste assez pour permettre à ses mains de venir au contact du vêtement de la brune. Retenu par la tension de son dos, il était frémissant mais les tremblements du muscle à l'effort ne couvraient pas entièrement les tressaillements de désir qui agitaient le jeune homme. Ses doigts agiles parvinrent à faire sauter quelques boutons de la chemise d'homme qui occultait à sa vue la peau qu'il voulait goûter avant d'être interrompus dans leur ascension.

Lin grogna de frustration. Encore deux misérables petits cercles nacrés et il pourrait accéder à la blancheur qui lui avait tant manquée. Il ne lui restait qu'à retirer ces dernières barrières pour obtenir ce qu'il voulait. Dans la fébrilité de l'instant, il agrippa le tissu, prêt à le déchirer. Mais ses épaules furent contraintes au mouvement d'extension par sa chemise que Vamp tirait vers le haut et il releva les yeux, impatient. Il voulait qu'elle lui retire ce fichu vêtement dans la seconde et il leva les bras pour faciliter le passage du tissu tiré, les veines gonflées de désir.

Pourtant, sa tête ne sentit pas le tissu passer et il sentait que le col bloquait juste à l'arrière de son crâne. Il courba l'échine pour tenter de débloquer la situation mais rien n'y fit. La chemise se froissait aux entournures et malgré la docilité du jeune homme, elle ne voulait pas se laisser retirer. Lin secoua la tête, agacé par ce contre temps et porta son attention sur la brune, déjà prêt à guider ses mains pour lui montrer la marche à suivre, voire la seconder dans cette entreprise. L'envie qui le tenaillait exacerbait son impatience et il ripa sur son col, sa main trouvant celle de la brune. Il lui fallut une seconde avant de réaliser ce qu'il tenait dans sa main.

Ce n'était pas les doigts blancs et fins qu'il aurait pris plaisir à croiser aux siens pour lui guider jusqu'à sa nuque. C'était un contact bien moins doux. Un peu râpeux, même. Des bandelettes. Il s'interrompit, soudainement immobile au-dessus de la jeune femme, sa main recouvrant la bandée.


Qu'est-ce que …

Il cligna plusieurs fois des yeux, assimilant ce qu'il touchait avant qu'une onde d'amusement vienne chasser l'agacement sur son visage. La mise en relation entre la difficulté de sa chemise à passer par-dessus sa tête et la main handicapée de la brune le frappa brusquement. Un court silence accompagna son immobilité avant qu'il n'éclate de rire, aussi joyeusement que simplement. Ce n'était pas un rire moqueur et les traits de son visage n'exprimait aucun air narquois. Le jeune homme riait simplement du ridicule intrinsèque à la situation, comme on rit d'une situation improbable. Son rire ne dura que quelques instants, le temps pour lui d'accepter le loufoque du moment et il finit par secouer la tête en se redressant, s'ébouriffant les cheveux pour se reprendre. Les yeux hilares, il regarda Vamp avec un indescriptible sentiment au creux du torse, proche de l'attendrissement.

Le furieux désir qui l'avait envahi un peu plus tôt s'était transformé en une irrépressible envie de serrer la jeune femme contre lui. Elle était tout à fait elle et il la retrouvait là comme quand il l'avait poussée dans un cours d'eau. Bougonne mais décidée. Physiquement diminuée mais fièrement grandie. Il déglutit pour refouler l'intense émotion qui prit la place de l'insoutenable envie et il prit une longue inspiration, écartant les côtes pour laisser place à l'air englouti. A cette seconde-là, il n'aurait pas pu être plus amoureux.

Il ne se laissa cependant pas aller à une pluie de pétales de rose mais se contenta de grimper sur le plan de travail, venant s'installer en tailleur à côté de Vamp, ses coudes posés sur ses genoux pliés. Il la regardait dans un sourire sincère et lui tapota sur le bout du nez, bien plus serein malgré sa proximité qu'il ne l'avait été depuis le début de la semaine.

On va peut-être manger, hein ?

Il était amusé. Tendrement amusé. Il ne doutait pas que Vamp serait froissée mais il ne pouvait se départir de son sourire hilare. Cela leur ressemblait trop pour le laisser indifférent. Il lui tendit une main pour l'aider à se redresser, son regard glissant sur elle et son buste à moitié dénudé. S'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il allait préparer - il préférait ne pas laisser cuisiner la jeune femme, certainement à cause de ses talents de cuisinière bien enfouis - il savait déjà ce dont il avait envie pour clore le repas.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 14 Juin - 16:18

Il rit. Les lèvres de la jeune femme s'entrouvrirent lentement alors que ses mains abandonnèrent la chemise, glissant le long du tissu, comme sans vie. Les couleurs que le désir avait étalé sur le blanc de ses joues s'estompèrent. Le rire du jeune homme raisonna aux oreilles de Vamp et son regard se voila. Elle détourna les yeux trop vite pour voir la tendresse dans ceux de l'ancien barbu et ne l'aurait même pas remarquée si elle avait été plus attentive.

Vamp était hantée par ses peurs. Elle n'en avait pas beaucoup, mais celles-ci étaient ancrées jusque dans les fibres de sa moelle épinière. Elle interpréta mal le rire de Lin et cet éclat fracassa le peu de confiance qu'elle avait réussi à garder en elle-même durant ces trois années.

Honteuse, elle reboutonna soigneusement sa chemise jusqu'à la gorge. Elle se sentait humiliée. Humiliée qu'il rit alors qu'elle était déjà à moitié nue entre ses bras. Mais cela faisait trois ans. Trois longues années et Lin avait dû en voir passer des corps de femmes, des corps aux courbes parfaites et à la peau rose ou dorée. Après avoir goûté à cela, il était normal de s'esclaffer devant son corps d'enfarinée.

Elle se laissa glisser au bas du plan de travail pour le contourner et retrouver ses braies. Dans un profond silence, elle renoua le lien de ses braies sans lever les yeux une seule fois vers le visage de Lin. Cette soumission ne lui ressemblait pas. Elle était en pleine fuite.

Alors qu'elle se rhabillait, des détails fourbes lui revinrent en mémoire. La facilité avec laquelle Lin avait glissé son genou entre ses jambes la nuit de leurs retrouvailles. Certaines paroles de l'Anglais qui sous-entendaient des choses dont elle n'était pas sûre de vouloir vérifier le fondement.

Son sang battait à ses tempes. Qui était-elle pour penser qu'il l'aurait attendue sagement durant trois années ?

Ses mains tremblaient alors qu'elle chaussait ses bottes de voyage. Mais pas de colère. Vamp tremblait de peur et d'angoisse. Et cette angoisse serrait la gorge de la jeune femme entre ses serres. Était-ce l'ultime vengeance de Lin ? Jouer avec elle le jeu qu'il a joué avec ces femmes durant ces trois années ? Au fond d'elle-même, depuis qu'elle l'avait retrouvé, Vamp attendait la vengeance du jeune homme pour l'avoir abandonné. Or la trouver maintenant, alors que la jeune brune pensait avoir renoué avec la complicité qu'ils avaient eue dés les premiers jours, l'anéantissait.


- Je comprends. Je te comprends tellement. Mais me manipuler à ce point, je t'avoue que je n'en t'aurais jamais cru capable. C'est un à tel degrés de cruauté que...

Elle lui tournait le dos en enfilant son large manteau. Sa voix tremblait trop pour finir sa phrase et ses épaules étaient légèrement voûtées. Vamp avait perdu son assurance et sa fierté. Le canapé du jeune homme lui revint en mémoire et la nausée enserra douloureusement sa gorge. C'était un cauchemar.

Enfin, elle se pinça les lèvres et se retourna pour le regarder dans les yeux. Ses pupilles disparaissaient derrière une brume de douleur.


- Quel numéro j'ai sur ta petite liste ? Après toutes les femmes que tu as dû ramener à ton Anglais, je ne doute pas que tu en as essayé une bonne moitié, pas vrai ? Et combien en as-tu amenées ici pour les impressionner ?

Elle ne criait pas. Elle n'était pas en colère. Sa voix s'élevait, pas plus haut qu'un murmure, comme une chanson que l'on fredonne pour soi-même. Une chanson pleine de détresse.

- Mais après tout, je ne peux que te comprendre. Passer d'un corps qui respire la santé à une peau de mort comme la mienne, cela doit être d'un rabaissement extrême pour un homme qui, je n'en doute pas une seconde, a dû avoir un succès fou auprès de ses victimes.

La chanson s'enrailla en milieu de phrase avant de reprendre son murmure. Son coeur tapait trop fort dans sa poitrine, Vamp avait l'impression que ses battements allaient bientôt couvrir le son de sa voix.

- Et puis après tout... Le Lin qui était mien portait la barbe, non ? Tu l'as rasée pour effacer mon fantôme et être plus libre de tes mouvements. Et si je me fie à ton visage, l'homme qui est en face de moi ne m'appartient pas.

Elle crut voir les lèvres du jeune homme s'entrouvrirent, comme pour prendre la parole. Pour lui répondre. Ou peut être juste de surprise. Vamp paniqua et réagit aussitôt.

Elle le gifla.

Le bruit de sa paume sur la joue du jeune homme claqua dans l'air. Sans raisonner, sans écho. Juste un son sec et unique. Vamp cligna des yeux. Si elle ne ressentait pas le picotement qui mordillait ses doigts, elle aurait juré avoir rêvé son geste. Aussitôt, elle détourna le regard.

Vamp ne giflait pas les gens. Elle les frappait avec le poing. Homme comme femme, la jeune femme ne frappait jamais « comme une fille ». Toujours avec le poing refermé et visant, de préférence, le nez. C'était une histoire de fierté et d'habitude. Et elle venait de gifler Lin...

Vu la vie que le jeune homme semblait mener ces dernières années, son visage avait dû encaisser bien pire et elle ne s'inquiétait pas de lui avoir fait mal. Mais le problème n'était pas de lui avoir fait mal ou non. Le problème était son geste à elle. C'était un geste emprunté qui ne lui ressemblait tout bonnement pas. C'était comme si Vamp refusait un pot de miel ou se levait aux aurores. Ce n'était pas elle.

La gifle prenait tout son sens. Elle était le témoin parfait de la détresse qui déchirait les entrailles de Vamp. C'était un geste étranger répondant un sentiment qui lui était étranger. La détresse. Vamp imaginait des choses, extrapolait d'après un rire qu'elle pensait cruel, accusait sans preuve, exigeait des réponses qu'elle ne voulait pas connaître.

Elle le regarda avec de grands yeux chargés d'incompréhension. Elle dut rester une longue minute sans bouger, fouillant le regard du jeune homme comme si elle allait y trouver la réponse à son geste. Puis elle prit une soudaine inspiration comme un noyer qui retrouve la surface de l'eau et sortit de la cuisine sans jeter un regard en arrière.

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mar 17 Juin - 8:50

Assis sur ce plan de travail, les lèvres entrouvertes sur des mots qui ne viendraient pas, Lin était abasourdi. La porte restée ouverte après le passage décidée de la jeune femme marquait le mur d'un trou qui faisait écho à celui qui commençait à miter l'intérieur de l'ancien barbu. Légèrement avachi, les yeux ouverts sans vraiment regarder, il était incrédule. Il n'avait jamais été moins agressif que dans les secondes qui avaient précédé le coup de sang de Vamp, ni aussi détendu. Il s'était senti chaudement enveloppé dans les réminiscences d'un passé plus heureux et avait même pensé avoir retrouvé quelques élans furtifs de complicité avec la brune. Visiblement, il s'était trompé.

Il se doutait qu'elle ne rirait pas au premier abord. Qu'elle jouerait les offusquées, voire qu'elle lui donnerait une bonne bourrade dans l'épaule pour lui signifier son mécontentement. Il aurait presque attendu ce genre de réaction. C'était tout à fait elle, ça n'aurait pas dépareillé dans ce qu'il songeait avoir retrouvé. Elle l'aurait fait mariner un peu avant de lui rendre la pareille, histoire que la balance soit équilibrée à nouveau. Et ils auraient repris leurs enfantillages, comme toujours, jusqu'à ce que l'un des deux craque. Mais cette fuite avait été sa seule réponse. Incongrue. Inhabituelle. Inquiétante. Elle s'était dérobée aussi prestement que s'il l'avait mise plus bas que terre, elle s'était rhabillée avec un empressement honteux. Il cligna des yeux dans le vide qui lui faisait désormais face. Et cette gifle … Il ne lui avait jamais connu un tel geste. Elle usait de mots pour rabaisser les gens, de poings pour les rabrouer. Elle ne giflait pas. C'était humiliant. Il passa ses doigts sur sa joue, ses sourcils se fronçant. Elle ne giflait pas. Et certainement pas lui.

L'angle de son nez se plissa dans un rictus irrité, une sourde colère s'annonçant au creux de son ventre. Elle n'aurait jamais levé la main sur lui de la sorte, quelques années plus tôt. Ils se battaient quand ils avaient un différend, se criaient dessus et s'envoyaient des coussins pour régler leurs conflits. Ils ne s'humiliaient pas. Et c'était d'autant plus humiliant qu'elle l'avait fait sans réfléchir. Sa main était partie toute seule, comme mue par une volonté toute instinctive. Comme si ce geste était le seul qu'elle avait eu, naturellement, comme réponse. Le jeune homme se redressa, un vague sentiment d'inquiétude lui soufflant déjà ce que cela signifiait. Il ne représentait plus pour elle ce qu'il avait représenté quelques années plus tôt. Il n'était plus ce qu'il avait été. Elle l'avait giflé aussi simplement qu'il avait craché sur Fenrir.

Cet amer constat lui brûla l'arrière de la gorge et il serra les dents dans un grondement de mauvaise augure. Les mots de la jeune femme heurtèrent sa mémoire à nouveau et il retroussa sa lèvre supérieure de colère. La manipulation qu'elle évoquait lui paraissait hypocrite au vu de ce qui s'était passé. Elle l'avait allumé, clairement. Et pourquoi faire, au juste ? Le rejeter avec plus de force à la moindre contrariété ? Il n'y avait jamais eu de sacralisation de quoi que ce soit entre eux et c'était arrivé plus d'une fois que leurs échauffements avortent par amusement de l'un ou l'autre. Ca ne changeait rien. Ca n'avait rien changé, du moins.

Il déglutit avec difficulté, la gorge soudainement prise dans un étau de conscience. Et si elle avait vécu ces trois ans dans la parfaite harmonie d'un conjoint parfait ? La puissante douleur qui vrilla son torse à cette simple pensée lui arracha un son de protestation et il se leva vivement, agité. Cela pourrait expliqué pourquoi elle se comportait ainsi, en femme farouche à la gifle aisée. Elle n'avait plus connu la contrariété. Elle avait peut-être pris goût à la délicatesse mielleuse. Il entama une marche fébrile de long en large dans la pièce désormais vide, une main angoissée refermée sur ses mèches. Ce n'était pas possible. Ca ne lui ressemblait pas. Elle n'aurait pas fait ça. N'avait-elle pas dit qu'elle le cherchait ? Qu'il lui avait manqué ? Qu'elle avait pensé à lui ? Sa raison le rabroua avec force pour le mettre face à l'incohérence de la brune. Elle avait aussi dit qu'elle ne le suivrait pour rien au monde et elle était dans cette cuisine, quelques instants auparavant. Elle avait aussi dit qu'il avait perdu son amour et son estime et elle se trouvait là, à moitié nue entre ses bras, quelques instants auparavant. La confiance qu'elle estimait brisée avait été palpable dans toute son intégrité quand elle avait retiré ses braies pour lui malmener les sens.

D'un mouvement sec, il abattit son poing fermé sur le plan de travail. Ses phalanges craquèrent sous la force de l'impact mais il n'émit pas le moindre son. Elle lui avait menti. C'était désormais clair. Et sa belle tirade sur ce qu'il avait dû faire en son absence ne servait qu'à lui soulager la conscience. En songeant qu'il avait fait de même, elle allégeait sa culpabilité. En occultant que c'était elle qui était partie. En occultant qu'elle avait pris seule la décision de l'abandonner sans donner de nouvelles. Il s'appuya sur le panneau de bois de ses deux mains déposées à plat, la tête baissée comme pour reprendre son souffle. L'insidieux doute le rongeait et le sentiment de trahison enflait dans son sillon. Plus il y réfléchissait, plus ça lui paraissait logique. D'une cruelle logique.

Il se redressa aussi subitement qu'il avait frappé la large table et prit le chemin de la porte. Sur le sol trônait la pomme dont il avait mangé un bout. Il la lui avait tendue, comme elle l'avait fait. Mais elle n'avait pas croqué dedans. Un autre éclair de conscience illumina son esprit agité. La symbolique été aussi forte dans ce sens que dans l'autre. Il avait croqué, lui, la première fois qu'elle le lui avait proposé. Elle ne l'avait pas fait, elle, cette fois-ci. D'un geste rageur, il donna un violent coup de pied dans le fruit qui vola jusqu'au mur opposé, s'y écrasant dans des éclats juteux. Il se maudit de ne pas avoir su voir l'avertissement que ça avait représenté et il sortit de la pièce avec au torse la mauvaise sensation d'une colère sourde teintée d'une blessure profonde. La porte claqua derrière lui et il disparut dans la nuit environnante, bouillonnant de rage.

Il n'eut pas de mal à retrouver son compère anglais. Dans une autre de ses tavernes préférées, il était accoudé au bar entre deux presque jolies femmes. En tout cas, deux femmes bien apprêtées. Et significativement de meilleure lignée que ce qu'il avait fréquenté les fois précédentes. Pourtant, Lin ne lui laissa aucune latitude pour se les mettre sous le coude le temps qu'il le gère. Il avait gardé des traces de son passage aux tréfonds de son être et l'impulsivité dans ses accès de colère était une marque indélébile que Larson connaissait bien. Et qu'il avait plus ou moins appris à gérer avec le temps. Du moins quand il le pouvait.


Lars ! Lâche tes gueuses et viens voir là.

L'anglais mit une demi-seconde pour reconnaître la voix et en percevoir l'intonation. Un soupir agacé lui échappa. Ca faisait longtemps qu'il ne l'avait pas entendu ainsi et il savait ce que cela signifiait. Grognon, il se retourna, peu enclin à gérer une autre crise de son acolyte.

C'pas l'moment, t'vois bien !

Le crochet qu'il reçut à l'angle de la mâchoire l'empêcha de continuer. Lin n'avait pas l'intention de perdre du temps à se justifier, il sentait simplement le sang vicié qui pulsait dans ses veines. Il fallait qu'il évacue. Et vite.

A moitié sonné, le ronchon s'esquiva d'entre ses deux partenaires dans une phrase d'excuse étouffée et sortit précipitamment, tirant l'ancien barbu dans son sillage. Visiblement, c'était d'une envergure qu'il n'avait plus eu à gérer depuis longtemps. Donc une urgence. La porte à peine refermée, il poussa le jeune homme devant lui avec une force brute, son pied comme entrave au passage. Lin s'étala de tout son long, trop pris par le tourbillon qui lui retournait la raison pour faire attention. Un accès de rage nouveau réunit la force nécessaire dans ses muscles pour qu'il se relève mais le coup reçu au ventre le sécha immédiatement. Larson venait de le frapper. Sans aucune douceur.

Les yeux de l'ancien barbu trouvèrent ceux de l'anglais. Un bref échange muet les maintint immobiles tous deux un court instant avant que le regard du jeune homme ne soit détourné de force par le poing qui venait de percuter sa mâchoire. Dans un hoquet de douleur, il se ramassa au sol le temps de reprendre son souffle. Il était cependant comme rassuré. Lars était là. La seconde d'après, il se relevait pour lui faire face.

[…]

La journée qui suivit la nuit agitée de Lin ne fut écoulée que dans un profond sommeil réparateur. Un léger oedème marquait sa pommette droite mais aucune autre trace n'était visible, dissimulées sous ses vêtements. Quand il finit par émerger, avachi sur son canapé défoncé, le soleil avait déjà parcouru une bonne partie de son chemin et il commençait à décliner à l'horizon, nimbant la pièce grisâtre d'une lumière rose-orangé presque chaude. L'ancien barbu se redressa pour s'asseoir sur l'assise usée de son canapé et enserra ses genoux de ses bras, calés dans ses coudes repliés. Ses mains croisées retenaient la structure lâche de l'ensemble et il resta ainsi un long moment, les yeux plongés dans la lumière extérieure à travers les carreaux de l'unique fenêtre de la pièce. Il se sentait un peu plus calme que la veille au soir mais la douleur dans son pectoral gauche était bien plus intense que celle de ses côtes meurtries. S'il avait calmé la rage de ses membres, il ne s'était pas départi de la sensation de trahison qu'il ressentait et ses épaules tendues marquaient l'état d'esprit peu sain dans lequel il était, prostré là après une journée hors du monde. Pour n'importe quel regard externe, il apparaissait évident qu'il était muré dans une douloureuse tristesse.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mar 17 Juin - 12:29

Il glissait sensuellement ses mains puissantes le long des cuisses blanches et nues avant de s'emparer fermement de sa taille. Vamp frissonna. Elle écoutait l'enrouement de sa respiration et regardait la lueur qui embrasait ses yeux. Il la voulait et ne voulait qu'elle. La jeune femme murmura quelque chose qui le fit rire et il se pencha pour mordre son menton. Elle adorait quand il riait. Elle adorait voir ses yeux se plisser et son visage s'éclairer de son sourire. Il avait un sourire magnifique. Sa main se glissa à l'intérieur de sa cuisse, douce mais ferme. Les jambes de la jeune femme se contractèrent, le désir s'insinuant dans la moindre veine, brûlant son épiderme. Elle était complètement nue, tâche neigeuse qui commençait peu à peu à recouvrir les membres du jeune homme, s'en appropriant la possession. Il s'empara d'elle avec la même impatience et tendresse qu'elle lui avait toujours connues. Vamp se cambra de délice alors que son corps répondait au sien. Lentement, il se pencha vers elle. Ses yeux sombres étaient rivés sur les poutres du plafond sans les voir. Et puis elle sentit sa barbe effleurer le creux de son cou... La jeune femme ferma les yeux et gémit de plaisir.

Vamp cligna des yeux et se réveilla. Ses tempes étaient légèrement moites, son souffle court et elle avait la vague impression de s'être entendue gémir dans son sommeil. Elle tourna un regard peu motivé à ses côtés mais aucun barbu n'était allongé sur la paille, aucun Lin. En revanche, l'une de ses cuisses s'était légèrement écartée sur le côté dans une position assez subjective et, honteuse et chassant le brin de paille qui lui piquait le cou, la jeune brune se redressa sur la botte de paille où elle s'était endormie. Situation plutôt embarrassante. Qui le fut plus encore lorsqu'elle croisa le regard moqueur de Fenrir qui la regardait.


- Alors ? C'était bien ? Avoue que tu rêvais de moi...

Vamp se contenta d'un grognement en guise de réponse et se redressa, remettant de l'ordre dans sa tenue. Ses cuisses étaient contractées, accentuant la rougeur honteuse qui piquetait ses joues. L'ennui d'être pâle, c'est que le moindre sentiment incontrôlé pouvait être visible par tous.

Elle était rentrée très tard, errant comme une ivrogne dans les rues qui s'égrenaient sans qu'elle n'en reconnut aucune. Pourtant pas une goutte d'alcool n'avait souillé ses veines. C'était comme si elle avait laissé son cœur, son cerveau et sa raison derrière elle, dans la cuisine, bien au chaud avec Lin. Elle avait trébuché, badaudé, s'était égarée, sans réussir à mettre de l'ordre dans ses sentiments. Elle avait juste marché droit devant elle.

Alors que les rues s'étaient épurées des derniers ivrognes, elle avait poussé la porte de la grange et s'était effondrée dans le foin. Lorsque les premiers rayons de lumière avait percés la charpente, Vamp n'avait pas bougé. Elle n'avait jamais été du matin et pouvait passer des heures après le lever du soleil à ronronner dans l'épaisseur des couettes.

Elle comprit à l'oreille que la journée devait être bien avancée. Les citadins courraient, s'affairaient. Les gamins chutaient et pleuraient. Les marchands criaient et juraient. Vamp s'étira avec négligence et passa ses doigts entre ses mèches courtes pour les ramener en arrière.


- Alors raconte ! J'étais comment dans ton rêve ? Performant ?

- Ne m'emmerde pas. Pas le matin, tu le sais.

- C'pas l'matin. On est en plein milieu d'après-midi. Aller raconte ! Parce que tu t'tortillais drôlement bien sur ta couche hein...


Un grondement agacé s'éleva de la gorge blanche. Vamp passa devant le Loup pour s'échapper de la grange et donna un coup bien senti et sans pitié à sa jambe blessée. Elle sortit sous le couvert d'un chapelet de jurons et une bonne douzaine de malédictions.

Il faisait beau et chaud. Une journée agréable d'un début d'été. Évitant soigneusement de se fondre dans la foule de citadins qu'elle exécrait, la jeune femme s'engagea dans une longue promenade, se guidant au hasard de ses pas, le regard trop vide pour être attentif à ce qui l'entourait.

Ses poings étaient fermement enfoncés dans le fond de ses poches. Si elle avait été moins impulsive, si elle avait gardé tout son sang-froid, elle se serait éveillée aux côtés du jeune homme ce matin. La scène s'imposa à son esprit, encore et encore. Elle entendait encore le son de sa gifle.

Vamp bifurqua sèchement au coin d'une rue, comme pour fuir le fil de ses pensées. Elle savait qu'elle était coupable. Même si Lin avait eu de magnifiques conquêtes aux cheveux de feu et aux formes sulfureuses, la jeune brune n'avait aucun droit de réagir ainsi. Elle l'avait abandonné. Elle était parti en le laissant seul. De plus, la moindre des choses aurait été d'attendre l'explication de l'ancien barbu avant de s'en prendre physiquement à lui.

Elle grimaça et releva de nouveau ses cheveux courts vers l'arrière. Son problème n'avait pas été le sang-froid mais la lâcheté. Oui, Lin aurait pu s'expliquer, tout lui raconter. Mais elle n'était tout simplement pas sûre d'avoir les tripes pour encaisser la vérité. La gifle n'avait été qu'un geste de défense ordonné par sa peur. Un geste infâme.

Vamp ravala la nausée qui resserrait sa gorge. Elle avait frappé Lin. Lin. Pire, elle l'avait giflé. Comme une femme.

Une chape de tristesse tomba sur les épaules de la jeune femme. C'était humiliant. Tant pour elle que pour lui. Jamais elle n'était tombée aussi bas. Au prix d'un effort surhumain, elle empêcha les étoiles de larmes qui brillaient déjà dans ses yeux de rouler sur ses joues. Chez Vamp, il y avait l'honneur et le fait de pleurer dans la rue, en public. Et cette dernière chose ne faisait pas partie de sa liste d'actions déshonorantes, pas même en bas de page. Elle se contenta donc de renifler et continua à mettre un pied devant l'autre.

Il fallait qu'elle présente ses excuses au jeune homme. Mmh... Un cadeau ? Mais quoi... De nouvelles bottes ? Une nouvelle chemise qu'elle s'empresserait de lui piquer – s'il voulait toujours d'elle. Une dague ?


Nan mais si tu t'amènes avec un cadeau, il va penser que tu veux l'acheter, bétate !

Vamp grimaça. Elle avait assez détruit la fierté de Lin sans en rajouter une couche. Elle pourrait peut être lui proposer une promenade nocturne dans la forêt et lui présenter ses excuses ?

Son visage s'illumina d'un sourire. Mais c'était juste parfait ! Bon, le moment où elle allait devoir bavouiller des excuses devant lui en portant l'entière responsabilité du fiasco d'hier ne lui plaisait tout de même qu'à moitié. Ses sourcils se froncèrent. Non, c'était faux. Vamp n'avait pas de fierté pour Lin. Lui présenter ses excuses, même si elle devait s'agenouiller devant lui, était une marque de respect rare chez elle - Vamp ne s'excusait jamais - et elle était prête à passer la soirée à se faire pardonner par tous les moyens possibles.

La nuit n'allait pas tarder à tomber et les marchands commençaient à ranger leurs étales. L'atmosphère était lourde et moite. Les promeneurs s'activaient pour rentrer au plus vite. Vamp fouilla dans ses poches à la recherche de quelques écus perdus. Les boutades de Fenrir l'avait tellement irritée qu'elle était partie sans sa besace ni son manteau. Elle ne put payer que trois gâteaux au miel à une vieille bique qui la jaugeait et tourna les talons, son sachet à la main. L'odeur de la pâtisserie et du miel titillait ses narines et un sourire naquit au coin de ses lèvres. Pourtant, une tension croissait le long de sa nuque, tension qu'elle n'arrivait pas à s'expliquer.

Ce n'était pas de revoir Lin. Au contraire, elle était impatiente de le revoir. Elle voulait sincèrement lui expliquer ses peurs, quitte à se prendre une vérité impitoyable en pleine face. C'était le risque. La tension ne venait pas de là. La peur qu'il la repousse sans vouloir entendre ses explications ? Peut-être... Mais non, ça ne tenait pas la route. Elle savait que Lin allait l'écouter. Peut être pas accepter ses justifications, mais il l'écouterait au moins jusqu'au bout.

Vamp chassa la tension d'un haussement d'épaule. C'était ridicule. Elle regarda autour d'elle, fouillant les rues du regard, comme si elle s'attendait à ce que Lin surgisse comme par magie à un carrefour. Mais il n'apparut pas. La jeune femme fit un tour sur elle-même. Elle n'avait pas été du tout attentive, la veille, au chemin que l'ancien barbu avait pris pour l'amener chez lui. Vamp grogna. Peut être devrait-elle essayer de retrouver la taverne où ils s'étaient retrouvés. Avec un peu de chance, elle tomberait sur lui ou, au pire, sur Larson.

Un roulement sourd s'éleva au-dessus de sa tête. Alors Vamp comprit. Elle comprit d'où venait la tension qui malmenait sa nuque. L'orage. Il avait fait trop chaud, trop lourd. Comment avait-elle pu passer à côté de ça ? La panique s'insinua en elle dans la seconde. Il fallait qu'elle trouve Lin. Il n'y avait que Lin pour la rassurer. Que lui pour la protéger de l'orage. Elle respira brusquement l'air chargé d'humidité comme un asthmatique qui se débat alors qu'il sent sa gorge se rétrécir impitoyablement.

Vamp avait peur de l'orage. Une peur irraisonnée dont les origines remontaient à l'une des nombreuses nuits qu'elle avait passées au fond de la cave familiale. Une peur d'enfant qui ne l'avait jamais quittée. L'été était un enfer pour elle. Le bruit, la lumière, ce grondement sourd qui vibrait jusque dans sa cage thoracique l'épouvantaient.

Un déchirement dans le ciel la piqua comme une guêpe et la jeune femme s'enfuit. La terreur la rendait aveugle, la déboussolait. Son poing se resserra plus fort sur le paquet de papier qu'elle tenait dans sa main valide. Un roulement sourd s'éleva dans son dos. Vamp gémit. La vague arrivait, elle était juste dans son dos. Elle allait frapper entre ses omoplates, c'était certain. La jeune femme glissa sur les pavés et tourna brutalement à droite. Elle sentait son cœur éclater de peur dans sa poitrine. Une sueur froide ondulait le long de sa colonne.

Le vent s'engouffrait dans sa chemise d'homme, gonflant le tissu. Quelques gouttes de pluie tachetèrent le lin de traces sombres. Vamp le ressentit comme des morsures de dague qui glaçaient ses os de peur. Elle heurta brutalement un badaud mais ne s'arrêta pas, continuant sa course.

Elle tourna à droite. Puis à gauche. De nouveau à gauche. Puis à droite. Elle se laissa tomber dans une impasse alors que le ciel se déchirait d'horreur. Vamp hurla et tomba à genoux dans un coin sale de l'impasse. Les mains plaquées sur les oreilles, le visage contracté en un masque de terreur, elle ressemblait à ces pauvres folles que l'on regroupait les unes avec les autres. La jeune femme sanglota une longue minute, le corps appuyé contre le mur de brique. Une pluie tiède commença à tomber plus régulièrement, couvrant son dos voûté d'un manteau humide.

Elle voulait Lin.

La jeune femme s'aida du mur pour se remettre sur ses jambes. Le ciel était noir, menaçant et oppressant. Il fallait qu'elle retrouve l'ancien barbu si elle ne voulait pas devenir folle. Ses jambes étaient secouées de tremblement violents et incontrôlables. Si longues qu'elles étaient, la jeune brune ressemblait à un girafon qui tentait de faire ses premiers pas.

Elle longea les murs. Le regard perdu, courir lui était devenu impossible. Le moindre éclair, le moindre coup de tonnerre l'obligeait à cacher son visage contre le mur des maisonnées. Elle y restait tétanisée, l'eau de la pluie coulant dans son cou et se mêlant à la sueur de sa peur. Les épaules secoués de sanglots, la gorge déchirée, elle ne reprenait sa route qu'au bout d'un long moment d'angoisse.

Vamp mit une vingtaine de minutes avant de trouver l'impasse où vivait le jeune homme. Elle ne sut même pas comment elle réussit à s'y retrouver mais elle ouvrit les yeux et la porte était là. Sa chemise tombait lourdement sur ses épaules voûtées et ses mèches courtes étaient collées les unes aux autres, plaquées sur ses joues et gorgées d'eau. Ses braies puaient et étaient souillées d'ordures là où elle était tombée à genoux dans les coins sales. Elle était pitoyable, une souillon portant le masque d'une enfant terrorisée. Mais, dans l'état actuel des choses, Vamp n'était pas à la fierté.

Son poing s'abattit avec violence contre la porte. Une violence qui ne se justifiait pas, le panneau de bois n'était pas assez épais pour assourdir des coups, pas même timides. Elle attendit une seconde qui lui parut durer des heures entières puis entreprit à tambouriner d'une façon désordonnée contre les lattes de bois, évacuant sa peur tout en la nourrissant devant la porte qui restait obstinément close.

Puis elle s'ouvrit. Vamp s'immobilisa. Ses jambes de bébé girafon continuaient à trembler mais ses yeux s'étaient fixés sur le visage de l'homme. Elle voulu dire quelque chose, s'expliquer mais seul un faible son d'asthmatique se tortilla hors de sa gorge. Le son de la peur. Un coup de tonnerre la fit sursauter et elle enfouit futilement son visage entre ses mains trempées. Au bout de quelques secondes, elle croisa ses bras sur sa poitrine et retrouva le regard de l'ancien barbu.

Elle n'était pas une écervelée, elle n'allait pas se précipiter et se pendre à son cou en le suppliant de la protéger. L'orage était dans son dos, il approchait. Il allait griffer ses omoplates jusqu'à l'os et y déchiqueter la chair. Les yeux baissés, Vamp s'avança doucement vers le jeune homme. Contrôlant au maximum sa peur, elle s'autorisa à franchir le seuil de sa maison pour venir trouver refuge contre son buste avec lenteur. C'était chaud et rassurant. Vamp y appuya son front et ferma les yeux.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 18 Juin - 8:53

La lumière déclinait à travers le carreau bien plus vite qu'en une simple fin de journée. Les rayons du soleil ne noyaient plus le ciel alentour de reflets rouges, ils disparaissaient sous une épaisse couche de nuages gris, encore assombris par l'approche de la nuit. La fenêtre mal imbriquée dans le mur laissait filtrer un mince filet d'air, sifflant dans l'étroitesse du passage. Lin percevait la moiteur de l'atmosphère et sa lourdeur, l'ambiance caractéristique des prémices d'orage. Il y avait quelque chose de fascinant dans ce déchaînement de la nature et il l'appréciait même, tant pour le couvert qu'il lui donnait lorsqu'il avait besoin d'hurler que pour la sensation d'infiniment petit qu'il ressentait face à ces puissances incontrôlables. Quand il était d'humeur, il sortait sous les bourrasques annonciatrices et attendait impatiemment le coup de tonnerre qui ne manquait pas d'éclater, point de départ d'une symphonie houleuse. Il aimait le roulement grave et le claquement sec qui s'emparaient du ciel, la soudaine luminosité d'un éclair et le vent chargé des senteurs de la tourmente.

Une goutte s'écrasa sur le carreau dans un bruit mat, précédant ses consoeurs qui vinrent s'échouer avec la même ardeur sur la vitre. L'ancien barbu grimaça. S'il aimait l'orage, il n'appréciait pas la pluie. Cette humidité qui s'infiltrait sous les tissus, l'eau qui roulait sur ses tempes, son front et jusque dans ses yeux, la désagréable sensation de vêtements collés à la peau et la lourdeur qui en résultait le mettaient mal à l'aise. Il avait l'impression d'être entravé dans ses mouvements, ralenti dans ses gestes, gêné jusque dans de simples déplacements, le pied prêt à glisser sur une flaque malvenue. A bien y réfléchir, il préférait la tempête. La vive tempête qui gronde profondément, éclate sèchement et transporte amplement. Le vent, par-dessus tout. C'est ce qu'il recherchait, quand il sortait se laisser tomber du haut d'un arbre. N'être rien face à la nature, être fouetté par le vent et se griser de tant de sensations.

Il soupira en décroisant ses mains, dépliant ses jambes pour poser ses pieds au sol. La soirée s'annonçait au moins aussi pénible qu'il l'avait songé mais il ne s'en trouva pas froissé. Dans ce coupe-gorge et avec cette pluie, il ne serait pas dérangé. Il aurait la paix. Et la paix, c'est ce qu'il voulait par-dessus tout. La soirée de la veille lui avait suffi, il voulait un peu de calme. Il savait que Larson ne viendrait pas l'embêter ici, il avait été assez clair pour que l'information passe convenablement chez l'anglais. Et puis, après la nuit passée, il ne doutait pas que son acolyte ait parfaitement compris son état d'esprit. Face aux étagères, le jeune homme eut un élan de reconnaissance muet envers son camarade et s'empara d'une bouteille d'alcool fort, la débouchant du pouce.


A ta santé, l'imbécile.

Il s'enfila une bonne rasade avant de reposer le récipient à sa place. Il ne buvait pas pour s'extraire la conscience. C'était véritablement comme une pensée marquée à l'anglais, une simple concrétisation de ce qui lui avait traversé le corps. Une fois le feu atténué dans sa gorge, il s'avança vers les escaliers. L'orage tonnait clairement à l'extérieur et le vent s'était levé, faisant s'abattre la pluie avec force contre la fenêtre. Il entendait le cadre de bois grincer sous les assauts répétés de l'air soufflé et le loquet défectueux qui claquait régulièrement contre un des montants. L'air s'était refroidi dans la pièce principale et il montait chercher de quoi se couvrir un peu plus.

Il n'avait cependant pas monté plus de six marches lorsqu'il entendit frapper à sa porte. Le coup avait été sourd, presque violent, autant que bref. Lin fronça les sourcils. Il n'attendait pas de visites. Et certainement pas par ce temps. A moitié retourné dans les escaliers, il observait le battant malmené par l'orage par-dessus son épaule, l'esprit déjà au galop.

Personne ne venait jamais ici. Personne ne sortait jamais avec ce temps. C'était forcément quelqu'un de décidé. Ou d'un peu fou. Il serra les dents. La seule fois où il avait été dérangé en ces lieux s'était mal finie. Ceux qui s'étaient acharnés sur cette porte avaient été congédiés par le jeune homme manu militari. Il n'avait aucune envie de se battre et attendit donc en silence, voir si ça recommençait. Peut-être se lasseraient-ils ? C'était peut-être aussi une erreur.

Pourtant, la porte fut à nouveau attaquée, plus régulièrement cette fois. Les poings s'abattaient dans des volées irrégulières mais avec une force qui n'échappait pas à l'ancien barbu. Il soupira et acheva de se retourner complètement, les yeux levés au ciel.


Mais c'est pas possible …

Il descendit les quelques marches qu'il avait gravies d'un pas leste mais irrité. L'intérêt de vivre dans ce taudis était de ne pas avoir de visite. Jamais. Cette bande de voyous des bas quartiers était pugnace, il allait falloir qu'il mette les points sur les i à nouveau. Décider à en découdre, il ouvrit la porte à la volée, campé juste devant le seuil.

Quoi !

Le tableau qu'il eut sous les yeux l'interrompit. La ruelle sombre était encore moins claire que d'habitude. Les nuages et la nuit tombante l'enveloppaient d'une chape obscure, la faible luminosité n'accrochant que quelques reliefs çà et là, lui conférant une profondeur lugubre. Le bruit de l'orage emplissait l'espace restreint et le vent couplé à la pluie s'engouffrait en elle dans un sifflement rageur, décuplant l'agressivité de l'eau qui ruisselait en son centre. La brune se tenait au milieu de cette toile, en noir et blanc, dégoulinante sous la violence de la nature. Ses cheveux collés par la pluie goûtaient sur le sol et son échine courbée semblait vouloir échapper à ce qui se passait. Elle avait l'air terrorisée.

Lin resta interdit un instant, saisi par cette vision. Il aurait pu rester un long moment ainsi, immobile, à scruter tous les détails d'une oeuvre surprenante. Vamp sous l'orage. La ruelle sous la pluie. L'orage par-dessus tout ça. Il y avait des odeurs, des bruits, des sensations. Vamp sous l'orage. Il fronça les sourcils à nouveau. C'était véritablement le fait le plus surprenant.

C'est sous le coup de la surprise qu'il ne bougea pas quand elle s'avança chez lui. Il était trop abasourdi par l'absurdité de la scène pour réagir et la laissa s'appuyer contre lui sans bouger, seuls ses yeux baissés sur elle. Elle ne disait rien mais il pouvait palper sa peur. Enfin, le pensait-il. Il n'avait pas oublié ce que sa raison lui avait soufflé la veille et il avait malgré lui repris une certaine méfiance face à celle qui avait été sa compagne. Pourquoi se baladait-elle sous la pluie ? Elle détestait ça. Etait-ce une nouvelle tentative pour le piéger à nouveau ? Peut-être songeait-elle que l'autre joue devait obtenir compensation. Il étendit un bras derrière la jeune femme pour refermer le battant derrière elle, les coupant tous deux de la tempête extérieure qui continuait de gronder au-delà des murs.

Lin savait à quel point l'orage pouvait terrifier Vamp et elle paraissait trop douchée pour être menaçante. Il restait pourtant prudent. Les meilleures peurs faisaient les meilleurs déguisements. Et il ne voulait pas voir tomber un masque de plus. Si elle bravait cette sourde peur pour venir le descendre à nouveau, c'est qu'elle était bien plus dangereuse qu'elle ne paraissait. Il fallait qu'il se protège. Il s'écarta d'un pas sans la repousser, simplement pour se soustraire à l'appui qu'elle avait sur lui.


T'es trempée, tu vas en foutre partout. Bouge pas le temps que j'aille te chercher de quoi essorer tout ça.

Il disparut alors dans les escaliers avec vélocité. Il n'y avait pas trente-six possibilités. Soit elle venait rejouer avec ses nerfs, soit elle s'était perdue à l'approche de l'orage. Il plissa le front à cette dernière pensée. Pourquoi ne pas avoir cherché ses camarades plutôt que lui ? C'était étrange. Il attrapa une grande serviette rêche dans le tiroir de l'unique commode de sa pseudo-chambre, un gros pull et une couverture de laine qui piquait certainement avant de redescendre.

Tiens, tu peux te sécher avec ça. Si tu restes dans tes vêtements humides, tu vas attraper la crève. Je t'ai pris ça aussi du coup.

Il lui tendit la serviette et la couverture laineuse, qui bien qu'à l'aspect vieillot semblait bien chaude. Il n'avait qu'un ton neutre. Quelques jours plus tôt, il se serait sans doute occuper d'elle avec attention. Mais ils n'étaient plus quelque jours plus tôt. Refroidi et averti, il gardait ses distances pour mieux se protéger. Il enfila le gros pull usé qu'il avait redescendu avec le reste et s'appuya contre la rampe de l'escalier, bras croisés. Ses yeux étaient posés sur Vamp, la détaillant sans vraiment de gêne. Elle était dans un piteux état mais il ne s'en formalisait pas. Il se demandait juste pourquoi elle était là. La question ne fut cependant pas formulée. Il se contenta de rester droit, à quelques pas d'elle, silencieux dans l'attente d'une justification à sa présence ici et avec ce temps.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 18 Juin - 11:30

Vamp n'était pas vraiment préparée à ce qui allait suivre. Aussi égoïste que cela puisse paraître, elle était noyée dans sa peur et ne pensait véritablement qu'à elle-même. Elle ne pensait qu'à retrouver les bras rassurants et protecteurs de Lin. Aussi ce fut la gifle.

Abasourdie, elle le regarda s'éloigner d'elle. Ça n'allait pas. Ça n'allait pas du tout. Il aurait dû la pelotonner contre lui en lui caressant les cheveux et lui assurer que l'orage allait bientôt finir. Pas s'éloigner d'elle. Vamp se sentit soudainement nue. Nue et stupide. Elle le suivit du regard alors qu'il disparaissait à l'étage.

Elle resta plantée là, immobile. Les bras le long du corps et les yeux fixés sur les dernières marches du haut. Mais qu'est ce qu'elle faisait là ?

Vamp cligna des yeux et prit machinalement les affaires qu'il lui tendait. Si Lin ne la touchait pas, sa présence dans la pièce suffisait à atténuer la peur de la jeune femme et elle se contentait de jeter des coups d'oeil nerveux vers la fenêtre. Elle observa le paquet de tissu qu'elle avait dans les bras avant de lever les yeux sur le jeune homme. Mais le « merci » qui était à l'entrée de ses lèvres se contenta de n'être qu'une intention alors qu'il s'éloignait de nouveau d'elle.

La jeune brune se mordit la lèvre. Était-elle donc si repoussante ? Elle déglutit et s'éloigna de quelques pas, rejoignant presque le mur de la porte. Elle avait la très nette sensation de répugner le jeune homme et ne voulait pas lui imposer sa vision. La gorge nouée devant l'horreur de cette situation, Vamp commença a sécher lentement ses mèches courtes, les yeux rivés sur le sol.

Elle sentait le regard du jeune homme peser sur son visage. Mais que dire ? Il n'y avait rien à dire. Le message de son corps d'homme était bien assez explicite. Elle n'aurait jamais dû venir. Elle n'avait rien à faire ici. Son cœur se tordit de douleur. Pourtant il ne lui avait pas claqué la porte au nez. Il l'avait accueillie. Et il lui avait proposé de quoi se réchauffer. Un soupçon d'espoir brilla un instant dans le creux de sa poitrine. Mais les paroles de l'ancien barbu avaient été d'une banalité consternante.

Vamp frissonna. Ce n'était pas de la tendresse mais de la gentillesse. La gentillesse de Lin. Elle déglutit alors que ses mains laissaient tomber la serviette au sol. De la simple gentillesse, voir de la politesse.


Mais à quoi t'attendais-tu, pauvre sotte ? Tu lui en as collé une...

Le désespoir raisonnait à chacun de ses battements de cœur, y laissant un écho qui glaçait ses os. Vamp se pencha maladroitement pour ramasser la serviette avant de se redresser. La tristesse pesait tellement sur ses épaules qu'elle en perdait quelques centimètres.

Le silence s'était installé depuis plus d'une dizaine de minutes et elle n'avait encore donné aucune explication. Au fond, la jeune femme espérait que Lin engage la conversation. Mais elle savait aussi parfaitement qu'il n'en ferait rien. Et qu'allait-elle dire ? Qu'elle était en route pour lui présenter des excuses stupides et que l'orage l'avait surprise ? Joli roman...

Vamp prit une grande inspiration avant que son regard ne tombe sur le paquet en papier qu'elle avait posé à terre pour se sécher. Les gâteaux au miel. Après tout, c'était bien le moins qu'elle pouvait faire.

La jeune femme s'approcha de l'ancien barbu, les yeux rivés sur le sol. Le papier était presque entièrement détrempé et déchiré par endroit. Les gâteaux ne devaient pas être dans un état optimal. Elle pria pour qu'ils ne soient pas gorgés d'eau avant de s'immobiliser à distance respectable de Lin. Sans oser le regarder, elle lui fourra le paquet entre les mains sans douceur, les mains tremblantes de maladresse.


- C'est pour toi. Je voulais... te les offrir.


Les lui offrir ? Traverser toute la ville sous l'orage pour lui offrir trois gâteaux ? Vamp rougit de sa bêtise et s'empressa de se justifier plus en détail.

- Parce qu'ils sont bons. Vraiment très bons. Enfin je crois. C'est ce que la vieille bi... hm dame, la vieille dame m'a dit. C'est la personne qui me les a vendus.

Un pli se dessina sur le front de la jeune femme. C'était catastrophique. Un vrai fiasco. Elle s'entendait parler avec une honte grandissante et croisa ses mains dans son dos pour se donner une contenance qu'elle n'avait pas et ajouta d'un ton qui se voulait important.

- Ce sont des gâteaux au miel et... ils ont le goût de miel. Enfin je crois...

Vamp déglutit et leva les yeux vers le jeune homme pour lui lancer un regard d'excuse. Elle bafouillait des détails et des évidences qui auraient poussé la patience de beaucoup de gens à ses limites. Mais ses yeux tombèrent sur la légère marque qui ornait la pommette de Lin et la gêne s'évanouit, remplacée par autre chose.

La jeune brune ne réfléchit pas et s'avança d'un pas mué par l'inquiétude. Oublié l'orage, oubliés les gâteaux de miel, oubliée la prudence. Seul l'instinct parlait. Cet instinct de protection qui l’obsédait depuis l'instant où elle était tombée amoureuse de son barbu.


- Qu'est ce qu'il s'est passé ? Pourquoi es-tu...

Elle amorça un mouvement pour toucher sa joue et lui tourner la tête pour mieux voir les dégâts mais Vamp suspendit son geste avant même que sa main ne dépasse le menton du jeune homme. S'il avait mis autant de distance entre elle et lui depuis son entrée, c'est qu'il devait avoir une bonne raison. Et Lin n'était pas à elle pour qu'elle se permette d'être encore aussi familière.

Son bras retomba contre sa hanche et ses yeux évitèrent de nouveau ceux de l'ancien barbu. Elle recula même prudemment de quelques pas. Gênée et la honte commençant à recouvrir lâchement ses joues blanches, Vamp entreprit à grattouiller l'intérieur de son poignet, s'empêchant d'attaquer l'avant-bras entier.


- Hm. Cela ne me regarde pas... Je voulais pas être indiscrète.

Elle passa nerveusement une main dans ses cheveux humides, en hérissant une partie comme une crête de coq et jeta un regard impatient et perdu à la pièce.

- Je ne voulais pas te déranger. Crois-moi, je ne le voulais pas. Je vais juste me mettre dans un coin, sans bouger et sans rien dire jusqu'à ce que le temps se calme. Promis, je repars aussitôt.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 18 Juin - 12:30

Il resta interdit, le paquet de gâteaux détrempé entre les mains. Le sac de papier était imbibé d'eau et troué par endroit, là où l'humidité avait tant affaibli la paroi qu'elle avait été rompue par le vent et la pluie. Si des gâteaux se trouvaient effectivement à l'intérieur, il ne doutait pas qu'ils seraient immangeables. Ou tout du moins très chargés en eau. Il baissa les yeux vers le paquet en mauvais état, ne sachant trop bien qu'en faire. Il pourrait les poser sur le rebord de la cheminée et attendre qu'ils sèchent. Ou en goûter un, pour voir s'ils étaient effectivement infects. Ou les refuser sous couvert de politesse pour s'éviter l'étape gustative.

Alerté par le mouvement de la brune, il sortit de ses pensées pour braquer ses yeux sur elle. La main blanche retomba pourtant le long du corps de sa propriétaire sans même l'avoir effleuré. Il ne savait pas s'il s'en trouvait soulagé ou déçu. Peut-être un peu des deux. Il maugréa intérieurement. C'était idiot de s'en sentir déçu. Il se rappela que cette même main avait trouvé sa joue moins tendrement la veille et se redressa pour se détacher de la rampe.


Tes gâteaux ont pris autant que moi, apparemment.

Il contourna la brune pour aller les déposer sur la table, ses doigts dépliant le sachet pour l'ouvrir. Il n'avait pas envie de lui faire la conversation. Il se sentait froissé par le geste qu'elle avait eu à son encontre et triste de l'attitude qu'il avait pu lui inspirer. Le mélange de ces deux sentiments lui laissait un goût amer au fond de la bouche et il avait peur que ses paroles ne s'en ressentent. Il aurait pourtant pu être blessant sans avoir à en rougir. Ne l'avait-elle pas déjà été, sans une once d'hésitation ? Il soupira, le sachet enfin ouvert. Il se sentait stupide.

Se félicitant d'être dos à elle, il plongea la main dans le sac en papier. Ses doigts furetèrent une demi-seconde avant de trouver l'un des gâteaux, la sensation caractéristique du poisseux liquide ambré étalé sur la pulpe de ses doigts. C'était froid et collant. Mais ça ne semblait pas trop spongieux. Il sortit la première douceur et y jeta un oeil, jaugeant son état. Elle n'était pas trop ramollie. Peut-être un brin humide. Il la porta à son nez, la reniflant attentivement avant d'y goûter prudemment, du bout des dents. Le goût sucré chatouilla ses papilles et il leva un sourcil surpris. Même mouillé, ce n'était pas mauvais. Il mordit plus goulûment dans le gâteau et mâchonna avec application, la tête s'agitant de haut en bas en signe d'approbation. Non, vraiment, ce n'était pas mauvais.

Pourtant, la première bouchée avalée, il s'interrompit, reposant le gâteau sur le panneau de bois. Il était gourmand mais pas totalement inconscient. Ces gâteaux n'étaient pas là par hasard. Ils avaient été apportés. Par quelqu'un. Sous l'orage. Quelqu'un qui n'aimait pas l'orage. Et pourtant, ils étaient là, sous ses yeux, ses mains et ses lèvres.

Le jeune homme se retourna en s'époussetant les mains, parfaitement calme. Il maintenait une distance raisonnable avec la brune, par mesure de sécurité. Il ne voulait pas tomber dans le panneau à nouveau. Pas tant que sa confiance était aussi échaudée. Il leva une jambe pour s'installer sur le bord de la table, l'autre restant ancrée au sol. Les yeux insondables, il regarda la jeune femme.


Tu peux rester jusqu'à ce que ça se calme. Sans bouger si ça te dit. Mais certainement pas sans rien dire.

Il désigna le sachet à côté de lui d'un mouvement de menton, passant un pouce à l'angle de ses lèvres pour essuyer le sucre résiduel qui s'y était logé.

C'est quoi, exactement ?

Il avait toute conscience qu'il était tentant de simplement répondre qu'il s'agissait de pâtisseries. Mais l'assurance avec laquelle il regardait la jeune femme ne souffrait aucune déviation de ce genre. Il n'était pas dupe. Elle était venue jusqu'ici sous la pluie, avec un sachet de gâteaux au miel entre les mains. Ce n'était pas le hasard d'une joyeuse balade. Et plus il y songeait, plus il craignait le traquenard. Le morceau ingurgité se rappela à son esprit mais rien ne filtra sur ses traits. La désagréable pensée qu'elle ait pu fourrer quoi que ce soit à l'intérieur de ces beignets lui vint. Il la chassa pourtant vivement. Il était méfiant, certes. Mais il ne pouvait pas douter que Vamp l'aurait assassiné franchement si elle l'avait souhaité.

Il appuya ses mains sur son genou plié. Elle avait forcément quelque chose en tête pour avoir bravé un orage. Le motif de cette bravoure lui restait pour le moment assez obscur et il attendait patiemment qu'elle veuille bien lever le voile sur ses intentions. Le temps était avec lui. Au moins était-il sûr qu'elle ne prendrait pas la porte comme elle l'avait fait la veille. Sûr qu'elle ne fuirait pas, il ne la lâchait pas des yeux.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 18 Juin - 13:40

Et il s'éloignait encore... Vamp resta face à l'escalier sans bouger, dos au reste de la pièce. Elle ne voulait pas se retourner pour voir la carrure du jeune homme. Elle ne voulait plus le regarder dans les yeux et encore moins qu'il voit l'expression de son visage à cet instant. Elle voulait juste disparaître dans l'épaisseur du mur. La jeune pâlotte se frictionna les bras par réflexe et s'avança vers l'escalier pour s'y asseoir. Le bois craqua, ce qui ne fut pas un réel compliment pour elle mais Vamp ne s'y arrêta pas. Les coudes appuyés sur ses genoux, elle pencha la tête pour glisser de nouveau ses doigts dans ses mèches noires.

Elle écouta le bruissement du papier sans réagir alors que la vraie Vamp lui aurait sauté dessus en réclamant sa part sans pitié. Ils étaient au miel ces gâteaux, fallait pas oublier. Mais Vamp n'avait pas faim. Pire, sa gourmandise semblait l'avoir totalement désertée. Un bon verre de gnôle, en revanche, aurait été le bienvenu. Elle voulait finir ivre sous une table et qu'on lui foute la paix. Qu'on l'oublie dans un coin et qu'on n'en parle plus.

La jeune femme se sentait vidée. Elle tirait machinalement sur les bandelettes de son attelle, le regard dans le vide. Sa peau se hérissait d'une délicate chair de poule alors que sa chemise humide la recouvrait d'une pellicule de froid. Elle avait vraiment envie de rester dans ce coin jusqu'à la fin de l'orage, sans dire un mot, et de repartir aussitôt.

Mais Lin n'en avait visiblement pas l'intention. Ses yeux se fermèrent de lassitude. Que lui répondre ? Une autre histoire de gâteaux au miel ? Elle sentit sa gorge se nouer. Elle avait toujours été la plus honnête possible avec son barbu, même quand ils se disputaient, Lin finissait toujours par savoir le pourquoi déclencheur. Qu'y avait-il de différent aujourd'hui, pour qu'elle hésite ainsi à s'ouvrir à lui ? Rien.

Vamp inspira profondément. Il était évident que le jeune homme ressentait de l'amertume et qu'elle n'arriverait pas à apaiser sa colère. Mais elle pouvait au moins lui montrer une dernière fois son respect en étant totalement honnête envers lui.

Elle pinça ses lèvres et, le front appuyé contre la paume de sa main blanche, le regard rivé sur ses bottes, elle se lança. Sa voix n'avait aucun intonation, aucune passion. Seulement neutre et monotone.


- J'étais venue te présenter mes excuses. Pour hier soir. C'était stupide. Je suis stupide. Écoute, je m'en veux terriblement et...

Vamp grimaça et se tut. Elle ne voulait pas lui parler du sentiment de culpabilité qu'il la hantait. C'était inutile et elle ne cherchait pas à l'attendrir.

- Je pensais que tu te moquais de moi. Je pensais que tu riais de mon corps, de ma réaction et de mes espoirs. Je pensais que c'était ta vengeance en réponse au fait de t'avoir abandonné. Je n'ai pas réfléchi. Larson travaille avec la gente féminine et tu travailles pour lui... Donc... Hm. Et tu es séduisant, bien plus que cet Anglais. Je... Ton passé avec ces femmes ne me regardent pas. Tu as le droit d'en avoir un. Je n'ai rien à exiger de toi, je t'ai abandonné. Mais hier... Je suis désolée, vraiment, je t'ai giflé avant que tu ne répondes. Je ne voulais pas que tu répondes. Je ne voulais pas savoir la vérité, j'ai paniqué et... et c'est parti tout seul, comme ça. Je suis impardonnable, je n'ai pas de vraies excuses. Pendant trois ans j'ai imaginé une ribambelle de femmes passer dans tes bras et moi... Moi je ne suis que Vamp. Je m'attends à voir une rousse passer la porte de chez toi avec une jolie collection de marmots aux yeux noisettes à sa suite. J'ai sur-réagi, j'ai paniqué, mais je t'aime et je suis morte de trouille à l'idée de...

Vamp cligna des yeux avant de sursauter avec un temps de retard. Le mot lui avait échappé. Elle ferma les yeux, dépitée.

La jeune femme n'avait pas oublié, lors de l'altercation entre Lin et Fenrir, ce qu'elle avait craché au nez de son ancien compagnon. Vamp n'avait jamais cessé de l'aimer. Pas une fois en ces trois années. De plus, elle était retombée amoureuse de lui encore une bonne dizaine de fois au cours de la semaine. Elle avait tout préparé dans sa tête, elle voulait le lui avouer lorsqu'ils auraient été lascivement enroulés dans des draps, nus sur un lit moelleux. Pas quand il était à des kilomètres à l'autre bout de la pièce et elle assise sur des marches moisies.  

Au moins la déclaration était-elle sortie avec naturel et sans calcul de sa part. Ô joie.

Abattue, la jeune femme se leva. Elle n'avait plus l'envie de se battre. Elle fit quelques pas et s'immobilisa. L'orage grondait encore dans la rue mais Vamp s'en moquait. Au point où elle en était, elle pouvait clairement s'enfuir et affronter sa peur que de rester une minute de plus sous le toit d'un homme qu'elle désirait sans pouvoir toucher.

- Mmh. Je suis amoureuse de toi et j'ai peur de te perdre encore. Ce n'est pas très logique mais je crois que c'est cela qui m'a poussée à te gifler. La peur. Hm. Mais je pense que maintenant, cela n'a plus beaucoup d'importance... Merci de m'avoir aidée cette nuit.

Vamp ne pouvait pas rester face à lui après une telle déclaration. C'était vampesquement impossible. Elle avait trop donné, trop avoué et Lin était trop loin, trop distant. Elle préférait la fuite et ouvrit la porte d'un geste sûre, certaine en ses capacités d'affronter l'orage. Plus que d'affronter Lin.

Mais en ouvrant la porte sur la ruelle, un éclair déchira la nuit alors qu'un roulement éclata sans prévenir dans l'atmosphère. Vamp referma brutalement la porte et se recula de quelques pas. Pour la sortie romanesque de l'amante éplorée, c'était fichu.

Tentant d'étouffer les vagues de peur qui serraient sa gorge, les yeux rivés sur la porte, la jeune femme commença à balbutier. Elle redressa les épaules pour se donner un semblant de contenance mais le tremblement de ses mains ne trompait personne.


- Bon d'accord. En fait je vais attendre là.

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 18 Juin - 15:42

L'ancien barbu resta à demi-assis sur la table un instant après qu'elle eut fini de parler, après même que la porte fut refermée sur l'orage grondant au-dehors. Les paroles de la brune avaient accéléré son coeur sans qu'il ne parvienne à le maîtriser et il savait que le moindre mouvement trahirait la vive émotion qui était née malgré lui.

Pourtant, il s'évertuait à rester aussi calme que possible et à ne pas laisser quelque latitude que ce soit à un fol espoir déjà trop de fois anéanti. Ce n'était pas la première fois qu'elle lui semblait si proche, si accessible. Ce n'était pas non plus la première fois qu'il espérait. Et les désillusions avaient toujours été douloureuses. D'autant plus douloureuses qu'il s'était emballé.

Il prit une longue inspiration silencieuse, de quoi gonfler ses poumons qui commençaient à manquer d'air dans l'immobilité à laquelle il s'astreignait. Ses paroles lui avaient paru sincères. En totale contradiction d'avec ce qu'il avait pu entendre précédemment, mais honnêtes. Il ne savait pas s'il devait croire ce qu'il avait envie d'entendre ou ce qu'elle lui avait violemment exprimé une fois précédente. L'envie d'y croire à nouveau ne demandait qu'à venir mouvoir ses membres mais il la jugulait encore. Chat échaudé craint l'eau froide, disait le dicton populaire.

Il se redressa finalement, reposant son pied au sol. Ses yeux étaient égarés sur la nuque blanche qu'il voyait nettement sous les courtes mèches brunes alors qu'il restait songeur, ses mains trouvant le fond de ses poches par automatisme. Cette femme parvenait encore à agiter son pectoral alors qu'elle était la source de ses maux. Elle était tout autant démoniaque qu'angélique au sein de son esprit et il réalisait combien l'influence qu'elle avait sur lui n'avait pas été émoussée par le temps. Qu'elle le fasse souffrir ou espérer, qu'elle le rende heureux ou malheureux, elle le faisait vivre. Invariablement. Il eut un faible sourire qu'elle ne put voir avant qu'il ne se détourne pour tirer une chaise à côté de la table.


Ca peut durer un moment.

Il l'invitait à s'asseoir, de ces demandes tacites que la retenue crée parfois. Il s'installa lui-même sur une chaise à l'opposé du meuble, face à celle qu'il lui avait indiquée. Il n'était pas insensible à ses mots mais il ne parvenait pas à ordonner ce qu'il avait en tête. L'incohérence dont elle avait fait preuve jusque là le laissait dans le brouillard et il cherchait à s'en défaire, la jambe agitée sous la table.

Ce serait plutôt à moi de me demander si tu n'as pas vécu avec un autre homme pendant tout ce temps pour que ta seule réaction pour me faire taire soit de me gifler. Ca ne te ressemble pas. C'est trop …

Il bougeait légèrement sa main dans l'air, comme s'il cherchait le mot. Il avait besoin d'exprimer ce qui le tourmentait pour essayer d'y voir plus clair. Il ne pourrait pas lui faire confiance s'il ne la comprenait pas un tant soit peu. S'il n'éclaircissait pas les zones d'ombres illogiques qui noircissaient sa confiance.

… femmelette. Trop franfreluche. Tu vois ?

Il était persuadé qu'elle comprenait. Elle qui frappait sans broncher lorsque c'était nécessaire n'avait que peu de peurs. Et lorsqu'elle faisait face à l'une d'elle, elle avait plutôt une attitude d'enfant que de femme en détresse. Il avait expérimenté plusieurs de ses angoisses et il pensait savoir comment elle réagissait en temps normal. Cette gifle n'était pas le temps normal.

Il porta son attention sur elle alors qu'il s'ébouriffait les cheveux pour essayer de calmer la fébrilité de son corps. Il était déconcentré. L'aveu de la jeune femme l'avait chamboulé et il était tenaillé entre l'envie de la prendre contre lui pour qu'elle entende combien il ressentait la même chose et celle de la mettre face à ses incohérences pour qu'elle s'explique. Incapable de trancher entre les deux, il poussa le sachet de gâteaux dans sa direction, encore humides. Il récupéra celui dans lequel il avait mordu au passage et le ramena devant lui.


Prends du sucre, t'es un peu pâlotte.

Détourner le poids qu'il avait sur les épaules par une légèreté de ce genre avait été tout ce qu'il avait trouvé pour ne pas se mettre à arpenter la pièce de long en large dans de grandes enjambées nerveuses. Il n'eut pas un sourire bien que la plaisanterie était évidente. Celui qui était naissant au coin de ses lèvres s'était évanoui dès le dernier mot tombé. A peine avait-il fini sa phrase que la précédente rebondit vers sa mémoire. Un autre homme. Il n'avait pas réellement envisagé cette possibilité. Il avait dit ça comme ça, pour structurer son esprit. Mais il n'y croyait pas. Vraiment ? Les iris du jeune homme retrouvèrent le visage pâle dans un sursaut d'angoisse. Et si c'était effectivement le cas ? Il déglutit, soudainement mal à l'aise.

Elle avait dit qu'elle l'avait cherché. Qu'elle avait marché pour le retrouver. Qu'elle avait pensé à lui pendant ces trois ans. Ce n'était pas possible qu'elle ait été dans les bras d'un autre. Mais elle avait dit ne plus l'aimer. Et elle venait de se contredire. Qui pouvait l'assurer qu'elle n'allait pas se contredire à nouveau ? Une panique irrépressible montait entre les côtes de l'ancien barbu à la simple idée que ce fut possible et il détourna son regard affolé sur son beignet entamé. Il fallait qu'il garde la face. S'enfournant la pâtisserie dans la bouche, il en arracha un bon morceau qu'il commença à mâcher avec application et un peu trop de ferveur, subitement muet.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 18 Juin - 16:41

Vamp tourna la tête vers la chaise avant de jeter un nouveau coup d'oeil à la porte. Il lui était impossible de la franchir. Elle le savait, elle le sentait dans ses intestins. La peur qui grouillait, bien trop forte pour qu'elle la laisse s'aventurer dans les rues par ce temps. Elle n'avait pas le choix...

La jeune femme s'avança lentement. Le talon de ses bottes claqua doucement sur le sol jusqu'à la chaise. Elle n'était pas persuadée qu'une discussion avec le jeune homme allait arranger son orgueil mais elle prit place. Elle était l'invité, elle n'avait pas à s'opposer aux désirs du maître des lieux, c'était une tradition de chez elle.

Vamp tripota le bord de sa chaise en baissant les yeux, comme un enfant qui n'a pas faim et s'occupe en attendant que ses parents cèdent. Elle grattait le bois avec l'ongle de son index, attendant que le verdict tombe. Parce qu'il allait tomber, elle connaissait assez Lin pour l'assurer. Elle se sentait vide et fatiguée. La peur et l'émotion avaient vampiriser ses forces et elle ne désirait qu'une chose : se glisser sous une couette et dormir pour oublier cette journée lamentable.

Pourtant les paroles du jeune homme lui firent relever la tête. Surprise, elle haussa les sourcils avant d'avancer sa main vers lui par-dessus la table. Un autre homme ?


- Quoi ? Non, écoute...

Puis elle s'étrangla. Ses yeux s'écarquillèrent alors que ses lèvres s'entrouvraient. C'était impossible. Malgré la fatigue, la gêne et la honte, l'orgueil de Vamp ne pouvait tout simplement resté endormi après de tels termes.

- Femm... Femmelette ? Femmelette ?!!

Elle était outrée. Elle s'en leva d'indignation. Elle ne savait même pas par où commencer et bafouiller quelques secondes avant de trouver le bon fil.

- Femmelette ?!! MOI FEMMELETTE ?! Non mais... Non mais ça va bien ?!! Espèce de paysan mal léché ! Je te signale quand même que j'ai traversé une dizaine de pays pour te retrouver ! Et que je viens de mettre ma fierté de côté il y a pas moins de cinq minutes pour te prouver que je t'aimais, QUE JE T'AIMAIS PAR SAINT BASILE, et tout ça, tout ça, pour me faire traiter de FEMMELETTE ??!! A-a-alors que toi, toi tu te contentes de me dévorer du regard tout le temps et de me déguster dans la forêt ou dans la cuisine ?! Et sans oser dire clairement que tu as envie de moi ??! ET C'EST QUI LA FEMMELETTE ?! FRANFRELUCHE ?! Nan mais t'as oublié qui j'étais ma parole !!

Ce n'était pas la colère qui la poussait à s'exprimer mais l'indignation. On ne traite pas Vamp de femme. Elle contourna la table pour lui faire face fièrement, levée de toute sa hauteur sur ses longues jambes. Le menton fièrement droit, elle le jaugea.

- Traité de femmelette par un paysan qui mâchouille comme un canasson son avoine, c'est bien joli tiens !

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Mer 18 Juin - 17:06

Lin resta bouche bée. La jeune femme se tenait droite et fière à côté de sa chaise et elle s'agitait en tout sens, braillant comme sur le bûcher. L'ancien barbu cligna des yeux, assis, un poil en infériorité, la regardant par en-dessous. Les pommettes blanches étaient légèrement rougies et il voyait l'indignation flotter dans les yeux sombres. Un vague amusement chassa sa surprise et il croisa les bras nonchalamment jusqu'à ce qu'elle termine ses insultes en cascade. Lorsqu'elle évoqua un cheval, il repoussa sa chaise pour se dresser face à elle avec calme mais détermination. Sa colonne vertébrale se déplia jusqu'aux derniers centimètres et c'est un regard triomphant qu'il lui lança alors qu'il achevait de lui prendre ces quelques petits bouts de hauteur qui lui manquaient.

Canasson ? T'aurais au moins pu dire étalon. C'est la moindre des choses pour qui a pu sentir tout le bouillonnement instinctif qui m'agitait.

Il se pencha légèrement, jusqu'à avoir ses yeux à hauteur des siens. Pas le moins du monde impressionné par ses grands gestes et ses grands airs.

Je doute avoir besoin de verbaliser ce que mon corps disait pour moi. A moins que tu ne sois devenue totalement idiote, je doute que tu aies pu passer à côté.

Un sourcil faussement étonné se redressa au-dessus de l'oeil de l'ancien barbu.

Le serais-tu devenue ? Amollie par un grand gaillard trop protecteur, peut-être ?

Il ironisait. C'était sa seule chance de salut. Sans cet air narquois, il aurait dû laisser libre cours à l'angoisse que cette image laissait en lui et il aurait pu renverser la table pour se calmer les sangs. Il secoua la tête en prenant appui d'une main sur le dossier de sa chaise, reléguant les quelques centimètres de domination aux oubliettes. Pourtant, il était toujours aussi calme.

Si tu as besoin d'un vrai type, commence par l'exprimer clairement. Quand tu dépasses trois mots, tu devrais savoir qu'un pégu de ma classe ne pige plus rien.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Jeu 19 Juin - 5:03

Elle sentit une petite pointe se ficher dans le creux de sa poitrine. Elle la reconnut parfaitement. C'était la sensation qui l’étreignait lorsque Lin la faisait flancher, lorsqu'elle se sentait devenir une adolescente amourachée dont les yeux brillaient béatement. Vamp essaya de garder sa posture altière mais elle se sentait fondre de l'intérieur. Elle se mordit la lèvre et leva les yeux pour croiser ceux du jeune homme.

C'était Lin. Pas une contre-façon ou un ersatz. C'était vraiment lui. Il la surplombait, la taquinait et la remettait à sa place comme elle le méritait. Le vrai barbu de sa vie. Elle dut se mordre l'intérieur de la lèvre pour empêcher un sourire de la trahir. Tout n'était pas fini mais les piques qu'il lui lançait la rassuraient autant qu'elles la calmaient. Elle avait envie de venir contre lui et de fermer les yeux, tout simplement.

Vamp cligna des paupières pour y chasser la tendresse qui, elle en était persuadée, devait s'y être installée. Elle n'y connaissait rien en sentiments. Il fallait aussi avouer qu'elle n'y réfléchissait jamais. Vamp aimait ou détestait, elle ne philosophait pas dessus pendant des heures pour comprendre le pourquoi. Toutefois, elle n'était pas stupide. Si Lin réagissait ici avec humour, elle se rappelait parfaitement l'incertitude de sa voix une semaine plus tôt. Il lui avait demandé de façon détournée si Ania était sa fille. Et il pouvait bien jouer le fier devant elle aujourd'hui, cette question avait été l'une des premières qu'il lui avait posées. Peut-être que finalement, il avait aussi peur qu'elle de lui trouver un passé où il n'avait pas sa place ?

- Je n'ai pas de « grand gaillard ». Et je n'ai pas besoin de protection.

Ses yeux trouvèrent les siens et s'y accrochèrent. Elle n'avait plus peur et n'éprouvait plus aucune gêne. Elle s'avança même d'un pas vers lui.

- Je ne gifle pas les gens, tu as raison. Et je lève encore moins la main sur toi. Je regrette. Je regrette vraiment. Ça ne me ressemble pas, c'est vrai. Mais douter l'un de l'autre ne nous ressemble pas non plus. Et je n'ai jamais été aussi consciente du fait que je pouvais réellement te perdre. Et puis... cracher sur les gens ne te ressemble pas non plus. Ni frapper avant de raisonner. Parce que Lin, tu peux argumenter autant que tu le désires, mais c'est sur moi que tu aurais dû cracher et moi que tu aurais dû frapper. Fenrir ne m'a pas enlevée, je l'ai suivi. Eh bien ce qu'il s'est passé hier est exactement dans la même veine. Je ne t'ai pas frappé parce que je suis une idiote mais parce que je suis amoureuse. Frapper était la meilleure des réponses pour étouffer la vérité avant qu'elle ne sorte.

Vamp haussa les épaules. Parler autant ne lui ressemblait pas. Généralement, elle se contentait de se chamailler avec lui puis de lui faire l'amour, point. Mais Vamp n'en avait pas fini. Elle voulait aller jusqu'au bout.

- Mmh il n'y a pas eu d'homme durant ces trois ans. Crois-moi.

La jeune brune s'avança et posa simplement sa main sur celle du jeune homme qui se retenait à la chaise. Ce n'était pas un geste de convoitise. Elle se contenta juste de recouvrir ses doigts et le dos de sa main avec sa paume tiède. C'était simple, doux et un brin tendre. Ce contact encouragea Vamp à continuer, rassurée par le contact de sa peau.

- Pourquoi serai-je revenue si j'avais trouvé un autre homme assez bon pour t'effacer de ma mémoire ? Je n'ai toujours été bien qu'avec toi. Il n'y a que toi qui sait me taquiner et jouer avec moi aussi bien. Quand on s'est rencontré on a joué aussitôt en taverne, sans se consulter ni même se connaître. Et après on ne s'est plus quitté. Que veux-tu que je fasse d'un autre homme ? Tu es mon compagnon de Route et tu n'as jamais cessé de l'être, même lorsque j'étais à l'autre bout du monde. Je ne veux personne d'autre.

Sa main libéra la sienne en douceur. Vamp sentait que ses paroles étaient trop creuses pour être véritablement à l'image des idées et des sentiments qu'elle avait au fond d'elle. C'était désespérément frustrant et la jeune femme commençait à perdre espoir.

- Eh puis je ne laisse personne me toucher. Tu le sais, aucun inconnu ne pose la main sur moi. En toute sincérité, c'est ton ami anglais, le seul en trois ans, qui a été le plus près de moi, physiquement bien sûr.

Elle ne savait plus quoi dire. Elle n'avait plus d'idées, plus aucun argument pour assurer Lin qu'elle n'avait connu personne d'autre. La jeune femme n'avait pas très envie de lui expliquer que la douleur de le perdre la rendait folle et toquée aux yeux des étrangers. Personne ne l'avait approchée, à son grand soulagement.

Vamp cherchait de nouvelles paroles rassurantes lorsque ses yeux vagabondèrent sur le visage de l'ancien barbu. Qui n'était plus tout à fait imberbe... Les traits de la jeune brune se métamorphosèrent.


- Mais... Mais ça repousse !

Un sourire éclatant de bonheur illumina son visage. Elle ressemblait à une enfant devant un cadeau de Noël qu'elle n'attendait pas. Ses mains glissèrent jusqu'au visage du jeune homme avec douceur, impatientes de retrouver le chatouillement caractéristique. Un rire enfantin s'éleva de ses lèvres souriantes alors que les joues de Lin grattouillaient ses phalanges. L'esprit de Vamp n'était plus du tout à l'argumentation. Très droite face au jeune homme, ses mains caressant les joues piquantes, elle lui sourit de bonheur.

- Tu vas redevenir beau !!

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Ven 20 Juin - 7:21

Il avait parfaitement entendu ce qu'elle lui avait dit et il avait très bien retenu qu'il n'y avait eu personne d'autre. Qu'elle l'avait abandonné mais pas pour un autre. Juste abandonné. Il s'étonna d'être soulagé de cette idée. Un abandon n'amenait que rarement le soulagement, généralement. Pourtant, il se réjouissait que ce ne fut pas par lassitude qu'elle était partie, ni dans l'espoir de trouver mieux que lui. Sa fierté retrouva un peu de couleur. Il savait que ce qu'il avait vécu jusqu'ici ne le lâcherait pas aussi facilement mais il se sentait un peu mieux, comme si les paroles de la brune avaient été un baume sur ses plaies. Finalement, peut-être qu'il avait encore sa place auprès d'elle. La vraie question était plutôt de savoir comment l'investir à nouveau.

Il entrouvrit les lèvres pour amorcer un début de réponse mais les mains de la jeune femme sur ses joues le firent taire aussi assurément qu'un bâillon. Il haussa les sourcils de surprise et se figea sans réfléchir, comme s'il craignait que le moindre mouvement fausse l'instant. La dernière fois que la paume blanche avait touché sa joue, le contact avait été beaucoup moins agréable. Il la laissa donc passer ses phalanges sur la surface rugueuse sans rien dire, sans même amorcer un mouvement de recul, simplement immobile. Il essayait ainsi de laver l'affront qu'elle lui avait fait subir en remplaçant la mémoire de sa main sur sa peau par autre chose qu'un claquement.

Ses yeux scrutaient le visage blanc avec étonnement et une pointe d'amusement. La femme qu'il avait en face de lui aurait pu paraître complètement dingue aux yeux de beaucoup. Elle qui se frottait le bras la seconde d'avant, visage baissé et mine piteuse étaient désormais tout sourire dans une posture de joie incongrue à la simple vue d'un début de barbe mal taillé. Mais aux yeux de Lin, il ne s'agissait que de Vamp. Avec quelques longueurs de cheveux en moins.

Il s'ébroua subitement, ses épaules se secouant. La chape moelleuse qui commençait à entourer son torse sous le simple regard qu'il lui portait lui laissait une sensation d'amollissement dont il ne voulait pas. Il aurait bien d'autres occasions d'être une guimauve. Pour le moment, elle sous-entendait qu'il était laid. Feignant de s'en offusquer et surtout désireux de reprendre un peu d'aplomb, il croisa les bras en reculant la tête.


Pour toi, ça risque d'être plus long. Les cheveux repoussent moins vite, paraît-il.

Il lui lança un regard de défi narquois. Si elle pensait qu'il allait accepter d'être considéré comme moche sans rien dire, elle se fourrait le doigt dans l'oeil. Pourtant, une drôle de sensation s'insinua en lui. C'est vrai que sa barbe repoussait. Vrai aussi qu'il n'avait pas eu le temps de la raser. Mais au-delà d'un manque de temps, il ne pouvait nier le manque de volonté qu'il avait ressenti. D'habitude, il mettait un point d'honneur à ce qu'aucun poil ne soit plus long qu'un millimètre. Il voulait rester glabre, ne rien laisser dépasser. Ne surtout pas retrouver sa barbe. Mais avec l'arrivée de la brune, il avait subitement oublié ses bonnes résolutions pourtant ancrées depuis des années.

La sensation s'imposa plus fermement à lui. Elle avait encore propriété sur lui. Quoi qu'il en dise ou fasse, son simple retour avait laissé cette naissance de barbe ré-apparaître sans qu'il n'y puisse rien. La corrélation entre les deux le frappa et il se passa lui-même une main sur le menton et les joues, presque surpris d'y sentir la rugosité de ses poils.

Un raclement de gorge plus tard, il se retournait vers la table, en tapotant le bois du bout des doigts. Il se sentait tout chose. Et il n'avait aucun moyen de s'en défaire. la jeune femme lui faisait toujours le même effet mais il ne parvenait pas à l'intellectualiser. Trop de temps était passé loin d'elle pour qu'il parvienne à accepter que son amour était invariable. Dans un déni inconscient, il se contenta de montrer les beignets d'un signe du menton, seule diversion qui atteignit ses yeux.


Tu te jettes pas dessus ?

Il aurait voulu comprendre d'où lui venait le blocage qu'il avait dans la gorge et qui l'empêchait de laisser passer ce que dictait son palpitant mais il n'avait pour l'instant pas le recul nécessaire pour se défaire de ses entraves. Il se redressa cependant, se retournant vers elle aussi subitement qu'étonnamment. Ce volte-face incongru était surprenant mais il ne le contrôlait pas plus que le geste qui suivit. D'un mouvement ferme, il agrippa sa taille pour l'attirer contre lui et la serra contre son torse à l'en étouffer, muet.
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Vamp

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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Ven 20 Juin - 15:10

L'expression de son regard ne lui échappa pas. Vamp en rosit lentement mais son sourire restait accroché à ses lèvres. Elle était heureuse, simplement et sincèrement heureuse. Ça piquait sous ses doigts et elle était couvée par un regard qui la faisait fondre. Il n'y avait rien de mieux à espérer. Manquait plus que le sourire niais du jeune homme et tout serait parfait.

Mais il se contenta d'éloigner son visage. Vamp fronça le nez et laissa retomber ses bras le long de son corps. Elle aurait pu ronchonner mais le défi qu'elle lisait dans les yeux de son ancien amant la piqua. Feignant une indifférence parfaite, la jeune brune haussa les épaules avant de s'étirer voluptueusement.


- Mais moi, je reste belle dans n'importe quelle situation t'façon, cheveux courts ou longs, ça change rien ! La grâce, je l'ai dans le sang.


Elle s'exprimait avec l'assurance d'une femme sûre de sa beauté mais la malice qui brillait dans ses yeux ne faisait pas écho à ses paroles. Si Vamp aimait se moquer des autres, elle aimait encore plus se moquer d'elle-même. Elle était prête à se chamailler avec le jeune homme sans l'ombre d'une hésitation ou engager une joute verbale à toute heure de la journée. Sans jamais se l'avouer, elle savait que Lin gagnait la plupart du temps et qu'elle finissait bien souvent par bouder dans son coin.

La jeune brune avait encore les bras levés pour s'étirer lorsqu'il rappela son attention sur les gâteaux de miel. Était-ce une ruse ? Un coup d'oeil vers le jeune homme lui souffla que non et Vamp reporta son regard sur les gâteaux. Des gâteaux au miel. Du miel sucré et collant. Un sourire de gamine étira ses lèvres. Il ne manquait plus qu'un verre de lait et tout serait parfait. Sa conscience lui souffla que c'était un cadeau qu'elle-même avait fait au jeune homme et, qu'en général, on ne mange pas les cadeaux qu'on offre aux autres. Mais c'était Lin. Et c'était des gâteaux. Avec du miel. Encore s'il s'agissait d'un pot de miel, elle aurait pu en tartiner Lin et partager avec lui à sa façon. Mais là, c'était pas trop possible. Alors autant répondre à l'invitation.

Elle tendait tout juste le bras lorsque le jeune homme fit volte-face. Vamp sursauta. C'était un piège ! Elle le savait...

La jeune brune s'attendait à des chatouilles ou à des bavouilles, bien que les bavouilles étaient plus de son crû. Elle pensa tout d'abord qu'il cherchait à l'immobiliser pour mieux la torturer mais la posture de son corps la laissa perplexe.

Lin ne jouait pas. La fermeté avec laquelle il la gardait contre lui, le rythme de sa respiration et son silence ne coïncidaient pas avec l'esprit du jeu. Vamp resta un instant tétanisée, incapable du moindre geste. Jouer et se disputer étaient bien plus simple que d'assumer l'intensité de ce genre de situation. Stupidement, elle sentit ses yeux picoter et s'obligea à agir avant de sangloter comme une idiote entre ses bras.

Ses mains se glissèrent dans le dos du jeune homme pour longer sa colonne vertébrale. Elle ne pouvait pas le serrer plus fort qu'il ne la serrait déjà mais ses doigts exercèrent une légère pression contre les omoplates de l'ancien barbu. Un simple geste de présence. Elle était là et voulait le lui faire ressentir autant qu'elle le pouvait. La tension que Vamp avait accumulée depuis ses retrouvailles avec l'ancien barbu s'évanouit lorsque son visage s'enfouit dans le creux de son cou. Elle y retrouva la chaleur et l'odeur qui lui avaient tant manquées durant tous ces longs mois. Elle y retrouvait la sécurité et la tendresse qui la rassuraient et la rendaient fière. Sa main remonta le long de la nuque du jeune homme en une caresse tendre. Elle le ressentait dans le creux de sa poitrine, c'était là leurs vraies retrouvailles.

Câline, Vamp se redressa lentement, assez pour glisser le bout de son nez blanc contre celui de l'ancien barbu. Enveloppée dans un cocon de douceur, son traditionnel bisou esquimau avait resurgi avec naturel et son retour l'apaisait. Un sourire naquit au coin de ses lèvres et ses yeux se rouvrirent pour trouver ceux du jeune homme. Elle écarta soigneusement quelques mèches de son front, autant pour mieux voir ses yeux noisettes que pour occuper ses mains, un peu gênée par la complicité de la situation.

Un léger sourire aux lèvres, sa voix brisa enfin le silence, chuchotant comme si elle craignait qu'on les surprenne.


- Est-ce que ça veut dire que je suis à toi ?

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Lin
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    Sam 21 Juin - 14:15

Il n'avait toujours pas trouvé la réponse à son comportement subit lorsque les mains de la jeune femme remontèrent le long de son dos. Il savait qu'il se sentait bien à cet instant mais il ne comprenait pas ce qui avait effacé la rancoeur qu'il avait encore au torse quelques instants auparavant. Il se souvenait vaguement s'être promis de ne plus essayer quoi que ce soit pour aller vers elle, que ses espoirs déçus avaient fini par lui servir de leçon. Et pourtant, elle était entre ses bras, bien serrée contre son torse et de sa propre initiative. Elle n'avait rien fait pour, il s'en était chargé. Un soupir intérieur vint ponctuer son déconcertement.

Il laissa les doigts blancs écarter les mèches de son front, esquissant un vague sourire. Lui n'avait pas vraiment changé de coupe de cheveux. Ils étaient restés un peu trop longs pour paraître taillés, trop courts pour ne pas être entretenus. Les mèches batifolaient gaiement sur son crâne sans aucune discipline et il ne s'en étonnait pas. Il passait son temps à les ébouriffer. Le geste de la brune l'amusa d'autant plus qu'il savait que ces cheveux-là reviendraient bientôt envahir son front. Il secoua la tête vers le bas pour le lui signifier, lui chatouillant le visage au passage.

Il releva finalement le visage pour scruter celui qui lui faisait face. Blanc, immaculé, lunaire. Il retrouva les yeux noirs qu'il avait connus, les traits fins bien trop nobles et cet air altier plein de suffisance qui lui gelait l'expression chaque fois qu'un étranger s'approchait trop. Le coin de la bouche du jeune homme s'étira. Sous le masque, il décelait nettement la tendresse de Vamp à son égard et un poids quitta ses épaules. Elle n'était peut-être que perdue dans ses explications pour se contredire autant. L'expression qu'il lui voyait à l'instant ne lui laissait aucun doute sur la sincérité de ce qu'elle éprouvait. Ni les mots qui suivirent, à peine exprimés dans un souffle.

Il ne put s'empêcher de lever un unique sourcil à sa question et glissa ses mains au bas de son dos, les croisant en bas de ses reins en relâchant la pression qu'il avait exercé sur son buste. Il ne lui avait jamais vraiment retiré ce statut. C'était elle qui avait décidé de le mettre entre parenthèses.

Ses yeux s'affadirent un instant alors qu'une prise de conscience lui heurtait l'esprit. Entre parenthèses. C'était exactement ça. Elle avait tout laissé en place sans rien toucher, elle était partie comme dans une bulle temporelle et elle était revenue à sa place, de longs mois plus tard. Rien n'avait vraiment changé, finalement. Enfin, presque. Il éluda toutes les différences qu'il pouvait trouver d'un mouvement d'épaules. Ils auraient bien le temps d'accommoder ces changements à ceux de l'autre.

Le ton dont il usa pour lui répondre restait insondable pour quiconque ne le connaissait pas véritablement. Outre ceux-là, il était évident de déceler la tendre ironie qui le teintait.


Jusqu'à ce que tu décides à nouveau d'y mettre un terme. Mon côté grand seigneur, sûrement.
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MessageSujet: Re: Entre renaissance et damnation    

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